Le féminisme

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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Za
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Re: le féminisme

Message par Za »

VictorMenard a écrit : Ensuite, la reconnaissance symbolique, le vocabulaire, les problématiques de domination de genre, je ne dis pas que c'est secondaire, mais c'est moins urgent, non ?
Euh... bon. Je n'ai pas encore regardé la vidéo, je reviendrai tout à l'heure, mais là déjà, il me semble que non. Que pas du tout en fait.
Pour moi tout ce que tu cites, "la reconnaissance symbolique, le vocabulaire, les problématiques de domination de genre", c'est exactement ce qui crée un environnement propice ou non aux dérives. Il faut prendre le problème par les deux bouts, en même temps, c'est capital.
Et puisqu'on en parlait hier, je poste ça ici : le langage est politique
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W4x
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Re: le féminisme

Message par W4x »

Je trouve tout de même éminemment regrettable, à l'heure où l'on fait tout pour lutter contre le harcèlement, la "culture" du viol, les violences faites aux femmes etc., qu'on oppose seulement à Sandrine Rousseau des arguments sur la forme et sa représentativité en tant que victime. Certes chaque blessure est unique, et Angot en a eu son compte. Elle a son propre rapport avec ça. Mais ce n'est pas pour autant qu'elle devrait s'employer à démonter toute initiative visant à briser la loi du silence et des violences.
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VictorMenard
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Re: le féminisme

Message par VictorMenard »

*Za* a écrit :
VictorMenard a écrit : Ensuite, la reconnaissance symbolique, le vocabulaire, les problématiques de domination de genre, je ne dis pas que c'est secondaire, mais c'est moins urgent, non ?
*Za* a écrit : Euh... bon. Je n'ai pas encore regardé la vidéo, je reviendrai tout à l'heure, mais là déjà, il me semble que non. Que pas du tout en fait.
Pour moi tout ce que tu cites, "la reconnaissance symbolique, le vocabulaire, les problématiques de domination de genre", c'est exactement ce qui crée un environnement propice ou non aux dérives.
Et qu'est-ce qui t'indique que je pense le contraire dans ce que j'ai dit ?
*Za* a écrit : Il faut prendre le problème par les deux bouts, en même temps, c'est capital.
Et puisqu'on en parlait hier, je poste ça ici : le langage est politique
Article intéressant, d'une très bonne revue. J'ai appris des choses sur l'Académie que je ne savais pas, mais j'en soupçonnais depuis longtemps le caractère monarchique. Pas à ce point-là, je dois avouer.

Mais je ne vois pas en quoi c'est contradictoire avec mon propos.

@pataboul : Je ne regarde pas non plus cette émission, ni aucune autre d'ailleurs. J'avais juste vu sur youtube Moix attaquer d'une façon totalement déloyale Laurent Binet pour La 7ême fonction du langage (une ridiculisation en règle de pas mal d'acteurs de la french theory, extrêmement jouissive), avec le montage de son côté. A vomir.

@w4x : C'est tout à fait ce que j'essayais de dire, il est vrai de façon moins posée. On ne peut que regretter pour Angot qu'elle ait subi de pareilles sévices, mais cela ne lui donne pas un blanc-seing pour donner des leçons de morale, surtout pas à une femme dont elle n'a pas pris la peine de lire le livre jusqu'au bout, et qui fait ce qu'elle peut là où elle est pour changer un peu les choses.
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Re: le féminisme

Message par Za »

VictorMenard a écrit : Et qu'est-ce qui t'indique que je pense le contraire dans ce que j'ai dit ?
Ceci :
la reconnaissance symbolique, le vocabulaire, les problématiques de domination de genre, je ne dis pas que c'est secondaire, mais c'est moins urgent, non ?
C'était juste à ça que je réagissais : non. Je pense que ce n'est pas moins urgent.
Et l'article en lien démontre bien toute la puissance des mots, du symbolique, etc. (en plus d'être une véritable bombe sur le sujet de l'académie française !!!)
Sur le reste je pense qu'on est d'accord.
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Re: le féminisme

Message par VictorMenard »

Tu as vu la vidéo ? Parce que le propos d'Angot est précisément de dire que l'un vaut mieux que l'autre. C'est cela que je conteste. Je ne vois pas de situation de détresse concrète où l'urgence immédiate n'est pas de tendre la main, ou de créer la situation pour qu'il soit possible que des mains se tendent. C'est la condition de possibilité du reste.

Sur l'article, j'aime bien la position mesurée de l'interlocutrice et son discours sur l'adaptation nécessaire à tout principe de législation linguistique aux situations concrètes. Les démarches dans ce domaine sont souvent autoritaires dans un sens ou dans l'autre, et par là-même irrespirables. Là au contraire elle parvient à défendre le principe de changement volontaristes de la langue en en préservant le caractère vivant. Rare.
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Re: le féminisme

Message par Za »

VictorMenard a écrit :Tu as vu la vidéo ? Parce que le propos d'Angot est précisément de dire que l'un vaut mieux que l'autre.
On ne fait que se courir après :lol: je pense en effet que les deux sont aussi importants. C'était uniquement ton "moins urgent" qui me posait problème. Je ne suis pas d'accord avec tout ce que dit Christine Angot dans la vidéo, mais je comprends aussi un peu son point de vue.
Déjà ce qui frappe, c'est à quel point leur vécu les a marquées. Simplement elles l'expriment différemment (mais si j'ai bien compris, l'histoire d'Angot a été particulièrement atroce, donc ce n'est pas très étonnant qu'elle réagisse si violemment).

Ce que j'en ai compris :
Rousseau appelle à "parler", "libérer la parole" : mais selon Angot, personne n’écoute/n'entend ce message, et il est vain de juste chercher une écoute : il faut attaquer le mal ailleurs. En attendant, pas le choix, on se « débrouille » : ça peut choquer, cette tournure, mais ce n’est pas un conseil de sa part, c’est une constatation amère : ce qu’elle veut dire, c’est que parler ne résout malheureusement rien, ne change rien du système en place, et qu’en effet on est obligées de se «débrouiller ».

J’ai l’impression que pour elle, simplement « livrer la parole », c’est quelque part accepter ce qui se passe. « On n’a pas eu de bol », quoi, et il faut nous entendre, il faut qu’on soit écoutées pour que ça passe, et puis ça passera.

