du temps des premiers murmures...

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Miss souris
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Miss souris » mar. 6 mars 2018 13:30

Merci pour la lecture Owelie ; d'une part c'est agréable, d'autre part, j'aurais eu un stylo rouge ( habitude de prof...) j'aurais souligné et annoté toutes les lignes ou presque : nous avons beaucoup d'expériences de vie et de ressenti en commun.( Et j'espère pour toi que tu t'en sors mieux que moi à ton âge !...)

ollieromy
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par ollieromy » sam. 17 mars 2018 11:07

Pour ma part, je m'intéresse au sujet de la douance depuis mes 22 ans, mais je ne me reconnaissais pas dans les descriptifs. Je me suis dit que j'étais douée, simplement, puisque j'ai un passé de 1ere de classe, depuis le CP jusqu'au lycée, mais d'apres les profs "toujours bien en dessus" du reste de la classe, et en 3eme au collège, j'étais la 1ere élève de mon collège, toutes classes de 3ème confondues. J'avais un sentiment d'étrangeté que je ne m'expliquais pas. Jusque la, tout allait bien, je crois, et en terminale j'ai commencé a me sentir vide, dépressive, je n'avais plus gout a rien, je me sentais devenir folle, et j'avais tres tres peur de la solitude. Tout cela sans comprendre pourquoi. Pour mes parents, je suis toujours passée pour une fille normale, brillante, par contre mon frere avait été diagnostiqué surdoué enfant, mais la question ne se posait pas puisque je réussissais tout. Ils n'ont jamais eu la présence d'esprit de m'envoyer chez un psy alors que j'etais en pleine dépression, c'est des gens tres simples, qui m'ont pas mal traumatisés.

Puis rentrée a sciences po, je faisais la fête tout le temps, je buvais a outrance, je fumais du haschisch, avec des amis pas de ma promo, je refusais tout contact avec les gens de l'école, ils me faisaient peur. Sans savoir pourquoi, toujours. je crois que l'inhibition a fait des ravages sur moi, j'étais éteinte, ne savais pas qui j'étais, je faisais peur aux autres, j'ai perdu tous mes amis, toujours sans comprendre pourquoi. Puis j'ai décompensé, gravement, j'ai enchainé pendant 5 ans des bouffées délirantes aigues, de 22 a 27 ans. Pendant ce laps de temps, j'ai été tres malheureuse, perdue, folle, j'enchainais les jobs, j'ai enchainé des psychiatres qui pour certains ont empiré mon état. Puis j'ai rencontré mon mari, lumiere au bout du tunnel, j'ai shoutée aux medocs mais il était toujours la pour m'aider, me soutenir, j'ai commencé a aller mieux. Après 6 ans de these (pas terminée) et de congé parental, je reprends le chemin du travail. La j'enchaine deux boulots, je me fait virer a chaque fois. Je me repose la question du HP et je le mets en balance avec la bipolarité. J'arrete mes médocs, pour enlever cette camisole chimique qui m'empeche de ressentir, penser, qui en m'enlevant tout angoisse et toute peur m'a enfoncé, m'a rendu téméraire, hors des réalités, le comble !

et là je revis, je ressens, j'ai peur, j'angoisse, les murmures montent, je réfléchis sur moi meme. Des angoisses remontent, j'en apprends sur moi meme, je revis. En meme temps, je lis le livre de Jeanne Saiud Facchin, "trop intelligent pour être heureux". La surprise, cette fois, je pense en meme temps que l'écriture, je me reconnais, je trouve des explications, des pistes pour comprendre mon fonctionnement, en tout ou rien, sans concession, trop trop sensible, mes faiblesses, mes forces, les erreurs de diagnostics. L'espoir, le vrai.

Puis ma fille. Elle a 3 ans et demi, elle commence a lire et écrire, a son école on nous dit qu'elle est spéciale, rare, elle veut toujours avoir raison, elle me surprend, fait des jeux de mots, construis des figures en un rien de temps. Puis mon fils, il a 14 mois, il construit deja le langage, mange seul, a un regard acéré sur le monde, sa nounou nous dit qu'il grandit tres vite. Enfin mon mari, sa famille, tous des HP (non reconnus, car le père a toujours refusé de passer le test de qi, il a été tres haut placé en tres grande entreprise). Le choc, il est encore la, je suis en sevrage de médocs, je suis en train de changer de psychiatre, j'ai RDV dans quelques jours avec un spécialisé dans les troubles psychiatriques et le surdouement (jai la chance d'habiter a paris). Avec l'espoir que la vie va commencer a me sourire, beaucoup !

