Créer, toujours créer...

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Lali
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Créer, toujours créer...

Message par Lali » mer. 7 nov. 2018 17:27

Connaissez-vous cette citation de Pearl Buck ?

« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça :
une créature humaine née anormalement, inhumainement sensible.
Pour lui, un effleurement est un choc, un son est un bruit, une infortune est une tragédie,
une joie devient extase, l’ami un amoureux, l’amoureux est un dieu, et l’erreur est la fin de tout.

Ajoutez à cet organisme si cruellement délicat l’impérieuse nécessité de créer, créer, et encore créer
– au point que sans la possibilité de créer de la musique, de la poésie, des livres, des édifices,
ou n’importe quoi d’autre qui ait du sens, il n’a plus de raison d’être.
Il doit créer, il doit se vider de sa créativité.

Par on ne sait quelle étrange urgence intérieure, inconnue,
il n’est pas vraiment vivant à moins qu’il ne soit en train de créer. »


Je ne sais pas vous, mais , moi , quand j'ai lu cette citation, j'ai cru qu'elle était écrite pour moi...
ces mots collent totalement à ce que je ressens...
Je me sens hypersensible, au point de réagir excessivement à tout ce qui me touche...
et j'ai passé ma vie à essayer de chercher ce que je pouvais faire avec cette sensibilité excessive, à la traduire en actes ou en mots...
à me "vider de ma créativité", comme dit Pearl Buck.

Je ne me sens bien que si je suis en train de créer quelque chose, n'importe quoi...
un objet, un texte, une poésie, un jeu ou une nouvelle théorie ...

Est-ce que c'est aussi votre cas ?

Lali

P-s : Je ne savais pas trop dans quelle section inscrire ce sujet, si je me suis trompée, merci de me le signaler... :)
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Proxima » sam. 10 nov. 2018 12:15

Haha, cette citation m'a bien fait rire. Je m'y reconnais aussi sauf pour "un effleurement est un choc, un son est un bruit".
Mais pourquoi serait-ce anormal ? J'ai besoin que le monde soit beau, alors je l'embellis comme je peux. Je pense que le besoin de créer et en partie proportionnelle à la laideur/fadeur homnipresente.

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Lali » sam. 10 nov. 2018 15:01

Il y a, dans cette pulsion à créer, le désir d'embellir et de dépasser la fadeur de l'environnement, certes, mais aussi quelque chose de plus profond...comme une "urgence" à exprimer ce que l'on a à l'intérieur de soi...et qui pèse en nous si on ne l'extériorise pas...
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Pataboul » sam. 10 nov. 2018 15:05

J'avais déjà croisé cette citation, je m'y retrouve, et surtout je la trouve belle et profonde. Heureux qu'elle soit apparue ici.

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Dark Vadrouille » sam. 10 nov. 2018 16:28

Trop jolie citation en effet. Bien que je me sente à l'opposé d'elle :P

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Belgha » dim. 11 nov. 2018 00:16

Coucou Lali,

Donc si je comprends bien, tu ne crées que pour toi ? Ça ne répond qu'à un besoin strictement personnel ?

Mais au fait, que veux-tu dire par créer ?
Fabriquer ? Inventer ?
Ou plus simplement aller plus loin que ce qui a déjà été fait ?

Amitiés !

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Osia » dim. 11 nov. 2018 05:01

Je trouve ce texte violent. Je le trouve classificateur, réducteur, pessimiste, et violent !
«une créature humaine née anormalement» ? «une infortune est une tragédie» ? «l'erreur est la fin de tout» ? «il n'a plus de raison d'être» ? «il n'est pas vraiment vivant à moins qu'il ne soit en train de créer» ? «il doit» ? «il doit» ??? :fubar:
J'ai l'impression en lisant ce texte que l'artiste est un spécimen enfermé dans la boite de Schrödinger et que son existence et sa non-existence sont déterminées par ce que l'auteur trouve art, cette impression étant renforcée par le listing des arts reconnus par l'auteur lui-même.
Moi artiste de l'art du découpage des légumes en julienne...
Pearl Buck a écrit : il doit se vider de sa créativité.
Je me sens en désaccord avec cette phrase assez pour aller creuser et y revenir plus tard si besoin.
De ce que j'en observe, j'ai tendance à penser qu'avant de vouloir se vider de leur créativité, les artistes cherchent à la faire croître, évoluer, et qu'ils la nourrissent en ce sens. Le partage ne permet pas de "vider", il enrichie.
Les artistes, à défaut de pratiquer "leur art", déportent leurs capacités créatrices dans d'autres domaines.