Elle dit aussi :"Quand je dis "je suis écrivaine", on ne voit pas quelqu'un qui écrit, on se dit « tiens, elle dit écrivaine »", ce qui justifie pour elle d'utiliser le terme "écrivain" pour une femme.
Sur ce point, à mon sens, il faut justement en passer par là pour qu’un jour on puisse voir une femme en train d’écrire (comme cela s’est passé pour « étudiante », cf l’article que j’ai mis en lien). Là je rejoins totalement Sandrine Rousseau : les mots agissent sur nous.
C’est étonnant, parce que Christine Angot décrit elle aussi le poids des mots, mais semble rejeter l’idée que leur valeur puisse évoluer. Ou bien peut-être que la période d’installation de ces mots lui semble trop insupportable ? Cette période d’exposition encore inhabituelle, où l’ « auteure » et l’ « écrivaine » seraient trop facilement jugées à travers le prisme du sexisme ?

Pour moi le message d'Angot c'est : puisqu’en tant que femme on est forcément considérées comme de pauvres petites choses, comme de pauvres victimes, alors il ne faut plus se présenter comme telles. Il faut mettre sa féminité (dans le sens « le fait d’être une femme », pas dans celui des magazines) au placard, gommer cette particularité et s’affirmer en tant qu’humain, comme le font d’ailleurs les hommes.

Et Rousseau : il faut justement changer ça, et être reconnues pleinement en tant que femmes, mais qui soient les égales des hommes, avec le même droit à être considérées en tant que personnes.

Les deux veulent la même chose : qu’on ne soit plus des objets sexuels, ni sexes ni objets mais personnes à part entière.
Mais Rousseau croit à l’efficacité d’une dénonciation et à la possibilité d’une prise de conscience collective, alors qu’Angot pense que ça ne marchera jamais, et que c’est faire preuve, à nouveau, d’une forme d’humilité, voire d’humiliation, alors qu’il lui semble intolérable d’avoir encore à endosser ce rôle.

Fondamentalement, elles ne me semblent pas tant en désaccord. Et leurs deux points de vue me semblent également concevables, rationnels, et acceptables. Si tout le monde suivait au moins une de ces deux personnes, peut-être qu'on ferait un peu avancer le schmilblick.
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Re: le féminisme

Message par VictorMenard »

Bon, ok , arrêtons de pinailler : disons que je retire mon 'urgent' et n'en parlons plus.

La seule question qui m'intéresse est : est-ce que ce genre de confrontation sert à quelque chose ? Je pense que non, en tout cas pas dans le dispositif comme il est, en particulier dans le cas où l'animateur est juge et partie, ce que les deux font d'ailleurs systématiquement dès qu'ils ont l'occasion, comme leurs prédécesseurs, à l'occasion en surjouant tout le truc pour buzzer.

Reste qu'attaquer quelqu'un de cette manière alors qu'elle parle d'un évènement aussi important pour elle me semble humainement injustifiable, femme ou pas.

Sur le fond du débat, je dois bien avouer que je n'ai pas envie de choisir entre le volontarisme politique de l'une et la foi inconsidérée dans le pouvoir du verbe de l'autre (pas que qui que ce soit me demande mon avis, remarque bien).
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W4x
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Re: le féminisme

Message par W4x »

La question de Christine Angot quant à la féminisation de certains noms de métier est certes connexe au débat mais prend un peu trop de place à mon goût dans le fond de son propos, même si j'entends ses arguments. C'est dommage car je rejoins ce que dit *Za* sur l'importance des deux facettes soulevées par ce vif échange.
*Za* tu exprimes très bien ce que je n'ai pas pu développer ce matin, pour cause de boulot :P : l'initiative de Sandrine Rousseau est des plus louables et nécessaire. Christine Angot représente quant à elle le mur auquel tout ce genre d'initiative fait face, d'une part celui de la victimisation, et d'autre part celui de l'image et la posture de la femme dans les relations interpersonnelles quotidiennes.
Dans ce sens oui, dans un certain idéal, les relations humaines ne devraient pas être systématiquement "genrées", c'est-à-dire teintées de sous-entendus et de jeux de domination pouvant mener à ce qui est dénoncé par Sandrine Rousseau. Apparemment il semble nécessaire de "rééduquer" les gens à cela. Est-ce vraiment productif? Le problème est la dichotomie :
*Za* a écrit :Pour moi le message d'Angot c'est : puisqu’en tant que femme on est forcément considérées comme de pauvres petites choses, comme de pauvres victimes, alors il ne faut plus se présenter comme telles. Il faut mettre sa féminité (dans le sens « le fait d’être une femme », pas dans celui des magazines) au placard, gommer cette particularité et s’affirmer en tant qu’humain, comme le font d’ailleurs les hommes.

Et Rousseau : il faut justement changer ça, et être reconnues pleinement en tant que femmes, mais qui soient les égales des hommes, avec le même droit à être considérées en tant que personnes.
A laquelle je n'ai pas de réponse tranchée, si ce n'est qu'en toutes situations une violence ne doit pas être tue et en particulier pas sa cause si c'est une circonstance aggravante.
La question me rappelle celle du racisme et du repli communautaire... Sur les deux faces d'une même pièce on trouve des crispations dans chaque camp, qui au final sont contre-productives dans la recherche de ce qui va dans le sens du respect de la personne humaine. Ce n'est pas pour autant qu'il faut abandonner la lutte, mais il faut être conscient des écueils.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Rune »

Message de la jardinerie :
Les posts suivants ont été détachés du fil Sexisme ordinaire et rattachés ici. Ils n'ont donc pas de lien direct avec les précédents.

Et autre question sur un truc qui m'intrigue pour celles et ceux qui défendent des propos qui me semblent féministes
► Afficher le texte
tout en défendant se revendiquer de ce mouvement : en quoi le mot et/ou le fait de l'être ne vous semble pas acceptable / défendable / louable ? (j'avoue, je ne sais pas trop quel adjectif mettre pour rester fidèle à ce qu'expriment les personnes qui vont dans ce sens :whew: ).
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Chronique du sexisme ordinaire

Message par Pascalita »

Rune a écrit : mer. 29 oct. 2025 12:23 Et autre question sur un truc qui m'intrigue pour celles et ceux qui défendent des propos qui me semblent féministes
► AFFICHER LE TEXTE
tout en défendant se revendiquer de ce mouvement : en quoi le mot et/ou le fait de l'être ne vous semble pas acceptable / défendable / louable ? (j'avoue, je ne sais pas trop quel adjectif mettre pour rester fidèle à ce qu'expriment les personnes qui vont dans ce sens ).
@Rune, me comptes-tu dans la partie que j'ai mise en gras ?
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Rune »

@Pascalita : oui, effectivement, entre autres !

