Chronique du sexisme ordinaire

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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lady space
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par lady space » jeu. 27 sept. 2018 09:37

C'est marrant : j'ai eu le même réflexe en associant boxe et corde à sauter.

Après, ce qui est moins drôle dans cette histoire c'est que la dame a pensé pouvoir dissuader son fils d'utiliser un jouet en le qualifiant de truc pour les filles. Comme si elle s'attendait à ce que ça allait provoquer une réaction de rejet chez le garçon.
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dani
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par dani » jeu. 27 sept. 2018 12:47

Bah, à moins d'être aussi limitée que cette mère (pauvre gosse), je ne pense pas que ce soit si grave que les jeux des enfants soient différenciés si ce sont eux qui décident d'y jouer . Même si je sais bien que leur choix est forcément culturellement influencé. Mais si on ne leur interdit les jeux habituellement plus appréciés de l'autre sexe, ils vont plus tard vers ce qui les attire vraiment, c'est l'essentiel.

Toutes mes filleules ont voulu des barbies petites, des playmobiles de fille, tous mes filleuls plutôt des voitures ou des playmobiles de garçons... et je n'ai aucunement cherché à les orienter vers d'autres jouets. ça a passé tout seul. Ma fille a par contre renoncé à étudier la physique, elle trouvait ce monde trop masculin... mais elle fait son chemin en ingénierie de chimie (plutôt masculin quand même, mais moins que la physique pure). Et pour elle avoir des amies qui ont les mêmes goûts qu'elle est vraiment important, ça la ressource, elle a besoin de ce soutien émotionnel féminin au boulot. Sinon elle a une relation de couple équilibrée avec son copain, et le remballe sans agressivité quand elle estime qu'elle a fait plus d'activités ménagères que lui. La question du sexisme ne la préoccupe pas, elle se sent légitime à faire des demandes, à poser des limites etc. sans faire toute une histoire.

Au fond, c'est ça. On vit dans un monde culturellement coloré par des représentations de ce qui est prévu pour les hommes et ce qui l'est pour les femmes. Mais on n'est pas obligé de s'y soumettre, ou alors avec lucidité parce que parfois ça nous arrange, ou que c'est plus simple ainsi et qu'au fond ce n'est pas si gênant.

C'est peut-être cet équilibre à trouver dans une société qui va rester de toute façon sexuée. Ce n'est ni bien ni mal, c'est juste ainsi.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Grabote » jeu. 27 sept. 2018 13:44

dani a écrit :
jeu. 27 sept. 2018 12:47

C'est peut-être cet équilibre à trouver dans une société qui va rester de toute façon sexuée. Ce n'est ni bien ni mal, c'est juste ainsi.
Je pourrais te rejoindre si on ne constatait pas si souvent une dévalorisation de ce qui relève du féminin et ça, autant pour les femmes que pour les hommes.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par lady space » jeu. 27 sept. 2018 18:06

Je suis globalement d'accord avec le point de vue de Grabote quant à la dévalorisation.

Ce qui me chiffonne dans cette histoire n'est pas l'existence d'une société sexuée en soi, mais l'enfermement dans un stéréotype (bidon en plus dans le cas présent) qui empêche une réponse adéquate aux besoins d'un gosse.

Il va de soi qu'un supermarché n'est pas l'endroit pour faire de la corde à sauter (quelle idée aussi de permettre au gamin de l'emmener à l'intérieur du magasin !) et c'est sur cet argument que la mère aurait dû s'appuyer avec une certaine fermeté, quitte à confisquer l'objet plus vite, au lieu de chercher à dissuader le petit avec des arguments qui ne tiennent pas la route.

