Un casanier qui surgit hors de la nuit

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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Fu
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Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Fu » mar. 2 avr. 2019 20:33

Je me lance sur un sujet hautement dangereux, qui me vaudrait l’exclusion directe de 99% des sites de rencontres, des conversations entre collègues ou chez le coiffeur. Attention, ce message contient des avis. Essayez de ne pas me lapider trop fort.

Je n’aime pas voyager. :honte:

Et non, j’ai mis un smiley pour rigoler mais en vrai, même pas honte, ou alors pas sur ce forum. Le truc, c’est que je ne vois pas à quoi ça sert. Attention, je différencie le fait de se déplacer pour aller voir familles et amis, là ce n’est pas tant du voyage qu’une visite, je vois l’intérêt et j’apprécie. Je différencie aussi le nomadisme voire le backpacking, un mode de vie, pas pour moi mais j’admire. Mais le voyage pour voyager, les vacances des sédentaires… Ça m’échappe totalement.

Quand je pense à la somme de désagréments (valises, équipement, transports, cohues, embouteillages, heures de taf’ pour se payer les billets et la location, pollution, arnaqueurs, etc.), pour moi ça ne vaut jamais le coup. Et puis la découverte et tout ça, mon œil. J’appréhenderai mille fois mieux les mystères de l’Île de Pâques ou le tableau de la Joconde à travers un bon livre qu’en allant jouer des coudes sur place. Les trucs exotiques genre désert, plage paradisiaque ou jungle profonde, je trouve qu’ils se portent beaucoup mieux sans touristes plantés au milieu.

En quoi une personne a-t-elle amélioré sa vie après avoir mis un pied sur le sphinx, dans le sable de Sahara ou dans un temple khmère ? Et est-ce que la construction de ce souvenir égoïste et fragile valait toute cette débauche d’énergie, cette pollution ? Si une personne veut se connecter avec un passé, une culture, avec l’Histoire, n’y a-t-il pas de quoi faire en chaque endroit où se trouve des humains, sans avoir besoin d’aller voir à l’autre bout du monde ? C’est juste le coup de l’herbe qui est plus verte ailleurs ? Et si vraiment c’était une quête personnelle, n’y aurait-il pas une pudeur au lieu de cette exhibition autour des voyages ?

Et quand je pense à ce que ça coûte de devenir sédentaire… Tout ce travail pour trouver le bon endroit, la bonne maison, le temps investi pour retaper et en faire un coin où il fait bon vivre, avec une âme dans chaque pièce, dans le jardin, partout. Un individu réalise la plus grosse dépense de sa vie pour un logement, enrichissant des banquiers, s’étranglant pour bâtir un foyer, et il va le fuir à la première occasion : le plâtre n’est pas encore sec qu’on se précipite ailleurs, dans des hôtels sans âme, avec des conditions de voyage façon bétaillère — ne me lancez pas sur l’avion, les aéroports, tout ça —, conditions finalement très appropriées pour un phénomène qui fait penser à la transhumance.

Le fond du problème est que l’on part en vacances parce que, sinon, « on est un raté ». Voyager a longtemps été réservé à une élite, mais maintenant tout un chacun peut aller se faire promener à l’autre bout du monde. Selon moi, on voyage aujourd’hui pour se conformer à un modèle social, modèle que j’imagine construit de toute pièce par des entrepreneurs ayant des intérêts dans le tourisme. Il a suffi d’accoler au voyage des mots comme « évasion » et « liberté ». Tu voyages pas ? Bouh ! T’es un esclave. À chaque fois que je croise une personne qui affirme qu’elle « adore les voyages, qu’elle a toujours son passeport sur elle et voyage dès qu’elle le peut » (vive les lieux communs), tout ce que je vois c’est une victime.

Et je me demande combien de personnes osent avouer, au fond d’elles-mêmes ou en public, qu’en vrai, elles n’aiment pas voyager. :rock:

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Dark Vadrouille » mar. 2 avr. 2019 21:00

Oh que oui tu te ferais bannir !
Je me vois tous les jours sur le site que je fréquente, le voyage étant devenu un signe distinctif de réussite sociale.
"Si tu ne voyages, t'as raté ta vie !" C'est le message que j'en tire en substance et c'est probablement ce qui a terminé d'achever mon dégout de notre société, l'exotisme et la découverte d'un lieu, de gens, de cultures avec nos propres sensations saccagés sur l'autel de la superficialité...

Le voyage n'est pas une mauvaise chose en soit, notamment pour les raisons invoquées précédemment, mais il est devenu un argument commercial de plus dans notre vie de tous les jours.
La chimère du déplacement libre et perpétuel semble pointer le bout de son nez m'est avis.

Je ne suis pas fan de voyage, mais j'aime en faire de temps en temps (et j'aime me prélasser à la plage, jouer dehors l'été (oui j'suis un gosse, un vieux con mais un gosse aussi)). Ça me rappelle une ex qui ne concevait pas la vie sans voyage (prof, elle part à chaque vacances), moi j'y voyais le moyen d'une fuite de sa vie, celles-ci du train-train, celles des drames aussi, bref on s'engueulait à ce sujet (je suis plutôt du genre à partir quand tout est au vert niveau budget, période, envie).

J'ai tellement voyagé en regardant des documentaires et émissions, je peux comprendre aussi que l'on préfère voir ça de nos propres yeux, ressentir l'atmosphère, toucher les objets mais je ne comprendrai au grand jamais ceux qui ont la photographite aiguë !

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Swinn » mar. 2 avr. 2019 22:07

Pour faire un voyage et non plus un déplacement touristique il suffit d'aller dans une région peu touristique justement.
Peu de musées, monuments, paysages extraordinaires trop facilement découverts sur le net, mais du dépaysement et de l'étrangeté, ce qui me suffit largement.

J'ai voyagé un peu dans ma vie et j'aime bien cela dès lors que je sors des sentiers battus, des guides bleus, routards, lonely planet et autres plans de transhumance.
Alors bien sûr je ne visite peut-être pas la Tour Eiffel, le Louvre et les Champs Elysées mais cela me permet de faire des rencontres plus "humaines", je rencontre des gens qui sont d'une certaine façon comme moi mais chez eux.

J'aime me perdre, l'imprévu, le mystère et l'aventure, j'aime les rencontres, les décisions prises au dernier moment selon le sens du vent, j'aime la nouveauté, l'ennui, la solitude et le sentiment de plaisir et de soulagement lorsque une belle rencontre se fait, j'aime les trajets, les paysages nouveaux, j'aime sentir l'odeur du vent et celle des rues, j'aime l'odeur des gens et de leur nourriture, j'aime aussi le sentiment d'impunité que je ressens à l'étranger, j'aime cette liberté d'aller où je veux à la façon à laquelle je veux et surtout à la vitesse que je choisis, j'aime cette naïveté enfantine qui me saisi lorsque je dois me renseigner ou simplement aborder des gens, j'aime ne pas parler la langue et j'aimerai aussi ne pas pouvoir la lire non plus, j'aime découvrir comment les autres font ce que je fais chez moi et j'aime cette comparaison, j'aime comprendre aussi comment vivent les gens et partager avec eux quelques instants, j'aime la fulgurante intensité que je ressens dans ces instants, j'aime créer mon propre but, mon propre rythme et aussi l'alternance de l'intensité et du vide, de la musique, et du silence du voyage....

Cela suppose d'avoir un peu de temps, de voyager seul le plus léger possible : petit sac, achat du nécéssaire sur place, abandon sans regret de celui-ci et surtout, le plus important pour ressentir toute cette liberté, il faut voyager seul.
Peu de matériel, peu de photos, pas de souvenirs de voyage interminables à infliger aux amis, quelques symboles forts à garder en mémoire et à faire ressurgir quand le coeur en dit, pas de partage sur FB et autres plateformes dédiées, l'expérience du voyage est une expérience intime qui doit le rester, ou bien alors sa relation est elle même la continuation du voyage comme savent si bien le faire les écrivains voyageurs.