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InMedio
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par InMedio » lun. 19 mars 2018 11:15

Je l'ai évoqué rapidement dans ma présentation, mais j'ai envie aujourd'hui de mieux développer ce qu'on été mes "premiers murmures" ici.

J'ai été diagnostiqué peu après mon entrée en 6e dans mon collège de secteur. Avant ça je me souviens que tout était à peu près normal.
À peu près parce que je me souviens de quelques choses et mes parents m'en ont raconté également :
- J'ai su lire (décoder) en GS, même si dans mon école ça m'avait rien d'exceptionnel, le CP a été une vraie partie de plaisir pour beaucoup de monde que je connais qui est passé par cette école. J'étais terriblement passionné par ce que mes parents me lisaient le soir (de la littérature jeunesse, principalement. D'ailleurs, à quand un topic sur le sujet, avec des références et des top 10 ? Qui s'y colle ? .. M-moi ?).
- En CM1 j'ai décroché le premier sans-faute en dictée de la carrière (20 ans) de mon instit, réputé pour faire des dictées difficiles. Ce 20/20 en dictée, j'ai non seulement couru après, mais dans ma quête j'ai aussi crevé le plafond de verre dans les "groupes de dictée" de la classe double niveau CM1-CM2. Après moi, d'autres CM1 ont pu monter dans le Groupe 1 (ceux qui font la dictée en entier, l'achèvement d'une vie).
- J'avais une bande de potes (j'ai globalement gardé ces amis aujourd'hui) avec qui on jouait à des jeux dont on avait inventé nos propres règles, largement basés sur nos imaginations plus que fertiles. On était la risée des mecs qui jouaient au foot et au basket dans la cour, mais on en avait cure. Nos jeux se poursuivaient d'une récré à une autre, la classe n'était alors qu'une grande pause entre deux récrés. Pourtant nous étions tous bons en classe, nous ne négligions rien, alors que d'autres galéraient dans à peu près tout dans leurs vies de gamins (parents qui se séparent, déménagements, maladies graves, difficultés à l'école, etc..) Sympa comme nous étions, nous avions par exemple essayé d'intégrer quelques copains dans nos jeux, mais ils étaient bien vite à la traîne, ne suivaient pas tellement. Je ne sais pas si nous avions rendu nos jeux trop compliqués à comprendre pour quelqu'un de l'extérieur ou si notre imaginaire collectif allait réellement très vite (c'est une analyse a posteriori que j'en fais). Nous ne manquions pourtant pas de bonne volonté pour intégrer des garçon comme des filles, mais l'alchimie ne prenait pas en dehors de "nous". Bref.

(Mince, c'est déjà long... je vais essayer d'être synthétique)
Au collège, mes amis (dont ont un an de plus que moi) étaient dans un autre collège que celui dans lequel j'ai atterri en premier lieu.

J'y ai connu l'Ennui.

Les récrés se sont ternies, plus questions d'avoir l'air de débiles sous LSD dans la cour du collège sous peine d'être des "gros gamins".
Les cours de sont ternis, pour moi et pour les autres enfants qui venaient de la même école que moi. Tout ce qu'on voyait dans la plupart des cours nous rappelait le CM1 : en maths, en français, en musique.. je n'ai pas de souvenir des autres matières. Il n'y a bien qu'en allemand LV1 que j'apprenais quelque chose.
Le retour à la maison s'est terni. Faire des devoirs aussi inintéressants (pour la plupart, je les retrouvais dans mes cahiers de CM1, hein), me saoulait profondément.
Mon carnet de note s'est terni. "Brillant" n'était plus un mot utilisé. Remplacé par "étourdi", "doit faire des efforts de concentration", etc.. Personnellement je ne m'en alertais pas du tout, je trouvais d'autres occupations. Je me suis fait d'autres copains, suis passé du côté de ceux qui mettent le bazar partout où ils passent. Mes parents s'en sont inquiété, et je les en remercie souvent.

Après avoir passé un test de Q.I. (je ne me souviens pas d'un nom en particulier. J'ai mis WISC pour le forum, mais en réalité je ne sais pas) la décision de me faire changer de collège a été impérative, mais on m'a quand même demandé mon avis (merci papa, merci maman) sur ce que je voulais au fond : rester et m'ennuyer ou essayer autre chose de plus "adapté" à moi.