Qu'il y ait des enfants qui s'accommodent fort bien du caractère sexué des jouets, je veux bien, mais là où ça me pose problème c'est quand un enfant n'est pas entendu quand il exprime une demande sortant du cadre du stéréotype. Et j'en ai vu trop, des garçons qui demandent une poupée et qui reçoivent, au mieux, un nounours "parce que ça fait pas trop fille", des filles qui demandent des mécano et qui reçoivent une de ces poupées en plastoc aux courbes invraisemblables à la place. Je trouve que ça envoie un message deux fois destructeur : d'une part, on n'écoute que les demandes qui "vont dans le bon sens", donc le souhait de l'enfant en soi ne compte pas (et lui non plus dans la foulée) et, de l'autre, on impose un type précis de cadeau de la "bonne" catégorie, ce qui pousse l'enfant à s'y conformer pour pouvoir espérer une espèce de reconnaissance et envoie un message comme si l'enfant n'était pas bien comme il est, avec ses demandes bien à lui. Pas top pour construire une estime de soi saine.

Et que dire de cette maman au club de natation qui accompagne son fils et sa file et qui déclare "ah bah en fait, ma fille ne va pas en faire trop longtemps de la natation - vous 'zavez pas vu les épaules que ça fait ? C'est pas joli pour une fille, des épaules larges comme ça." ? Ce que je me suis gardée de dire : "Et bien oui Madame, ça fait des épaules larges (très à la mode dans les années 80 d'ailleurs), mais ça donne aussi de sacrées forces, par exemple pour mettre une baffe à un type qui t'attaque, et je parle même pas de la posture bien droite et qui respire la force, la santé et de la confiance en soi, ce qui évite en soi un certain nombre de déboires.".

Heureusement que ce n'est plus une généralité, mais je trouve qu'il y a encore beaucoup trop de filles poussées à devenir des petites choses fragiles, sans défense, et de garçons à qui on interdit leur vulnérabilité et ça me gêne profondément.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Troglodyte-mimi » jeu. 27 sept. 2018 20:43

Que dire d'un patron qui refuse d'employer une femme pour aller sur le terrain parceque tu comprends elle pourrait avoir des problèmes avec les clients...
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Traum » dim. 30 sept. 2018 12:12

J'ai hésité à mettre ce fil dans le divan, mais je me dis qu'il a toute sa place ici puisqu'il concerne chacun et chacune d'entre nous. C'est assez personnel mais c'est tout à fait extrapolable à toute situation particulière. Je voudrais aussi signifier que je ne vise pas les hommes en particulier. Même s'il se trouve que ce sont des hommes qui, à l'heure actuelle, ont surtout osé prétendre décider pour moi. Mais ça peut être aussi les soi-disant bons conseils de la belle-mère et j'en passe.
Désolée, c'est long. Mais depuis hier, j'en ai vraiment (très) gros sur le cœur.

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Fu » dim. 30 sept. 2018 12:43

Hors-sujet
Dès qu'il est question de naissance puis d'éducation, les deux (futurs) parents sont bombardés de conseils — on entend tout et son contraire — de la part de gens qui veulent bien faire. Durant la grossesse, c'est clair que la maman est la cible privilégiée. Je ne suis pas sûr que l'intelligence des parents soit remise en cause, j'ai juste l'impression qu'on leur balance tous les lieux communs entendus mille fois, par un réflexe que je ne m'explique pas. Et c'est encore pire après la naissance… :nesaitpas:

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par dani » dim. 30 sept. 2018 17:18

Hors-sujet
Je rejoins Fu, il faut reconnaître que ces moments clés de nos vies de femme éveillent chez certains tous ces vieux stéréotypes qui s'imbriquent à leur propres peurs et projections etc... (ça a été exactement la même chose lors de mon divorce par ailleurs) et que ces périodes incitent à "trier" nos relations : celles qui nous sont bénéfiques de celle qui le sont moins, en faisant en sorte de voir le moins possible les personnes éloignées de nos valeurs etc.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Fish » dim. 30 sept. 2018 19:28

Je serais également assez défaitiste sur la rapidité de l'évolution. En France, le citoyen a obtenu le droit de vote en 1789. La citoyenne en 1945. On peut se protéger en partie en sélectionnant ses amis, les environnements dans lesquels on travaille, etc. Il ne faut surtout pas se priver de militer pour l'émancipation (des femmes ou autres), mais il faut garder à l'esprit que la société a une inertie certaine.

