Extraits choisis

Invité

Re: Extraits choisis

Message par Invité »

@GraineDeNana splendide. Grâce à toi j'ai trouvé ma prochaine lecture! :cheers:

Un des incipit les plus parfaits (et des plus inquiétants) du roman français, celui d'Un balcon en forêt de Julien Gracq.
Depuis que son train avait passé les faubourgs et les fumées de Charleville, il semblait à l’aspirant Gange que la laideur du monde se dissipait : il s’aperçut qu’il n’y avait plus en vue une seule maison. Le train, qui suivait la rivière lente, s’était enfoncé d’abord entre de médiocres épaulements de collines couvertes de fougères et d’ajoncs. Puis, à chaque coude de la rivière, la vallée s’était creusée, pendant que le ferraillement du train dans la solitude rebondissait contre les falaises, et qu’un vent cru, déjà coupant dans la fin d’après-midi d’automne, lui lavait le visage quand il passait la tête à la portière. La voie changeait de rive capricieusement, passait la Meuse sur des ponts faits d’une seule travée de poutrages de fer, s’enfonçait par instants dans un bref tunnel à travers le col d’un méandre. Quand la vallée reparaissait, toute étincelante de trembles sous la lumière dorée, chaque fois la gorge s’était approfondie entre ses deux rideaux de forêt, chaque fois la Meuse semblait plus lente et plus sombre, comme si elle eût coulé sur un lit de feuilles pourries. Le train était vide : on eût dit qu’il desservait ces solitudes pour le seul plaisir de courir dans le soir frais, entre les versants de forêt jaunes qui mordaient de plus en plus haut sur le bleu très pur de l’après-midi d’octobre ; le long de la rivière, les arbres dégageaient seulement un étroit ruban de prairie, aussi nette qu’une pelouse anglaise.
Avatar de l’utilisateur
Fu
Messages : 2344
Inscription : dim. 4 févr. 2018 21:54
Présentation : viewtopic.php?f=9&t=9137
Profil : Bilan +
Test : WAIS

Ancien Membre de l'équipe

Re: Extraits choisis

Message par Fu »

@Judith, je ne sais pas pourquoi, ce passage me fait penser à L’enterrement des rats, de Bram Stocker.
Invité

Re: Extraits choisis

Message par Invité »

Fu a écrit : mar. 16 août 2022 10:14 je ne sais pas pourquoi
Moi non plus, mais je n'ai pas lu le livre de Stocker (dont je ne connais que Dracula). :)
Avatar de l’utilisateur
Fu
Messages : 2344
Inscription : dim. 4 févr. 2018 21:54
Présentation : viewtopic.php?f=9&t=9137
Profil : Bilan +
Test : WAIS

Ancien Membre de l'équipe

Re: Extraits choisis

Message par Fu »

C’est une bonne raison. :lol:
Avatar de l’utilisateur
FéeNyx
Messages : 1218
Inscription : mar. 8 avr. 2025 02:48
Présentation : viewtopic.php?p=390482#p390482
Profil : En questionnement
Test : WAIS
Localisation : À l'ouest
Âge : 35

Re: Extraits choisis

Message par FéeNyx »

« Homère dit d'Atè […] :
Ses pieds sont délicats, et sans fouler le sol,
elle avance en marchant sur la tête des hommes.
» (Agathon)


« T'imagines-tu que ce qui n'est pas beau doive nécessairement être laid ?
[…] T'imagines-tu de même que celui qui n'est pas un expert est stupide ? N'as-tu pas le sentiment que, entre science et ignorance, il y a un intermédiaire ?
[…] Ne force donc ni ce qui n'est pas beau à être laid, ni non plus ce qui n'est pas bon à être mauvais. Éros est dans le même cas. Étant donné […] que toi-même tu conviens qu'il n'est ni bon ni beau, tu dois de façon analogue estimer non pas qu'il est laid et mauvais, mais qu'il est quelque chose d'intermédiaire entre les deux. » (Diotime, citée par Socrate)

« […] si l'on est savant, on n'a pas besoin de tendre vers le savoir. Les ignorants ne tendent pas davantage vers le savoir ni ne désirent devenir savants. Mais c'est justement ce qu'il y a de fâcheux dans l'ignorance : alors que l'on n'est ni beau ni bon ni savant, on croit l'être suffisamment. Non, celui qui ne s'imagine pas en être dépourvu ne désire pas ce dont il ne croit pas devoir être pourvu. » (Diotime, citée par Socrate)


« […] la musique est elle aussi, dans l'ordre de l'harmonie et du rythme, une science des phénomènes qui ressortissent à l'amour. » (Éryximaque)


« Parmi les dieux […], nul n'est mieux disposé à l'égard des humains : [Éros] vient à leur secours, il est leur médecin, les guérissant de maux dont la guérison constitue le bonheur le plus grand pour le genre humain. » (Aristophane)

