du temps des premiers murmures...

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Fu
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Fu » dim. 2 déc. 2018 06:40

Je n'avais rien écrit ici, je trouvais que le sujet faisait un peu étalage, sans être vraiment utile. Et puis j'ai lu les récits des uns et des autres, j'ai trouvé ça agréable, touchant ou amusant, et j'ai décidé de participer. :)

Pour moi, les premiers murmures sont venus très tard, surtout à cause de la fausse image que j'ai gardée des surdoués pendant plus de quarante années. Toute ma vie, j'ai soigneusement ignoré ces indices :

J'ai appris à lire et écrire seul, vers quatre ou cinq ans, je lisais des bandes dessinées et dessinais les miennes. D'après mes parents, je sortais dès trois ans des phrases ahurissantes, très bien construites, réagissant avec à propos aux conversations des adultes. Je lisais beaucoup, et très tard la nuit, malgré toutes les tentatives de mes parents pour m'obliger à éteindre la lumière et dormir.

En CE2, j'étais dans une classe mixte CE2/CM1, quand les CM1 bloquaient sur une question de la maîtresse je répondais à leur place. En CM2, le prof avait un trophée en bois qu'il plaçait sur le bureau de l'élève qui effectuait le plus rapidement des opérations mathématiques : le trophée a passé l'année sur mon bureau. Durant tout le primaire j'étais premier de la classe, et populaire. Mais pas seulement premier de la classe, j'ai aussi marqué des profs : tous les élèves passés après moi « entendaient parler de ma légende » et m'accostaient dans la rue pour me demander ce que j'avais de si spécial, ce à quoi je n'avais pas de réponse. Je n'ai jamais sauté de classe pour autant. Je ne me comparais jamais aux autres, sauf un jour où un pote de primaire me dit que son père lui donnait cinq francs pour une bonne note et dix francs pour une très bonne note, je me faisais alors la réflexion que mes parents se ruineraient s'ils en faisaient autant avec moi.

J'ai plafonné dans de nombreuses épreuves au brevet des collèges, et appris seul le japonais. J'étais bon dans absolument toutes les matières mais j'ai choisi une seconde scientifique, parce que je ne comprenais pas comment les profs pouvaient noter les matières artistiques. Au lycée je suis devenu un vrai fumiste, je séchais des cours, faisais (encore plus) l'andouille en classe et ne faisais jamais mes devoirs, ce qui ne m'empêcha pas de décrocher — au rattrapage — le bac qui était considéré comme le plus ardu, « réservé aux surdoués », sans avoir révisé quoi que ce soit. En parallèle, j'avais découvert l'informatique et programmais des effets spéciaux qui avaient la réputation d'être impossibles à faire sur les machines de l'époque. Toujours en parallèle, je jouais de la guitare et, dans une certaine mesure, de la flûte irlandaise, du piano et du violon. Je jouais dans un groupe de rock avec des musiciens qui avaient deux fois mon âge, avec un certain succès dans notre région. Toujours en parallèle, je remportais des concours de dessins, dessinais des planches de bande dessinée que j'offrais à mes amis et faisais des affiches pour les clubs de l'école.

J'ai poursuivi avec des études d'informatique mais juste pour les diplômes — je croyais qu'ils me seraient utiles — puisque j'avais déjà appris tout ce qui m'intéressait en autodidacte. Je n'allais pas en cours et, comme les notes de zéro n'étaient pas éliminatoires sur les contrôles continus à la fac que je fréquentais et que je voulais juste avoir la moyenne, j'allais à un contrôle sur deux. Il y a un seul cours qui me plaisait et que je fréquentais, je répondais dans la seconde aux questions du professeur et il a fini par me demander de ne plus intervenir pour que les autres aient une chance d'en placer une. En dernière année j'ai rencontré certains de mes profs pour la première fois lors des examens finaux. J'ai laissé tombé dans la dernière ligne droite, le niveau était si faible à mon goût que le diplôme de maîtrise n'avait plus aucune valeur pour moi, j'avais perdu le goût des études et aucune envie de les poursuivre. Durant ces années, j'ai appris que certaines personnes me trouvaient « bizarre », ce qui m'aurait été complètement égal si ça n'avait pas fait fuir certaines filles dont j'étais amoureux.

Lors des « trois jours », prélude obligatoire au regrettable service militaire, j'obtins 21/20 à une sorte de test de niveau général (il y avait cent-dix ou cent-vingt questions, et ils divisaient le nombre de bonnes réponses par cinq, ces andouilles…) et 17/20 à un test avancé d'intelligence, passé je crois parce que j'avais une opportunité d'être sous-officier sur un navire.

Au travail, dans une équipe de douze personnes, il m'est arrivé de faire un quart du boulot à moi seul, avec les meilleurs résultats de l'équipe, tout en passant mes journées à jouer à un MMORPG. Une collègue m'a dit un jour que j'étais la personne la plus intelligente qu'elle ait rencontrée. Mes amis me disent depuis toujours que je suis à part, que « ouais mais toi, c'est pas pareil », ils me considèrent et m'apprécient comme un extra-terrestre. Il y a une prof de primaire qui, trente-cinq années plus tard, continue de chanter à qui veut l'entendre — et même aux autres — que je suis l'élève le plus brillant qu'elle ait eu de toute sa carrière.

