De la difficulté de bien communiquer

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...
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Unesoprano
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De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mer. 20 févr. 2019 17:00

Suite à un échange qui prend un peu trop de place ici :
viewtopic.php?f=27&t=855&start=125

j’ai désiré ouvrir un espace de discussion sur un sujet qui me passionne et sur lequel je travaille depuis euh... plus de 25 ans déjà ? La communication verbale et de l’art délicat qu’elle demande.

En ce qui me concerne, je pense que communiquer effectivement, est délicat. Je trouve que ceci est un bon aide-mémoire de ce qui se passe, se joue lors d’un échange. (Mais je me rappelle avoir lu une très belle définition de la difficulté de communiquer car il s’y joue tant et tant de choses par quelqu’un du forum, et j’espère que cette personne viendra intervenir sur ce fil.)
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Le désaccord peut naître aisément car chacun n’a pas la même tolérance, la même façon de concevoir l’échange, et car il peut y avoir des enjeux de pouvoir (c’est pour certains si important « d’avoir raison »). Mais souvent il peut exister très simplement car l'émetteur et le récepteur ne parlent pas de la même chose... tout en pensant très sincèrement le faire. Aussi, il est recommandé pour savoir bien communiquer, de souvent rappeler, ce qui est « entendu ». De vérifier ainsi si le message reçu correspond bien à celui qu’a pensé envoyer l’émetteur.

Ainsi, pour reprendre le dialogue né avec Belgha sur le fil précédent, dans la phrase:

« Si tu ne peux pas être bon en jouant de ton instrument, fais autre chose, apprends la cuisine, le tourisme, soigne les animaux... il n’y a aucune honte à cela »

pour moi, nous ne parlons pas de la même chose. C’est normal : pas le même vécu, personnalités différentes... donc pour reprendre le schéma plus haut : faits/ressenti/retentissements/idées très divers. Divers ne voulant pas signifier en opposition ou en lutte de pouvoir selon moi sur le fond.
  • Belgha a entendu cette phrase en réalité, dans un certain contexte, comme une authentique envie d’aider un élève en difficulté. Je pense que : « il n’y a aucune honte à cela » est signe pour lui d’une communication bienveillante. Si j’ai bien moi-même correctement entendu au travers de ce qu’il a écrit sa pensée, il regrette simplement que ces mots n’aient pas été accompagnés par une ouverture vers « néanmoins ta pratique et ton amour de la musique peuvent te permettre de te diriger vers plein d’autres métiers possibles au sein de celle-ci ». Et pour lui, c’est peut-être pour cela que cet élève arrêtera la musique pour aller vers un domaine qui n’a rien à voir, car cette phrase n’a pas été prononcée.
Je n’ai pas été présente le jour où la phrase a été prononcée. Je la reçois donc dans sa retranscription. Sans la voix et d’autres informations non-verbales me permettant d’entendre (selon mon propre filtre existant par mon vécu et qui je suis) si cette formulation est maladroite ou si celle-ci est réellement castratrice, comme je la reçois (d’où le fait que je l’interprète comme humiliante, méprisante et porteuse d’une fausse gentillesse).
  • La première chose que j’entends dans la phrase c’est déjà le « tu » qui tue. « Si tu ne peux pas être bon en jouant de ton instrument ». Moi, si j’avais été l’élève, je l’aurai reçu direct comme « Tu n’est pas capable ». :tronco: Pour moi, un enseignant ne doit pas s’adresser ainsi à son élève. C’est dire d’entrée que l’élève n’est pas bon à cause de lui-même. Ben voyons! C’est se dédouaner en tant que professeur de n’avoir peut-être pas été capable de l’aider à jouer mieux. Et ainsi banaliser et être indifférent à la passion et l’engagement que l’élève a eu en faisant une liste lambda de possibles métiers pour finir par dire « n’ai pas honte » en lui ayant créé auparavant ce sentiment de ne pas avoir été à la hauteur par le « Si tu ne peux pas être bon... ». Même pas « si tu n’est peut-être pas assez bon », ce qui aurait été déjà différent.
    En ce qui me concerne, selon mes croyances, (qui ne sont que ce qu’elles sont), un enseignant sérieux qui pense qu’il vaut mieux réorienter un élève car il n’a pas le niveau, devrait le lui dire bien autrement. Par exemple : « Je suis conscient de ton investissement et de ta passion pour la musique. Mais il me semble, malgré tout le travail sérieux et engagé que je te vois réaliser depuis plusieurs années que cela ne sera pas suffisant pour envisager une professionnalisation. Est-ce que d’autres domaines t'intéressent? Je constate plusieurs qualités qui peuvent t’ouvrir des portes dans d’autres domaines, y compris au sein du milieu musical. Veux-tu que nous en parlions? »
    L’emploi du « Je » , déjà, est primordial : il nomme le risque pris par l’émetteur de donner son avis, l’émetteur se définit. Il place la problématique dans son espace relationnel, au lieu du « tu » bien pratique pour renvoyer le problème chez l’autre. Enfin, dans ce genre de circonstances délicates, surtout face à un adolescent, Il doit y avoir reconnaissance de ses qualités et de son investissement (si celui-ci existe, bien sûr). Le « ne pas pouvoir » est une fin de non-recevoir affreuse. Alors voilà, il y aurait eu des possibles, et puis un jour, ben non, plus. Pour terminer, ouvrir à l’échange est extrêmement important. C’est pour toutes ces raisons que pour moi cette phrase n’est pas bienveillante, et indifférente complètement à ce qu’elle peut déclencher, particulièrement chez un jeune. En ce qui me concerne, si on m’avait dit cela, oui, j’aurais fait un autre métier, et certainement pas dans la musique.
Je réagis, je le sais, avec un certain agacement, car nombreux sont les adultes qui n’osent pas chanter parce qu’un jour on leur a dit « tu chantes faux ». Jamais n’a été évoqué le rôle des peurs qui poussent généralement à ne pas pouvoir, ou à rendre le fait de chanter juste plus difficile. Donc effectivement, le « tu qui tue » n’est pas pour moi signe de bienveillance, mais l’émission d’un jugement, et rarement positif. D’ailleurs c’est très différent dans un autre domaine de dire « je te trouve jolie », « tu es jolie » ou « tu n’es pas moche ». Dans ces 3 formulations, le récepteur ne pourra pas recevoir la phrase de la même façon.

J’ai ouvert ce fil car pour moi, le dialogue qui s’est instauré est directement lié à la question de la communication, ce qui est émis, ce qui est entendu, et non à savoir qui a raison ou tort dans l’exemple cité. Je pensais qu’il y avait là un sujet pour échanger, débattre. Encore une fois, l’exemple n’est pas choisi pour être confirmée dans le fait de savoir qui a raison. C'était l’occasion d’ouvrir un dialogue sur ce fait : ce n’est pas aisé d’échanger, de parler, de communiquer.

(J’ai mis presque 2h à écrire ce fil pour limiter les risques de complications de communication. :sweat: j’espère que j’ai réussi... je n’ai pas évoqué la CNV... :grin: )

J’ai envie de conclure par ce texte que j’aime beaucoup, qui, j’espère vous touchera comme il me parle. Et oui, je suis une lyrique, je suis soprano quoi... :huhu:
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Holi » mer. 20 févr. 2019 20:28

Sujet très intéressant !
J'y reviendrai plus longuement, mais ça me rappelle un échange tellement courant :
- Moi : je n'ai pas compris...
- L'autre répète mot pour mot
Je dis je n'ai pas compris, il comprend je n'ai pas entendu...?
Ou
Moi : est ce que je peux reformuler ? Je ne suis pas sure d'avoir compris
L'autre : ne répond pas à ma question et répète.

