Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

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Gracian
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Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Gracian » lun. 2 déc. 2019 00:00

Bonjour à tous,

Je me pose des questions depuis un certain moment déjà sur les conséquences de l'automutilation intellectuelle. Pour ceux qui entendent cette expression pour la première fois, ce site en donne un petit descriptif :
http://www.douance.org/psycho/automuti.html

Sans trop entrer dans les détails, il m'aura fallu attendre une trentaine d'années avant de me poser sérieusement la question de la douance... Automutilation intellectuelle, dévaluation de soi permanente, recherche de conformité, peur du rejet, impression d'être fou ou stupide (et névrosé, puis schizophrène, puis bipolaire et j'en oublie sûrement), etc. je suis passé par tout ça et j'ai finalement réussi à faire mon travail là-dessus. C'est maintenant la phase de reconstruction ou de "dépassement" (osons le mot !) qui me pose de nouvelles difficultés. En effet, après avoir remonté la pente et donné libre cours à mon inextinguible soif de connaissance ! je commence à me sentir pris au piège de limites infranchissables, comme si ces années passées à me faire violence avaient fait des dégâts irrémédiables sur mes capacités...

Ainsi, je voudrais si quelqu'un aurait des pistes ou de la documentation (ou une expérience de la chose) concernant les effets de l'automutilation intellectuelle sur les capacités cognitives.

Dans le bilan d'après test, ma psychologue évoquait un possible TDA et une grande anxiété comme étant la source d'une inhibition intellectuelle (de parasitage dans le cas du TDA) à certains moments, dans certains subtests.
Je sais que le TDA a joué un rôle important dans mes difficultés scolaires, notamment sur le plan de l'organisation et des problèmes de mémoire ou de distraction. Pour autant, il me semble que les blocages d'ordre psychologique que j'évoquais plus haut ont eu des effets autrement plus profonds (des effets dont je me demande maintenant s'ils sont réversibles ou surmontables).

(Désolé si ce message est un peu brouillon, j'ai essayé d'exposer les différents aspects que je n'arrive pas à démêler et de rester synthétique autant que possible...)

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Révèa » mar. 3 déc. 2019 11:50

Coucou,
ton sujet m'intéresse grandement, en effet, je découvre le terme "automutilation intellectuelle" et je suis curieuse de savoir comment ça se présente, comment ça se "vit" est-ce qu'on en est conscient(e)?

Si tu as trouvé des réponses/liens etc peux tu m'en faire profiter aussi?

Je suis allée voir une psychologue la semaine dernière qui a évalué mon anxiété, aux questions répondues j'ai eu un total de 19/21 et elle suspecte un trouble dys, mais je ne sais absolument pas lequel... Je vais rester avec mes questions encore 3 semaines...

ça devient chiant de ne jamais oser poser de questions par peur de déranger les gens/médecins/psy...

Merci beaucoup pour le partage des liens le cas échéant =)
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Unesoprano » mar. 3 déc. 2019 12:23

Révèa a écrit :
mar. 3 déc. 2019 11:50
ça devient chiant de ne jamais oser poser de questions par peur de déranger les gens/médecins/psy...
Les gens je peux comprendre. Mais les médecins et psy, ça m’interpelle. C’est l’anxiété qui fait que tu n’oses pas? Parce c’est important me semble-t-il pour une bonne collaboration voire un meilleur soin, non? Pourquoi avoir peur de les déranger ???
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Révèa » mar. 3 déc. 2019 12:30

@Unsoprano, en fait j'ai toujours eu l'impression de déranger avec mes questions, du coup, j'ai développé une peur à l'idée d'en poser, je vois bien que mon psy "sourit" lorsque je lui demande d'où vient ce dessin sur son mur (par exemple) ou quels sont ses dossiers sur ses étagères (fiches patients? Thèses? Recherches?) j'ai beaucoup de mal à interpréter si la personne face à moi est agacée ou moqueuse...
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Unesoprano » mar. 3 déc. 2019 12:43

D’accord. Mais cependant, il me semble (et ce n’est pas une critique hein :clin: ) que demander ce genre de choses (de l’ordre de ce qui compose son cabinet) est fort différent d’une ou de plusieurs questions concernant par exemple l’automutilation intellectuelle, ou plus de renseignements concernant un éventuel trouble dys. Il n’y a pas du tout les mêmes enjeux. Quelle importance réelle au fond de savoir ce qu’il y a dans les dossiers? Alors que comprendre quel trouble dys est suspecté te concerne directement. C’est dommage de rester centré sur la réaction de l’autre, et non sur ton propre besoin. Cela ne doit pas aider à avoir plus confiance en soi.
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Révèa » mar. 3 déc. 2019 15:03

Je me suis mal exprimée, en fait la psy qui suspecte un trouble dys n'est pas mon psy habituel, du coup je n'ai pas osé demander.
Les autres questions concernant le cabinet de mon psychiatre habituel, n'étaient données qu'à titre d'exemple pour bien exprimer cette gêne que j'ai peu importe le contenu de la question.
(je ne sais pas si je suis clair).
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par blue hedgehog » mar. 3 déc. 2019 16:51

