Dépasser ses parents ?

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...
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Maitresse Rita
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Dépasser ses parents ?

Message par Maitresse Rita » jeu. 4 oct. 2012 09:30

S’affranchir de ses parents est une étape nécessaire pour marquer le début de la vie d’adulte et je ne vais pas m’étendre là-dessus.

Mais qu’en est-il de dépasser ses parents ? Que ce constat soit une illusion ou une réalité factuelle (en matière d’étude, de sagesse, de position sociale ou que sais-je encore…), dépasser ses parents est une étape bien différente et qui n’est pas toujours liée avec le fait de s’en affranchir. Une étape qui peut se passer avec colère ou bienveillance pour eux, avec culpabilité, avec orgueil, avec reconnaissance, avec mépris, avec toutes sortes d’émotions d’autant plus fortes qu’elles vont à l’encontre de nos illusions d’enfant.

Et pour les HP, c’est peut-être d’autant plus violent que cette impression peut arriver plus jeune et renforcer le sentiment de solitude face à ses problèmes ? Ou de frustration, lorsqu’on est mineur, d’être encore soumis à des gens dont les limites sont (ou semblent) bien loin derrière les nôtres ?

Alors je me demandais…

L’avez-vous vécu ou pas encore ? Avec quelle émotion ? Face à quelle situation ? Ce sentiment a-t-il évolué avec le temps ? Et en tant que parent ou futur parent, comment envisagez-vous d’être peut-être dépassé un jour et pas seulement remis en question ?
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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Storm » jeu. 4 oct. 2012 12:45

Quand j’étais enfant, j’ai dit à mes parents que je pensais avoir été adoptée. Parce que je ne me reconnaissais pas en eux, et que j’avais l’impression qu’ils n’avaient pas la bonne manière de me « contacter » et de répondre à mes besoins (curiosité, besoin de découvrir des choses nouvelles, d’être accompagnée dans mes questionnements, d‘avoir des réponses précises…) Je trouvais mes parents insuffisants, et j’ai eu le sentiment de m’instruire et de de mon construire sans eux…ou malgré eux…

Aujourd’hui, je porte un regard moins sévère et j’accorde du crédit à l’idée qu’ils ont sûrement fait de « leur mieux à eux » (qui est à des années-lumière de « mon mieux à moi »)

Mon père était un homme très intelligent et doué de ses mains. Mais mon grand-père a exigé qu’il quitte l’école très tôt alors qu’il n’avait qu’un CAP en chaudronnerie (de son époque… sans doute très supérieur à un BTS d’aujourd’hui….) C’était là sa limite. Une limite qu’on lui avait imposée et qui a conditionné sa vie. Il était ouvrier dans la sidérurgie, réduit à peu de choses et usé par son boulot, physiquement et intellectuellement. Et il était très fier que « je le dépasse » en faisant des études supérieures. Il a donné sa vie pour ça.

Il a fallu que je sorte de ma période ado révoltée et ingrate (et là je ne parle pas de l’acné…) pour comprendre que mon père me surpasserait toujours en un point au moins, car il avait fait preuve d’une abnégation dont je ne serais sûrement jamais capable.

Et puis ça a changé quand j’ai eu mon fils. Pour qui j’ai envie de tout donner et dont j’espère bien qu’il me dépassera…

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Maitresse Rita » jeu. 4 oct. 2012 13:16

J’ai eu le sentiment de dépasser mes parents vers 13 ans. Au niveau analyse des situations, psychologie, force de caractère et contrôle de soi en tout cas. Je les voyais tellement instables, tellement incapables de gérer leurs émotions, tellement enfermés dans leur soumission face aux schémas dans lesquels ils étaient pris. J’ai compris à ce moment-là que leur comportement aurait des conséquences importantes sur moi, que dépasser ça me prendrait des années et qu’eux ne pourraient jamais faire ce travail seuls, qu’ils ne pourraient jamais m’accompagner vers la sagesse et la quiétude que je voulais. Qu’au mieux, en la découvrant ailleurs, avec d’autres ou toute seule, je pourrais peut-être les guider un peu.

Quand j’ai compris ça, je me suis sentie affreusement seule, en insécurité rare et en colère contre eux. En colère parce qu’ils avaient fait un enfant avant d’avoir réglé leurs problèmes et qu’ils me les transmettaient sans que je puisse m’en protéger, en colère parce qu’ils n’avaient rien à m’apprendre pour gérer ma vie, en colère parce qu’ils m’imposaient le spectacle de leurs faiblesses et de leurs incohérences. Et puis comme je ne sous-estimais pas leurs capacités réelles, ou que je ne surestimais pas les miennes, je pensais qu’ils ne faisaient pas l’effort, qu’ils étaient entièrement responsables et faibles, qu’ils le faisaient exprès. Ca me rendait hargneuse et méprisante même si je me contrôlais au mieux et gardais tout pour moi. Voir en pleine conscience que je subissais ça sans avoir les armes psychologiques ou matérielles pour m’en prémunir, je le vivais comme une profonde injustice, d’autant que je mesurais déjà à quel point j’en serais handicapée.