Mon "deuxième" collège de la Toussaint de la 6e à la 3e s'est fait en 3 ans dans une classe avec des surdoués soi-disant "comme moi". Nous étions 17 en 6e, 14 en 4e, et 8 en 3e, quasiment en vase clos "entre nous" dans un collège de banlieue type "éducation prioritaire". On était pour ainsi dire des Freaks dans la cour de récré.
Sauf que ces surdoués, je ne les trouvais pas "comme moi" du tout. J'étais pas à ma place au collège et j'étais convaincu d'avoir usurpé mon titre EIP. Je ne rêvais que du lycée où tout redeviendrait normal, parce que je retrouverais tous mes amis de primaire au quotidien, et que les gens seraient tous plus matures, ça serait génial.

Tout ceux que je croisais au lycée devaient avoir entendu au moins une fois que je n'étais pas "précoce" ou "surdoué" : c'est juste que je réfléchis vite.
J'ai essayé de démonter par mes propres moyens un mythe qui m'avait façonné en fils prodigieux : "InMedio, il fera de grandes chose, il a le potentiel"...

Progressivement, j'ai un peu laissé tout ça au passé. J'étais normal après tout : à force de le répéter, ça devait forcément être devenu vrai. Rien n'a refait surface pendant mes difficultés d'apprenti enseignant.
Non, ce n'est que récemment que ces murmures sont arrivés : "et si tu étais vraiment surdoué, au fond ? Et d'ailleurs, qu'est-ce que ça veut dire ?"

J'ai oublié d'aller bosser un midi de décembre et ça m'a correctement retourné le cerveau. J'étais choqué qu'une chose pareille puisse m'arriver, moi qui oublie plein de choses pas très importante, mais qui retiens toujours les choses très importantes. Je suis retourné voir la psy qui m'avait diagnostiqué en 6e, et elle m'a parlé de Jeanne Siaud-Facchin, de pensée en arborescence, de Trop intelligent pour être heureux. Je me suis rué dans la librairie, j'ai acheté le livre et ce que j'ai lu m'a remis les idées en place. J'ai pris le temps de revoir mon histoire personnelle à travers ce filtre, juste pour voir ce que ça fait. Même si il y a un biais évident à revoir le passé de cette manière, ça m'a permis de constater que je n'ai pas toujours écouté murmures et hurlements.

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VictorMenard
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par VictorMenard » mar. 3 avr. 2018 17:43

"Tiens Vincent, toi qui sais tout ..." me dit mon bientôt ex-copain de maternelle en revenant de l'école primaire. Suit une question à laquelle je n'avais pas la réponse. Premier de la classe à l'époque, comme jusqu'en 6ème.

Mes parents me mettent à la communale. Mon meilleur copain est le fils du menuisier local, plutôt dans le bas du classement scolaire. "Toi, t'es intellectuel et moi je suis manuel". Moi je m'en foutais, c'était mon copain.

Et puis après deuxième, toujours derrière une élève, jusqu'à découverte des clopes du fond de la cour, puis des filles. Quelques bastons mais je n'aime ni frapper, ni être frappé. Le malentendu avec les autres se creuse, je comprends de moins en moins ce qu'ils font et pourquoi ils le font : je décide de partir du principe qu'un vaisseau spatial m'a déposé là et qu'il faut que je m'adapte à la culture locale, sans y croire vraiment hein, à cette époque-là au moins je n'étais pas complètement ravagé, juste comme hypothèse minimale pour ne pas être absolument et perpétuellement largué. Ça ne fonctionne pas mal, même si ça rippe souvent. Première pierre du faux self ?

Ensuite vivotage jusqu'en seconde, générale puis technique, je comprends de moins ne moins ce qu'on me veut. "Peut mieux faire, vient en touriste, n'exploite pas ses capacités, anglais 18 : aucun travail". Il n'y a pas "sale petit con" mais je suis certain que certains profs le pensent et ils n'ont peut-être pas tout à fait tort. Ma réputation de feignant s'installe. Découverte des jeux de rôles et démission scolaire définitive. BEP de comptabilité, histoire de ne pas partir les mains vides. J'y rencontre un super pote qui fera les beaux-arts plus tard. BEP dont il ne me reste rien, obtenu de justesse grâce aux matières générales. Jamais été foutu d'équilibrer une balance. La gloire.

