Comment j'ai appris à devenir égoïste

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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Shingouz
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Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Shingouz »

J'aurais pu appeler ce fil "Comment la blanquette de veau stimule l'esprit" mais cela eut été par trop cryptique...
Le Dimanche matin, c'est souvent calme, par conséquent le dimanche matin, parfois je pense. Sans but, laissant vagabonder mes pensées en faisant la cuisine (très efficace, la cuisine pour vagabonder mentalement).
Et donc voilà-t-y pas que ce matin, préparant la blanquette sus-nommée, une pensée me traverse l'esprit : "je suis devenu (plus) égoïste, ça m'a pris du temps mais ça fait du bien".
Trouvant à cette pensée fugitive un côté fulgurant (ça doit être l'odeur de la blanquette), je me suis surpris à y revenir une fois la viande revenue dans l'huile d'olive, les carottes émincées et l'eau du bouillon ajoutée. Comme cela va mettre un moment à mijoter, je me suis senti une envie de développer l'idée ici.

Pourquoi l'égoïsme est-il un progrès pour moi ? Je ne pense pas trop me planter en émettant l'hypothèse que les rayures vont souvent de pair avec l'intuition de ce qui ne va pas, ne marche pas ou n'est pas "comme ça devrait". Et que cela entraine souvent une injonction à la correction et à ouvrir sa grande bouche. Qui à son tour provoque parfois un retour de bâton peu salutaire du style : "de quoi tu te mêles ? mais il/elle nous fait chier celui/celle-là ! houlà, tu vas trop loin. pfffffff... gné ? je t'ai rien demandé. y en a un/une qui a compris, faut que je le/la contre" et autres réactions, au mieux stupides, au pire dangereuses.
et ça, ça m'a pris beaucoup de temps pour m'en apercevoir et encore plus pour le penser vraiment, en conscience.

De là est venu je pense un travail plus ou moins conscient pour me protéger, lequel a débouché sur ce que je qualifie "d'égoïsme de survie". Selon le bon vieil adage tontonflinguesque qui veut que "les cons, ça ose tout et c'est même à cela qu'on les reconnait", j'ai décidé il y a quelques années de ne plus systématiquement intervenir/mettre mon grain de sel/corriger voire simplement aider. Disons que cela dépend maintenant de qui, de quoi et souvent, de quand.
Je me donne le droit de me foutre de certaines choses, de certaines gens et je travaille sur la culpabilité que je n'ai pas à en avoir. Je n'interviens plus lorsque je suis témoin de bêtises sans conséquences dangereuses (physique ou mentale) pour moi ou les autres mais aussi, sans importance pour moi quand bien même elles en auraient pour la personne qui fait mais que j'aurai prévenue ou que je n'aime pas.
C'est donc devenu mon "égoïsme de survie", ma protection contre les imbéciles, les prétentieux et les vicieux. Et ça marche, même si parfois je dois l'appliquer à des situations qui font mal, même si parfois je l'applique mal et pas toujours à bon escient.

Je me demandais, est-ce quelque chose que certain(e)s d'entre vous ont pu développer pour eux-même? Cela vous parle-t-il ?

Mais en attendant, je vais devoir aller surveiller ma blanquette...
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papy-olivier
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par papy-olivier »

Bonjour Shingouz, ta philosophie est la seule qui m'apparaisse également salutaire et que j'essaie d'appliquer. Malheureusement pour moi, elle ne fait surface bien souvent que trop tard, qu'après coup, lorsque je me dis "mais pourquoi je l'ai ouvert? pourquoi je ne suis pas resté dans mon coin?". Il y a des fois, des jours où le je-m'en-foutisme apparent est assez aisé (quoique) et d'autres où, pour une raison obscure, cela relève de la plus grande difficulté et, par conséquent, amène les remarques les plus désagréables. C'est ma faute, je n'avais qu'à me taire, rester dans mon coin, ne pas déborder du cadre.
Une bonne blanquette, ça c'est une idée (trop tard pour aujourd'hui)
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Judith
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Judith »