Alors je me suis mise à lire. A lire pour trouver la sagesse que je ne pouvais pas apprendre chez moi et j’ai mis beaucoup de temps pour découvrir des réponses adaptées à ma souffrance. Quand j’ai trouvé, au fil des années, j’ai essayé d’en faire profiter ma famille avec plus ou moins de succès. Je continue encore, à chaque découverte, à transmettre et à expliquer autant que je peux. Et puis j’ai appris à pardonner aux parents de n’être qu’eux, comme je me pardonne aussi régulièrement de n’être que moi. Et puis j'ai compris aussi, qu'il y avait une forme de sagesse dans certains discours qu'on me tenait et que je n'étais pas en mesure de voir à ce moment-là, que j'ai été bien sévère parfois et bien injuste de croire que les faiblesses dans un domaine pouvaient définir entièrement une personne, qu'elle n'avait rien à m'apprendre par ailleurs. Mon regard est plus mesuré aujourd'hui. Sur eux, sur moi. Et sur tout le reste aussi.

Pour ce qui est de les dépasser au niveau études, connaissances et niveau social, j’ai eu la chance d’avoir été encouragée à ça. Qu’ils dépassent leurs parents pour que je les dépasse et fasse tout pour que mes enfants aillent encore au-delà, c’est un truc établit comme naturel dans ma famille. Du coup, à ce niveau, je suis reconnaissante pour les encouragements et le tremplin culturel, je n’ai aucune culpabilité à ce sujet et aucun sentiment négatif. Aucun orgueil non plus. Je le vis comme un truc évident et simple. Mais pour en avoir parlé à des amis, il semble que certains vivent avec le contrat implicite qu’il est interdit de faire mieux, d’aller plus haut et plus loin, comme si c’était renier sa famille et lui faire honte. J’ai eu la chance d’échapper à ça.

Je n’ai pas d’enfant. A 15 ans j’ai décidé de ne pas avoir d’enfant avant d’avoir réglé mes problèmes, pour arrêter cette transmission de malheur que je pressentais partout autour et que j’espère avoir fini de décortiquer aujourd’hui. Si un jour j’ai un enfant, j’essaierai -non pas de lui transmettre à outrance le fruit de mes réflexions car ce ne serait pas aussi utile que son expérience personnelle- mais de lui donner le sentiment qu’il est libre d’aller aussi loin et aussi haut qu’il voudra. Quel que soit le niveau. Et que s'il peut m'apprendre un truc, je suis preneuse.
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Re: Dépasser ses parents ?

Message par shunbabyx » jeu. 4 oct. 2012 13:20

Maïanna a écrit : L’avez-vous vécu ou pas encore ? Avec quelle émotion ? Face à quelle situation ? Ce sentiment a-t-il évolué avec le temps ? Et en tant que parent ou futur parent, comment envisagez-vous d’être peut-être dépassé un jour et pas seulement remis en question ?

Sujet super sensible en ce qui me concerne ... Mais vraiment intéressant. Je trouve ça dur de dépasser ses parents en en ayant conscience, je parle pour moi, mais quelque part il y a à franchir une sorte d'interdit. On a pas le droit. Du moins c'est comme ça que je l'ai vécu.
Je viens d'une famille où la réussite sociale est très mise en avant, c'est quasiment le seul but qui doit exister dans la vie. Quand j'étais petite, on me prenait la tête pour que je fasse Saint Cyr, ou une grande école (et si possible militaire en plus). Tous les gens de ma famille sont super diplômés (avec des diplômes qui claquent) en particulier dans le domaine médical, ils ont tous eu des carrières " publiques ". Moi je ne voulais pas entendre parler du médical. Et quelque part j'ai eu le sentiment de décevoir des attentes. Quand j'ai choisi droit, tout le monde s'est dit " ouf, elle est pas complètement perdue pour la cause ", mais quand j'ai interrompu mes études pour mon fils et ma vie de famille, j'avais le sentiment d'être une perdante, juste une femme, une bobonne qui ne serait jamais que l'ombre de son mari. Et on me l'a bien fait sentir. J'avais honte. Du coup je me suis défoncée au boulot, à m'en rendre malade. Parce que je voulais cette reconnaissance que ce que je faisais c'était bien. C'était devenu obsessionnel. Cette volonté de réussite me bouffait, et j'ai fini par y perdre mon latin.

Et puis j'ai rencontré mon homme, qui avait du mal à comprendre ce surinvestissement de la sphère professionnelle. J'ai compris que la réussite ne se trouvait pas que dans le travail, mais aussi dans la vie familiale, la vie sociale. Alors j'ai arrêté de courir après le vent. J'ai remis le boulot à sa place : un gagne pain, si possible intéressant, mais dont on ne doit pas devenir l'esclave.
J'ai entendu ma mère me dire que mon mec était un bon à rien, un faignant. Qu'il serait toujours un pic-assiette à vivre aux crochets des autres. Qu'il fallait que je reprenne mon indépendance, et que je parte avant que mon fils ne s'attache trop à lui. C'est là que je me suis rendue compte, que ce que je croyais être une réussite de ma mère, n'était que l'illusion d'un choix qu'elle n'avait jamais pu faire. J'ai pris conscience du vide intersidéral de sa vie sociale et familiale et en particulier sentimentale, et du profond échec affectif dans lequel elle se trouvait. Je n'avais pas envie de cette victoire sur elle, je ne voulais pas aller sans elle devant, j'ai voulu aller la chercher pour qu'elle aussi puisse faire ce chemin et être heureuse. Mais je me suis rendue compte qu'elle n'en était pas capable, ses limites étaient là.