Entre deux découverte de l'informatique sur les premiers 8 bits et de la philosophie via la science-fiction tendance Philip K. Dick. Illumination à la lecture du "Discours de la Méthode" : j'ai peut-être trouvé le début du mode d'emploi de tout ce bordel. Achat et lecture de l'Histoire de la Philosophie en trois tomes d'Emile BREHIER, histoire de faire un survol. Lu comme un roman. Puis Nietszche, Sartre, Camus.

Service militaire : gros résultat aux tests psychotechniques. Alors je vais pouvoir faire un boulot pas trop con pendant un an, les EOR tout ça ? Pas de bac ? Ah non alors, retournez avec les matafs de base. Balayage de couloir pendant un an, l'épanouissement. Apprentissage de la duplicité : comment dire 'Mes respects commandant' en pensant 'Va te faire enc ...'. Deuxième pierre du faux self ?

Premier job : incapable de comprendre ce qu'on veut de moi, les fiches se retrouvent dans les mauvaises boîtes, les plans sur la mauvaise étagère, impossible de donner le moindre sens à ce qu'on me demande : reprise d'études en urgence. ESEU en cours du soir, en fait seulement le français : maths trop chiants, philo pas de prof, anglais prof mais insupportable. Mention AB, 17/8/11/13, donc fac, avec pionnicat pour bouffer. Au bout d'un moment je pionne dans mon ancien lycée, le CPE, qui n'a pas changé, me lance un : "Ah oui, je me souviens de vous, quel gâchis quand même !". Alors que j'avais à peine touché le sol dans son établissement, facile 6 ou 7 ans avant, et le moins qu'on puisse dire est que je n'avais pas brillé. Il doit y avoir des trucs qu'on ne m'a pas dits à l'époque, ou que je n'ai pas entendus : mes parents divorçaient, j'étais amoureux, autre chose à faire sûrement.

Fac de lettres au début, en regardant mes godasses : c'est que je ne suis plus du monde scolaire moi. Ça gaze. Je termine le devoir sur table d'analyse du discours en 1 heure et demie au lieu de quatre : 17 et mention TB à la valeur. Mon seul et unique, authentique et incontestable succès scolaire. J'apprendrais ensuite que des gens en maîtrise ne l'avaient toujours pas obtenue et que ma copie a fait le tour des TD. Je ne serais pas seulement l'idiot village alors, finalement ? Comme ça marche vraiment trop bien et que je m'embourgeoise, me voilà parti en philo au second semestre. Bien en philo ancienne et médiévale, bof en logique parce que ça m'emmerde et qu'il faut apprendre des choses par cœur. Pas mal de profs me sortent par les yeux, je préfère ne pas parler des étudiants. Encore des matheux partout. Je m'inscris par correspondance dans une autre fac.

Pendant cette période un copain amène des gens chez moi, avec qui je ferai de la philo en amateur pendant les trois années suivantes (période 3P : pétard, pinard, philosophie), en parallèle de la fac ; il me racontera beaucoup beaucoup plus tard qu'il leur avait vendu le projet en leur disant : "Je vais vous présenter un type intelligent et une belle femme." C'est vrai que j'étais avec une nana magnifique à l'époque. Pour le reste ... Elle m'avait dit : "T'es chiant. Quand tu discutes avec les gens, tu dis que tu n'es pas spécialiste, et après tu sors un truc qui ferme la bouche à tout le monde." Et me voilà interdit de modestie.

DEUG en trois ans, un papier pas renvoyé à temps me vaut une mise en fin de délégation, donc plus de boulot, plus de pognon, plus de nana, raréfaction des quelques potes et bientôt plus non plus d'équilibre mental : HP pendant 15 jours et très longue convalescence, jamais vraiment terminée.

Retour au boulot, mais je ne sais rien faire : formation AFPA. Analyste programmeur on appelait ça à l'époque. Un an avec des gens de tous les genres, passionnant de ce côté-là, rythme soutenu mais intellectuellement petites foulées. Un des types avec qui je m'entendais le mieux me dit : "T'es pas le gars le plus intelligent que j'aie rencontré, mais t'es tout le temps à fond." C'est sympa mais je suis bien trop près du fond du trou encore pour savoir quoi en faire.

Taf chez un assembleur local : je bricole et vends des PC pendant deux ans. C'est rigolo mais le patron est un ancien militaire, donc ça clashe assez vite, retour sur le sable.