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par sandrinef » lun. 1 oct. 2018 09:58

Courage Traum.
J'ai juste envie de te dire ça: pourquoi se défendre? C'est bien aussi de trouver les ressources pour "laisser pisser", on y gagne en énergie psychique.
On est jugé en permanence quoi qu'on fasse, pourquoi laisser les autres avoir un pouvoir sur nous?
C'est pas évident mais je pense que la meilleure manière de s'en sortir est de parvenir à ne pas être trop atteinte par la critique, voire même d'utiliser l'humour, l'ironie ou plus rock and roll (ce que j'aime) une pincée de provoc.
Les mentalités ne changeront pas avant le troisième millénaire, alors à nous de nous adapter et de slalomer entre tous les cons qui nous entourent. Les gens ne voient jamais la poutre qu'ils ont dans l'oeil ni la merde qu'ils n'ont pas balayé devant leur porte...
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par madeleine » lun. 1 oct. 2018 12:49

Courage Traum !
Pour avoir vécu également ce que tu décris - et qu'elle femme enceinte y échappe ? - je l'ai vécu comme une intrusion violente, si bien qu'il m'a fallu tenter de remonter aux racines à la fois de ce comportement chez les autres et de ma façon d'y réagir.
C'est grâce à ma belle-soeur qui tout au contraire de moi l'avait vécu comme une manifestation rassurante et agréable de la solidarité humaine, que j'ai commencé à remettre un peu de second degré dans mon envie primaire d'envoyer paître le corps médical et les troupes de la mère Denis 😊
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
avec l'aimable autorisation de P.Kirool

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par gabriailes » lun. 1 oct. 2018 20:58

Régisseuse électro (son et lumière) dans une compagnie de théâtre sous chapiteau depuis 1 an, je passe mon temps a essuyer des remarques qui se veulent parfois drôle, parfois non, mais qui sont systématiquement dévalorisantes pour le sexe féminin.

Seule femme dans l'équipe, ce n'est pas que je n'ai plus de prénom, que je n'ai plus de métier, mais c'est que mes responsables en viennent à me faire changer de sexe, vu que pour eux, je suis devenue un homme parmi les hommes il y a un an. Ils demandent "aux hommes" d'effectuer telle tâche, "aux hommes" de démonter tel chapiteau. Et comme si ce n'était pas suffisant ils demandent aux "hommes forts" de porter tel bidule. Il me demande aussi de créer des dispositifs de transport et de rangement en prenant en compte que ce seront de "faibles femmes" qui devront le transporter.

Quand je regarde de travers mon responsable suite à une réflexion totalement misogyne, il me dit simplement "Pardon, je suis maladroit ces temps-ci mais en vrai je suis un vrai gentleman"

Quant aux réflexion sur ma sexualité présumée du genre : " Elle aime bien, hein, utiliser des USTENSILES, gabriailes", alors que je suis en train de manipuler un outil, somme toute assez banal (à ce moment précis je manipulais une nacelle), avec un regard et une attitude qui ne laisse pas de doute quant au sens profond de ce qu'il laisse sous entendre.

Des bénévoles viennent nous aider pour un montage de chapiteau, dedans il y a des filles : "Et bah voilà, on a encore touché le gros lot, y a plus de filles que de mecs...". Ce a quoi je m'empresse de dire que cette remarque est totalement déplacée et de m'entendre dire "C'est vrai que si elles étaient toutes comme toi, on aurait fini à 12h. HAHAHAHA"

Un peu épuisée par le travail et cette ambiance qui me pèse de plus en plus, vendredi je me coince le dos au travail. Ce matin je vais chez le médecin me rendant compte que je ne suis pas tout à fais rétablie. "Vous faites quoi comme métier, mademoiselle? - Régisseuse. - Et quoi, dans votre équipe vous n'avez pas d'hommes pour faire ce travail?". (citation d'un médecin sans doute qualifié dans son métier, mais à qui pourtant je ne donnerais pas la moitié de la charge que je porte, pousse, tire, soulève, quotidiennement.)

Voilà.

