Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

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Pikaboo
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Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par Pikaboo » dim. 21 janv. 2018 16:08

Bonjour,

Je ne sais pas si je suis surdouée ou juste « marginale ». Je suis tombée sur ce forum un peu par hasard à force de questionnements sur ma différence et mes difficultés à nouer des amitiés (enfin, pour faire simple).

Tout ce que je sais, c’est que je me retrouve dans de nombreux témoignages que j’ai pu lire ici. J’ai souvent entendu des réflexions du style « t’es bizarre », « arrête la drogue » — je précise quand même au passage que je n’en prends pas —, « tu te prends trop la tête », « pff, t’es bête ! »…

Quand je me réveille la nuit, la machine infernale se met en route. Je cogite à 100 à l’heure, je passe d’un questionnement à un autre, je n’arrive plus à me rendormir. (Inutile de préciser que je manque cruellement de sommeil.)

Étant petite, j’ai aussi été qualifiée de « petite impertinente » par une institutrice, en réponse à des questions un peu trop pressantes que je posais sur un sujet qui me passionnait. J’étais très solitaire, toujours planquée derrière un bouquin, obsédée par les dinosaures et les jeux vidéo. Les jeux des autres ne m’intéressaient pas vraiment, même si je m’entendais bien avec tout le monde.

À l’entrée au collège, je me suis retrouvée très seule. Perdue dans un monde que je ne comprenais pas avec de nouveaux codes. Je ne pouvais plus me contenter de bouquiner dans un coin pendant la récré. Il était devenu vital de toujours « traîner avec quelqu’un » au risque d’être qualifiée de « sans amis ». Alors, les premières années, je me suis fondue dans la masse, je me suis fait des amis par défaut pour ne pas devenir une espèce de bouc émissaire, de ceux sur lesquels les autres élèves s’acharnaient. Ça s’est arrangé en 4e, quand j’ai intégré une classe d’élèves dits « sérieux ». C’est là que j’ai commencé à nouer de vraies amitiés au sens où on l’entend.

À la fac, je m’ennuyais cruellement et j’avais constamment l’impression de ne rien apprendre. Pour être honnête, je n’étais pas très assidue, mais j’ai validé facilement mes cinq années d’étude. Aujourd’hui, je parle couramment trois langues et j’en comprends quatre autres, mais je ne me considère pas comme un haut potentiel pour autant. Ce que je retiens surtout de la fac, c’est que j’étais très entourée et libre de toute contrainte. J’étais devenue quelqu’un de très souriant et dynamique. Avec les années, j’avais appris à cacher mon mal-être et mon manque de confiance en moi sous le masque de l’humour et de l’autodérision. Je m’entendais à merveille avec mes camarades de classe et mes collègues de travail pendant mon alternance. J’étais même saisonnière pendant l’été. C’était un peu « l’âge d’or » de ma vie sociale.

Mon Master II en poche, je suis revenue dans « le monde réel ». Je me suis installée en province où j’exerce aujourd’hui en télétravail. Seul hic : je n’arrive plus à tisser de liens solides avec les gens. Bon OK, clairement, le fait de bosser chez soi dans une région inconnue n’aide pas, mais je m’explique…

Il faut être honnête. J’ai un besoin vital de solitude et de ce côté-là, travailler chez soi, c’est un réel atout. Mais je ne suis pas une ermite pour autant et dans les moments où la solitude se fait un peu trop pesante, je me mets un bon coup de pied aux fesses pour partir en mission socialisation. Typiquement, je vais participer à une sortie, une activité, me faire violence pour aller vers les gens. Je vais passer pour la fille « rigolote et sympa », la bonne copine... Là-dessus, on va finir par m’inviter à une soirée. Et c’est là que ça se complique. Soit je ne vais absolument pas me sentir à ma place au milieu de conversations très « limites »… Soit, au contraire, j’aurai l’impression de m’y être vraiment amusée, d’avoir eu des échanges authentiques voire « intimes et profonds » avec les gens pour finalement les entendre exploser de rire une fois la porte de la salle de bain refermée. (C’est encore arrivé pas plus tard qu’hier.)

