Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

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blue hedgehog
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Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » mar. 20 nov. 2018 12:51

Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art

Au vu de la curiosité de certains pour les techniques que j’ai utilisées pour sculpter un ours, je vous propose ce topic. L’idée est de vous parler de techniques pour des productions non essentielles à la vie. D’où l’art et l’artisanat d’art. Je n’ai pas l’intention, ici, de vous parler de techniques pour la menuiserie ou la charpenterie, même si c’est passionnant et que certaines techniques se recouvrent, je m’en sens incapable. Et puis il y a un topic sur la menuiserie ici http://adulte-surdoue.fr/viewtopic.php?f=139&t=2557 .
J’ai l’intention en plusieurs billets, de vous parler un peu (tout petit peu) d’ébénisterie, marqueterie, lutherie, de support pour peinture panneaux) et puis un peu plus en détail de sculpture où je distinguerai le tournage et le travail sans tour, depuis le bas-relief jusqu’à la ronde bosse. J’aborderai l’ébénisterie, la marqueterie, la lutherie et les panneaux parce qu’il y a des points communs avec la sculpture, beaucoup de techniques s’échangent entre les disciplines ce qui somme toute est tout à fait logique puisque c'est toujours du bois qui est utilisé pour créer quelque chose qui se veut agréable à l'oeil.
Je vous parlerai de ces sujets selon mes connaissances, mes affinités aussi, je ne prétends pas tout savoir et j’en apprends encore et encore plus le temps avance. J'ai aussi décidé de ne pas mettre de bibliographie (je ne les lis jamais et suis même pas sure des bonnes règles pour en faire une).
Bref, je lance le topic mais je vous invite à poser vos questions, donner votre avis, ajouter votre grain de sel etc.

Ahh, oui encore un détail, je n’arriverai pas à tout écrire en une fois donc il y aura des épisodes… merci pour votre patience.
Pour les épisodes je prévois (mais vous connaissez les prévisions météo, eh ben c’est pareil ici 😉) :
Au début était l’arbre (les essences)
Le débit et les assemblages
Techniques d’ébénisterie, marqueterie et lutherie
Techniques pour les panneaux
Techniques pour le tournage
Le bas-relief, haut-relief et la ronde bosse, mais encore ?
Les outils du sculpteur, qui fait quoi
Les étapes de la sculpture depuis le dessin jusqu’au résultat fini (peut-être découpé… on verra)

:punch: PS : Libérez Nounours maintenant ou j’envoie le GIGN ! :hug:
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blue hedgehog
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » mar. 20 nov. 2018 13:06

Au début était l’arbre
Un arbre, c’est vite dit. Toutes les essences ne conviennent pas aux techniques d’artisanat ou d’art. Tous les arbres d’une essence pourtant convenable ne sont pas bons à utiliser. Habituellement, il faut un arbre qui n’a pas poussé trop vite, qui n’a pas poussé vrillé et qui n’est pas creux. Enfin tout cela est vrai pour une mise en œuvre traditionnelle, mais de plus en plus d’artistes se dégagent de ces « règles » pour créer des formes plus vivantes ou carrément abstraites.

Les essences pour l’ébénisterie sont multiples : bois locaux ou exotiques, un large choix permet à l’artisan de faire son marché, selon l’usage, la couleur, le dessin, le fil, la dureté souhaitée. Pour en citer quelque unes (ce n’est pas du tout complet comme liste) : l’acacia, l’acajou, le balsa, le bouleau, le châtaignier, le cèdre, le chêne, le cerisier, l’ébène, l’érable, le frêne, le hêtre, le méranti, le merisier (ou cerisier sauvage), le noyer, l’orme, l’olivier, le palissandre, le pin, le bois de rose, le teck…
Pour les bois locaux vous avez des descriptions et photos ici : http://www.boisdefrance.fr/bois-derives ... enisterie/
Bureau_boulle_chateau_de_chantilly.jpg
bureau par Boulle célèbre ébéniste.


Pour la marqueterie, les mêmes essences que celles pour l’ébénisterie sont utilisées mais avec une préférence pour les bois « nobles », donc soit rares, chers ou difficiles à mettre en œuvre. Dans ce cadre, le loupes sont souvent utilisées. Les loupes sont une sorte de nodosités tourmentées et capricieuses dans le jeu des veines d'un bois. A la base c’est une réaction de défense de l’arbre à une piqûre d’insecte ou une maladie et l’arbre va former une excroissance ou broussin. Lorsqu’on coupe le bois du broussin le dessin ou fil du bois est très différent d’un tronc normal. Citons la loupe de bouleau, de frêne et frêne olivier, de myrthe, de vavona (séquoia)…
croissance-loupe.jpg
croissance d'un broussin
fil d'érable.jpg
fil normal de l'érable
Loupe d'érable.JPG
loupe d'érable
Preporodna_dvorana_pod.JPG
exemple de parquet en marqueterie
San_Domenico54.jpg
exemple d'image en marqueterie