C'est certain, je ne "fais" pas telle ou telle destination comme certains qui font leurs valises pour faire Venise, la Thaïlande, l'Espagne ou l'Acropole... la seule chose que l'on puisse décemment " faire " en voyage serait le tour du monde, mais faire tel ou tel lieu.......je ne comprends même pas que l'expression puisse exister.

Dans le beau roman de Herman Hesse, Siddartha, le personnage éponyme réussit sa vie en faisant trois choses simples mais qu'il fait à fond : respirer, écouter, voir.... c'est un peu, à mon très modeste niveau, ce que j' essaye de faire lorsque je voyage dans les conditions que j'aime, et cela ne m'a pas trop mal réussi les fois où j'en ai eu l'occasion.
"Nous sommes des farceurs : nous survivons à nos problèmes"
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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Youpla » mar. 2 avr. 2019 23:16

Je dois avoir de la chance car je ne côtoie que très peu de gens qui "affichent" leurs voyages comme des trophées, qui en parlent en terme de "j'ai fait trucmachin ces vacances"... Insupportable, on est d'accord.
Par contre, j'en connais beaucoup qui voyagent car ils aiment grosso modo ce qu'à décrit Swinn.

Personnellement, je ne suis pas propriétaire, je n'ai pas de jardin, j'habite en ville (très polluée) et je crois bien que si je ne partais pas en vacances, je dépérirais sur pied !
Et comme je n'ai pas beaucoup de moyens, je pars une fois par an, pendant 2 ou 3 semaines, en voiture, dans des coins de cambrousse avec rivière à proximité.
J'ai eu la chance de pouvoir partir quelques fois à l'étranger mais ça se compte sur les doigts d'une main (si je ne compte pas la Belgique car j'habite vraiment près).

Je peux imaginer que tu puisses ne pas aimer voyager mais je ne trouve pas que ton argument de "ça se substitue aisément aux livres" soit recevable.
Pardonne moi la comparaison pourrie mais c'est un peu comme si tu disais que tu connaissais bien une personne parce que tu disposes de bonnes biographies d'elle !
(ou même de certains de ces écrits sur forum :clin: )
Même plusieurs avis, même éclairés, même de personnes admirées, ne vaudront jamais la même chose que ton propre jugement, tes propres ressentis.
Voyager ce n'est pas uniquement découvrir des paysages inconnus, ni des lieux historiques mais pour moi, c'est surtout rencontrer des personnes qui ont des façons de vivre, de penser, différentes.
Et il n'y a qu'en les rencontrant en vrai qu'on peut toucher cela du doigt.

Peut-être que ta façon de voyager ne te convient pas ?
C'est sûr que les hôtels, c'est pas l'idéal par exemple... Encore que, on peut faire beaucoup de rencontres en journée tout de même.
J'ai l'impression que tu dissocies les lieux des gens qui y vivent ?...
Dans le désert, on peut rencontrer des touaregs... Et ils ne se réduiront jamais à un bouquin, si bon soit il.

Ps : Quand je suis proche de quelqu'un, j'adore qu'il me raconte son voyage, avec détails, photos, anecdotes diverses et variées.

EDIT : Je me rends compte qu'il y a beaucoup de points dans ce que tu dis qui me chatouillent et gratouillent à cause de ma propre histoire.
Je suis métisse, papa Nigérien et maman Aveyronnaise.
J'ai été élevée dans un milieu et une culture très, comment dire ça, mélangée !
Et ce que j'ai connu au Niger, la seule fois où j'y suis allée, n'est pas comparable avec ce que j'ai pu lire ou même connaître des dires de mon père ou d'autres nigériens que j'ai pu rencontrer en France.
Je ne parle pas uniquement de la rencontre avec des gens de ma famille là-bas (bouleversante) mais des quidam avec qui j'ai pu échanger. On a beaucoup à apprendre des autres et quand on va loin, les mentalités sont vraiment très différentes et enrichissantes.

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Fu » mar. 2 avr. 2019 23:48

C’est vrai que je ne parle pas des gens, d’abord parce que je ne me connecte pas très bien avec eux, et aussi parce que passés l’exotisme et la culture différente, je retrouve rapidement les mêmes qualités et défauts que chez les personnes là où j’habite, et le charme est rompu. La culture m’intéresse mais rarement l’individu, et les perles rares ne sont pas moins rares sous prétexte qu’on est à l’autre bout du monde.

Quant aux lieux historiques, je ne les prise pas au point de vouloir les sentir et les toucher à tout prix. Si je peux le faire, tant mieux, c’est ce que j’ai fait en déménageant à Paris il y a des années : aller sur les ponts tant de fois mentionnés par les écrivains romantiques, par exemple, et sentir une connexion avec l’Hisoire. Mais j’apprendrai toujours plus au sujet d’un site historique dans un bouquin que sur le site lui-même, et aller sur place ne me servirait qu’à cocher la case « ça c’est fait », ce qui ne m’intéresse pas. Le côté grandiose d’une architecture sera forcément plus frappant sur place, m’enfin quelques photos et descriptions font l’affaire pour moi et m’évitent beaucoup d’agitation. Et m’évitent aussi de me demander, sur place : bon, et maintenant, je fais quoi ?
Attention, je rappelle que je suis casanier, donc on parle de besoins différents et en aucun cas de se convaincre les uns, les autres. :)

Par ailleurs, la façon idéale de voyager, par exemple telle que décrite par Swinn, est-elle fréquente ? Ajoute un conjoint et un ou deux enfants, et ça devient déjà beaucoup plus difficile. Ce que je veux dire, c’est qu’il est facile de prendre un cas idéal pour défendre une idée (exemple, un peu dangereux j’en conviens : « c’est ok de manger de la viande si la bestiole a eu une bonne vie en plein air, et est morte dignement et sans souffrance »), mais dans la majorité des cas pratiques on est loin de ce cas idéal (et peut-être aussi du tableau tel que je l’ai brossé).

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Youpla » mer. 3 avr. 2019 00:35

Je suis allée en Chine (oui j'ai vraiment de la chance !) car l'orchestre de jeunes amateurs auquel j'appartenais avait trouvé un mécène qui payait le voyage, l'hébergement et la nourriture en totalité.
Je me souviens d'un soir où, en rentrant dans le bus qui nous trimballait d'une ville à l'autre, je levais la tête sur la lune.
J'ai été stupéfaite.
Elle était en croissant mais pas penchée dans le "bon" sens, telle le sourire du chat d'Alice au pays des merveilles !
J'ai crié "regardez la lune !" et tous les jeunes de lever la tête et de s'ébahir à leur tour.
Ça m'a marquée.

Aussi parce que je me suis dit qu'on ne partageait pas tout à fait la même planète, que même les choses les plus communes ne l'était pas. Qu'on avait pas le même point de vue, dans le sens le plus terre à terre de l'expression.
J'ai eu la même sensation, des années plus tard, en observant le ciel au Niger, je ne voyais pas les mêmes étoiles qu'à l'ordinaire.

Edit : c'est bizarre, c'est comme quelque chose qu'on a intellectualisé depuis longtemps mais qui devient "tangible" sous une forme inattendue.

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Dark Vadrouille » mer. 3 avr. 2019 05:40

À ce titre, je souhaite faire 2 voyages si je le peux, l'un dans l'hémisphère sud pour observer la voie lactée, l'autre dans le grand nord pour voir des aurores boréales.

