Absence d'émotions : alexithymie ?

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...
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Ivanovic
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Absence d'émotions : alexithymie ?

Message par Ivanovic »

Bonjour à tous,

Etant novice en rédaction de quoique ce soit, mis à part quelques poèmes, je m'essai en toute modestie.

Je souhaiterais évoquer un sujet qui me tient à cœur: l’absence d'émotions. Ne sachant pas si cette véritable pathologie, qui semble se nommer alexithymie, est un trait neurologique caractéristique de la douance ou autre je vais éviter les suppositions et me concentrer mon cas en comptant sur vous pour les infos 🙂 . Mon objectif est de savoir si d'autres partagent cette souffrance (ou absence de souffrance dans le cas présent 🙂) et ont réussi à en guérir ou non. J'utilise volontairement ce terme de guérison qui me semble approprié dans un tel cas.

En effet, j'ai pu constater de récits de surdoués que cette problématique n'est pas si singulière pour ceux ayants traversé les mêmes épreuves que moi durant l'enfance (violence verbales, familiale, scolaires et/ou autres prolongées durant une 15 aine d'années). Il semblerait que devant le flux d'émotions négatives continues, notre organisme ait une capacité qui s'apparente à une déconnexion du monde. Cet enfant a grandit et à l'âge adulte (bientôt 40 ans), la situation ne s'améliore pas.

Les grands moments joyeux ou tristes, je ne les ai absolument pas ressenti, je les ais feints (et je me rends compte à quel point c'est terrible de dire ça). Mon mariage, la naissance de mon fils, l’hospitalisation de proches en soins intensifs, aux longs séjours, les enterrements et pire, être aux premières loges (10 mètres) lorsque qu'un motard percute un platane et meurt sur le coup, rien de tout cela ne m'a bouleversé, même pas une larme ou un cauchemar. Sur le moment, je sens que je devrais ressentir une émotion forte mais je stresse de ne pas la ressentir alors je joue la comédie.

J'ai donc rencontré un psychiatre puis un psychologue (plusieurs en fait mais c'est une autre histoire ... ), même constat: "Vous êtes dans le contrôle. Tout est bloqué à l'intérieur de vous.". L'EMDR n'a aucun effet sur moi, de mes lectures, cela serait lié à mes mécanismes de contrôle devenus une véritable armure-prison. C'est la même chose pour le lâcher-prise, qui d'après certains est plutôt néfaste dans de tels cas.

J'ai lu les principaux ouvrages consacrés à la douance, les surdoués semblent vouloir tout contrôler. Je pense que ce que je décris ici n'a rien à voir avec les mécanismes de contrôle dont parlent Jeanne Siaud-Facchin, Monique De Kermadec, Christophe André ,Béatrice Millêtre ou autres. Seule JSF évoque la situation exacte. Elle parle d'enfants surdoués qui ont complètement étouffé leurs émotions dans le même cas que le mien mais ne creuse pas cette particularité. L'effet étant exacerbé par la douance en raison de l'intensité des émotions.

Avez-vous vécu ou vivez-vous des choses similaires ? Avez-vous des pistes à proposer pour les personnes qui comme moi, se sentent glisser dangereusement vers le vide absolu ?

Merci de m'avoir lu
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Dark Vadrouille
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Re: Absence d'émotions: alexithymie ?

Message par Dark Vadrouille »

Coucou,

Sans aller jusqu'au cas que tu décris (je n'ai pas une absence d'émotion), je suis du genre stoïque, les évènements peuvent me glisser dessus et ne pas m'atteindre. Mais ce n'est pas le cas tout le temps et heureusement, parfois je suis très vif à piquer une colère ou être très déçu, voir triste ou mélancolique.

Mais globalement j'ai la sensation d'être dans un contrôle trop présent, une inhibition qui aide à se prémunir, pourtant je suis pour le ressenti, même si ça fait mal, c'est comme ça qu'on se construit et qu'on avance.

Pour travailler ma sensibilité, je me suis mis au piano et c'est agréable d'arriver parfois à lâcher prise.

As-toi peut-être de trouver l'activité te permettant de faire sauter le verrou...
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Re: Absence d'émotions: alexithymie ?