Disons-le crûment : mon envie d’aborder toutes sortes de sujets et la douceur que j’adopte pour pousser les gens à se livrer et à m’en dire plus long sur eux me font passer pour la « cruche de service ». (Désolée pour l’expression, mais c’est vraiment le ressenti que j’ai. Sinon, pourquoi tout le monde exploserait-il de rire dès que je tourne les talons ?) J’ai bien regardé. Dans ces moments-là, je n’ai rien de collé sur la figure, ma culotte ne dépasse pas, il ne me semble pas avoir dit quoi que ce soit d’étrange ou de ridicule… Mais il semblerait que ma personnalité pose un véritable problème en matière de socialisation (ou de crédibilité ?)

En somme, c’est très blessant et avec le temps, on finit par se retrancher de plus en plus dans la solitude et à se limiter à des échanges cordiaux avec les commerçants pour échapper à toute forme de « complications sociales » comme j’aime à les appeler.

Bref, je ne sais pas si ma place est ici – et c’est bien là tout le problème. Je ne sais pas du tout où est ma place. J’ai atterri sur ce forum un peu par hasard alors que je cherchais des réponses à mes questions. Une sorte de mode d’emploi pour socialiser sans risque ou un « Guide de survie à l’usage des gens anormaux ». J’ai carrément tapé dans Google « Comment ne pas passer pour un con en soirée », mais je suis tombée sur un tuto conseillant de se mettre au diapason de la personne qui a l’air bizarre. Le problème, c’est que généralement cette « personne bizarre », c’est moi. Pour le coup, être au diapason avec soi-même, ce serait plus-que-bizarre…

Quoi qu’il en soit, dans ces moments de profond désarroi où mon départ s’accompagne d’un fou rire généralisé, je me console en me disant qu’au moins, mon mari et mon fils m’aiment comme je suis et que je n’ai pas de masque à porter ni de rôle à jouer avec eux. Mais ça ne suffit pas vraiment à redorer l’estime que j’ai de moi. (Pourtant, rien ne compte plus que leur jugement à mes yeux.)

Voilà, je lance une bouteille à la mer. Si vous avez des conseils, des expériences à partager avec moi ou juste l’envie de me dire « tu n’es pas seule », « tu n’as pas l’air si cruche que ça, dans le fond », vos témoignages, conseils et messages de soutien sont les bienvenus ! ;)

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PointBlanc
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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par PointBlanc » dim. 21 janv. 2018 17:40

Juste une idée qui m'est venue en te lisant : pas très étonnant que les gens pouffent de rire après s'être confessés. C'est peut-être la même chose que les fous-rires aux enterrements : ça dissipe la tension. Et par conséquent ça ne te vise pas forcément.

(Et par ailleurs, chaque fois que je lis sur ce forum des gens qui affirment souffrir de la solitude quand ils ont un conjoint, des enfants... dont ils se disent aimés et compris, c'est moi qui peine un peu à comprendre. Je trouve que c'est déjà énorme. Bien sûr, je ne doute pas (comment le pourrais-je ?) de la frustration qu'engendre ce sentiment de toujours être à côté de la plaque en société - mais que ce doit être sympa, quand même, de trouver chez soi des visages amis ; ça fait rudement envie, tu sais.)

Bienvenue par ici, au fait :)
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes ?

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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par dani » dim. 21 janv. 2018 18:47

En tout cas, ton récit est très bien cousu, rempli de finesse et de sensibilité. J'ai peine à imaginer que tu sois complètement à côté en groupe, ou disons que tes bizarreries doivent être très sympathiques (je t'imagine assez parler vite, faire des plaisanteries et plein d'apartés amusantes, faire preuve d'auto dérision, tout en offrant une écoute attentionnée) qui peuvent faire rire peut-être hors de ta présence, mais de ces rires que l'on a quand on a rencontré quelqu'un d'atypique qui nous sort de notre routine et que c'est bien agréable. Et que l'on envie, aussi, d'oser être ainsi.