Pour revenir aux moutons de Gracian:
J'ai pendant un moment consciemment choisi de m'écarter des "intellectuels", pour me rapprocher des "manuels", j'ai alors rejeté en bloc toute lecture, tout discours ou discussions dont le thème était moins futile que la météo ou le choix du sandwich pour midi. Je n'avais pas l'impression que ce genre de sujet pourrait être intéressant et que moi j'étais plus intelligente que mes collègues qui parlait des mêmes choses. Ceci étant, le rejet était conscient, ça ne m'intéressait pas et c'était chi... ;) et je ne sais pas si du coup c'est ce dont tu parles Gracian.

Cette attitude m'est passée, et oui, quand finalement j'ai remis le cerveau en marche, j'avais un peu de mal, j'avais l'impression que réfléchir était compliqué, laborieux, dur. Mais après quelque temps, mon cerveau a de nouveau fonctionné plutôt bien ;) c'est comme s'il avait fallu dégripper la mécanique.

Alors je ne sais pas si ce que j'ai vécu est de l'auto-mutillation, mais quand à ta question de reprendre des capacités cognitives, pour moi oui, j'ai pu récupérer.
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par UnPosteur » mar. 3 déc. 2019 17:43

J'ai également pris le parti de me faire passer consciemment pour plus bête, non seulement que je ne l'étais, mais également que ne l'étaient la plupart de mes camarades, à partir de la fin de l'école primaire et jusqu'à la fin du lycée, puis ça s'est dissipé en devenant adulte. Mais, à l'instar de celle de Blue Hedgehog, ma démarche était volontaire : je jouais le rôle d'un bouffon parce que celui-ci me semblait socialement avantageux à l'époque. Une fois adulte, j'ai cessé de me comporter ainsi sans difficulté.
Ce n'était donc pas de l'auto-mutilation intellectuelle si l'on en croit la définition proposée sur le lien posté par Gracian :
Fait pour un enfant surdoué non reconnu de se limiter intellectuellement pour essayer de ressembler aux autres. JC TERRASSIER parle d'Effet Pygmalion négatif, c'est-à-dire de pression à la conformité.

L'automutilation intellectuelle est plus grave que le simple jeu de rôle : l'enfant lui-même se croit souvent idiot, ce qui ne serait pas le cas s'il jouait un rôle consciemment. Elle peut aller jusqu'à provoquer une chute du QI, ce qui peut en rendre le diagnostic direct (avant psychothérapie) impossible.

Il s'agit donc d'un des grands risques qui menacent l'enfant surdoué non reconnu.

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Gracian » mar. 3 déc. 2019 18:10

@Révèa :
C'est à travers un ouvrage de Jean-Charles Terrassier que j'ai pris connaissance du sujet : Guide pratique de l'enfant surdoué.
Voici un autre lien qui rejoint la même thématique : http://www.anpeip.org/enseignants/362-f ... on-negatif
En tout cas je pense que l'angoisse a beaucoup à voir là-dedans et cela peut être une piste à creuser effectivement...

@blue hedgehog :
Le phénomène dont je parle est loin d'être aussi conscient ou volontaire. En fait, il s'agit plutôt d'un mécanisme d'autodéfense (à la fois conscient et inconscient je dirais...) Concernant ma propre expérience, j'ai souffert de ma différence et du rejet des autres, ce qui m'a poussé à calquer mes comportements sur les autres, à taire toute expression de mon originalité et à me donner une image de moi-même très négative. Tous mes efforts étaient tournés vers ce désir de conformité et toute pensée extravagante ou hors-norme me renvoyait simplement à de la stupidité : je les refoulais donc aussitôt. Aussi, ne me retrouvant pas du tout dans l'éducation classique, je n'avais aucune motivation et mes résultats médiocres me confirmaient cette image que je me renvoyais sans cesse : je suis irrémédiablement stupide.
En définitive, j'ai passé mes plus belles années à dissimuler voire à étouffer la plupart de mes potentialités. Enfin, comme je le disais, même si ce constat semble un peu amer, j'ai fait le deuil de mon passé.

@UnPosteur :
Nos posts se sont croisés mais je crois que je n'ai pas grand chose à ajouter en fait !

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par blue hedgehog » mar. 3 déc. 2019 18:13

À cet égard, je pense que ce que j'ai vécu personnellement s'approche du faux-self. Phénomène grandement décrit autre part sur le forum.
Et donc en effet, c'est différent de toi Gracian. Mais ce sentiment de changer pour se conformer me suit encore aujourd'hui.
Edit: conformer à la place de confirmer.
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par UnPosteur » mar. 3 déc. 2019 18:42

blue hedgehog a écrit :
mar. 3 déc. 2019 18:13
À cet égard, je pense que ce que j'ai vécu personnellement s'approche du faux-self. Phénomène grandement décrit autre part sur le forum.
Merci pour la découverte de ce concept. Je pensais m'être caché derrière ce personnage par timidité, et avoir exposé aux autres une image éloignée de ce que j'étais par évitement, pour ne pas être jugé directement. Je vais me pencher sur le sujet.