Dans cette situation, que faut-il comprendre ?
# L'autre accorde plus d'importance à ce qu'il dit, qu'à ce qui sera compris ?
# L'autre n'envisage pas de ne pas être compris ?
# L'autre est incapable de reformuler ?
#?
Et on ne parle même pas de ressentis différents....
La vie n’est facile pour aucun de nous. Mais quoi, il faut avoir de la persévérance, et surtout de la confiance en soi. Il faut croire que l’on est doué pour quelque chose, et que, cette chose, il faut l'atteindre coûte que coûte.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mer. 20 févr. 2019 20:59

Je ne sais pas si dans ce genre de situation il s’agit de se placer sur le mode « que faut-il comprendre ». Pour ma part, je me méfie des « il faut » « je dois » et autres injonctions un peu totalitaires. Et en matière de communication, cela me semble maladroit pour aller vers un mieux se comprendre.

Peut-être est-il bon d’essayer de vraiment mieux définir ce que l’on ne comprends pas : le sujet, ou le pourquoi de la phrase. (En fait c’est difficile de répondre mieux sans avoir un exemple précis.) Normalement, reformuler permet de pouvoir être plus précis sur ce qui crée l’incompréhension. Après, comme il y a beaucoup d’enjeux dans la communication, tout le monde n’a pas envie forcément de mieux se définir. Et là, il se rajoute la question de jusqu’où l’on a envie de se faire entendre, dans quels types de rapport humain on a envie de se maintenir. Ou d’aller. Dans certains cas, la communication non-violente permet de passer à une autre étape de formulation. Pour d’autres non. Pour certaines personnes, il est très violent d'être en désaccord, ou de ne pas être compris immédiatement. Quelquefois on ne peut pas aller plus loin, à ce moment-là. Cela ne veut pas dire « pour toujours ».
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Miss souris » jeu. 21 févr. 2019 08:53

Outre ce qui a été dit au dessus, je rajouterais la question des mots. Et des systèmes des mots. (exemple ci dessus, je trouve...). Parce que du mot naît le raisonnement. Ou du moins son expression. Et que si on n'est pas d'accord sur le sens des mots ...
Je recommande la lecture d'Alfred Korzybski. Pas forcément des extraits de Science and Sanity (oui, parce que la version complète c'est au dessus de mes forces... sa théorie, c'est que de la sémantique générale naissent à la fois appréhension compréhension expression du monde, et qu'en changeant les paradigmes du langage (la grille, quoi) on peut se libérer des freins de la pensée aristotélicienne, et pouf ! nouveautés scientifiques en vue. Physique quantique en particulier. Je ne développe pas, il me faudrait une énergie que là je n'ai pas pour trier un peu.)
Mais un extrait de Science and Sanity est disponible en français sous le titre La Carte n'est pas le Territoire. Tout petit livre, que personnellement j'ai lu deux fois d'affilée : une pour avoir le fil général sans tout comprendre, et la deuxième pour un peu mieux capter le truc.
L'idée clé est là : la carte n'est pas le territoire. Et le mot n'est pas le réel. A partir de là, il me semble que (une fois passée la légère... sensation de vertige) la communication devient beaucoup plus souple ... :) puisqu'elle est impossible au sens absolu.


Et dans du beaucoup plus accessible et au quotidien, il y a des pistes intéressantes dans les bases de la pédagogie Freinet (entre ça et Korzybski, on verra que j'aime les vieux pots ...), par exemple avec le message clair. (ou encore plus accessible, l'analyse de la communication klaxon par Jacques Salomé je crois.)

Damdoum
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Damdoum » ven. 1 mars 2019 12:15

Bonjour,
je me permets de répondre à ce topic qui m'intéresse un peu puisque c'est la base de mon métier également. J'espère que mon message va être suffisamment clair et je ne vais pas faire de redites :) .
Je trouve qu'on oublie trop souvent de penser le cadre dans lequel nous évoluons qui influe parfois beaucoup sur la communication comme la confiance dans laquelle on met les personnes pour qu'elle soit la plus fluide et simple possible.
Ainsi, il faut peut-être d'abord se mettre d'accord sur comment on souhaite communiquer ensemble avant d'envisager toute modélisation de cette communication.
Je m'explique, la position sociale comme le lieu dans lequel se déroule les communications changent beaucoup la donne.
Quand je rencontre des structures et par extension des personnes, c'est d'abord et avant tout chez elles car elles seront plus en confiance pour parler et entrer en contact. Parfois, c'est dans un lieu neutre pour ouvrir le dialogue aussi. Y'a quand même tout un tas de paramètres à prendre en considération (est-ce que je suis fatigué ? Est-ce je suis content ? Est-ce que c'est le matin ou le soir ? Est-ce qu'on approche de la fin d'année ou bien d'épreuves importantes? Etc...)
Je pense qu'on aura beau faire toutes les représentations possibles, si la personne n'est pas en confiance dans un cadre le plus bienveillant qu'il soit, ça me paraît compliqué. Et quand je dis çà, il s'agit donc aussi de penser sa propre place et donc son propre cadre dans la communication qu'on souhaite mettre en place...la clef est aussi l'adaptation à son propre sujet et aux autres personnes qui interagissent avec nous ou souhaitent le faire.
Bref, la communication, c'est complexe et simple au bout du compte.
Pour l'anecdote, je retiens toujours qu'une seule chose d'un cours de Management des mutuelles d'assurances : "on ne retient que 7 % de ce que nous dit une personne lorsqu'elle nous parle et, au bout du compte, on n'en retient que 7% de ces 7%....". Il nous avait également dit que ça allait être la seule chose qu'on allait retenir de son cours...et c'était effectivement vrai !!! :D
Voili voilou pour mon apport à la discussion et merci pour les autres qui sont intéressants aussi !
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » ven. 1 mars 2019 16:30

@Miss souris le premier schéma que j’ai mis est extrait d’un livre de Jacques Salomé. J’ai fait une formation avec lui très jeune, en 1993: mon grand intérêt pour la communication relationnelle effectivement s’est révélé très tôt. J’ai bénéficié au primaire d’une pédagogie Freinet, je ne me souviens pas du message clair! Je suis très intéressé d’en savoir plus.

