Bonjour,
sujet ô combien intéressant et périlleux... je vais tenter une approche hein (enfin une amorce plutôt) qui évidemment est un point de vue comme un autre et ne se prétend pas autre que cela.
Pour répondre à ta question, je crois qu'il faut remonter aux différences méthodologiques et épistémologiques des deux disciplines ou plutôt champ disciplinaire que tu mentionnes : pour caricaturer un poil les sciences "dures", "matérielles" d'un côté et les sciences sociales au sens large de l'autre.
Côté sciences dures, on est certes parti dans certaines disciplines sur des postulats qu'on a pas pu vérifier nécessairement (je pense notamment à l'astrophysique). Cela étant dit, comme ce sont des disciplines très basées sur l'observation du vivant au sens "matériel" du terme (par opposition à l'émotif, au mouvant des sciences sociales) ces postulats sont globalement vites démontables/vérifiables. Cela limite déjà les sources d'erreur, car la méthodologie (une fois établie hein) est plus simple d'usage, moins casse-tête et surtout plus compréhensible du grand public (qui a été majoritairement formé et bercé par la méthodologie scientifique matheuse, physique etc).
Côté sciences sociales................. moi qui commence, gentiment, à faire de la recherche................ autant te dire que c'est le bordel. Franchement. Alors je te rassure, on a des méthodes. Assez pointues même. Mais on en revient sur un débat que le forum a (de ce que j'ai pu lire) souvent eu : comment étudier rationnellement des choses... finalement pas si rationnelles que ça ? L'être humain est complexe. Plus qu'une planète. Là je parle en terme de biais d'analyse hein. Une planète, que je sache, elle n'a pas d'émotion. Elle peut changer un minimum, mais pas intrinsèquement comme un humain. Du coup forcément ça facilite son analyse notamment dans le temps. Donc en somme, la propriété de mouvance, d'erreur plus facile (si tant est que ça en soit, j'y reviendrai plus tard) des sciences sociales, conduisant, en effet, à des déviances monstrueuses est doublement "justifiable" : d'un par l'impossibilité d'établir une méthodologie aussi rigoureuse que pour les sciences dures ; de deux si cela est impossible, c'est parce que l'objet d'analyse est lui même biaisé, instable, mouvant, et de trop de côté en même temps pour l'isoler vraiment (si ça t'intéresse, l'anthropo et l'ethnologie ont beaucoup eu affaire à ce soucis et ont pas mal disserté sur la question).
On en vient à la notion d'erreur en sciences sociales. Ce champ n'a pas pour objectif, même si je sais que nombre d'article égotiques de ses auteurs portent à confusion, de trouver la solution. De trouver LA vérité. Non... tout au plus, on cherche la vérité de l'instant, et encore à s'en rapprocher le plus possible. On sait qu'on ne la trouvera pas. Car la vérité, notre vérité, elle est multiple comme le sont les hommes. Evidemment, il y a des bases communes à tout... des points communs. Mais... les différences on se doit de les prendre en compte, méthodologiquement par exemple. De ce fait, ce que tu vas pouvoir considérer comme une erreur... n'est en fait pas tant une erreur dans l'absolu qu'une erreur dans le temps. Je veux dire : ce qui est vrai en t ne l'est plus en t+1 de part, une fois de plus, le caractère intrinsèquement mouvant des sciences sociales et de leur objet d'analyse.
Enfin je me permets une remarque, valable à mon sens pour les deux types de champs : ne pas confondre ce qu'a dit la science... et ce qu'on en a fait après. Typiquement une analyse qui me touche de près (je l'étudie pas mal) : le marxisme. Certes on a prétendu que Lénine, Staline, Mao et toute la clique c'est appuyée dessus. C'est faux. Purement et simplement faux. Ils ont dévié entièrement la théorie marxiste de son fondement en retenant (ce qui est trèèèès commun) des résultats qui leur plaisaient sans leur contexte... forcément ça fini dans un mur. Forcément quand on souhaitait juste une justification à une politique créée et pensée en interne depuis longtemps, bah ça fini en dictature. Mais pour autant, ça n'a rien à avoir avec une erreur des sciences sociales ou de Marx. Une fois qu'on a donné une idée, un discours, un résultat et que ça passe dans le domaine public... on en est plus le seul propriétaire. Et les co-pro font souvent... de la merde !

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Bref. Ah si dernier point sur lequel je peux rebondir : la notion de responsabilité. Effectivement, bien plus compliqué à admettre en sciences sociales pour une raison quasi culturelle... déjà comme dit plus haut, pas la même définition de l'erreur dans le temps, et ça change beaucoup. Ensuite au-delà des différentiels méthodologiques, il y a aussi une notion d'égo....... qui n'est pas à nier. On a tous un égo hein, je ne dis pas le contraire. Mais il faut dire ce qui est, on s'écharpe plus en sciences sociales qu'en sciences dures

c'est plus dans nos us et coutumes. Précisément parce qu'on bosse sur des modèles représentatifs (pour un temps et dans un contexte précis) d'une société. Forcément c'est la course à celui dont le modèle sera le plus repris politiquement, publiquement etc... au détriment de la beauté du raisonnement.