Bref... C'est un joli texte à survoler. A creuser, il me parait trop réducteur dans sa vision de l'artiste. Je ne connais pas l'auteur, je me trompe peut-être :)
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Lali » dim. 11 nov. 2018 10:07

@Osia : L'auteur, Pearl Buck est écrivaine et a écrit de nombreux livres, qui, presque tous, se passent en Chine. Je l'ai beaucoup lue pendant mon adolescence. Elle est née en 1892 et on peut dire qu'elle est "d'une autre époque"...époque où l'on ne prenait pas certaines précautions oratoires (dérivées de la psychologie), et c'est peut-être la cause de ton ressenti. Il faut la resituer dans son contexte. De plus, c'est traduit de l'anglais.

Le mot "vider" peut intriguer, mais moi, je le vois plutôt comme "évacuer un trop-plein"...quand ça "déborde" (d'idées, de projets...etc),
on est obligé de "vider"...

@Belgha : Non, je ne crée pas que pour moi ...
J'ai un métier (enseignante) qui me met en rapport avec beaucoup de gens ce qui me permet de partager ce que je fais...
et puis, j'ai aussi beaucoup créé dans un petit groupe d'amis (eux aussi assez prolifiques) , ainsi que de façon plus large...sur internet.

J'appelle création tout ce qui amène du "nouveau"...du "jamais vu"...
Cela va du bricolage d'un petit objet...à des choses beaucoup plus intellectuelles, en passant par l'écriture d'un texte ou d'une poésie.
Je suis toujours en train de me demander ce que je pourrais créer, c'est un peu mon "moteur" dans la vie
et je me demandais tout simplement si c'était une caractéristique personnelle...ou pas, et si d'autres, ici, avaient le même "moteur".
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Grabote » dim. 11 nov. 2018 10:42

:D Bah ma pauvre Lali, désolée mais j'ai bien peur que tu sois la seule dans ce cas par ici :huhu:
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Lali » dim. 11 nov. 2018 10:57

J'en étais sûre !!! :huhu:
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Osia » dim. 11 nov. 2018 11:17

Hors-sujet
Lali a écrit :
dim. 11 nov. 2018 10:57
J'en étais sûre !!! :huhu:
Reste à définir le type de moteur...
Lali, merci pour l'éclaircissement à propos de l'auteur :)

Je vais lire quelques trucs d'elle, je prendrais le temps de venir répondre ensuite :)
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Belgha » dim. 11 nov. 2018 13:02

Non Lali, tu n'es pas seule dans ce cas (j'espère ne pas te décevoir en t'annonçant cela).

Je suis romancier, compositeur de musique, constructeur de machines, développeur, inventeur de recettes de cuisine, sans parler des milliers de bricoles que je fais qui ne seraient jamais venues à l'esprit de personne dans mon entourage.
Et plein d'autres personnes sont du même tonneau.

Le "trop plein à évacuer", oui, je comprends. Mais ce n'est pas que cela. Comme le ressent justement Osia, c'est très réducteur. Personnellement, je trouve que ça fait un peu "vessie à vider d'urgence" :devilish:
Il n'y a donc pas que cela.
Il y a aussi que l'on trouve que les choses ne sont pas comme elle le devraient, alors on les réinvente. Personne ne le fait, alors on s'imagine que c'est un devoir qui nous incombe personnellement.
On entend des musique et l'on se dit : "oh, mais pourquoi est-ce toujours pareil jusqu'à la fin?" ou bien : "Ici ce sont des chœurs qu'il aurait fallu faire entendre", ou encore : "Trop long! trop long, il fallait abréger ce passage!" Alors on le réécrit complètement à sa manière et là, ça devient juste (ou pas, mais on aura essayé).

Ainsi la question qui se pose est : mais comment alors devraient être les choses (et pas seulement en musique, mais en tout), puisqu'ainsi elles ne me conviennent pas ? Et puis après tout, ce n'est peut-être pas à moi qu'elles ne conviennent pas mais à d'autres, des proches, des pairs, des collègues, ou bien encore des gens que l'on ne connait pas, que l'on n'a jamais vus, mais qu'il nous semble aimer ?

Voulais-tu que l'on étudie l'extrait de Pearl Buck, ou bien aborder de manière plus personnelle la question de la création ?
En fait, je suis stupide : vous pouvez répéter la question s'il vous plait ? :huhu:

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Lali » dim. 11 nov. 2018 14:38

La citation est un texte que j'aime beaucoup...mais c'est surtout une introduction...
pour parler de la créativité des uns et des autres...de leur démarche créative
et éventuellement de leurs différents loisirs et hobbys "créatifs"...

J'aime bien ce que tu dis sur le sentiment que tu as, "le sentiment les choses devraient être autrement"...c'est intéressant.
C'est un sentiment qui ne m'est pas inconnu, loin de là.