@Damdoum merci de ton intervention, oui il est bon de se rappeler (ou d’avoir conscience) du contexte et de nombreuses choses lorsqu’on communique avec quelqu’un. Et puis j’ai pu lire les apports fort intéressants que Miss souris a apporté juste avant. :) et dis-moi, que fais-tu comme métier où la communication en est la base? Pour ma part, je suis très attentive à ma communication avec mes élèves car je souhaite leur offrir plus de 7% de savoir et d’attention (et réciproquement d’aileurs!) ;)
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Miss souris » ven. 1 mars 2019 16:42

@Unesoprano Le message clair façon Freinet, c'est une façon de dépouiller le message des enjeux de pouvoir, d'émotion, de mauvais contexte, etc, qui le polluent. Les enfants sont incités à ritualiser le message ("je vais te faire un message clair", ce qui attire l'attention de l'autre et permet de prendre conscience que ce qui se dit n'est pas anodin.) Il y a aussi traditionnellement des temps dédiés à la communication, mais si on est en dehors de ces temps, la formule "je vais te faire un message clair" permet au rite de retomber sur ses pattes. Ensuite, on leur explique qu'il faut rester sur du factuel, et sur leur propre ressenti, vu qu'ils n'ont pas accès à ce que l'autre pense. On analyse aussi des réactions classiques, pour y repérer ce qui est projection/supposition. Et on fait aussi des temps pour qu'ils puissent analyser leurs émotions et les mettre en lien avec la parole de l'autre.
Un message clair, ça peut donner :" Je vais te faire ...etc. Quand tu as ri quand j'ai donné la réponse fausse tout à l'heure, ça m'a fait beaucoup de peine et en plus maintenant j'ai peur de me tromper. Alors je suis en colère contre toi et je ne veux pas travailler dans ton groupe."
Celui qui reçoit le message peut se mettre plus facilement à la place de, et il peut (en tout cas il y est incité ...) rechercher une solution, proposer une réparation.

C'est vieux mais ça marche très bien ...:) En pédagogie Freinet, on retient souvent l'idée du tâtonnement, et de l'autonomie, mais il y a aussi ce genre de trucs...(une pensée me vient : c'est ce qu'on m'a expliqué en formation de péda Fr., mais si ça se trouve ce sont des ajouts plus récents...en tout cas, maintenant ça en fait partie...!)

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par madeleine » lun. 11 mars 2019 15:17

@Miss Souris : un grand merci pour Korzybski ! !
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
avec l'aimable autorisation de P.Kirool

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Damdoum » mar. 12 mars 2019 10:56

Bonjour,
@une soprano :
Dans le cadre de mon travail, je suis amené à faire des diagnostics de structures : j'ai deux heures pour faire le tour de cette dernière à l'appui de l'analyse de documents envoyés au préalable. J'utilise ce qu'on appelle l'analyse systémique des organisations dans lequel la communication et le lien entre les différentes entités propres à une organisation sont importantes (la sociologie des organisations est un des mes outils favoris !). Ces structures étant des associations pour la plupart, l'enjeu humain et des relations inter-personnelles sont primordiales pour comprendre comment fonctionne une association.
Dans tout cela, j'y inclue ma place en tant qu'élément neutre et extérieur mais non dénué de préjugés renforcé ou non par l'étude des documents de la structure ou bien d'échanges téléphoniques préalables.
@miss souris : De même, connaissant très bien la pédagogie Freinet (j'ai été formé et formateur au CEMEA...), je ne peux qu'approuver l'importance de transmettre des messages "blancs" et dans lequel il faut s'inclure quant à la "couleur" que l'on peut transmettre quelque soit la personne que l'on a en face. Pour l'anecdote, Freinet était un blessé de guerre (un poumon en moins, ça peut rendre la vie compliquée...) et a donc été contraint physiquement de trouver des solutions pour pallier à son handicap lorsqu'il est redevenu enseignant après la guerre (je te laisse confirmer Miss Souris ou appuyer si besoin ;) ) car il ne pouvait ni rester debout ni parler longtemps : il a bien fallu trouver d'autres moyens de communiquer en tenant compte de ces contraintes et surtout de la meilleure manière de transmettre. Comme quoi, la prise en compte du handicap, de la différence, tout çà...ça peut être vachement utile pour tout le monde !
Et pour terminer, un petite réflexion : pourquoi un prof/animateur aurait plus de légitimité à transmettre des choses quant un élève a peut-être plus de connaissances sur un sujet : quelle place peut-on laisser sans avoir peur de remettre en cause notre propre place et notre propre légitimité construites par des années de "labeur" ?
Voili voilou
PS : le traitement de texte du forum et moi, c'est pas encore çà même si je m'y attelle à réduire mes carences...
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mar. 12 mars 2019 12:30

@Damdoum je pars au travail donc je ne vais pas faire une grande tirade explicative, mais je n’ai pas parlé de légitimité à transmettre, mais bien dit que la question de la communication s’inscrivait pour moi dans l’idée d’offrir un enseignement de meilleure qualité. Je ne sais pas si ta réflexion était en réponse à ce que j’ai écrit, mais je l’ai entendu, reçu comme telle. De toute façon, effectivement, étant enseignante, je ne peux pas être neutre vis à vis de la réflexion posée. Je trouve par ailleurs ton métier très intéressant.

Je reviendrais plus tard sur ce qui me dérange dans cette réflexion, mais c’est clair que je me suis sentie un peu blessée par celle-ci. J’ai entendu dans la réflexion posée une rigidité dans la posture relationnelle du « prof qui sait », ignorant que l’élève ou les élèves peuvent lui apporter également des choses. Tous les profs ne se positionnent pas ainsi dans la relation pédagogique, et heureusement.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Damdoum » mar. 12 mars 2019 16:15

@Unesoprano
Pas de problème, j'entends bien qu'il s'agit d'élargir la réflexion, certainement pas de donner des leçons et encore moins de porter des jugements sur ce qui devrait être ou non...désolé si tu t'es senti visée, c'était pas du tout le but et je m'en excuse. Mes parents étaient enseignants et mon frère l'est également donc je me mesure bien la difficulté de l'exercice quand on est face à parfois plus de 30 élèves et dans des matières réputées moins importantes que d'autres (style les maths par exemple)...je trouve çà juste dommage que l'importance de bien communiquer soient plus liées à des initiatives individuelles comme celle que tu as l'air d'entreprendre que réfléchie de manière collective et intégré dans les programmes qu'on pourrait apprendre aux élèves (mais, c'est une autre histoire et un peu hors sujet...)
En tout cas, cela montre un exemple concret du sujet évoqué :angel: :clin:
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mar. 12 mars 2019 21:39

Damdoum a écrit :
mar. 12 mars 2019 16:15
En tout cas, cela montre un exemple concret du sujet évoqué :angel: :clin:
Absolument! :huhu:

Je n’enseigne pas dans le cadre de l’Education Nationale, je suis diplômée du Ministère de la Culture. Même si je peux avoir des groupes de temps à autre dans le cadre de mon travail, ce n’est pas systématique. Je ne suis pas chef de chœur. Je pense que c’est une donnée importante: je te rejoins dans le fait qu’il n’est pas aisé de proposer des cours avec de grandes classes. De plus, on ne forme pas les enseignants à savoir utiliser leur voix en rapport avec la question de l’autorité. Du coup, souvent, ce qui est fait c’est de hausser le ton, au lieu de « forcer l’écoute », par exemple en parlant moins fort justement. Je te rejoins également tellement sur le regret qu’il n’y ai pas d’atelier de communication, surtout actuellement, on en a bien besoin. Là où je travaille, il y a une volonté du directeur d'être dans une pédagogie humaniste, et c’est aussi pour cela que je m’y sens bien.
Ma journée a été fort longue et lourde humainement : des trucs durs qui sont arrivés à plusieurs de nos élèves. Aussi je suis assez hors service ce soir, mais je reviens bientôt pour échanger.

Encore merci pour ton écoute bienveillante, je comprends mieux également le pourquoi de la problématique posée. À bientôt.
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Emeishan
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Emeishan » jeu. 14 mars 2019 18:28

Bonjour,

Je ne sais pas si je suis la seule, mais pour moi, entendre toutes les précautions oratoires considérées comme étant davantage bienveillantes que tu préconises, Unesoprano, fait l'effet inverse et me met très mal à l'aise. Je vais essayer d'expliquer pourquoi.