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Holi » mar. 3 déc. 2019 18:47

Une question me vient @blue hedgehog, as tu vraiment voulu écrire "changer pour se confirmer" ou plutôt conformer ?
À force de penser à ce que les autres pensent de nous, on en oublie de se penser soi-même.
Christophe André

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par blue hedgehog » mar. 3 déc. 2019 19:41

Effectivement Holi, tu as bien vu ;) donc conformer.
Je vais éditer, merci.
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Aarkan » mar. 3 déc. 2019 20:42

Je me reconnais absolument dans ce que tu décrit dans ton premier poste. En pleine re-orientation de vie, quand les barrières de cette formalisation tombent c'est assez perturbant. Cette sensation de ne pas avoir vécu sa vie, pris ses décisions en connaissance de soit mais par peur absolu du rejet. Le regard des autres comme un purgatoire auquel il m'est encore difficile de me détacher. Ce faux self agaçant qui peine à dire au revoir.

Je croyais avoir caché ça aux autres et en fait je l'ai juste caché à moi-même.

Pour ce qui est des impacts possibles sur les capacités cognitives je ne sais pas du tout..
Je dirais que structurellement parlant ça ne change pas grand chose, peut-être par contre qu'il faut par la suite renforcer les circuits neuronaux pré-traumatiques ?
L'Espoir c'est voir en ce qui ne va pas, une chose merveilleuse et qui est déjà là.

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Stellina » mar. 3 déc. 2019 23:05

Bonsoir Gracian,
Ce que tu évoques ici me parle beaucoup. Pour essayer te décrire ce que je ressens. J'ai mis en sommeil une partie d'un trop de quelque chose. Je l'ai fait de façon plutôt consciente et naturelle en tout cas au départ, dans les années collège. Un peu comme avoir tous les embouts pour un aspirateur (Désolée pour le choix qui s'impose à moi sûrement à cause de :aspi: qui me fait de l’œil). Finalement à l'usage, je n'ai pas besoin de tous ces trucs encombrants qui me font un peu peur quand même et je les laisse dans une boite. Je n'ai pas jeté la boite mais j'ai peur de l'ouvrir... :pale:
Je reviendrais voir dans le coin.

A bientôt !

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Bulle d'o » mar. 3 déc. 2019 23:28

@blue hedgehog je pense que c'est pas forcément très éloigné du faux-self mais appliqué aux surdoués.

@Gracian je traîne toujours un peu cela mais ça n'est absolument pas une fatalité. La confiance prend du temps parfois à se dévoiler à soi-même. Et après, ça prend encore du temps pour l’explorer voire l'utiliser à bon escient. Pour autant, je ne me suis pas cachée aux autres, mais comme je sentais réagir différemment, j'étais persuadée de "me tromper de façon de faire". Je les regardais pour savoir "bien faire". J'enlève couche par couche parfois, encore ce sentiment. Mais entre mes 10, puis 20 ans et maintenant, 20 ans après.... Rien à voir!
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Fish » mer. 4 déc. 2019 10:19

Je me reconnais dans les propos évoqués ici... mais je reste assez ambivalent sur ces questions là. Je me méfie de mes propres attirances spontanées pour ce genre de théorie. Je pense que beaucoup de gens se retrouveront dans le sentiment d’avoir restreint son potentiel, d’avoir suivi le troupeau par mimétisme pour se faire accepter, etc. Mais ça n'en fait pas une pathologie.

D’abord, il y a deux définitions qui se mélangent ici :
1) une restriction telle que l’enfant devient effectivement stupide et qu’il obtient un QI modeste à un test. C’est ce dont semble parler Terrassier, et c’est également ce qu’on retrouve dans ce texte « le complexe de l’Albatros » sous le nom d’inhibition intellectuelle.
2) une restriction de façade, mais un cerveau qui fonctionne très bien.

Si vous avez passé la WAIS et obtenu un QI élevé, vous êtes dans le second cas. Rassurez-vous : votre cerveau va bien, il n’a pas pourri à force de ne pas servir.

Ensuite, il faut faire gaffe à l’effet barnum :
wikipedia a écrit :L’effet Barnum désigne un biais cognitif induisant toute personne à accepter une vague description de la personnalité comme s'appliquant spécifiquement à elle-même.
C’est ce qu’on reproche aux livres comme TIPEH (et pas mal d’autres du même genre), à la psychanalyse, mais aussi aux horoscopes et au tarot…

Il ne faut pas considérer comme pathologique ce qui, si ça se trouve, affecte 100 % de la population. Le mimétisme pour adhérer au groupe, je crois que tout le monde le fait (plus ou moins consciemment). De même, tout le monde se sent différent des autres, et c’est sain tant que c’est une affirmation de soi. Le problème n’est pas de se sentir différent, mais d’avoir le sentiment que ceci est un défaut. Par ailleurs, considérer « les autres » comme une masse homogène est l’un des grands travers que l’on retrouve sur les forums de surdoués (avec les amalgames sur les neuro-typiques et autres morno pensants, le « nous les surdoués » contre « les autres », etc. ).