Shingouz a écrit : dim. 15 janv. 2023 11:00 Je me demandais, est-ce quelque chose que certain(e)s d'entre vous ont pu développer pour eux-même? Cela vous parle-t-il ?
Oui, très nettement. J'ai évolué d'une façon assez similaire à la tienne, me semble-t-il.
Je demeure toutefois prudente avec ce type d'auto-protection, en partie par idéalisme (et j'y tiens), mais aussi parce que j'ai souvent de la peine à discerner la bêtise inoffensive de la bêtise nuisible. Et dans le doute, je préfère rester autant que faire se peut du côté de l'ange quitte à en payer les conséquences -même si j'ai bien écouté Pascal sur les dangers de l'angélisme :) plutôt que d'apprendre à posteriori que ma paresse ou ma lâcheté ont pu faire du tort.
Disons que je n'ai pas encore trouvé l'équilibre dans ce domaine.

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sanders
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par sanders »

Ça me parle beaucoup, j'y reviendrai (chaipakan par contre) de façon plus détaillée/étayée, merci d'avoir lancé le sujet.


Comme ça des bouts d'idées à la louche de mon cerveau qui s'éparpille ( une louche de cervelle de singe éparpillé(e) avec la blanquette de veau ?) :
... l'envie d'être utile ...
... intervenir quand il y a une demande claire ...
... discuter n'est pas toujours (pas souvent ?) échanger de l'info fiable ou chercher à en obtenir mais juste entretenir un lien humain et ou passer le temps et ou vérifier qui a le pouvoir et ou se divertir (donc passer le temps) ...
... la phrase prononcée à la cantonade ou à un(e) autre vue comme un hameçon (hameçonnage ça a un nom en anglais pour désigner un truc pas cool en informatique), un interrupteur, ...

Ce midi c'est des pâtes :glasses:
Le premier jour du reste de ma vie : Un jour, J'ai pu observer que la poutre que je voyais dans l'oeil de mon voisin, je l'avais fait devenir paille dans le mien. Alors même que nous buttions sur les mêmes (em)bûches. Depuis, plus rien n'est pareil..

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Holi
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Holi »

Oh oui, ça me parle comme un message dans le creux de l'oreille, un truc qu'on reconnait mais...
Mais je n'arrive que rarement finalement à me détacher et ne pas intervenir, souvent je me dis, à postériori, que j'aurais mieux fait de m'abstenir, trop tard !
Et j'en veux à moi qui n'ai pas su me taire, à l'autre qui n'a pas su saisir le message, aux circonstances, à l'incompréhension, aux décalages évidents...
Et je me sens mal.
Est-ce que j'ai eu raison ?
J'aurais du laisser faire...
Après tout je m'en fiche c'est pas grave.
La prochaine fois je...
Mais il y a le syndrome de l'infirmière élargi, je n'arrive pas à lâcher le truc...

Au fait, elle est bonne la blanquette ?
À force de penser à ce que les autres pensent de nous, on en oublie de se penser soi-même.
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Shingouz
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Shingouz »

Devant la demande répétée et très égoïstement, je vous informe que la blanquette était bonne. ;)
Que cela ne vous empêche pas d'étoffer le propos principal du sujet.
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Bulle d'o »

J’ai eu ce sentiment-ci de créer un égoïsme de survie. Mais comme la vie est bien faite, j’ai eu l’opportunité de bien cliver.

D’une part mon égoïsme de survie a bien opéré dans la vie quotidienne. J’ai surtout mis un frein à mes interventions-réponses, quand j’ai compris que je pouvais percevoir des vécus-ressentis-vie parfois et intervenir en retour dessus alors que les personnes n’en avaient même pas conscience. Ce fut donc d’une rare virulence pour eux, l’idée aussi d’une distorsion de leur réalité et un retour de flamme tout aussi virulent pour moi. J’ai compris plus tard, que cette perception n’était pas le fruit de là compréhension de quelque chose qui avait été « dit » mais bel et bien ma perception d’un non verbal… J’ai appris à me désintéresser pour pas faire de mal (et ne plus jamais être traitée de …… bulldo….. zer, soit brute).