Pour la lutherie, les essences principales sont l’acajou, le cèdre rouge, l’ébène, l’épicéa, le noyer, le palissandre. La lutherie c’est évidemment la fabrication de violons, la célèbre famille Stradivarius en témoigne. Mais ce sont aussi des altos, violoncelles, contrebasses, guitares, harpes et de tout instrument en bois à cordes. Cela montre l’étendue de cet artisanat d’art. Au niveau du bois, même si aujourd’hui il est plus rare de trouver des dynasties de luthiers qui se transmettait le bois de grand-père à petit-fils pour être sûr d’avoir un bois sec de manière uniforme et de la meilleure qualité, le bois devra tout de même se montrer à la hauteur des exigences des artistes qui joueront des instruments. Si aujourd’hui énormément d’instruments neufs sont fabriqués en Asie, les luthiers européens créent encore aujourd’hui et ont un important rôle à jouer pour l’entretien des instruments anciens, dont certains ont une valeur immense.
lutherie.JPG
lutherie2.jpg
Pour la peinture, le bois est un support traditionnel, aussi bien pour les maîtres italiens de le renaissance, que pour les maîtres flamands. Un panneau, c’est comme cela qu’est nommé un support en bois pour la peinture. Pour la renaissance italienne, les exemples sont abondants, l’une des peintures les plus connues au monde est peinte sur bois : La Joconde de Léonard de Vinci (et non je ne vous en mettrai pas une photo ! Il y en a déjà de trop sur toute la toile). Mais déjà en Egypte antique la peinture sur bois est pratiquée. Puis au Moyen-Age, les polyptyques sont des ensembles de peintures sur panneau qui souvent racontent des passages de la bible. Un exemple illustre est l’Adoration de l’Agneau Mystique des frères van Eijck. Mais j’aimerais aussi citer un de mes chouchous en peinture à savoir Hieronymus Bosch et son œuvre le Jardin des Délices. Les maîtres flamands utilisaient du chêne pour leurs œuvres et faisait venir ce chêne de la Baltique. C’est un long voyage et cela illustre que la mondialisation des échanges commerciaux n’est pas neuve et que le peuple viking n’est pas reconnu à sa juste valeur pour son rôle historique, mais ça c’est un autre sujet.
Lamgods_open.jpg
l'Adoration de l'Agneau Mystique des frères van Eijck
640px-The_Garden_of_Earthly_Delights_by_Bosch_High_Resolution.jpg
le Jardin des Délices de Hieronymus Bosch

Pour la sculpture, essences de bois utilisées sont bien évidement fonction du lieu où celle-ci est créée mais aussi de facteurs culturels. En Europe, le tilleul est considéré comme étant un excellent choix pour la sculpture puisque c’est un bois assez tendre sans être mou (comme le balsa), qui a un fil régulier avec peu de contre-fil (pas comme le sapin). Mais ce n’est pas pour autant que c’est la seule essence utilisée, dans les pays méditerranéens par exemple, l’olivier a une place de choix pour l’utilisation en sculpture. En Allemagne et particulièrement en Bavière où la sculpture sur bois (essentiellement à motif religieux) fait partie du patrimoine, les essences phares sont aussi le tilleul, l’érable (qui est plus dur) et le pin (pin cimbre donc du pin montagnard, plus dur que le tilleul et avec des fibres plus longues). Mais on y utilise aussi le châtaignier et le mélèze, le bouleau est un bois qui convient assez bien au tournage et certains spécialistes sculptent aussi le chêne (chapeau parce que le chêne est très dur et difficile à travailler mais il est très durable ce qui le rend parfait pour des sculptures qui seront conservées à l’extérieur). D’autres essences sont utilisées dans d’autres régions d’Europe en plus de celles précédemment citées, notamment : l’orme, le peuplier, l’if (pour le tournage), le poirier (qui plait par son fil très régulier et peut être magnifiquement poli). Au Etats-Unis et au Canada, outre le tilleul, le tremble, le noyer cendré et aussi le séquoia sont appréciés particulièrement par les sculpteurs.

(Les photos suivront pour la sculpture)
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Swinn » mar. 20 nov. 2018 13:41

Très belle initiative merci à toi !

Miss souris
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Miss souris » mar. 20 nov. 2018 18:18

Merci beaucoup, j'adore le balayage grand angle du sujet...!!

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Pataboul » mar. 20 nov. 2018 19:30

:cheers: Merci beaucoup, c'est passionnant! J'attends la suite avec un plaisir anticipé, et, qu'importe la météo, je saurais être patient. ;)

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Loupiotte » mar. 20 nov. 2018 21:15

Bravo pour ce sujet si intéressant ! Une petite question pour la marqueterie : peut-on provoquer le développement de loupes sur un arbre ou les artisans sont-ils obligés de les chercher dans la nature ? Je ne suis pas sûre d'être claire... En gros, est-ce qu'on peut faire une plantation d'arbres et développer des broussins dessus pour les besoins de la marqueterie ou pas ?

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » mar. 20 nov. 2018 21:31

Chère Loupiotte
Cette déformation, nommée « loupe » n'est rien d'autre qu'un dérèglement du cambium (une couche de tissus située entre le bois et l'écorce), qui s'est mis à créer une prolifération tourbillonnaire de cellules, créant ainsi une grosse boule de bois (parfois déformée). Cela ne présente aucun danger pour l'arbre. Les loupes sont assez courantes en forêt, et on peut également en trouver sur des grosses branches plutôt que sur le tronc.
Quand à savoir si cela se provoque... il a fallu que je cherche. Ma première réaction est non. Mais ai-je raison?
Donc mes recherches me disent en gros ce qui me semblait, c'est à dire que on pourrait implanter des corps étrangers dans un arbre et tenter de créer un broussin, mais 1. ce n'est pas garantit que ça marche et 2. il faut sacrément longtemps pour que le broussin ait une taille suffisante pour devenir intéressant. Donc si ça existe c'est un illuminé qui fait ça dans son coin.
Mais, il existe des loupes artificielles donc des plaquages où au lieu d'une fine lamelle de bois on a implanté une photo d'une fine lamelle de bois. C'est en gros le système du stratifié. D'ailleurs en marqueterie et en encadrement où les loupes sont populaires, on appelle ça une fausse loupe.
J'espère avoir répondu à ta question.