À si un 3ème, mais celui la je n'ai pas des millions d'euros pour le réaliser, serait d'aller dans l'espace <3

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Fu » mer. 3 avr. 2019 08:27

Si vous détournez ce sujet « j’aime pô les voyages » en un vulgaire « tous ces endroits où j’aimerais aller », vous allez vous faire un ennemi. :hai:

@Youpla, je te réponds un peu plus tard quand j’aurai du temps devant moi.

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Holi » mer. 3 avr. 2019 14:54

Fu a écrit :
mar. 2 avr. 2019 20:33
Quand je pense à la somme de désagréments (valises, équipement, transports, cohues, embouteillages, heures de taf’ pour se payer les billets et la location, pollution, arnaqueurs, etc.), pour moi ça ne vaut jamais le coup. Et puis la découverte et tout ça, mon œil. J’appréhenderai mille fois mieux les mystères de l’Île de Pâques ou le tableau de la Joconde à travers un bon livre qu’en allant jouer des coudes sur place. Les trucs exotiques genre désert, plage paradisiaque ou jungle profonde, je trouve qu’ils se portent beaucoup mieux sans touristes plantés au milieu.
C'est quand même un peu caricatural non ? voyage ne veut pas forcément dire : (valises, équipement, transports, cohues, embouteillages, heures de taf’ pour se payer les billets et la location, pollution, arnaqueurs, etc.) :clin:
Et quand tu dis : "J’appréhenderai mille fois mieux les mystères de l’Île de Pâques ou le tableau de la Joconde à travers un bon livre qu’en allant jouer des coudes sur place"

ça me fait un peu comme si tu disais : à quoi bon rencontrer les gens en vrai je les appréhende mille fois mieux en les lisant sur ce forum...
Parce qu'il y a ton propre ressenti "en vrai", parce que tout ne peut être dit dans un livre et que c'est avant tout le regard porté par quelqu'un d'autre. c'est une découverte intellectuelle des choses, mais il me semble qu'il y manque les émotions, les tiennes.
Je suis profondément amoureuse de Venise (je sais, ça n'est pas très original) j'y suis allé plein de fois à toutes les saisons et je ne suis jamais déçue. Sauf par la masse de touristes qui s’agglutine aux passages incontournables cités par les guides.
Mais tout ce que j'ai pu lire ou voir ne me donne pas la liberté de me perdre dans les ruelles loin de la foule, ne m'apporte pas ce que je ressens dans cette ville incroyable, ne me permet pas de m’imprégner de cette atmosphère un peu "magique" surtout l'hiver quand il y a de la brume sur les canaux. J'ai toujours une boule au ventre quand je dois partir, en me demandant si je pourrais revenir un jour... Je ne pense pas que même le meilleur des bouquin me procurerait ça.
Quand tu te trouves dans un lieu, une atmosphère particulière quelque part, qui te provoque une émotion c'est quand même chouette.

Et même si j'aime mon chez moi, j'aime bien en partir pour un ailleurs de temps en temps, et je suis aussi contente de le retrouver quand je rentre. Même si j'adore les clémentines je suis contente de pouvoir aussi goûter à d'autres fruits, et il n'y a qu'en mordant dedans que je sais quel gout ça a vraiment ;)
Et puis j'aime la découverte d'un nouveau lieu, d'un nouveau paysage, d'endroits différents de mon quotidien et on n'est pas obligé de partir à l'autre bout du monde pour ça, ni pendant les vacances de tout le monde.

Mais tu n'es pas la première personne que j'entends dire "moi je n'aime pas partir, je n'aime pas les voyages..."
La vie n’est facile pour aucun de nous. Mais quoi, il faut avoir de la persévérance, et surtout de la confiance en soi. Il faut croire que l’on est doué pour quelque chose, et que, cette chose, il faut l'atteindre coûte que coûte.
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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par PointBlanc » mer. 3 avr. 2019 16:46

J'ai très peu voyagé entre vingt et trente ans, et depuis de longues années je ne sors plus que très épisodiquement de la ville où je vis. La dernière fois que j'ai voyagé, c'était pour passer une semaine à la montagne, à retaper un refuge avec des amis, il y a bien cinq ans ; mon dernier voyage à l'étranger remonte à vingt ans et c'était à Venise. Il y a bien eu aussi deux jours à Bruxelles pour un entretien, vers 2010 : on n'en avait pas vu grand chose, mais l'hôtel, un labyrinthe orientalisant qui ressemblait beaucoup à un ancien bordel, m'avait impressionné. Comme celui où nous avions pris une chambre à Besançon, pour un autre entretien. En fait je m'aperçois que je garde un très bon souvenir de mes chambres d'hôtel en général, parce que j'y éprouve le sentiment très vif d'y être un étranger complet.

Ce n'est pas que je déteste l'idée de voyage ou que j'aie peur de me retrouver dans un lieu inconnu : quand je suis parti, je suis parti seul dans la plupart des cas et je n'ai pas pris longtemps à trouver des marques aux endroits où je séjournais. C'est simplement que je n'en éprouve aucun besoin : j'ai de quoi lire et quand je veux voir du nouveau je vais au Louvre - ce qui est un peu paradoxal, je sais. Le fait est qu'en près de vingt ans de quasi immobilité je n'ai pas cessé de changer ; c'est donc qu'il y a autour de moi - en moi aussi sans doute - assez de facteurs de changement.
Il faut dire aussi que j'ai l'admiration franchement capricieuse et que je me suis souvent retrouvé sans rien éprouver dans des situations où j'étais supposé avoir le souffle coupé - quand à l'inverse j'ai pu avoir les larmes aux yeux en regardant le ciel par la vitre d'un train, en découvrant un rêve miniature dans un salon de Diderot ou devant un tableau inconnu. De sorte que j'imagine que pour moi, ne pas voyager, c'est ne pas passer de contrat avec moi-même, ne m'engager à rien, et ne pas circonscrire la surprise à un lieu et à un moment.
Quant aux rencontres, j'en ai fait, mais je n'ai jamais bien compris le principe des gens, je crois.

Je suis allé à Guernesey quand j'avais vingt ans : je n'en ai rien rapporté d'autre que l'addition d'un petit bistrot parce que la serveuse avait griffonné dessus, à côté de la commande, "french man". Je n'étais rien de plus, à ses yeux, que le "french man" de ce service-là ; ça m'amuse toujours, quand j'y pense, d'avoir tenu comme ça en deux mots sur une addition. Le reste du séjour est beaucoup plus flou, si ce n'est pour cette impression dont je parlais plus haut de voir un quotidien se recomposer en quelques jours.
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes ?

