Poétiquement vôtre

Ici, partagez vos passions, vos dadas, vos marottes, documentez si possible, mettez-y de la vie!
Avatar du membre
hosen
Messages : 231
Enregistré le : ven. 7 oct. 2016 18:50
Présentation : http://adulte-surdoue.fr/presentations/ ... t7857.html
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Localisation : Pays de Loire
Âge : 65

Re: Poétiquement vôtre

Message par hosen » ven. 8 mars 2019 22:31

Elle contemple le rond de lumière et l’ombre des branches nues sur le mur. Elle se répète : non, non… et puis ses yeux se ferment et elle s’endort, comme on tombe dans un trou, assommée par la fatigue du voyage.
Les heures passent.
La lune disparait de la lucarne.
Il fait d’un coup très noir dans la pièce.
Vers trois heures du matin, la porte s’ouvre lentement, sans bruit. Il est là, plus noir que la nuit. Il glisse sans bruit sur le sol ; il se répand vers elle comme une tache infecte. Il va la saisir, la tuer, et tout sera fini : elle sera morte pour toujours.
Elle hurle. Se débat dans les draps. Se réveille terrorisée. Cherche frénétiquement un interrupteur qui n’existe pas. Ne sait plus où elle se trouve. N’arrive pas à respirer.
Et puis, la mémoire revient : elle tâtonne pour trouver son portable, appuie sur un bouton, l’écran s’éclaire, éclaire la pièce nue et vide. Elle reprend son souffle et ses esprits.
C’est ce cauchemar affreux qui lui revient.
Encore.
Elle attrape la bouteille d’eau minérale sur la table de chevet, avale une gorgée d’eau, la repose à côté du smartphone. C’est alors qu’elle remarque un message, posté à 22h13.
C’est sa mère : « Les enfants vont bien. Le père reste à l’hospice, toujours dément. Et, toi, ma fille ? Que fais-tu exactement en France ? »
Sans répondre, elle soupire et se rendort après avoir éteint l’appareil.
Le reste de la nuit passe, sans laisser de trace.
Elle est réveillée à 6h précises par une rumeur inouïe : le tintement d'une clochette qui se rapproche, puis le boum-boum de pieds qui courent à travers l'étage avant de dévaler l'escalier de secours.
Tina Rudel ouvre des yeux étonnés : un peu de lumière filtre de dessous la porte, chambre 105, au domaine de Saint-Branchs, sur les bords de l’Indre. Bien sûr ! Elle y est arrivée hier, en fin d'après-midi : Mokusho-Ji, le « Temple de l’Éveil Silencieux ».
Il lui reste trente minutes avant le premier zazen.
Je me suis mis à la méditation. C'est beaucoup mieux que de rester assis par terre sans rien faire.
Jean Yanne

Avatar du membre
PointBlanc
Messages : 1511
Enregistré le : sam. 7 mars 2015 18:56
Présentation :
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Âge : 45

Re: Poétiquement vôtre

Message par PointBlanc » sam. 9 mars 2019 07:25

Ce sont des extraits d'un travail déjà bien avancé, ou simplement des scènes indépendantes, écrites au hasard de l'inspiration et qui attendent encore d'être incluses dans un récit plus ambitieux ?
J'attends de lire le premier Zazen, du coup :)
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes ?

Avatar du membre
Unesoprano
Messages : 492
Enregistré le : lun. 19 nov. 2018 21:12
Présentation : viewtopic.php?f=9&t=9696
Profil : En questionnement
Test : NON
Localisation : Rhône/Alpes
Âge : 47

Re: Poétiquement vôtre

Message par Unesoprano » sam. 9 mars 2019 07:43

Hors-sujet
je sais que la prose peut être poétique, mais je me demandais si un fil spécial pour des extraits de textes non poétiques serait pas un plus?
Nos têtes sont rondes pour que nos idées puissent changer de direction. Françis Picabia

Avatar du membre
hosen
Messages : 231
Enregistré le : ven. 7 oct. 2016 18:50
Présentation : http://adulte-surdoue.fr/presentations/ ... t7857.html
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Localisation : Pays de Loire
Âge : 65

Re: Poétiquement vôtre

Message par hosen » sam. 9 mars 2019 12:36

Bien sûr, @Unesoprano c'est envahissant, pardon.