Aujourd'hui encore elle pense très souvent que je me mets en 4 pour un crétin, que mon homme est une larve, qu'il ne m'apporte rien, comme tous les hommes d'ailleurs à qui elle passerait bien les cacahuètes à la moulinette. Elle est dans une lutte permanente, jamais en repos, toujours au combat.Je pense avoir mieux réussi ma vie (pour le moment) sur le plan affectif qu'elle.

Depuis petite j'avais l'image d'une super-maman, car étant issu d'une famille mono-parentale, ma mère a du en faire 4x plus pour moi. Elle s'est donné tout un tas de rôles et a placé la barre et ses exigences très haut (que ce soit pour elle, ou pour moi). Pour elle la vie n'existe pas, seule la survie compte. Tout ce qui est " inutile " doit-être ra-yé de la carte. Tout le temps doit-être utilisé pour la construction du futur, ou pour apporter quelque chose. Donc pas de distraction tant que tout n'est pas fait, pas de gâchis, pas d'erreur permise. Je me sentais complètement écrasée par le poids que je représentais pour elle, et l'enjeu de réussite justement que j'étais à ses yeux. Elle ne voulait pas répéter certains schémas familiaux dont elle avait conscience et avait placé en cela la réussite de mon éducation. C'était très restrictif, et si elle n'a effectivement pas répété ces schémas dont elle avait si peur, j'étais carencée dans beaucoup de domaines. Comme quoi la poursuite aveugle d'une réussite peut parfois faire passer à côté de l'essentiel.
En fait au quotidien c'est un enfer. Un enfer dont elle n'a même plus conscience, mais qui reste terrible pour les autres. Elle est très esclavagiste, mais elle a l'impression au contraire d'être très ouverte. En fait au nom de l'ouverture d'esprit, ou de la générosité, elle m'a imposé ses choix, des choix très lourds, très jeune que j'étais incapable de porter. Je suis partie de chez moi assez jeune à 17 ans, car je ne supportais plus de vivre cet enfermement à la limite du dogmatisme. Ma mère pense que mon départ est du à une peine de cœur. Si c'est bien ce qui a cristallisé mes difficultés, ce n'était pas la raison profonde de mon départ. Je me détestais car je ne correspondais pas à ce qu'elle attendait de moi, et je ne pouvais plus vivre avec ce miroir de nullité devant les yeux.

J'ai réussi depuis à construire mon image de la réussite à moi. Celle qui me correspond, et qui passe beaucoup plus par une réussite humaine, une réussite intérieure, que part la réussite sociale ou la reconnaissance. Je ne cherche pas à devenir ce que je ne suis pas. Je pense qu'elle est principalement là ma réussite. D'avoir réussi à me détacher, à m'émanciper du regard de ma mère et de son jugement. Elle a une morale très judéo-chrétienne, et classe tout en bien ou mal, c'est super dur de voir au delà de ça, et de cesser de se juger pour se construire. J'aimerais tellement pouvoir partager ça avec elle. J'aimerais tellement qu'elle sorte de ses œillères et qu'elle voit tout ce que j'ai réussi et à quel point je me sens bien. Mais elle, elle reste obsédée par ce que je n'ai pas réussi : être en bonne santé, avoir un poste à responsabilité, avoir une endurance de marathonienne, ne jamais avoir de moment de faiblesse, ne jamais pleurer, toujours affronter les choses sans rien dire, ne pas manifester ses émotions ... Pour elle je ne réussirai pas tant que je n'aurai pas atteint sa perfection. Et elle pense l'avoir atteinte, au moins en partie. Le pire c'est que c'est vrai, elle se conduit souvent comme un robot, et malgré un discours officiel très tourné vers l'autre, en fait, elle s'en protège. J'ai beaucoup travaillé pour sortir de ce mécanisme, pour aller de l'avant, et surtout pour ne plus nourrir de rancœur. C'est une réussite, qu'elle ne me reconnaitra jamais.

Je suis très émotive, et ma mère a toujours vu ça comme un problème à gérer. Elle n'a jamais vu ça comme un moteur, une source d'inspiration, de joie aussi, une autre manière d'envisager le rythme de la vie. Pour elle c'était juste quelque chose qui empêche d'établir des plans, de construire les choses selon le chrono établi. Je trouve ça très triste, et pour moi ce n'est pas une réussite de vivre comme ça. Quand j'ai pris conscience de cette réussite là, à moi, en dehors de tous les modèles-carcans qu'on me montrait, j'ai ressenti une liberté infinie de pouvoir enfin vivre à mon rythme, et de pouvoir me reconnaitre cette petite réussite, que personne dans ma famille n'avait foulé du pied avant moi. Vivre en paix ... Quelle belle réussite ! Vivre en accord profond avec soi-même et entouré de l'amour de son conjoint et de ses enfants, c'est loin d'être quelque chose de ridicule ou de rabougri.