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Fu » mer. 3 avr. 2019 18:41

J’écris les commentaires ci-dessous pour expliquer mon point de vue, mais certainement pas pour m’opposer aux vôtres (le format « citation / réponse » donne cette impression) et, encore une fois, sans essayer de convaincre qui que ce soit. Seule la curiosité compte.
Swinn a écrit :Cela suppose d'avoir un peu de temps, de voyager seul le plus léger possible : petit sac, achat du nécéssaire sur place, abandon sans regret de celui-ci et surtout, le plus important pour ressentir toute cette liberté, il faut voyager seul.
Je n’aime pas voyager, mais je suis amené à le faire régulièrement, et précisément dans les conditions que tu décris, à ceci prêt que je ne laisse pas mon sac n’importe où. Une fois sur place, j’arrive parfois à jouir de ce que tu énonces plus haut dans ton message. Pas toujours. Mais le plaisir que j’en tire ne justifie jamais, pour moi, l’énergie dépensée pour arriver là. À la limite, jeter deux slips dans un sac et monter dans un train au hasard me conviendrait mieux comme façon de faire, mais ça par contre j’en ai difficilement la possibilité, et l’attrait reste relativement faible pour moi de toute façon.
Youpla a écrit :Personnellement, je ne suis pas propriétaire, je n'ai pas de jardin, j'habite en ville (très polluée) […]
Pareil, par obligation, mais les choses changent et j’ai maintenant l’occasion, à deux ou trois contraintes près, de déménager au milieu de nulle part. Je suis pour le changement vers le mieux, et pas intéressé par la solution temporaire que représenterait à mes yeux un voyage.
Youpla a écrit :Je me souviens d'un soir où, en rentrant dans le bus qui nous trimballait d'une ville à l'autre, je levais la tête sur la lune.
J'ai été stupéfaite.
Elle était en croissant mais pas penchée dans le "bon" sens, telle le sourire du chat d'Alice au pays des merveilles !
J'ai crié "regardez la lune !" et tous les jeunes de lever la tête et de s'ébahir à leur tour.
Ça m'a marquée.
Je comprends que c’était un bon moment. :) Ils sont souvent très situationnels et celui-ci ne pouvait se produire que dans les conditions que tu racontes, mais ça n’invalide pas les bons moments vécus par tout un chacun qui n’impliquent pas de voyage, et il serait impossible de décréter qu’un bon moment passé à l’autre bout du monde a une plus grande valeur intrinsèque. Ou, dit plus simplement, on peut vivre de bons moments un peu n’importe où, et sans classification possible.
Youpla a écrit : Aussi parce que je me suis dit qu'on ne partageait pas tout à fait la même planète, que même les choses les plus communes ne l'était pas. Qu'on avait pas le même point de vue, dans le sens le plus terre à terre de l'expression.
J’aime bien ce genre de claque, qui aide à prendre du recul et à réfléchir sur son sort et celui des autres. En toute honnêteté, je la reçois déjà de manière assez vive en regardant les infos ou en croisant des personnes sans abri, alors que je ne me rappelle pas l’avoir reçue dans des pays étrangers.
Holi a écrit :C'est quand même un peu caricatural non ? voyage ne veut pas forcément dire : (valises, équipement, transports, cohues, embouteillages, heures de taf’ pour se payer les billets et la location, pollution, arnaqueurs, etc.) :clin:
Complètement ! Et encore, j’ai pas mal atténué par rapport à mon texte original, pour être pris un peu au sérieux. :) Pourtant, ce sont bien toutes ces étapes que je vis mal lors des voyages et de leur préparation. Elles sont surmontables mais pèsent lourd dans ma balance de plaisir et de désagréments (sauf le taf’ qui a été nécessaire pour payer le voyage, je l’ai mis pour être exhaustif mais mon travail n’est pas une contrainte pour moi donc je ne le compte pas) et influent donc beaucoup sur la décision de voyager ou pas.
Holi a écrit :ça me fait un peu comme si tu disais : à quoi bon rencontrer les gens en vrai je les appréhende mille fois mieux en les lisant sur ce forum... Parce qu'il y a ton propre ressenti "en vrai", parce que tout ne peut être dit dans un livre et que c'est avant tout le regard porté par quelqu'un d'autre. c'est une découverte intellectuelle des choses, mais il me semble qu'il y manque les émotions, les tiennes.
Comme je disais hier, je n’associe pas voyage et gens parce que je suis incapable de faire la connaissance d’un quidam dans la rue, ici ou ailleurs. Pour avoir déjà fait l’expérience, si je passe deux jours à crapahuter dans une ville étrangère, avec mon sac sur le dos, ce sera deux jours sans échanger le moindre mot (hors commerces), la solitude absolue.
Quant à mon ressenti en voyage, un peu comme @PointBlanc, l’extase n’est pas toujours au rendez-vous, voire rarement, en ce qui me concerne.

D’ailleurs, PointBlanc, tu es mon héros. :)

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par PointBlanc » mer. 3 avr. 2019 18:49

Ce n'est pas en me flattant que tu auras mon addition collector du "french man" :surprised2:
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes ?

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Youpla » mer. 3 avr. 2019 21:37

Tu as raison Fu, le débat ici n'est pas de convaincre l'autre de ses préférences ou ressentis...
Je peux imaginer qu'on n'aime pas voyager mais ça reste dur pour moi à concevoir.

Je te concède que l'argument joli-joli de "on va à la rencontre de l'autre" dépend aussi de son caractère, des circonstances, qu'on peut aller dans un pays un bon bout de temps sans vraiment réussir à "rencontrer l'autre".

Même sans parler aux gens, on "absorbe" néanmoins beaucoup de choses non tangibles, qu'on n'arrivera peut-être même pas à verbaliser après mais qui sont bien réelles et qu'on ne peut vivre sans l'avoir vécu ! (je laisse la redondance exprès)
Souvent de l'ordre des sensations, émotions. Je crois qu'on capte aussi des choses plus générales de l'ordre du sociologique, comme quand on nait quelque part et qu'on comprend par immersion, les us et coutumes, les ordres établis (sans forcément les cautionner).

Je ne veux pas dénigrer le côté historique, patrimoine culturel des voyages mais au final, ce n'est pas forcément ce qui m'interpelle le plus.

Le côté nature par contre me bouleverse.
Par exemple, je suis allée maintes fois sur la côté d'opale étant jeune (pas besoin de partir bien loin).
Marcher le long de la digue, entre chien et loup, à marré haute, et se prendre les embruns plein la figure.
Nager dans la mer, sauter les vagues, boire la tasse, replonger, ouvrir les yeux dans l'eau noire-verte, épaisse, reprendre une respiration à bout de souffle. Le bruit saturé des vagues, plein les oreilles, ce bruit qui fatigue et fait dormir des nuits sans rêves.
J'adore la mer. Même les plages pas sexy, même pleines de touristes.

Je n'y vais que très rarement ces dernières années mais plus parce que je suis une quiche pour me bouger et que je me noie dans un verre d'eau avec le quotidien (si léger soit-il) à gérer.
Mais on me dirait demain que je n'y retournerai jamais plus de mon vivant, je crois bien que je pourrais pleurer.
Pour autant, je n'ai pas envie de vivre en bord de mer.
J'ai le même genre d'émotions à la montagne, devant certains paysages.
Le désert m'hypnotise aussi.

Tout ça pour dire qu'en fait ça peut aussi être quelque chose de très instinctif et décérébré qui se joue.
Devant la mer, mon cerveau se vide, je deviens un p'tit chien fou qui ne pense qu'à se vautrer dans les vagues. Je ne contrôle pas.
Alors forcément, si tu ne ressens pas ce genre d'appel, je peux mieux imaginer tes réticences.

Et dans le même genre, je connais une femme qui cuisine et qui n'aime pas manger, enfin d'après elle, qui ne prend pas plaisir à manger (moi c'est l'inverse !).
Elle cuisine pourtant très bien. J'ai du mal à le concevoir, j'aime trop la bouffe, les sensations que ça me procure, depuis toute petite (pour ne pas dire bébé).

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TourneLune
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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par TourneLune » mer. 3 avr. 2019 22:23

Je pense que c'est juste une question de rapport cout/bénéfices....
Pour toi, @Fu , comme pour plein de gens en fait, les efforts que ça demande, les perturbations que ça engendre ne sont pas compensées par les bénéfices: vraisemblablement le côté "briller en société" est presque plus un inconvénient qu'un avantage pour toi, le fait de vivre, ressentir, rencontrer comme le raconte @Youpla ne semblent pas non plus réellement importants. Ce qui fait que tu ne vois le vayage qu'à travers ce qui te permet de justifier que c'est nul: pourquoi aller polluer pour chercher un truc à l'autre bout de la planète alors qu'il y a tout à portée de main.