Un vide insondable,
Rien de sacré.
Des paroles de fer,
Mais, dans le rouge blanc de la fournaise,
Tout fond comme neige.

Alors je te demande,
Toi qui voulais partir,
Où es-tu retourné ?

Au pays des noyés,
Dans les profondeurs,
Sous les grandes vagues vertes,
Quelle lune regardes -tu ?
Je me suis mis à la méditation. C'est beaucoup mieux que de rester assis par terre sans rien faire.
Jean Yanne

Avatar du membre
Unesoprano
Messages : 492
Enregistré le : lun. 19 nov. 2018 21:12
Présentation : viewtopic.php?f=9&t=9696
Profil : En questionnement
Test : NON
Localisation : Rhône/Alpes
Âge : 47

Re: Poétiquement vôtre

Message par Unesoprano » sam. 9 mars 2019 12:45

@hosen , non ce n’est pas en ce sens que je posais cette question, mais vraiment parce que je pensais que cela pouvait être un plus, et que peut-être plus de personnes pouvaient avoir envie d’y participer.
Nos têtes sont rondes pour que nos idées puissent changer de direction. Françis Picabia

Avatar du membre
hosen
Messages : 231
Enregistré le : ven. 7 oct. 2016 18:50
Présentation : http://adulte-surdoue.fr/presentations/ ... t7857.html
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Localisation : Pays de Loire
Âge : 65

Re: Poétiquement vôtre

Message par hosen » sam. 9 mars 2019 12:56

Vite
Pour la suite
Petit Salon
Vos Créations
Nom d'un nom !
Je me suis mis à la méditation. C'est beaucoup mieux que de rester assis par terre sans rien faire.
Jean Yanne

Avatar du membre
hosen
Messages : 231
Enregistré le : ven. 7 oct. 2016 18:50
Présentation : http://adulte-surdoue.fr/presentations/ ... t7857.html
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Localisation : Pays de Loire
Âge : 65

Re: Poétiquement vôtre

Message par hosen » mar. 12 mars 2019 01:04

L'arc d'Orion sur l'horizon
Véga si bleue si brillante,
Comme on n'a jamais vu
Une lune si fine et pure
Au ciel de cristal et d'hiver
Et les étoiles les étoiles
Ah
Où es-tu
Je me suis mis à la méditation. C'est beaucoup mieux que de rester assis par terre sans rien faire.
Jean Yanne

Avatar du membre
Pascalita
Messages : 831
Enregistré le : dim. 14 août 2016 11:26
Présentation : Un coup d'œil sous l'écorce
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS

Re: Poétiquement vôtre

Message par Pascalita » mer. 13 mars 2019 10:40

Unesoprano a écrit :
sam. 9 mars 2019 07:43
Hors-sujet
je sais que la prose peut être poétique, mais je me demandais si un fil spécial pour des extraits de textes non poétiques serait pas un plus?
hosen a écrit :
sam. 9 mars 2019 12:56
Vite
Pour la suite
Petit Salon
Vos Créations
Nom d'un nom !
:clin:
Merci hosen ! J'ajoute le lien, c'est plus clair : En prose

Youpla
Messages : 36
Enregistré le : sam. 8 déc. 2018 00:50
Présentation : [http://adulte-surdoue.fr/viewtopic.php? ... 39#p284095]
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Âge : 39

Re: Poétiquement vôtre

Message par Youpla » mer. 13 mars 2019 22:36

Pourquoi dans le petit salon ? :'(

C'est dommage, moins de gens pourront lire (dont moi) et j'aime beaucoup ce qu'écrit hosen (et d'autres)...