Chers tous,
Merci pour votre soutient. :rock: :inlove:
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Loupiotte » mar. 20 nov. 2018 23:54

Oui tout à fait ! Je posais la question car je trouve remarquable le travail de la marqueterie et j'en ai vu énormément l'été dernier dans les châteaux de Bavière (meubles, portes, parquets... et j'en passe !). Du coup, j'essayais de me représenter la quantité de loupes qu'il fallait pour créer toutes ses œuvres et je me demandais si on pouvait les former de façon artificielle pour répondre à une demande des nobles de l'époque... J'ai bien conscience qu'on peut faire de la marqueterie sans loupes aussi... Mais si on peut en faire des fausses, tu réponds à ma question :) Merci !

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » mer. 21 nov. 2018 08:45

Tiens encore une petite précision, selon l'utilisation en marqueterie, il s'agit soit de planches, de lamelles ou de plaquage. En gros c'est une histoire d'épaisseur. Un plaquage, comme souvent les ornementations sur les meubles, portes etc. (c'est là qu'on utilise la loupe) ne sont en fait que de très fines couches des bois. L'épaisseur varie selon les essences et l’utilisation mais on peut dire que c'est entre 0,8 et 3 mm d'épaisseur. Donc très fin, donc avec 1 broussin de bonne taille on fait plusieurs mètres carrés de plaquage.
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » mer. 21 nov. 2018 12:21

Débitage et assemblage du bois

Biber ça tombe


Les spécialistes vous le diront, il vaut mieux abattre un arbre lorsque la sève descend, c’est-à-dire de la fin de l’été à la fin de l’hiver mais surtout pas au printemps. Oui, car la toute grande plupart des utilisations du bois, depuis le chauffage jusqu’à la sculpture nécessite un bois sec. Or, la sève c’est essentiellement de l’eau (et des sels minéraux etc.) et l’eau ça mouille ! Donc si on peut éviter trop de sève c’est mieux et le bois sèchera plus vite. D’où la coupe à sève descendante ou hors-sève qui correspond à la période de repos végétatif. Mais ce n’est pas tout, les techniques ancestrales préconisent aussi une coupe à lune descendante. Coupé juste avant la nouvelle lune, le bois sèche plus vite, se fend moins, et est moins sujet aux champignons et autres moisissures. Vous n’y croyez pas ? Vous savez que c’est la lune (et le soleil) qui crée(nt) les marées, l’eau est attirée par les astres donc pourquoi pas l’eau qui est contenue dans les arbres ?
Une fois abattu, l’arbre doit être rapidement protégé des éléments et surélevé pour éviter un excès d’attaques fongiques et d’insectes.
Pour mieux comprendre la suite voici la structure d'un tronc d'arbre (en 2 versions,il y a des infos intéressantes sur les 2):
Structure-interne-dun-tronc-darbre.png
la structure de l'arbre.JPG
Petit rabougri
Un premier séchage du bois vert rapide est généralement opéré avant tout débit. Puis le débit grossier est effectué et viendra ensuite un deuxième séchage. Le premier séchage sert essentiellement lorsqu’on n’a pas pris garde de couper l’arbre à la bonne période. En le débitant tout de suite, l’arbre va relâcher une importante quantité de sève qui va inonder les appareils et machines.
Il y a plusieurs types de débits qui créent des planches et chevrons. Certains débits sont plus qualitatifs que d’autres. Cela s’explique par l’orientation de la planche par rapport au cœur de tronc. Le débit radial est le plus qualitatif, mais pour avoir moins de pertes, en pratique le débit moreau est utilisé. Notons que même avec une coupe en plot ou sur dosse, il y a toujours 1 ou 2 planches qui sont coupées de manière radiale.
débit du bois.JPG
Le débit choisi influence la perte de volume subie par le bois lors du séchage (dessiccation). Il est à noter que même lorsque le bois est sec, la modification de l’hygrométrie ambiante aura un impact sur le volume du bois qui peut gonfler ou rétrécir. Ce gonflement et rétrécissement se fait sur la largeur et sur l’épaisseur d’une planche, mais tellement peu sur sa longueur que généralement ce fait est ignoré.
On considère un bois comme sec lorsque son taux d’humidité s’équilibre autour de 12% à 20°C et 65% d’humidité de l’air.
Exemple : Un peuplier fraîchement abattu bois vert) possède une part d’eau de jusqu’à 220% de son poids sec. Donc fraîchement abattu il fera jusqu’à 320% de son poids et sec il fera 100% de son poids. La part d’eau d’un hêtre ou d’un chêne va jusqu’à 110% de son poids sec. La quantité d’eau contenue dans un arbre est relative à sa densité brute. Le peuplier fait partie des bois tendres avec sa densité r0 = 0,52g/cm3. Le bois dur est comme le hêtre (r0 = 0,88g /cm3) et le chêne (r0 = 0,93g/cm3) sont donc considérablement plus denses. L’eau se trouve en fait dans les espaces intercellulaires et les membranes cellulaires.
histologie feuillus.jpg
Histologie: structure cellulaire pour un arbre feuillu
structure du bois résineux- histologie.JPG
structure cellulaire pour un arbre résineux

