De la difficulté de bien communiquer

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...
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O'Rêve
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par O'Rêve » mer. 22 mai 2019 11:15

Unesoprano a écrit :
mer. 22 mai 2019 10:57
Je te rejoins sur ce qu’il faut travailler sur soi face à quelqu’un qui est de mauvaise foi.
Pour l'exemple de la mauvaise foi sartrienne, j'évoquais aussi que quand on prend conscience de notre méconnaissance de soi, de notre incongruence mentale, et donc qu'on devient observateur de nos propres incohérences, et bien il me semble qu'une des voies pour en sortir demeure un travail sur soi.

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Unesoprano
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mer. 22 mai 2019 11:19

Bien sûr, pour moi cela allait de soi. J’aurais effectivement dû l’écrire. Je nomme cela « résistances », ou pouvant en faire partie, car c’est si facile d’être « le gentil » ou « le héros » pour soi, bref d'éviter de se rappeler qu’on génère aussi de la pollution relationnelle et que l’on en se comporte pas toujours correctement.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Bulle d'o » mer. 22 mai 2019 18:37

ça me passionne mais ça me gratouille.....

Je suis, parfois et souvent, une piètre communicante, dès lors qu'arrive un soupçon de préservation de soi et dans le même mouvement, un besoin certain d'être entendue dans ce que je dis, mon intégrité. Cela fait parti de la communication mais il y a des enjeux intra-personnels qui se jouent fortement pour moi et dans ces contextes ordinaires : je vais très très vite dans mes explications, je répète sans cesse l'idée centrale pour être comprise, j'agace autrui, je bafouille, je rougis, je lève les yeux au ciel si j'ai l'impression de ne pas être comprise. Je souffre et fait souffrir mon interlocuteur... plus rien de la CNV, ni du triangle bourreau-victime-sauveur n'entre en jeu. La communication, de fait, ne s'aboutit pas. Et dans le cadre professionnel, cela a des conséquences parfois désastreuses, d'interprétations et finit par rompre totalement la communication et à mon détriment, pas celui de l'instance à laquelle je m'adresse. Dans le cas personnel, cela se passant avec des proches, le temps est redonné et les éclaircissements se font quasi toujours mais cela prend du temps, ce qui fait que l'objet même évoqué n'a que peu de sens à posteriori et l’échange devient une sorte de promesse ... pour plus tard. La difficulté est donc une difficulté de forme, de langage pure, de place et de temps (dans le sens timing).

Cela détonne complètement avec l'image qu'on a de moi, car je suis pour qui me rencontre : une bavarde!
Je crois donc qu'un jeu de "attendu social" entre en jeu. Une bavarde sait donc parler.... Non, elle sait échanger mais parler des points de tension, d'attention, pas forcément. Je vous passe mon profil psychologique qui n'a que peu d'intérêt.

Mais je retrouve, chez les autres, cette même difficulté dans le cadre de mon travail lorsque les personnes sont allophones.
Alors, moi, c'est mon métier que de permettre l'expression d'autrui. J'utilise toutes les stratégies théoriques et parfois les postures non verbales aux fins de permettre l'approche la plus limpide de l'expression de l'autre, et ce, en prenant en compte le but même initial de l'échange soit "l'objet de l'échange". J'ai le temps et en plus, je suis payée pour être patiente!
Mais souvent, ces mêmes personnes, face aux rigidités institutionnelles par exemple, ne trouvent pas écho à leur expression, leur souhait, leur attentes ou tout simplement, elles choquent par leurs expressions simples (quotidienne sur l'approche du "il fait beau" quand la pluie bat son plein), d'une expression d'elles-mêmes car "l'attendu social" était autre, par l'interlocuteur.

De ce fait, j'ai tendance à penser, que deux choses rentrent en jeu, en sus de l’échange même entre deux personnes. Ces aspects me semblent rendre difficile parfois les communications, en dehors de théorie d'amélioration de la communication (ou alors il faudrait ouvrir d'autres débats aux fins de trouver des métas données pour construire des théories qui transcendent ces différences, selon d'où on vient, d'où on parle... cela existe certainement, avis aux linguistes, je chercherais peut-être).

