Merci beaucoup pour vos réponses ! (...bon, par contre pas merci du tout pour avoir changé de fil : j'ai toujours un petit souci d'exhaustivité, et je n'ai pas pu m'empêcher de lire très attentivement les 6 pages du sujet

Ceci dit, c'était ''historiquement'' intéressant, et il y a même des membres qui répondent par anticipation à ma question, dis-donc

)
J'ai hésité à faire une réponse détaillée, parce les vôtres répondaient bien à ma question et n'en appelaient pas nécessairement de ma part. Pour autant, j'ai toujours apprécié sur ce forum le fait de pouvoir lire des idées multiples et étayées. Et pour le coup, j'avais envie de partager mon avis / ressenti sur quelques éléments. (Trigger warning : il y a des mentions aux VSS dans ce message.)
Comme le montre le message de
@FéeNyx , il y a effectivement DES féminismes, ou plutôt des courants au sein du féminisme.
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(...et je précise tout de suite que pour moi les collectifs d'extrême droite type Némésis font un abus de langage en se revendiquant féministes, a minima elles sont racistes bien avant d'être féministes :
https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article ... 00055.html)
Je précise que le féminisme que j'évoque par défaut (et parce que c'est celui que je connais le mieux) est celui qu'on appelle de la ''4e vague'', par forcément partagé par toutes les féministes (il y a encore des féministes qui appartiennent au courant libéral, et pour que ce soit clair je n'associe pas au féminisme radical les TERF , par exemple...), mais assez majoritaire en France en ce moment, et qui se revendique le plus souvent comme ''féminisme radical''. Comme le disent les messages cités par Fényx, radical s'entend surtout au sens de ''qui cherche à remonter à la racine'', ici à la racine de ce qu'on appelle le système patriarcal.
(...et j'ajoute que pour que mon discours soit intelligible, l'existence du patriarcat, c'est-à-dire l'existence d'un système social d'oppression des hommes sur les femmes, est pour moi un pré-requis, dans le sens où je ne vais pas chercher à justifier ici de son existence. Je pourrais, hein, mais ce serait encore plus long

)
Et donc, dans les éléments qui m'ont interpellée :
-l'idée selon laquelle le féminisme n'aurait plus de raisons d'être aujourd'hui (sous-entendu le patriarcat est mort ?

) : je pense pouvoir concevoir cette idée si l'on se place dans le cadre d'un féminisme ''historique'' (fin XIXe-début XXe) dont le but était effectivement d'atteindre l'égalité juridique et devant la loi. Et effectivement c'est le cas, depuis 1946 il me semble.
Mais égalité des droits ne veut pas dire égalité dans les faits, si ? (on peut le voir dans les inégalités de salaire persistantes, le manque d'accès aux postes de pouvoir, les violences sexiste et sexuelles etc).
Il me semble donc quand même compliqué d'avancer que notre société actuelle est parfaitement égalitaire

.
-l'idée donc que pour faire se rejoindre ''égalité devant la loi'' et ''égalité de fait'', il suffirait d'attendre une évolution ''intérieure'' (dans famille, le couple) : personnellement, je ne le conçois pas ainsi. Le concept justement défendu par les féministes de
''l'intime est politique'' me parle bien davantage. À savoir que ce qui nous traverse est peut-être influencé par de multiples facteurs, mais il y a clairement des schémas issus de la structuration de la société qui influent sur notre intimité. (Ex : le partage des tâches domestiques, la sexualité...etc)
Si on ajoute à ça le fait qu'il y a certains trucs où ça semble difficile de dire ''oh ben on va attendre, alors'' (92000 viols en France par an, une femme tuée tous les 3 jours à cause de son genre), plus le fait que l'évolution risque de se heurter à pas mal de résistances (de la part de ceux, et même celles, qui pensent avoir plus à perdre qu'à gagner en changeant les rapports femmes-hommes) il me semble assez légitime de se dire qu'on peut encore avoir besoin du féminisme, et de personnes qui luttent contre ces inégalités de fait.
(Selon moi, il faudrait une vraie volonté politique pour se donner les moyens de cette évolution, comme par exemple c'est censé être le cas avec la mise en œuvre réelle de l'éducation à la vie affective relationnelle et sexuelle dans l'éducation nationale, initiative qui me paraît vraiment intéressante, mais pour laquelle les moyens sont loins d'être mis...)
-l'idée que le féminisme
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(actuel, plutôt, j'ai l'impression, en ce qu'il est qualifié d'extrême, sous-entendu par rapport à avant. Ce qui me laisse aussi songeuse quand on connaît les modes d'action des suffragettes :
https://lemyceliumpodcast.wordpress.com ... eux-avant/ Attention, podcast très radical féministe

)
est contre-productif : j'ai aussi l'impression que cela a été un immense soulagement (et un vrai facteur d'évolution active, pour le coup) pour une bonne partie des femmes de voir mis en lumière des schémas dans lesquelles elles se sentaient enfermées et/ou qu'elles subissaient. Et ce malgré une égalité devant la loi.
-l'idée de savoir quel ''projet'' porte le féminisme : bah, ''tout simplement'' l'émancipation et l'égalité de tous et toutes !