Parmi les trucs qui me heurtent un peu, je devine dans ce fil une opposition entre corps et esprit. Exercer un métier manuel ne signifie pas zapper son intelligence. Après, il y a « manuel » et « manuel ». Celui qui créée un meuble ou qui agence un jardin, n’utilisera pas son cerveau de la même manière que celui qui fait toujours les mêmes gestes sur un chaîne de production. Mais même pour ce dernier cas, si le cerveau a tout loisir de divaguer pendant une activité répétitive, c’est que ce cerveau fonctionne. La frustration vient de ne pas réaliser ce à quoi on rêve, pas de n’avoir pas rêvé.

Même quand on se rend compte qu’on a « étouffé son potentiel », celui-ci ne se libère pas comme par magie. Pour que le potentiel devienne concret, il faut travailler. Et travailler, ça demande des efforts ! De ce point de vue, « étouffer son potentiel » ressemble à un prétexte de fainéantise. Et là encore, c’est quelque chose qui affecte tout le monde : on a bien plus d’idées que ce qu’on peut réaliser et c’est frustrant. Mais c’est la vie.

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Révèa » mer. 4 déc. 2019 11:34

Gracian a écrit :
mar. 3 déc. 2019 18:10
@Révèa :
C'est à travers un ouvrage de Jean-Charles Terrassier que j'ai pris connaissance du sujet : Guide pratique de l'enfant surdoué.
Voici un autre lien qui rejoint la même thématique : http://www.anpeip.org/enseignants/362-f ... on-negatif
En tout cas je pense que l'angoisse a beaucoup à voir là-dedans et cela peut être une piste à creuser effectivement...
Coucou Gracian, merci pour le lien.
Petite question, lorsqu'un enfant ne participe pas en classe alors qu'il a les réponses, est-ce possible que ce soit apparenté à l'effet pygmalion-négatif?
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Gracian » mer. 4 déc. 2019 12:25

@Fish :
Je suis tout à fait d'accord avec toi sur le fait qu'il faille prendre un certain recul avec ces théories (je me permets cela dit de mettre un bémol sur ton exemple de la psychanalyse, je ne suis pas sûr de comprendre le lien ici étant donné que celle-ci est une théorie qui s'applique justement à l'homme en général)
Dans mon cas, le problème que je soulève, c'est moins un regret sur des potentialités que j'aurais pu exprimer par le passé, qu'un questionnement sur les conséquences sur le long terme d'une inhibition systématique de celles-ci. Ou plutôt, je n'arrive pas bien à distinguer si j'ai en fait des lacunes qu'il me suffirait de combler avec le temps, ou s'il s'agit d'une détérioration de mes capacités à apprendre, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Pour prendre un exemple plus concret, lorsque j'étudie telle ou telle théorie complexe, je parviens à une certaine compréhension jusqu'au moment où je bloque littéralement. Dans le même ordre d'idée, j'ai beaucoup de difficulté à exprimer une idée complexe lors d'une discussion, alors que je sais l'avoir bien comprise et que tout est à peu près clair dans mon esprit. Bref, il ne s'agit donc pas d'un simple manque de persévérance ou d'efforts...

Au fond, ces limites peuvent être naturelles, c'est tout à fait possible aussi. Pourtant je ne peux m'empêcher de sentir une certaine gêne ou une certaine inhibition dans le développement de ma pensée, d'où mes interrogations sur d'autres explications possibles.

Je me permets maintenant de réagir à ce que tu dis dans la fin de ton message, notamment sur ce passage où tu parles d'un travail répétitif sur une chaîne de production : "Mais même pour ce dernier cas, si le cerveau a tout loisir de divaguer pendant une activité répétitive, c’est que ce cerveau fonctionne. La frustration vient de ne pas réaliser ce à quoi on rêve, pas de n’avoir pas rêvé."
Je pense que cet énoncé est partiellement juste mais il ne tient pas compte de deux choses : il y a une première aliénation dans le fait d'effectuer un travail dénué de sens, qui plus est sur un objet qu'on ne peut s'approprier puisque l'on exécute une tâche parcellaire sur l'ensemble du processus de fabrication. Deuxièmement, est masqué ici un autre aspect moins évident peut-être quand on abstrait cette activité : les conditions réelles dans le travail à l'usine impliquent bien souvent le bruit, le stress à devoir remplir des objectifs de productivité, une hiérarchie très forte, un lieu morne et des relations sociales réduites autant que possible lors des heures de travail effectif. Ainsi, si l'on peut dire en effet que l'esprit divague, il s'agit qualitativement de tout autre chose que de la divagation qu'on pourrait éprouver par exemple lors d'une promenade dans la nature.
Je vois où tu voulais en venir bien entendu mais cet exemple m'a fait un peu tiquer, je me suis senti obligé de réagir.