Quelques indices, donc. Mais je ne me croyais pas surdoué ; juste un peu malin, ou chanceux. J'avais aussi des échecs à mon actif, que je pensais incompatibles avec la douance. Et puis, il y a deux ans environ, j'ai enfin appris qu'un surdoué pouvait échouer, se sentir à part, ne pas comprendre des trucs, être malheureux… Là, j'ai passé en revue tous ces indices et je ne pense pas que l'on puisse parler de murmures pour décrire la façon dont ils m'ont hurlé ce que j'étais. Les livres, les articles et le test n'ont fait que me confirmer ce que j'avais déjà compris.

Conclusion : il fallait vraiment que je sois bête pour ne pas avoir compris plus tôt que j'étais surdoué. :blond:

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Dicizit
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dicizit » dim. 2 déc. 2018 10:37

Fu a écrit :
dim. 2 déc. 2018 06:40
Conclusion : il fallait vraiment que je sois bête pour ne pas avoir compris plus tôt que j'étais surdoué. :blond:
fu
:D :rofl: c'est aussi la conclusion ( pour rire) à laquelle j'étais arrivée en te lisant d'où mon éclat de rire en la lisant de ta main en fin de texte!

Ce qui m'étonne c'est qu'on a l'impression à te lire que l'énorme décalage que tu décris par rapport à tes congénères aux différentes étapes de ta vie n'a finalement pas provoqué trop de difficultés pour toi. Ou bien tu les as pudiquement tues?

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Fu » dim. 2 déc. 2018 14:17

Salut Dicizit !

Pas de difficultés initialement, j'ai toujours été populaire et entouré d'amis fidèles, mais aussi trop candide et trop costaud pour voir ou subir les réactions négatives si jamais il y en a eu. C'est seulement vers l'âge adulte que j'ai commencé à me demander pourquoi je ne m'intéressais pas aux mêmes choses que les autres, pourquoi je restais célibataire pendant des années, pourquoi tout le monde sauf moi semblait lutter, pourquoi j'avais un incompréhensible sentiment d'échec, ce genre de choses.

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Damdoum » jeu. 6 déc. 2018 12:08

C'est drôle car ça fait un petit bout de temps que ce sujet me titille, me fait du coin de l’œil...qu'en faire ? Que lui répondre ? Qu'apporter en plus par rapport à tous ces autres témoignages riches et variés ? Comment évoquer tout cela en connaissant également mes limites à propos de ces soi-disants murmures ?
Puis, au fur et à mesure, la pensée se précise, forme un bloc puis un fil directeur qui va permettre de pouvoir exprimer sa pensée tout en la mettant en forme de la meilleure manière qu'il soit...
Ainsi, pour ce qui concerne les premiers murmures...et bien, je n'en ai jamais eu...j'ai toujours su très tôt qu'il fallait faire attention à tout cela, ne pas montrer trop de choses au risques de paraître "différent"...
Le problème est que, pour ma part, ça se voit surtout dès que je parle ou que l'on observe un peu plus en détail mes comportements...je parle trop et avec des mots compliqués, les gestes pouvant s'apparenter à des tics (et tocs...), une capacité à dire et nommer les choses ce qui peut parfois déranger (même si ça apaise plus l'atmosphère que l'inverse par expérience et permet de créer du commun mais j'y reviendrai plus tard).
Bref, il s'agit de problèmes plus globaux de compréhension du monde environnant et de la difficulté à accepter que nous sommes vraiment différents dans notre approche de la vie, du monde, de nos liens divers et variés comme de la possible faculté à déceler l'indicible ou visualiser les enjeux propres à chacun dans notre relation au monde.
Aussi, le problème, c'était les autres, qui ne pensaient pas comme moi (alors que c'est évident bien entendu !)...puis, chemin faisant et expérience s'accumulant la donne s'inverse (et si c'était moi finalement qui ne pensait pas comme les autres ?) avec ce sentiment étrange de ne pas pouvoir partager si facilement ce mode de pensée et de pouvoir partager aussi bien des mots que des sensations...
Alors, des "valeurs" refuges se mettent en place : la lecture (beaucoup...jusqu'à être le plus gros lecteur de mon collège et de ma ville d'alors : j'en ai d'ailleurs gardé une aisance à lire très vite), les Legos (une collection complète d'AquaZone pour les connaisseurs et d'autres choses), les Jeux Vidéo (j'en ai déjà parlé dans un autre sujet), la musique, le cannabis, l'alcool...ce ne sont ainsi que des subterfuges pour parvenir à être à peu près sur un pied d'égalité avec les gens qui m'entourent et m'entouraient. Et la sensation du décalage toujours présente, accepté comme tel car fils de, nouveau dans la classe, vient d'un autre département ou d'un autre environnement, fait des choses et des projets très différents des autres, suscite l'intérêt ou l’opprobre...on va en fait toujours trouver des raisons de rationaliser cet état de fait (merci la dissonance cognitive !) et puis se dire que finalement, c'est peut-être nous qui cherchons à tout prix à se faire remarquer de manière inconsciente...
Puis, viennent les recherches sur Internet au moment de l'explosion de son usage pour chercher à trouver des réponses à ces doutes, ces crises d'angoisses, ces addictions, ce qu'on peut être : des réponses partielles et amenant plus de questions mais qui viennent former une démarche longue, compliquée, surprenante...au bout de ce chemin, il doit bien y avoir quelque chose, quelqu'un...
La suite, elle vient en rencontrant de plus en plus de personnes sur ce chemin, qui viennent éclairer, confirmer, infirmer, contredire, etc...ce qu'on pense, ce qu'on pense être, ce qu'on est...elle vient aussi de lectures, d'écoutes, de jeux, de pratiques, de partages d'expériences qui viennent s'emmagasiner au plus profond de nous...puis l'amitié, l'amour, la famille, le travail, viennent y mettre leur grain de sel : tiens donc, je ne suis pas que tout seul dans mon monde ? je dois aussi agir avec les autres pour qu'ils puissent me comprendre ?
D'autres mécanismes ne mettent aussi alors en oeuvre : se comprendre soi c'est d'abord essayer de comprendre l'autre. Au début, on se perd dans les problèmes des autres (trop d'empathie, trop d'écoute, trop envie d'apporter nos réponses toutes faites...) puis cela s'affine, se construit puis au bout du compte se co-construit. Nous serions donc des êtres sociaux ? Régis par les interactions sociales fortement imprégnés du principe don/contredon ? Valorisons donc l'échange alors : cela pourrait amener les personnes avec lesquelles nous interagissons à se savoir empathiques et intelligentes !
Pour autant, des blocages apparaissent : je n'entends pas tout, je ne me souviens pas de tout, certaines personnes m'énervent profondément, je fais des erreurs...je suis peut-être trop toqué après tout...et si j'étais fou ?
L'acception d'une forme de folie aidant, de nouveaux mondes s'ouvrent : et si on ne l'était pas tous un peu ? Ne sommes-nous pas tous différents et "magiciens" ? "Heureux sont les fêlés car ils laissent passer la lumière..."
Bref, une co-construction permanente de ce que je suis, ce que tu es, ce que nous sommes...
Les murmures sont mine de rien tout cela à la fois, ils sont un bruit de fond qui ne s'arrêtent jamais : ils peuvent gronder comme être un doux bruissement apaisant et confortant. Autant donc les apprivoiser que de lutter contre car ils seront toujours présents pour nous rappeler toujours à ce que je suis/nous sommes : un être humain.
“La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici, nous avons réuni théorie et pratique : Rien ne fonctionne... et personne ne sait pourquoi !”
A.Einstein ? Mon grand-oncle ? Un illustre nain connu ?

