Point Blanc, pour moi, ta définition va au-delà de la
bienveillance, que je vois plutôt comme un mi-chemin entre la définition de Madeleine, « une attitude a priori non-hostile », et ce dont tu parles et que j’appellerais déjà de la « bienfaisance ». Au sens étymologique de ces deux mots.
Bienveillance = vouloir du bien à quelqu’un, bienfaisance = faire pour quelqu’un quelque chose que l’on conçoit comme étant bien pour lui. La bienfaisance impliquant donc d’avoir une idée de ce qui est bon pour un autre/des autres/les autres. Et là intervient le rapport de hiérarchie : si je fais délibérément quelque chose pour le bien de quelqu’un, c’est que je me sens autorisée à le faire parce que je pense savoir ce qui est bon pour lui.
Je vois la
bienveillance comme une déclaration d’intention. C’est plus qu’une attitude non-hostile, c’est vraiment vouloir le bien de l’autre, le lui souhaiter. Ça implique donc d’éviter ou de refuser de manière consciente de faire quoi que ce soit qui pourrait lui nuire (en étant conscient aussi qu’on peut nuire sans le vouloir). Mais c’est moins que me croire (à juste titre ou non, là n’est pas la question) en position de décider de ce qui est bien pour lui et d’intervenir dans ce sens.
Guider et conseiller, cela peut être une marque de
bienveillance, cela peut être motivé par la
bienveillance que l’on ressent pour l’autre, ou encore par la responsabilité que l’on s’attribue à son égard (relation parent-enfant, enseignant-élève, par exemple, ou toute autre forme d’autorité morale, que l’on s’attribue ou qui nous est attribuée, la question appellerait bien d’autres développements). Mais je pense que ça va déjà au-delà de la
bienveillance : c’est la mise en pratique de l’intention, en fait. Et là se pose forcément la question de la légitimité ou de l’autorité à intervenir dans l’espace d’autrui, et de la pertinence de l’intervention : que sais-je de ce qui est bien pour lui ?
Je crois que je mettrais plus la
bienveillance sur un plan humain que moral. Du même ordre que la compassion : un mouvement du cœur, pas de l’esprit. Une posture de base vis-à-vis d’un autre humain, donc sans a priori parce qu’en-deçà de ce plan-là. Souhaiter le bien d’autrui sans faire intervenir un jugement sur ce en quoi consisterait ce bien, et avant de se forger un tel jugement.
Cela peut ouvrir la porte à plus : guider, conseiller, veiller sur, faire pour... Mais cela se fait (ou ne se fait pas) en fonction des situations, de la position de l’autre (est-il demandeur de quoi que ce soit ?), de la légitimité que l’on se donne à intervenir, de l’idée que l’on se fait du bien à faire, de la correspondance entre l’idée du bien que se fait autrui et la nôtre, et probablement d’autres choses encore.
Quant à la tolérance (ou l’intolérance), je la mettrais justement sur l’autre plan, celui de l’esprit : elle implique la perception d’une différence entre des valeurs, des pratiques, des habitudes, des idées, … et le positionnement à l’égard d’un conflit (d’idées ou de personnes) dû à cette différence. Tolérer implique forcément un empiètement sur un espace défini et personnel, je crois (que ce soit un espace de confort ou un espace de valeurs). Sinon il n’y a rien à tolérer ou ne pas tolérer, parce qu’il n’y a ni opposition ni menace.
Je vois la tolérance comme un jeu (au sens mécanique), externe, entre des visions qui s’opposent (la mienne et celle d’autrui), mais aussi interne sur la limite de ce que je tolère, c’est-à-dire jusqu’où j’accepte de mettre en retrait mon propre espace par rapport à celui de l’autre, et en fonction de quoi l’accepté-je ou non (valeurs et éventuel conflit interne de valeurs, idées ou espace physique concret).
Hors-sujet
Edit : Point Blanc, je crois que tu as complété ton message pendant que je réfléchissais au mien ! Peut-être y a-t-il des choses qui font doublon ou qui s'opposent, du coup...