@Révèa :
À mon sens oui, mais il peut aussi bien s'agir de timidité ou de manque de confiance en soi.

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Pascalita » mer. 4 déc. 2019 12:32

Aarkan a écrit :
mar. 3 déc. 2019 20:42
Pour ce qui est des impacts possibles sur les capacités cognitives je ne sais pas du tout..
Je dirais que structurellement parlant ça ne change pas grand chose, peut-être par contre qu'il faut par la suite renforcer les circuits neuronaux pré-traumatiques ?
Attention, il me semble qu'on n'est pas du tout dans le même domaine, là.

Si je comprends bien de quoi tu parles, il s'agit des neurones qui activent la réaction de peur même hors contexte menaçant, dans le syndrome post-traumatique, dans le traitement par le cerveau du souvenir de l'événement traumatique (voir ici). Je ne vois pas de rapport avec les capacités "cognitives" au sens de capacités intellectuelles, ni avec l'inhibition intellectuelle (je pense également qu'il s'agit du même concept, automutilation et inhibition, avec un gros doute sur la pertinence du mot "mutilation" - quand on est mutilé, le membre ne repousse pas...).

Par ailleurs, des circuits neuronaux existants, correspondant à une activité spécifique, peuvent devenir plus efficients ou se réactiver à tout moment (hors lésion cérébrale) lorsqu'on approfondit la pratique de cette activité ou qu'on la reprend après un arrêt (le vélo, le piano, le ski, les multiplications, que sais-je), du fait de la plasticité neuronale. Celle-ci permet aussi de créer de nouveaux circuits, de réorganiser les fonctions du cerveau en cas de lésion.
(Source : Wikipédia)

Si je suis à côté de la plaque par rapport à ce que tu voulais dire, Aarkan, pourrais-tu préciser ?

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par lady space » mer. 4 déc. 2019 12:56

Ce sujet me parle également. Seulement, comme le concept concerne les enfants, bénéficiant d'une prise en charge qui plus est, je ne pourrais pas dire avec certitude si je suis concernée, je n'ai que des indices et des hypothèses impossibles à vérifier.

Attention : pavé auto-centré inside, même si j'essaie de faire court !

Le seul point que je peux affirmer avec certitude est le fait que, pour ma survie psychique au sein d'une famille émotionnellement dysfonctionnelle, j'ai toujours dû tout faire pour obtenir un semblant d'affection ou au moins de l'attention. À savoir me conformer aux attentes dès mon plus jeune âge, qu'elles aient été explicitées ("space est toujours si souriante et facile à vivre") ou non (absence totale de réaction quand mes demandes sortaient du champ admissible/digérable de mes adultes de référence). J'ai vite arrêté d'espérer qu'on tienne compte de mes demandes, qu'on cherche vraiment à comprendre ce que je disais et j'ai montré la jolie façade souriante, appliquée, "comme il faut", qui m'a valu au moins un peu d'approbation. Et comme je ne demandais plus grand chose, je me suis contentée des choses qu'on avait laissées à ma disposition.

Comme il était difficile d'obtenir des marques d'affection à la maison, j'ai forcément trimballé ce besoin à l'école et dans ma vie sociale en dehors de la maison en général (bonjour la dépendance affective que j'ai réussi à surmonter il y a 3-4 ans seulement).

Quittons à présent les faits émotionnels, psychiques, tangibles pour nous tourner vers les hypothèses :

À en croire le topic sur l'âge de l'acquisition de la lecture et aussi la littérature sur les HQI, compte tenu des scores obtenus au WAIS, je fais partie de ceux susceptibles d'avoir appris à lire seuls très tôt mais ça n'a pas été le cas pour moi. J'y vois deux explications qui s'imbriquent certainement : d'une part, j'ai grandi en Allemagne où l'école n'est pas obligatoire avant l'âge de 6 ans révolus et où les écoles maternelles n'existent pas, sachant que les jardins d'enfants et autres crèches sont payants. Ma mère étant au foyer, inutile donc de faire des frais pour m'y inscrire. Résultat : avant mon entrée à l'école primaire à l'âge de 6 ans, je n'avais que très peu de contacts avec le monde extérieur, les gens, les supports écrits. Je n'ai pas de souvenir non plus d'histoires qu'on m'aurait lues au coucher. Donc la question restera à jamais sans réponse de savoir si je n'ai pas appris à lire tôt par manque d'occasion ou parce que c'était à prévoir qu'on allait me gronder ou ignorer si je sortais du cadre, par simple manque d'intérêt ou parce que d'autres aspects étaient prioritaires pour ma survie psychique à ce moment-là. Puis, il n'y a rien de conscient dans tout ceci, je n'ai pas pris la décision volontaire d'occulter tout ce qui touchait à la lecture. Toujours est-il que, le jour où j'avais le droit de savoir lire, je n'ai mis que quelques semaines avant de me mettre à dévorer tous les livres que je pouvais choper. Et ceci malgré la méthode globale qui n'aide pas à saisir le système de fonctionnement de l'écrit au début. Mais comme on apprenait à former de beaux graphismes en même temps, j'ai vite fait le rapprochement entre les boucles des le, li, la, lo, que j'avais tant de mal à former avec mes doigts crispés autour du crayon, et les sonorités qu'elles représentent.