Ma mère me considère un peu comme un bécasse romantique qui ne tient pas forcément compte des réalités, ou qui va tomber de son nid au moindre coup de vent. Si seulement elle savait ! Ma force je ne la trouve pas (plus) dans l'analyse permanente et la rationalisation, je la trouve dans mon équilibre et ce en quoi je crois, mais elle ne comprend pas. Alors elle continue d'être derrière moi comme si j'avais 5 ans. Mais je ne suis plus prisonnière de sa réussite à elle, à mes yeux ce n'en est pas une, et quand bien même, il existe autant de réussites que d'individus. Je ne cherche plus à devenir une super-nana, je ne cherche plus à atteindre un idéal. La réussite elle était là sous mon nez depuis un bout de temps, mais aveuglée par une définition restrictive et par le regard réducteur de ma mère je ne la voyais pas.

En tant que maman, j'espère de tout cœur que mes enfants réussiront selon ce qu'ils sont, et pas selon ma définition à moi, qui ne les rendra peut-être pas heureux eux. Si eux ils réussissent " mieux " que moi, et bien ça veut dire que j'aurai bien joué mon rôle de maman. Je ne me sens pas en compétition avec eux, nous n'auront jamais les mêmes chemins car nous sommes différents. Les enfants ça bouscule les idées reçues, et c'est aussi eux qui nous font grandir et évoluer. Si mon fils me dépasse dans certains domaines, je serai surement un peu triste de ne pas pouvoir le suivre, mais je ne suis pas son unique univers, et si il est entouré par des personnes avec qui il peut partager, c'est le principal. Moi j'aurai toujours ma place de maman, c'est déjà beaucoup, je n'ai pas envie de forcément tout partager de sa vie, ou de ses intérêts, et vice versa. Je n'ai pas envie qu'il se limite, ou se pose des barrières parce que moi je ne suis pas capable de le suivre ! Ça serait vraiment dommage. Parfois, dans la vie, il faut aussi faire une place à ce qu'on n'est pas capable d’appréhender, je pense que c'est essentiel.

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Storm » jeu. 4 oct. 2012 13:45

Maïanna a écrit :Je les voyais tellement instables, tellement incapables de gérer leurs émotions, tellement enfermés dans leur soumission face aux schémas dans lesquels ils étaient pris. J’ai compris à ce moment-là que leur comportement aurait des conséquences importantes sur moi, que dépasser ça me prendrait des années et qu’eux ne pourraient jamais faire ce travail seuls, qu’ils ne pourraient jamais m’accompagner vers la sagesse et la quiétude que je voulais. Qu’au mieux, en la découvrant ailleurs, avec d’autres ou toute seule, je pourrais peut-être les guider un peu.
Nous perdons parfois de vue que nos parents sont également les enfants de leurs parents.

Et qu'ils trimballent dans leurs valises le poids de l'histoire familiale ascendante.

Quand ils font des enfants à leur tour, ce n'est sûrement pas avec l'envie de leur transmettre cela. Mais comme tu l'exprimes bien, ils peuvent être prisonniers de ce carcan et avoir du mal à être les parents de leurs enfants (qui du coup aimeraient les aider à être plus forts)

Je ne sais pas si ce sujet a été abordé sur le forum. Mais la parentisation des enfants chez les précoces, ça ne m'étonnerait pas que ce soit un phénomène assez répandu...

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par moza » jeu. 4 oct. 2012 15:39

shunbabyx a écrit :Depuis petite j'avais l'image d'une super-maman, car étant issu d'une famille mono-parentale, ma mère a du en faire 4x plus pour moi. Elle s'est donné tout un tas de rôles et a placé la barre et ses exigences très haut (que ce soit pour elle, ou pour moi). Pour elle la vie n'existe pas, seule la survie compte. Tout ce qui est " inutile " doit-être ra-yé de la carte. Tout le temps doit-être utilisé pour la construction du futur, ou pour apporter quelque chose. Donc pas de distraction tant que tout n'est pas fait, pas de gâchis, pas d'erreur permise. Je me sentais complètement écrasée par le poids que je représentais pour elle, et l'enjeu de réussite justement que j'étais à ses yeux. Elle ne voulait pas répéter certains schémas familiaux dont elle avait conscience et avait placé en cela la réussite de mon éducation. C'était très restrictif, et si elle n'a effectivement pas répété ces schémas dont elle avait si peur, j'étais carencée dans beaucoup de domaines. Comme quoi la poursuite aveugle d'une réussite peut parfois faire passer à côté de l'essentiel.
En fait au quotidien c'est un enfer. Un enfer dont elle n'a même plus conscience, mais qui reste terrible pour les autres. Elle est très esclavagiste, mais elle a l'impression au contraire d'être très ouverte. En fait au nom de l'ouverture d'esprit, ou de la générosité, elle m'a imposé ses choix, des choix très lourds, très jeune que j'étais incapable de porter. Je suis partie de chez moi assez jeune à 17 ans, car je ne supportais plus de vivre cet enfermement à la limite du dogmatisme. Ma mère pense que mon départ est du à une peine de cœur. Si c'est bien ce qui a cristallisé mes difficultés, ce n'était pas la raison profonde de mon départ. Je me détestais car je ne correspondais pas à ce qu'elle attendait de moi, et je ne pouvais plus vivre avec ce miroir de nullité devant les yeux.
J'aurais pu écrire un paragraphe similaire sur ma mère - sauf peut être que j'ai beaucoup de mal à être aussi dure en public, d'autant que ma mère écoute beaucoup. Je peux discuter avec elle, après coup, lui expliquer quand je comprends comment les choses m'ont affectées.