Et franchement, cet argument s'entend très bien. Je serais d'ailleurs pas surprise qu'il soit de plus en plus entendu dans les années à venir jusqu'à devenir à son tour une injonction à peu près aussi forte que celle du "voyage pour exister".

Moi aussi j'ai beaucoup de mal avec le voyage "consommation" que tu décris, même si je l'ai aussi pratiqué en partie (avec qq réserves quand même..) . Je comprends néanmoins l'appel d'air que constitue un changement radical d'environnement, pour faire une pause du quotidien, parfois pas agérable à vivre. Pour couper, vraiment, c'est en fait un des moyens les plus faciles, mêmes si pas le moins cher. Pour certains, ce changement d'habitudes, de repères, est plus salutaire que couteux. Tout dépend de comment on fonctionne.

J'ai la (mal?)chance d'avoir un frère qui vit à l'étranger, ainsi que la belle famille, alors forcément, voyages et visites se mélangent, donnant un sens particulier aux destinations qui ne doivent pas grand chose au hasard et qui ont tjr un petit goût "de l'intérieur".
Mais comme Youpla, j'aime simplement être dans un endroit différent, la perte de repères qui peut être induite simplement par une architecture, une végétation, une langue différente. Prendre le temps "d'être" ailleurs et même mieux, parfois, d'y construire d'autres habitudes.
Mais si tout ceci n'a pas de sens pour toi, il est assez logique de ne pas aimer voyager...

Accessoirement, il y a des gens qui voyagent bien plus en restant chez eux que d'autres en parcourant le monde.... Donc c'est sûr, sur un site de rencontre, le "j'aime pas voyager" ça fait genre " je suis borné et fermé, je m'intéresse pas aux autres" mais l'autre commence tout près de chez soi en fait...

Dans le genre, tu sais quoi, j'aime pas le ski et je ne me gène pas pour dire à qui veut l'entendre que c'est trop cher pour ce que j'en retire à titre personnel. ( et trop cher pour se casser une jambe :lol:) Par chance les gens autour de moi ont vieilli et le passage "vacances au ski" est moins systématique :D :D
"Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort". C'était une connerie. Du moins dans son acceptation banale et contemporaine. Au quotidien, la souffrance n'endurcit pas. Elle use. Fragilise. Affaiblit. L'âme humaine n'est pas un cuir qui se tanne avec les épreuves. C'est une membrane sensible, vibrante, délicate.
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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par dani » mer. 3 avr. 2019 22:34

Je voyage très peu, donc chaque fois c'est la Fête.

Pour moi, la question n'est pas tellement d'aimer voyager ou non. C'est plutôt une question de priorité. Je n'ai juste pas de temps à consacrer au voyage. Dans mes moments libres je préfère profiter de mon chez moi et des magnifiques possibilités de balades aussi bien en plaine qu'en montage. Je suis en location, mais dans un cadre idyllique en bord de lac et vue libre à 180 degrés. Donc partir alors que je bosse beaucoup et que les heures de liberté pures sont rarrissimes ce serait un peu idiot. Je peine à comprendre ceux qui sacrifient 1 WE par mois à l'étranger alors que chez nous c'est le paradis en quelques minutes.

Mais dès que je pars...je m'enthousiasme. J'adore découvrir de nouveaux endroits, surtout des paysages, les endroits un peu perdus. Mais je ne déteste pas de temps en temps l'animation folle des grandes villes. Je n'ai pas le contact forcément facile, mais je suis touchée par très peu de choses : un regard, une gentillesse infinie... je fonds très vite et cela me nourrit profondément.

Mon rêve à la retraite : un bus camping aménagé et voyager une partie de la belle saison. Mais, me connaissant, j'aurai mille autres rêves en même temps. Ce qui viendra en priorité à ce moment là ... aucune idée à ce jour :nesaitpas:
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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par pixelvois » jeu. 4 avr. 2019 03:57

Je suis (aussi) un casanier (et solitaire), qui a toujours été persuadé de n'être pas un voyageur dans l'âme... au sens physique du terme : aventurier, explorateur. Et les rencontres on peut les faire en voyageur immobile (voir un peu plus loin pour les références ;)), que ce soit en croisant les gens qui sont géographiquement si près de nous ou qui eux-même sont de peu ou prou "grands" voyageurs.

Car il y a au moins deux grandes catégories de voyageurs, comme il y a au moins deux grandes catégories de personnes en général : ceux qui font des trucs par intime conviction, pour répondre à une envie / besoin propre, et ceux qui les font plus pour la galerie que pour eux-même (pour pouvoir socialement dire j'y étais / je l'ai fait). Et puis après tout, même cette deuxième catégorie que j'ai le plus grand mal à comprendre, si ça les contente ou au moins leur en donne l'illusion, grand bien leur fasse ! Sans doute le seul besoin de fuite que cela peut éventuellement appaiser suffit-il à justifier les plus "mauvaises" façons de voyager ?

Je peux affirmer que je n'aime pas voyager, dans une certaine mesure... Pourtant j'aime me promener, divaguer, les trajets, tout en adorant la sédentarité (l'image de "planter ses racines" quelque part a longtemps été très importante pour moi, comme si j'étais né hors sol avec un besoin impérieux de me fixer sans pour autant que l'endroit importe vraiment tant que j'y trouve de quoi nourrir / assouvir ma soif de liberté et d'autonomie -- l'humain est ainsi fait, pétri de contradictions) et convaincu d'être un anachorète, ermite dans l'âme.

Je suis un rêveur, le promeneur solitaire de Rousseau (ou tout au moins l'idée que m'évoquait avec force le titre de cet auteur lorsque je le découvrais) et le voyageur immobile de Philippe Genty (peut-être à l'instar d'un Fernando Pesoa, comme qualifié par un certain Robert Bréchon) voire celui de Jean Giono, si ce n'est Michel Sardou :1cache: ( c'est fou, et certainement pas un hasard si le nombre de gens qui ont utilisé cet assemblage de mots a priori contradictoires est aussi impressionnant :o ), qui ne se sent pas en reste de voyages quand bien même ils ne sont pas principalement géographiques (loin s'en faut, et il n'aura fallu que quelques heureux hasards pour goûter à ce que cela peut aussi avoir de délectable, dont le plus fameux fût celui qui me porta le plus loin, mais pas très loin non plus, des frontières hexagonales, à Alger -- comme Youpla, grâce à un orchestre, de jeunes mais aussi beaucoup moins jeunes amateurs, que je fréquentais -- résonnances par ailleurs avec une part de mes origines familiales, ce qui n'est probablement pas anodin) et jamais (ô grand jamais) à but d'afficher quelques contenance sociale que ce soit, même si le plus souvent mes voyages géographiques sont à visée "sociologiques" en ayant pour but premier les gens et les sens (la découverte d'un lieu, de ses monuments, de son histoire, ne m'interpelle pas : je peux à la limite apprécier déambuler sans but autre que la découverte fortuite, mais ça me va tellement bien, si ce n'est mieux, d'être casanier chez l'autre, "à l'étranger"; seul à plusieurs -- mais pas trop nombreux néanmoins, au risque de n'être plus vraiment dans une forme de solitude -- est mon plus beau et plus grand dépaysement, et je rechigne facilement, parfois silencieusement par effort social, à suivre les injonctions de visites plus conventionnelles que les hôtes se sentent apparement et souvent obligés de proposer).