C'était cool : j'avais conquis un monde pour m'évader car on n'a jamais pris la peine de réguler mon accès à la bibliothèque de ma mère où se côtoyaient Agatha Christie, Dostoyevsky, Balzac, Steinbeck, Démocrite et des tas d'auteurs de romans divers et variés. Mais ça a engendré un problème consécutif avec mes camarades de classe qui m'ont bien fait comprendre que c'est assez mal vu de s'exprimer avec un vocabulaire qu'ils ne maîtrisent pas. Bon ben, cette fois-ci, la décision était plus ou moins consciente : j'ai arrêté de parler avec les mots qui me venaient spontanément, et donc des sujets qui allaient avec, pour observer et utiliser le vocabulaire qui était de mise pour discuter des sujets qui allaient bien. Dans la même optique, avoir de trop bonnes notes, consacrer trop de temps aux devoirs, chercher plus loin que ce qui était demandé par la maîtresse, aimer apprendre, découvrir, n'était pas le bon plan pour avoir des copains - pas grave : en faisant le minimum syndical, je me trouvais en 4e position de la classe jusqu'au bac, juste derrière les "intellos" et les "bêcheuses". Et si j'avais fini le manuel d'histoire 15 jours après la rentrée (Ben quoi ? C'est un bouquin comme un autre, donc pourquoi arrêter la lecture avant la fin ?), personne ne l'a jamais su, fallait pas faire de zèle.

C'est ici qu'il y a une différence notable avec la description de l'article en lien plus haut et avec le vécu de bon nombre de personnes HPI : je n'ai jamais cru que j'étais stupide, je ne savais juste pas que mes capacités sortaient du lot. Du coup, je ne rentre peut-être pas dans la catégorie des automutilés de l'intellect. Ce qui me paraît évident c'est que cette partie relève aussi du concept de faux-self parce que ce dernier n'implique pas forcément d'occulter son potentiel, mais plutôt de l'utiliser comme attendu et non pour servir ses propres aspirations qui, elles, sont masquées par le faux-self.

Ce qui amène un autre point que je ne vais jamais pouvoir élucider : est-ce que le résultat de mon test reflète la totalité de mon potentiel intellectuel ou juste ce qu'il en reste après l'avoir occulté et laissé en friche pendant tant d'années ? Ou autrement dit : est-ce que les dégâts survenus dans ma petite enfance ont-ils été réversibles ou non ? Le potentiel que le test fait apparaître est déjà hors norme, l'aurait-il été encore plus si je m'en étais servie tout au long des 42 ans qui ont précédé le test ? Impossible à savoir. Je peux juste affirmer que le test a démontré que j'ai toujours un haut potentiel, il n'a pas disparu pour cause de non-utilisation.

Et même en cherchant à en brider l'expression pour ne pas me faire remarquer, brimer, il m'est arrivé assez régulièrement de faire tache, de sortir des trucs qu'il aurait mieux valu garder pour moi, juste parce que je n'étais pas au courant que tel sujet ou telle expression rentre déjà dans la catégorie du "trop". J'en conclue donc qu'il y a de bonnes chances que je n'ai pas définitivement mutilé mon potentiel, il est là, accessible, je peux m'en servir, mais que j'ai perdu de nombreuses années où j'aurais pu m'exercer à l'utiliser avec plus d'efficacité et de méthode pour relever des défis autrement plus passionnants que de gérer un quotidien banal.

Je ne sais pas si mon témoignage répond au questionnement initial, ni s'il est représentatif de quoi que ce soit, mais avec un peu de chance, il permettra à l'un ou l'autre de se sentir un peu moins seul.

Après, ce concept d'auto-mutilation basé sur un seul article qui parle d'enfants vus en consultation aux US est effectivement un peu flou et il est difficile de savoir si et comment il se recoupe avec le concept de l'inhibition intellectuelle, le faux-self et le complexe de l'albatros. Sauf si la différence réside justement dans le caractère irréversible pour le premier (étant donné, comme le remarque très justement Pascalita, que la part mutilée ne repousse pas) et le caractère réversible pour l'inhibition qu'il est possible de lever, le faux-self qui peut se démasquer et le complexe de l'albatros dont on peut se débarrasser pour récupérer (l'accès à) son potentiel.
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par O'Rêve » mer. 4 déc. 2019 13:57

lady space a écrit :
mer. 4 déc. 2019 12:56
Je ne sais pas si mon témoignage répond au questionnement initial, ni s'il est représentatif de quoi que ce soit, mais avec un peu de chance, il permettra à l'un ou l'autre de se sentir un peu moins seul.
Oui Lady Space, il permet de se sentir moins seul. Merci!