Mais si je m'interroge sur moi-même, je crois que cette sorte d'insatisfaction est rarement le point de départ de ma démarche de création...
Moi, je me dis plutôt des trucs du genre : "Tiens, personne n'avait jamais fait de lien entre ces deux choses-là...
ce serait intéressant de les mettre ensemble et de voir ce que ça donne..."

Exemple : j'aime la musique et la cuisine... et j'écris une recette "en chanson" pour pouvoir la retenir plus facilement...
tu vois le genre ?
Chez moi, ce n'est pas de l'insatisfaction par rapport à ce qui existe, mais une envie de "combiner" les choses différemment...
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Tamiri » dim. 11 nov. 2018 16:33

J’avais pour ma part compris la question de la manière suivante : trouvez-vous que la citation fait écho à votre ressenti ? Ou s’y oppose, ou encore vous laisse indifférent(e)... Et bien que celà semble sortir des limites du sujet, je crois que le contexte de la citation fait lui-même partie de la question.
En l’occurrence, les propos de personnes revendiquant une définition de ce que sont l’art et l’artiste ou de ce qu’ils ne sont pas, exprimés de manière péremptoire, abondent au moins jusqu’à dernier quart du vingtième siècle sans que celà ne choque grand-monde - ou plutôt, paradoxalement, en heurtant de plein fouet (sous l’angle des convictions, de la sensibilité, voire de la susceptibilité) les tenants de « théories » adverses, le tout alimentant petites et grandes controverses artistiques selon un mécanisme bien rôdé depuis au moins le XVe siècle (je ne sais pas grand-chose des périodes précédentes sur ce point et laisserai quiconque est plus instruit que moi nous éclairer sur ce point).
Or, quand j’étais ado, j’avais tendance à idéaliser lesdites controverses, me demandant dans quel « camp » j’aurais été : dans la Querelle des bouffons, dans la « bataille » d’Hernani, ou à la construction du centre Pompidou... Pour réaliser assez rapidement que cette façon de me projeter était fondamentalement artificielle puisque forcément liée au regard rétrospectif qu’il m’était loisible de porter, contrairement aux personnes du temps.
Or dans pareille controverse, peu de gens prenaient la peine de commencer leurs phrases par « je pense que » ou « à mon humble avis », conscients qu’ils étaient que de toutes façons leurs contradicteurs en feraient autant. Et personnellement donc, je me garde de porter un jugement sur pareil usage. Quant à celui, réputé plus récent, consistant justement à assortir ses propres assertions d’une de ces formules en relativisant la portée : je n’ai pas l’impression qu’il soit réductible à une simple précaution oratoire ou à une convention. J’ai plutôt l’impression que c’est devenu un très efficace outil dialectique, une sorte de progrès méthodologique qui me plait beaucoup, à savoir : une clef de lecture des propos d’autrui. Dans ce fonctionnement, une assertion « brute de décoffrage » désigne une information vérifiée et vérifiable : si je ne le savais pas, j’apprends quelque-chose... et si au contraire je me permets de remettre en cause, c’est parce que je dispose d’une information qui relativise ou réfute l’affirmation. Si au contraire la phrase est assortie d’une formule de type « à mon avis », c’est, inversement, que mon interlocuteur m’invite à la discussion et à l’éventuelle controverse, en annonçant qu’il s’avance au moins partiellement sur le terrain de la prise de position.
Dans le même temps, on peut désormais plus facilement envisager les propos « péremptoires » des « anciens » en toute connaissance de cause, je crois, parce qu’au moins pour une partie des gens, on n’envisage plus l’histoire du champ culturel de manière téléologique. Je me souviens d’avoir entendu des profs, jusque dans les années 1990, évoquer les controverses artistiques du passé en assénant systématiquement des jugements de valeur, du type : les tenants de l’impressionnisme avaient raison et les tenants de l’art pompier avaient tort - quand ce n’étaient pas tout simplement des préjugés ramenés à la vie par Milos Forman. :huhu: (« Mozart est formidable, Salieri est médiocre ») :huhu:
Il y a probablement maintenant une (très) relative tendance en faveur du relativisme, qui fait au moins qu’il semble au moins possible pour chacun d’avoir sa propre définition de la motivation créatrice et du champ artistique en général. Relativisme qui d’un côté pourrait à terme restituer sa place au goût individuel du spectateur, en permettant au moins partiellement de diminuer le poids du jugement collectif et institutionnel (dans trois domaines qui m’intéressent, le cinéma, l’opéra et le patrimoine technique, les deux dernières décennies ont partiellement conjuré le mauvais sort qui s’attachait aux « petits maîtres » envoyés au purgatoire par la postérité immédiate au nom de la lecture héroïque et téléologique de l’Histoire qui se chargeait de nommer les « grands » et de négliger les autres). Relativisme dont j’ai aussi l’impression qu’il peut engendrer facilement de nouveaux désagréments. Par exemple, allez aujourd’hui critiquer négativement, avec un argumentaire solide et crédible mais de manière radicale, une expression artistique fortement liée à un groupe social, il est probable que vous vous prendrez des reproches sans aucun lien avec la critique d’art proprement-dite...
En substance, je ne sais pas, pour ce qui me concerne, s’il convient de regretter ou non le temps où Pearl Buck ou d’autres s’échangeaient des déclarations plus ou moins fracassantes, sans prendre de pincettes, sur ce que devait être l’acte de création création authentique (propos dans lesquels on peut donc également lire ce qu’il n’est pas...). Celà n’a probablement jamais cessé, mais je n’ai pas l’impression que ça soit toujours aussi visible - ou alors c’est tout simplement parce que je ne me tiens pas au courant des controverses actuelles. Aussi paradoxal que celà puisse être, j’ai pour ma part une culture plutôt académique, et me trouverais dans le même temps fort aise que l’on s’abstienne ici-et-là de vouloir asséner à autrui des tentatives de définition de ce qu’est l’esprit créatif, surtout quand de telles affirmations s’appuient sur l’argument d’autorité ou sur celui du nombre. En tout état de cause, je lis sans déplaisir un propos péremptoire du XIXe siècle car je le place dans son contexte et puis par ailleurs en juger de manière rétrospective, avec bien plus de facilité que les lecteurs du temps pour ce qui est de la capacité à prendre du recul ; en revanche je dois avouer que pareil propos, s’il provenait d’un de mes stricts contemporains, m’agacerait assez fortement.