Un livre que je vais me commander, car le sujet me préoccupe, c'est "dépasser la honte" de Renée Brown car, au fond du fond, nos plus gros problèmes face aux autres c'est la "peur" (de leur jugement, de perdre leur amour etc...) qui est directement liée à la honte aussi de sa propre vulnérabilité relative à "qui nous sommes vraiment". Et comme la personne qui m'en a parlé est parfois "bizarre" aussi je me dis que ça peut te parler. http://www.editions-tredaniel.com/depas ... -6428.html Et ce qui est pas mal, c'est qu'en restant comme tu es sans te forcer ça fait de la sélection naturelle autour de soi, pas de temps à perdre avec ceux qui te jugent. Et si ça les fait rire, c'est tout ça de gagné pour leur équilibre psychique, je t'assure (c'est quand même mieux que de les faire ch.... :-) )

Y'a un fil sur la vulnérabilité qui évoque son premier bouquin et qui donne le lien d'une de ses conférences. Elle est géniale, nous fait hurler de rire avec ses exemples, une femme délicieusement bizarre viewtopic.php?f=137&t=8641&p=254949&hil ... A9#p254949
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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par Pikaboo » lun. 22 janv. 2018 18:19

Merci pour vos réponses.

Alors, ça fait plaisir d’être redirigée vers ce genre de ressources et je vais m’empresser de les consulter. Qui sait, ça va peut-être me changer la vie et m’ouvrir de nouvelles perspectives ?

Je suis d’accord quant au principe de « sélection naturelle », mais dans mon cas, il conviendrait plutôt de parler « d’extinction de masse » — ce qui est quand même légèrement plus inquiétant.

En l’état actuel des choses, la seule personne géographiquement proche avec laquelle je me sens libre d’être moi-même est une amie qui a 20 ans de plus que moi. Je ne fais aucune discrimination d’âge, attention. Je regrette simplement ce décalage qui a toujours été présent avec « ma génération ». (Oh la vieille !) Faut être réaliste, à ce rythme, si j’atteins un jour l’âge canonique de 70 ans, je n’aurai plus personne avec qui m’entendre.

Quant à la personne ouverte, spontanée et « sans filtre » que je décris dans mon message initial, il faut comprendre qu’il s’agit de mon « moi social » et qu’il ne représente que 10 % de ma personnalité globale — tout comme ma vie sociale ne représente que 10 % de ma vie. C’est une facette de ma personnalité qui me demande énormément d’énergie et qui, au final, n’est pas très gratifiante vu le résultat qui en découle… (On m’invite rarement deux fois.)

Le plus clair du temps, je suis comme je le disais quelqu’un d’angoissé, solitaire, silencieux – pour ne pas dire mutique —, réfractaire au bruit (ce qui n’aide pas lorsque l’on est aussi jeune maman. Là-dessus, le post sur la maternité et la douance a été une vraie bouffée d’air frais pour moi). Je supporte difficilement les personnes qui parlent en continu, les villes avec leur cortège de bruits, d’odeurs, de visages et de lumières... Bref, je me sens rapidement envahie dans mon « espace mental ». Mais je reste malgré tout d’un tempérament doux et attentionné. (Évidemment, on ne peut pas avoir QUE des défauts !)

Alors oui, j’ai clairement de la chance d’avoir un mari et un petit bonhomme formidables qui m’aiment dans mon entièreté avec mes qualités et mes nombreux défauts. Mais il faut dire que mon mari est une présence sereine avec les mêmes centres d’intérêt que moi et qu’il est lui aussi d’un tempérament doux et introverti (et pourtant, le dialogue est bien là, je vous rassure).