Ma mère a fait de son mieux, et voulait le meilleur pour moi. Moi je n'ai pas su m'en libérer, et encore moins (la) dépasser. Les valeurs qu'elle m'a transmise, bien qu'étouffante, j'y croyais dur comme fer, et encore aujourd'hui j'ai du mal à m'en affranchir.
J'ai pris mon indépendance à une époque où j'étouffais, je me sentais nulle de ne pas arriver à entrer dans le moule qu'elle me donnait. J'ai avancé, créé mon moule, mais avec toujours beaucoup de culpabilité de ne pas entrer dans le sien.
J'avais aussi un père qui avait instillé un peu d'une valeur complètement opposée. C'était à la fois une chance - probablement ce qui m'a permis de m'éloigner - mais aussi peut être est-ce l'origine de mon impossibilité à rentrer dans le moule proposé?
En fait, avec la distance, sont venues les réflexions sur ce moule. Et avec les réflexions, les remises en questions. Parfois je les discutais autour de moi et j'en adoptais par moi même. Mais souvent, je trouvais une occasion de discuter mes remises en question avec ma mère. Et l'entendre me dire "ah oui, tu as raison, c'est un argument valide, je suis désolée d'avoir tellement insisté sur (tel truc blessant)" c'est... vraiment bénéfique à long terme.
Mais du coup, je ne sais plus si au final je dépasse ou pas mes parents. Il semble que je ne me permette de dépasser sereinement que quand ma mère accompagne mon mouvement. Ce n'est pas valide pour tout, mais c'est un doute qui me reste concernant cette question de dépasser ses parents.

Une chose importante aussi, qui me semble peut être à même d'expliquer pourquoi - en dehors de l'influence paternelle - j'ai commencé par refuser les valeurs maternelles, c'est le fait d'avoir des interprétations personnelles différentes de ce que j'ai recu comme éducation par rapport à ce qu'on a voulu me donner. Un peu comme ce qui est décrit dans ce post particulier de pervenche : presentations/pervenche-t2672-25.html#p74504

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Cyelle » ven. 5 oct. 2012 13:22

Merci Maîanna pour ce post intéressant, tu exposes en plus très bien les choses.

Pour moi, ça a été différent ; venant d'un milieu ouvrier, de parents qui avaient quitté l'école très tôt, je ne pouvais faire que "mieux"....Mais mes parents ne sur investissaient pas du tout l'école, au contraire, ils auraient été ravis de me voir faire un CAP....pour eux, la réussite, c'était avoir des enfants polis....

Le premier sentiment de grand malaise est venu un jour particulier ; une voiture nous a dépassé, puis sous nos yeux a fait des tonneaux. Ma mère m'a hurlé de rester dans la voiture. Pour une fois, je ne l'ai pas écouté, j'étais incapable de rester passive. Mon père a sorti de la voiture un couple, dont une femme inanimée, et....un cosy avec un bébé. J'ai couru vers le bébé, il pleurait mais il n'avait rien à part le sang de sa mère sur le corps. Je l'ai bercé, rassuré, je suis allée voir la maman pour lui dire que son fils allait bien et que les secours allaient arriver. J'en ai profité pour lui demandé le prénom et l'âge de ce bébé. On a trouvé son sac à langer, changé la couche....quand les pompiers sont arrivés, j'ai confié le bébé en répétant son prénom, son âge, les circonstances de l'accident....ils ont cru que j'étais la mère du petit.

Mais non, j'avais 15 ans et il me paraissait juste évident de faire ce que j'avais fait.

Ma maman a moi....n'a pas bougé. De toute la scène. Elle paraissait vaguement choquée mais n'a pas bougé. Quand les pompiers sont partis, elle a dit "oh ben ça gâche la journée ça....Allez, on va à la brocante, l'heure tourne !"

J'étais gênée, insécurisée, et en même je culpabilisais de ressentir ça vis à vis de mes parents....

Tout un long cheminement plus tard, j'ai fait mon deuil de ce qu'ils pouvaient m'apporter ou pas. Comme vous le dites, il y a le transgénérationnelle qui joue énormément et dans ma famille je pense qu'il s'est passé des choses lourdes.
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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Blackbird » mar. 9 oct. 2012 19:11

C'est un vaste sujet que celui consistant à savoir si l'on dépasse ses parents ou non.

A titre personnel, et dans mon référentiel je tiens à le préciser, cette question n'a pas lieu d'être.
J'ai grandi dans un environnement peu propice à l'épanouissement d'un enfant. Malgré cela, jamais je n'ai eu à douter de l'affection de mes parents. Ce point a sans nul doutes été salvateur dans ma construction. J'y reviendrais ultérieurement.