Avatar du membre
hosen
Messages : 231
Enregistré le : ven. 7 oct. 2016 18:50
Présentation : http://adulte-surdoue.fr/presentations/ ... t7857.html
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Localisation : Pays de Loire
Âge : 65

Re: Poétiquement vôtre

Message par hosen » mer. 13 mars 2019 23:48

@PointBlanc

Elle avait pris place dans le coin le plus obscur du dojo, couverte de son plaid qu’elle avait remonté sur cou.
Lui s’était assis selon l’usage, près de l’entrée, afin de pouvoir sortir sans déranger les autres, d’abord entre les deux zazen, pour vérifier la cuisson du riz, puis pour diriger la mise en plat et le service, tandis que se déroulait la cérémonie. À peine aperçut-il un vague désordre, à la périphérie de son champ de vison, en fin de première séance, parce qu’elle ignorait les coutumes du temple et qu'elle s’était trompée de sens pour circuler autour de l’autel.
Il ne la vit pas au réfectoire ce matin-là, ni au repas de midi, qu’il prenait après les autres. Comme il se remettait généralement très tôt en cuisine, pour prendre un peu d’avance sur le menu du lendemain, il n'eut pas l'occasion de l'apercevoir dans l’après-midi, malgré qu'elle s'active tout près, à lessiver le sol de la grande salle à manger.
Cependant, elle l’avait repéré.
D’abord, lors du premier repas dont le rituel l’avait interloquée. Elle était athée, née de parents luthériens que l’après-guerre avait rendus parfaitement incroyants. Aussi, la chorégraphie précise et solennelle qu’il avait exécutée avec le chef de temple, au rythme d’une clochette au tintement aérien, l’avait carrément saoulée.
C’est quoi tout ce binz pour une soupe ?
En même temps, ce ballet tiré au cordeau l’avait aussi fascinée.
Super. Exotisch. On dirait du théâtre Kabuki.
Elle avait suivi les courbettes mains jointes, les pas mesurés et les demi tours réglés comme au défilé ; et ce bâtonnet d’encens qu’ils se passaient délicatement, comme si c’était un bâton de la dynamite ou une baguette de cristal. Elle avait dissimulé son sourire. Pourtant, quelque chose l’avait touchée, sans qu’elle sache trop quoi. Leurs vêtements ? Leurs gestes ? Leur dignité?
Peut-être, une sorte de noblesse.
Lui, elle l’avait trouvé beau.
Il avait de jolies mains, et le gruau de riz qu’elles avaient préparé l’avait rassasiée, réchauffée. Plus encore, sa saveur simple et délicate, rehaussée par un accompagnement de légumes salés et épicés, l’avait régalée.
C’est toujours ça : on mange bien ici, c’est sain.
Ensuite, en fin d'après-midi, alors qu'elle s'en revenait au dojo pour la séance du soir, elle l’avait trouvé tranquillement assis près de l’entrée. Sa posture l’avait complètement impressionnée : droite, immobile, comme une falaise face à la mer, et pourtant vivante et pleine d’énergie. Rien à voir avec ce qu’elle avait vu dans d’autres centres de méditation ou de mindfulness.
Et puis surtout, selon la tradition qu’elle ne connaissait pas encore, il avait chanté à la fin du zazen d’une voix forte et légère, dont le timbre naturel tranchait sur l’habitude masculine, qui s’efforce toujours vers le grave, probablement pour conforter l’idée que se font les hommes de leur propre virilité.
C’était une sorte de poème qui l’avait profondément touchée :
« Amis de bien, je vous en prie, rappelez-vous que la vie est courte, que le temps file comme une flèche, et que la mort arrive avec une terrible vitesse. Aussi, s’il vous plaît, ne passez pas votre existence en vain. »
Or, ces paroles inouïes avaient une intonation si juste, une expression si sincère, qu’elle en avait frissonné, que ses yeux s’étaient mouillés de larmes.
« Purée, avait-elle pensé en français, il me donne la chair de poule, ce mec. »
Je me suis mis à la méditation. C'est beaucoup mieux que de rester assis par terre sans rien faire.
Jean Yanne

Répondre