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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par blue hedgehog » mer. 4 déc. 2019 15:25

Lady space, beaucoup de passages de ce que tu écris résonnent en moi et en lisant, à plusieurs moments j'ai pensé "sic" et "tout à fait".
Parmi ces passages parlants:
lady space a écrit :
mer. 4 déc. 2019 12:56
...Et comme je ne demandais plus grand chose, je me suis contentée des choses qu'on avait laissées à ma disposition.

Comme il était difficile d'obtenir des marques d'affection à la maison, j'ai forcément trimballé ce besoin à l'école et dans ma vie sociale en dehors de la maison en général (bonjour la dépendance affective que j'ai réussi à surmonter il y a 3-4 ans seulement).

... Dans la même optique, avoir de trop bonnes notes, consacrer trop de temps aux devoirs, chercher plus loin que ce qui était demandé par la maîtresse, aimer apprendre, découvrir, n'était pas le bon plan pour avoir des copains - pas grave : en faisant le minimum syndical, je me trouvais en 4e position de la classe jusqu'au bac, juste derrière les "intellos" et les "bêcheuses".
...
Ce qui amène un autre point que je ne vais jamais pouvoir élucider : est-ce que le résultat de mon test reflète la totalité de mon potentiel intellectuel ou juste ce qu'il en reste après l'avoir occulté et laissé en friche pendant tant d'années ?
...
À la différence que, j'ai eu un frère 2 ans plus âgé qui restait à côté de moi pour ses devoirs de 1ere et 2eme primaire, et que donc j'ai obtenu comme ça des rudiments m'aidant plus tard avec la méthode globale (et la chaussette Fu ;) salut Fu), et que je ne pense pas avoir surmonté la dépendance affective, et que le résultat du test n'est peut-être pas complet au point de vue de la limite de certains sub-tests et de la fatigue cognitive au moment du passage plutôt que par carence émotionnelle / psychique de l'enfance.

Mais concernant le côté irréversible de l'automutillation, ce qui m'interpelle c'est que à priori comment prouver que l'enfant possédait des capacités cognitives supérieures à un moment X, et que au moment Z celles-ci ne soient plus disponibles? Cela voudrait dire qu'un même exercice demandé deux fois à un certain intervalle et avec des conditions externes identiques aurait un résultat inférieur la deuxième fois. Sans dire que je n'y crois pas, je reste songeuse quant à la réalisation d'une telle étude, alors que nous savons qu'au niveau du fonctionnement de notre cerveau la moindre distraction, tout comme le moindre ennui quant à la répétition d'une tâche peuvent grandement influencer notre performance.
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par Fish » mer. 4 déc. 2019 15:25

je me permets cela dit de mettre un bémol sur ton exemple de la psychanalyse, je ne suis pas sûr de comprendre le lien ici étant donné que celle-ci est une théorie qui s'applique justement à l'homme en général
En simplifiant beaucoup: une lacune de la psychanalyse, c'est l'absence de validation par l'expérience. C'est la différence essentielle avec la psychologie. Au mieux, une théorie psychanalytique ne semble pas idiote et on y adhère parce qu'on s'y reconnaît. Mais le risque d'effet barnum est important.
Dans mon cas, le problème que je soulève, c'est moins un regret sur des potentialités que j'aurais pu exprimer par le passé, qu'un questionnement sur les conséquences sur le long terme d'une inhibition systématique de celles-ci.
Si tu as passé le test et que tu es HQI, il y a peu de chances que tes capacités aient été détériorées. Alors qu'on a des capacités intellectuelles au delà de la moyenne, qu'on a fait la démarche de valider ces capacités avec un test, on se persuade par tous les moyens qu'on est intellectuellement plus faible que ce qu'on aurait pu être, ou hypersensible, ou fragile, ou etc. De "plus con que la moyenne", on passe à "plus con que ce qu'on aurait pu être", même si on n'a aucune preuve de ce qu'on aurait pu être... A ce jeu-là, on trouve toujours un argument pour maintenir sa perception de déficience. Mais c'est un peu hypocondriaque, non ?

Bon, OK, mon discours n'a rien d'une preuve, mais j'essaie juste de montrer qu'il peut y avoir bien des motivations inconscientes derrière le sentiment de déficience.

Par ailleurs, je rejoins d'autres pour dire que le terme d'auto-mutilation a un coté spectaculaire qui me gêne et je m'en méfie un peu.
lorsque j'étudie telle ou telle théorie complexe, je parviens à une certaine compréhension jusqu'au moment où je bloque littéralement. Dans le même ordre d'idée, j'ai beaucoup de difficulté à exprimer une idée complexe lors d'une discussion, alors que je sais l'avoir bien comprise et que tout est à peu près clair dans mon esprit. Bref, il ne s'agit donc pas d'un simple manque de persévérance ou d'efforts...
Je présente les choses différemment: restituer une théorie complexe est... complexe ! Il ne suffit pas d'avoir bien compris pour être un bon prof. C'est nécessaire, mais pas suffisant. Pour expliquer clairement, il faut faire preuve de pédagogie, et ça demande beaucoup d'efforts. Éprouver des difficultés pour expliquer est parfaitement normal. Si on s’arrête là au motif que ça ne coule pas spontanément de source, c'est bien un manque de persévérance et d'effort.