Parce que tu écris ça :
je ne suis pas féministe
Et juste après tu écris ça :
nous sommes tous des humains, quels que soient notre sexe, notre couleur, notre taille, notre QI, notre type de cheveux, nos préférences de tous ordres... Le même respect est dû à chacun, à chaque homme sur cette terre, car chacun a intrinsèquement la même valeur
Sachant que pour moi, le féminisme se définit de façon assez commune me semble-t-il comme le fait de défendre le principe de l'égalité entre les femmes et les hommes, et donc le fait que comme chaque être humain a la même valeur, il doit avoir les mêmes droits. Ça m'étonne donc de lire les deux phrases aussi proches, j'avoue :honte:
Pour préciser ma pensée, je me demande si par le fait ''de ne pas être féministe'', tu entends le fait qu'il y a souvent associé à ce mot le sens d'un engagement pro-actif, avec la volonté de lutter pour ces droits et de les promouvoir, et que tu ne te reconnais pas là-dedans, ou s'il y a plus généralement autre chose qui fait que tu ne te reconnais pas dans ce mot.
(Ma question ne s'adresse pas qu'à toi, hein, c'est juste que pour ma part je crois que j'ai toujours dit que j'étais féministe sans que l'utilisation de ce mot ne me pose spécialement question, donc je suis vraiment intéressée pour m'en poser quand même un peu par ici :) Et pour préciser encore : j'ai par contre parfois eu à défendre en quoi le féminisme me paraissait important, et pour cela j'ai pu utiliser des arguments pour certains assez proches de ceux que je peux lire ici, dans tes messages, et ceux de @lady space aussi au moins , donc ça m'interroge de ''dissocier'' les deux, à savoir un argumentaire qui me semble féministe versus le fait de l'être.)
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Pascalita »

Compris ! Oui, tu es claire (pour moi du moins).
Je vais essayer de répondre, mais il faut que j’analyse un peu.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Miss souris »

Dans une des réponses que j'avais écrites et finalement pas envoyées figurait la phrase "je ne suis pas féministe et je ne crois pas connaître de feministe"...je crois que j'associe féministe à une interprétation venue des États Unis, et que je perçois comme pointilleusement revendicative, et qui (à mon sens) dessert la cause qu'elle est censée défendre, voire fait la part belle à ses adversaires tellement elle apparaît outrancière.
Pour la même raison je ne suis pas très woke.
Et pourtant je me dis qu'en étant pour un traitement égalitaire et des droits pour tous les êtres humains, techniquement je dois être woke et féministe. Je crois que c'est le même problème qu'avec "islamo gauchiste" ou "droits de l'hommisme" avant lui. Les mots des adversaires (associés aux erreurs des partisans) finissent par désigner des réalités autres, au point que les soutiens des idées de départ ne s'y retrouvent plus.

C'est à peu près comme ça que je vois les choses. Je n'ai pas trop le loisir de creuser là tout de suite, mais vos réponses m'intéressent...( lien avec Logocratie ? A voir)
https://www.fnac.com/a21808344/Clement- ... Logocratie
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Judith »

Bah, moi je suis féministe et woke, ça ne me dérange pas. En d'autres temps, j'aurais probablement été judéo-bolchévique :). Un de mes oncles avait été hitléro-trotskiste 8o : la propension à attirer les étiquettes infamantes semble donc un trait de famille.
Pardon pour cette contribution un peu narcissique à la discussion. C'est en réalité un prétexte pour demander @Miss souris si le bouquin, que je n'ai pas lu mais dont j'ai entendu parler, vaut la peine d'y consacrer quelques heures. :)
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Miss souris »

Pas encore lu, désolée...mais il est dans ma pile. Ce qui ne t'avance guère, pardon...:)
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Judith
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Judith »

Ah, merci de ta réponse rapide. :)
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Re: le féminisme

Message par Holi »

@Rune, j'imagine que je suis aussi concernée par ta question, mais je te répondrai plus tard, parce que là je ne suis pas chez moi et que sans ordi c'est un peu compliqué.
:clin:
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Re: le féminisme

Message par enufsed »

@Rune Je souscris très largement à ta définition liminaire qui pose en termes simples les choses. Cependant je pense qu'on doit rester très vigilant : sans parler "d'engagement pro-actif", on ne peut pas non plus se contenter de déclarations creuses, car à ce titre tous les partis politiques de France seraient féministes (...et écologistes). Il faut je pense un minimum de cohérence dans les engagements, idées et comportements individuels : je pense notamment à Nemesis qui se revendique du féminisme pour mieux porter un message xénophobe, et il en va de même des tradwives qui se prétendent souvent "féministes" parce qu'elles auraient librement décidé d'aller contre tout ce que porte historiquement la lutte pour le droit des femmes. Ce genre d'inversion totale du sens des idées à la limite de l'oxymore (du même type que les chasseurs premiers écologistes de France) permet à mon sens à ces idéologies de vider les luttes originelles de toute signification et d'en pervertir la réception dans le sens commun (perception du féminisme comme un extrêmisme par un majorité de personnes qui ne s'y sont jamais intéressées. D'ailleurs cette manipulation légitime un peu plus la notion d'éco-féminisme puisque la notion d'écologie subit le même sort de la part de ceux dont elle menace les intérêts et le pouvoir).
Il faut faire la distinction entre les discussions saines et naturelles entre différentes nuances de la lutte pour le droit des femmes et les manipulations de l'extrême droite qui n'ont d'objectif que de détruire ces luttes en jouant sur "le libre débat démocratique".
A ce titre la stricte revendication d'égalité ne suffit pas dans une société structurellement inégalitaire, il faut la forcer par la loi et la doter de notions qui lui sont exclusives : d'où le droit à l'avortement et la défense de la notion de féminicide. On peut y ajouter l'adoption ce jour du texte sur la notion de consentement qui participe aussi du progrès législatif (texte auquel se sont bien entendu opposés les députés du RN...au nom de la défense des femmes).
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Re: le féminisme

Message par Pascalita »

En ce qui me concerne, plusieurs aspects s’entremêlent. Je ne suis d’ailleurs pas sûre que tout cela soit bien cohérent, et clair.