Je ne suis pas enseignante, et je ne parle donc que du point de vue de celui qui reçoit un discours négatif ou dévalorisant. Quand cela m'arrive, j'aime qu'il soit concis, précis, étayé, sur le fond. L'exemple donné au début, « Si tu ne peux pas être bon en jouant de ton instrument, fais autre chose, apprends la cuisine, le tourisme, soigne les animaux... il n’y a aucune honte à cela », ne me gênerait pas, par exemple. Je lis qu'il s'agit d'un point de vue de mon interlocuteur. Je l'analyse, et, si je suis d'accord avec, je l'accepte (plus ou moins facilement, parfois cela me blesse ou me vexe, mais disons que le message passe). Si je ne suis pas d'accord, je l'ignore. (Et parfois, je l'ignore, mais l'idée fait petit à petit son chemin, et j'en reconnais la véracité quelques temps après. Oui, je suis susceptible ;))
Alors que lorsque j'entends « Je suis conscient de ton investissement et de ta passion pour la musique. Mais il me semble, malgré tout le travail sérieux et engagé que je te vois réaliser depuis plusieurs années que cela ne sera pas suffisant pour envisager une professionnalisation. Est-ce que d’autres domaines t'intéressent? Je constate plusieurs qualités qui peuvent t’ouvrir des portes dans d’autres domaines, y compris au sein du milieu musical. Veux-tu que nous en parlions? », je me ferme comme une huitre dès la première phrase, et plus rien du reste du message ne passe, au fur et à mesure que mon malaise augmente. Je ressens cela comme une agression assez violente. Bien sûr, le fond du message est le même (je suis nulle), et je le devine dès le début (par un ton plus mielleux, un air de pitié, qui accompagnent souvent ce type de propos) mais en plus, non seulement il faut un temps monstre à l'interlocuteur pour l'énoncer (d'où le malaise, moi j'ai juste envie que cela finisse), en plus je perçois cela comme de la condescendance, et enfin je n'accorde aucun crédit à des paroles se voulant bienveillantes mais qui ne sont là que pour "faire passer la pilule", donc que je perçois comme hypocrites.

Une autre chose que je ne comprends pas dans beaucoup de préceptes de la CNV, comme le fait de devoir insister sur le JE au lieu du TU : lorsque l'on reçoit ce type de message, le fait que l'interlocuteur ait pris le soin de bien préciser que cela ne vient que de lui (ce qui est pourtant évident je trouve) renforce le côté subjectif de son propos. Je sais que c'est le but, mais moi, j'ai alors tendance à interpréter le propos selon l'opinion que j'ai de la personne qui le formule. Par exemple, si un supérieur que j'aime et j'estime me dis "ce que tu as fait là, ça ne va pas du tout", je vais avoir à coeur de changer pour m'améliorer (et davantage que s'il m'avait dit "je ne trouve pas que ce que as fait là soit correct", car pour moi le message est plus faible). Mais si le "ce que tu as fait là, ça ne va pas du tout" émane d'un collègue que je n'estime pas, je vais probablement l'ignorer, alors que s'il me dit "je ne trouve pas que ce que as fait là soit correct", je risque de lui en vouloir personnellement...

Dans l'autre sens, lorsque je communique, j'essaie toujours en premier lieu de m'adapter à la personne en face plutôt que d'utiliser des façons de faire "toutes faites". Je privilégie en général les messages clairs (est-ce lié à mon passage en classe Freinet ? je ne sais pas), et je mets toujours l'accent sur les choses positives. Mais je reconnais sans mal que ma communication verbale est très défaillante, donc je ne demande qu'à m'améliorer... Pour moi, le fond compte toujours plus que la forme, et lorsqu'il y a trop de forme "explicite", cela me gêne.

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » jeu. 14 mars 2019 22:06

@Emeishan bonsoir,

Plusieurs points m’interpellent dans ta réponse. J’avais ouvert ce fil afin d’ouvrir un dialogue, et non pour « préconiser » , c’est-à-dire conseiller ou recommander vivement la communication telle que je la pratique dans ma vie. Effectivement, en ce qui me concerne, c’est un grand sujet de réflexion personnelle, et pour ma part je pense mieux communiquer (c’est-à-dire mieux me définir, mieux expliquer ma pensée et mieux m’affirmer) et avoir des relations de meilleures qualités depuis que je m’intéresse à ces sujets. Je comprends mieux ce qui peut me faire réagir, me rendre réactionnelle, me blesser dans les paroles de mon interlocuteur. Je repère mieux les enjeux de pouvoirs et je suis plus attentive à être en cohérence avec les valeurs qui me sont chères lors de discussions. Par exemple, lors de désaccords (ce qui est normal), il m’est important de ne pas participer à faire monter de la violence, et à ne pas entrer (ou à sortir très vite du jeu si mon interlocuteur veut jouer à cela) dans le triangle dramatique : victime/bourreau/sauveur.

Je suis étonnée par les projections que tu as exprimé avec la formulation exemple que j’ai proposé. Imaginer un ton mielleux et un air de pitié et penser que, à message différent = même fond (considération que l’on considère l’autre comme nul) me rend perplexe. Bien sûr, il existe des personnes qui ont besoin à tout prix de se sentir supérieurs et qui peuvent prendre plaisir à renvoyer à « leur » élève leur finitude, leur médiocrité, car ainsi ils se sentent plus grand. Mais il n’existe pas que des gens comme cela.

Nous échangeons ici par clavier, il n’y a pas le son de la voix, le ton, l’expression, des yeux, du visage. Moi, je trouve que cela complique encore plus la communication et j’assume absolument qu’on trouve cela prise de tête. Les écrits restent, être dans la nuance tout étant dans l’affirmation calme et posée de son avis est, je trouve, un exercice difficile. Bien sûr, tu ne me connais pas, et tu peux absolument ne pas me croire quand je dis que si je fais attention, c’est parce que je suis consciente du retentissement que mes paroles peuvent avoir auprès de mes élèves, surtout si je dois leur dire que leur projet pro ne me semble pas réaliste. Pour ma part, quelqu’un qui ne peut pas devenir musicien pro n’est pas un nul. (J’ai des amis chers qui ne sont pas musiciens, voire qui chantent faux. Ben ils ne sont pas nuls.) C’est juste quelqu’un qui ne me semble pas avoir les possibilités de. Il n’est pas que cela. Il peut cependant avoir un bon niveau musical. Devenir pro ne se limite pas à avoir un très bon niveau d’instrument. On ne peut pas, pour moi, résumer une personne à cela. De la même façon que quelqu’un qui a 128 comme QIT à la suite d’un test n’est pas pour autant un nul, ou un con.

J’ai bien entendu ton message, mais en ce qui me concerne, je ne me reconnais pas dans les attitudes relationnelles et les intentions que tu prête (condescendance, hypocrisie, pitié) lorsqu’il s’agit de se positionner sur ces sujets avec un élève. Pour moi, là, il se joue pour toi autre chose. Ce n’est pas dévalorisant de dire à quelqu’un que, alors que l’on a remarqué cependant son investissement et la qualité de son travail, le projet pro ne semble pas réaliste. C’est donner un avis, mais dire aussi le positif, puisque je parlais d’autres qualités constatées. Enfin, j’ouvrais à un dialogue. Et non, ce n’est pas pour faire avaler la pilule.