Pour en revenir à question d'origine : dépasser ses parents ? oui mais sur quel plan ?
Sur le plan intellectuel ?
- Résolution d'équations différentiels du 2nd ordre ?
- Physique quantique ?
Sur le plan social ?
- salaire ?
- position dans l'entreprise ou autre ?
Sur la compréhension du monde ?
Sur le plan des études ?
Sur le plan de la parentalité ?
etc...

Jamais je n'ai eu le sentiment de les dépasser l'un comme l'autre. Car pour les dépasser, il aurait fallu que je suive le même chemin. Or j'ai suivi le mien. Un chemin différent.
Si l'on pousse cette métaphore, comment comparer des véhicules si l'un emprunte une autoroute et l'autre une route de montagne.
Cela ne m'empêche pour autant que bien souvent, lorsque l'on se parle, je ne me sens pas en phase, que la vitesse de raisonnement ou d'analyse n'est pas exactement la même :think: .

Cyelle a écrit :Pour moi, ça a été différent ; venant d'un milieu ouvrier, de parents qui avaient quitté l'école très tôt, je ne pouvais faire que "mieux"....Mais mes parents ne sur investissaient pas du tout l'école, au contraire, ils auraient été ravis de me voir faire un CAP....pour eux, la réussite, c'était avoir des enfants polis....
Cyelle a écrit :Tout un long cheminement plus tard, j'ai fait mon deuil de ce qu'ils pouvaient m'apporter ou pas.
Aujourd'hui, je suis père, et il me semble que les parents n'ont pas pour rôle d'être un modèle, un exemple ou une référence pour leurs enfants.
Pour moi, le rôle majeur des parents est d'aider la construction de ses enfants en leur apportant l'amour et en leur transmettant des valeurs morales.
C'est également de les préparer à ne plus avoir besoin de leurs parents, à être autonome dans la vie, à trouver leur place dans la société.

Aujourd'hui, je n'aspire pas à ce que mes enfants soient chirurgien, pilote de chasse, avocat ou autre profession à forte reconnaissance sociale. J'aspire simplement à ce qu'ils puissent s'épanouir (et qu'ils me lâchent la grappe à l'occasion...).
Quand mes enfants seront grands, alors là, j'aurais matière à me comparer en tant que parent. Et là seulement je pourrais juger si j'ai fait mieux ou non (dans la mesure où mes enfants sont différents des leurs).

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Cyelle » mar. 9 oct. 2012 20:13

Blackbird, il est intéressant que tu remettes en question cette notion de "faire mieux". Néanmoins, je pense que ce que Mainna voulait souligner (elle me contredira si cela n'est pas le cas) c'est l'aspect blocage psychologique de certains enfants à dépasser ses parents en terme de capacité, de réussite, de bonheur....

Il est très fréquent de rencontrer des enfants en grande difficulté de lecture dont les parents ne savent pas lire...parce que pour l'enfant il y là presque une histoire de "loyauté"....est ce que moi j'ai droit de te dépasser, est ce que moi je peux lire alors que mes parents, ceux qui m'élèvent, que j'aime et que je mets sur un piedestal ne savent pas ? Il a là pour l'enfant une réelle souffrance.

Tout cela sans jugement de valeur sur les apports des parents en question, qui font tous ce qu'ils peuvent avec ce qu'ils ont, c'est à dire avec leurs histoires personnelles et la complexité de l'âme humaine. Je crois que le sujet de la parentalisation de l'enfant a déjà été évoqué et je n'y reviendrais pas.
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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Cyelle » mar. 9 oct. 2012 20:22

Par contre (désolée de poster en deux fois) mais je pense qu'on le veuille ou non, nous sommes des modèles pour nos enfants. Il suffit de les observer en train de nous imiter....ensuite, à nous de leur ouvrir la voie comme tu le dis Blackbird, pour qu'ils trouvent leur propre épanouissement et qu'ils construisent avec ce qu'ils sont leur propre modèle (et pour te lâcher la grappe, courage y'a encore vingt ans à tenir ! )

Je terminerai par une citation que je trouve magnifique ce qu'est "être mère" ; (on peut généraliser à être parent hein) ;

"Etre mère consiste à traverser une épreuve psychique essentielle ; aimer quelqu'un qui s'en va, aimer quelqu'un pour qu'il s'en aille. L'aimer sans jamais le posséder, sans bâtir sa vie sur lui ni avec lui, (...)sans jamais pouvoir s'imputer ses succès ou se reprocher ses échecs. L'aimer sans le rendre dépendant de cet amour, le protéger sans lui rogner les ailes et les ongles, l'admirer et le soutenir sans jamais l'illusionner sur ses capacités ou ses actes. Et jamais ne le rendre captif d'un attachement qui le priverait de sa liberté." (Maryse Vaillant)
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Re: Dépasser ses parents ?

Message par whitewhale » mer. 10 oct. 2012 20:48

Oui c'est exactement ça être parent, mais ce n'est pas chose si facile :roll:

En ce qui concerne les miens, pas facile non plus de répondre à la question. Je dirais que je les ai dépassés en terme de stabilité. A part ça leurs vies et la mienne ne sont pas vraiment comparables.