Ma compréhension du mot « féminisme » inclut la perception d’une inégalité subie, et une action ou tout au moins une prise de position pour y remédier. Y remédier pour soi mais aussi pour toutes les autres personnes qui seraient concernées – toutes les autres femmes qui seraient concernées. Ainsi, dans la dimension collective, un tel mouvement ne peut exister que si l’inégalité, le préjudice, touche une grande proportion de la population concernée – une grande proportion de femmes donc. En corollaire, je m’aperçois au fil de mes réflexions pour essayer de te répondre, que la notion a du mal à s’appliquer, pour moi, à des hommes. De même, le masculinisme, son contrepoint, est un mouvement, un positionnement masculin, justifié (aux yeux de ceux qui s’en réclament) par une perception d’une atteinte à la masculinité. Si je vois bien que des hommes puissent souhaiter, professer et défendre l’égalité hommes-femmes, et participer activement à sa mise en œuvre, ils ne sont pas pour moi des féministes (bien que je comprenne qu’ils s’en réclament ou qu’on les considère comme tels)…
Ça doit paraître bizarre, j’en conviens.

Au niveau de mon éventuelle adhésion personnelle au féminisme, une première chose bloque : pour moi, être une femme est un simple état physique. Je suis une femme parce que j’ai un sexe féminin, et ça s’arrête là. Il n’y a pas de question d’identité pour moi là-dedans. Donc je me sens très peu incluse dans le groupe nommé « les femmes » quand cette donnée comprend des caractéristiques de genre. Je me sens très peu femme, finalement.

Ensuite, je vis à une époque et dans une société où l’égalité de droits entre hommes et femmes est un fait. Elle est juridiquement garantie. Si le féminisme « historique » était légitime dans une situation d’inégalité des droits (comme c’était le cas dans le temps, et j’aurais peut-être pu alors me sentir plus concernée personnellement), il n’a à mes yeux plus de raison d’être maintenant. Et dans un état idéal, de toute façon, il n’aurait plus de raison d’être, de même que n’importe quelle lutte contre une discrimination.

Je complète en précisant qu’au niveau des mœurs et des mentalités, je ne crois pas que le militantisme féministe actuel (que je perçois un peu comme Miss souris, comme outrancier et dénonciateur) soit une réponse efficace. Au contraire, il me semble même contre-productif (dans ce que j’en vois) parce qu’il participe de la polarisation et de la radicalisation des opinions. Les changements dans les mentalités sont infiniment plus complexes et plus longs que l’inscription de certains droits ou d’une égalité théorique dans la loi ; il en va justement d’identité pour certains (et certaines), ou d’éducation, de structuration psychologique dans un rôle genré, et donc d’image de soi. Sur tout cela, il me semble que le chemin est long, différent selon les personnes, et surtout plus intérieur qu’extérieur. Il se fait dans le cadre de la famille, du couple, et là, chaque situation est différente.

Je constate quand même une apparente montée dans notre société d’un antiféminisme masculin, dont je ne peux pas juger de l’ampleur, ni même de la réalité. J’ai entendu quelques hommes autour de moi, dans la fin de la trentaine ou début quarantaine, avancer que de toute façon, maintenant, la société était devenue féministe, dans une acception péjorative, c’est-à-dire que les femmes y étaient privilégiées par rapport aux hommes - chose que je n'avais jamais entendue auparavant, que je trouve inquiétante et qui me fait me demander si le monde est bien tel que je crois qu'il est.
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Enfin, je dirais aussi que j’ai l’impression de me situer à un autre niveau, dans ma perception et ma compréhension de ces enjeux : comme je l’ai écrit, tous les humains sont pour moi, par essence, égaux en droits. En me replongeant un peu dans les textes (grâce aux discussions de ces derniers jours), je retrouve les notions de droit naturel et de droit positif. Donc je comprends que tu trouves mes propos féministes, mais ce serait pareil pour les droits des homosexuels, le racisme, et toutes les discriminations, car c’est la même chose pour moi, sur le fond - ce qui annule la notion de particularité. Je n’en suis pas plus active ou plus militante dans ces domaines pour autant...
C’est un principe pour moi, que j’applique (j’espère) à tous, mais comme je ne me sens pas non plus très concernée par la société (ce pour quoi je disais à Fugace que je ne pouvais pas lui répondre sur mon « projet de société »), ou toujours un peu en-dehors des catégories et des cases, je crois que je suis incapable d’« épouser une cause »… Je ne m’y reconnais pas.
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lady space
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Re: Le féminisme

Message par lady space »

Je rejoins en grande partie ce qu'explique Pascalita. Moi non plus, je ne me reconnais nulle part, sauf dans l'approche du primo non nocere qu'elle décrit. C'est déjà tout un programme avec un idéal impossible d'atteindre, mais je le prends comme une boussole. Par ailleurs, et avec un peu de chance, je peux me sentir comme faisant partie d'un sous-ensemble, mais je me retrouve généralement à l'intersection de différents ensembles ou, autrement dit, assise entre toutes sortes de chaises.
Si j'ai écrit que je ne me revendique d'aucun "isme", c'est que je ne veux pas me ranger dans une case quelle qu'elle soit parce que un classement dans des cases ou catégories est toujours réducteur.
Et la première chose que fait un "isme" quel qu'il soit c'est de délimiter, d'exclure, de créer un "nous" (sous-entendu le groupe des bons, des justes) et un "eux" (sous-entendu les autres, les pas nous, les méchants et in fine "ceux qu'il convient d'éradiquer"). Et une telle approche participe à la polarisation au détriment du recul, de l'échange et de la nuance, elle nourrit la radicalisation finalement.
C'est à partir de là que je ne peux pas suivre : à mes yeux, la radicalité ne permet de résoudre aucun problème d'une part et, de l'autre, elle vient surtout à l'encontre de la seule idée catégorique vers laquelle je tends - le respect. Le respect du vivant dans son ensemble, de la personne quelle qu'elle soit, indépendamment de ses opinions et de ses actes. Ce sont ces derniers que je peux condamner, voire combattre s'il le faut, mais toujours dans une optique d'empêcher de nuire plutôt que d'exterminer la personne.
Hors-sujet
Du coup, je me retrouve confrontée à la problématique du tyrannicide où j'ai dû me résigner à penser qu'un sniper ou une bombe bien placée dans le QG d'un certain monsieur P. et de ses oligarches pourrait être le seul moyen de les empêcher de nuire et que je ne condamnerais pas une telle initiative.
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Re: Le féminisme

Message par FéeNyx »

https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9minisme

https://www.coe.int/fr/web/gender-matte ... 20pratique



Un échange entre deux personnes que j’avais trouvé intéressant sur un forum québécois (je le précise, car le militantisme est parfois plus poussé en Amérique), X étant une personne intelligente qui se revendique « féministe » et qui s’y connaît très bien en la matière :