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Tardec » mar. 1 janv. 2019 13:26

Joli topic, de jolis histoires.
La mienne ne sera qu'un témoignage supplémentaire.
J'ai été diagnostiqué il y a environ 3 semaines.
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Désolé pour le pavé !

Marline
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Marline » lun. 18 févr. 2019 23:06

Me voici au temps des 1ers murmures...
Je n'ai pas encore eu le temps de lire tous les messages de ce post, mais voici ma contribution.

Depuis que le doute s'est installé, je remonte le fil de mon histoire, et je note toutes ces choses qui me font me sentir "différente"

-ma mémoire. J'ai plusieurs souvenirs de la maternelle. Principalement à partir de la moyenne section. Je pensais que c'était le cas pour tout le monde, mais en parlant avec des amis, je me suis rendue compte que non.
J'ai des souvenirs plus anciens encore, mais il s'agit davantage de "flashs" et je ne sais pas si à force il ne s'agit pas de" souvenirs de souvenirs " plutôt que de réels souvenirs.
-ma mémoire auditive. Encore aujourd'hui, j'ai des jingles pub de mon enfance dans la tête.
Genre" je suis un grand garçon avec mes pull ups... Avec mes pull ups de grands... Maman, wouah, j'suis un grand garçon !!! "🙈
(j'en ai d'autres encore !!!)
-toujours au sujet de ma mémoire auditive, je me souviens de certaines conversations au mot prêt (et ça m'énerve quand d'autres racontent une conversation, mais en n'utilisant pas les mêmes mots !)

-quand je suis arrivée au CP, je savais déjà lire.
Dans mes cahiers d'évaluation, la maîtresse écrivait "très intelligente"

-je faisais de la gym, et dès petite, j'arrivais a faire mon enchaînement pile en même temps que la musique. Je ne comprenais pas pourquoi les autres n'y arrivaient pas.

-au collège, en 5ème, j'étais dans le groupe "fort" en maths. Un jour j'ai réussi à répondre à une question. J'étais la seule à avoir répondu. Et je me disais : mais pourtant c'est facile, le prof vient de l'expliquer juste avant !

-en revanche, je complexais car j'avais l'impression de manquer de culture générale.

-c'est au collège justement que j'ai le plus ressenti le décalage avec les autres. On me disait très mature. Moi j'aurais juste voulue être "comme les autres" et avoir un petit copain !

-au lycée c'était déjà mieux. Peut-être qu'en étant dans une filière S, j'étais entourée de quelques personnes "comme moi".
Mais j'avais une façon particulière de travailler: Impossible pour moi de travailler pendant les heures de Perm (avec un temps limité donc) je préférerais travailler chez moi dans ma bulle quitte à bosser jusqu'à 1h du mat.
Je me souviens que je pouvais passer des heures à calculer des intégrales et dérivées (je ne sais même plus ce que c'est à l'heure actuelle !) j'adorais ça.

-je crois qu'au fond de moi j'ai toujours voulu passer un test qi, même si ce n'était pas explicite.

-j'ai une tendance autodidacte (j'ai passé mon concours prof des écoles en candidat libre)

-ma relation avec les autres a souvent été compliquée. Je me suis même considérée comme "handicapée sociale". Des choses simples comme se présenter à des inconnus (amis d'amis) lors d'une soirée, chose naturelle pour la plupart, me bloquaient complètement.

- j'ai commencé un gros travail d'introspection à l'âge de 19 ans. Depuis je suis en éternelle remise en question.

-l'année dernière, j'en étais arrivée à la conclusion que je ne raisonnais pas comme tout le monde.
Parfois je dis des choses, et cela est mal interprété. Et plus j'essaie de me justifier, moins on me comprend. C'est difficile à vivre pour moi. Je le vis comme une grande injustice.