Je suis un mysanthrope superficiel, moins associal que socialement inadapté :mrgreen:

Parce qu'il y a mille manières de voyager (et que tout le monde a raison dans ce sujet), j'adore par exemple le voyage que j'ai fait en vous lisant présentement, et de manière beaucoup plus générale je ne suis vraiment pas loin de penser "à quoi bon rencontrer les gens en vrai je les appréhende mille fois mieux en les lisant sur ce forum..." ainsi qu'oppose Holi. Le truc, c'est qu'on ne peut et ne pourra jamais ni tout expérimenter, ni exhaustivement, qu'il faut bien avoir des priorités et faire des choix, fussent-ils stochastiques et dispersés, et que chacun peut bien voir midi (ou le midi pour ceux qui n'ont point la chance d'en être originaire et qui ne tiennent pas à voyager :lol:) à sa porte...

Enfin, et plus que tout, je suis un adepte du voyage dans les parenthèses (comme vous l'aurez remarqué, et dont je vous prie de m'excuser pour ceux dont cela pertuberait le sens d'orientation dans leur lecture :tmi:) imbriquées dans de (trop) loooongues phrases :monkey:
"Dans un monde où chacun triche, c'est l'homme vrai qui fait figure de charlatan." ( André Gide - Les faux monnayeurs )

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Mikirabelle » jeu. 4 avr. 2019 15:52

Merci @Fu pour ce sujet !
Je l'ai ajouté à la longue liste des topics auxquels je me suis promis de répondre... mais en attendant, je viens de me remettre à la lecture de Chez soi de Mona Chollet, qui je crois est déjà bien connue ici. Rien que pour ça : merci ! :clin:
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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par asdf » jeu. 4 avr. 2019 16:41

Je ne connais pas réellement les voyages comme tu le décris FU, je ne les connais pas personnellement mais j'ai pu en entendre des récits, en voir des photos, les constater autour de moi. J'ai un rapport aux voyages un peu différent je crois.

Les voyages que j'ai préférés dans ma vie sont en général des road-trip, je ne supporte pas de prendre mon sac et de partir plus d'un weekend de chez moi pour me sédentariser ailleurs, quand on me parle de voyage je me vois bouger en permanence. Je n'apprécie pas me réveiller deux fois de suite dans le même décors. Pour moi le voyage est aussi une dépense d'énergie, j'aime rentrer épuisé chez moi, sale, puant, voir une eau dégueulasse au fond de ma baignoire, avoir parcouru je ne sais combien de kilomètres en bagnole, à pied, en train. Manquer de sommeil, par ce que j'aurai poser ma tente épuiser sans prendre la peine de vérifier l'état du sol, que je n'aurai qu'une poignée d'heure de sommeil, quatre ou cinq tout au plus. Avoir vu je ne sais combien d'endroit, m'être donné je ne sais combien d'occasion de parler à d'autres humains, intéressant ou non avec souvent la barrière de la langue. La barrière de la langue peut être amusante, on retombe dans une communication essentielle, directe, plus saine je trouve que ce qu'on peut trouver parfois dans son quotidien.

Se laver le bec dans un lavabo de station service après 48 heures sans avoir eu l'occasion de le faire, rencontrer des autochtones dans l'équivalent d'un PMU dans un bled complètement paumé, se réveiller en t-shirt à quelques centaines de mètres d'une plage de sable et monter sa tente le soir même dans une couche d'une quinzaine de centimètre de neige alors que la température est négative.. Bouffer des conserves premier prix réchauffer dans un feu, manger des patates brûler dans la braise. C'est ma définition et vision du voyage, certes avec femme et enfant je ne pourrai pas le faire, ou alors je le ferai seul avec un ou deux copains en laissant derrière moi le foyer quelques jours.
Rester plus de 48h à l'hôtel, aller voir tel monument à telle heure ça me fait suer, je ne supporte pas, ça m'épuise moralement. C'est pas ma vision du voyage. Je peux tolérer une location d'un weekend au ski, ou dans une ville histoire de retrouver quelques potes, connaissances, amis. Durant ce weekend je vais passer d'excellents moments, mais aussi des moments qui seront un peu la croix et la bannière, faire la queue pour la location du matériel au ski, marcher dans une rue bonder, boire une pression de blonde sur une terrasse...
J'aime le côté un peu dépaysant du voyage, quand j'ai l'occasion de faire quelque chose que je ne peux pas faire chez moi.

Je précise que je ne voyage pas souvent. Mon dernier road trip commence à dater, j'aurai la flemme d'en organiser un, si par contre on me le proposait je serai certainement partant.
:emo:

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par pandamonium » jeu. 4 avr. 2019 18:53

Bonsoir,

Merci pour l'ouverture de ce fil, très intéressant. (le titre du sujet en lui-même vaut bien d'y faire un petit tour)
Ce sujet m'interpelle car je suis ce qu'on a pu qualifier de grande voyageuse mais je me rends compte de plus en plus que finalement, c'est quelque chose que j'aime de moins en moins faire.
J'aimerais bien revenir sur les différentes thématiques abordées par Fu.

Je ne sais pas si le voyage sert à quelque chose même pour voir famille et amis. C'est un avis personnel évidemment mais je suis actuellement dans une phase où je réalise que je me suis plus ou moins "forcée" toute ma (courte) vie à aller à droite à gauche pour voir les gens qui me sont chers. Je l'ai fait en premier pour faire du lien social. Je ne dis pas que je n'avais pas envie de voir ces personnes mais je n'avais pas envie de briser les liens en ne les voyant plus ou très rarement. J'essaie de ne pas culpabiliser mais en fait, je me rends compte que je n'ai plus vraiment ce "besoin" de partir même pour aller voir quelqu'un. Je pense que je le ferai de moins en moins en tout cas.

J'ai des amis un petit peu aux quatres coins du monde et j'ai eu la chance de voyager pas mal mais à chaque fois pratiquement, c'était pour aller rendre visite à quelqu'un.
Je suis allée dernièrement en Chine rendre visite à deux amis chinois de longues dates. Un, habite près de Shanghai et l'autre près de Beijin et les voir chez eux à été pour moi une chance extraordinaire de voir différents modes de vies. Alors oui les palais et temples, ça va bien une minute et ce que je retiens le plus ce ne sont finalement pas les visites, mais au final les choses que j'apprends comme la culture de boire et manger, comment les relations se font, la langue et son évolution…
Ce que je retiens en majorité, ce sont des choses que je pourrais effectivement lire dans un livre.
Sauf pour les interactions sociales, les odeurs, la sensation que procure d'échanger son point de vue sur le monde avec quelqu'un qui n'est pas de la même culture que soi..etc.
J'ai, à ce propos, beaucoup aimé le paragraphe de Swinn sur le voyage et c'est également ma vision des choses mais je pense qu'il n'est nul besoin de partir loin pour expérimenter cette forme de voyage.

La vraie valeur à mon sens, du voyage avec un grand V, c'est la connexion que l'on peut avoir avec les habitants et l'endroit où l'on va.
Je ne nie pas que voyager pour aller la plage ou à la montagne lorsqu'on habite une région bétonnée, n'est pas plaisant mais je peux comprendre le point de vue de Fu. (Bon en fait je peux comprendre chacun de vos points de vue)

J'ai été frappée par l'anecdote de Dark Vadrouille sur son amie qui partait à chaque vacances et c'est vrai qu'il semble y avoir une injonction à partir pour être heureux, pour montrer que l'on a les moyens ou que sais-je encore. C'est assez drôle cette rengaine après chaque vacances de demander à l'autre :
«alors t'es partie?»
Ça me fait vraiment penser à la phrase clichée du moment après l'amour «alors, heureuse?»
:^)

Finalement, je me dis parfois que les plus grands voyages de ma vie, étaient ceux de mon esprit. J'ai parfois été plus transportée en lisant certaines histoires ou poêmes qu'en me rendant sur place.