D’autre part, j’ai pu ne pas avoir à agir mon égoïsme-préservateur car « me mêler de ce qui me regarde pas », questionner, soutenir, construire des pistes de réflexion avec l’autre, mettre en déroulé très pratico-pratique , ça a été mon métier pendant 15 ans. Ça a vidé une grande partie de mon énergie interventionniste. J’ai du en plus le faire avec la pudeur et l’humilité du professionnel qui constate mais ne résout pas, il soutient.

Voici.
"Je ne communique pas mes jugements, je ne suis pas un donneur de leçons, l'observation du monde ne suscite chez moi qu'un dialogue intérieur, un interminable dialogue avec moi-même."

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Enuma »

Alors oui ça me parle bien. Par contre, je ne l'aurais pas qualifié d'égoïsme. (Mais à y réfléchir, tu as raison, c'est bien le terme qui convient en fait).

Système mis en place il y a très longtemps pour ma part. Je pense dès l'adolescence quand j'ai décidé de ne plus apporter "mes lumières" à personne, voire même parfois à "retenir l'information" même quand on me demandait directement (un peu comme une réaction illustrant le "à quoi bon" que je ressentais à l'époque). Comme si j'avais décidé que la moindre part de connaissance que j'avais m'appartenait entièrement et que si les autres voulaient y accéder, ils n'avaient qu'à faire le boulot pour avoir l'info. Je pense que je me suis un peu adoucie avec le temps mais je choisis les gens avec qui je partage et interviens. (je me suis souvent dis que je devais être misanthrope mais le mot est sans doute un peu fort).

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RoseDawson
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par RoseDawson »

Je crois que j'ai ce type de réaction également, ces moments où je sens que j'aurais beaucoup à dire, ou parfois seulement une petite précision à apporter, mais où je me retiens de le faire.
Lorsque j'agis comme cela, c'est soit que je sens que mes idées seraient trop longues à détailler (et que j'ai peur d'être interrompue prématurément ou incomprise même après moultes explications), soit que je me dis qu'il est mieux que je ne donne pas de conseil non sollicité.
Je pense aussi que j'essaie d'éviter ce sentiment de frustration et de gêne que je ressens lorsque je ne parviens pas à être claire pour mon interlocuteur, suivi immanquablement d'une pensée telle que "j'aurais mieux fait de me taire".

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Douteur »

RoseDawson a écrit : mar. 24 janv. 2023 21:08 Je crois que j'ai ce type de réaction également, ces moments où je sens que j'aurais beaucoup à dire, ou parfois seulement une petite précision à apporter, mais où je me retiens de le faire.
Je pense qu'ici, personne ne te reprochera d'apporter précision et information, bien au contraire...

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Calvinethobbes »

L'égoïsme de survie prend chez moi la forme de limitation des interactions sociales, ce qui me facilite grandement les choses. En revanche, c'est plus compliqué au sein de ma famille, et j'aimerai bien réussir à maîtriser l'égoïsme de survie en milieu quotidien comme Bulle d'O...mais il y a encore du boulot!

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Judith
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Judith »

Calvinethobbes a écrit : mer. 25 janv. 2023 09:08 L'égoïsme de survie prend chez moi la forme de limitation des interactions sociales, ce qui me facilite grandement les choses.
Oui mais comment fais-tu au travail? Il faut bien aller un peu à la cafétéria avec les collègues et communiquer avec eux, en tout cas dans mon expérience, aggravée sans doute en ce qui me concerne par le contact avec des étudiants - mais bref.
En famille, au contraire, j'ai pu sélectionner au mieux les interactions pour éviter la casse ; c'était plus souple, et un choix assumé de ma part a heureusement été bien accepté. Au boulot en revanche, on ne peut pas toujours choisir. :help:

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Calvinethobbes »

@judith: je ne travaille pas :tmi: ...je vois quelques personnes (physiques) soigneusement choisies (en dehors de ma famille) et à des moments qui me conviennent (où je me sens capable de sociabiliser et où du coup, ça peut être agréable). Mais je peux passer des semaines sans autre contact social que les formules de politesse adressées à un commerçant. Et je me rends compte en vous lisant que cette solitude choisie (et partielle) est ce qui est mon égoïsme de survie.

