Pseudosciences : quel crédit leur porter ?

Mathématiques, sciences humaines, anthropologie, écologie, biologie, génétique, médecine, ou encore philologie, linguistique, grammaire et autres. La vaste partie consacrée aux sciences dans leur ensemble, et dans leur unicité.
Avatar du membre
baptiste
Messages : 468
Enregistré le : mar. 22 mars 2016 23:38
Profil : Diagnostic +
Test : WISC

Re: Pseudosciences : quel crédit leur porter ?

Message par baptiste » jeu. 16 nov. 2017 07:42

Le chamanisme est un sujet que je connais plutôt bien puisque je pratique depuis plus de 10ans.

C'est l'archétype d'une chose qui m'a posé un gros cas de conscience. En effet, au delà du fait que j'ai pratiqué personnellement un certain nombre "d'expériences" (qui n'ont aucune valeur scientifique), on sait que ça marche de manière empirique.

Parce que par exemple pour déterminer que la combinaison de deux plantes toxiques (parmi les milliers que compte la forêt amazonienne) a un effet curatif sur telle maladie, il faut soit un nombre monstrueux de test (avec quantité de morts) soit une certaine guidance.

Mais au niveau scientifique il n'y à rien de prouvable ni de concret. Et c'est tant mieux si ça reste du domaine de la croyance. La plupart des "shaman" (j'aime pas ce mot) ne demandent ni explication ni ne cherchent à justifier leur pratique de quelques manière que ce soit. Ils demandent juste qu'on leur foute la paix et qu'on les laisse pratiquer tranquille.

D'une manière générale les shamans qui cherchent à justifier leur pratique avec de pseudos arguments scientifiques sont les mêmes qui vont réclamer 100euros pour un soin qui devrait être gratuit. c'est un excellent moyen de détecter les charlatans.
A cause de mon mode de vie mon accès internet est sporadique donc pas de panique

Avatar du membre
Za
Messages : 2944
Enregistré le : lun. 15 avr. 2013 12:25
Présentation : C'était moi...
Profil : Diagnostic +
Test : WISC

Re: Pseudosciences : quel crédit leur porter ?

Message par Za » ven. 17 nov. 2017 08:27

baptiste a écrit : D'une manière générale les shamans qui cherchent à justifier leur pratique avec de pseudos arguments scientifiques sont les mêmes qui vont réclamer 100euros pour un soin qui devrait être gratuit. c'est un excellent moyen de détecter les charlatans.
Ça paraît logique : pour faire payer un service, il faut un minimum de preuves de son efficacité.
Or le chamanisme relève d'une pratique spirituelle (arrête moi si je me trompe). Si on l'aborde vraiment sous cet angle, alors il n'est pas question de preuve ni de service. On ne lui demande pas non plus une efficacité, c'est une démarche tout autre, à laquelle on adhère ou pas.

C'est pourquoi j'ai souvent tendance à dire que certaines pseudosciences sont aussi des pseudospiritualités : elles dévaluent en effet autant la science que la spiritualité. Et c'est très souvent pour des questions de marchandisation.

Ce qui est ironique, c'est que les charlatans existent aussi dans le domaine scientifique "sérieux", reconnu, universitaire ; et que s'ils versent dans la pseudoscience c'est en général pour les mêmes histoires de fric (et éventuellement de reconnaissance). Les histoires de blanchiment de fraude scientifiques sont légion, et très souvent des voix s'élèvent pour dénoncer la médiocrité trop fréquente des articles de grandes éditions scientifiques, et la légèreté de leurs conclusions...
J'ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l'oiseau sur la tête...
J. Prévert

Avatar du membre
baptiste
Messages : 468
Enregistré le : mar. 22 mars 2016 23:38
Profil : Diagnostic +
Test : WISC

Re: Pseudosciences : quel crédit leur porter ?

Message par baptiste » ven. 17 nov. 2017 08:51

Je dirais plutôt que dans le cas du shamanisme, comme dans beaucoup de domaines empiriques on recherche avant tout une efficacité.

Le shamanisme est une spiritualité utilitaire qui répond à un besoin (trouver de la nourriture, soigner une maladie...) chaque cérémonie pratiquée à un but.

Le chamanisme ne cherche pas d'explication, ni de justification c'est un outil qui fonctionne même si on ne sait pas pourquoi.