Tout ceci qui engendre chez moi (et chez nombre d'amies ou de connaissances femme pratiquant le même métier ) un comportement que j'ai nommé le "syndrome de Hulk" qui consiste à avoir l'impression de devoir continuellement faire des démonstrations de force délirantes pour que plus personne n'ait jamais rien à redire ou penser (et pourtant, que les pensées ou les paroles vont vite, quand il s'agit de ça.)
Maintenant je me force à ne plus me laisser entraîner dans cette dynamique, car au moins une fois, celle-ci m'a mise en danger lors d'un montage de chapiteau. Bref, il est difficile d'assumer ses propres limites physiques, quand elles sont constamment supposées non pas par ton expérience ou tes capacités, mais par ton sexe.

Je vais proposer un atelier sur le sexisme ordinaire à mes collègues. Parce qu'à continuer comme ça, soit la barbe va me pousser, soit les bras vont m'en tomber.

J'aime mon métier, j'aime moins la société dans laquelle je dois l'exercer.

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Fish » lun. 1 oct. 2018 21:45

dans votre équipe vous n'avez pas d'hommes pour faire ce travail ?
Sans nier qu'il y ait globalement une différence de force physique et d'endurance entre les hommes et les femmes, les hommes s'usent aussi dans ce genre de métier. C'est pas un hasard si pas mal de "techos" lèvent un peu le pied arrivés à la quarantaine, et cherchent des postes plus tranquilles.

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Grabote » lun. 1 oct. 2018 22:00

Bah tous les boulots qui sollicitent beaucoup le corps ont cette conséquence, non ? chez les hommes comme chez les femmes : la danse, le sport, le bâtiment etc ...
Et puis la différence de force physique entre hommes et femmes est une réalité statistique, certes, mais dans la réalité il y'a aussi les individus et il n'est pas rare que certaines femmes soient plus fortes physiquement que certains hommes donc bon ...
Je compatis gabriailes et avec Traum aussi au passage. :miaou:
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Osia » lun. 1 oct. 2018 23:46

gabriailes le partage de ton expérience est un très bon moment pour moi en ce début de journée, merci :)
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Traum » mar. 2 oct. 2018 06:39

Je me rends compte qu'en vous lisant il y a une chose dont je n'ai pas vraiment parlée, mais qui était aussi l'objet de ma colère : la discrimination qui découle de tous ces préjugés. J'avais déjà entendu parler de discrimination des femmes enceintes dans le milieu de l'entreprise ou dans la fonction publique (à l'hôpital pour ce qui me concerne). Comme j'exerce en libéral et que, de manière temporaire, je ne mets plus le pied à l'hôpital, je me disais que je passerais à côté.
Oui, mais… pas dans le milieu associatif.

Parce que, les préjugés dont je vous ai parlés, je n'y ai pas coupé dans ce cadre-là, dans un milieu qui se voulait ouvert en plus et où non seulement on s'est permis de penser et de penser à ma place, mais de me faire sentir que j'étais une sombre merde qui n'y connaissais rien et qui ne savait pas de quoi elle parlait (bien sûr, hein, c'est mon premier enfant, je ne suis pas au courant), et pis de décider que je n'avais pas ma place puisque j'étais enceinte, que j'allais accoucher, que ça n'arrangeait personne et que je serais mieux au foyer. Bref : toi en tant que femme, tu n'accèderas pas à telle place / fonction parce que tu vas donner la vie, tu vas rester au foyer pour ton enfant, et tu verras que toi aussi, tu trouveras que c'est le mieux pour toi.
Ben… non. Je ne trouve pas du tout que ce soit le mieux pour moi. Je pense au passage qu'on a totalement oublié de me proposer la moindre solution et qu'on a juste décidé pour moi.

C'est en ça que je peux dire qu'on a oublié que j'avais encore un cerveau. On a décidé pour moi que je n'étais pas capable, ne le serait pas.
J'aurais à nouveau subi une chirurgie maxillo-faciale que la durée d'hospitalisation aurait été à peine plus courte (quand ça se passe bien), le temps de convalescence… eh bien, c'est plusieurs semaines, un arrêt de travail d'un petit mois, et le temps de récupérer complètement : plusieurs mois. Mais on m'aurait juste plainte. (Je parle en connaissance de cause : j'en ai deux, de telles chirurgies.)