(il est donc aussi radical car il suppose un changement de système : mais il ne cherche pas l'inverse du patriarcat, par exemple une société où les femmes ''domineraient'' les hommes, le monde... Mais justement une société qui essaie au maximum de se débarrasser des rapports de pouvoirs et de domination, avec d'autres façons d'interagir, de se considérer, de considérer le monde et la planète... Je ne prétends pas que dans les faits ce soit aussi simple, c'est un idéal, mais il me semble qu'il ya une vraie attention dans le milieu féministe à la façon dont on peut agir pour transformer les choses déjà à notre échelle.)
De fait, je n'ai jamais entendu dans le féminisme une volonté ''d'éradiquer'' qui que ce soit. (d'éradiquer certains comportements / certains schémas oui, par contre. Mais là j'ai du mal à voir comment ce n'est pas légitime : si on souhaite respect / égalité, il me semble qu'à un moment on va se heurter avec celles et ceux dont le discours / les valeurs s'opposent vraiment à ces notions, non ?)
-la critique qu'on entend souvent des féministes comme ''trop revendicatrices, outrancières, dénonciatrices (et hystériques ?

)'' : j'avoue, c'est pour moi précisément le signe d'une forme d'efficacité, en cela qu'elles dérangent l'ordre établi, et a priori c'est bien le but.
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(Après, ça ressemble quand même beaucoup aux critiques de leurs détracteurs, et j'ai toujours tendance à me demander à qui cela profite d'utiliser cette critique pour tenter de les empêcher de revendiquer et de dénoncer. De mon côté, je ne me sens pas du tout confortable avec le fait d'empêcher les gens de dénoncer ce qu'ils subissent, de la même façon que je ne me vois pas estimer que je suis mieux placée pour décider de la façon dont les personnes concernées par des discriminations choisissent d'exprimer leurs revendications.
Aussi, la colère est un sentiment qui me paraît légitime quand on subit ces inégalités et/ou quand on prend conscience que rien/ pas assez n'est fait pour les réduire, les éliminer.
Le versant positif étant que c'est aussi aussi un sentiment qui permet en le canalisant en énergie de se mobiliser et de chercher à faire évoluer les choses. Mais tout ça mériterait un autre sujet, je suppose...)
-l'idée que le féminisme (à cause de son nom?) enferme dans le genre féminin : il me semblait que les féministes ont justement été parmi les premières (Beauvoir, Butler, Wittig...) à réfléchir au fait que la connexion entre sexe et genre n'a rien de naturel, mais est une construction sociale.
De fait, le féminisme, selon moi, entend ''les femmes'' non pas comme une identité commune (intérieure), mais plutôt comme une assignation commune venue de la société (extérieure), à leur désavantage.
(Ce qui en passant explique je pense une attention à tous les groupes qui paraissent subir la même chose : les personnes LGBTQIA+, les personnes victimes de racisme etc)
-sur le féminisme perçu comme enfermant de façon générale : au contraire, je le vis donc personnellement comme libérateur, en ce sens qu'il y a tout un travail de fait pour justement mettre en lumière les cases dans lesquels on m'enferme malgré moi, et me permettre plus facilement d'en sortir.
-au sujet du masculinisme : en découle que pour moi, le masculinisme n'est pas du tout le contrepoint du féminisme. Ce dernier cherche l'émancipation/ l'égalité de TOUS et toutes, alors que le masculinisme cherche à maintenir un rapport de domination des hommes sur les femmes.
-et du coup, pour réagir à l'exemple des mecs pour qui les femmes dominent / attendent que les hommes fassent tout : boah, il y a de la marge quand même

(...avec un peu d'honnêteté statistique)
-versus l'exemple des femmes avec discours ''stigmatisant'' au sujet des hommes : cela m'interpelle davantage (...et quand c'est le cas, je me demande toujours quel est leur vécu par rapport à ça, en propre ou dans leur entourage

)
En fait, il n'y a pas du tout d'équivalence entre les deux discours, pour moi : les femmes réagissent par rapport à ce qui est quand même le vécu de pas mal de femmes, pour peut-être se protéger d'un rapport de force en leur défaveur, alors que l'homme dont il est question fantasme une réalité qui lui permet sûrement de faire écran et de ne pas voir un système qui reste en sa faveur, quoiqu'il en dise. Et que tenir ce genre de discours est me semble-t-il une facilité pour refuser de voir ce qui serait encore plus dérangeant pour lui, donc.
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(Bref. Ça reste mon analyse de féministe radicale, j'en conviens

. Par contre, accuser le féminisme de cet antagonisme des sexes me paraît quand même inverser les choses

