De la difficulté de bien communiquer

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...
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Unesoprano
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mer. 27 mars 2019 09:55

Je profite également d’avoir un peu de temps ce matin pour répondre aux posts précédents. Veuillez m’excuser de ne pas vous avoir répondu plus tôt, ce n’était pas l’expression d’un désintérêt mais j’ai eu besoin de mûrir des réponses et par ailleurs :huhu: j’ai une vie en dehors du forum. Et en ce moment, plein de boulot!

@hosen j’ai été très intessée par tes interventions. Pour ma part, parler de la communication « de masse » ou en tout cas qui n’est plus entre deux personnes n’est pas vraiment un hors sujet. Mais il me semble qu’elle ne répond pas aux même règles. Les enjeux de pouvoirs sont plus grand, il s’agit alors qu’une personne ou qu’un petit groupe rallient beaucoup de personnes par leur communication à leurs idées.

Lorsqu’il s’agit de communiquer entre deux personnes ou quelques-unes, il me semble que le fait d'être d’accord, ou de convaincre, ou de rallier à une cause n’est pas nécessairement l’enjeu de la communication. Mieux se comprendre, ou débattre agréablement d’avis différents, divergents peut suffire. Il n’y a pas nécessairement un maître et son esclave, celui qui sait et celui qui ignore. Et heureusement. La manière de communiquer par contre peut rendre l'échange plus ou moins fertile, être plus ou moins utile. Et c’est palpitant, je trouve.

J’ai beaucoup aimé l’exemple que tu as choisi pour illustrer « autre temps, autre mœurs ». Mais au-delà de l'époque, communiquer autrement aurait enlevé de la force à son discours. Or, rappeler que l’on est partie prenante d’un système relationnel voire social (je ne l’ai pas lu, alors je marche sur des œufs. Mais tu m’as donné envie) —si l’on souhaite éveiller ou réveiller les gens— doit se faire avec une certaine fermeté. La Boétie ne s’inscrit pas en médiateur, il n’est pas dans l'hésitation d’un discours, il n’attend pas qu’un brouillage émotionnel se dissipe afin de pouvoir mieux échanger (comme par exemple la CNV peut le faire). Non, il affirme une réflexion qui pourra permettre à d’autres d'être moins passifs dans l’existence, d’être acteurs de leur transformation, de leur existence. Même si la CNV existait déjà, il n’y aurait eu aucune raison de l’utiliser pour pouvoir déclarer et assumer son point de vue.

Personnellement, je ne trouve pas que la CNV et quelques autres méthodes de communication soient des méthodes de précaution verbale uniquement. Je te rejoins sur la question de la violence croissante des rapports sociaux et interpersonnels. Elles sont un certain type de réponse à cela. Elles peuvent permettre une régulation de l’emotionnel qui existe lors d’un échange verbal, nécessairement. Comme une sorte d’ « Aïkido verbal », elles peuvent me semble-t-il utiliser la force ou la violence de l’interlocuteur afin de le faire chuter ou qu’il la reconnaisse, qu’il puisse la maîtriser et ne pas la refiler à quelqu’un qui n’est pas nécessairement le créateur de celle-ci. (Euh, j’espère que je suis claire... :huhu: )

Il me semble qu’utiliser le « je » à tout va n’est pas mieux que de ne l’utiliser jamais. Tout est affaire de modération et de capacité à être souple dans l’utilisation de la façon de parler, de définir et d'échanger. En matière d’affirmation de soi, par exemple, si on ne montre pas à quelqu’un qui montre les dents qu’on sait faire, mais que faire autrement est un choix, le respect sera difficile à acquérir. D’ailleurs, si l’on dit « gagner le respect » ce n’est pas pour rien.