Ça serait juste des conseils, des remarques et des projections déplacées, je ferais le tri sans état d'âme si je peux le faire. Mais quand on m'empêche littéralement de vivre, je trouve ça encore plus injuste et inacceptable.
Car ce que j'ai oublié, c'est que de tels préjugés ouvrent la voie à de la discrimination.

Et c'est en ça qu'il faut que ça s'arrête.
Parce qu'en plus, malheureusement, on ne peut pas toujours se protéger efficacement de ça. Je pensais qu'a minima, qu'on soit d'accord ou pas avec ma (notre) façon de concevoir la maternité (parentalité), on me ferait au moins le crédit de savoir ce que je faisais et que l'on ne déciderait pas pour moi. Ben, non. Et on m'a bien fait sentir que j'étais complètement inconsciente, que je ne comprenais rien à rien.

Et, quitte à me faire du mal, je n'ai pas envie que ça glisse sur moi comme sur les plumes d'un canard. Parce que ça voudrait comme dire pour moi que j'aurais accepté. Et je ne veux pas accepter.
Je ne veux pas accepter que l'on me refuse l'accès à une place parce que je suis enceinte, alors même que je sais que je peux le faire, que j'ai le soutien de mon conjoint.
Je ne veux pas voir ça comme de la solidarité parce que j'en fais les frais. Tout ça parce qu'un homme qui devient père, on le félicite et on le trouve mature ; une femme, on s'en défie.

Je vais finalement pouvoir accéder à ladite place, mais dans un cadre un peu différent et avec un peu de délai supplémentaire, en m'étant arrangée avec d'autres puisque les premiers étaient odieux. (Ça aurait été un homme, il n'y aurait pas eu de délai. Et cette attente n'a aucun sens. Cette attente me met en colère.)
Les seconds vont s'adapter à mes contraintes. Ils trouvent ça a priori normal. Et moi, j'en viens à être reconnaissante d'une attitude qui devrait être celle de tout un chacun, qui devrait être juste normale.

Mais malheureusement, oui, je ne parviens pas à être fondamentalement optimiste sur l'évolution de la société française. (Dans le nord de l'Europe, ils sont quand même incommensurablement plus avancés sur ce sujet. Mais j'ignore si cela va jusqu'à empêcher la discrimination.)
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Fu » mar. 2 oct. 2018 12:48

Je ne sais pas si le harcèlement de rue a été abordé. Sur le sujet, il y a d'abord le tristement célèbre Paye ta Shnek qui est un véritable musée des horreurs balancées à des femmes de tout âge dans la rue ou les transports. On trouve aussi des vidéos, pour les incrédules : des femmes marchant seules dans certaines métropoles, avec caméra cachée. Je pense en particulier à celle-ci, à New-York City, mais j'ai souvenir d'en avoir vu d'autres, y compris à Paris.

Je n'arrive pas à savoir si les agresseurs sont une minorité trop visible ou si les hommes qui font ça sont si fréquents. Je n'imagine pas un seul instant un de mes amis avoir ce genre d'attitude. On pourrait croire qu'à la base il y a juste un manque d'éducation, mais d'après les commentaires lus sur Paye ta Shnek ça semble toucher tous les milieux sociaux.

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Traum » mar. 2 oct. 2018 14:03

C'est une excellente question, Fu. Sur l'aspect quantitatif, je n'ai pas de réponse à proposer. Je voudrais être pourtant plutôt optimiste, mais aujourd'hui, j'hésite. En fait, je n'en sais rien. Il y a un facteur culturel qui me semble extrêmement important, dans lequel nous avons tous et toutes baigné(e)s et qui, forcément, nous a tou(te)s imprégné(e)s d'une façon ou d'une autre. Qu'on s'y soit laissé couler, qu'on le combatte, même qu'on le subvertisse. Travailler dessus demandera nécessairement beaucoup de temps.
Ça me fait penser, d'ailleurs, à ce que l'on appelle l' « humour carabin » qui, en dehors du cadre médical, passerait pour du harcèlement de rue, voire du harcèlement médical. Mais dans le milieu médical, plus qu'ailleurs, on va avoir tendance à le banaliser, à le justifier (la confrontation au corps et la violence symbolique, réelle et imaginaire que cela génère), homme… ou femme. Il n'y a qu'à penser aux fresques que l'on peut trouver dans les chambres de garde ou encore la salle des internes.