Ma mère est sans doute surdouée, c'est ce que je me dis quand je reviens sur son passé, mais elle est emprisonnée par de graves névroses. Elle avait un an d'avance à l'école, a sauté une classe de plus en changeant d'établissement en primaire par erreur (l'école n'a réalisé qu'à la fin de l'année), elle a commencé tard la musique mais brillamment car c'était sa passion, elle a eu un prix de Russe au lycée, a passé à 16 ans un bac C mention très bien, mais psychologiquement c'est une catastrophe. Elle a été incapable de réellement partager de sa personne avec qui que ce soit, à part moi jusqu'à ce que je devienne mère à mon tour (elle, en tous cas, ne pensera jamais que je l'égale en tant que mère :pale: ). Le couple de mes parents a donc été éphémère. Aujourd'hui ma mère est prof de piano, mais n'ayant jamais pu psychologiquement se confronter aux évaluations diplômantes elle vivote aujourd'hui avec 700 euros par mois, et elle est célibataire. Pas difficile donc de trouver que je l'ai un peu dépassée, ayant construit une vie de famille, et ayant également assuré mes arrières avec un diplôme qui ne me fera jamais connaître le chômage.

Quant à mon père, là j'ai du mal à dire que je l'ai dépassé, avec beaucoup de difficultés il a quand même réussi à avoir un poste à responsabilité et mieux payé qu'une infirmière. C'est également quelqu'un de très brillant mais plein de stigmates de sa vie familiale, et comme je le disais plus haut, c'est en terme de stabilité que j'ai "gagné". Mon père est surendetté, toujours célibataire aussi.

En fait dans mon cas je ne suis pas sûre qu'il s'agisse d'un blocage psychologique à faire mieux, ils m'ont élevée pour que je fasse mieux. Mais il y a la question du "modèle", et là je ne suis pas aussi catégorique de BB...ce n'est pas le rôle d'un parent d'être un modèle, mais un parent l'est forcément, il est un modèle à suivre ou à contrer, mais il en est un. Dans ma famille je n'ai pour référence que des gens doués voire surdoués mais excessivement perturbés. Et il est bien difficile de se sortir de ça, quand on se pose plein de questions sur soi-même, qu'on se met à faire des parallèles avec d'autres personnes et situations au sein de sa famille, et qu'on en revient toujours un peu à ça. C'est un poids terrible l'histoire de ses parents.

En tant que mère pour l'instant je dirais que j'aspire à être dépassée, n'ayant pas vraiment jusque-là utilisé mes capacités, n'ayant pas réussi à trouver un réel bonheur malgré une vie sagement construite. Seulement je me sens un peu désarmée face à mes enfants, je ne sais comment leur permettre de s’épanouir. Je n'ai rien tracé pour eux, je veux qu'ils suivent leur voie. Seulement j'ai peur qu'ils n'arrivent pas à la trouver cette voie si on le les pousse pas un peu :grattelatete:

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Louise » jeu. 11 oct. 2012 12:23

Ça fait un certain temps que je tournicote autour de ce sujet.
Avec un peu de mal à placer mes idées.
Tout simplement parce que pour moi ça ne veut rien dire.

Et en fait, j'aurais pu écrire mot pour mot l'intervention de Blackbird.
A titre personnel, et dans mon référentiel je tiens à le préciser, cette question n'a pas lieu d'être.
Et moi, je le constate de jour en jour, j'ai grandi dans un environnement archi propice.
Du coup, moi non plus, pas de blocage et pas plus "d'obligation de réussite".

Imaginez vous que mon compagnon a bossé une fois dans sa vie : pour avoir le concours d'entrée de l'école d'où son père s'était fait jeter, et vient seulement de réaliser à 35 piges que y'a ptet une relation de cause à effet :shock: .

(et puis après il a re-rien glandé, il s'est planté en 4è année, une avant la fin, son père étant aussi net que lui, il lui en a voulu sans l'avouer, l'estime de soi professionnel de mon bonhomme est au ras des paquerettes, enfin bref, je vous explique pas à quel imbroglio émotionnel et de ressentis moisis on est arrivé entre eux!)

Je dis pas que c'est simple, mais si vraiment les parents font l'effort de ne RIEN projeter sur leurs enfants en terme de réussite si ce n'est "tu as réussi si tu es épanoui et trouves un équilibre" et passer plus de temps à lui donner les clés pour y arriver que faire de la dictature du bonheur....vraiment cette notion de "dépasser" n'a rien à faire là dedans.

Moi ce qu'il m'est arrivé de ressentir et qui m'a un peu secoué, c'est quand les rôles s'inversent.
Quand nos parents deviennent vieux, faibles, malades, sourds, et que c'est nous qui entrons dans un rôle protecteur ou d'aide, ou de soutien vis à vis d'eux. Je n'ai jamais eu à porter ce rôle enfant, ils m'en ont préservé tous les deux (bon monpère c'était pas compliqué on se voyait 15j/an). Et c'est maintenant que je réalise qu'ils ont plus besoin de moi que moi d'eux, et.. ça fait bizarre.

