L'école idéale

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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Gazouille
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L'école idéale

Message par Gazouille » dim. 26 juin 2016 09:35

Bonjour à tous et toutes, je ne sais pas si je suis dans la bonne section, ni si le sujet a déjà été abordé quelque part ou pas (désolée si c'est le cas!), j'aimerais beaucoup avoir vos différents avis en rapport à cette question:

"Comment serait pour vous l'école (ou plus largement le système éducatif, années d'adolescence comprises) idéale?...."

Qu'est ce qu'il faudrait, changer, compléter, organiser différemment, etc.

Voilà, si cela inspire certains ou certaines, je suis curieuse de lire vos réponses :-)

A bientôt!
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Re: L'école idéale

Message par W4x » lun. 27 juin 2016 09:38

Bonjour,
puisque dans un un premier temps tu souhaites lire des idées ou témoignages, tu peux commencer par regarder ces fils de discussion : sur les systèmes d'éducation , la pédagogie Montessori , L'Education Nationale en général. Les 3 se trouvent dans cette section ;)
Il y a également pas mal d'autres sujets connexes comme l'uniforme, la créativité à l'école, et quelques autres plus spécifiques au HP dans le sous-forum "à propos des enfants".
Vois si cela répond à tes attentes, et n'hésite pas à y contribuer. Si ces topics ne correspondent pas à ton idée du sujet, mais ça je n'en sais rien, alors développe ta pensée ici... c'est pour ça qu'on aime bien quand l'auteur(e) d'une problématique ouvre le bal, ça permet de mieux cerner les intentions et éviter de donner l'impression que la question est juste balancée en regardant les autres se débrouiller avec ;)
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Re: L'école idéale

Message par Chacoucas » lun. 27 juin 2016 12:31

J'avais un peu pensé à tout ça mais pas suffisamment pour proposer un système complet et viable. Mais voici quelques éléments, trucs à éviter, ou trucs à proposer, selon moi.

- l'école "obligatoire" (telle qu'elle est) pose un problème: celui du contrôle et de l'imposition d'une norme, je ne pense pas que tous les individus "aiment" les mêmes choses, et au delà de leur proposer des bases d'accessibilité à tout, je pense qu'on devrait aussi leur permettre de travailler ce qu'ils aiment et dont ils ont besoin: après tout en étant eux, ils ont quand même une idée de leurs besoins qu'il faut enrichir, mais surtout pas brimer.

Et je n'ai pas vraiment observé de situations dans lesquelles le forçage mène à quoi que ce soit de vraiment constructif et novateur.
A ce niveau, il faut bien "occuper" les enfants comme "les former" à quelque chose, mais de ce fait, chacun étant différent, par son vécu autant que ses singularités humaines c'est autant au système qui se charge de ça de s'adapter à eux que la réciproque. Donner l'envie d'apprendre ne se force pas, ça s'acquiert petit à petit en fréquentant des gens qui donnent envie d'en savoir autant qu'eux. Et ça peut passer par n'importe quelle activité qui ne soit pas d'office assis en cours avec un livre ouvert devant soi: ce genre de choses, on y vient, mais ça ne s'impose pas.

Sinon la seule chose qu'on "enseigne" c'est qu'il y a une autorité à laquelle on est soumis, et certains moyens d'y résister, qui ne sont constructifs pour personne: ni l'autorité, ni l'individu qui y est soumis. Les "fortes têtes" comme on dit qui finissent par jouer avec le seul outil qu'on leur a enseigné: domination et soumission... Rien de constructif, ni de novateur, ni d'humain.

- L'enseignement uniforme, les programmes préconçus et les protocoles sont là pour favoriser une tâche normalisée en vue d'une organisation préconçue: ça ne reflète ni la nature, ni l'humanité de chacun. Ca n'est pas "apprendre à se connaître, soi et entre nous": en ça ça ne peut pas "éduquer un être humain", c'est une forme d'objectification de l'être.

- Ca coule de source dans le cadre moral que je présente, mais la créativité est essentielle: c'est "ce qui vient de chacun", contrairement à "ce qui vient de l'extérieur qu'on force en chacun".