En famille (mari+enfants), c'est plus compliqué parce que j'ai l'impression de"faillir à mon devoir de mère" si je me tais et je les laisse se débrouiller (sur des trucs qui ne mettent personne en danger).

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Judith
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Judith »

@Calvinethobbes au temps pour moi. :honte:
La culpabilité intra-familiale m'est bien connue également (pas principalement envers des enfants mais le sentiment reste le même envers de adultes, je pense, sous des modalités légèrement différentes). J'ai plus ou moins réussi à la dépasser avec l'aide d'un entourage compréhensif, mais elle peut me rattraper aussi, suivant les jours. :( Laisser les gens que j'aime se débrouiller, quand je vois qu'ils le font à leur propre détriment, c'est impossible.

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par InMedio »

En vous lisant je pense au fait d'être davantage à l'écoute d'autrui. Apporter ses lumières ça a l'air bien, mais qui a demandé ?
C'est comme dans certaines conversations où chacun se met à renchérir de son expérience personnelle : "ça me fait penser à la fois où il m'est arrivé ça". On se place dans une position qui ne correspond pas forcément à la demande de l'autre. Position de conseil alors que l'autre voulait juste du réconfort, ou l'inverse. Position de partage alors que l'autre voulait exposer quelque chose sans forcément en discuter ensuite (ça peut arriver).

Et laisser quelqu'un faire soi-même ses propres erreurs, tant que ça ne met pas sa vie en danger immédiat, je trouve ça souhaitable.
Vous ne pouvez pas prouver que quelque chose n'existe pas, mais vous pouvez conclure qu'il n'y aucune raison de penser que ce quelque chose existe.
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Judith
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Judith »

InMedio a écrit : mer. 25 janv. 2023 13:23 On se place dans une position qui ne correspond pas forcément à la demande de l'autre.
Certes, mais identifier correctement la demande de l'autre n'est pas forcément une aussi mince affaire qu'on pourrait le croire (ou le vouloir). Cette histoire de positions respectives et d'incompréhension m'évoque Lacan, dont la phrase célèbre : "L'amour, c'est offrir à quelqu'un qui n'en veut pas ce qu'on n'a pas" est très juste à défaut d'être entièrement sérieuse. :)
Dans mon message, j'ai parlé de culpabilité, mais il vaudrait mieux sans doute réfléchir en termes de responsabilité.
Toutefois, la question de départ du fil
Shingouz a écrit : dim. 15 janv. 2023 11:00 Je me demandais, est-ce quelque chose que certain(e)s d'entre vous ont pu développer pour eux-même? Cela vous parle-t-il ?
semblait appeler en réponse des partages d'expérience, davantage qu'une réflexion de fond, psychologique ou philosophique. A vérifier. :)

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par InMedio »

Oui je comprends la demande de partage de Shingouz comme toi. Je trouve que c'est assez clair, on va pas s'embêter à vérifier.
Et je suis d'accord avec toi : parfois c'est bien compliqué de déceler la demande de l'autre, j'ai conscience que c'est rarement une mince affaire. Peut-être qu'on peut demander à l'autre de quoi il a besoin avant d'en présumer ?