Taf dans une boîte d'automatismes industriels, mais dans la partie informatique qu'ils veulent développer. Je suis pris parce que j'ai un DEUG de philo et que le chargé d'affaires s'emmerde avec ses collègues ingénieurs. Super bonhomme grâce à qui j'irai quatre fois au Japon, payé comme le bac+2 que je suis mais vendu comme ingénieur++ (merci patron !) A la fin je connais et déchiffre (phonétiquement, bien sûr) les hiragana et je commence à avoir un vocabulaire de survie de base mais la mission s'arrête. Au revoir le Japon, probablement pour toujours : j'ai atteint le sommet de ce que je connaitrai jamais au niveau économique.

J'essaie de proposer des trucs, je bricole des serveurs avec des bouts de PC que je ramasse à droite et à gauche pour faire des démos J2EE, tout le monde trouve ça très bien et s'empresse de n'en rien faire. Je m'ennuie et ils ne veulent plus faire d'informatique. Démission avant qu'ils me poussent dehors.

Ultime boulot dans une célèbre structure fabriquant les outils de dissuasion nucléaire nautiques qui nous rendent si fiers de notre beau pays. J'y vais à reculons, mais dans le coin de toute façon si on ne bosse pas pour l'armée c'est pour le nucléaire alors ... Je tiens treize mois avant de fuir le mille-feuille hiérarchique et l'impossibilité organisée de faire quoi que ce soit d'utile.

Les 40 balais approchent, et je ne vois vraiment plus dans quoi aller bosser comme salarié, que j'aie la moindre chance de supporter plus de deux mois. Comme la femme que j'ai rencontrée alors a un peu d'argent d'avance, elle m'entretient le temps que je m'installe à mon compte. La première année je fais péter les scores et je nous crois riches : ça me demandera 5 ans ensuite de rattraper les arriérés de charge. Pas gestionnaire, décidément. Depuis je vole en dessous des radars, en bossant pour des gens qui eux ont fait quelque chose de leurs capacités. Ils m'aiment bien en général et je ne suis pas cher.

La suite est dans ma présentation.

Voilà. A part une ou deux choses, je ne sais pas bien ce qui constitue des murmures dans tout ça, mais j'avais besoin d'écrire ce texte, alors autant le donner à lire, vu que de toute façon il se retrouvera noyé dans les 20 pages de ce topic, alors pour l'importance que ça a ...
Autrefois j'étais indécis, mais à présent je n'en suis plus aussi sûr.

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par madeleine » mar. 3 avr. 2018 19:37

Merci VictorMénard. Et c'était important.
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
avec l'aimable autorisation de P.Kirool

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Miss souris » mar. 3 avr. 2018 20:51

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par enufsed » dim. 8 avr. 2018 09:50

J'ai lu tout ton post Victor.

Dans un premier temps il y a eu un doute, mince je ne me souvenais pas d'avoir posté un truc si long dernièrement, et puis j'ai vu que c'était toi. Ensuite quelque chose de bizarre m'a submergé : ce type a piraté une grosse partie de ma vie ! Je m'apprêtais à consulter Hadopi (pensant à cet instant fournir à cette instance sa première réussite et capture de violeur de copyright et ainsi justifier devant l'éternel les millions dépensés pour son fonctionnement) et là je me rends à l'évidence, tu es mon aîné et pourrais invoquer ta date de conception pour retourner l'accusation de plagiat contre moi.
Et s'il n'y avait pas malversation ? Si de facto nous avions coincé nos pieds méticuleusement dans les mêmes branches / souches / pierres ? Là effondrement de l'ego...je ne suis donc pas unique puisque j'ai des multi...mais peut-être est-ce différent ? peut-être sommes nous exceptionnels, un peu loosers certes, mais loosers exceptionnels :clin:

Voilà donc, encore une personne ajoutée sur la liste de celles avec qui je dois décidément boire une bière un jour (ce forum sera probablement la cause de l'effondrement futur de ma ceinture abdominale), mais bon, on s'enverra notre photo avant...je veux être sûr que nos similitudes ne sont que vécues et pas physiques :huhu:

PS : il y a du Cendrars dans ta diction (enfin je t'ai imaginé avec sa tête et sa clope en lisant)

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dark Vadrouille » dim. 8 avr. 2018 12:29