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par little.alien » ven. 5 avr. 2019 13:26

Et bien, je ne suis pas fan de voyage non plus. J’ai ressenti une certaine « jalousie » plus jeune, avec ceux qui faisaient erasmus, mes amies qui partaient en Chine, au japon, à l’île Maurice etc. Parce que leurs parents bossaient chez Air France et avaient donc des tarifs avantageux.
Mais au final, je suis une casanière qui s’assume de plus en plus. D’autant que ça va aussi dans le sens de mon éthique écologique (prendre l’avion, c’est pourrir en un trajet tous les efforts faits pour acheter en vrac, limiter la conso d’alimentation industrielle, ne pas prendre de bain, etc.)

Le voyage, je le fais quand je regarde des séries ou quand je lis. Voire même quand j’écris ou que je dessine. Au-delà de ça, l’aspect aussi « on va dans les pays exotiques, pour voir l’habitant vivre sa vie dénuée qui nous remet un peu à notre place, un peu à la Pierre Rabhi (un jour je ferais un topic à charge sur ce monsieur que je n’apprecie guère :D) » me dérange terriblement aussi et va a l’encontre de mes convictions éthiques également.
Mais bon, en même temps, j’admire ceux qui sont capables de mettre de côté leur petit confort personnel pour aller vivre quelque chose de complètement dépaysant, si loin de ses racines. :-)

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Dark Vadrouille » ven. 5 avr. 2019 14:06

Hors-sujet
Je ne peux m'empêcher de penser à ça quand je lis le titre du topic :
Un casanier qui Furgit hors de la nuit.
À l'instar de l'échelle de Fu, je me mets à rêver d'une illustration :D

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Jahroo » ven. 5 avr. 2019 15:20

Tout ça me rappelle Tristes Tropiques de Levis-Strauss qui débute par "Je hais les voyages et les explorateurs". Il voyait ce besoin de déplacement comme une contrainte liée à son travail dont le but n'était pas de rapporter une expérience exotique mais une connaissance.
"J'aime la règle qui corrige l'émotion. J'aime l'émotion qui corrige la règle." J.Mazarin

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par Fu » ven. 5 avr. 2019 15:21

Merci pour ce déluge de participations, dans lequel je vois des éléments qui ressortent. Et content que le titre vous plaise !

En lançant le sujet j’ai essayé (sans complètement y parvenir) d’éviter la caricature du « voyage consommation », parce que je sais que c’est une porte de sortie facile pour contourner la discussion en mettant tout le monde d’accord sur un mauvais exemple. Et aussi parce que la caricature est souvent utilisée contre les casaniers. Je trouve que, jusqu’à présent, on s’en est bien sortis. Le livre de Mona Chollet a dû être un soulagement pour beaucoup de lecteurs, cependant il n’est pas suffisant pour ôter le réflexe péjoratif, comme le montre cet extrait de presse qui se veut positif : « C’est un livre pour les glandeurs, les vrais […], les amoureux […] du frigo, de la télé », écrit Marie Vaton, de L’Obs. Je n’ai pas lu le livre, mais soit il parle d’une sorte de casaniers dans laquelle je ne me reconnais pas du tout, soit Marie Vaton est une connasse mérite des baffes.

Pour à peu près tout le monde, le voyage semble avant tout une occasion de faire des rencontres. Rencontres de nouvelles personnes, pour ceux qui sont capables de créer et apprécier des liens avec des inconnus, ou uniquement retrouvailles avec des personnes éloignées pour ceux qui n’ont pas le contact facile. Youpla l’a souligné, il est facile d’idéaliser le contact autochtone : la conversation la plus pourrave (« moi content, ça bon, miam, toi gentil, toi donne moi chaussettes ») prend tout une dimension parce qu’il a fallu franchir les barrières de la langue et de la distance, c’est touchant, mais ça reste une conversation pourrave. :lol: Instinctif et décérébré, mais tout à fait valide en soit.

Le dépaysement et les nouvelles sensations font moins l’unanimité. Les casaniers préfèrent les sources de sensations qui n’imposent pas de subir l’inconfort que représente pour eux le voyage. En écrivant ça j’ai l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, mais ce discours est souvent si mal entendu que ça fait du bien de pouvoir le tenir sans recevoir de mépris. À propos des sensations et de la force d’attraction de la maison, c’est un continuum avec des extrêmes et des gens vers le milieu. Je suis casanier mais pas totalement insensible à des sensations que j’ai vu décrites et que je tenterais volontiers : il parait que dans le désert, la nuit, le ciel est immense, que les étoiles et constellations, en l’absence de pollution lumineuse, sont beaucoup plus visibles, majestueuses. Ça me donne envie de tenter l’expérience, de m’allonger et contempler ce ciel pendant des heures. Pas assez envie pour déclencher le voyage, mais l’envie existe quelque part. Si la vie m’amène à proximité d’un désert ou d’un endroit qui permet de reproduire la même expérience, je le ferai.

Dans le présent sujet, l’Histoire, l’art et les monuments n’ont pas l’air de remporter beaucoup d’adhésion. Je les ai mentionnés parce qu’ils restent une des attractions les plus mises en avant, et un réflexe. Là encore l’effet de groupe joue beaucoup : on débarque quelque part, on prend la liste des musées et monuments et on choisit le « moins pire », ou les incontournables. Mon expérience personnelle sur la question est que s’il y a un sujet que je connais bien voire qui me passionne, alors je serai touché par la visite de lieux qui y sont fortement associés. Autrement, la visite en question sera une épreuve d’ennui, une formalité quasi administrative. Je me retrouverai dans un flot de personnes qui ont l’air de se faire autant chier que moi, à la dérive, faisant parfois une pause ici ou là pour donner une manifestation d’intérêt, par politesse. D’ailleurs, à propos des monuments, ils sont tellement peu prisés par les participants de ce sujet que je me demande si tous ceux qui les visitent feignent l’intérêt, ou si les personnes qui se sont exprimées jusqu’à présent sont une exception.

Pour moi, la préparation d’un voyage est une des pires épreuves de celui-ci : faire la liste de l’équipement à acheter, aller dans les magasins avec la liste en question et anticiper le bonheur de devoir caser toutes ces cochonneries dans une valise, chercher les trucs à faire sur place, réserver, chercher les meilleurs prix, etc. Surtout quand il faut le faire à plusieurs ! Je ne suis pas un as de la communication (euphémisme), alors couplé à l’ennui et au manque abyssal d’intérêt pour le sujet, ça donne rarement de grands moments de complicité et de partage. :saigne: Préparer un voyage, c’est une sorte de cerise sur le gâteau avant le gâteau : je vais m’ennuyer pendant le voyage mais, pour le mériter, je dois d’abord m’ennuyer avant le voyage… A contrario, et comme asdf, j’aime bien les roadtrips. Les trucs sans préparation, sans matos, et sans objectif autre que voir le paysage défiler, seul ou accompagné.
Hors-sujet
ll y a un commentaire qui m’agace, souvent fait par les voyageurs et auquel la remarque de little.alien me fait penser, mais il n’a pas complètement sa place ici : on croise régulièrement des gens qui idéalisent la culture qu’ils ont rencontrée, vantant les mérites de celle-ci, trouvant que c’est mieux que « chez nous », mais sans se remettre soi-même en cause ou sans chercher les raisons, pas toujours brillantes, de cet état de fait. Par exemple, j’entends de Dubaï ou de Singapour que « c’est vachement bien, tu peux laisser ton sac-à-main sur la poussette devant le magasin, personne ne va le voler. » Certes il n’y a pas ce que j’appellerais les crimes de pauvres, simplement parce que dans ces endroits les pauvres, quand ils ont fini leur journée de travail, sont parqués dans des ghettos. Autre exemple : « Dans [tel pays], les piétons attendent le feu vert pour traverser ! » et « Dans [tel autre pays] on respecte la famille, les anciens ! » Si tu trouves ça bien, qu’est-ce qui t’empêche de le faire chez toi ? Dernier exemple, le fameux : « Dans [tel pays peu développé], les gens vivent simplement, avec pas grand-chose, ils sont plus authentiques. » qui fait tout le succès de certaines émissions de télé où on envoie des créatures genre Arthur ou Zazie vivre deux semaines dans une tribu paumée du bout du monde, créatures qui vont ensuite nous faire la leçon avant de replonger dans leurs excès.

