En réfléchissant mieux
@Brunehilde il y a une autre raison. Vous connaissez sûrement la théorie du cygne noir de Nassim Taleb
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A ... cygne_noir
Ici s'agit-il d'un cygne blanc. Un événement imprévisible (apparition d'un gisement énergétique primaire) qui modifie radicalement le champ des possibles et c'est l'exploration de ce champ qui m'enthousiasme, la découverte des possibilités. Et dans un premier temps, j'avais besoin de le traverser rapidement d'une façon intuitive en évitant les écueils évidents, pour dégager une hypothèse stable et maintenant que c'est fait, une seconde phase : la critique et le pessimisme pour vérifier sa solidité.
L'hypothèse au-dessus est sérieuse, simple et efficace. Elle permettrait d'atteindre tous les objectifs de premier plan :
- exploitation de la ressource
- réduction du carbone atmosphérique
- disparition du pétrole
- production d'eau
- peu de besoins en infrastructures
- peu de risques industriels
- peu de changement dans les habitudes
- intérêt géopolitique
Et cela, sans quasiment aucune contrepartie sérieuse. Juste par l'apparition d'un cygne blanc. Mais est-elle vraiment viable.
En premier lieu, la volumétrie de la ressource est à quantifier sérieusement. Espérons qu'une campagne de détection de gisements se déclenche bientôt à grande échelle dans les bassins miniers. Tout dépend de cela, quel volume d'hydrogène pouvons-nous produire annuellement, la ressource est-elle renouvelable et suffira-t-elle pour couvrir nos besoins domestiques puis pour envisager de l'export.
En second lieu, l'exploitation selon moi ne sera pas un problème. Nous avons toutes les technologies et savoir-faire nécessaires, de l'expérience et plus encore dans cette région. Nous sommes capables de sécuriser le processus et d'éviter les fuites, surtout si c'est une forte contrainte vis-à-vis de l'opinion publique. Un problème ici serait étonnant.
En troisième, la conversion hydrogène-acide formique. Ici, est-ce un point bloquant. Pour l'instant le processus chimique étudié utilise 1g de catalyseur pour 3g de production. Si on suppose une amélioration vers un ratio 1 pour 5, ça nous laisse environ 10 millions de tonnes de catalyseurs à produire et ce n'est pas recevable. Même si nous y arrivons, il y aura un coût très élevé. Par contre... par contre, il existe une alternative. Des fourmis réussissent cette catalyse H²+CO², c'est biologiquement possible.
Mais comme personne n'a envie de broyer des fourmis faut-il se retourner vers la solution bactéries ou microbes. Là, nous sommes dans le domaine du faisable. Si un biologiste lit cela, un avis éclairé serait utile (et à mon avis, le premier chercheur qui arrive à trouver/créer cette bactérie pourrait bien devenir millionnaire) : un organisme microscopique que l'on nourrit avec du H², qui utilise le CO² de l'air et rejette du HCOOH. Est-ce possible ? Une inconnue ici, mais si c'est le cas, les bactéries/microbes étant ce qu'ils sont, ils se reproduisent tous seuls ensuite et la catalyse devient virtuellement gratuite.
En quatrième point, l'acide formique. On l'appele aussi acide méthanoique ou hydrozine. J'aime beaucoup ce dernier nom, hydrozine, et je ne l'appellerai plus que comme ça, maintenant. C'est vendeur auprès du grand public, ça rappelle l'eau et la notion d'essence. Et ça s'explique aux enfants : « ce carburant, l'hydrozine, c'est ce qu'utilisent les fourmis pour se défendre ». Gamin, j'aurais eu des étoiles dans les yeux. Ça passe auprès de l'opinion. Après, ça reste un acide donc corrosif et dangereux à manipuler. Mais tout le monde est déjà habitué à ne pas se foutre de pétrole dans les yeux, à ne pas le boire ni y plonger ses mains. C'est ok de ce côté là, une sécurisation à la pompe et on est bons.
En cinquième, le stockage. Solution miracle : aucun risque de fuite d'hydrogène sous cette forme, zéro. Pas de perte d'énergie même oublié un siècle dans un hangar (à vérifier, mais...). Aucune contrainte de pression ni de température, ou quasiment. Des barils standards suffisent, s'ils résistent à la corrosion acide.
En six, la distribution : vérifier si les infras pétrolières actuelles résistent à cette corrosion et si ce n'est pas le cas, quantifier le coût de la modernisation. Mais comme il s'agit d'un liquide similaire sur le reste, tout le réseau actuel est l'empreinte parfaite et efficiente du réseau final. Jusqu'aux stations-services.
Sept, l'efficacité énergétique. Là, je ne veux/peux pas vérifier ça avec juste un téléphone. S'il y a un volontaire... 519 litres d'hydrogène contenus dans 1 litre d'hydrozine. Une inconnue ici aussi, à quel point est-il possible de faire des moteurs et des piles efficientes et à quel coût en métaux rares. De ce que j'ai vu, pas de platine dans le processus. Ici, c'est à Renault et Peugeot de bosser le R&D à plein régime. Si quelqu'un peut aider à éclairer ce point... est-ce vraiment possible et quelle autonomie, quelle vitesse maximale avec un plein.
Huit, le recyclage du CO². Si l'hydrozine est pure, il n'y a littéralement que du CO² et de l'H²O en « déchets ». Je suppose que l'on peut séparer les deux assez facilement en jouant sur la densité ou la volumétrie, mais je ne suis pas certain. S'il y a un chimiste...!

Et est-ce viable d'envisager la compression directe et sur place du CO² dans des capsules (similaires à celles que l'on utilise pour gazéifier l'eau) en utilisant l'énergie propre du moteur/de la pile ?
Neuf, la vapeur d'eau. Une fois séparée proprement, pour la condenser et selon mes connaissances, le plus simple est encore d'utiliser de longs tuyaux qui sortent de la carrosserie pour bénéficier de la fraîcheur extérieure (même s'il fait 50⁰ ça va marcher). Et là.... nouveau miracle : la voilà mon esthétique steampunk/rétrofuturiste ! Une allure immédiatement reconnaissable !
Dix, est-ce envisageable de stocker le CO² et l'eau au sein de la carrosserie, jusqu'à vidange ? En terme de poids et de volume, on devrait retrouver peu ou prou l'équivalent de ceux du carburant initial. Mais j'ai un doute sur l'efficacité de l'emport.
Onze enfin, l'eau générée est-elle propre à la consommation. Ça devrait être de l'eau distillée je suppose, ou approchant donc utilisable pour de nombreux usages mais nécessitant un traitement aux sels minéraux pour la consommation humaine. Abordable.
Voilà, si je critique mon hypothèse. Si c'est juste utopique, n'hésitez pas à me le dire. Surtout concernant les deux grandes inconnues : bactéries/microbes de catalyse et possibilité de vrais moteurs/piles a l'hydrozine pour le transport individuel. Parce que si ces deux inconnues fonctionnent et que la ressource est suffisante, je pense que le reste est viable. Si nous y mettons vraiment les moyens, que ce soit par cette solution ou par une autre, nous pouvons être sortis de l'âge du pétrole d'ici 20 ans.
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Et bien ma foi........ ça m'a fait plaisir de faire ça ! Vraiment, je me suis amusé. Je prends toutes les remarques et critiques constructives : -) et si d'aventure ce n'est pas viable ce n'est pas grave, au moins j'aurais essayé et ça pourra toujours faire de la matière à SF. Mais si ça peut marcher... qui sait. Les conséquences seraient plutôt positives.