- L'idée est aussi de s'intéresser à ce qu'est un élève, comme personne, et l'enseignement est une relation: ça se fait toujours à double sens, l'élève change le professeur dans la même mesure que le professeur change l'élève: penser les choses autrement n'est pas "reconnaitre" la relation, ni l'existence de l'autre individu.

A terme ce genre de choses cristallisent des "images" de l'être et de l'individu dans un "modèle" qui sera forcément agressif, insensible: pour l'acquérir, on l'a "forcé"...

- Il me parait aussi assez effrayant qu'on continue à centrer l'enseignement sur une culture ou une histoire: on est à une époque où toutes les cultures peuvent prendre sens entre elles: aussi intéressant de s'intéresser à Platon que Lao Tseu, aussi intéressant d'étudier la Grèce antique que la paléontologie ou les peuples natifs américains. Il me parait étrange que persiste un favoritisme culturel.

- L'enfant il me semble bénéficie beaucoup de la multiplicité des contacts: on peut faire intervenir à l'école beaucoup plus d'enseignants ou intervenants fussent ils occasionnels, après tout, c'est le coeur de l'avenir comme d'une civilisation qui se pense et se projette dans un projet, l'école. Elles sont surement un peu trop fermées.

- Le nomadisme est important pour la découverte du monde et une pensée riche, relativisée: inciter les échanges et voyages en assouplissant le système scolaire me parait quelque chose à fouiller.

- Apprendre l'autonomie, vient en faisant confiance en l'être "apprenant" et son "goût" pour la chose: si le cadre collège type est avantageux à certains élèves, d'autres bénéficieraient d'un cadre plus typé "université"... Enfin, multiplicité et adaptation à l'enfant.

- L'école est l'affaire de tous et toutes, les enfants aussi: encouragement à participation de l'extérieur.


Bref, voilà quelques idées posées comme ça: mais je n'ai pas pensé en détails, notamment les questions financières, équilibre etc. : cependant j'ouvre des portes qui sont fermées là dedans: il y a beaucoup de solutions qui me paraitraient viables. Valà :)

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Re: L'école idéale

Message par PointBlanc » mar. 28 juin 2016 07:55

Gazouille a écrit :"Comment serait pour vous l'école (ou plus largement le système éducatif, années d'adolescence comprises) idéale?...."
Il ne peut pas y avoir de système éducatif idéal : c'est un système, dont la perfection théorique est vouée à s'abîmer dans des imprévus dont il faudra ensuite s'attacher à minimiser les conséquences, dans les mots plutôt que par les actes, afin de pouvoir se convaincre qu'il est quand même efficace.

Je ne veux pas raisonner à une échelle aussi large : on finit forcément dans une idéologie d'une sorte ou d'une autre, quelque chose en tout cas qui tord l'humain en prétendant savoir ce qu'il est et ce qu'il lui faut. Les discours généreux sur l'épanouissement, les injonctions souriantes à se réaliser, ne font pas exception.

L'école est pour moi un lieu de rencontre et c'est un peu tout. En cela le bon enseignant me semble bien plus important que le système éducatif idéal. L'ennui est qu'aucun système ne sait fabriquer de tels maîtres : leur existence est de l'ordre de l'accident. Au moins le système permet-il que de tels accidents se produisent, c'est déjà ça. Les instrumentalise-t-il ? Se sert-il de leur existence à des fins de publicité ? Sans doute.

Mais cela ne change rien à la rencontre - je parle de celle qui fait qu'il y a effectivement transmission : prétendre que le système, par sa nature même, empêche qu'elle ait lieu, c'est se mentir. Son tort est à mon avis de capitaliser sur son éventualité - mais il ne l'empêche pas, il en est incapable, tout comme il est en fait incapable de la favoriser.
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Re: L'école idéale

Message par Chacoucas » mar. 28 juin 2016 11:09

Point Blanc, une des choses que tu pointes c'est les limites d'un système qui par nature empêche le chaos et c'est du chaos que viennent les opportunités, en gros, nan?

Mais même dans ce cadre il est possible d'"améliorer" un système, il me semble?