Message par Bulle d'o »

Assez d'accord avec Dark Vadrouille, moi, c'est la répétition de grandes souffrances rencontrées dans l'espace pro qui ne m'a pas empêché de ressentir en dehors mais de ressentir dans le boulot des "atteintes" pourtant d'une rare violence. Jusqu'à : une explosion interne. Je garde les stigmates d'un parlé très franc de la cruauté humaine ou de la violence très très hard... Mais j'ai appris à reconnecter entre ma tête, mon coeur et ma socialisation dans le contexte boulot. J'ai en quelques sortes, devancé le blocage pour extraire l'émotion puis travailler avec elle. Mais je n'ai réussi à le faire que parce :
- je me suis éloignée pendant quelque temps de ce dit_boulot
- j'ai travaillé dans la douceur et une chose très personnelle : les fleurs
- j'ai continué à conserver les fleurs en ayant repris mon ancien boulot.

et ca après une forte explosion interne... comme déclencheur de survie... et un jour j'ai pleuré de façon réelle 12 ou 14 heures d'affilée en parlant et en vidant tout. Puis pendant 18 autres heures, on pouvait voir le tracé sur mon visage des circuits lacrimaux, c'était surprenant, ca. (et rigolo)

Donc oui, faut peut être aller chercher sa sensibilité la plus profonde par un biais puis la chérir...
"Je ne communique pas mes jugements, je ne suis pas un donneur de leçons, l'observation du monde ne suscite chez moi qu'un dialogue intérieur, un interminable dialogue avec moi-même."

Les désorientés (2012) de Amin Maalouf
Heidoji
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Re: Absence d'émotions: alexithymie ?

Message par Heidoji »

Bonjour,

Je suis dans le même cas que tout, ou approchant, en tout cas ... J'ai une absence d'émotion. L'impression que toute émotion est intellectualisée, désensibilisée et catégorisée avant de pouvoir agir.

Ainsi, je ne participe à aucun événement social, les gens éprouvent de la joie, de la colère, de la tristesse, mais moi, je ne ressens rien ... tout ceci m'est étranger. J'arrive à culpabiliser durant les enterrements, où je ne ressens rien en moi, alors qu'une énorme tristesse se presse au dehors ...

Dans les moments les plus critiques, j'ai vraiment un vide totale qui se fait, comme si je devenais un robot, en contrôle total. Je pense que c'est ce que tu ressens en permanence, non ?

Lors de la passation des tests (psychométrique et personnalité), la psychologue m'a diagnostiqué un dysfonctionnement émotionnel. Je fais du EMDR, et je compte énormément dessus pour, justement me reconnecter à mes émotions, et me remplir à nouveau. J'ai, aussi, cette sensation de vide qui devient de plus en plus prégnantes, et j'ai du mal à continuer avec. Est-ce que ce vide imprègne toutes les interstices de ta vie ?

Par contre, peux-être à la différence de toi, je ressens les émotions chez les autres, sans trop pourvoir les nommer. Et, je suis réceptif aux emotions de ma famille, et de eux uniquement. C'est justement cette dichotomie émotionnelle, et la sensation de vide, qui m'a poussé dans les bras d'une psychologue.

Est-ce que tu ressens les émotions chez les autres ?
Est-ce que tu as besoin d'évacuer un trop plein ?

Une chose de sure, c'est que la douance n'a qu'un rôle mineur dans ce problème.
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Louise
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Re: Absence d'émotions: alexithymie ?

Message par Louise »

Absence de conscientisation de ses émotions, absence de capacité d'interprétation, absence de capacité à identifier ou exprimer ses émotions sont autant de choses différentes. Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas ce sentiment subjectif atteignable par l'introspection, qu'il n'y a pas émotion. Les émotions ont également une composante physiologique et une composante comportementale. Vous seriez de supers sujets d'étude pour des chercheurs :D, peut être qu'en intégrant un programme, cela permettrait d'évaluer les réponses corporelles, et de mettre plus précisément le doigt sur ce qui est inhibé?

Et puis ne pas éprouver de tristesse à un enterrement ou être terrassé de joie à la naissance d'un enfant ne me parait pas surréaliste. Parce que c'est incongru, nouveau et que le stress l'emporte sur tout autre chose, ou par inhibition consciente ou inconsciente. J'ai personnellement tendance à m'anesthésier face à une émotion trop forte, pour justement ne pas subir les effets corporels indésirables liés, c'est en effet de la défense pure et simple.
Il y a toute une palette d'émotions, vous évoquez principalement la tristesse, mais la colère, la surprise ou le dégoût en font également partie, est-ce que ça ne vaut pas la peine de creuser et de voir lesquelles sont plus ou moins inhibées? [mention]Ivanovic[/mention] est-ce que toutes les émotions, par exemple de cette liste, te sont inaccessibles?

Conscience de ses émotions et conscience des émotions chez l'Autre sont intimement liés. Les deux capacités se développent en général de concert. (par ex, les deux sont souvent déficitaires dans les TSA)
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