-je suis hyper organisée... dans ma tête !!! Mais au quotidien pas du tout ! Car j'ai besoin de faire les choses dans l'ordre que j'avais imaginé, sinon je ne le fais pas !
Par exemple, ça me met dans un état de stress quand on me demande de surveiller la cuisson d'un plat , parce que ça m'oblige à prendre la recette en cours de route.

-je suis tombée sur des articles sur les adultes surdoués en faisant des recherches sur mon élève hp. Je me dis que c'est certainement pas anodin si j'ai fait davantage de recherches pour cet élève que pour mes élèves en difficulté...
D'ailleurs, en classe, j'utilise une pédagogie individualisée. Non pas uniquement pour les élèves en difficulté, mais aussi et surtout pour les bons élèves. J'ai toujours été choquée par le discours de l'éducation nationale "les bons élèves, ils n'ont pas besoin de nous !"
Peut être une façon inconsciente de réparer ma propre scolarité ?


Bon, j'ai certainement oublié des choses, mais ça me fait déjà du bien d'écrire tout ça.
Vous vous reconnaissez dans certaines choses ?

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dark Vadrouille » mar. 19 févr. 2019 06:57

Je ne suis pas un bon exemple mais oui, il y a des points communs, me souviens de la maternelle et aussi de vagues souvenirs de la crèche et peut-être de quand j'ai commencé à marcher (mais je mets de grosses parenthèses sur ce dernier parce que je n'ai aucun moyen de savoir si c'est vrai ou non.
"Allez hop on y va ! En route vers l'aventure ! On y résiste pas ! À l'appel de BANGA !!!^^
Je trouve d'ailleurs horrible le fait de se souvenir de pubs, comme quoi elles sont bien faites...

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Miss souris » mar. 19 févr. 2019 09:54

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Dark, celle là elle est de Gotainer...normal qu'elle soit efficace !

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dark Vadrouille » mar. 19 févr. 2019 10:16

Hors-sujet
Gné ?

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Miss souris » mar. 19 févr. 2019 10:35

Hors-sujet
Ah merdoum. Fossé décennal en vue..ou juste moi qui suis pas claire. Désolée. Je m'explique un peu plus : Richard Gotainer, auteur interprète inoubliable entre autres du Mambo du Décalco, Poil au Tableau, la Nuit Papou, Trois Vieux Papis, la Ballade du Désaxé, Caféine...( Si tu connais déjà, on a qu'à dire que tu révises !) a aussi exercé ses talents dans la pub ( Vittel et vite à l'eau, buvez éliminez, et Belle des Champs).
Forcément c'est un pro. Qui a pondu des vraies chansons en guise de pub...
D'où mon idée que c'était logique qu'elles survivent plus longtemps dans nos mémoires.

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dark Vadrouille » mar. 19 févr. 2019 10:48

Miss souris a écrit :
mar. 19 févr. 2019 10:35
Hors-sujet
Ah merdoum. Fossé décennal en vue..ou juste moi qui suis pas claire. Désolée. Je m'explique un peu plus : Richard Gotainer, auteur interprète inoubliable entre autres du Mambo du Décalco, Poil au Tableau, la Nuit Papou, Trois Vieux Papis, la Ballade du Désaxé, Caféine...( Si tu connais déjà, on a qu'à dire que tu révises !) a aussi exercé ses talents dans la pub ( Vittel et vite à l'eau, buvez éliminez, et Belle des Champs).
Forcément c'est un pro. Qui a pondu des vraies chansons en guise de pub...
D'où mon idée que c'était logique qu'elles survivent plus longtemps dans nos mémoires.
Hors-sujet
Je connais Gotainer de nom, mais pas vraiment son œuvre. Ah oui, il est possible que j'ai déjà entendu le fait qu'il ai écrit des musiques de pub.
En tout cas cette pub est sortie quand j'avais 2 ans, avec pleins de rediff dans les années 90 aussi, j'ai eu le temps d'apprendre mes gammes et de voir le crocodile à l'image ^^

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Miss souris » mar. 19 févr. 2019 10:53

Hors-sujet
Ah ben voilà...les années 90 c'est à peu près quand j'ai divorcé d'avec la télé. J'y passais tout mon temps, fascinée par les abîmes ... Du coup je ne suis pas au courant pour les redif...

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dark Vadrouille » mar. 19 févr. 2019 11:14

Miss souris a écrit :
mar. 19 févr. 2019 10:53
Hors-sujet
Ah ben voilà...les années 90 c'est à peu près quand j'ai divorcé d'avec la télé. J'y passais tout mon temps, fascinée par les abîmes ... Du coup je ne suis pas au courant pour les redif...
Hors-sujet
C'est triste mais c'est la télé qui a fait ma culture et si je connais pleins de mots et choses....

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Miss souris » mar. 19 févr. 2019 11:21

Hors-sujet
Ah mais ça n'empêche pas ! C'est juste moi, qui ai un instinct très sûr pour mettre la main sur la bouse télévisuelle... du coup je me prive des reportages et de tous les trucs passionnants qui ont l'air d'y être aussi...:)

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Orphée » mar. 19 févr. 2019 11:22

Je me souviens qu'en petite section j'avais peur de la colle et je me suis fait disputer car je ne voulais pas faire mon travail...
Et je me souviens de la photo de classe aussi
Et en moyenne section des flash du coin regroupement...
En grande section j'avais des angoisses et une peur bleue du feu...
Et un jour alarme incendie
Et puis la maîtresse m'avait disputée (en tout cas je l'ai vécu comme ça) car sur le roi que je faisais en peinture, il y a eu une grosse coulure (mais il est trop beau mon roi 😁😁😁)
Et d'autres souvenirs...