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Re: L'école idéale

Message par PointBlanc » mar. 28 juin 2016 12:47

Chacoucas a écrit :Point Blanc, une des choses que tu pointes c'est les limites d'un système qui par nature empêche le chaos et c'est du chaos que viennent les opportunités, en gros, nan?
Non. Je dis plutôt que le système (éducatif en l'occurrence) n'opère tout simplement pas au niveau où s'effectue la transmission effective (une relation entre un professeur et des élèves), quand bien même il s'évertue à (se) laisser croire le contraire.
Chacoucas a écrit : Mais même dans ce cadre il est possible d'"améliorer" un système, il me semble?
Tu peux toujours l'adapter à des attentes dictées par une idéologie ou une autre : le faire passer de la transmission d'une culture identitaire à celle de savoir-faire ou de savoir-être, de la valorisation de l'effort individuel à celle de la coopération entre pairs, de la prééminence du cours magistral à la pédagogie de projet... A l'arrivée, ce qui fait que "ça marche" ou non n'a rien à voir avec ces positionnements.
A l'échelle d'une société, un système éducatif efficace est celui qui forme les citoyens dont elle se croit le besoin à un moment donné - du patriote capable de comprendre les consignes d'utilisation d'une machine outil au futur employé autonome et flexible.
Vouloir améliorer le système éducatif, c'est toujours avoir en vue une société d'une sorte ou d'une autre, et donc une certaine idée de l'individu dans cette société. Il s'agit donc toujours d'une tentative de formatage. Tout geste éducatif est de cet ordre.

La relation de l'élève à ce qui lui est enseigné dépend moins selon moi des contenus, des méthodes, du cadre éducatif... que d'attentes qu'il peut penser être les siennes, mais qui procèdent surtout du climat dans lequel il grandit. Pour tel élève, un bon professeur est celui qui lui aura donné les bases nécessaires à sa réussite dans les niveaux suivants, parce que chez lui la réussite scolaire est valorisée : c'est un bon petit soldat du système en somme. Pour un autre, ce qui compte, c'est avant tout d'avoir été respecté et compris en tant que personne, et tant pis s'il n'apprend pas grand chose par ailleurs : il est lui aussi un bon petit soldat, mais d'une autre idéologie, celle qui ne cesse de mettre en avant le plaisir, l'épanouissement de soi et la reconnaissance des singularités comme conditions préalables à tout effort. Les deux systèmes coexistent (y compris dans le même établissement, dans la même classe) et sont efficients : les deux génèrent du profit à grande échelle.

Il n'existe pas davantage d'enseignant idéal que d'individu idéal, sinon dans des fictions qui ont sur le réel l'avantage de la cohérence absolue. Mais dans cet ensemble intriqué qu'on nomme société pour des raisons pratiques, le bon enseignant, c'est peut-être celui qui questionne tous ces désirs à la fois tout en donnant l'impression d'y répondre.
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Re: L'école idéale

Message par Chacoucas » mar. 28 juin 2016 13:21

L'expérience est une idéologie selon toi? L'observation dans des cadres aux conditions plus ou moins contrôlées, exigées.

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Re: L'école idéale

Message par PointBlanc » mar. 28 juin 2016 14:08

Ah, question intéressante, ça.

Si on parle bien de l'expérience en tant que ressort pédagogique, il ne s'agit clairement pas d'une expérience.

Tiens, je vais te faire le récit d'une expérience vécue en formation cette année.

Deux types étaient venus initier quelques enseignants de diverses matières, dont moi, à de nouvelles approches. Ils avaient gardé pour la fin ce qu'ils estimaient être le meilleur - le reste aussi mériterait d'être raconté, d'ailleurs, mais cette dernière expérience (ils employaient ce mot) illustrera parfaitement mon propos.

Il s'agissait de faire découvrir l’œuvre de Mahmoud Darwich à des non initiés.

Dans un premier temps, nous avons recomposé l'un de ses poèmes, à plusieurs, de mémoire, après que l'animateur nous l'eut lu à voix haute. Le poème était simple, séduisant, tout a roulé.
Nous nous sommes ensuite répartis en trois groupes dont chacun devait faire la synthèse d'un dossier relatif à l'un des aspects de son œuvre - en scannant littéralement les documents, en discutant entre nous de ce qui paraissait essentiel... avant une mise en commun. Stimulant, efficace.
Dernière étape : tous les livres de Darwich sont présentés sur une table ; nous sommes invités à passer de l'un à l'autre, à les feuilleter, et à "offrir une lecture aux autres" si nous en éprouvons l'envie.
L'un des animateurs lit, je lis, une de mes collègues lit. C'est tout.
Nous étions au moins dix participants.