Rentre en jeu donc :

- les signifiants apportés à chaque fois aux mots lorsqu'ils sont exprimés. Et par ces signifiants, devraient rentrer en jeu également, une tolérance assurée, d'un contexte favorable d'écoute de la différence de l'autre, profonde, et en dehors du sentiment de "pensée dominante" dans un échange. (soit... en contexte de culture différente "mon expression de mots n'est pas plus pertinente que celle que les autres m'opposent").
- les expressions non verbales qui construisent tout autant que les mots, les réponses à apporter.

En bref, les théorisation de la parole, de l’échange, supposent une équivalence dans son "bien-fondé à dire" entre les interlocuteurs. Est ce le cas à chaque fois? De ce fait, sont elles applicables dans toutes les situations?

Peut_on tout exprimer, en ne circonscrivant la communication qu'à la seule parole ou faut il aussi, aller voir, même chez nous, ce que notre animal d'instinct dit encore?

Mais traduire son instinct, bon sang de bon soir, c'est pas simple, hein.... Formulez cela demande beaucoup de temps.

Un exemple très concret, touchez à ma fille, et ma communication sera urgente, péremptoire, protectrice, et sans équivoque.... L'étape d'après sera très clairement, non verbale et pleinement animale, si vous n'avez pas compris le signal d'un "stop!" écrit en rouge sur mon visage mais aussi dans les 10 m3 qui m'entoure (phéromones inclus!).

Du coup, je me demande souvent, s'il n'y a pas des moments, où la communication ne peut effectivement, pas se faire. Il faudrait donc accepter qu'elle soit remise à plus tard, pour se faire dans de bonnes conditions qui seraient : du temps, une entente préalable sur le sujet et ses finalités, une posture à adopter convenues entre les parties. Mais - car il y a un mais - ces conditions, outre un échange quotidien qui ne toucherait qu'au banal, pas au profond, sont elles permises dans la vitesse de transmission de l'information, et de ce fait de la communication actuelle, dans nos sociétés?

N'y aurait-il pas, au delà de nous même et de nos incompréhensions, des préalables, qui ne régissent plus cette parole, cet échange, cet accord entre les parties?

Il y a bien des fois, où, dans cet état d'esprit fort négatif, pour ma part, j'ai fini par dire "ça sert à rien!" .

Je propose donc de reprendre les cours d’espéranto.... mais pour TOUT le monde (voire pour les chats aussi!) et ça réglera pas tout! hein! :honte:
"Je ne communique pas mes jugements, je ne suis pas un donneur de leçons, l'observation du monde ne suscite chez moi qu'un dialogue intérieur, un interminable dialogue avec moi-même."

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Huge » mer. 26 juin 2019 09:28

@Unesoprano , je suis malheureusement bien d'accord avec toi. J'ai hérité de cette personnalité rigide, qui signifie dur avec les autres, pas un manque de flexibilité intellectuel. les derniers commentaires que j'ai écrits sur le forum le démontrent. Je ne suis pas dans mon état "normal", alors je me mets à aboyer, je veux poser une question et finalement j'assène une vérité absolue... Je sais depuis longtemps que je peux démolir quelqu'un en trois phrases donc j'ai beaucoup travaillé sur ma patience limitée, ma réactivité, et surtout une faculté à me mettre en colère en 1/2 seconde. Lorsque je suis bien dans mes baskets, ces défauts se transforment en qualités, particulièrement pour la gestion de crise et de l'urgence. Par contre si je subis un stress sur une trop longue période, le naturel revient au galop et je peux très vite me transformer en ordure. Enfin, il n'y a pas de relation entre entre bipolaire et personnalité. Néanmoins, lorsque les deux se cumulent, c'est plus qu'impressionnant ou comment perdre toutes ses relations dès la première phase maniaque. Cela surprend la première fois mais les relations se reconstruisent et certaines restent malgré la crainte.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par O'Rêve » jeu. 19 sept. 2019 22:27

    J’ai beaucoup apprécié le livre « Le partage social des émotions » de Bernard Rimé.
    ► Afficher le texte
    Comme l’auteur éclaircit des aspects variés du partage social des émotions et que l’ouvrage est bien consistant, je trouvais assez complexe de le résumer dans sa totalité. Aussi, j’ai longuement hésité avant de l’évoquer sur le forum.
    C’est finalement en relisant ce fil de discussion que je me suis dit que je pourrais en résumer certains éléments relatifs à la difficulté à communiquer.