Bonjour à toutes et à tous,

Les premiers murmures viennent du CM2, à cette époque la directrice de l'école n'est autre que mon instit', j'ai passé toute ma scolarité en étant 1er de la classe et en faisant énormément de bêtises (j'y reviendrai). Lors du passage en 6ème, la question de mon affectation dans l'un des 2 collèges de la ville se pose, en effet j'aurai dû aller dans le collège de cas soc' car c'était le secteur dont je dépendais mais cette année là, la sectorisation fit que je devais aller à l'autre collège, jusque là parfait.
Cependant ma mère par soucis d'équité avec ma grande soeur, qui était allée dans le mauvais collège, voulu que j'aille dans le même établissement, et moi d'approuver, après tout je suis pour l'égalité aussi. Bref ma directrice appelle ma mère et réussit à la convaincre de me mettre dans le bon établissement car je cite : "je n'ai qu'une élève comme lui par, et il pourra faire ce qu'il veut plus tard). J'ai vécu avec cette croyance :)

Le collège, bien que je ne travaillais pas franchement, j'ai toujours eu de très bons résultats, mais sans me poser de question, moi je voulais jouer avec mes copains. D'ailleurs des copains j'en ai toujours eu pleins, mais bizarrement, je n'ai pas d'ami. Aujourd'hui d'ailleurs je pourrai dire que je n'en ai qu'un...et le pire c'est que c'est un sociopathe ou pas loin !

Le lycée, aucun travail de fourni mais j'ai eu le bac avec une note très moyenne (11 et quelques), c'est ce qui comptait. Ma seule attente de cette période était d'avoir enfin des cours de philo (détail amusant, le contenu de la philo en bac technique est proche de 0 et qui plus est la prof de philo était ma prof principale, autant dire qu'on a principalement parlé d'autre chose que de philo...tsss).

Passage en DUT informatique, je me sens pas du tout à l'aise la dedans car il faut bosser très vite (et je n'ai jamais appris à bosser) et en plus il faut réfléchir comme un robot pour créer les programmes, et il faut bien le dire à l'époque les algorithmes c'était pas franchement ma tasse de thé. Bref 1er semestre vraiment nul (peut-être 5 de moyenne). J'ai quand-même bosser durant 2 semaines avec une fille de ma classe avec qui j'étais très proche (mais pas assez, je suis trop maladroit dans la séduction), résultat j'ai rattrapé un semestre sur ce laps de temps, c'était même marrant de réfléchir un peu.
J'ai tout de même quitté le DUT car j'étais sacrément nul, pour retourner dans mon ancien lycée passer un BTS en Electrotechnique. Ce fut 2 années vraiment inintéressantes, car j'avais tout oublié et franchement pas envie car je détestais ce lycée. J'ai quand-même daigné bosser 10 jours avant les exams car j'avais promis à ma mère que j'aurai mon diplôme !!! Que j'ai eu d'ailleurs.

Enfin voila, j'ai bifurqué en licence commerciale en alternance que je n'ai pas terminé, alors je suis allé travailler.

ça fait 10 ans que je travaille, changeant d'agences où de sociétés tous les 2 ans (je reste dans le même domaine). A chaque fois le même constat, je m'intègre très vite, tout le monde me trouve marrant et sympa (normal je fais le con tout le temps), et surtout j'apprends vite, les anciens me posent même des questions alors que ce sont eux les référents, je n'ai pas de mérite, j'ai de la mémoire et vu que je suis une grande feignasse, je mémorise encore plus pour aller plus vite...

Je suis arrivé en Octobre dernier dans une filiale du groupe pour lequel je bosse (au lieu de vendre du matériel d'électricité générale, je me spécialise en éclairage architectural). Je n'y connais rien mais en un mois, mon boss me chope en fin de journée pour me dire qu'il est hyper content de mon intégration comme si j'avais été toujours là, il veut aussi me donner un peu plus de boulot (je suis un grand naïf mais alors dans le boulot, si on ne me paye pas, je ne fais pas plus que ce que l'on me demande). Donc j'ai continué mon train-train, l'ennui s'installant peu à peu. Je fais un boulot dont le domaine est vraiment cool, mais dans la forme il n'y a aucun sens. J'accumule exprès le boulot histoire d'avoir un flux un peu plus important à faire d'un coup (je ne sais bosser que dans l'urgence, mes études l'ont démontré).
Entre 2 dossiers, je vais sur internet, lisant des forums divers et variés. Et puis un jour, c'est le drame, je tape le mot "surdoué" et commence à lire les articles de l'express, de l'huffigton post, etc, et je commence à trouver quelques similitudes avec moi. J'en viens à taper un jour "surdoué au travail", et là ça commence vraiment à me parler, s'en devient troublant.