Voici un petit comparatif du rétrécissement selon les espèces et le sens :
rétressissement des bois.JPG
Tout ceci explique que si on veut utiliser du bois pour un ouvrage qui n’est pas censé rétrécir après livraison il faudra travailler avec du bois sec. D’où le deuxième séchage. Celui-ci peut s’opérer naturellement ou alors en séchoir ventilé chauffé. Travailler avec un séchoir chauffé présente un avantage concernant la durée de l’opération. Il est difficile de dire dans l’absolu combien de temps un bois doit sécher parce que c’est dépendant de l’essence mais aussi de l’épaisseur des morceaux. Si j’ai une planche de 1,5 cm d’épaisseur ou de 8 cm d’épaisseur ce ne sera pas pareil. Et puis ci-dessus on a vu que la quantité d’eau contenue dans le bois vert est très variable. Ce qui est sûr, c’est que dans de bonnes conditions un séchage naturel durera plus longtemps qu’un séchage en séchoir (genre entre 200 et 20 fois plus longtemps) mais ce séchage plus lent est moins « stressant » pour le bois et il y a moins de tensions qui se forment (qui dit tensions dit fentes potentielles). Ce qui est sûr aussi c’est que lors du séchage, c’est d’abord l’eau capillaire (donc l’eau des interstices intercellulaires) qui s’évapore. Ce n’est qu’après que l’eau liée (l’eau des membranes cellulaires) s’évapore. Ce n’est que lorsque l’eau liée s’évapore que le bois rétrécit.
Le rétrécissement du bois entraîne un gauchissement. Selon le débit choisi le gauchissement est plus ou moins important. Pour contrecarrer le gauchissement il faut raboter les planches. Ce qui les aplanit à nouveau (mais en réalité c’est théorique parce que si l’hygrométrie change le bois bouge et se gauchira à nouveau).
gauchissement.jpg
On peut voir que surtout les planches qui ne sont pas coupées de manière radiale gauchissent.
rabotage du bois gauchi.jpg
Pour aplanir, la méthode est de raboter.

S’il est évident que l’ébénisterie, la marqueterie, la lutherie et la peinture sur support bois ont besoin de planches, cela peut sembler moins évident pour la sculpture. L’idée n’étant pas de « sortir une forme du bloc qui l’emprisonne » ? Oui, mais si on prend un bloc épais, les tensions créées lors du séchage par la différence de contraction du duramen (bois de cœur) et de l’aube (bois de périphérie) vont engendrer des fentes dans le bois. Pour beaucoup de sculpteurs ce n’est pas grave parce que la nature de leur œuvre accepte ce genre d’expression libre du bois. Mais ne parlez pas de ce genre de phénomène à un sculpteur qui travaille avec la technique ancestrale des sculpteurs baroques.
20181120_210432.jpg
Alors, une manière de contourner le problème (il en existe plusieurs) est de trouver comment faire un bloc avec plusieurs planches, qui elles sont plus fines, subissent moins de delta de déformation sur leur épaisseur et présentent donc moins de potentielles fentes. Pour cela la technique la plus fréquemment utilisée est le lamellé collé. C'est une technique dérivée du sciage, qui consiste en un aboutage de grande longueur de lamelles de bois sèches et rabotés ayant en général des caractéristiques mécaniques, hygrométriques, et une densité très proche.
Donc en gros, on commence par débiter l’arbre, on le sèche, puis on rabote les planches et on le remonte en lamellé collé. Fou ? Tordu ? Ben, je vous laisse juger… 😉
bois lamellé collé.jpg
Bois lamellé collé

Danser, collé, serré… (comment c’est déjà dans la chanson ?)
Sinon assembler du bois est aussi extrêmement utile pour élargir des planches, créer des angles, ou allonger les planches. Je ne vais pas vous parler ici de techniques avec des clous ou des vis, uniquement la colle et le bois sont tolérés.