Il y a un problème global de culture et c'est tellement là, que ça nous échappe au quotidien et que l'on ne s'en rend compte que lorsque ces comportements qui nous choquent aujourd'hui (qui ne nous choquaient même pas hier pour bon nombre d'entre eux) émergent de cette masse informe mais « silencieuse ».
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par TourneLune » mar. 2 oct. 2018 15:28

Non mais même si c'est que 5% des mecs, vu le nombre de gens qu'on croise en ville, c'est énorme et un pouvoir de nuisance phénoménal...
"Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort". C'était une connerie. Du moins dans son acceptation banale et contemporaine. Au quotidien, la souffrance n'endurcit pas. Elle use. Fragilise. Affaiblit. L'âme humaine n'est pas un cuir qui se tanne avec les épreuves. C'est une membrane sensible, vibrante, délicate.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par gabriailes » sam. 13 oct. 2018 15:01

Autre chose qui me vient tout à coup...

Je parle à un ami de sexisme ordinaire, des difficultés à être perçue comme légitime sur son lieu de travail, dans la rue, etc...

La première réaction, quasi systématique de l'homme en face de moi, quand il s'agit de quelqu'un qui ne pratique ni la misogynie décomplexée, ni même consciente est de dire : " Mais tous les hommes ne sont pas comme ça, moi par exemple...". Certes, et je n'ai jamais prétendu le contraire. Mais cette réaction me pose en fait problème parce que systématiquement on en vient à rassurer la personne à propos de son comportement individuel, ce qui évacue directement la parole que l'on essayait de poser, forcément plus globale et sociétale. J'en parlais à un très cher ami qui me disait que pour être entendue il fallait peut-être aborder la question du point de vue masculin, et de parler d'abord de la complexité pour un homme de vivre également dans un système sexiste. Avec des ami.e.s il y a quelque temps, nous avions monté un projet en ce sens. Mais maintenant me voilà fatiguée de devoir systématiquement prendre ma pensée à revers pour pouvoir me faire entendre. Pourquoi devons-nous, même dans un milieu plutôt progressiste mettre de l'eau dans notre vin? Pourquoi ma parole et ma réflexion sur la société reviennent toujours à heurter un individu que je dois rassurer et entourer d'une bienveillance, qui est encore elle, l'apanage des femmes? Pourquoi même dans une réflexion féministe commune dois-je pratiquer le consensus? Il est peut-être décidément trop encré dans notre belle société qu'il faudra que je reste calme, aimante, conciliante, souriante et aimable...
Quand une personne issue de l'immigration me parle du néo-colonialisme occidental, je ne commence pas la discussion en faisant comprendre que je me sens blessée, que tous les occidentaux ne sont pas comme ça, et que moi d'ailleurs je milite pour la fin de ce néolibéralisme exacerbé et qu'en plus, je donne des sous à Oxfam tous les mois... Quel moyen merveilleux de brider sa pensée, sa parole, de se protéger et de nier la complexité réelle du problème...
Je comprends que c'est une question complexe, je sais que l'homme souffre également du sexisme, je ne nie pas ça. Mais à force de le répéter pour ne heurter personne on se retrouve à effacer trop souvent l'inégalité flagrante, le vrai déséquilibre social qui se crée entre les hommes et les femme. Et malheureusement, parler d'une inégalité n'a pas la faculté d'effacer toutes les autres. Que tout le monde se rassure. Nous sommes tous moins bien lotis que quelqu'un d'autre. Rassurons-nous, les femmes n'ont absolument pas la palme du malheur. Mais laissons-nous parler de ça, sans consensus, sans demi-mesure, sans peur de blesser l'autre dans son injustice ou son sentiment héroïque ("Moi quand une femme me dit non, je l'écoute"). Ne vous sentez pas victimes, ni accusés, ni coupable, car c'est à nouveau centrer la problématique autour de l'homme et laisser la femme en périphérie, alors que c'est ce dont elle essaie de vous parler. Cette fameuse périphérie où se cache l'instinct maternel, l'envie de famille, la douceur, les enfants, les lessives, l'abnégation, le complexe de la servante... Bref cette périphérie qui entretient le centre comme logique et naturel.