Je passe tout de même outre, après tout, oui je suis intelligent, mais pas trop non plus, j'ai des facilités et ça s'arrête là, c'est même déjà plutôt pas mal.
Un grand besoin de ré intellectualisation se fait sentir, du coup je suis allé m'acheter "Ainsi parlait Zarathoustra", que je voulais lire depuis des années (et puis quand je ne vais pas bien j'aime lire du Nietzsche ^^), ainsi que le "Seigneur des Anneaux", et m'étant un peu renseigné j'ai pris également "Trop intelligent pour être heureux".
J'ai lu le fameux bouquin, me retrouvant pas mal sur certains points de mon enfance, mais pas du tout dans l'hypersensibilité, l'empathie (bien que je cerne super bien les gens) et l'étrange pensée en arborescence...je fais pleins d'associations d'idées, beaucoup moins depuis que je bosse car j'ai l'impression d'être un zombie décérébré, je passe du coq à l'âne, mais jamais au grand jamais je n'ai eu la sensation qu'une idée en entraînait plusieurs et ainsi de suite.

Les grands murmures sont donc arrivés ces derniers mois. J'ai fait mon petit boulot d'introspection, repensant à la crèche dont j'ai quelques bribes de souvenirs, à la maternelle (quand j'ai commencé à écrire mon prénom "Adrien", je disais que le A c'était la tour Eiffel qu'on venait de visiter avec l'école).

Je vous disais qu'en primaire j'étais le 1er de la classe, le petit intello et chouchou des maîtresses de surcroît, c'était vrai, mais pas que !
J'étais avant tout un petit fou fou, je faisais des conneries énormes que je vais vous énumérer.
En CP : j'ai jeté ma table dans la classe (me souviens plus pourquoi), ce qui m'a valu un joli tour chez le psy scolaire. J'ai tellement flippé des conséquences (je pensais qu'on me retirerait de la garde de ma mère). Je crois que le psychologue m'a fait passer un test, j'ai le souvenir des fameuses tâches de Rortruc, et je crois même que j'ai du lui dire que je ne voyais rien, pour ne pas passer pour un dingue. Bilan, soit disant il est en ressortit que j'étais un enfant très intelligent. D'ailleurs, après quand j'ai appris à écrire, je disais je m'appelle Adrien et je suis très intelligent, lol. Un truc bizarre en CP aussi, j'allais au tableau pour seconder la pauvre institutrice car "Adrien ne comprend pas que les autres ne comprennent pas", j'ai vite arrêté, ça ne passait pas trop...
En CE1, j'ai fait une fugue de l'école. A la sortie d'un film que nous étions allés voir, une des maîtresses me dispute car je n'étais pas bien dans le rang, je me suis énervé et lui ai dit "J'en ai marre de cette école de merde" et zou, je suis partis en courant, traversant rond point, routes et trottoir. J'ai réussi à trouver une petite cachette pour me reposer et vit passer ma maîtresse complètement paniquée à l'idée de m'avoir perdu. Ne voulant pas qu'elle ai des soucis par ma faute, j'ai fait volontairement du bruit pour qu'elle se retourne et me découvre.
En CE2, j'ai presque fait tomber la maîtresse un jour où je n'étais pas content. Une autre fois à la cantine, une des surveillantes commence à me prendre la tête car je mangeais trop de pain, et que le pain ça fait grossir (j'étais une petite patate en primaire, avec les dents de lapin en plus haha). Moi piqué au vif, sans aucune hésitation, attrrape mon verre et lui balance au visage, verre qui finira en mille morceau juste à côté. Je suis partis dans le couloir où j'essayais de m'agripper au mur pour ne pas qu'on m'emmène une fois encore chez la directrice. Ils s'y sont mis à 3 pour décoller Spider Man !
En CM1, RAS, la maîtresse c'était une peau de vâche, elle ne blaguait pas. Ah si, j'ai triché à une auto-dictée car ça m'avais gonflé d'apprendre. Me suis fait balancer par le 2ème de la classe. Il avait fait ça sans aucune finesse, donc j'ai de suite grillé la manoeuvre, qu'à cela ne tienne !!!
En CM2, j'ai organisé une grève dans la classe et je ne m'en remets toujours pas, même si c'est si futile. En effet, un jeudi sur 2 notre classe devait aller en sport, l'autre classe de CM2 prenant l'autre jeudi. Or un jour, notre cours de sport a dû sauter pour je ne sais quelle raison au profit de l'autre classe. Me sentant floué pour ma classe et pour moi, que le contrat moral soit ainsi rompu, provoqua un grand sentiment d'injustice en moi. Ni une ni deux, j'ai motivé toute la classe à ne pas travailler, ils m'ont tous suivi mais se sont bien sur remis au boulot lorsque la maîtresse a menacé d'écrire un mot à nos parents. Je fus donc le seul à protester, m'asseyant sur une commode et attendant la fin de la journée. Ma mère convoquée, j'ai dû à contre coeur présenter des excuses dont je ne pense toujours aujourd'hui pas un seul mot.
J'ai réussi à me venger du petit con qui m'avait balancé en CM1, car un jour où la prof s'absenta quelques instants, j'ai provoqué ce gros boulet, il voulut me foncer dessus, je me suis facilement écarté et l'ai poussé sur une des commodes de la classe. Il a fait tomber les bocaux de billes et je l'ai ensuite balancé à la maîtresse quand elle fut revenue dans la salle. Je n'aime pas ça, mais c'était ma petite vengeance envers quelqu'un de pas correct...