Voici quelques techniques principales (il y en a d’autres) :
Le collage à plat joint ou joints vifs : le plus simple des collages, on enduit les champs de la planche de colle, met les planches champs contre champs et on fait prendre la colle sous pression (serre-joint). Cet assemblage sert à créer des panneaux, donc élargir la surface, mais on pourrait aussi créer des angles avec cet assemblage.
Le collage en rainure et languette : dérivé du plat joint, les champs des planches sont travaillés avant assemblage pour créer un côté mâle : la languette et un côté femelle : la rainure. Par ce procédé, la surface de contact entre les deux planches augmente, donc la tension sur chaque cm² de l’assemblage descend et l’assemblage devient plus solide. Cet assemblage sert également à créer des panneaux, donc élargir la surface, mais on peut aussi créer des angles avec cet assemblage.
L’assemblage à tenons et mortaises est dérivé des rainures et languettes mais sert que pour créer des angles. Cela reste un emboîtement simple à mettre en œuvre, par rapport à l’illustration ci-dessous, il est aussi possible de créer 2 pièces femelles, donc 2 mortaises et 1 pièce qui s’enfoncera de part et d’autre qu’on appelle alors faux-tenon. Cet assemblage présente l’avantage qu’il est invisible de l’extérieur de la pièce, on a l’impression qu’il s’agit de joints vifs.
L’assemblage par tourillons est aussi dérivé du principe tenons et mortaises, mais comme pour le faux-tenon, les 2 morceaux de bois sont femelles et donc le tourillon est une pièce séparée. Mais contrairement au faux-tenon (rectangulaire) le tourillon est de forme cylindrique. C’est assemblage particulièrement facile à mettre en œuvre est aujourd’hui largement utilisé pour le montage de meubles en kits.
L’assemblage par enfourchement est aussi destiné à créer des angles et est aussi dérivé de la rainure et languette. La différence réside dans le fait que la partie femelle est creusée sur toute sa largeur, contrairement à la mortaise décrite ci-dessus. C’est un assemblage traditionnel simple pour créer des châssis. La surface de contact entre les 2 morceaux de bois est maximisée, par contre c’est un assemble visible.
L’assemblage en onglet, ou flottage, toujours destiné à créer des angles est un peu la version 2.0 de l’assemblage par enfourchement. Utilisé pour créer des châssis, notamment les châssis qui vont accueillir les toiles à peindre, leur avantage réside dans la coupe à onglet des pièces qui aide à maintenir les pièces à angle droit.
L’assemble à mi-bois : un des assemblages les plus simples, il sert à créer des croisillons, renforts de soutient etc. Les deux pièces sont creusées à mi-bois (en réalité on jouer sur la profondeur pour assembler des éléments d’épaisseur différente), puis assemblées avec de la colle.
L’assemblage en queue d’aronde, alors là, on commence à vraiment faire appel au savoir-faire de l’artisan. La queue d’aronde est une sorte de tenon dont la forme n’est pas rectangulaire mais en forme de queue d’oiseau, donc trapézoïdale. Il faut alors évidement que la partie femelle soit adapté, dans le cas d’un angle ce n’est pas seulement une empreinte négative à plat, il faut prendre en compte la tridimensionnalité de la chose. Cet assemble reste néanmoins visible de l’extérieur. Une astuce pour contourner ce fait est alors de tailler les parties mâles et femelles que jusque à mi-bois, on peut même pousser le vice pour tailler le reste du bois en onglet.
assemblages.jpg
Les différents assemblages
Joinery-halfblinddovetail.gif
assemblage en demi-queue d'aronde

Exemples:
tenon-mortaise.jpg
Assemblage en tenon et mortaises
Chassis de peinture.JPG
Assemblage d'un châssis pour peinture en onglet.
coffre Michel Meurisse.JPG
Assemblage en queue d'aronde (coffre par Michel Meurisse)

J'ai bien envie de vous parler des différents types de colle, mais ce sera pour un autre jour ou carrément un autre sujet.

PS: maintenant que je vous ai donné un peu de grain à moudre, les épisodes seront un petit peu plus espacés :clin: .
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par baptiste » mer. 21 nov. 2018 13:39

Chouette sujet et bien complémentaire avec mon sujet sur la forêt ! Merci bien.

Je me permet d'apporter quelques précision quand à l'utilisation de certains termes ou définitions, par rapport à mes connaissances personnelles et à mes cours qui datent un peu.

La loupe et le broussin sont bien lié à une croissance anarchique des cellules mais n'ont pas la même origine.

- la loupe est une croissance anarchique du cambium subero phellodermique mais touche aussi le cambium libero ligneux. Ce qui explique que le bois des loupes soit lignifié. On est pas trop sur de son origine. L'explication de la piqûre est souvent avancée mais pour l'instant on à aucune preuve. Certains considèrent les loupés comme une sorte de cancer des arbres.

- le broussin est en fait le regroupement de gourmands (branches issues de bourgeon proventifs (sous l'ecorce). Qui ont aussi une croissance anarchique mais souvent due à un stress (par exemple les platanes qui sont taillés tout les ans sont systématiquement brogneux)

Voilà mais c'est vraiment pour trouver quelque chose à redire
A cause de mon mode de vie mon accès internet est sporadique donc pas de panique

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Miss souris » mer. 21 nov. 2018 16:58

Bon. Je finis mes copies (là tout soudain j'aime beaucoup moins mon métier ...) et je reviens lire tout ça. Merci !

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par sanders » mer. 21 nov. 2018 21:37

Merci blue hedgehog pour ce topic passionnant !
baptiste a écrit :
mer. 21 nov. 2018 13:39
le broussin est en fait le regroupement de gourmands (branches issues de bourgeon proventifs (sous l'ecorce). Qui ont aussi une croissance anarchique mais souvent due à un stress (par exemple les platanes qui sont taillés tout les ans sont systématiquement brogneux)
" brogneux " c'est ça ?
Image
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J'ai entendu les termes têtard et trogne, on parle de la même chose ?
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par baptiste » jeu. 22 nov. 2018 08:00

@sanders L'arbre sur ta photo est à la fois trogneux et brogneux, ce sont deux choses différentes même si l'un implique souvent l'autre.

La trogne ou le tetard est un mode de culture développé à l'origine dans les régions à forte pression pastorales pour avoir du bois de chauffage.

Il exploite la capacité de la plupart des feuillus à "rejeter" une fois coupés grâce aux bourgeons proventifs situés sous l'écorce. Sauf que le bétail étant friand de jeunes pousses on ne coupe pas l'arbre au raz du sol (comme pour un taillis), sinon il est brouté, mais on enlève la "tête" (d'ou le tétard).

Les branches vont alors repousser à partir des bourgeons situés autour de la cicatrice. La ou il y avais une branche il en repousse 4 ou 5. Ensuite quand les branches sont suffisamment grosses pour servir de chauffage on les coupes et ainsi de suite. Le nombre de branche à une croissance exponentielle à chaque coupe et comme elles viennent recouvrir les cicatrices des coupes précédentes on finit par avoir une sorte de boule au veinage qui part un peu dans tout les sens : une brogne ou un broussin.