Vient le moment du "retour d'expérience".

L'animateur croit comprendre que s'il y avait eu si peu de lectures, c'était à cause de la difficulté qu'il y a à partager quelque chose qu'on aime, à exposer ainsi une part intime de soi, etc. Mais cela s'apprend, rassure-t-il.
Il s'entend répondre que non, que ce n'est pas ça. Les collègues n'avaient pas lu parce qu'ils n'avaient retrouvé nulle part un poème aussi accessible que celui qui servait d'introduction à l'expérience ; ils s'étaient retrouvés face à des textes difficiles, pleins d'un symbolisme confus, apparemment dépourvus du message généreux et universel qu'ils avaient senti dans l'autre.
L'un d'eux ajoute qu'en fin de compte il n'a pas la moindre envie de lire ne serait-ce qu'une page de plus de Darwich. Vraiment jamais. Les autres sont plus ou moins d'accord.

L'animateur s'énerve, littéralement. Jusque là c'était l'image même du type ouvert, souriant, "dans le partage". Le voilà qui coupe brutalement la parole à une collègue qui voulait réagir - "Tu me laisses finir, Caro !!" - pour nous dire en gros que d'habitude ça marchait très bien.
Et ce fut tout.

L'approche de l'animateur, sous couvert de "nous faire vivre une expérience", était en fait complètement fermée : elle visait à nous donner le sentiment que nous évoluions librement dans un espace qui était en réalité un parcours supposé aboutir à notre adhésion enthousiaste, sous le prétexte que nous avions été des acteurs au lieu de récepteurs passifs. Mais nous n'étions au fond pas plus libres, peut-être moins d'ailleurs, que l'étudiant qui regarde par la fenêtre au lieu de suivre un cours ex cathedra : nous n'avions pas même le loisir de rêver puisque nous étions soumis à l'injonction de "découvrir" - quand bien même à partir de supports préalablement sélectionnés, sinon pour les derniers, justement.

Il s'agissait bien d'un geste idéologique, dicté par cette certitude que rendre l'élève acteur de ses apprentissages, c'est garantir leur assimilation en suscitant la curiosité intellectuelle. Et ça, c'est une simplification, un parti-pris de plus. "Progressiste", "idéaliste", sûrement. Mais tout aussi aveugle que l'autre à ce que l'humain peut avoir de complexe et de violemment contradictoire.
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Re: L'école idéale

Message par Chacoucas » mar. 28 juin 2016 14:36

Oui, oki pour ça d'ac. Si j'ai bien suivi on a par exemple la méthode montessori vs la méthode piaget etc. même délire pour l'apprentissage de la lecture... je ne crois pas en ces systèmes du fait justement qu'ils sont systèmes préconçus avec une idéologie derrière, pour reprendre tes mots. Ils ne prennent de pertinence que par opposition à l'autre en gros.

Mais j'ai aussi du mal à concevoir qu'on ne puisse pas "améliorer" le cadre d'"éducation", fut elle nationale, universelle ou municipale.

Mon idée a certes une forme d'idéologie derrière: celle qu'il existerait une forme de conscience, d'approche, de pensée, qui favoriserait les échanges et les interactions épanouissantes pour tous, qu'on dépasse justement les idées de direction et d'idéologie unique. En soi j'imagine que c'est une autre forme d'idéologie, mais qui mérite "expérience" pour vérifier qu'elle soit foireuse...

Et là dedans, il y a une multiplicité d'approches forcément: adaptatives.

Ce qui me faisait bizarre dans ton premier post c'est qu'il me semblait que tu mettais tout sur un plan de valeur identique et que ça ne "changeait rien" aux conditions qui sont cet "accident" du "bon enseignant". Même si tu précisais que l'enseignant idéal n'existait pas plus que l'individu idéal.