Sur le fond de la question maintenant :

Je conçois assez bien cette idée de trop-plein à évacuer. Je pense qu’il s’agit chez moi avant tout d’un trop-plein d’émotions relativement conventionnelles, un besoin forcené de ressentir et de verser des larmes d’émotion - l’expression physique la plus fréquente chez moi - de manière assez « premier degré », sans que ça ne soit forcément relié à une intention ou à une dimension réflexive ou intellectuelle. Je veux dire par là que je n’entends pas contribuer à améliorer le monde avec ce que je pourrais produire, me contentant de la très relative forme de militantisme que consiste le fait de ne m’attacher qu’à des sujets qui n’entrent pas en contradiction avec mes propres valeurs.
De sorte, également, que l’intention de créer du nouveau m’est relativement étrangère, tant sur la forme que sur le fond : je me contenterais très facilement de me réapproprier des langages existants, et même de simplement les pasticher, n’ayant pas encore eu la sensation qu’il fallait forcément des expressions inédites à mes émotions. Je crois que je fonctionne un peu comme les architectes du courant éclectique au XIXe, j’ai pour l’instant l’impression que réassembler les éléments de grammaires existantes et déjà anciennes, y compris pour leur faire porter un propos inédit, ne constituerait ni une contrainte ni une limite pour moi. Charles Garnier, quoi... avec en plus cette même attitude dans le domaine technologique, que cette prestigieuse référence n’aurait pas, à savoir, je m’intéresse effectivement à la technique, mais j’ai passé une partie de ma jeunesse à gribouiller des réinterprétations à peine modernisées de concepts existants qui m’interpellent ou me fascinent plutôt qu’à rechercher l’innovation proprement-dite. Et ceci étant dit, en me plaçant du côté du public et non de la création, dans le même temps, je m’intéresse à l’art contemporain et j’aime en particulier me laisser surprendre par l’art conceptuel et le ready-made, entrer dans leur jeu référentiel... sans pour autant éprouver le besoin d’en réaliser par moi-même.
Mais si l’on en vient à la pratique, maintenant, celle-ci est chez moi une souffrance. Ça n’est jamais libératoire ni même vraiment agréable. La faute, probablement, d’une part à ma forme d’intransigeance, d’autre-part à mon incommensurable fainéantise.
La première fait que tout ce qui ne me satisfait pas file directement à la poubelle. La deuxième fait que jamais au cours de ma vie je n’ai eu suffisamment de détermination pour m’astreindre à l’apprentissage des savoirs-faire techniques qui me manquent (par exemple je n’ai jamais eu le courage d’affronter les matières théoriques au conservatoire, ni à l’école les matières scientifiques qui auraient pu me mener à l’ingénierie, alors même que je me passionne pour pas mal de domaines industriels et techniques). Ça aurait été pareil dans n’importe-quelle discipline. En fait de quoi, forcément, n’ayant pas les moyens de mes ambitions, ayant par ailleurs un temps libre limité par mes besoins de sommeil quelque-peu atypiques et une assiduité à la tâche très réduite dans tous les domaines, dès que je commence à gribouiller quelque-chose, n’ayant pas les moyens de mes ambitions, je trouve ça invariablement mauvais et je le jette à la poubelle dès le lendemain, avec une envie de ne surtout pas y revenir tant j’en ai honte. Et par ailleurs, forcément, par manque d’aisance technique, l’élaboration elle-même est laborieuse, lente, pénible, tâtonnante, de sorte que pour une feignasse congénitale, ce n’est évidemment d’aucun agrément.
En conclusion... j’ai à ma façon ce sentiment de trop-plein à écluser, et n’ai paradoxalement rien fait pour, ou plus précisément, jamais rien mené à son terme et jamais rien gardé. Ma production artistique (posture d’interprête mise à part car j’ai quand même fait de la musique à une période de ma vie, en tant que simple interprète) se résume à zéro ou presque : je pense que les seules choses qui en subsistent doivent être quelques minuscules réalisations, petits dessins ou petits poèmes, destinés à des amis sur des cartes de vœux ou autres, à caractère généralement parodique et donc assez éloignés de mon registre émotionnel intime.