Où est le positif dans la première formulation qui te convient ? Ne pas avoir honte de ne pas être bon? Où est l’ouverture au dialogue? Mais dans ce que j’ai proposé comme autre formulation, ne pas avoir honte est possible également puisqu’il y a reconnaissance de qualités. Là, j’avoue, je ne comprends pas.

L’analyse de tes réactions personnelles est très honnête : pour toi, visiblement, le fait d’apprécier ou d’estimer quelqu’un est plus important que la façon dont il envoie un message. (C’est ce que j’ai compris). Tes réactions vont être relié fortement à cet état de fait. Mais c’est ton droit. Je n’ai pas forcément la même croyance, même si bien sûr, il y a ceux que j'apprécie ou estime et les autres. Néanmoins, quelqu’un que j'apprécie peu, s’il m’envoie un message bien fait, effectivement, m’amènera à l’écouter. Parce que ce n’est pas parce que je l'apprécie peu ou pas que je pense qu’il n’a aucune qualité ni capacité à avoir un avis juste ou intéressant sur mon travail, pour reprendre ton exemple.

Mieux communiquer,je pense, peut apporter plus de confiance en soi, en sa capacité à affirmer ses valeurs, à mieux écouter ce qu’on nous renvoie et à être plus cohérent entre ses actes et ses paroles. Mais heureusement nous sommes différents (d’où le fait d’ailleurs que communiquer n’est pas forcément aisé.) C’est dommage de mon point de vue de voir la CNV ou autres « méthodes » de communication comme des facon de faire toutes faites. Et je trouve cela amusant de la part de quelqu’un qui a visiblement gardé une communication en « messages clairs ». Il y a une méthodologie aussi, non?

En matière de communication, je pense que c’est comme en musique, la technique est utile pour mieux interpréter, pour pouvoir aller plus loin. Mais bon, c’est bien de s’en dégager aussi. Pour ma part, de mon passage en école Freinet, j’ai gardé surtout le goût de l’autonomie, et je me rappelle le plaisir de faire des recherches par moi-même, mais je ne me souvenais pas des messages clairs. Donc je n’ai pas d’avis sur la question. Mais je ne pense pas que cela soit contradictoire avec la CNV. Sur le TU, enfin, là j’avoue que j’ai déjà passé beaucoup de temps à faire ma réponse, aussi pour ce soir, je m’en tiendrais là. Je te joins un document trouvé sur le net.
B10900B2-219A-4D37-AF6F-33F05FFF1CF5.jpeg
Vous n’avez pas les permissions nécessaires pour voir les fichiers joints à ce message.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Emeishan » jeu. 14 mars 2019 23:41

Unesoprano,

Je te remercie de ton dernier message, et je te prie d'accepter mes excuses si j'ai pu donner l'impression que mon message contenait des attaques personnelles. Ce n'était pas du tout mon intention (preuve supplémentaire de mes difficultés à communiquer, si besoin en était...). Je ne doute pas que tes intentions, à toi, étaient tout à fait bienveillantes, mais comme tu l'as dit, tout le monde n'agit pas comme cela. J'ai eu une réaction très vive en lisant ton message, je le reconnais, car cela a fait écho à certaines expériences que j'ai vécues, certaines récentes et douloureuses.

Au delà de cela, je me suis un peu renseignée sur la CNV il y a quelques mois, par curiosité. Je parlais de "préconisations" car j'ai toujours eu l'impression que la CNV était une méthode de communication à privilégier, elle me parait (en théorie) assez consensuelle. Et, si je pense mal y réagir lorsque je suis du côté du "receveur du message", je ne saurais pas dire comment je l'évite lorsque je dois faire passer un message, autrement qu'en évitant les conflits et en m'arrangeant pour ne pas avoir à délivrer de messages négatifs. Je voulais juste apporter un point de vue un peu différent sur la façon dont certaines façons de communiquer s'apparentant à la CNV pouvaient être perçues... Je vais réfléchir et essayer d'étayer un peu plus les raisons rationnelles de ma vision des choses, et travailler sur cela, avant de revenir vous en faire part si je trouve des idées plus constructives.

Par ailleurs, je trouve cette discussion passionnante, je te remercie Unesoprano pour les échanges !

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Damdoum » ven. 15 mars 2019 08:51

Salut,
Histoire de rajouter un peu de grain à moudre : je crois que chaque technique, méthode, matière que l'on acquiert ou auquel on s'intéresse résonne en fonction de notre propre histoire.
Pour ma part, il convient par conséquent d'être surtout à l'aise avec les outils qu'on utilise. Pour exemple, j'ai appris plein de méthodes d'animation par mon passé de formateur BAFA mais, au bout du compte, je n'utilise qu'une méthode très instinctive (avec beaucoup de préparation en amont pour tout prévoir bien évidemment) basé sur l'écoute et la simple reformulation tout en essayant de rendre vivant les discussions car c'est avec çà que je suis le plus à l'aise !
La CNV, je l'ai appris il y a 5-6 ans par le biais d'une formation pour mon travail et c'est une méthodologie/ou outil avec tous les qualités/défauts que cela représente : cela dépend de la façon dont on s'en sert ! Cela peut être un outil puissant (tout comme les méthodes de Saul Alinsky ou de la pédagogie Freinet/Montessori/Steiner...) mais peut être facilement galvaudé si ça tombe entre de mauvaises mains. Pour exemple encore, Le Rassemblement National (ex FN) utilise beaucoup ces méthodes (cf. Manuel de l'Animateur Social de Saul Alinsky) pour faire campagne et je doute que ce parti s'en soit emparé juste parce que ça fait classe ou c'est à la mode en ce moment...vous comprendrez l'ironie de la situation qu'un américain d'extrême gauche (de tendance anarchiste) outille un parti réputé d'extrême-droite...
Après, il faut bien intégrer le fait que ce sont des méthodes très efficaces et qui sont utilisées depuis longtemps par les professionnels de la communication mais depuis beaucoup moins longtemps auprès du grand public...elles sont vraiment à considérer actuellement car on ne s'empare pas, ce seront des personnes peut-être bien moins intentionnées qui peuvent se saisir facilement de ces outils...
Donc, de la difficulté de communiquer, est-ce que ce n'est pas justement un peu à dessein parfois pour masquer d'autres enjeux qu'on préférerait ne pas nommer...?
Ainsi, il m'arrive parfois d'omettre des informations importantes car tout ne doit pas être dit justement !
Voili voilou
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » ven. 15 mars 2019 09:45

Damdoum a écrit :
ven. 15 mars 2019 08:51
Donc, de la difficulté de communiquer, est-ce que ce n'est pas justement un peu à dessein parfois pour masquer d'autres enjeux qu'on préférerait ne pas nommer...?
Ainsi, il m'arrive parfois d'omettre des informations importantes car tout ne doit pas être dit justement !
Voili voilou
Bien sûr, il existe de nombreuses situations où il peut être intéressant de ne pas tout dire, et heureusement. Je pense d’ailleurs que dans ton métier certainement cela doit t'être utile. Je ne connaissais pas la méthode de communication dont tu parles et dont le FN s’est emparé. Mais hélas je ne suis pas étonnée. Tout peut être détourné.

@Emeishan il me semble qu’il faut bien faire attention à ne pas mélanger notre ressenti avec le message envoyé. Et là, il se pose également la question de notre capacité plus ou moins grande à être dans l’analyse de nos réactions émotionnelles et à notre façon personnelle de relancer la communication. Le premier schéma que j’avais inclu parle de cela.