Or il me semble assez évident que les conditions extérieures font énormément de facteurs: et changer ces facteurs (sans forcément en faire un top évalué de 1 à 10: justement c'est l'idée à éviter) peut quand même grandement améliorer l'éventualité de ces "accidents". Sous quelque forme que ce soit.

Et pour ça, ben on teste des trucs, on observe, et on évite un cadre unique et trop normé ou restrictif justement: sauf dans le cas où on réalise qu'avec certains types d'élèves c'est justement ce qu'ils nécessitent.

EDIT: j'ai fait une expérience particulièrement immorale apparemment (j'avais une marge d'amateurisme tolérée, j'en ai profité, mais on m'a fait comprendre que je ne pourrais pas trop l'utiliser): classe de 6ème, élèves francophones comme moins francophones, toutes classes sociales etc. Un des élèves par exemple parlait très peu de français (mélange tahitien et français assez réduit: pas son truc la poésie et la lecture). Il était violent, communiquait comme ça: opposition, violence, force etc.
Aucun professeur n'obtenait de lui qu'il "écrive" quoi que ce soit de plus de 2 lignes après beaucoup de pressions et menaces. Même en contrôles (le zéro lui faisait plus peur à ce stade).
Alors un jour je lui ai proposé de marcher dans les rangs surveiller les tricheurs ou ceux qui travaillaient pas: avec droit illusoire de "taper" si ils travaillaient pas: les 3 super mauvais élèves de la classe ont eu très peur et ont travaillé. Le manège a duré 30 mn sans aucune violence (bah je surveillais quand même): il s'est simplement senti investi d'un rôle, d'une responsabilité, de confiance, il en a très bien usé, aucun débordement, un calme exemplaire et très inhabituel.
Au bout de 30mn il vient me voir et me demande si il peut faire le contrôle: je lui réponds "bien sûr, c'était ton travail initial, tu n'en voulais juste pas".
Alors il va s'asseoir, sort sa trousse en silence et écrit: j'ai eu droit à un contrôle presque complet, 10 ou 15 lignes...

Mais bon je me suis fait taper dessus par l'administration et n'ai pas pu vérifier comment ça pouvait se passer au long terme. Et lui est retourné à ses refus systématiques, claques et heures de colles en série.

Une "expérience" quoi.

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Re: L'école idéale

Message par PointBlanc » mar. 28 juin 2016 14:39

Chacoucas a écrit : Et pour ça, ben on teste des trucs, on observe, et on évite un cadre unique et trop normé ou restrictif justement: sauf dans le cas où on réalise qu'avec certains types d'élèves c'est justement ce qu'ils nécessitent.
Qui est "on" ?
Chacoucas a écrit :Mais j'ai aussi du mal à concevoir qu'on ne puisse pas "améliorer" le cadre d'"éducation", fut elle nationale, universelle ou municipale.
Jusqu'où étendre la définition du "cadre" ?
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Re: L'école idéale

Message par Chacoucas » mar. 28 juin 2016 14:50

(j'ai rajouté un edit si tu es curieux)

"on": tous ceux qui se considèrent disposés à jouer un rôle dans l'éducation "commune" des enfants. Les histoires d'idéologie sont un problème, mais j'imagine pas absolument insurmontable.

"définition du "cadre"": ben euuu: pourquoi en poser une d'office? Je veux dire en tant que "limites infranchissables"? On peut partir d'une définition fonctionnelle et la laisser ouverte.

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Re: L'école idéale

Message par PointBlanc » mar. 28 juin 2016 15:03

Chacoucas a écrit :(j'ai rajouté un edit si tu es curieux)
Je suis curieux :)

La limite de cette expérience, même dans un cadre qui l'accepterait, est la même que pour n'importe quelle autre : est-elle reproductible d'heure en heure ? D'un enseignant à l'autre ? D'un élève violent à l'autre ?