Ce qui manque cruellement en fait, c’est d’avoir une personne ou un groupe de personnes extérieures avec qui échanger, sortir du quotidien et de ses contraintes. Même les mères de famille, aussi comblées soient-elles, aspirent à un minimum de vie sociale et d’activités extérieures vous savez. ;)

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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par altima » lun. 22 janv. 2018 20:27

Bonsoir Pikaboo,

j'ai juste envie de te dire que non tu n'es pas seule... pas trop l'inspiration ce soir pour t'écrire davantage, tout cela ressemble trop à ma vie et me fait mal à lire tout autant que ça me rassure de savoir qu'on peut être plusieurs à être l'E.T. permanent.
J'espère simplement qu'ici tu pourras au moins trouver le plaisir d'échanger même si c'est virtuel, sans te sentir regardée de travers ou avoir à travestir ta personnalité. ;)

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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par enufsed » lun. 22 janv. 2018 21:26

L'isolement se construit le plus souvent sans bruit, je me suis beaucoup interrogé après les résultats du test sur la raison pour laquelle j'avais choisi un métier solitaire sur une île...en ce moment je peux rester une semaine sans adresser la parole à quelqu'un sauf un pauvre client égaré ou le marchand de légumes. Je pense que le test a débloqué quelque chose, là encore sans bruit, mais je ne sais pourquoi, j'ai décidé de venir au rassemblement du forum en février, j'ai revu des gens qui comptaient d'il y a longtemps, appris à dire certaines choses avant qu'il ne soit trop tard, j'ai découvert l'existence de l'objet téléphone et j'ai appris un mot nouveau "non", c'est fou comme ce truc rend service, dire que je me suis fait bouffer pendant des décennies juste parce que je connaissais pas son sens.
Le plus dur c'est qu'à ce jour je n'ai jamais rencontré la personne qui comprenne instantanément ce que je dis quand j'explique que le jour où j'ai vu Persona de Bergman je me suis vidé intégralement de toutes les larmes de mon corps, je n'avais jamais pleuré comme ça, c'était un hurlement esthétique (y a un poème de Ted Hughes qui se termine ainsi et qui dit tout pour moi "the scream, it vomited himself"). Rien à voir avec un quelconque récit émouvant, mais en trois plan, comme marabouté, le truc m'avait chopé les confins du cerveau.
Rencontrer les personnes avec qui se livrer et surtout qu'on a plaisir à écouter c'est un sacré truc quand on ne demande qu'à tout lâcher. Combien de fois on se dit : "avec telle personne je peux y aller !", on ouvre la barrière et là on sent ce moment où gentiment l'autre vérifie que son portable capte et que les clés de bagnoles sont dans la poche pour se barrer. Le nombre de soirées, dérivant parmi une foule sans personne à qui parler, reclus près du frigo et son avalanche de bière, attendant 5h du mat quand ils sont tous morts pour enfin mettre en douce un Dead can dance (ou un Slayer au choix) pour me laver les oreilles de Sardou remixé en techno pendant des heures.

Le message des soirées de Pikaboo me rappelle une actrice que j'adore : Greta Gerwig, dans Frances Ha, qui raconte sa recherche de l'amitié fusionnelle devant des convives médusés :)

En passant parce que j'aime bien ton avatar : altima, j'ai jeté un oeil à ta présentation...j'ai beaucoup aimé, on sent la présence des livres, enfin je crois ;)

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Osia
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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par Osia » mar. 23 janv. 2018 07:29

Oui Kidiboo, même les mères de famille aspirent à un minimum de vie sociale et d’activités extrérieures. Et celles qui aspirent à un peu plus qu’un simple “bonjour” poli, je ne les ai pas trouvé au parc en fait.
Le risque à ne pas échanger, à ne pas sortir du quotidien, c’est que parfois, ça amène à craquer. Alors il peut arriver le moment où il faut choisir entre tout détruire ou accepter d’être ce qu’on est, d’accepter aussi le regard des autres et les jugements que l’on pense être fait de nous par ces autres (Il doit bien exister d'autres moyens mais j'ai pas trop le temps pour me lancer à les énumérer...).