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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par asdf » ven. 5 avr. 2019 15:57

Fu a écrit :
ven. 5 avr. 2019 15:21

Pour moi, la préparation d’un voyage est une des pires épreuves de celui-ci : faire la liste de l’équipement à acheter, aller dans les magasins avec la liste en question et anticiper le bonheur de devoir caser toutes ces cochonneries dans une valise, chercher les trucs à faire sur place, réserver, chercher les meilleurs prix, etc. Surtout quand il faut le faire à plusieurs ! Je ne suis pas un as de la communication (euphémisme), alors couplé à l’ennui et au manque abyssal d’intérêt pour le sujet, ça donne rarement de grands moments de complicité et de partage. :saigne: Préparer un voyage, c’est une sorte de cerise sur le gâteau avant le gâteau : je vais m’ennuyer pendant le voyage mais, pour le mériter, je dois d’abord m’ennuyer avant le voyage… A contrario, et comme asdf, j’aime bien les roadtrips. Les trucs sans préparation, sans matos, et sans objectif autre que voir le paysage défiler, seul ou accompagné.
Le dernier voyage que j'ai fait avec trois amis, on s'est retrouvé le soir, sur le trottoir à côté de la voiture, à prendre une bouteille et la faire tourner sur le sol pour nous indiquer la direction dans laquelle nous allions partir. Nous nous sommes retrouvés cinq cents bornes plus loin, à allumer un feu de camp, ouvrir une bouteille de rouge, manger des conserves, monter deux tentes. Nous avons voyagé comme ça plusieurs jours, sans savoir où nous allions nous retrouver. Le but c'était juste de bouger, d'être en mouvance, de voir des coins sans trop de contraintes, avec le minimum de confort.
J'avais pris ma tente, mon duvet, ma croûte, mon Laguiole, deux kilos de patates, deux slips, paires de chaussettes, une paire de pompes de rechange, des fringues, une scie à bois, une trousse de secours.. En gros j'ai toujours un sac de randonnée de 60 litres sous la main, avec un ensemble de chose que j'estime nécessaire pour tenir plusieurs jours loin de tout confort.

J'ai l'impression que ta définition du voyage est très loin de la mienne, est-ce que voyager c'est forcément aller très loin de chez soi ? Est-ce que voyager c'est forcément planifier ? La planification c'est déjà le lot quotidien, alors si tu pars en planifiant tu sors pas trop de tes habitudes, du coup je me demande où est le dépaysement et le changement, où est la découverte ?

L'expérience que je tire de ce genre de vadrouille à l'arrache complet c'est quelques belles anecdotes mais surtout je découvre mes amis sous leur vrai visage. Quand t'es épuisé, les filtres disparaissent, bas les masques. Certes y'a des tensions, y'a des pétages de plombs, mais t'as pas le choix si tu veux terminer la route faut prendre sur toi, comprendre, accepter l'autre, qui en fera de même au moment ou toi tu seras à bout. Je trouve aussi que tu développes une cohésion de groupe dans ce genre d'expérience, les qualités et défauts de chacun sont beaucoup plus visibles, du coup tu crées une complémentarité, une complicité que tu n'aurais certainement pas découverte chez toi. Tu sais lire une carte moi non, je sais faire du feu toi non, tu es doué pour monter une tente, je plie les duvets comme personne..

J'ai rencontré un type qui a fait, enfin qui l'a pas totalement bouclé à cause d'une avarie, un tour du monde en bateau. Une de ses premières phrases m'a marqué à jamais "Quand t'es sur un bateau en plein milieu de l'océan et que la personne qui t'accompagne te casse les c***** au plus haut point, tu peux pas la foutre par dessus bord, par ce que c'est elle naviguera pendant que tu dors et qui t'évitera de chavirer." Je pense que ce genre d'expérience tu peux pas les avoir chez toi :).
:emo:

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ouadji
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Re: Un casanier qui surgit hors de la nuit

Message par ouadji » ven. 5 avr. 2019 16:57

Salut Fu

" Je n’aime pas voyager. " moi non plus :)

J'ai lu ton premier message ... que dire? ... et bien rien, je vis la chose exactement comme toi. Je me retrouve dans chacune de tes phrases, dans chaque mot. Je n'aime pas voyager, pire, je n'en vois pas le sens. J'ai "testé", il y a bien des années, seul à moto, je me suis retrouvé à la frontière de l'Albanie, et d'autres voyages aussi. Je ne vois que deux options possibles, le plaisir sous toutes ses formes, ou l'enrichissement personnel, également sous toutes ses formes. (ou les deux en même temps). 1/ le plaisir. Quel plaisir trouverais-je ailleurs que je ne peux trouver au fond de ma poche? Je vis en plein milieu des bois (par choix absolu), tu n'imagines pas le plaisir que cela me procure au quotidien. De plus, quel que soit l'endroit, plus il y a de monde et moins tu as de chance de m'y trouver. 2/ l'enrichissement. Je n'ai pas besoin de voir les choses pour conceptualiser qu'elles existent, quant à toutes les richesses (sous toutes ses formes) qu'elles contiennent, ce n'est certainement pas de simplement les voir que je les acquerrai. La richesse des contacts humains? La richesse des expériences vécues? Oui, bon, je veux bien ... vivre avec des Touareg ... mais même ça, pour quoi faire? Il existe peut-être quelque part un Targui, qui lui, rêve de vivre au milieu des bois. Moi je vis son rêve, et lui le mien ... Non, je vis là où je vis, et si je n'y vivais pas, par définition du rêve de l'autre, je rêverais d'y vivre ... je suis riche de ce que je suis, et je n'ai pas ce besoin de m'enrichir, comme une quête fuyante, de la totalité de la nature humaine. J'avais deux ou trois rêves ... celui d'apprendre à piloter un avion, c'est fait, pure émotion ... il m'en reste d'autres, d'ordre émotionnel également ... voir décoller une fusée Ariane 5 et visiter le LHC . Dans les deux cas, ce n'est pas une question de connaissances ou d'enrichissement personnel (pas davantage que d'appréhender la culture égyptienne antique en voyant les pyramides de Gizeh) mais simplement d'ordre émotionnel. Mis à part ces quelques émotions que j'aimerais vivre, je ne vois pas.

A cela, j'ajoute un point, qui peut sembler hors sujet, mais qui pour moi ne l'est pas. Voyager c'est aller "vers plus d'informations" (au sens large). Et là, je me pose une véritable question, c'est une énigme existentielle pour moi ... Quel est le sens d'être sur-informé, jusqu'à en vomir? On nous informe de tout, absolument de tout. Oui, il y a des informations pertinentes, minoritaires, une infime fraction des milliards de bits qu'on nous lance à la figure quotidiennement. La folie démentielle et boulimique de la nature humaine à être informé absolument de tout et en toutes matières est une énigme absolue pour moi ... et là je rejoins le sujet, pourquoi aller chercher en voyageant, encore et encore plus "d'informations"?

"Un casanier qui surgit hors de la nuit" ... j'adore, trop fort Fu ! Mais la suite est à réécrire aussi alors ... "Court vers l'aventure au galop" :huhu:
Je ne détiens aucune vérité, mes propos ne sont que le reflet de mes perceptions, par nature biaisées et imparfaites

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