Dans la nature on suppose que c'est un peu la même chose, un arbre exposé à un stress va développer des gourmands (branches qui poussent sur le tronc à partir des bourgeons proventifs) ceux ci vont pousser un peu mais comme ils sont sur le tronc ils vont mourir faute de lumière. Si le stress perdure ou se reproduit des gourmands vont se développer autour de la base des gourmands précédents et ainsi de suite
A cause de mon mode de vie mon accès internet est sporadique donc pas de panique

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » jeu. 22 nov. 2018 08:20

Merci Baptiste pour cet éclairage.
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Miss souris » ven. 23 nov. 2018 22:22

J'avais trouvé ça en farfouillant dans La Boîte Verte...( Découverte ici même, d'ailleurs...)
Les Japonais ont des techniques de tenons mortaises absolument époustouflantes...

http://www.laboiteverte.fr/complexite-g ... japonaise/

Et sinon, je me répète, mais je me régale...:) Encore merci !

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » ven. 23 nov. 2018 23:25

En effet les Japonais sont très raffinés, dans leurs assemblages, comme ailleurs, n'oublions pas que ce sont les maîtres de l'origami ou comment recréer le mode de manière poétique avec juste une feuille de papier B) .
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » sam. 24 nov. 2018 16:58

Techniques pour la peinture sur panneau

Avant toute chose
Ante-scriptum (ça existe ? non alors j’invente) : N’oublions pas que le concept d’artiste est tout relatif au Moyen-Âge et à la Renaissance, il s’agit plutôt d’ateliers qui emploient plusieurs personnes, spécialisées dans certaines tâches évolutives sous la supervision d’un maître.

Le bois est soigneusement choisi, les anciens flamands avaient une préférence pour le chêne de la baltique (quand ils avaient les moyens de le payer), un bois dur à croissance lente, donc un bois avec un tissu cellulaire dense, un bois qui est résistant mécaniquement, mais aussi à l’hygrométrie et à la température. Les panneaux sont soigneusement débités, rabotés et poncés. Certains panneaux de font pas plus de 5 mm d’épaisseur. Par économie ? Parfois sans doute, mais aussi pour pouvoir s’intégrer dans le montage complet des retables. Les bords sont aussi souvent chanfreinés aussi pour s’adapter aux châssis cadres qui les porteront.

L’assemblage du panneau
Beaucoup de peintures sont faites sur 1 seul panneau, qui peut être conséquent, facilement jusque 60 cm de large. Mais d’autres supports sont un assemblage de planches pour former un panneau.
Pour les grandes pièces, généralement l’assemblage des panneaux se fait avec un assemblage à mi-bois ou à rainure et languette. Le collage est généralement effectué à la colle d’os. On choisira idéalement une colle dont la résistance sera juste inférieure à celle du matériau collé. (En cas de contraintes, il vaut mieux que le joint cède plutôt que la pièce elle-même c’est plus simple à réparer (encore une vérité qui tend à se perdre à l’heure de la Superglue)).
assemblages panneaux.JPG
(Les colles animales, très répandues avant l’apparition des colles synthétiques, se répartissent en plusieurs grand groupes : colles d’os, colle de peau, colle de poisson… Le collagène est en fait la gélatine contenue dans les tissus. Au niveau de l’utilisation on peut dire que la colle d’os est souvent plus forte que les 2 autres et donc utilisée pour les choses qui ont besoin d’une adhésion forte, deux pièces de bois en sont un parfait exemple. La colle de peau, dont principalement la colle de peau de lapin, est une colle moins forte mais très appréciée pour sa qualité. Enfin la colle de poisson, dont la colle d’esturgeon, est une colle d’excellente qualité mais plus présente dans les pays de l’Europe de l’est et la Russie qu’en Europe occidentale. Toutes ces colles se présentent en plusieurs qualités et sont délayés dans l’eau ce qui permet d’adapter le pouvoir collant à l’utilisation. Toutes ces colles sont d’abord mouillées pour gonfler avant d’être chauffées (doucement) et éventuellement délayées. Il y a encore plein de chose à dire sur les colles…mais ça va faire un peu long 😉)
colle de peau plaques.JPG
colle de peau en plaques (existe aussi en grain et paillettes)
colle d'os en grains.JPG
colle de osen grains (existe aussi en plaques)
colle de poisson.JPG
colle de poisson en paillettes, plus les paillettes sont grandes + la qualité est élevée (normalement).

L’encollage
Une fois le panneau assemblé, la prochaine étape consistait dans l’encollage. L’encollage sert à fermer les pores du bois et à créer une base d’accroche pour ce qui va suivre. L’encollage se fait, généralement, avec une colle de peau à environ 10%. Il est à noter que certains préférait charger graduellement en colle de peau et commençait à 5% pour terminer à 15%. (Le pourcentage des colles indique le poids de colle gonflée par rapport à la quantité d’eau ajoutée.)
L’encollage se fait en plusieurs couches (au pinceau plat), 3 ou 5, c’est normal. Pour limiter les tensions, on étale les premières couches en damier ou en drapeau (intérieur vers extérieur). Et on traite aussi bien l’avant du panneau que l’arrière pour éviter que le support se bombe sous la contrainte.
Une fois les premières contraintes éliminées et le panneau déjà fortifié par la colle, pour les dernières couches, on peut procéder par bandes plutôt que par damier.
en damier.JPG
en damier
en drapeau.JPG
en drapeau
par bandes.JPG
par bandes
20181124_163407.jpg
bois encollé, on voit un effet pailleté c'est la colle qui réfléchit la lumière (même sec).