@pandamonium peut-être manque tu de confiance en toi? Ce qui peut entraîner de la maladresse. Un entraînement à mieux t’affirmer oralement pourrait t’aider à mieux faire reconnaître le message que tu as envoyé. Parce que la bienveillance n’est pas reconnue par tous et toutes. Et qu’alors il peut être facile par le récepteur de faire porter aux mots d’autres enjeux. Je ne crois pas que la maladresse soit un état de fait. Il me semble qu’il y a une part d’ombre ignorée qui agit par là-dedans et qui se raconte via cela. :clin:

si ça vous intéresse, voici la présentation de l’aïkido verbal https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Aïkido_verbal
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mar. 2 avr. 2019 08:00

@ouadji je te réponds ici, car ton dernier post suite à ton partage d’experience et les échanges qui s’en sont ensuivis ici viewtopic.php?f=44&t=9636&start=25 m’interpelle.

Lorsqu’on communique, on ne fait pas uniquement part d’un raisonnement. Et même si celui-ci est magnifiquement exposé, exprimé par la personne qui émet un message, il y aura toujours la réponse de l’autre... dont sa réponse émotionnelle... et donc les émotions qui seront réveillées chez l’émetteur à l’issue de cette réponse. La façon dont on va faire face à l’émotion exprimée du récepteur est très importante alors pour une meilleure communication lors d’un débat. Et en aucune façon améliorer son raisonnement n’empêchera que le récepteur puisse continuer à mal entendre le message si celui-ci est brouillé par un retentissement, ou un ressenti important. Un raisonnement se situe au niveau des idées mais il n’y a pas que cela qui existe lors d’un échange. Je te reporte ce que j’ai mis en début de ce post.
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Ce n’est pas parce qu’on pense expliquer justement, au mieux, avec élégance et en « ayant raison » quelque chose, que l’on sera mieux entendu, reçu. Par contre, si on est à même de pouvoir comprendre ce qui est mal perçu dans ce qu’on a émis, et que l’on ne s’emballe pas soi-même à ne pas être unanimement compris immédiatement par tous ou quand il n’y a pas la réaction émotionnelle que l’on avait tant imaginé et désiré, reformuler mieux un aspect de ce qui avait été énoncé afin de mieux se faire comprendre et progressivement échanger plus tranquillement est absolument possible, oui. Sinon on joue au Ping Pong « j’ai raison et tu as tord de mal me comprendre » « non c’est toi ».

Mais bon, et j’espère que ce que je vais dire ne te blessera pas, il me semble que dire « oui, c’est quand même fou que certains comprennent si mal ce que je dis » quand on parle d’un Sujet sensible, ben c’est un peu naïf :huhu:
Vous n’avez pas les permissions nécessaires pour voir les fichiers joints à ce message.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par ouadji » mar. 2 avr. 2019 09:26

Unesoprano

"être à même de pouvoir comprendre ce qui est mal perçu dans ce qu’on a émis"


Au-delà de toute rhétorique, pouvoir appréhender les émotions de l'autre lors de sa (première) réponse de façon à être clairvoyant sur ce qui n'a pas été compris, comme être capable de voir au travers de son propre brouillard émotionnel ("... faire face à l’émotion exprimée du récepteur ...") Il faudrait donc en première ligne être attentif, non au contenu, mais au contenant, c'est-à-dire avant tout à l'être et non à ce qu'il a dit. Ensuite, oui, ne pas faire écho aux dites émotions, ce qui rendrait le processus récursif.

Avoir cette faculté de discerner les émotions de l'autre ... oups ... alors que celles-ci prennent parfois l'aspect d'une rhétorique pure, ou d'un simple contre exemple (vrai ou faux). Je note, et j'accepte, que mes propres émotions peuvent aussi prendre la forme rhétoricienne.

Voilà qui complique singulièrement le concept d'échange et pousse mon intérêt encore au-delà.
Je vais y réfléchir longuement.

Quant à ta conclusion, non elle ne me blesse pas du tout ... oui, la chose était naïve.