Tu le dis: tu as de la chance d’avoir un mari avec qui le dialogue est bien là. Je crois qu'il est sain de ne pas attendre que ce dialogue disparaisse. En particulier si tu te sens en confiance avec lui, assez pour pouvoir exprimer tes besoins et/ou tes envies.
Je suis d’accord avec enufsed: l’isolement se construit souvent sans bruit.
Perso, c'est le fait d'être maman qui m'a amené à découvrir jusqu'où je me suis isolée. Mon mari n'ayant pas le même tempérament que le tient, il n'a pas supporté de découvrir à quel point je me suis coupée du monde extérieur.
enufsed a écrit :
lun. 22 janv. 2018 21:26
Rencontrer les personnes avec qui se livrer et surtout qu'on a plaisir à écouter c'est un sacré truc quand on ne demande qu'à tout lâcher. Combien de fois on se dit : "avec telle personne je peux y aller !", on ouvre la barrière et là on sent ce moment où gentiment l'autre vérifie que son portable capte et que les clés de bagnoles sont dans la poche pour se barrer.
:D
Pikaboo a écrit :Quant à la personne ouverte, spontanée et « sans filtre » que je décris dans mon message initial, il faut comprendre qu’il s’agit de mon « moi social »
Je crois que tu décris le moi de pas mal de monde ici ;)

Bref, mon écrit n'apporte pas grand chose de neuf à ce qui a déjà été dit, c'est juste ma façon de te dire que j’ai aimé lire ce que tu partages là. D’autant que je m’y retrouve beaucoup.
Je te souhaite que ton "angoissée solitaire mutique" pourra se reconnaître et se sentir à l'aise sur ce forum.

Sois la bienvenue ici.
«Les grandes personnes sont décidément très très bizarres».
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Pikaboo
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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par Pikaboo » mar. 23 janv. 2018 11:37

Merci à tous et à toutes pour vos réponses et témoignages de soutien.

Enufesd : Le coup du regard fuyant à la recherche des clés de bagnole, je ne le connais que trop bien, malheureusement. Et l’envie d’écouter du Dead can Dance pour se laver le cerveau en fin de soirée… aussi ! :)

Merci également pour toutes ces références. J’espère qu’elles me parleront autant qu’à toi.

Altima : Je serais heureuse — si tu le veux bien et si tu trouves un peu de temps pour ça – de lire ton expérience à ce sujet [ou en MP, comme tu le sens]. Je pense que plus vos témoignages seront nombreux et étayés, plus je trouverai un semblant de réconfort. Quelque part, c’est un peu égoïste ce que je vous demande là, mais comme on dit, qui ne tente rien n’a rien.

4aorOsia : Comme tu le dis si bien, le silence et le fait d’enfouir sa personnalité au fond de soi peuvent amener à craquer. Mon silence au sein du cercle familial est souvent perçu comme du mépris, notamment par ma mère. Alors qu’il s’agit en fait d’un bouclier, de la seule arme que j’ai pu trouver pour me protéger des conflits et de conversations alambiquées qui tourneraient au vinaigre. Selon elle, je dois trouver « un gros gros psy ».

Bon, OK, je vais tenter de prendre le plus potelé que je puisse trouver, mais je ne suis pas certaine que m’allonger sur un divan en échange d’une somme rondelette changera quoi que ce soit à mon mode de fonctionnement profond (ni même qu’il soit utile de travestir encore davantage ma personnalité pour être aimée et acceptée de mon entourage).

D’ailleurs, le faut-il vraiment ? Ou ne serait-il pas plus salutaire de renoncer tout bonnement à l’acceptation et à l’approbation maternelle ? Vaste question… Un peu trop perso pour être ici peut-être. M’enfin, quitte à se mettre à nue autant y aller à fond.

Quoi qu’il en soit, merci encore à toutes et à tous pour vos messages. Ils m’aident à me sentir un peu moins étrange et à faire « un pas timide et bienveillant vers moi ».