Voilà ma pensée du jour,
Prenez soin de vous

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Pataboul » sam. 13 oct. 2018 15:33

Je ne crois pas que ça me soit arrivé, vu l'intensité de mes relations sociales, mais je pense que ça aurait pu et pourrait encore. En tout cas le mécanisme plus général de défendre son cas particulier face à une critique du cas général ou d'autres cas particuliers me semble en effet être un réflexe, pas méchant mais chiant, assez dur à contrer en toutes circonstance.

Si tu es face à une personne bienveillante malgré tout, peut-être que le couper rapidement dans sa rhétorique par un truc du genre: "Nan mais je te parles pas de toi, je te parle des problèmes que ça me cause dans mon vécu, dans telles circonstances." suffirait à recentrer le débat. Je pense que je prendrais bien ce genre de remarque, au pire je me sentirais un peu con quelques secondes d'avoir été sur la défensive plutôt qu'à l'écoute ou à la réflexion.

A part ça je sais pas trop quoi te dire, j'aimerais bien te remonter le moral mais les situations que tu vis sont tristement connes et ordinaires. On avance sûrement un peu mais la route est longue. Je te souhaite de ne pas te laisser abattre par cela et de faire, malgré tout, ce que tu veux de ta vie.

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par lady space » sam. 13 oct. 2018 16:21

Je crois que le problème est cette recherche bien ancrée de consensus, ou plus globalement d'harmonie, à laquelle on nous a éduquées et qui, en plus, est une nécessité quand on est sensible parce qu'on ne va pas supporter longtemps une dose trop forte de disharmonie sans en faire les frais en termes de stress.

Arriver à supporter l'absence de consensus, éventuellement même provoquer sciemment des dissensions, ce n'est pas facile quand on ne l'a pas appris. C'est faisable, mais ça demande pas mal d'entraînement. Et c'est légitime de s'entraîner à cela, car il n'est écrit nulle part qu'une partie de la population soit assignée à la recherche de consensus. Ce ne sera pas toujours bien perçu mais on a parfaitement le droit de ne pas jouer ce rôle.

Parce que, dans la situation que tu décris, il y avait une ou plusieurs autres options, moins consensuelles, dont par exemple "Je ne parlais pas de toi mais de moi, et ce serait cool si tu pouvais juste écouter ce que j'ai à dire au lieu de te défendre.". Histoire de centrer, comme tu l'expliques très bien, sur le problème en soi et non l'égo malmené de l'interlocuteur masculin. Qu'il ait un réflexe de se défendre, que ce dernier soit répandu ou non, ça le regarde, à lui de gérer. Pas à toi qui parlais d'autre chose.

Seulement, en bonne fille bien élevée, c'est encore un truc que personne ne nous a appris : se placer au centre naturellement, calmement, sans subterfuge ni peur, à juste exprimer un point de vue (ou toute autre chose, peu importe). Mais ça s'apprend, ça aussi, avec pas mal d'entraînement.
Jeder ist ein Ausländer - fast überall.
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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Fish » sam. 13 oct. 2018 18:50

On retombe sur les justifications des réunions féministes non-mixtes: quand tu fais une réunion mixte, 70% du temps de parole est accaparé par des hommes qui se défendent d'être sexistes, alors que personne n'a généralisé le sexisme à tous les hommes au préalable.
Je suis d'accord avec Pataboul: se sentir visé en tant que membre du groupe et se défendre est un mécanisme assez spontané. Mais bon, être civilisé, être militant, c'est aussi se méfier de ses réactions spontanées, prendre le temps de réfléchir, prendre le temps de ne rien dire.