Je peux aussi partager mon expérience dans ce domaine : j'ai, presque dans chaque boulot que j'ai fait, voulu prendre un peu plus de responsabilités sur mes épaules que l'intitulé de mon poste. Presque à chaque fois, ça s'est révélé être à double tranchant : d'un côté je montre de grandes capacités d'autonomie, des prises d'initiative judicieuses et on peut me faire confiance pour des tâches plus complexes ce qui aide pour des négociations d'augmentation, mais d'un autre côté je porte des charges émotionnelles que je ne devrais pas, je fais couramment des dépassements de poste à titre gracieux et l'employeur est bien content tant que je ne demande pas un peu plus que le smic.
Et puis j'ai souvent envie que tout le monde devienne copain dans l'entreprise, qu'il y ait la bonne ambiance que j'aime, que ça soit un plaisir de venir au travail pour tout le monde. Bah c'est super hein, mais je suis toujours pas payé pour ça et j'en fais pourtant un sacerdoce. Mais la vraie question est : qui a demandé ?
Personne. On ne me demande de faire que ce pour quoi je suis payé et pas plus, d'avoir des relations cordiales avec mes collègues sans vouloir régler tous les problèmes relationnels qui préexistent à mon arrivée dans la boîte. Par contrat, on me demande de faire mon job contre un salaire, point. Mais je n'arrive pas très bien à me tenir à ça. J'essaie d'apprendre à rester à ma place la plupart du temps et à n'en sortir qu'en cas d'appel à l'aide et si je me sens utile. Et je me rends compte que c'est ce qui fait plaisir aux gens, ça leur fait apparemment beaucoup plus plaisir que quand j'essayais de leur apprendre la vie en permanence (c'est uniquement à mon-moi-du-passé que je jette la pierre, je ne juge personne ici), à sortir ma "science-infuse" (comme on disait au collège) sans écouter une seule seconde ce dont ils avaient réellement besoin.
Avec ce travail sur moi-même, j'ai découvert dans différents boulots a première vue "remplis de cons" des gens passionnants, j'ai rencontré des personnes et même si, bien évidemment j'ai la science infuse puisque mon QI est supérieur à 130 et que je fais des tisanes, j'ai appris des choses.
Vous ne pouvez pas prouver que quelque chose n'existe pas, mais vous pouvez conclure qu'il n'y aucune raison de penser que ce quelque chose existe.
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Troglodyte-mimi »

Moi aussi, cela me parle, mais je rejoins Judith sur la difficulté récurrente que j'ai à définir ce que l'autre attend ce qui régulièrement me vaut des "Ah, mais pourquoi tu ne nous as pas partagé ceci ou cela a tel moment ? " Ou à l'inverse des attitudes ou réflexions qui me font comprendre qu'en réalité l'autre n'avait pas envie que je lui raconte, mais qu'il est déjà beaucoup trop tard !

Personnellement, au travail, je suis énormément en interface et si j'ai des idées sur ce qui n'est pas strictement dans mon périmètre alors je ne dis rien (ou du moins, j'essaye.) ce qui parfois est frustrant quand le groupe perd plusieurs semaines pour arriver à la conclusion que j'avais dès le début, mais au moins ainsi les relations sociales sont plus simple. Éventuellement, s'il y a dans le groupe une personne avec qui je suis en confiance, je lui en touche un mot et soit elle le reprends à son compte (ou dit que c'est Troglo qui a dit que) soit elle n'en fait rien et tempis. En agissant ainsi, je suis peut-être égoïste, mais surtout, je me protège ce qui me semble t'il est essentiel car de ma responsabilité première :-p

Ayant hérité de capteurs hypersensibles, mais ne sachant que très mal décoder les signaux l'expérience à montré maintes fois que ne rien faire était plus efficace que de tenter d'intervenir/interagir et de me transformer contre ma volonté en éléphant dans un magasin de porcelaine... Je pense que, en tous les cas chez moi, la principale difficulté réside dans mon envie quasi-irrépressible d'échanges et de construction commune, mais avec une captation assez mauvaise des signaux des autres même en faisant d'énormes efforts... D'ailleurs, un des points qui souvent hérisse les personnes qui m'entourent est que je verbalise énormément ce que je sens ce qui se passe ce que je pense non pas parce que les autres ne le captent pas, mais plus parce que moi-même, je capte mal ces éléments. Et la réalité est que je suis bien avec des gens qui "disent" de manière franche ce qu'ils pensent, ont besoin, etc.. Et très mal avec les non-dits, le non-verbal, etc.