La préparation
C’est une préparation à base de colle et charge. Les italiens appellent ça du gesso, sauf qu’actuellement si on va dans un magasin pour acheter du gesso, on se retrouve avec une mixture à l’acrylique…
Pour les panneaux en bois il s’agit plutôt d’une préparation maigre, donc sans apport d’huile. Elle est plus cassante et plus épaisse qu’une préparation pour toile par exemple. Il s’agira aussi de plusieurs couches minces qui créeront l’épaisseur totale.
Donc traditionnellement de la colle de peau à 10 % et environ 50% de charge minérale (blanc de Meudon, craie, kaolin…). Au choix on peut aussi mettre un peu moins de charge blanche et ajouter une charge colorée comme diverses terres (c’est le cas des bolus pour la dorure par exemple). Cela permet de créer des fonds qui faciliteront l’effet coloré final.
La préparation n’est généralement étalée (au pinceau) que sur le côté du panneau qui portera la couche picturale. Mais il est arrivé que la retrouve des deux côtés, l’artisan se sera peut-être rendu compte sur le coup que son support bombait et à contre-carré les forces par application de la même force du côté opposé du panneau.
La préparation sera soigneusement lissée et poncée. A moins que dans la dernière couche de préparation ne soit tracée, comme légèrement entaillée pour créer le dessin préparatoire.
20181124_163455.jpg
on voit le bord d'une peinture (moderne faite à l'ancienne) et la préparation sousjacente.


Et ensuite maestro ?
Et bien ensuite viennent le dessin préparatoire et la peinture à proprement dire mais ça c’est un autre sujet 😊.
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » lun. 26 nov. 2018 17:28

Techniques de marqueterie
Ce que Wikipedia en dit :
La marqueterie est un décor réalisé avec des placages de bois et de diverses autres matières (nacre, l’ivoire, la pierre, le galuchat, les métaux non ferreux, la paille, l'écailles de tortue et l'os), découpés suivant un dessin et collés sur un support (meuble, boiserie, ou tableau), notamment en ébénisterie. Les images ainsi obtenues peuvent être géométriques (on parle alors de frisage), figuratives ou abstraites. Par extension, ce terme désigne la technique et le métier qui réalisent ce décor spécifique.
Résumé historique :
Déjà dans l’antiquité, les artisans incrustaient des matières étrangères dans le bois, on creuse le bois et on vient coller un élément d’une autre matière. Cela enrichit la pièce, la rend plus somptueuse.
Délaissée pendant plusieurs siècles, le grand retour de la Marqueterie se fait au 14e siècle, la technique d’incrustation est réutilisée sous le nom d’intarse. La marqueterie est utilisée alors en complément de l’ébénisterie pour créer des pièces somptueuses. En France, l’artisan qui jouit de la plus grande notoriété pour la marqueterie traditionnelle est André-Charles Boulle, qui a pratiqué son art au 17e et 18e siècle. L’art connait des périodes plus ou moins fastes ensuite avec une autre période d’apogée pendant l’Art Nouveau et notamment les œuvres d’Emile Gallé.
Boulle table en différentes essences.jpg
Table avec différentes essences par Boulle

Table Emile Gallé.JPG
Table par Emile Gallé

Comment obtenir du placage ?
Le placage est une planche de bois ou d’un autre matériau ultra fine. Généralement entre 0,6 et 3 mm d’épaisseur. La nacre, l’ivoire, les écailles de tortues etc. ont été utilisées à une certaine époque. Aujourd’hui le bois reste le matériau principal mais il y a des imitations des matériaux cités ci-dessus qui sont réalisées en plastique.
Pour le bois plusieurs techniques sont utilisées pour créer le plaquage à partir du tronc. La première est un « simple » sciage longitudinal du tronc. Cette méthode crée des plaques pas très larges (comme le tronc), alors pour les plus grandes surfaces on peut acheter des plaques aboutées donc assemblées côté à côté.
placage par sciage.jpg
Méthode de sciage longitudinal.

Mais on peut aussi créer du plaquage en déroulant l’arbre. Dans ce cas, la lame fait le tour de la circonférence du tronc, en spirale, encore et encore. Du coup on peut obtenir un plaquage plus large sans assemblage.
placage par déroulage.JPG
Méthode par déroulage.

Notons que le dessin de la fibre change entre ces deux méthodes de fabrication.
Voici à quoi peut ressembler un jeu de placage dans lequel le marqueteur choisira pour son travail :
placages essences.JPG
Les techniques
Lorsqu’on souhaite créer un motif en marqueterie, plusieurs grandes techniques sont possibles :
Le frisage, la superposition, l’élément par élément, la technique Vriz…

Le frisage
Cette technique crée des motifs géométriques, des formes régulières. C’est la technique le plus simple à mettre en œuvre de par sa technicité modérée et le matériel nécessaire.
En effet au niveau du matériel, il faut une plaque de découpe, un scalpel, un réglet, un rouleau de papier kraft gommé et évidement la matière à découper donc du plaquage (bois ou autre). Puis une fois que le motif est réalisé il faudra le support bois qui sera orné ainsi que de la colle et une presse.
Voici un exemple :
backgammon en frisge.jpg
Jeu de backgammon

Lorsqu’on pratique la marqueterie, la juxtaposition des morceaux de placage peut se faire de plusieurs manières, il en résulte des dessins différents des fibres du bois.