    Cas général : l’expression des expériences émotionnelles (positives et négatives)
    Pour que la dynamique du partage social soit positive, l’auteur énonce qu’il faut que les parties en présence réagissent en phase, et notamment, que l’expression de l’émetteur rencontre l’intérêt de sa cible, que l’écoute du récit éveille l’empathie du récepteur, et que les besoins (s’il en est) de l’émetteur suscitent le soutien de son auditeur.

    Mais cette dynamique « positive » ne se développe que lorsque certaines conditions sont rencontrées. En particulier, il faut que dès l’amorce du partage de l’émotion, l’auditeur y réponde de manière favorable. Or l’intérêt et l’attraction suscités par les événements émotionnels cèdent parfois facilement la place à l’angoisse, à l’effroi, à la jalousie, à l’envie… "Il y a des récits qui se heurtent aux limites de ce qu’un auditeur est en mesure d’écouter".

    Cas particuliers : l'expression des expériences émotionnelles négatives
    Lorsque l’expérience émotionnelle partagée comporte des aspects de souffrance, la communication peut être altérée par des réponses inappropriées.

    Les causes
    Une des causes réside dans l’ignorance. En présence d’un individu en détresse, de nombreuses personnes sont dépassées par le manque d’habitude et par l’incertitude quant aux comportements à tenir.
    Ensuite, de part leur douleur, les personnes en souffrance se sentent à l’écart, étrangères du monde « bien-portant » (et inversement). Elles se retrouvent en proie au caractère aliénant de leur condition.
    Enfin, l’exposition à la souffrance des autres suscite de l’angoisse parce que la personne exposée prend brusquement conscience qu’elle pourrait rencontrer les mêmes fatalités. Il revient alors de trouver un moyen de mettre la menace à distance. On peut citer la théorie du «monde juste», théorie qui véhicule la conviction qu’on reçoit ce qu’on mérite et qu’on mérite ce qu’on reçoit. Dans cette logique, il suffit de rechercher chez la personne qui souffre ce qui dans ses comportements ou attitudes passés l’a rendue responsable de son malheur. En d’autres termes, on peut aisément se mettre à l’abri de l’angoisse (défense psychologique) en dénigrant la victime.

    Les réponses inappropriées
    Les effets conjugués des différentes réticences citées peuvent occasionner des réponses inappropriées :

    -Évitement, prise de distance, désengagement émotionnel à l’égard de la personne en détresse.
    -Ignorance, maladresse, comportements dénotant la gaucherie, le malaise, l’intrusion, ou l’excès d’attention.
    -Déni, minimisation avec des manifestations de gaieté forcée, un optimisme de façade, une minimisation.
    -Dénigrement/Réprobation, attitude critique.

    Pour la personne qui partage sa souffrance, ces réponses indiquent qu’on ne reconnaît pas l’expérience qu’elle traverse et qu’on écarte les sentiments qui sont les siens.
    La communication (et le lien social) en seront affectés.

    Les interventions réconfortantes
    L’auteur en évoque certaines caractéristiques.
    Les interventions réconfortantes partent du point de vue de la personne en détresse, de ce que celle-ci ressent, et de la manière dont cette personne voit la situation. Elles témoignent d’une acceptation de la personne qui souffre et de sa situation.
    Les messages de réconfort sont non évaluatifs. Ils se limitent à décrire et à expliquer les sentiments, ainsi qu’à expliquer les situations qui provoquent ces sentiments.
    Les interventions apaisantes aident l’individu en détresse (qui est loin d’accéder à une compréhension claire de ce qu’elle ressent) à prendre un certain recul par rapport à ses affects et à développer une conscience explicite de ce qu’elle éprouve.

    L’auteur évoque en outre de nombreux cas particuliers que je ne développerai pas ici (les traumatismes, les secrets et expériences non partagées…).

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