@Judith une invitation au partage n'interdit pas me semble-t-il une ouverture plus philosophique :-) Personnellement, j'ai trouvé que la citation complète finalement assez bien le tableau qui semble se dessiner...

Edit : Pour moi on apprends toute sa vie! même un super QI ne dispense pas d'apprendre :-p

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Judith »

Troglodyte-mimi a écrit : mer. 25 janv. 2023 14:31 une invitation au partage n'interdit pas me semble-t-il une ouverture plus philosophique
Bien sûr que non. Mais comme j'avais en tête la responsabilité au sens de Lévinas en écrivant mon message, j'ai préféré éviter la digression (je me connais :honte: ). Ma remarque ne vaut donc que pour moi-même. :rofl:

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Shingouz »

Mon intention de départ était effectivement d'initier un "retour d'expérience" comme on dit, car en bon scientifique, j'aime les données, la data, les résultats d'expérience. ;)
Mais je me doutais bien (j'espérais) que cela dériverait vers un échange plus profond, philosophique pourquoi pas. et je dois dire que je ne suis pas déçu ! :clap:

Plus jeune, j'ai comme @InMedio pris plus que ce que l'on me demandait dans les différents postes que j'ai occupé professionnellement. Pour diverses raisons, parce que ça allait plus vite si c'était moi qui m'en chargeais, parce que tant qu'à faire autant que ce soit bien fait, parce que ça dépannait, parce que ça rendait service. Et aussi parce que j'y trouvais mon compte en matière de reconnaissance positive (plus de mes subordonnés et de mes pairs que de mes patrons d'ailleurs) et de "bénéfice négatif" comme on dit en Analyse Transactionnelle (on sait qu'il ne faudrait pas mais on fait quand même car on obtient le résultat escompté).
Puis, à force de prendre, de prendre et de prendre encore, je me suis enfin rendu compte de ce que décrit IM : tu assumes une charge physique et mentale telle que cela devient insoutenable et surtout, pourquoi prendre si on ne te demande pas de le faire ? Ou, pour encore citer un livre d'Analyse Transactionnelle, "comment faire soi-même son propre malheur".

Même si cette propension a prendre de tous côté a surtout été chez moi manifeste en milieu professionnel, je l'ai aussi mise en œuvre côté personnel familial. Mais dans mon cas, cela ne m'a pas posé de problème aussi rapidement ni autant que côté pro.
A y réfléchir, je pense que c'est essentiellement dû au fait que j'ai comme mon épouse considéré très tôt que l'éducation de mes enfants passait par les laisser faire des erreurs (non dangereuses et éducatives !) et que pour cela, il fallait que ne "prenne pas" ni à leur place, ni leur place. Et cela m'a forcé à laisser faire avant d'intervenir (ce qui n'était pas gagné vu ma tolérance de l'époque à la frustration de voir en sachant l'issue). Et de fait, ça a marché. Bon, reste que ma femme fait à mon gout trop souvent appel à moi trop rapidement et avant de réfléchir, mais on va dire que c'est ancré dans notre relation, maintenant. :rofl:

Quoi qu'il en soit, ce sujet trouve finalement bien sa place dans "Questions de société et Débats Philosophiques" et je vous encourage à poursuivre la discussion car c'est passionnant ! :clap:

PS : à votre avis, pourquoi je suis resté en R&D dans l'industrie toute ma vie et à un poste finalement pas si élevé vis à vis de ce à quoi j'aurais pu prétendre comme des postes de direction ? Juste parce que c'est LE métier dans lequel j'apprendrais jusqu'à plus soif et tout le temps. ;)
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RoseDawson
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par RoseDawson »

Douteur a écrit : mar. 24 janv. 2023 21:45
RoseDawson a écrit : mar. 24 janv. 2023 21:08 Je crois que j'ai ce type de réaction également, ces moments où je sens que j'aurais beaucoup à dire, ou parfois seulement une petite précision à apporter, mais où je me retiens de le faire.
Je pense qu'ici, personne ne te reprochera d'apporter précision et information, bien au contraire...
C'est ce que je remarque au fil de ce que je lis dans les pages du forum, c'est très plaisant. Merci de m'y encourager en tout cas !