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Belgha » dim. 11 nov. 2018 18:37

Euh, bon… :sweat:

Tamiri, il va falloir que je relise encore plusieurs fois.
Ça m'a l'air complètement en marge du sujet - mais pas du tout hors -, et éminemment discutable, c'est ça qui est génial.
Merci pour ce petit discours bien construit.
I'm back soon!

P.S. : C'est quoi ton gin ? :huhu:

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Re: Créer, toujours créer...

Message par sanders » dim. 11 nov. 2018 18:41

Merci Tamiri pour cette passionnante explication de l'évolution du style langagier quant il s'agit de donner son avis sur un ou des artistes, leurs œuvres et ou ce que ça veut dire de l'être (artiste).

Je vais le relire car c'est dense et pour autant je trouve ça bien clair.
Soit on s'en sort et on invente nous-mêmes un destin, soit on continue dans la spirale du déclin.Thanh Nghiem

Je n'aurais jamais cru que ça se débloquerait tout d'un coup comme ça ! - Avr 2017, Napirisha (avec son autorisation)

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Belgha » dim. 11 nov. 2018 19:34

sanders a écrit :
dim. 11 nov. 2018 18:41
Je vais le relire car c'est dense et pour autant je trouve ça bien clair.
Ah, toi aussi ?
Ce n'est pas juste les trois gins-tonic que j'ai bus, alors ?

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Tamiri » dim. 11 nov. 2018 20:01

Belgha a écrit :
dim. 11 nov. 2018 18:37
P.S. : C'est quoi ton gin ? :huhu:
Le gin désinhibe la création ? Parce que bon, faut que j’essaie, alors... :D

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Lali » dim. 11 nov. 2018 20:42

@Tamiri : oui, le commentaire de la citation fait partie du sujet...pas de souci. :)

Ton texte "dense" (que j'ai néanmoins compris, sans problème...mais non sans surprise) fait écho au texte "danse" de Pearl Buck et il faut croire que chacun a sa sensibilité car, hum, je dois constater , à mon grand désarroi, que nous avons des lectures diamétralement opposées de ce texte. :wasntme:

Là où je vois une expression divinement poétique de la sensibilité exacerbée de l'intériorité de l'être doté d'un tempérament créateur, tu vois, et je ne m'y attendais pas, l'affirmation péremptoire et datant d'un autre siècle d'un(e) auteur(e) démodé(e), qui se permet, la prétentieuse, de poser des jugements définitifs sur la nature de l'art ???

Faut ptêt que j'aille...acheter d'autres lunettes...(c'est quelle marque , les tiennes ?) :lunettes9: :D :D
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Tamiri » dim. 11 nov. 2018 21:06

Précision, je ne trouve pas la citation démodée. L’essentiel de mon champ référentiel est souvent largement antérieur, et Pearl Buck représente clairement « les temps modernes », ceux de l’entrée de l’introspection dans le champ artistique. Mes propres références sont pour la plupart antérieures au symbolisme. En un sens, elle est donc au contraire trop moderne pour mes propres habitudes intellectuelles. En thuriféraire des nombreux artistes des XVIIIe et XIXe siècle envoyés au purgatoire par le XXe, je suis la dernière personne qui se permettrait de qualifier un(e) artiste de démodé(e) ou de périmé(e).
Le sentiment d’une affirmation péremptoire provient, de manière exclusive, à la formule (...) le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça. Et je ne lui reproche pas ce caractère apparemment péremptoire puisque comme tu le fais toi-même, je le replace dans un contexte où les prises de positions sur l’art s’expriment et s’échangent de cette manière. Au même moment, avant et après elle, des gens ont émis des positions ne s’encombrant pas plus de précautions, et nul ne songe à leur reprocher, on ne juge pas l’Histoire ! Pas plus que je ne nie son aspect poétique.
De toutes façons, je n’ai peut-être pas été assez explicite dans ma seconde partie mais sur le fond je suis assez d’accord. Le fond me touche, même si mon approche est infiniment moins introspective, et dans ma première partie, je ne m’intéresse donc qu’à la façon dont les théories sur l’art interagissent les unes avec les autres, et je n’en commente absolument pas le contenu.