Si je reprends par exemple ce que tu explique désormais quand au pourquoi de ta réaction vive. Personnellement, je trouve qu’il est légitime de ne pas être bien voire être blessé, en colère... si l’on ressent qu’il y a un « double message » = un discours tenu bienveillant et un ensemble de signaux non-verbaux (ton de voix etc) qui ne le sont pas. Et oui, il est possible d'être alors en difficulté pour répondre immédiatement en fonction de qui est la personne qui s’adresse à nous ainsi (supérieur hiérarchique, parent, ami, amoureux...) quel est l’enjeu réel de celui qui envoie ce double message? Et pour celui qui le reçoit, il doit gérer sa blessure, et/ou son remou émotionnel dans un contexte relationnel qui peut amplifier la difficulté 1. Maîtriser alors une façon de communiquer peut être utile pour s’en sortir. Ou, si on travaille sur soi, comprendre à quoi cela nous renvoie. Par contre, renvoyer l’émotion douloureuse et la colère générée à une autre personne qui n’est pas responsable de la situation 1 n’est effectivement pas pratique pour communiquer simplement. :huhu: Mieux vaut alors que celui-là sache reconnaître que le message qu’on lui envoie n’est de fait pas destiné à lui, à la base. Sinon, déclenchement d’un conflit assuré.

Savoir reconnaître ce qui est réveillé en nous, et pourquoi est une donnée importante pour communiquer plus simplement. Cela permet de savoir entre autre dans quelle zone est reçu le message. Elle évite de confondre par exemple « ce que je lis me gêne car il me renvoie à une situation vécue il y a peu avec X... » et « ce que je lis me gêne car je trouve que ces méthodes de communication sont du temps perdu » ou « de toute façon tous ceux qui communiquent sont des manipulateurs » ou ...

À bientôt de te lire sur ce qui sera né de cet échange. :clin: c’est bien ainsi que je concevais l’intérêt de celui-ci, donc je suis contente. Belle journée à tous!
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par hosen » ven. 15 mars 2019 10:16

Bonjour,
À la lecture de ce fil, mon intuition associe le développement la précaution verbale (l'art de communiquer, la communication non violente, etc.) à la violence croissante des rapports sociaux et interpersonnels. Plus l'intention ou la finalité sont violentes, plus leur communication s'avance masquée. Exemples : le langage politique officiel et médiatique, ou la novlangue de l'entreprise et de ses dispositifs. Mon intuition discerne également un sorte de lien secret entre cette artification de la communication et le mutisme individuel de la société numérique globalisée et son présentisme existentiel frénétique.
Ce qui est a été conçu pour le un à un ou le un à quelques uns (comme amélioration d'un échange local) devient dans les faits un outil massif de pouvoir dans le rapport global du "un contre tout" (moi et la vie, moi et les réseaux sociaux, moi et le marché, moi et la politique) et du "tous contre tous" (la globalisation, le libéralisme, l'ultra-richisme).
Je vois encore un lien entre ces précautions et le développement généralisé d'objets intermédiaires, d'outils-relais de la communication affective, personnelle et directe, qu'elle soit verbale ou non verbale : textos, msgs, apps, et tout le métalangage digitalisé qui s'ensuit, émojis compris.

Holà, je suis sans doute hors-sujet, pardon.
Enfin, même si je m'enfonce dans le hors-sujet, je remarque "autre temps, autres mœurs".
Lorsqu'Emmanuel de La Boétie, rédige le Contr'un, La Servitude Volontaire, il ne fait guère de manières pour dire ce qu'il a dire : "Tu es un esclave parce que tu y consens". Il n'écrit pas : moi, Emmanuel, je pense, et ce n'est peut-être pas l'avis de tous, mais à mon humble sentiment, je crois quand même que etc.
Je me suis mis à la méditation. C'est beaucoup mieux que de rester assis par terre sans rien faire.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par hosen » sam. 16 mars 2019 10:58

J'essaye de préciser.
Sans doute aujourd'hui, le changement de perception du monde, de la société et du soi, et la représentation qu'on en a ou qui vous en est donnée, renforcent l'usage du "je" comme émetteur privilégié. C'est tout à fait d'époque, cela désamorce toute idée de jugement, cela relativise l'opinion, c'est plus doux, cela sous-entend qu'il n'y a pas de vérité en-soi, pas d'en-soi finalement, que tout se discute, etc.
Et puis on aime bien dire "je" maintenant. On est libre, non ?
Pourtant, l'histoire montre que, pendant des siècles, le socle éducatif et le premier principe de la communication verbale et écrite était de proscrire le "je", autant que possible, ce "je" dont l'usage trahissait une rude grossièreté ou un égoïsme crasse, parce que "le moi est haïssable", que l'amour-propre nous aveugle, et qu'il nous interdit toute véritable connaissance.
Ainsi, tout change, pour le meilleur et pour le pire.
C'est très amusant d'y penser ! ^-^

Pour creuser et illustrer tous les paradoxe de l'emploi du "je", un peu d'histoire de la publicité :
https://www.youtube.com/watch?v=25u8rMgdQtA
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Damdoum » lun. 18 mars 2019 15:13

C'est fou mais j'étais à deux doigts de parler de Noam Chomsky (et notamment de "La Fabrique du Consentement") avant de me rétracter de peur de trop s'éloigner du sujet...et évoquer aussi Edward Bernays (neveu de Freud de son état...) https://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_Bernays
Merci donc Hosen pour ton intervention car ça permet de revenir dans le vif du sujet.
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par pandamonium » lun. 18 mars 2019 22:24

Bonsoir,

Je souhaite tout d'abord remercier Unesoprano pour l'ouverture de ce fil car c'est un sujet très intéressant et il me touche aussi personnellement.
Je suis enseignante et je fais attention aux mots que j'emploie vis à vis de mes élèves car j'ai aussi beaucoup souffert de mots maladroitement formulés.
Mais je me rends compte que ce n'est pas si simple de bien communiquer, même avec la meilleure volonté du monde et même en étant le plus bienveillant possible.
Je suis maladroite aussi bien dans mes gestes que mes paroles et si j'en crois les récents conflits que je suis en train d'accumuler avec ma hiérarchie, je me rends compte que j'ai du mal:

1-à comprendre clairement ce que l'on attend de moi
2-à m'exprimer sans que mes mots soient mal compris

Je trouve compliqué de s'exprimer par écrit car il y a effectivement plein d'éléments absents de la communication (le ton de la voix, le volume, le regard, la posture, etc) et c'est sujet à interprétation mais je trouve aussi compliqué de s'exprimer à l'oral, car l'immédiateté de l'oral empêche parfois de bien réfléchir à ce qu'on souhaiterait dire.
Bref, c'est dur de bien communiquer.
Sur ce, je m'en vais retrouver ma grotte et essayer de communiquer avec moi-même.