La primaire aura au moins le mérite de me laisser de bons souvenirs et des histoires drôles à raconter.

Enfin voila, aujourd'hui j'ai quasi 32 ans, mes potes sont des boulets qui ne savent pas faire autre chose que de boire. Je ne peux discuter de rien car mis à part trouver que je sors ma science et que je suis prétentieux, il n'y a rien d'autres de constructif. Alors depuis des années, je m'emploie à me fondre dans la masse, prenant sur moi pour ne pas trop l'ouvrir (tant au boulot qu'avec mes fameux potes). Je ne suis pas du tout timide, même plutôt extraverti, mais je suis incapable d'aller de moi-même vers les autres pour créer des liens. Les conversations bateaux des gens m'ennui à mourir et cette façon de créer de la socialisation que je connais parfaitement m'est juste impossible. Tout juste lorsque je parle à quelqu'un et ça me fait plutôt chier, je me vois entrain de tirer une sale tronche et du coup je me force à ouvrir grands les yeux tout en souriant pour être polis. Pourtant mes interlocuteurs n'ont pas cette délicatesse avec moi, si j'emploi un mot un peu trop compliqué, où un thème hors de leur zone de confort, paf, je vois les visages qui se tournent, ils essayent de passer outre les bougres.

Pour terminer, parce que bonjour le pavé et les extraits de biographie, j'ai été tellement empreint de naïveté à vouloir aider les gens dans mon enfance, j'ai toujours été d'une grande lucidité malgré tout, aujourd'hui, je suis blasé. Blasé par mon métier et les opportunités ridicules qui sont proposées par un système de travail français trop figé, blasé par la lobotomisation des gens et leur superficialité, blasé par la décadence de notre société, sa déliquescence et nos conditions de travail qui petit à petit redeviennent des conditions de révolution industrielle...

Je vais m'arrêter là, car j'ai écrit sans construire de structure narrative plaisante à lire, donc je pars un peu dans tous les sens, et puis je ne vais pas tout raconter au 1er message hein :)

Merci de m'avoir lu en tout cas.

Amicalement,
Dark Vadrouille

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VictorMenard
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par VictorMenard » dim. 8 avr. 2018 16:45

Hors-sujet
@enufsed : La dissolution d'ego fonctionne dans les deux sens, camarade ! D'ailleurs, as-tu premiermurmuré toi-même, que je me rende compte ? Et tu m'envoies ça dans la face, une expérience quasi-métempsychique la veille de mon compte-rendu, alors que ma pauvre âme est déjà toute rabougrie ; tu n'as pas honte ?

Cendrars, pas beaucoup lu. L'or, Moravagine ... c'est parti un peu loin. Mais on m'a dit de pires choses de ma prose, c'est sûr :$. Et tu as bon pour la clope : apprendre à m'en passer sera mon prochain chantier une fois que j'aurais le tampon de la préfecture pour les excès de vitesse mentaux.

Je te rassure quand même à propos de notre possible clonage : nos avis divergent (et comme tu sais, c'est beaucoup) sur le cinéma, ce qui devrait suffire à dissiper le doute. Pour la bière, ma foi, si l'univers parvient à changer suffisamment pour me faire sortir de chez moi, je suppose que je pourrai faire une entorse au régime sec que je respecte depuis quelques années. Et ce sera(it) avec plaisir : j'ai des tas de trucs à te demander sur le cinoche. Pour commencer.
Autrefois j'étais indécis, mais à présent je n'en suis plus aussi sûr.

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