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Armie » sam. 13 oct. 2018 20:10

Titiou Lecoq en a parlé dans Slate hier: ici.
Elle raconte qu'en dédicace, des lecteurs viennent lui expliquer que leur femme est bordélique comme si leur cas particulier venait invalider les inégalités hommes/femmes en général dans la répartition des tâches ménagères (ce qui est le sujet de son dernier livre).
En gros c'est le même phénomène: penser connaître le réel grâce à l'analyse de son cas particulier. Je me souviens d'en avoir fait les frais au début de ma réflexion sur le sujet des inégalités hommes/femmes, et en réalité, si je suis honnête j'en fais les frais sur n'importe quel sujet.
Par exemple, c'est très difficile d'admettre que: "je ne connais pas de femmes battues" ne doit pas entraîner la conclusion "ça doit donc être un phénomène rare." Déjà il se peut qu'on ne connaisse en effet pas de femme battue sans que ça signifie qu'elles n'existent pas. Il se peut aussi qu'on en connaisse sans le savoir (car elles ne nous en ont pas parlé). Ou alors on ne reconnaît pas le cas quand on le rencontre car ça ne correspond pas à notre stéréotype de la femme battue. Etc.
Il y a un biais d'échantillonnage et un biais de perception.... notre cas particulier et la façon dont nous percevons le monde nous dit peu de chose au final au sujet des tendances globales. Bon là, ces hommes qui essayent de tempérer la situation en témoignant de leur propre cas seraient plutôt un peu trop optimistes au sujet de la réalité, mais ça marche aussi dans le pessimisme. Un médecin spécialisé dans une pathologie qui tue un petit pourcentage des patients et qui ne reçoit que les personnes les plus atteintes va avoir tendance à "oublier" que dans la majorité des cas les gens s'en sortent; si un de ses proches déclare la pathologie, il va tout de suite penser au pire. (Et que celui qui n'a jamais généralisé une déconvenue amoureuse à l'ensemble du sexe opposé nous jette la première pierre :huhu: )
Je ne sais pas si c'est possible d'éduquer son cerveau à penser "objectivement", du coup pas le choix que de revenir aux faits. (en gros ici, les chiffres.)
Ce qui est le plus ébouriffant je trouve, c'est qu'à l'inverse, les lois générales disent peu également du particulier. En sorte qu'on se retrouve avec le même biais en sens inverse: tirer des conclusions hâtives sur un interlocuteur parce qu'on va considérer qu'il va fonctionner "comme tout le monde", ou alors on va lui coller des attributs sur la base des catégories sociales auxquelles il appartient (genre, âge, couleur de peau, etc.) en passant peut être totalement à côté de sa réalité.
Du coup on pourrait en conclure qu'on ne peut rien dire du cas particulier, ni rien en déduire pour le niveau général, et pourtant ce serait encore un peu faux. Pour en revenir à mon exemple médical, un médecin va traiter le particulier sur la base de lois générales qui vont lui être très utiles, et à l'inverse, un cas particulier agrégé à d'autres cas particuliers finiront par faire une loi générale.
Bref...
Pour ma part je trouve que c'est un équilibre subtil. Je ne suis jamais trop sûre d'avoir bien raisonné et je me demande souvent si je n'ai pas tiré des conclusions hâtives sur la base de trop peu d'éléments, que ça soit au sujet d'une personne ou en général. "Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage..."

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Re: Chronique du sexisme ordinaire

Message par Fish » sam. 13 oct. 2018 21:11

Dans le cas du médecin qui traite le patient selon des lois générales, il y a une différence fondamentale il me semble: ces lois sont supposées déterministes. Si le diagnostic est bon, le médicament prescrit résout le problème de manière relativement certaine. Dans ce cas, on peut effectivement appliquer une loi générale à un cas particulier. C'est selon ce principe que fonctionne toute la physique. La gravitation, les gaz parfaits, les circuits LRC... Tu ne trouveras pas un jour un gaz qui boude et qui décide de rester à la même pression même si on réduit son volume.

En science sociale, les lois sont probabilistes. Ce sont des tendances. Dans ce cadre là, un individu isolé n'est en rien une infirmation ou une confirmation d'un phénomène général, et inversement le phénomène général ne dit rien de certain sur l'individu.

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