(smiley ours qui se traîne)

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par hosen » mar. 19 mars 2019 01:30

Oh ! Un détail personnel :
Mon filleul vient de passer deux jours chez moi. C'est un trentenaire branchouille qui se démerde plutôt bien dans l'industrie du Gaming et qui coache des séminaires coûteux de banquiers et d'investisseurs.
Hier soir, après dîner, sans rien savoir de ce site, il m'a patiemment mais opiniâtrement recadré pour la nième fois sur ma façon de m'exprimer, sur les mots que j'emploie et les tournures de phrase que j'utilise. Et comme j'ai un paper-board dans mon coin bureau-travail, il y a fidèlement reproduit le le schéma émetteur-récepteur avec lequel Unesoprano a ouvert ce fil.
Et j'ai fini par avouer : ô mon filleul, ô mon préféré, voilà deux ans que j'applique tes conseils du mieux que je peux… C'est vrai que ça fonctionne pas mal quand j'y arrive. Mééééeeuhh, j'y arrive pô souvent…
Je me suis mis à la méditation. C'est beaucoup mieux que de rester assis par terre sans rien faire.
Jean Yanne

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mar. 19 mars 2019 08:30

Hosen, ton anecdote m’a bien amusé. J’ai été fort intéressée par ailleurs par ce que tu as écrit plus haut, et je m’excuse de ne pas avoir rebondi (et de ne pas le faire vraiment plus d’ailleurs) mais en ce moment c’est très chaud côté boulot. Aussi je ne passe pas beaucoup de temps sur le forum. Dès que possible, je reviens. :clin:
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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Belgha » sam. 23 mars 2019 23:29

pandamonium a écrit :
lun. 18 mars 2019 22:24
Je suis maladroite aussi bien dans mes gestes que mes paroles et si j'en crois les récents conflits que je suis en train d'accumuler avec ma hiérarchie, je me rends compte que j'ai du mal:

1-à comprendre clairement ce que l'on attend de moi
2-à m'exprimer sans que mes mots soient mal compris
Je pense que ce n'est pas de la maladresse, mais une réelle fatalité qui touche tout le monde. La différence, c’est peut-être que toi tu t'en rends compte alors que beaucoup d'autres n'y voient que du feu.
Je suis d'avis comme toi que ça peut se résumer aux deux points, dans l'ordre, que tu mentionnes.

1-comprendre clairement ce que l'on attend de soi
C'est la plupart du temps cadré par un contexte qui rend beaucoup de choses implicites. Donc, assez souvent, ça fonctionne. "Tu éteindras la lumière en partant" : quelle lumière ? en partant d'où ? … Je suis censé savoir ces choses, y compris déjà la recommandation qui m'est faite.
Au fond, dans un tel cas, ce n'est pas vraiment de la communication.
Mais moins le contexte est explicite, plus ça se complique.

2-s'exprimer sans que les mots soient mal compris
Même remarque au sujet du contexte. Sauf qu'ici, c'est la personne qui s'exprime qui est "maitre du contexte", ou qui suppose que l'interlocuteur est dans le même contexte.
Mais comment le savoir, comment en être sûr ?!
Et je n'évoque pas ici les mots dont on croit connaitre le sens et sur lesquels on se trompe, qu'il s'agisse de l'émetteur du message, ou du récepteur.
Je ne l'évoque pas car voilà un autre sujet à part entière : les mots ont-ils vraiment le sens que leur attribue le dictionnaire ? Et d'abord, quel dictionnaire ? Et d'ailleurs, ce dictionnaire-ci ou un autre, l'ai-je moi-même consulté ?
Demandez à un·e psychanalyste pour voir.

Pour reprendre l'exemple détourné par Unesoprano : une prof de musique, même dans la même salle, même sur le même instrument, même parlant de la même pièce de musique, au même instant que son élève… etc. n'est pas dans le même contexte que l'élève. Ne serait-ce qu'à cause du sens du flux d'informations non-verbales ou implicites.
Il y a aussi que la prof, normalement, a déjà expérimenté la place de l'élève, et que ce n'est absolument pas réciproque.
Et puis qu'entend-on par "place de l'élève" ? Qu'est-ce que ça inclut comme implicite?
Pour schématiser :
  • l'élève cherche à apprendre ou à découvrir quelque chose qui serait une lumière, petite ou grande, sur sa route vers un avenir obscur, voire inquiétant (car les années passent !)
  • la prof cherche à faire son métier du mieux qu'elle peut (une année après l'autre)
Mais que s'est-il passé juste avant le cours, ou la veille ?
Hors-sujet
J'ai entendu récemment l'histoire d'un apiculteur qui ne mettait jamais de combinaison pour s'occuper de ses ruches. Tout fonctionnait très harmonieusement entre lui est ses abeilles. C'était la classe.
Jusqu'au jour où elles l'ont tué.
Que s'était-il passé juste avant ? Peut-être qu'un animal avait tenté d'ouvrir les ruches pour s'approprier le miel ? Ce jour-là, elles étaient folles de colère et elles l'ont juste tué, le pauvre homme.
Les instants de la vie ne sont pas séparés les uns des autres.
Le moment où l'on parle, celui où l'on écoute, ne sont pas séparés du reste de l'existence.
Et ce "reste de l’existence" de l'interlocuteur, il faut bien admettre que nous n'en savons bien souvent rien de chez rien.

Si "communiquer" signifie quelque chose comme "savoir mettre en phase le canal émetteur d'une personne avec le canal récepteur d'une autre", on se rend vite compte de l'improbable acrobatie que cela impliquerait.
Il faudrait alors parler (et écouter) "notaire", une langue précise, qui ne comporterait en elle-même aucun germe de malentendu, et qu'on mettrait des années (supplémentaires) à bien maitriser.
Et qui ne pourrait pas faire face à l'infinie richesse des instants imprévus que nous offre le présent, surtout dans les domaines artistiques.
Aussi, je pense que le plus simple, au départ, serait de faire comme @pandamonium : se rendre compte que la communication est en train de foirer et tenter, sans abuser de la patience des interlocuteurs, de clarifier le message. Voire, lorsque le message qu'on a reçu nous parait clair, de simplement le confirmer.
D'expérience, cela semble compliquer les choses inutilement sur l'instant, mais après ça roule quand même avec plus de fluidité. Il n'y a plus de "combien de fois te l'ai-je dit ?", ni de "mais tu ne m'as jamais dit cela !"

Ce qu'évoque surtout Unesoprano, c'est ce qui circule (ou éclot) par le non-dit.
Et là, comme son nom l'indique, le non-dit n'a pas été dit. C'est tout de même le premier point sur lequel chacun peut s'accorder : cela n'a pas été dit. Dans mon autisme habituel, ça me suffit, car c'est le fondement du non-dit. Ce que dit le non-dit est secondaire, même s'il peut s'avérer important (dans les faits, ils sont tout de même assez instructifs car ils m'apportent d'autres renseignements sur la personne qui "non-dit").
Y a-t-il eu de la malveillance dans les propos de la prof de musique citée en exemple par Unesoprano ? Je veux dire : y en a-t-il vraiment eu, objectivement ?
Le témoin de la scène, c'était moi. Je n'ai vu aucune malveillance, aucune fausse gentillesse, aucune arrière pensée néfaste. En d'autres mot, ce non-dit n'existait simplement pas. Il s'agissait simplement d'une grosse maladresse liée à un manque d'information et d'ouverture sur l'univers professionnel musical. Et si je voulais vraiment aller au fond des choses, découvrir malgré tout des sentiments négatifs quelque part chez la prof, ce serait uniquement son problème, son constat d'échec, et non celui de l'élève.
Mais bon, d'accord, imaginons qu'il y ait eu malveillance, ça ne coûte rien, on est dans l’abstrait.
Unesoprano le dit clairement : « je l’interprète comme humiliante, méprisante et porteuse d’une fausse gentillesse ».
Il est d'ailleurs possible qu'à la place de l'élève je me sois senti humilié (j'ai déjà évoqué ailleurs comment un rejet de formateurs pouvait me vexer), mais je me serais surtout dit que cette prof était incapable de m'aider !
Il ne s'agit donc que de l'interprétation très personnelle d'une phrase sortie de son contexte, une interprétation qui porte en elle-même le sujet qu'elle ouvre :
que dit la phrase?
que ne dit-elle pas mais qui semble tout de même dit?
comment sonnent les mots?
que véhiculent-ils au-delà de leur stricte signification?
Et c'est très intéressant ! Merci !