« C'est [l’Amour] qui produit
La paix chez les humains, le calme sur la mer.
Pas de souffle, vents couchés, et la peine s'endort.
*

[*Note : Il est impossible de dire si ces vers sont d'Agathon ou d'un autre poète. On peut placer la coupe ailleurs.] »


« […] celui qui n'en vaut pas la peine, c'est l'amant « vulgaire », celui qui aime le corps plutôt que l'âme. En effet, cet amant-là n'a pas de constance, puisque l'objet même de son amour n'a pas de constance ; oui, sitôt que se fane la fleur du corps que précisément cet amant-là aimait, « il s'envole et disparaît », et il trahit sans vergogne tant de beaux discours et de promesses. » (Pausanias)

« À ton avis, Socrate, quelle est la cause de cet amour et de ce désir ? Ne perçois-tu pas l'état terrible dans lequel se trouvent toutes les bêtes […] ? Toutes elles sont malades, quand elles se trouvent sous l'emprise de l'amour […]. » (Diotime, citée par Socrate)

« Mais, diras-tu, tu n'es pas joueur d'aulós. Si, et bien plus extraordinaire que Marsyas. Lui, effectivement, il se servait d'un instrument, pour charmer les êtres humains à l'aide de la puissance de son souffle […]. Toi, […] tu n'as pas besoin d'instruments, et c'est en proférant de simples paroles que tu produis le même effet. » (Alcibiade)

« Quand je lui prête l'oreille, mon cœur bat beaucoup plus fort que celui des Corybantes et ses paroles me tirent des larmes […]. Je me fais donc violence, je me bouche les oreilles comme pour échapper aux Sirènes, je m'éloigne en fuyant […]. Souvent j'aurais plaisir à le voir disparaitre du nombre des hommes, mais si cela arrivait je serais beaucoup plus malheureux encore, de sorte que je ne sais comment m'y prendre avec cet homme-là. » (Alcibiade)

« Vous observez […] qu'un penchant amoureux mène Socrate vers les beaux garçons : il ne cesse de tourner autour d'eux, il est troublé par eux. D'un autre côté, il ignore tout et il ne sait rien, c'est du moins l'air qu'il se donne. […] Laissez-moi vous le dire : que le garçon soit beau, cela ne l'intéresse en rien, et même il a un mépris inimaginable pour cela, tout comme il méprise le fait que le garçon soit riche ou qu'il possède quelque avantage jugé enviable par le grand nombre. […] Il passe toute sa vie à faire le naïf et à plaisanter avec les gens. Mais quand il est sérieux et que le silène s'ouvre, je ne sais si quelqu'un a vu les figurines qu'il recèle. Moi, il m'est arrivé de les voir, et elles m'ont paru si divines, si précieuses, si parfaitement belles et si extraordinaires […]. » (Alcibiade)

« Moi donc, qui ai subi une morsure plus douloureuse encore et qui ai été mordu là où, selon toute vraisemblance, il est le plus douloureux de l'être, car c'est au cœur ou à l'âme – peu importe le terme que l'on utilise – que j'ai été frappé et mordu […]. » (Alcibiade)

« Tu vois sans doute en moi une beauté inimaginable et bien différente de la grâce que revêt ton aspect physique. Si donc, l'ayant aperçue, tu entreprends de la partager avec moi et d'échanger beauté contre beauté, le profit que tu comptes faire à mes dépens n'est pas mince ; à la place de l'apparence de la beauté, c'est la beauté véritable que tu entreprends d'acquérir, et, en réalité, tu as dans l'idée de troquer de l'or contre du cuivre. Mais, bienheureux ami, fais bien attention, de peur que tu n'ailles t'illusionner sur mon compte, car je ne suis rien. La vision de l'esprit ne commence à être perçante que quand celle des yeux commence à perdre de son acuité ; et tu en es encore assez loin. » (Socrate)

« Au vu des efforts que moi j'avais consentis, sa supériorité à lui s'affirmait d'autant : il dédaigna ma beauté, il s'en moqua et se montra insolent à son égard. Et c'était précisément là que je m'imaginais avoir quelque chance, messieurs les juges, car vous êtes juges de la superbe de Socrate. Sachez-le bien. Je le jure par les dieux, par les déesses, je me levai après avoir dormi aux côtés de Socrate, sans que rien de plus ne se fût passé que si j'avais dormi auprès de mon père ou de mon frère aîné.
[…] J'étais tombé sur un homme doué d'une intelligence et d'une force d'âme que j'aurais cru introuvables. » (Alcibiade)

« Zeus, […] que me faut-il encore souffrir de la part de cet homme ! » (Alcibiade)


Platon, Le Banquet (traduit par Luc Brisson)
☪ 𝄞 ∞

« Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur,
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur. » (Molière)

« Si la musique nous est si chère, c'est qu'elle est la parole la plus profonde de l'âme, le cri harmonieux de sa joie et de sa douleur. » (Romain Rolland)


:chaise
Répondre