X a écrit :
Y a écrit :
Y a écrit :

«Les féministes essentialistes considèrent que l'essence de la femme réside dans les caractéristiques et attributs qui lui sont octroyés de naissance »
- J'avoue que je ne comprend pas vraiment cette expression des «caractéristiques octroyées de naissance» (et par qui?). À priori, je pensais que les essentialistes étaient les féministes un peu new age, nombreuses chez les écoféministes, qui trippent sur le yin et le yang, le féminin sacré et le néopaganisme de style "cercle de femmes", "cérémonies", "sorcières", la mère Terre, les 4 éléments de Platon (eau terre, air feu) etc. Qui croient vraiment en un pôle féminin plus doux par exemple, plus arrondi et plus délicat, qui existe vraiment comme une essence qui compose les gens. Après, comme je l'ai expliqué plus haut, les trans peuvent aussi avoir des accointances avec une forme d'essentialisme, de désincorporation du fait féminin.
Bon... J'ai fais mes devoirs, et apparemment, l'essentialisme n'a pas le même sens selon qu'on est en philosophie, en sociologie, en féminisme, en épistémologie, etc. etc. Et même au sein de ces champs d'étude, ce mot n'aura pas le même sens selon l'école de pensée de l'auteur qui l'utilise. :o :smiley23: :smiley5:

Ainsi, ce mot a le sens que je lui attribue, d'être une pensée qui trippe sur l'essence des choses, une essence qui est préexistante et immuable, une sorte de "moule idéal" comme avec Platon. Mais il est aussi utilisé comme le contraire du constructivisme, l'idéologie selon laquelle tout est une construction sociale (soit "faiblement", en ce qui concerne uniquement les structures et conventions sociales, soit "fortement", qui englobe alors à peu près tout l'Univers matériel ou certaines parties délimitées de manière un peu floue). J'imagine que c'est de ce type d'essentialisme dont tu parles (le contraire du constructivisme).

Ce que tu décris comme de l'essentialisme (le passage que j'ai mis en caractère gras), j'aurais appelé ça du féminisme ontologique. Une sorte d'évolution de ce que Betty Friedan tentait de déconstruire dans The Feminine Mystic.


Y a écrit : L'article de Wikipedia a laissé un paragraphe "non sourcé", mais qui exprime assez bien comment je vois la gang de J.K Rowling :

«Le courant actuel de féminisme radical considère le sexe et le genre comme deux entités séparées, le sexe étant le moyen de reproduction qui différencie les êtres humains entre mâle et femelle, le genre étant les différences sociales acquises entre les deux sexes. Le féminisme radical a pour but la déconstruction du genre, considérant que rien ne lie entre elles les femmes mis à part leur biologie, et que leur attribuer d'autres traits communs (goûts, capacités, etc) est forcément [réducteur]. Le but est ainsi de libérer les femmes du fardeau des attendus sociaux. Le féminisme radical considère l'essentialisme biologique comme une naturalisation des stéréotypes de genre et se bat fermement contre pour cette raison.» .

J'ai l'impression que c'est aussi assez proche de ce que proposait de Beauvoir.

Je ne veux pas être obtuse, mais le terme "féminisme radical" est vraiment mêlant pour moi, puisqu'il existe plusieurs courants de la pensée féministe qui sont considérés comme radicaux. Dans l'expression féminisme radical, l'adjectif radical est utilisé dans son sens premier, soit relatif à la racine, au principe premier de quelque chose (par emprunt au latin radix, la racine, et -icis, qui indique l'origine ou la provenance). Le féminisme radical est celui qui veut s'attaquer aux fondements des inégalités entre les hommes et les femmes par la destruction du patriarcat et des systèmes d'oppression qui le reproduisent (le capitalisme, l'impérialisme, etc., enfin, tu es assez familier avec ce milieu, tu sais ce que je veux dire). Il y a des personnes qui pratiquent un féminisme dit radical (qui s'inscrit dans la lutte contre le patriarcat) qui refusent de considérer femme les personnes qui n'ont pas les caractères biologiques de la femelle humaine (ce sont les TERF) et d'autres qui refusent de protéger les TDS parce que la pratique du travail du sexe s'inscrit dans la prolongation du patriarcat (les SWERF), mais il y a certainement d'autres féministes qui se réclament d'une approche radicale et qui ont, à l'inverse, une conception de la femme qui s'inscrit plutôt dans le constructivisme (comme tu le dis).

C'est dur à dire pour Beauvoir, sa proposition allait plutôt à l'encontre d'un essentialisme biologique et se rapproche de ce que tu appelles du constructivisme (mais qu'elle, elle nommait existentialisme). Que le fait d'être femme ne réside pas dans les caractéristiques biologiques, mais dans l'expérience de ce qui la façonne en tant qu'être humain. Elle remettait d'ailleurs en cause l'idée qu'être une femme était une sorte de rôle social qui lui était attribué par nature et enjoignait les femmes à sortir de ce rôle pour construire une nouvelle expérience de la féminité (principalement par le refus du mariage et de l'enfantement et par l'accession à une indépendance économique). J'ai l'impression que lors de la rédaction de Deuxième sexe (en 1947, publié en 1949), le concept d'une identité de genre qui n'est pas alignée avec le sexe biologique d'une personne n'était pas défini ou formulé aussi clairement. Je ne sais pas ce qu'elle en pensait à sa mort en 1986 (c'était, au demeurant, un enjeu encore relativement marginal).


Personnellement, je crois que ce que je défends souvent le plus au final dans ce type de sujets, c’est le droit (et les nuances, la justesse, etc.), quoique je puisse également reconnaître ses failles, etc. Ce qui fait que selon le sujet et le lieu où j’interviens, autrui pourra me traiter péjorativement de « woke » ou de « féministe », ou à l’inverse, m’accuser de défendre les violeurs et d’être de leur côté (ben voyons donc…) lorsque je défends la présomption d’innocence, par exemple. Vu que je souhaite souvent nuancer les propos des uns et des autres, je me fais parfois insulter par tous (mais pas forcément au même moment) au final ^^ : par ceux qui n’aiment pas les « wokes » et les « féministes » et qui en voient partout (= les termes en question deviennent parfois des mots fourre-tout), et par les féministes trop extrêmes à mes yeux.