: pour moi, le problème vient du patriarcat, qui n'a pas été ''inventé'', mais juste mis en lumière par le féminisme.)
-je suis ceci dit plus optimiste que ça au sujet d'un éventuel antagonisme ''dû au féminisme'': les changements ne se font pas sans remous, mais je crois réellement qu'on va vers meilleure compréhension / respect de l'autre, et cela en partie grâce aux éléments d'analyse venus du féminisme. Ainsi, il y a dans mon entourage pas mal d'hommes qui s'intéressent, parfois maladroitement mais souvent sincèrement, au féminisme, et qui remettent en question leur comportement et celui de leur entourage de façon intéressante (et ça va de ''nan c'est pas possible de voir systématiquement mon chef couper la parole de ma collègue et pas la mienne'', à ''c'est compliqué mais ça fait réfléchir d'avoir un ami accusé de viol et de réaliser que j'ai du mal à ne pas chercher à prendre sa défense avant tout''. Et on pourrait je suppose m'objecter que c'est une question de respect / d'humanité, mais je trouve qu'en ôter la problématique genrée fait passer à côté d'une partie de la compréhension des comportements.)
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(Même si je ne nie pas une forme de ''polarisation'', mais pour moi elle est due surtout à ceux qui refusent de voir leurs privilèges s'échapper, j'avoue

.)
-pour finir, personnellement ça me fait du bien d'assumer (et de chercher à vivre et à soutenir) un ''projet'' qui me paraît donc joyeux, enthousiasmant, progressiste et émancipateur pour toutes et TOUS, en ce moment particulier où certains (= l'extrême droite mais pas que) assument de plus en plus un discours qui va à l'encontre de cela.
Et pour le coup, porter des positions marquées
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( et pas ''extrêmes'' : ça me gêne aussi de voir le féminisme se faire taxer d'extrémisme, dans le sens où me semble précisément aller à l'encontre de ce qu'il en est de fait. Et je trouve qu'en ce moment éviter de rapprocher / comparer / poser des équivalences entre ''ces extrêmes, toutes les mêmes'', serait assez salutaire, mais c'est là aussi un autre débat...)
me semble au contraire souvent obliger à faire bouger les lignes, pousser à la réflexion, et n'empêche pas nécessairement la nuance ou la discussion.
-je crois que j'ai une personnalité tout à fait du côté de la nuance et du compromis, mais de plus en plus je m'essaie, vu le contexte, à assumer un ''je ne suis pas d'accord du tout''

.
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(et moi la politique, la société, ça m'intéresse beaucoup, mais c'est hyper angoissant en ce moment, donc travailler là-dessus est ma façon à moi de chercher à résister un peu à l'angoisse.)
Pour moi, ce n'est pas une question de refuser forcément (j'avoue, j'ai mes limites, je crois

) l'échange et la discussion, et encore moins de considérer qu'au niveau individuel il y a d'un côté les bons et de l'autre les méchants (ça me paraît d'ailleurs très bizarre comme façon de penser), par contre j'assume avoir la conviction que certains systèmes (dont nous faisons tous et toutes partie, moi la première, avec tous les biais que cela induit et la façon dont ça influence notre vision des choses) ne me conviennent pas et ne me semblent pas non plus adaptés pour permettre aux valeurs d'égalité et de respect de s'imposer. (Mais là aussi, ça mériterait un autre débat...)
J'espère ceci dit que poser tout ça là ne vous donnera pas envie d'en jeter encore plus sur le féminisme, parce que dans ce cas j'aurais clairement manqué mon but !

(...de faire voir ce mouvement sous une perspective un peu différente et un peu plus ''positive'' ?)
Voilààààààà !
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Je m'excuse par avance si je ne suis pas réactive aux éventuelles suites de ce message, mais c'est la rentrée qui arrive, et je sais d'avance que je n'aurai plus trop de temps long dans les semaines à venir pour poser / développer des idées par écrit. Je peux éventuellement donner davantage de chiffres / ressources pour celles et ceux que ça intéresserait, par contre !
-
@Pascalita : ce n'est pas forcément bizarre de penser que les hommes ne peuvent se considérer comme féministes : Antoine Dupuis-Déry, qui est spécialiste des hommes qui cherchent à être des alliés pour les féministes, parle justement plutôt d'alliés, ou de pro-féministes, exactement pour la raison que tu avances, à savoir qu'ils ne subissent pas les préjudices subis.
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(Perso, cela m'est égal qu'un mec se dise féministe, par contre j'avoue, vaut mieux dans ce cas qu'il ne le soit pas qu'en façade

)
-
@enufsed :
D'ailleurs cette manipulation légitime un peu plus la notion d'éco-féminisme puisque la notion d'écologie subit le même sort de la part de ceux dont elle menace les intérêts et le pouvoir
: je vois plutôt bien je crois ce que tu veux dire dans la deuxième partie de la phrase, pas trop dans la première, ça m'intéresserait que tu explicites