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Belgha
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Re: Créer, toujours créer...

Message par Belgha » dim. 11 nov. 2018 21:30

Hors-sujet
Non, Tamiri, tu le sais l'alcool au contraire rend la création (ainsi que toute forme d'activité mentale ou physique) confuse et poussive. Il n'y a que ceux qui sont tombés dans le piège, qui croient que les psychotropes aident bien. Je l'ai vécu moi-même : lorsque tu es dépendant, tu ne peux rien trouver de mieux, et c'est la meilleure façon de renforcer ta dépendance.
Essaye donc le gin si tu veux, mais pas pour créer, ni pour rien de constructif. Juste un petit plaisir à ne pas trop souvent renouveler…
Je ne crois pas en tout cas que tu aies besoin de ça pour désinhiber ta faculté de création.
Pearl Buck a écrit :« Quel que soit son domaine de création, le véritable esprit créatif n’est rien d’autre que ça : … »
Ce texte est simplement une sorte d'exagération caricaturale, je crois. Nous sommes là peut-être encore dans une sorte d'expression romantique, ou gothique, plus précisément. Alors même si nous sommes historiquement aux débuts retentissants de l'introspection, je n'ai pas le sentiment qu'il y en ait dans ce texte.
Mais aujourd'hui fin 2018, nous avons été témoins de tant d'exagérations, de descriptions surfaites, de vaines violences langagières, que nous apprécions peut-être un retour au mot juste, mesuré, qui ne dit ni plus ni moins que ce que l'on veut lui faire dire. C'est aussi une sorte de petite victoire de la science ou du scientisme. Un désenchantement : exit la poésie, exit la sensibilité, place au calcul, aux pentiums et autres quad-cores. Quand 2 + 2 ne font plus 4, ce n'est évidemment pas de la poésie mais un bug - ou de la politique.
Alors, Lali, pourquoi citer Pearl Buck ?
Pourquoi ne pas essayer soi-même, dans son propre temps, de reformuler le propos, de le revitaliser au lieu de l'embaumer ? Les gardiens de musée ne sont-ils pas aux antipodes des créateurs ?
Et, partant, pourquoi ne pas essayer d'aller un cran plus loin, puisque, depuis le temps, il a coulé de l'eau sous les ponts et les glaciers fondent ?

Voilà.
Par ailleurs, il ne faut pas se laisser piéger par les formes affirmatives brutales, que ce soit en art comme en philo ou ailleurs, il y a un siècle ou maintenant. Bien souvent c'est l'auteur qui décide de s'exposer lui-même à la contradiction, à la nuance, peut-être pour faire parler de lui, ou bien sans arrière-pensée mercantile, pour faire avancer son concept. C'est un procédé bien connu et toujours aussi actif - à mon avis irremplaçable.

Alors qu'est-ce que le véritable esprit créatif ?
C'est peut-être ça la question à laquelle on évite d’essayer de répondre…

P.S. : Argh! J'ai des petits problèmes de connexion, j'ai dû rater les derniers échanges. Je suis suranné. Damned !

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Belgha » dim. 11 nov. 2018 21:38

Récemment Alain Badiou disait dans une interview de Aude Lancelin :
« L’art d’aujourd’hui doit être…
Aussi solidement lié qu’une démonstration ;
Aussi surprenant qu’une attaque de nuit ;
Et aussi élevé qu’une étoile. »
Péremptoire !


Mais…

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Tamiri » lun. 12 nov. 2018 16:45

Mais ?

À mon sens, ça n’est péremptoire qu’en apparence, par le même artifice de langage qui ferait passer pour telle la citation précédente de Pearl Buck (et la quasi-totalité des assertions que l’humanité produit). Reconnaissons ici que la précaution méthodologique du « je pense que... » ne change rien au contenu.

Ça ne deviendrait vraiment péremptoire que s’il s’avérait que, dans l’esprit de l’auteur, la « définition » a une vocation générale, ce qui reviendrait de sa part à de l’immodestie (ou à de la certitude, et dans ce deuxième cas, un éventuel contradicteur demanderait alors à prendre connaissance de la totalité du raisonnement pour s’en convaincre ou pour réfuter, si besoin).

Je dis ça de manière volontairement abstraite car je ne connais pas le travail de l’auteur et ne peux pas connaître son état d’esprit. En revanche, je trouve la formule éminemment élégante. Seul l’adjectif « élevé » me semblerait ici demander interprétation et éclaircissement pour ne pas risquer une lecture stéréotypée.