D’aucuns n’aiment pas du tout que l’on ne prenne pas complètement parti pour l’un ou pour l’autre, aussi : « soit tu es avec nous, soit tu es contre nous ; le centre / juste milieu n’existe pas, c’est juste de la lâcheté ou de l’hypocrisie », en quelque sorte. Les deux extrêmes se rejoignent souvent sur ce point-là, d’ailleurs… Voilà un point sur lequel ils sont souvent d’accord dans les faits. ^^

En fait, je pense souvent que les idées (générales) de base et les intentions initiales sont plutôt bonnes, mais que ce à quoi elles donnent lieu par la suite, ce que certaines personnes en font ne l’est pas toujours (= bon).

Je ne suis pas une militante non plus dans la vie de tous les jours.

EDIT : En réalité, bien que je sois obligée de m'y intéresser, je n'aime pas trop la politique en général et les politiciens en particulier...

Reste que je suis pour le respect, etc. Ce que j’estime être « la base » (qui n'est peut-être pas forcément la même pour tout le monde), en somme. Et ma "base" (assez conséquente et englobante, tout de même), je la défends toujours.
☪ 𝄞 ∞

« Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. » (Molière)

« Si la musique nous est si chère, c'est qu'elle est la parole la plus profonde de l'âme, le cri harmonieux de sa joie et de sa douleur. » (Romain Rolland)


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Re: Le féminisme

Message par Rune »

Merci beaucoup pour vos réponses ! (...bon, par contre pas merci du tout pour avoir changé de fil : j'ai toujours un petit souci d'exhaustivité, et je n'ai pas pu m'empêcher de lire très attentivement les 6 pages du sujet :D Ceci dit, c'était ''historiquement'' intéressant, et il y a même des membres qui répondent par anticipation à ma question, dis-donc :grin: )

J'ai hésité à faire une réponse détaillée, parce les vôtres répondaient bien à ma question et n'en appelaient pas nécessairement de ma part. Pour autant, j'ai toujours apprécié sur ce forum le fait de pouvoir lire des idées multiples et étayées. Et pour le coup, j'avais envie de partager mon avis / ressenti sur quelques éléments. (Trigger warning : il y a des mentions aux VSS dans ce message.)

Comme le montre le message de @FéeNyx , il y a effectivement DES féminismes, ou plutôt des courants au sein du féminisme.
► Afficher le texte
Je précise que le féminisme que j'évoque par défaut (et parce que c'est celui que je connais le mieux) est celui qu'on appelle de la ''4e vague'', par forcément partagé par toutes les féministes (il y a encore des féministes qui appartiennent au courant libéral, et pour que ce soit clair je n'associe pas au féminisme radical les TERF , par exemple...), mais assez majoritaire en France en ce moment, et qui se revendique le plus souvent comme ''féminisme radical''. Comme le disent les messages cités par Fényx, radical s'entend surtout au sens de ''qui cherche à remonter à la racine'', ici à la racine de ce qu'on appelle le système patriarcal.
(...et j'ajoute que pour que mon discours soit intelligible, l'existence du patriarcat, c'est-à-dire l'existence d'un système social d'oppression des hommes sur les femmes, est pour moi un pré-requis, dans le sens où je ne vais pas chercher à justifier ici de son existence. Je pourrais, hein, mais ce serait encore plus long :angel: )


Et donc, dans les éléments qui m'ont interpellée :

-l'idée selon laquelle le féminisme n'aurait plus de raisons d'être aujourd'hui (sous-entendu le patriarcat est mort ? :cheers: ) : je pense pouvoir concevoir cette idée si l'on se place dans le cadre d'un féminisme ''historique'' (fin XIXe-début XXe) dont le but était effectivement d'atteindre l'égalité juridique et devant la loi. Et effectivement c'est le cas, depuis 1946 il me semble.
Mais égalité des droits ne veut pas dire égalité dans les faits, si ? (on peut le voir dans les inégalités de salaire persistantes, le manque d'accès aux postes de pouvoir, les violences sexiste et sexuelles etc).
Il me semble donc quand même compliqué d'avancer que notre société actuelle est parfaitement égalitaire :sweat: .
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-l'idée donc que pour faire se rejoindre ''égalité devant la loi'' et ''égalité de fait'', il suffirait d'attendre une évolution ''intérieure'' (dans famille, le couple) : personnellement, je ne le conçois pas ainsi. Le concept justement défendu par les féministes de ''l'intime est politique'' me parle bien davantage. À savoir que ce qui nous traverse est peut-être influencé par de multiples facteurs, mais il y a clairement des schémas issus de la structuration de la société qui influent sur notre intimité. (Ex : le partage des tâches domestiques, la sexualité...etc)

Si on ajoute à ça le fait qu'il y a certains trucs où ça semble difficile de dire ''oh ben on va attendre, alors'' (92000 viols en France par an, une femme tuée tous les 3 jours à cause de son genre), plus le fait que l'évolution risque de se heurter à pas mal de résistances (de la part de ceux, et même celles, qui pensent avoir plus à perdre qu'à gagner en changeant les rapports femmes-hommes) il me semble assez légitime de se dire qu'on peut encore avoir besoin du féminisme, et de personnes qui luttent contre ces inégalités de fait.
(Selon moi, il faudrait une vraie volonté politique pour se donner les moyens de cette évolution, comme par exemple c'est censé être le cas avec la mise en œuvre réelle de l'éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle dans l'éducation nationale, initiative qui me paraît vraiment intéressante, mais pour laquelle les moyens sont loins d'être mis...)

-l'idée que le féminisme
► Afficher le texte
est contre-productif : j'ai aussi l'impression que cela a été un immense soulagement (et un vrai facteur d'évolution active, pour le coup) pour une bonne partie des femmes de voir mis en lumière des schémas dans lesquelles elles se sentaient enfermées et/ou qu'elles subissaient. Et ce malgré une égalité devant la loi.

-l'idée de savoir quel ''projet'' porte le féminisme : bah, ''tout simplement'' l'émancipation et l'égalité de tous et toutes ! :ensoleillé: (il est donc aussi radical car il suppose un changement de système : mais il ne cherche pas l'inverse du patriarcat, par exemple une société où les femmes ''domineraient'' les hommes, le monde... Mais justement une société qui essaie au maximum de se débarrasser des rapports de pouvoirs et de domination, avec d'autres façons d'interagir, de se considérer, de considérer le monde et la planète... Je ne prétends pas que dans les faits ce soit aussi simple, c'est un idéal, mais il me semble qu'il ya une vraie attention dans le milieu féministe à la façon dont on peut agir pour transformer les choses déjà à notre échelle.)
De fait, je n'ai jamais entendu dans le féminisme une volonté ''d'éradiquer'' qui que ce soit. (d'éradiquer certains comportements / certains schémas oui, par contre. Mais là j'ai du mal à voir comment ce n'est pas légitime : si on souhaite respect / égalité, il me semble qu'à un moment on va se heurter avec celles et ceux dont le discours / les valeurs s'opposent vraiment à ces notions, non ?)