Question subsidiaire : si la réponse est "non" dans les trois cas, ce dont je suis personnellement certain, mesures-tu le degré d'inventivité nécessaire au million d'enseignants en exercice pour trouver, quand bien même l'institution le leur permettrait, de telles réponses au coup par coup ? C'était bien joué de ta part, mais souviens-toi des collègues que tu fréquentais à ce moment : la pression de la hiérarchie expliquerait-elle à elle seule qu'ils n'y auraient jamais songé ?
Chacoucas a écrit :"on": tous ceux qui se considèrent disposés à jouer un rôle dans l'éducation "commune" des enfants. Les histoires d'idéologie sont un problème, mais j'imagine pas absolument insurmontable.


Tu me sembles parler d'une mobilisation spontanée que l'institution choisirait de ne pas réguler. Je ne crois pas que ce soit envisageable aujourd'hui.
Chacoucas a écrit :"définition du "cadre"": ben euuu: pourquoi en poser une d'office? Je veux dire en tant que "limites infranchissables"? On peut partir d'une définition fonctionnelle et la laisser ouverte.
Je voulais plutôt te demander si cette amélioration ne devrait concerner que le seul cadre éducatif ou toucher aussi le cadre de ce cadre, autrement dit la société entière.
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Re: L'école idéale

Message par Chacoucas » mar. 28 juin 2016 17:23

Je prends tes questions depuis la dernière c'est plus simple: oui je "pense" les choses de manière globale et en effet tout ce que je peux dire sur l'éducation vient avec un lot conséquent de changements sociétaux. Notamment au niveau des "idées", et ça dans un peu tous les niveaux et domaines de la société, de la culture et du savoir.

En soi rien de dramatique ou compliqué, mais suffisamment conséquent pour que de nombreuses dynamiques se retrouvent changées. Mais ça reste essentiellement des questions d'idées plus que de forme, globalement les formes seraient un peu moins normatives et oppressives, pas forcément moins organisées. Mais c'est fondamentalement "utopique", ça demande "expérience".

Donc en effet, l'idée de mobilisation se construirait sur un terme plus ou moins long et n'est pas "possible" aujourd'hui: question d'idées notamment, et de contrôle. Après d'un pays européen à l'autre on a déjà pas mal de différences qui sont intéressantes et montrent bien la subjectivité de "impossible".

"la réponse est non aux trois questions": oui ça me semble évident, d'où nécessité d'expérience. Et la créativité me parait moins problématique que l'idéologie des protocoles.

Pour illustrer, avec une autre de mes idées immorales: je pense que certains élèves (et je me classe dans le groupe, sans m'estimer fondamentalement stupide: aucun jugement intellectuel là dessus) bénéficieraient du choix entre aller en cours et passer le balai dans la cour. De manière à ce que reste un "choix" d'investissement dans un truc. (mais bon: faudrait pas en rester à assis en cours ou balayer, la solution binaire serait probablement catastrophique en effet).

Dans un tel cadre (qui demanderait ressources humaines et enseignantes certes, pas forcément plus nombreuses, mieux formées ou que sais je encore qui demande protocole formateur et fonds impressionnants) la créativité n'est plus la charge d'un enseignant devant 30 élèves sans aucun point commun et un programme à appliquer à la lettre pour uniformément avoir un taux de réussite tout préconçu aux épreuves de fin de scolarité: c'est un paradigme entièrement différent.

Pour revenir à l'anecdote même, les collègues étaient très différents entre eux aussi... Leur ancienneté comme leur origine et leur matière voire leur sexe leur permettaient des approches relativement différentes aussi. Et l'administration exerçait un contrôle très politisé qui de fait n'avait pas l'intérêt d'épanouissement et d'éducation des élèves comme priorité.

diogene

Re: L'école idéale

Message par diogene » lun. 12 sept. 2016 01:18

Je vais pas vous faire un long discours sur les souffrances du jeune diogene à l'école, en revanche je constate que la critique du nivellement par le bas dont seraient soi-disant victimes les "meilleurs" impute un peu facilement à l'intelligence de l'élève ce qui relève surtout de sa vulnérabilité sociale. Sacrifie-t-on l'épanouissement intellectuel d'un enfant à l'égalitarisme (par exemple en lui expliquant qu'on le met exprès dans la pire classe pour qu'il joue les locomotives) parce qu'il est plus intelligent ou parce qu'on sait / sent que sa mère (famille monoparentale, tout ça...) est trop vulnérable socio-économiquement pour trouver la force de gueuler ? Je n'ai pas encore eu le temps de lire tous les sujets sur ce thème, mais j'ai l'impression que cette dimension plus prosaïquement sociale est systématiquement passée sous silence, alors que c'est loin d'être un détail.