Pour rebondir dessus d’une autre manière, ma pratique personnelle (à deux titre, d’une part en tant que personne dont le métier est entre autres de contribuer à une programmation artistique, d’autre-part comme je l’ai dit en tant que personne éprouvant le besoin de créer sans y être encore parvenue) ne s’appuie pas sur une tentative de définition générale, au sens où, même si j’intègre consciemment ou non des délimitations de mon champ d’action, je n’en produis pas plus de théorisation par moi-même que je ne m’astreints à répondre à une théorisation fournie par autrui. Je ne sais pas si j’ai besoin d’un regard philosophique sur l’art pour exister, jusqu’à présent j’ai vécu avec cette forme de relativisme : je laisse les gens créer ce qu’ils veulent, j’essaie de créer ce que je voudrais, et je regarde ce que je veux dans la production d’autrui. Je pense qu’il y a là une réaction défensive à la transmission traditionnelle (scolaire) bardée de jugements de valeur. À vrai-dire je ne sais même pas si j’ai envie d’y réfléchir, je pense que seule une situation où je ne saurais plus ce dont j’ai envie m’y obligerait.

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Belgha » lun. 12 nov. 2018 21:38

Tamiri a écrit :
lun. 12 nov. 2018 16:45
Mais ?
... mais : « ça n’est péremptoire qu’en apparence »

Tamiri a écrit :
lun. 12 nov. 2018 16:45
Seul l’adjectif « élevé » me semblerait ici demander interprétation et éclaircissement pour ne pas risquer une lecture stéréotypée.
C'était au cours d'une interview. Pour le peu que je connaisse de Badiou (et de A. Lancelin), elle devait être solidement préparée. Je pense également qu'ils connaissent bien leurs auditeurs. Aussi, depuis que j'ai ressorti cette phrase de son contexte pour en faire une sorte d'aphorisme, je ne parviens plus à l'y replacer.
Je me contente donc de ma propre vision de cette image : une étoile est si élevée que la hauteur n'a plus de sens trivial : elle est infiniment loin. Seulement voilà : on ne pouvait pas ici évoquer la distance sans fatalement tout mettre par terre !
Bon. Peut-être qu'au-delà de son effet fulgurant, et parce qu'elle appartient à l’oralité, cette affirmation serait un peu inaboutie ?

Ces deux citations, celle de Buck et celle de Badiou, te semblent-elles être des théorisations ?
Tamiri a écrit :
lun. 12 nov. 2018 16:45
Reconnaissons ici que la précaution méthodologique du « je pense que... » ne change rien au contenu.
Tamiri a écrit :
lun. 12 nov. 2018 16:45
Je pense qu’il y a là une réaction défensive à la transmission traditionnelle (scolaire) bardée de jugements de valeur.
J'espère que tu me pardonneras cette mauvaise blague ! :angel:

Je voudrais être bien certain d'avoir compris avant de me lancer dans des impasses-réponses : parles-tu ici de la transmission traditionnelle (scolaire) de l'art ? Ou de celle de la création ? Ou de celle de la théorisation ?

Tamiri a écrit :
lun. 12 nov. 2018 16:45
en tant que personne éprouvant le besoin de créer sans y être encore parvenue
[…]
[…]
j’essaie de créer ce que je voudrais
Ma première réponse irréfléchie serait : « Ah oui bin ça, c'est exactement comme tous les autres qui créent ».
Et puis non. Parce que les autres (dont moi) n'avouent pas, ni ne s'avouent, qu'ils n'y parviennent pas. C'est toute la différence.
Aussi ma question n'est pas : « Alors quels sont donc ces obstacles qui t'entravent ? » - et j'aurais supposé que tu places assurément la barre très, très haut, comme le demande Badiou -, mais plutôt : « Pourquoi dis-et-répètes-tu, que tu n'y parviens pas ? C'est vraiment vague comme information, tu ne fais même pas d'allusion à la page blanche. Pourrions-nous en découvrir davantage, si tu le souhaites ? »

Tamiri a écrit :
lun. 12 nov. 2018 16:45
À vrai-dire je ne sais même pas si j’ai envie d’y réfléchir, je pense que seule une situation où je ne saurais plus ce dont j’ai envie m’y obligerait.
Et encore…, ai-je envie d'ajouter !
Cependant, une autre situation t'y obligerait probablement : celle de créer, toujours créer, en n'ayant plus rien à dire depuis longtemps. Dans cette situation tu réfléchirais, théoriserais, balancerais des phrases à l'emporte-pièce et péremptoires et, finalement, ferais de l'art conceptuel. À ce que j'ai compris, on n'en est pas encore là. Donc tout est encore possible, me semble-t-il.