-la critique qu'on entend souvent des féministes comme ''trop revendicatrices, outrancières, dénonciatrices (et hystériques ? :grin: )'' : j'avoue, c'est pour moi précisément le signe d'une forme d'efficacité, en cela qu'elles dérangent l'ordre établi, et a priori c'est bien le but.
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-l'idée que le féminisme (à cause de son nom?) enferme dans le genre féminin : il me semblait que les féministes ont justement été parmi les premières (Beauvoir, Butler, Wittig...) à réfléchir au fait que la connexion entre sexe et genre n'a rien de naturel, mais est une construction sociale.
De fait, le féminisme, selon moi, entend ''les femmes'' non pas comme une identité commune (intérieure), mais plutôt comme une assignation commune venue de la société (extérieure), à leur désavantage.
(Ce qui en passant explique je pense une attention à tous les groupes qui paraissent subir la même chose : les personnes LGBTQIA+, les personnes victimes de racisme etc)

-sur le féminisme perçu comme enfermant de façon générale : au contraire, je le vis donc personnellement comme libérateur, en ce sens qu'il y a tout un travail de fait pour justement mettre en lumière les cases dans lesquels on m'enferme malgré moi, et me permettre plus facilement d'en sortir.

-au sujet du masculinisme : en découle que pour moi, le masculinisme n'est pas du tout le contrepoint du féminisme. Ce dernier cherche l'émancipation/ l'égalité de TOUS et toutes, alors que le masculinisme cherche à maintenir un rapport de domination des hommes sur les femmes.

-et du coup, pour réagir à l'exemple des mecs pour qui les femmes dominent / attendent que les hommes fassent tout : boah, il y a de la marge quand même :yawn: (...avec un peu d'honnêteté statistique)
-versus l'exemple des femmes avec discours ''stigmatisant'' au sujet des hommes  : cela m'interpelle davantage (...et quand c'est le cas, je me demande toujours quel est leur vécu par rapport à ça, en propre ou dans leur entourage :'( )
En fait, il n'y a pas du tout d'équivalence entre les deux discours, pour moi : les femmes réagissent par rapport à ce qui est quand même le vécu de pas mal de femmes, pour peut-être se protéger d'un rapport de force en leur défaveur, alors que l'homme dont il est question fantasme une réalité qui lui permet sûrement de faire écran et de ne pas voir un système qui reste en sa faveur, quoiqu'il en dise. Et que tenir ce genre de discours est me semble-t-il une facilité pour refuser de voir ce qui serait encore plus dérangeant pour lui, donc.
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-je suis ceci dit plus optimiste que ça au sujet d'un éventuel antagonisme ''dû au féminisme'': les changements ne se font pas sans remous, mais je crois réellement qu'on va vers meilleure compréhension / respect de l'autre, et cela en partie grâce aux éléments d'analyse venus du féminisme. Ainsi, il y a dans mon entourage pas mal d'hommes qui s'intéressent, parfois maladroitement mais souvent sincèrement, au féminisme, et qui remettent en question leur comportement et celui de leur entourage de façon intéressante (et ça va de ''nan c'est pas possible de voir systématiquement mon chef couper la parole de ma collègue et pas la mienne'', à ''c'est compliqué mais ça fait réfléchir d'avoir un ami accusé de viol et de réaliser que j'ai du mal à ne pas chercher à prendre sa défense avant tout''. Et on pourrait je suppose m'objecter que c'est une question de respect / d'humanité, mais je trouve qu'en ôter la problématique genrée fait passer à côté d'une partie de la compréhension des comportements.)
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-pour finir, personnellement ça me fait du bien d'assumer (et de chercher à vivre et à soutenir) un ''projet'' qui me paraît donc joyeux, enthousiasmant, progressiste et émancipateur pour toutes et TOUS, en ce moment particulier où certains (= l'extrême droite mais pas que) assument de plus en plus un discours qui va à l'encontre de cela.
Et pour le coup, porter des positions marquées
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me semble au contraire souvent obliger à faire bouger les lignes, pousser à la réflexion, et n'empêche pas nécessairement la nuance ou la discussion.

-je crois que j'ai une personnalité tout à fait du côté de la nuance et du compromis, mais de plus en plus je m'essaie, vu le contexte, à assumer un ''je ne suis pas d'accord du tout'' :$ .
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Pour moi, ce n'est pas une question de refuser forcément (j'avoue, j'ai mes limites, je crois :angel: ) l'échange et la discussion, et encore moins de considérer qu'au niveau individuel il y a d'un côté les bons et de l'autre les méchants (ça me paraît d'ailleurs très bizarre comme façon de penser), par contre j'assume avoir la conviction que certains systèmes (dont nous faisons tous et toutes partie, moi la première, avec tous les biais que cela induit et la façon dont ça influence notre vision des choses) ne me conviennent pas et ne me semblent pas non plus adaptés pour permettre aux valeurs d'égalité et de respect de s'imposer. (Mais là aussi, ça mériterait un autre débat...)

J'espère ceci dit que poser tout ça là ne vous donnera pas envie d'en jeter encore plus sur le féminisme, parce que dans ce cas j'aurais clairement manqué mon but ! :huhu: (...de faire voir ce mouvement sous une perspective un peu différente et un peu plus ''positive'' ?)

Voilààààààà ! :arag
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- @Pascalita  : ce n'est pas forcément bizarre de penser que les hommes ne peuvent se considérer comme féministes : Antoine Dupuis-Déry, qui est spécialiste des hommes qui cherchent à être des alliés pour les féministes, parle justement plutôt d'alliés, ou de pro-féministes, exactement pour la raison que tu avances, à savoir qu'ils ne subissent pas les préjudices subis.
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- @enufsed  :
D'ailleurs cette manipulation légitime un peu plus la notion d'éco-féminisme puisque la notion d'écologie subit le même sort de la part de ceux dont elle menace les intérêts et le pouvoir
 : je vois plutôt bien je crois ce que tu veux dire dans la deuxième partie de la phrase, pas trop dans la première, ça m'intéresserait que tu explicites ;)
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Re: Le féminisme

Message par enufsed »

@Rune Effectivement le verbe "légitimer" n'est pas très heureux, le propos était d'appuyer la pertinence de ce courant de pensée dont un des fondements est l'affirmation que les forces et motivations qui sont à l'oeuvre dans l'exploitation de la nature sont celles qui conduisent à l'étouffement des libertés des femmes. Dans le cas de mon propos il s'agissait d'identifier une fois de plus ce lien entre écologie et féminisme dans les techniques de manipulation de l'opinion (qui consistent à en faire des extrêmismes).
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Re: Le féminisme

Message par Holi »

Je n’ai pas vraiment lu tous vos posts antérieurs, j’y reviendrai plus tard, je voulais quand même répondre à @Rune
Je suis une femme attentive, pas une féministe en lutte, ça résume, je pense ma position.