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Cyelle » ven. 12 oct. 2012 05:56

"les parents sont les enfants qu'on a sur le tard"

oui, c'est difficile Solenn.
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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Louise » ven. 12 oct. 2012 09:23

Cyelle a écrit :"les parents sont les enfants qu'on a sur le tard"

oui, c'est difficile Solenn.
Et encore, moi je n'ai rien à régler avec eux. J'en prends soin parce que ça me parait évident, logique. (pas parce que je le "dois")
Je vois ma belle-mère, abandonnée par sa mère lorsque celle ci s'est remariée et a fondé une "autre" famille, élevée par sa grand mère, et qui a du s'en occuper, en prendre soin pendant les dernières années de sa vie (où en plus elle était une tatie danielle x1000) alors qu'elle avait passé sa vie d'adulte à se guérir de cet abandon & de cette indifférence, je me dis y'a des cas où ça doit être infiniment plus compliqué et perturbateur.

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par Lilalis » ven. 15 févr. 2013 10:22

Blackbird a écrit :C'est un vaste sujet que celui consistant à savoir si l'on dépasse ses parents ou non.

...
Pour en revenir à question d'origine : dépasser ses parents ? oui mais sur quel plan ?

Je ne me suis rendue compte que très récemment que je cultivais un profond malaise à avoir matériellement plus que mes parents. J'ai fait de longues études qui m'ont permises, pour un temps, d'avoir un salaire très confortable et de vivre dans une aisance financière que mes parents n'ont pas connu et ne connaîtront probablement jamais. Ce qui me pose un problème c'est d'avoir l'impression que mes parents méritent bien plus que moi de bénéficier de ces avantages financiers car ils ont fait tellement plus d'efforts que moi. Ils ont travaillé bien plus dur, physiquement parlant, et ont traversé plus de situations délicates alors j'ai le sentiment qu'ils ont gagné le droit de se reposer et de récolter les fruits de leur dur labeur de manière proportionnelle. Dans mon cas, j'ai pas l'impression d'avoir galéré comme eux, ma vie a été facile en comparaison, grâce à eux. D'ailleurs tout ce qu'ils ont fait ils l'ont fait pour que nous n'ayions pas à vivre la même chose qu'eux. Donc ce décalage, ce dépassement, je pense qu'il est du à la conjonction de plusieurs sentiments: hypersensibilité qui fait que je veux qu'il arrive des choses bien à ceux que j'aime sinon ça me fait mal, marre de l'injustice de voir des gens ramer pour y arriver alors que d'autres méritent moins et se la coulent douce, et sûrement le complexe de l'ancien "pauvre" qui n'en croit toujours pas ses yeux d'être arrivé là où il en est.
Donc si je dépasse mes parents sur le plan financier ce n'est pas le cas pour le reste. Ils ont été ouvriers toute leur vie mais clairement ce sont des personnes qui nous ont élevés avec tellement de bon sens et de principes formateurs et d'amour que sur ce plan-là je me dis que je ne les dépasse pas et peut-être même que cela ne se produira jamais tellement ils ont été des parents formidables.
Cyelle a écrit :Pour moi, ça a été différent ; venant d'un milieu ouvrier, de parents qui avaient quitté l'école très tôt, je ne pouvais faire que "mieux"....Mais mes parents ne sur investissaient pas du tout l'école, au contraire, ils auraient été ravis de me voir faire un CAP....pour eux, la réussite, c'était avoir des enfants polis....
Je rejoins Cyelle, pour mes parents la seule chose qui comptait c'était qu'on n'ait jamais à leur faire honte pour cause de mauvais comportement cela aurait été insupportable.

Alors c'est comme tout le reste, je pense que la douance n'est pas forcément à mettre en cause dans cela. Je pense que quiconque en situation de dépasser ses parents se sentira concerné par la question surdoué ou pas. Par contre, du fait de l'hypersensibilté ou toute autre caractéristique associée à la douance, le malaise peut être renforcé et ce sera peut-être un peu plus compliqué à gérer.

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Re: Dépasser ses parents ?

Message par le31 » sam. 7 mars 2015 22:46

On a tous des histoires différentes. J'aime vous lire.

C'est le moins qu'on puisse dire dans mon cas. J'ai dépassé mes parents. Nous ne vivons pas dans le même monde. Les deux ne connaissent rien,ne s’intéressent à rien, n'ont jamais eu de loisirs ou autre. Ils n'ont pas les bases en français, en maths,en culture générale,ils ne comprennent pas grand chose quoi. Ils ne sont pas heureux.

L'une passe son temps devant la télévision et s'est coupée du monde.Elle ne connaît même pas mes enfants car ils ne l'intéressent pas. On m'a séparé d'elle dans l'enfance et ai donc vécu à plusieurs reprises dans différents endroits, dont le foyer de l'enfance.L'autre ne m'a pas bien traitée non plus et est actuellement en dépression. Le décalage est énorme. Je m'en suis sortie toute seule ou presque dans la vie. Heureusement que j'étais précoce et donc que j'avais des facilités pour être résiliente car sinon je vois exactement dans quelle souffrance je serai. Je viens seulement de découvrir mon fonctionnement particulier, ça fout les boules mais je comprends pourquoi je me sentais "malade dans ma tête" quand j'avais 5 ans...

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