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Re: Créer, toujours créer...

Message par Tamiri » lun. 12 nov. 2018 22:24

Belgha a écrit :
lun. 12 nov. 2018 21:38
Ces deux citations, celle de Buck et celle de Badiou, te semblent-elles être des théorisations ?
Le terme est peut-être un peu trop ambitieux. J’entendais par là une approche réflexive, une amorce de définition de l’art dont pour ma part je n’ai jamais eu l’habitude de m’encombrer.
Belgha a écrit :
lun. 12 nov. 2018 21:38
Je voudrais être bien certain d'avoir compris avant de me lancer dans des impasses-réponses : parles-tu ici de la transmission traditionnelle (scolaire) de l'art ? Ou de celle de la création ? Ou de celle de la théorisation ?
Je parlais ici de la transmission scolaire de l’art où, il y a encore peu de temps, il était rare d’entendre un propos rétrospectif qui ne s’accompagne pas d’une hiérarchisation, trace d’une approche téléologique de l’histoire de l’art qui a fait long feu. Comme dans les exemples que je donnais, on y transmettait l’admiration unanimiste de ceux que la postérité identifiait comme des « grands » et on y haussait les épaules face à qui avait l’idée saugrenue de vouloir ressortir un artiste ou un courant du purgatoire.
Belgha a écrit :
lun. 12 nov. 2018 21:38
Ma première réponse irréfléchie serait : « Ah oui bin ça, c'est exactement comme tous les autres qui créent ».
Et puis non. Parce que les autres (dont moi) n'avouent pas, ni ne s'avouent, qu'ils n'y parviennent pas. C'est toute la différence.
Aussi ma question n'est pas : « Alors quels sont donc ces obstacles qui t'entravent ? » - et j'aurais supposé que tu places assurément la barre très, très haut, comme le demande Badiou -, mais plutôt : « Pourquoi dis-et-répètes-tu, que tu n'y parviens pas ? C'est vraiment vague comme information, tu ne fais même pas d'allusion à la page blanche. Pourrions-nous en découvrir davantage, si tu le souhaites ? »
Je n’ai pas spécifiquement de souci de page blanche. Quant à placer la barre très très haut, tout est relatif. Je ne place pas la barre très haut selon les critères de Badiou :huhu: et n’éprouve ni le besoin de surprendre ni d’élever le débat : comme je l’ai dit plus haut, je fonctionne assez facilement et sans frustration particulière comme un architecte du courant éclectique au XIXe, je fonctionne en grande partie par pastiche de l’existant sur le plan formel. Je place la barre haut en termes formels, mes souhaits prenant le plus souvent la forme de deux genres théâtraux aux attendus techniques relativement complexe (la tragédie classique d’une part, le théâtre lyrique d’autre-part). J’ai dit plus haut sur quelles deux difficultés contradictoires je bloquais : mon manque de bagage technique d’une part (par fainéantise) et mon intransigeance d’autre-part. Donc je produis en quantité modeste et de manière laborieuse, puis je jette tout parce que ce n’est pas satisfaisant. Et en fait ce n’est pas très grave car dans tous les cas ça n’est pas spécifiquement destiné à être joué.
Belgha a écrit :
lun. 12 nov. 2018 21:38
Cependant, une autre situation t'y obligerait probablement : celle de créer, toujours créer, en n'ayant plus rien à dire depuis longtemps. Dans cette situation tu réfléchirais, théoriserais, balancerais des phrases à l'emporte-pièce et péremptoires et, finalement, ferais de l'art conceptuel. À ce que j'ai compris, on n'en est pas encore là. Donc tout est encore possible, me semble-t-il.
Bof. Je me fais bien plaisir en étant du côté du « public » (quoique d’un public « actif » puisque je co-dirige des équipements culturels), avec des formes d’expression tantôt patrimoniales, tantôt contemporaines, ce que j’imagine partiellement et n’ai pas encore réussi à stabiliser de manière satisfaisante ne s’adresse qu’à moi-même. En tant que responsable de lieu culturel, je ne verrais pas d’interêt à faire jouer mon propre travail. C’est un paradoxe apparent aussi, j’imagine pour moi-même des pastiches quelque-peu nostalgiques, et ne vois pas trop l’intérêt que ça pourrait avoir pour autrui, puisque moi-même je préfère les œuvres soit authentiquement patrimoniales soit les œuvres relevant d’expressions contemporaines, et éprouve très peu d’attrait pour les pastiches. Donc oui, peut-être que si je devais franchir le pas de m’adresser à quelqu’un d’autre que moi, il me faudrait assumer ma propre exigence et donc faire l’effort des apprentissages qui me manquent. Que ce soit pour faire du conceptuel ou n’importe-quoi d’autre.

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