Sinon mes premiers murmures ont débutés en 2013... Quand mon ancienne belle mère a ramené pour son fils le livre de JSF "TIPEH"...
Le titre m'a fait tilt...
Mais je n'ai pas osé le lire... Par peur de trouver des réponses je crois...
Et en 2015, je suis tombée sur un article parlant des chevaux rayés et je me suis dit que c'était moi tout en me disant que ce n'était pas possible...
Un premier test de QI la même année s'est soldé par un bilan non concluant car trop hétérogène et la psy ne s'est pas prononcée davantage...
Et j'en ai passé un deuxième il y a quelques mois en explicant ma démarche à la nouvelle psy... Elle a dû faire preuve de patience et d'une grande bienveillance à mon égard... Et une fois mise en confiance, les résultats ont été totalement différents de la première fois ce qui me vaut le diag+...

Je m'égards désolée 😶

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dark Vadrouille » mar. 19 févr. 2019 11:27

Hors-sujet
Je passais mon temps à regarder les séries de la 6, je suis imbattable au blind test séries/dessins animés/films années 80 à 2000 d'ailleurs.
Ah si je me souviens quand j'avais 6 ans, après un cours de judo, pendant que ma mère préparait à manger, je m'étais mis sur Arte et je regardais un documentaire sur les abeilles (et je ne regardais pas Maya :lol: )
Enfin bon, gros serial zappeur je suis.

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Scrat » mar. 30 avr. 2019 09:46

Après avoir éclusé ce sujet, j'ose poser ici un énorme pavé qui fera un gros plouf au passage. Bon courage pour la lecture...

Les murmures...quel joli nom et si parlant ! Les murmures, les prémices d’une folle possibilité, de l’impensable. Quand les ai-je entendus pour la première fois ? Mon oreille a été chatouillée ce jour d’été, il y a peut-être quatre ou cinq ans, au mobilhome de mon père où j’écrivais, encore. Je racontais l’histoire d’une jeune femme surdouée qui se souvenait de la première évocation de sa douance. C’était une institutrice qui en parlait à ses parents, ces derniers rejetant l’hypothèse en bloc. Curieux hasard, ce fut la seule fois où je laissai mon père lire un morceau d’histoire. La vie connaît d’étranges coïncidences tout de même...Il a donc lu ce bout de texte, l’a posé et m’a sorti d’une drôle de voix : « ça sent le vécu, hein ? ». Je n’ai pas compris. Il m’a alors expliqué qu’il avait vécu cette scène, qu’une institutrice (ou professeur, je ne le sais plus) leur avait évoqué une possible précocité intellectuelle chez moi mais qu’ils n’avaient jamais creusé cette piste. Cette scène assez surréaliste est allée se nicher moelleusement dans un recoin de mon cerveau et est entrée en dormance. A l’époque, la question ne m’effleurait pas plus qu’elle ne me préoccupait.

Et puis je suis devenue maman à mon tour. Mère d’un bébé qui m’a semblé étrange, quelque part, dès sa naissance. Cet enfant qui naît sans pleur mais en scrutant tout autour de lui. Non pas en promenant un regard non fixateur comme un nouveau-né normal, non, elle scrutait. Les jours qui ont suivi m’ont maintenue dans cette sensation étrange d’un nourrisson qui faisait déjà bébé par son attitude : très calme et observatrice. A la maternité déjà, elle suivait tout du regard, et me fixait. Néanmoins, j’ai bien trop peu confiance en moi pour m’accorder le moindre crédit, ainsi me suis-je raisonnée en mettant cette impression sur le compte de ma subjectivité maternelle. Les mois et les années, néanmoins, ont révélé que je n’avais pas tort : ma fille s’éloignait doucement de la « norme ». Et ma capacité à sonder d’un regard les tréfonds d’une personne est décuplée la concernant, il m’est donc particulièrement simple de ressentir ce qui se passe à l’intérieur de son si petit corps. Très vite, elle s’est avéré très sensible, trop peut-être… Un bébé qui ne peut se laisser aller au sommeil que seule et dans le noir. La lumière, le bruit, tout la dérangeait déjà. Un bébé qui nous abreuve de pleurs de décharge chaque soir, explosion d’une cocotte-minute pourtant élevée dans le calme. Un bébé qui, très rapidement, a peur des inconnus, se laisse difficilement approcher, préfère observer, encore et toujours. Et puis le temps des avances : avance sur le plan moteur, et avance fulgurante sur le plan verbal. Parallèlement, une hypersensibilité qui se confirme, parfois handicapante : elle souffre de troubles de l’oralité rendant son alimentation très compliquée, elle tolère mal le bruit et l’excès d’agitation, se mélange difficilement aux autres enfants. A côté de cela, elle parle très bien, fait des phrases construites, manie assez adroitement prépositions, temps du passé, subjonctif...Une petite fille de 2 ans qui a une logique et un humour surprenants. Qui ne demande qu’à apprendre, à lire jusqu’à plus soif, à découvrir. Son avance est constatée à chaque bilan pédiatrique. Son décalage avec les autres enfants que je vois m’inquiète, de plus en plus.