@InMedio
Ce que tu dis me parle bien, et c'est l'une des conclusions que j'ai faites également.

A vouloir aider les autres, on oublie parfois qu'ils n'ont peut-être pas besoin (ou envie) de ce que l'on croit. Il y a d'ailleurs ces moments où l'on me demande mon avis directement, et que je ne le donne pas quand même (quand il s'agit d'une demande de conseil à propos d'une expérience que la personne vit par exemple), car il ne s'agit pas de moi, et que je pense que la personne ne pourra/voudra pas agir comme moi je le ferais à sa place, puisqu'elle n'est pas moi, et que je ne suis pas à sa place (donc il manque forcément des données pour savoir comment j'agirai en réalité). Alors en général, je réponds en posant des questions qui permettent à l'autre de trouver ses réponses elle-même, en lui proposant simplement un autre angle. C'est une façon de faire qui plaît à mes connaissances et proches habituellement, mais il arrive qu'on me le reproche aussi, car je suis peut-être trop distante émotionnellement lorsque je fais cela (peut-on satisfaire tout le monde ?...).
Et il se peut que certaines conversations n'aient pour but que de "discuter" et non de trouver des solutions. Quand j'entends des conversations sur des sujets basés sur des "on-dit" ou des théories un peu... bidons, je me retiens, et je souris.

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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Bulle d'o »

Je me mêle peut être de ce qui me regarde pas, mais j’aime bien ce fil 😊
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Judith »

RoseDawson a écrit : mer. 25 janv. 2023 21:23 Alors en général, je réponds en posant des questions qui permettent à l'autre de trouver ses réponses elle-même, en lui proposant simplement un autre angle.
Tu pratiques la maïeutique, vieille forme de pédagogie par le détour dialogique.
RoseDawson a écrit : mer. 25 janv. 2023 21:23 il arrive qu'on me le reproche aussi, car je suis peut-être trop distante émotionnellement lorsque je fais cela
La distance émotionnelle est en général une bonne chose, me semble-t-il. Tant que tu n'emploies pas l'ironie, ton risque de boire la ciguë reste limité. :D

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Gail
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Gail »

Je suis étonnée que ce concept "d'égoïsme de survie" ne fasse pas plus débat. Effectivement, si on se place du point de vue " je me tais pour éviter les retombées négatives ", on peut parler d'égoïsme. Par contre, on peut aussi se dire "je laisse les autres faire leur cheminement, s'approprier le raisonnement ou apprendre de leurs erreurs" (comme @Shingouz dans l'éducation de ses enfants) et on est alors dans une démarche altruiste.

A l'inverse (et parce-que je fonctionne encore beaucoup en mode noir-ou-blanc), quand je lis "devenir égoïste ", je comprends que le comportement précédent était altruiste.
Or, le plus souvent, quand je l'ouvre pour apporter une solution au problème/lancer une alerte sur les conséquences des décisions prises, c'est sorti spontanément et non après avoir pris la décision d'aider les autres. Et même, parfois, c'est sorti égoïstement en espérant faire l'économie du temps que les autres vont mettre à arriver à cette conclusion.

Et puis finalement, tout acte altruiste contient une part de motivation égoïste parce qu'il nous renvoie une image valorisante de nous-même. Percevoir les vraies motivations de nos actes est parfois aussi complexe que de comprendre les attentes des autres...
Tourne toi vers le soleil et l'ombre sera derrière toi.
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Judith
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Re: Comment j'ai appris à devenir égoïste

Message par Judith »

Gail a écrit : jeu. 26 janv. 2023 13:23 Percevoir les vraies motivations de nos actes est parfois aussi complexe que de comprendre les attentes des autres...
Oh oui. Il y a beaucoup de naïveté à se croire transparent à soi-même, dans quelque domaine que ce soit.

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