Quant à ceux qui parviennent à développer des idées complexes de manière fluide, il y a deux possibilités:
- ils ont travaillé en amont pour parvenir à un tel résultat
- ou sous des airs de complexité, ils rabâchent en fait des lieux communs. Ce sont les "fast-thinkers" de la télévision critiqués par P. Bourdieu.
Au fond, ces limites peuvent être naturelles, c'est tout à fait possible aussi. Pourtant je ne peux m'empêcher de sentir une certaine gêne ou une certaine inhibition dans le développement de ma pensée, d'où mes interrogations sur d'autres explications possibles.
Je crois que c'est effectivement "naturel", et que tu ne fais que constater tes limites. C'est paraît-il une preuve d'intelligence. :huhu:
Moi aussi, je constate que je ne comprends pas toujours tout du premier coup, que même si j'ai compris je ne sais pas restituer spontanément. D'où ma gène à l'oral et ma préférence pour l'écrit dès lors que je veux parler de sujet de fond.
Mais en fait personne n'y arrive!
Blue a écrit :comment prouver que l'enfant possédait des capacités cognitives supérieures à un moment X, et que au moment Z celles-ci ne soient plus disponibles?
Dans le texte sur l'inhibition / complexe de l'Albatros, c'est dans le sens inverse: un test de QI est administré à des enfants arrivant dans un centre spécialisé, et un second test est fait quelques années plus tard, après une thérapie. Certains enfants (pas tous) présentent des écarts de QI considérable. On sait a posteriori qu'ils étaient inhibés avant.
Pour ceux qui ne présentent pas d’écart, on est incapable de dire si leur QI est vraiment faible ou si le déblocage n'a malheureusement pas eu lieu.

dani
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Re: Automutilation intellectuelle : des effets irréversibles ?

Message par dani » mer. 4 déc. 2019 16:00

Merci beaucoup Fish pour tes posts pondérés et nuancés, que l'on soit testé ou pas, ce fil peut nous parler en effet !

J'apprécie aussi comme tu soulignes l'importance de l'effort : que l'on ait beaucoup d'aisance intellectuelle ou non, l'effort est incontournable. Peut-être juste que le seuil est différent, un HQI aura à se mettre au boulot à un niveau de difficulté parfois bien supérieur à celui d'un non HQI (et encore, ça dépend des sujets... ma filleule qui est diagnostiquée HQI à 14 ans est très mauvaise en orthographe par exemple, même si elle brille sur d'autres matières (notamment artistiques). Mais il aura à le faire à un moment ou à un autre. Et c'est peut-être plus dur à accepter pour un HQI qui n'a pas eu d'effort à faire au début de sa scolarité (je dis un lieu commun mais c'est assez vrai je crois).

Je dévie un peu du sujet initial, mais personnellement j'ai l'impression que ce n'est pas peur de l'effort que je renonce parfois à aborder un sujet intellectuellement complexe. Ce qui me "handicape" n'est pas (plus) mon estime de moi non plus (je ne me pense ni idiote, ni un génie) même si il m'a fallu affronter et réussir des défis intellectuels assez importants il y a 10 ans pour "croire en moi".

Ce qui me reste très difficile à gérer, c'est la densité d'émotions générées par la nouvelle matière que j'aborde. Cela m'épuise de savoir à l'avance que je vais avoir des dizaines de bouquins à lire pour en faire le contour, et que cela ne va de toute façon pas suffire. Qu'ils vont s'accumuler avec ceux commandés il y a 3 mois, pas lus faute de temps, mais surtout en raison des émotions provoquées par les lectures. Que je vais procrastiner à nouveau pour des tâches ennuyeuses mais absolument nécessaires et incontournables (ce qui entraîne des émotions pénibles aussi). Et à nouveau remettre toute ma vie en question (bosser sur des trucs parfois inintéressants alors que j'aurais tellement envie parfois de mettre l'énergie ailleurs.. quel sens tout cela a-t-il à part gagner sa croûte ?). Et cette reconstruction du sens, j'ai tellement peur parfois de ne plus y arriver, et de me dire que ma vie, finalement, est un échec. Alors, parfois, je renonce et je me "ferme" à la découverte de nouveaux champs intellectuels.

Bref, pour moi, l'hypersensibilité c'est parfois un vrai frein au développement intellectuel, alors que qu'elle en est aussi bien sûr un moteur. C'est schizo un peu quoi... l'impression de marcher constamment sur le fil du rasoir.
Rien ne vous emprisonne excepté vos pensées, rien ne vous limite excepté vos peurs, rien ne vous contrôle excepté vos croyances. (Marianne Williamson)

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