Contrairement à @Pascalita et @lady space je me sens " femme ", j’ai conscience de mon état, de ma situation de femme. Je me sens " en différence " par rapport aux hommes. Je ne sais pas vraiment expliquer ce que ça signifie, c’est juste une sensation évidente d’une nature différente. Ça n’est pas un plus, ni un moins, juste une différence.
De la même façon que l’on peut être blond ou brun, on est homme ou femme. Je ne souhaite pas là remettre en question la demande de non-genre de certaines personnes, je ne parle que de mon ressenti.
En tant que femme donc, et dans la mesure où je ne pense pas que cette nature soit un désavantage, je considère que les droits doivent être les mêmes, qu’il doit y avoir peut-être pas égalité (ce qui n’est pas toujours possible) mais une équité réelle et un respect réciproque.
Malheureusement, les exemples sont encore nombreux, on l’a vu dans le fil sur le sexisme ordinaire, où la situation quotidienne des femmes est moins favorable que celle des hommes.
Je suis attentive à tous ces signes qui nous prouvent que la situation des femmes, même si elle a beaucoup évolué, n’est toujours pas satisfaisante.
Des reculs majeurs comme aux USA, la situation des femmes dans certaines parties du monde, ces injustices flagrantes et la domination masculine me mettent en colère. J’ai l’impression que les mentalités n’évoluent plus dans le bon sens et qu’il faut rester attentif, ce qui semble acquis ne l’est peut-être pas. Plus que les textes ou les lois ce sont les mentalités qui font évoluer la société et la société c’est moi aussi, en tant que femme.
Pour autant je ne pense pas être une féministe, en tout cas pas au sens qui me semble être celui retenu aujourd’hui.
Je ne suis pas activiste, pas en lutte, pas engagée. C’est l’image d’un féminisme en colère, excessif et revendicateur qui me fait dire que je ne suis pas féministe.
Pourtant, en y réfléchissant, le simple fait d’être vigilante sur la condition des femmes et soucieuse des injustices, me place sans doute aux cotés des féministes.
Tout dépend donc de ce que l’on met derrière ce mot.
À force de penser à ce que les autres pensent de nous, on en oublie de se penser soi-même.
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Re: Le féminisme

Message par Rune »

Je tiens vraiment à dire que j'apprécie de lire vos réponses : soyons claire, ces derniers temps, je fréquente pas mal de personnes qui sont (presque toujours) du même avis que moi sur le féminisme, et je trouve vraiment intéressant de lire d'autres façons d'envisager les choses.
► Afficher le texte
@enufsed : ouiiii, effectivement, je pense que c'est l'emploi du verbe ''légitimer'' qui faisait obstacle à ma compréhension ;)
Je précise d'ailleurs que ce qui m'intéresse aussi dans le féminisme (tel que je le pratique, avec une analyse plutôt matérialiste), c'est sa capacité à montrer les liens du patriarcat avec les autres systèmes d'oppression (racisme, capitalisme, plein d'autres jolis mots en -isme, quoi :grin: ), et donc par là-même étendre sa capacité à lutter plus que pour les droits d'un seul groupe qui serait celui des femmes.
Et pour le coup, je ne connais pas trop l'éco-féminisme :$ (alors que ça aurait pu vraiment m'intéresser de base pour ce que tu évoques, à savoir cette idée que ce sont les mêmes forces qui cherchent à asservir la Nature et les femmes, et parce que l'écologie aurait pu / dû être mon axe de lutte prioritaire, vue l'urgence écologique :'( Mais il y a dans le courant éco-féministe une vision souvent un peu ''essentialisante'' de la condition féminine dans laquelle je ne me reconnais pas. Ce que je sais par contre, c'est qu'il y a eu plein de grandes mobilisations féministes hyper intéressantes venues de mouvements qui se revendiquent de ce courant, par exemple en Amérique latine ! )

@Holi : tu as en effet une position sensiblement différente.
Et tu mets le doigts sur ce qui m'a fait réagir au début : pour moi, vu le contexte actuel, ça me semblerait en effet important d'assumer le mot même de féminisme (en étant effectivement bien au clair sur ce qu'on met derrière personnellement) quand on défend certains principes, pour faire obstacle à celles et ceux qui veulent se le ré-approprier de façon abusive ou en faire un ''gros mot'', ou juste pour nuancer la vision que les gens peuvent avoir des féministes et du féminisme, justement. (...mais je conçois parfaitement qu'on ne l'envisage pas ainsi, du coup, hein ;) )
Et juste, je me permets de taquiner un peu, mais tu dis qu'il y a plein de choses qui te mettent en colère, et pourtant tu sembles reprocher ce sentiment au ''féminisme'', je trouve ça amusant :angel:

Je éviter de me répéter, je crois avoir expliqué
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pourquoi personnellement cette colère me paraît légitime, voire nécessaire. (Tout comme le fait d'avoir des revendications, car ça me semblerait justement difficile de ne faire que dénoncer sans jamais proposer/demander, voire effectivement exiger autre chose :^) Bref, en fait qu'il n'y a que le mot excessif qui pourrait me déranger, mais comme personnellement, c'est le système patriarcal que je trouve grave excessif, ben ça ne m'étonne pas qu'on puisse l'être par réaction :D )
Pour autant, je trouve que cette image ''d'un féminisme en colère, excessif et revendicateur'' me paraît un peu trop généralisante pour être honnête (et perso, à part une ou deux figures un peu connues qui correspondent peut-être à cette image, je trouve qu'une majorité de féministes garde beaucoup d'humour et de patience face à tout ce qui leur tombe dessus et qu'on leur renvoie. Et je trouve ça étonnant aussi car pour moi le féminisme est un des mouvements qui reste malgré tout le plus ''soft'' dans ses modes d'actions.)
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. Je trouve que c'est donc peut-être pas mal de garder à l'esprit le fait de se demander qui ça arrange de donner cette image de ce mouvement et/ou des féministes ''en général'' ;-)
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