Bon, après, moi je m'en fous, quand une école est sinistrée ça m'empêche pas de dormir.

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Re: L'école idéale

Message par Tartempion » mar. 31 janv. 2017 12:06

Je voudrais juste déterrer ce sujet en citant un passage d'un livre :

Cela commença en l’an 473 de N.F. Les Administrateurs firent évacuer l’île de Chypre par tous les habitants
existants, et la recolonisèrent avec un lot spécialement préparé de vingt-deux mille Alphas. Tout l’équipement agricole et industriel leur fut confié, et on leur laissa le soin de mener leurs affaires. Le résultat fut exactement conforme à toutes les prédictions théoriques. La terre ne fut pas convenablement travaillée ; il y eut des grèves dans toutes les usines ; les lois étaient tenues pour zéro ; on désobéissait aux ordres donnés ; tous les gens détachés pour effectuer une besogne d’ordre inférieur passaient leur temps à fomenter des intrigues pour obtenir des tâches d’ordre plus relevé, et tous les gens à tâches supérieures fomentaient des contre-intrigues pour pouvoir, à tout prix, rester où ils étaient. En moins de six ans ils étaient en guerre civile de première classe. Lorsque, sur les vingt-deux mille, il y en eut dix-neuf de tués, les survivants lancèrent à l’unanimité une pétition aux Administrateurs Mondiaux afin qu’ils reprissent le gouvernement de l’île. Ce qu’ils firent. Et c’est ainsi que se termina la seule société d’Alphas que le monde ait jamais vue.


Donc, je pense que la société fonctionne mieux avec un système éducatif qui envoie des personnes sur des voies différentes. L'objectif "80% d'une classe d'âge au niveau du bac" est contre-productive.
Les différentes pédagogies sont secondaires, même si j'approuve l'idée de mieux former les enseignants à la psychologie des enfants. Même si au final, ils font un peu ce qu'ils veulent. Je pense aussi que les parents auraient aussi à gagner d'avoir un peu plus le choix de mettre leurs enfants dans des écoles à pédagogies différentes.
Enfin, l'idée du socle commun de connaissances aide aussi à la cohésion de la société.
PointBlanc a écrit : A l'échelle d'une société, un système éducatif efficace est celui qui forme les citoyens dont elle se croit le besoin à un moment donné - du patriote capable de comprendre les consignes d'utilisation d'une machine outil au futur employé autonome et flexible.
Vouloir améliorer le système éducatif, c'est toujours avoir en vue une société d'une sorte ou d'une autre, et donc une certaine idée de l'individu dans cette société. Il s'agit donc toujours d'une tentative de formatage. Tout geste éducatif est de cet ordre.
Je suis entièrement d'accord : la définition de l'école idéale rejoint celle d'une société idéale.
L'erreur est humaine, mais un véritable désastre nécessite un ordinateur.

Les systèmes de croyances créent des filtres à travers lesquels le chaos se résout en ordre. Frank Herbert

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Youpla
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Re: L'école idéale

Message par Youpla » lun. 20 mai 2019 21:40

Aujourd'hui j'étais en formation "personnalisation des parcours au collège - pratiques facilitantes de l'inclusion".
Les 6ème EGPA disparaissant, il s'agissait surtout de nous former (ou du moins informer) sur quelques outils pour ces élèves qui sont désormais inclus dans les classes ordinaires.
Les formateurs ont fait un rapide tour des élèves relevant de l'ASH (Adaptation et Scolarisation des élèves en situation de Handicap) comme les élèves des différentes ULIS, ou ayant certains troubles, ou certaines maladies ou étant EIP !

Alors bien sûr, je relève le fait que le haut potentiel n'est a priori pas un handicap, ce que la formatrice attendait qu'on relève d'ailleurs.
Mais elle continue rapidement en expliquant que la différence, le décalage pouvait créer le handicap et elle ferme le dossier.
Retour sur les EGPA, ULIS etc.