Une mère lambda en serait-elle fière ? Pourquoi ces constats me laissent-ils alors un goût aigre-doux dans la bouche ? Alors je suis obligée de constater l’évidence : ma fille fonctionne comme moi, c’est mon miroir. Je n’avais jamais voulu m’y contempler, dans ce miroir, étant habituée à m’ignorer, à vivre pour les autres, à ne pas m’estimer suffisamment pour tenter de me connaître, malgré ma grande lucidité sur les gens et le monde en général. Mais là, devant moi, ce morceau de moi me criait l’évidence : elle tenait sa sensibilité de moi. Alors, pour tenter de la comprendre et de m’adapter au mieux à ses besoins, j’ai démarré un travail d’introspection.

Petite fille, j’étais sensible, en effet. Douce, réservée, très observatrice et particulièrement mature, dès l’école primaire. Je posais des questions existentielles sur le sens de la vie, la mort aussi, qui mettaient mal à l’aise les adultes. « Tu comprendras quand tu seras plus grande » est une assertion dont j’ai fait bien des indigestions. A l’école, j’étais dans la tête de classe sans être un bourreau de travail. Toujours 2è ou 3è. Je partais avec de l’avance dès le CP, ayant appris à lire seule puis aidée de ma grand-mère à l’âge de 5 ans. Dès l’année suivante, j’ai été mise en classe mixte : mélangée à des CE2. Paraît-il que je m’y suis épanouie. Chose renouvelée en CM1 où j’étais avec des CM2 : même constat. Je n’ai de souvenir précis que des temps de calcul mental. Nous avions tous, CM1 et CM2, une ardoise devant nous pour inscrire au plus vite le résultat de l’opération prononcée. J’allais souvent plus vite que les CM2. Bien que maladroite en mathématiques, j’aime toujours le calcul mental. Socialement, j’étais fidèle à mes quelques copines mais plutôt impopulaire. Timide, dans mon coin, j’étais déjà envahie par une sensation d’étrangeté. Comment mes camarades faisaient-ils pour être aussi insouciants ? Ne pas craindre les aléas de la vie, ne pas se poser toutes mes questions, ne pas se mettre la même pression que moi pour être parfaits et aimés ? Qu’est-ce que j’avais besoin de reconnaissance ! Je pouvais exploser en pleurs à la moindre note inférieure à mes espérances. Je me mettais beaucoup de pression, convaincue que pour être aimée, je devais être douée partout. J’étais ainsi une enfant anxieuse, qui intériorisait déjà tout, le portrait de ce qu’est déjà ma fille. J’avais beaucoup de maux de ventre, mes résultats scolaires chutaient dès que mes parents se penchaient sur mes devoirs. J’aimais par-dessus tout être au contact de la nature et lire. Je lisais jusqu’à ce que mes paupières me brûlent en cachette, le soir, éclairée par la faible lumière de mon globe terrestre.

Ces caractéristiques m’ont suivie toute ma scolarité : impopularité relative, sentiment permanent de décalage, questions existentielles que je semblais seule à me poser, résultats honorables sans efforts démesurés. J’étais mal dans ma peau, plus je grandissais, plus la vie me semblait absurde et indigne d’intérêt. Mais je ne montrais rien, toujours obsédée par ce besoin de perfection comme seul garant de l’amour de mes proches. Cela fonctionnait bien, on m’a toujours décrite comme une personne très attachante.
Au lycée, mon mal-être intérieur a grimpé encore d’une marche. Je me suis aperçue que j’étais capable d’une empathie frôlant l’insupportable. Je ressentais les émotions des autres aussi fort que les miennes que je cherchais sans trêve à étouffer. Que m’arrivait-il ? Avais-je atteint le dernier stade de la folie ? J’ai commencé à m’isoler encore davantage, devant fuir les bains de foule, les transports en commun, lieux où j’étouffais, paniquais, étais mise nez-à-nez avec ma folie ! C’est là aussi que le contact physique m’est devenu plus difficile. A l’âge où l’on fait la bise aux copains en arrivant devant la grille, je me contentais d’un signe de la main. Lorsque mes amies me prenaient le bras, je me raidissais malgré moi. Quelque chose n’allait vraiment pas, mais quoi ? Je commençais à croire que je passerais ma vie seule, moi, la pauvre folle asociale et névrosée… J’ai commencé à me laisser sombrer, j’étais épuisée de lutter pour feindre une normalité dans laquelle je n’avais jamais été. A 17 ans, il me semblait en avoir le quadruple, j’étais lasse de tout. A l’époque des fêtes, de l’insouciance, des nouvelles expériences, je préférais écrire, rester au calme et réfléchir, encore et toujours, emportée par un cerveau hyperactif.

Je suis allée en faculté de lettres, contrariant l’avis de mon professeur principal de terminal qui me recommandait chaudement la prépa. Je le pensais insensé, je n’en avais pas le niveau ! Les années universitaires lui ont donné raison, je me suis ennuyée comme jamais et n’ai tenu que pour satisfaire ma profonde vocation d’enseigner. Parallèlement, je donnais des cours aux élèves en difficultés au sein de mon collège de quartier. Seule avec un à trois adolescents mal dans leur peau d’élèves, je m’y suis épanouie : je les comprenais vite, cernais avec aisance leurs besoins et y répondais bien. Mon travail a rapidement été apprécié et reconnu comme de qualité. A la faculté, je dominais ma promotion concernant l’aspect pratique de ma formation de futur enseignante. Les stages et les rapports que je soutenais caracolaient en tête de classement, malgré ma sensation de toujours de ne pas être meilleure que d’autres. J’avais seulement, apparemment, trouvé ma voie.