Il existe le raccord ouvert : les 2 plaques de placage sont posées côté à côté et les fibres changent de direction au joint. On peut réaliser cela avec des essences différentes ou la même essence, auquel cas on utilise une plaque en recto et une plaque en verso. Lorsque plus que 2 plaques sont utilisées avec la même technique de juxtaposition, on parle de portefeuille.
raccord ouvert.JPG
Raccord ouvert avec 2 morceaux
portefeuille.JPG
Raccord en portefeuille

Il existe aussi le raccord fermé ou en suivant : les 2 plaques de plaquage sont posées côté à côté et les fibres continuent dans la même direction au joint.
raccord fermé.JPG


Avec 4 plaques, la juxtaposition peut aussi se faite selon différents angles créant autant de motifs :
Avec les joints horizontaux et verticaux :
fermé en carré.png
en X.png


Avec les joints en diagonale :
en croix.png
en diamant.png

Si on tranche le tronc d’arbre perpendiculairement aux fibres, comme pour abattre l’arbre ou trancher un saucisson, on voit les cernes de croissance et on peut réaliser une juxtaposition qui ressemble à ça :
Aile de papillon.png

En recherchant des illustrations pour ce message, je suis tombée sur un article de blog, richement illustré et que je trouve très bien fait. Je pourrais commencer à réinventer la roue mais honnêtement je préfère vous dire :
Un exemple pas à pas de création d’un frisage peut être lu ici : https://lobrico.wordpress.com/2018/04/1 ... #more-1139

Superposition
La superposition fait référence à la manière dont on découpe les formes mais pas au résultat final.
Cette technique nécessite en plus du matériel pour le frisage une scie à chantourner (manuelle ou électrique).
L’idée est qu’on réalise un dessin et on fait un paquet avec plusieurs placages de plusieurs essences et au-dessus le dessin.
superposition.JPG

On fait un paquet bien serré, on peut mettre des bandes de kraft adhésif autour pour pas que ça bouge.
Ensuite avec la scie à chantourner on scie les le long du dessin, le dessin se découpe donc dans toutes les plaques.
superposition découpe.JPG

Puis on décide comment jouer avec les essences pour créer et assembler les images finales, il y aura autant de versions qu’il y avait d’essences dans le paquet.
par superposition.JPG

L'élément par élément
Cette technique aussi nommé technique Boulle, référence au célèbre artisan, est bien plus élaboré que les deux précédentes.
On découpe chaque élément séparément, on peut, du coup, orienter le même plaquage de plusieurs manières etc.
On peut créer des motifs à l’infini et faire du figuratif.
Bien sûr il y a les exemples d’André Charles Boulle lui-même mais bien d’autres se sont essayés à la technique (perso moi pas, je me suis contentée du plus simple).
Voici des exemples :
détail d'une table époque Napoléon III.JPG
détail d'une table de l'époque Napoléon III
marqueterie par marty.JPG
par Marty
marqueterie-xavier-dyevre.jpg
par Xavier Dyevre

La technique Vriz : ce n’est pas du tout ma spécialité alors je ne vous en dirai pas plus, il y a un article Wikipedia ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Marqueter ... nique_Vriz

Voilà, n’hésitez pas à me le faire savoir si vous souhaitez voir ce fil changer d’orientation… ou quoi que ce soit… Merci.
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Loupiotte » lun. 26 nov. 2018 17:45

Toujours très complet !

Si j'ai bien compris, toi aussi tu fais des réalisations en marqueterie ? Tu voudrais bien nous en montrer ? :)

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Miss souris » lun. 26 nov. 2018 18:03

Grillée par Loupiotte...je me disais justement que j'aimerais bien voir ce que tu fais...si tu as envie, bien sûr !

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par sanders » lun. 26 nov. 2018 21:42

Voir le fil changer d'orientation ? Tu veux dire celle du bois où tu vas nous montrer encore d'autres façons de l'orienter, après le papillon, le portefeuille ou la fougère ;) ?
Je suis pour !
Merci, c'est passionnant.
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Pataboul » mar. 27 nov. 2018 00:11

Merci beaucoup, ce fil est passionnant. :)

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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par blue hedgehog » mar. 27 nov. 2018 08:34

@Miss souris et @Loupiotte
J'ai fait un peu de frisage dans le temps, en fait j'ai réalisé une rose des vents et 2 ou 3 autres essais, c'était pendant mes études. Je suis incapable de les retrouver, entre le temps qui a passé, mes déménagements (8 depuis la dite époque), le fait qu'à l'époque dès que quelqu'un me disait que c'était beau, je lui offrait sans considération du temps passée ou de quoi que ce soit d'autre... (même mon travail de fin d'études, il est resté à l'Institut, parce que ce jour là je n'avais pas de voiture pour le ramener)... ben pour faire court je n'ai rien à vous montrer... désolée. :(
Mais écrire à propos de la technique, me donne envie d'en refaire, si j'en refais un je vous le poste! (il faudra peut être attendre la Saint Glinglin par contre :clin: )
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Re: Techniques de mise en œuvre du bois pour l'art et l'artisanat d'art (la sculpture)

Message par Osia » mar. 27 nov. 2018 13:08

blue hedgehog a écrit :
mar. 27 nov. 2018 08:34
(il faudra peut être attendre la Saint Glinglin par contre :clin: )
La Saint Glinglin peut attendre :clin:

Merci de ce post et de tout ce que tu y as mis, c'est captivant !
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