De la même manière j'ai tendance à privilégier rebouteux et guérisseurs dans pas mal de cas car pour moi (c'est mon opinion qui n'engage que moi) ils sont souvent plus efficace que la médecine traditionnelle.
A cause de mon mode de vie mon accès internet est sporadique donc pas de panique

Avatar du membre
Armie
Messages : 615
Enregistré le : jeu. 11 déc. 2014 14:39
Profil : Diagnostic +
Test : WAIS
Âge : 34

Re: Pseudosciences : quel crédit leur porter ?

Message par Armie » dim. 19 nov. 2017 12:37

Passionnant débat, merci Nono et les diverses intervenants de ce fil. J'en profite pour transmettre un peu des questionnements épistémologiques que j'ai appris/réfléchis ces derniers temps.

Pour moi, il existe une ligne de faille entre les sciences formelles ou empirico-formelles qui se basent sur le raisonnement hypothético-déductif pour conclure et amasser des connaissances, et les sciences herméneutiques qui cherchent à interpréter la signification de faits bruts, par un raisonnement inductif.

Pour faire simple, on aurait d'un côté la physique, la biologie, et les autres sciences dures, qui regardent le réel, construisent une théorie, puis un modèle expérimental, et réalisent une expérimentation dont les résultats vont confirmer ou invalider notre hypothèse. Et on avance petit à petit, une théorie restant d'actualité uniquement parce qu'elle résiste encore aux tentatives de réfutation. (Donc, en toute logique, la science est humble et ne clame jamais la "vérité").

De l'autre, on aurait par exemple l'histoire, l'anthropologie, et les autres sciences humaines qui regardent le réel, observent les faits, et en déduisent une théorie explicative de ces faits. Et ça ne va pas plus loin, parce que, de fait, il est difficile voire impossible de mettre cette théorie à l'épreuve d'un modèle expérimental...
Sauf que c'est Karl Poppers qui a soulevé le fait que même si on accumule mille observations qui vont dans le sens de notre théorie, ça ne prouve pas qu'elle est vraie puisque notre observation des faits est sélective, en fonction de la théorie qu'on cherche à prouver, et que donc, la démarche inductiviste n'est pas scientifique car irréfutable... Beaucoup des pseudo-sciences que vous avez évoquées entrent dans ce cas! (sauf qu'à l'inverse d'autres sciences humaines, elles tentent de s'attribuer certains attributs des sciences dures, et c'est là où le bât blesse).

Il y a des domaines du savoir qui sont écartelés par cette ligne de faille. Je pense à la psychologie: d'un côté on va avoir la psychologie scientifique (expérimentale, neurosciences...) qui va chercher en laboratoire les "lois" qui expliquent les comportements humains, avec toutes les questions de validité externe que ça soulève...
De l'autre on va avoir par exemple les théoriciens de la personnalité qui rendent compte du fonctionnement psychique en terme de structure (ex: pour Freud, le psychisme est constitué de trois instances, le Moi, le Ça et le Surmoi), mais sans que jamais on ne mette ces théories à l'épreuve des faits. (Difficile d'"observer" expérimentalement le Moi...) Ce qui pose des questions de scepticisme...

Et sur le terrain, ça se castagne! J'ai entendu en clinique psychiatrique un étudiant d'obédience psychanalytique qui me disait: "C'est incroyable d'être ici, tout ce que j'ai lu dans les livres, je l'observe chez les patients! C'est vraiment la preuve que c'est du solide!"
Je lui avais répondu: "oui sauf qu'un étudiant en neuroscience pourrait dire exactement la même chose que toi... " Biais de confirmation classique! En attendant, le réel nous échappe...

Et puis il y a autre chose. Le raisonnement hypothético-déductif comme "nec plus ultra", ça pose question... Comment on fait quand les causes et les conséquences se mélangent, sont intrinsèquement liées?...
Que ce soit pour rendre compte des interactions dans une famille, ou du fonctionnement d'un écosystème, ça montre ses limites! (cf Edgar Morin et le fonctionnement des systèmes complexes...)

Bref, pour la production de savoirs, j'accorde ma confiance à ceux qui ont cherché à vérifier ce qu'ils avancent et échapper aux biais de toute sorte, mais en dehors de la connaissance pure et notamment pour agir, je constate qu'il faut conjuguer avec bien d'autres incertitudes...

Répondre