Peu à peu, je me sentais mieux. Grâce à cette vocation et à la rencontre, à l’aube de mes 18 ans, de celui qui est toujours aujourd’hui mon compagnon. Moi qui me craignais inapte à être aimée, nous sommes étrangement vite devenus très complémentaires, en harmonie malgré nos étonnantes différences. En sa compagnie, je me suis très vite sentie moins anormale, moins décalée, sécurisée dans ce monde tellement instable et angoissant. Notre duo nous a toujours semblé une évidence, sans parler de « passion » ou de « fougue » car je ne nous classe pas parmi ces couples passionnés. Complémentarité, compréhension mutuelle de qui est l’autre, respect de ses besoins particuliers. Car oui, il est un adulte à Haut Potentiel. Encore un curieux hasard.

Si grâce à lui et à la réalisation de mes souhaits professionnels, j’ai pu remonter la pente douloureuse amorcée en fin d’adolescence, ce serait mentir que de prétendre que j’ai retrouvé ma place dans ce monde. Cette sensation d’être décalée et « de trop » ne m’a jamais quittée dès lors que je mets un pied dehors. Je conserve cette grande lucidité dont j’aurais aimé me passer. Face à une personne, connue ou non, je cible en quelques secondes quel type de personne elle est, son humeur, ses intentions. Je vois davantage cela comme un handicap qu’un atout. Je suis très sensible à l’atmosphère d’un lieu, je déteste par-dessus tout me trouver dans une pièce où plusieurs personnes sont en conflit, même sous-entendu. Je ne suis d’ailleurs que très rarement, voire jamais, en conflit avec qui que ce soit. Cela m’est insupportable. Je ne comprends pas la méchanceté, la haine, la violence que l’on trouve pourtant partout. Malgré ma maturité de toujours, j’ai un côté idéaliste, rêvant d’un monde où l’on vivrait sans guerre, sans tous ces maux, en harmonie entre hommes et avec la nature. Ma frustration n’en est que plus grande dans notre monde actuel. Des petits riens me dévastent, encore plus depuis que je suis maman. Voir un parent dire des paroles blessantes à son enfant peut me décrocher des larmes. Voir un animal qui souffre me dévaste. Entendre un reproche, même banal, peut m’entraîner dans de longues cogitations. Alors, évidemment, je me savais depuis toujours hypersensible. C’était une évidence. Mais Haut Potentiel ? Ca non. Pourtant, le fait que ma propre mère et mon frère le soient officiellement aurait du constituer un autre murmure, mais non, l’idée ne m’a pas effleurée.

Tout a basculé il y a trois semaines. Flânant dans une librairie, je recherchais des ouvrages sur l’hypersensibilité, d’abord pour ma fille. Ne trouvant rien concernant les enfants, j’ai recherché chez les adultes et ai dérivé jusqu’à tomber sur un livre intitulé « Je pense trop » de Christel Petitcollin. Ce titre m’a immédiatement attiré l’œil, il résumait si bien mon quotidien ! Je l’ai feuilleté et mon cœur a alors raté plusieurs battements. « Hypersensibilité », « hyperesthésie » (ah, ça s’appelle comme ça), « trop grande lucidité », « cerveau qui ne peut cesser de penser » (ah bon, ce n’est pas normal ?), « très faible estime de soi » (dis donc, on dirait tellement moi), « concentration très difficile » (tiens, c’est tout moi ça aussi), « mal à l’aise en société », « bienveillant et altruiste » (évidemment, comment être autrement?), « difficultés à organiser sa pensée » (oh ça oui, déjà au lycée, c’était ma grande faiblesse)... » Et enfin, tous ces noms impensables : « Adulte surefficient, Haut Potentiel, Z., Surdoué ». Si un livre m’a fait pleurer, beaucoup pleurer, c’est celui-ci. Des larmes chargées d’années de souffrance que j’avais fini par enfouir, ignorer. Des larmes d’incompréhension, d’amertume et d’une profonde solitude intérieure. Ce livre a eu le pouvoir de tout faire sortir, une vraie catharsis, en me tenant un miroir sur qui j’étais. Les murmures jusque là sagement ignorés sont devenus des cris, des hurlements. Alors j’ai fouillé, un second livre de référence, des sites, un forum… Et après les larmes, le soulagement. Ce soulagement indescriptible de ne finalement pas être seule à fonctionner comme ça, il y en a plein d’autres qui semblent se traîner les mêmes douleurs !

Avec ces murmures, si je peux encore les appeler ainsi, les questions. Je ne sais vivre sans questions. Moi ? Surdouée ? Non mais vraiment, quelle idée mégalo et idiote ! Je ne suis qu’une petite femme quelconque, sans intérêt, pas douée ! Mon homme, lui, brille par son intelligence, il colle à l’idée ancienne que j’avais des individus HP. Mais moi ? Vraiment ? Mais tournent et retournent dans mon esprits ces mots, portraits, images, qui m’ont réellement bouleversée par leur adéquation avec mon existence. J’ai honte d’avoir cette hypothèse en moi, de ne jamais vraiment m’en défaire, comme un vilain chewing-gum collé à ma semelle. Honte car à mes yeux, je suis à l’opposée de cela. J’ose tout juste en parler avec mon compagnon, envahie par le malaise. Typique des individus HP, cette dévalorisation, hein ? Et maintenant, je fais quoi ? Je cherche, je creuse, je lis, comme toujours dès qu’un sujet m’intrigue, j’écume la littérature jusqu’à ce que je n’aie l’impression que de lire de la redite. Sauf que cette impression ne vient pas car chaque lecture me soulage et m’encourage. Cela m’encourage à me prendre par la main, écouter enfin cette personne en moi que j’ai tant fait taire, celle qui pourrait , peut-être, mettre un nom sur sa différence. Et si ?
"Je suis fatigué patron, fatigué de devoir courir les routes et d'être seul comme un moineau sous la pluie.
Fatigué d'avoir jamais un ami pour parler, pour me dire où on va, d'où on vient et pourquoi.
Mais surtout je suis fatigué de voir les hommes se battre les uns contre les autres.
Je suis fatigué de toute la peine et la souffrance que je sens dans le monde. Il y en a trop.
C'est comme si j'avais des bouts de verre dans ma tête." La Ligne Verte