En fin de journée, elle nous passe un p'tit film sur une intervention d'un jeune homme "et si on revoyait les valeurs de l'école ?"
Je vous laisse regarder, c'est très chouette bien sûr (bon ça n'engage que moi) mais je repars avec encore un peu de frustration parce qu'on nous a montré un EIP avec un parcours bien chaotique. A l'issue de la séquence, la formatrice conclura "vous voyez, être EIP, ça peut être un handicap".
Alors oui bien sûr, ça peut.
Et puis, c'est toujours bon de réfléchir à sa pédagogie pour ne pas délaisser les élèves à Besoins Éducatifs Particuliers, les BEP... oui mais en fait tous les élèves !...

Je suis tout de même repartie avec ce goût amer sur la langue de caricature qui me gène.

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Re: L'école idéale

Message par Youpla » jeu. 24 oct. 2019 23:42

Je ne sais pas comment je suis tombée là-dessus sur le net...
Absolument formidable cet homme !
Un gros quart d'heure d'immersion dans cette classe de maternelle, la découverte de ce monsieur.
Je n'en dis pas plus (de toutes façons, c'est pas racontable), il faut le voir (je crois).

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Re: L'école idéale

Message par PointBlanc » ven. 25 oct. 2019 06:20

Merci pour la découverte :)
(Même si le bonhomme constitue forcément la rarissime et heureuse exception, et qu'il est inimaginable qu'il puisse devenir la règle d'une école enfin idéale.)
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes ?

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Re: L'école idéale

Message par Youpla » ven. 25 oct. 2019 21:21

Oui, il est sans doute un ovni dans l'éducation nationale ! Et peut-être bien aussi dans la société en général. :)

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Re: L'école idéale

Message par Fanetys » ven. 25 oct. 2019 21:27

J'adore l'entendre parler au passé simple aux petits, alors que les "club des cinq" de mon enfance sont ré-édités au passé composé, parce que le passé simple, c'est trop difficile pour les lecteurs !...
"J'ai la peau de l'âme trop sensible. Il faudrait apprendre à son âme à marcher pieds nus." Jean Cocteau

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Re: L'école idéale

Message par InMedio » sam. 26 oct. 2019 11:33

Pour le coup du passé simple ça a l'air d'être un rituel du matin, vu comme ils réagissent à ce qu'il dit. J'aime beaucoup, ça donne un côté poétique et mystérieux qui doit être doux et agréable aux oreilles de ses élèves.

"Il conviendrait que vous concluiez en vous administrant une accolade réciproque qui signifiera que vous ne vous gardez pas rancune et que vous vous êtes excusés. Allez-y."
C'est clair, c'est quelqu'un qui a donné sa vie à son métier, et c'est exceptionnel. En tout cas il a n'a l'air qu'à moitié inquiet du désœuvrement de la retraite. "On verra bien". J'aime cette philosophie.

Et j'ai pleuré quand il a dit "c'est tourner la page comme pour y mettre des fleurs à sécher."
Les gens sont souvent tellement occupés à vivre qu'ils ne s'arrêtent jamais pour se demander pourquoi.
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Re: L'école idéale

Message par Kokeshi » lun. 28 oct. 2019 14:18

Magnifique!
Ce reportage résonne fort en moi, car je n’ai jamais envisagé l’enseignement autrement que comme ce monsieur...le petit « théâtre » de l’école, une place où chaque instant doit être signifiant pour l’enfant: poésie, apprentissages dissimulés sous une couche délicieusement onctueuse d’excentricité ou d’inattendu, élévation du cœur et de l’esprit, liberté d’action du maître face à ses élèves, tous particuliers.
Monsieur Victor, vous quittez le bateau au bon moment, avant que les amarres démultipliées et les ancrages imbéciles des programmes ne vous retiennent définitivement au port, vous privant de vos voiles de liberté!

A ma façon, j’ai été ce professeur pleinement passionné et investi...cette année, j’ai laissé ma salle de classe derrière moi pour ne point y étouffer, muselée par les décrets, la réunionnite aigüe et le manque de considération d’une administration qui pense avec ses formulaires (entre autres raisons).

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