Très très intéressant, merci Unesoprano.
Je ne détiens aucune vérité, mes propos ne sont que le reflet de mes perceptions, par nature biaisées et imparfaites

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par pandamonium » dim. 14 avr. 2019 19:26

@Unesoprano Je ne voyais pas très bien le rapport entre maladresse et confiance en soi au début. Et puis en y réfléchissant, je me suis dit qu'il y avait une part de vrai dans ce que tu as dit. Toute maladresse verbale n'est pas induit par un manque de confiance mais parfois c'est le cas.
Parfois je veux m'exprimer de façon claire et je réalise après coup n'avoir pas été claire du tout. En fait j'ai une longue expérience de maladresses verbales ce qui a un peu modifié mon mode de fonctionnement. Je réfléchis parfois bien trop à la façon dont mon interlocuteur peut recevoir mon message mais même en ayant étudié toutes les possibilités d'interprétation, cela ne garantit en rien que je sois bien comprise.
Disons que ça m'aide dans la plupart des cas mais je pense qu'il y aura toujours une part d'inconnue dans la communication car l'autre n'étant par définition pas soi, rien ne pourra jamais garantir à 100% que la personne avec qui je parle, comprendra exactement le message que je veux lui transmettre.

En tout cas merci pour le lien sur l'Aïkido verbal. C'est fort intéressant.

Damdoum
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Damdoum » mer. 17 avr. 2019 16:53

Tout d'abord, je voulais remercier toutes les personnes qui ont pu intervenir (et hop...enclenchement communication bienveillante) pour leur interventions qui viennent apporter de l'eau au moulin (et hop métaphore pour pas perdre le monde en route et essayer de rester en lien avec le thème initial).
Il y a beaucoup de choses qui sont fortes intéressantes à ce sujet, mais il y a quand même la compréhension de l'autre, de son histoire, de son système de pensée, de ces émotions qu'elle souhaite exprimer ou non (et hop reformulation toute personnelle de ce qu'évoque notamment @Unesoprano pour me la mettre dans la poche :)), de ces buts/objectifs cachés (comme ce que je dis entre parenthèses... :angel: ).
La communication suppose un lâcher-prise sur que ce que l'on est soi-même et vis-à-vis de ce qu'on pense des autres (première intervention histoire de se la péter et surtout de se réassurer pour moi) : ainsi, la notion de confiance est donc ainsi primordiale (réajustement suite à la lecture d'une des dernières interventions) et la base d'un bonne communication.
C'est vrai que le schéma est parlant et à la longue, ça se fait très naturellement : je crois pas qu'il faille se forcer autant que çà pour que les choses se passent. Ça me fait penser un peu comme le fameux pouvoir de dire "non" : le plus dur, ce sont les 30 premières secondes qui viennent après l'avoir dit :) .
C'est un peu comme un entraînement mental ou un exercice de gymnastique du cerveau qui faut s'efforcer à faire très régulièrement. Et comme pour l'exercice physique, c'est bon pour la santé !
Et quand on parle de jeux d'acteurs ou enjeux de pouvoir, ils ne sont plus aussi forts une fois qu'ils sont nommés et présentés comme tels !
J'aurais de nombreux exemples à fournir en la matière mais si je pouvais résumer en quelques mots, pour une bonne communication, j'y mettrais cohérence, transparence, sincérité, honnêteté (en 3 briques...) et surtout bienveillance.
Y'a un truc que j'ai remarqué y'a pas si longtemps, c'est aussi le fort besoin d'horizontalité (peut-être les effets d'internet...et mot compte triple) et d'être considéré dans l'échange et le dispositif de communication.
Bref, de la difficulté de communiquer dépend surtout de comment on considère les gens avec qui on veut communiquer : si on estime qu'ils ne vont rien comprendre à ce qu'on raconte de toute façon, on part déjà pas bien... :whew:
“La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne... et personne ne sait pourquoi !”
A.Einstein ? Mon grand-oncle ? Un illustre nain connu ?

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