Voili-voilou.
Maintenant, je suis très inquiet sur ce qui va être compris et que je n'ai ni dit ni non-dit, dis-donc :huhu:

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Re: De la difficulté de bien communiquer

Message par Unesoprano » mar. 26 mars 2019 22:42

Je suis très contente Belgha que tu sois venu échanger sur ce fil, et me voilà qui prend longuement le temps de te répondre, car ton message aborde plusieurs points.
Belgha a écrit :
sam. 23 mars 2019 23:29

Pour reprendre l'exemple détourné par Unesoprano 
Il me trottait dans la tête d’ouvrir un fil sur ce sujet, et j’ai opté pour cet exemple qui me semblait parlant comme pouvant être porteur d'interprétations diverses et sujet à discussion et échanges. Je l’ai donc choisi. Ce mot me semble plus approprié que détourné. Et pourquoi je tique sur ce choix de mot? Parce qu’au vu de mon filtre personnel (qui comprend mon ressenti, mes idées, le retentissement que crée ce mot...) je ne me sens pas nécessairement reconnue ni entendue dans cette décision de choisir. Pourtant détourné n’est pas complètement erroné car oui, l’exemple vient d’un autre fil, en cela il est détourné. Mais choisi parle également pour moi d’une détermination, donc du mûrissement en amont d’ouvrir cet espace de discussion. Alors ma démarche serait reconnue. Il n’y aurait pas que le fait qui serait pris en compte comme je reçois le mot détourné. Mais nous sommes d’accord, c’est mon ressenti, je n’ai pas dit qu’il avait été émis avec cette intention de rester sur le fait.

Bien sûr, échanger sur ce point peut sembler être « couper les cheveux en quatre », voire inutile. Cependant pour moi il évoque la question de la prise en compte de ce qui compose également la communication. Ainsi, pour reprendre l’exemple que tu as proposé, Belgha « Tu éteindras la lumière en partant ».  « Est ce que tu peux éteindre la lumière en partant » me semble en effet la même demande mais moins abrupte, avec sa formulation en question. Lorsqu’une demande est formulée de façon aussi directive, dans l’implicite il existe que la lumière et l’endroit où elle se trouve sera aisée à trouver effectivement, comme tu l’as très justement souligné. Mais également qu’on attend d’être obéi. :clin: Ce n’est pas dit, mais c’est induit. Alors bien sûr, cela peut être tempéré par le ton, mais le sens est pourtant assez clair. Il se différencie de la question, qui, de fait, est une invitation à celui qui l’entend de pouvoir donner sa propre réponse. La communication n’est pas la même, la considération pour l’autre ne s’exprime pas de la même façon, donc certainement n’est pas identique. Alors que le fait peut aboutir de manière identique, éteindre la lumière.

L’exemple que tu propose un peu plus loin et que tu illustre par l’histoire de l’apiculteur correspond à ce qui est signalé dans le schéma que j’ai mis tout au début : le retentissement et le ressenti sont influencés par notre histoire, notre sensibilité, nos expériences et nos relations significatives. La capacité à en avoir conscience et à maîtriser les réactions émotionnelles engendrées sont également diverses en fonction de la personnalité de chacun : travail thérapeutique, conscience de notre « cinéma intérieur », éthique personnelle, maîtrise émotionnelle... et bien sûr maîtrise de la communication. Pour certains, renvoyer de l’agressivité est le cadet de leur souci voire une façon de s’affirmer comme supérieur à l’autre. Pour d’autres au contraire il sera important de communiquer en favorisant l’apaisement afin d’être en cohérence avec leurs valeurs. Il y a beaucoup d’enjeux cachés dans la communication ou dans la difficulté à communiquer. Par ailleurs, la question de la définition du mot choisi n’est pas un détail. Je vois régulièrement ici sur le forum des définitions de mots qui sont proposées avant d’engager un échange, et je trouve cela très bien. Pour moi, ce n’est pas anecdotique. Se mettre d’accord sur une définition c’est engager un échange avec une réelle mise en commun. N’oublions pas que pour beaucoup communiquer c’est « avoir raison ». C’est une joute dont le but est de montrer son pouvoir.

C’est pour cela que, dans la question de l’échange entre le prof et l’élève, je n’oublie pas en reprenant les paroles que tu as rapporté (je rappelle que je n’ai jamais été là pour les entendre) il y a : 1 filtre avec ton rapport de paroles bien des années plus tard, un autre filtre avec moi comme je les entends. C’est comme un thé qui a déjà infusé plusieurs fois... :huhu: Personnellement, je suis très consciente dans la dynamique prof/élève du pouvoir potentiel de l’enseignant, et que ses paroles en cela sont délicates. Par ailleurs, c’est un adulte. Il est donc sensé avoir atteint une certaine maturité psychologique qui devrait limiter les enjeux de pouvoir. En cela, ce qui s’est passé la veille ou juste avant le cours n’est pas sensé influencer de manière notable son attitude ou son discours. Il n’est pas, normalement, une abeille en colère, et tant mieux, car sa colère devient le problème de son élève si celui-ci reçoit en pleine poire une émotion qui a été générée par une situation ou d’autres personnes.

Le langage est bien sûr source de malentendu. Mais prendre le risque de l’échange et de la parole est intéressant car il peut permettre de préciser notre pensée, notre ressenti et donc d’éventuellement dissiper le malentendu. Ainsi, par exemple, pour reprendre le questionnement de pandamonium, est ce que le problème vient d’un message que je n’envoie pas clairement (mauvais choix de mots ou formulation inexacte par rapport à ce que je souhaite exprimer), message qui peut renforcer ainsi mon sentiment de ne pas comprendre ce que l’on attend de moi.

Enfin, pour ce que tu souligne : ce qui éclôt ou circule par le non-dit, est toujours très intéressant. En ce qui me concerne, un prof malveillant, si l’on choisit cette hypothèse, est loin d'être une abstraction. Se sentir alors humilié est juste normal, et se dire que le prof est incapable d’aider est pour moi une façon de minimiser l’acte inconscient du prof. Non seulement il n’aura pas aidé, mais en plus il aura fait du mal. C’est différent avec la maladresse liée pour moi à un manque d’information comme hypothèse. Mais en ce cas, pourquoi parler d’autres orientations ? J’entends alors là pour ma part, une façon de se protéger de son ignorance. Là encore pour moi il y a un enjeu de pouvoir pas très clair. Et un déni face à la question délicate de l’orientation professionnelle et du rôle du professeur dans celle-ci. La part d’ombre pour moi se dévoile néanmoins : je montre que je sais en camouflant ce que je ne sais pas tant que ça.

Effectivement, mon sens de la responsabilité du professeur ne plaisante pas beaucoup avec cela.

Bon ben alors, toujours inquiet? :huhu:
Nos têtes sont rondes pour que nos idées puissent changer de direction. Françis Picabia

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