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Nelle » mar. 30 avr. 2019 10:07

Hors-sujet
"Bon courage pour la lecture"
J'aurais pu lire d'autres pages sans y trouver la moindre longueur, ton écriture est très fluide.
Merci Scrat de mettre des mots sur des ressentis parfois difficiles à exprimer, parce qu'enfouis depuis trop longtemps dans les tréfonds de sa mémoire...
si si, les couleurs parlent

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Scrat » mar. 30 avr. 2019 10:20

Merci à toi, cela fait du bien de le lire. Ce sont tant de choses que je suis pourtant incapable de verbaliser...
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Mikirabelle » mar. 30 avr. 2019 16:00

Hors-sujet
Scrat, ce parcours est le tien... mais je me reconnais beaucoup dedans. :hug:
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Scrat » mar. 30 avr. 2019 16:28

C'est tellement étrange et réconfortant de découvrir que son parcours fait écho à d'autres! Merci... :)
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Mikirabelle » mar. 30 avr. 2019 16:55

J’avais prévu de poster un jour ici... mais j’ai l’impression que ma prose ne sera jamais prête...

Si je devais ne retenir qu’un seul élément, ce serait celui-ci : en 5ème, mon collège nous a tous fait passer le Concours Kangourou. Les mathématiques faisaient partie de mes bêtes noires. Malgré cela, j’ai fini 2ème de mon collège et 3ème de mon département.
Ces dernières années, quand il m’est venu de temps à autre l’idée que peut-être je pourrais « me permettre d’envisager » que j’aie un QI plus élevé que la moyenne, je repensais à cette histoire. C’est sans doute ce qui m’a donné assez confiance en moi pour aller passer les tests.
Je crois que le fait qu’il n’y ait pas eu d’enjeu de note, qu’on savait peu de choses sur ce qui nous attendait, que ça ne ressemblait d’ailleurs à rien de connu, ça m’a permis de me libérer et de « performer ».

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Scrat » mar. 30 avr. 2019 19:36

Le système de notation coupe facilement les pattes à ceux qui se fixent un haut niveau d'exigence, ce concours t'a permis de libérer tout ton potentiel! :)
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Loupdessteppes » mar. 30 avr. 2019 21:14

Scrat a écrit :
mar. 30 avr. 2019 09:46
Cela m’encourage à me prendre par la main, écouter enfin cette personne en moi que j’ai tant fait taire, celle qui pourrait , peut-être, mettre un nom sur sa différence. Et si ?
Quel merveilleux message !!! Je sors très ému de sa lecture. Au bord des larmes parfois.

Je n'ai strictement pas le même parcours « pratique » que toi, pourtant je me retrouve bien dans ton témoignage.

J'ai changé de vie au milieu de la mienne, pour devenir éduc-spé. Je sais que j'ai la capacité de discuter pendant deux heures avec un « SDF psychotique » sans m'ennuyer. Ou de calmer une adolescente caractérielle réputée ingérable en crise violente en lui demandant sa collaboration, en lui disant qu'elle seule sait où elle en est, en n'entrant pas dans son périmètre de sécurité et... en m'asseyant plus bas qu'elle pour qu'elle ne se sente pas dominée. Ce jour-là elle n'a pas eu besoin de détruire la serre où elle s'était réfugiée... Les succès humains glanés là valent à mes yeux mille fois les vagues succès financiers obtenus ailleurs !

J'ai moi aussi, depuis que j'ai décidé de prendre en main ma « différence », beaucoup de crises émotionnelles, même un vrai déluge de larmes de temps en temps... J'ai choisi de me laisser aller. Comme je l'ai écrit dans ma présentation « il y a si longtemps que ça m'étouffe »... Je suis en train de lire l'ouvrage que tu cites, après qq autres, et c'est vrai que ça remue, comme d'enlever un carcan par bribes.

Continue à prendre soin de toi, personne ne le fait à notre place.
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Scrat » mer. 1 mai 2019 09:33

Merci beaucoup @Loupdessteppes !
C'est drôle car éduc spé est un métier qui m'attire si je me lançais dans la reconversion. Néanmoins, je sais qu'on se confronte à des cas difficiles, on doit voir des choses pas faciles et ma grande sensibilité me freine. Lorsque je lis ton témoignage, il coïncide exactement au contexte dans lequel je me sentirais utile et épanouie.

Ma différence, je la laisse davantage s'exprimer depuis que ma fille est née, car je ne veux pas qu'elle passe sa vie à réprimer ses émotions débordantes comme je l'ai fait, alors je commence par essayer de donner l'exemple. Mes lectures me font exactement le même effet que toi, quel soulagement! Par conséquent, j'ignore comment je vivrais un diagnostic -.

Oui, c'est à nous de prendre soin de nous et de nos proches.
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Mais surtout je suis fatigué de voir les hommes se battre les uns contre les autres.
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