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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par Lujan » ven. 26 janv. 2018 10:34

Peut-être que les gens te trouvent impressionnante et que la tension se dissipe quand tu t'en vas, d'où des rires nerveux plutôt que moqueurs. On m'a souvent fait la réflexion que j'interprète trop, et en effet je me méfie souvent inutilement alors que la plupart des coups qu'on me porte, je ne les vois pas venir.

Je me reconnais un peu dans ton récit, je fais des efforts de sociabilité et ça marche, mais c'est superficiel. On est toujours seuls et quelque part seuls responsables de ce qu'on est, quels que soient la volonté voire les sentiments qu'on y met. Ce n'est pas toujours pesant, mais je me sens toujours différente et un peu à côté des choses.

Autrement, tu n'es pas cruche, tu es incomprise et peut-être inadaptée à la société (ce qui n'a rien d'un jugement de valeur ou d'une fatalité). Sinon, les surdoués sont par définition minoritaires, donc marginaux.

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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par Pikaboo » ven. 26 janv. 2018 11:41

Impressionner ? Au non, je ne crois pas. Je suis tout sauf « impressionnante ».

Mais bon, puisque les gens comme nous sont minoritaires et plutôt du genre reclus, où peut-on nous trouver ?
Où se cache-t-on ? Comment nous débusquer ?

On l’a vu, nous autres « marginaux » avons tendance à nous couper du monde (télétravail, autarcie sur une île déserte, monde virtuel…)
Est-ce qu’il y a des activités — des lieux — dont vous êtes, vous, particulièrement friands ? De mon côté, je participe à des sorties nature, mais il faut croire que ce n’est pas encore suffisamment « atypique ».

Peut-être que les inadaptés sociaux comme nous en quête d’acceptation de soi sont davantage attirés par le théâtre, les cafés parents… le backgammon ? Les activités, disons un peu plus « intellectualisées ».

Vous faites quoi, vous ?

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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par dani » ven. 26 janv. 2018 11:58

Sans parler de douance ou pas, je me sens assez marginale aussi : je me suis forcée il y a 24 ans à développer un peu ma sociabilité au boulot où les gens bossent ensemble dans des modules d'enseignement etc. Pendant plusieurs années j'ai réussi à limiter la préparation de cours en commun (l'enfer, j'aime tellement mieux les préparer dans mon coin), mais là j'y suis contrainte et forcée depuis je dirais....2011.

Etonnamment, j'ai appris à apprécier les effets de "penser ensemble", à développer une sorte d'intelligence de groupe. Par bonheur mes collègues sont plutôt vifs, plein d'humour et de bon sens, tolérants à la pensée autre, à l'erreur etc..

Mais en dehors du boulot je ne vois que des personnes amies depuis des années, triées sur le volet (en fait... une seule collègue du boulot, et encore), mais avec qui je peux être vraiment comme je suis (assez débile dans l'ensemble, j'adore parler de choses futiles et drôle avec des amis intelligents). Et un compagnon plus sociable que moi en apparence, mais au fond tout aussi casanier. Et des enfants rigolos, vifs mais qui ont aussi besoin de beaucoup de solitude et qui ne me ramènent pas tous les soirs leurs potes, ouf. Et ça va plutôt bien.

Comment se faire des amis ? je pense que les rencontres en irl de personnes issues de ce forum pourrait être un bon début non ;-) ?

Mais peut-être que de trouver juste une-deux personnes avec qui le courant passe bien peut suffire , ce qui pourrait te permettre de non seulement supporter les relations plus superficielles (si tu fais partie d'un groupe de nature par ex), mais vraiment les apprécier aussi.

Un endroit où j'ai fait des rencontres chouettes : un groupe de photographes : ce sont souvent aussi des solitaires et des sensibles. Et parler photos, discuter des essais et techniques, se mettre les photos sur un site comme Flickr c'est motivant (moi j'ai plus le temps mais ça me manque beaucoup, je reprendrais ça (la photo) dans quelques semaines car je suis débutante, et que j'ai beaucoup à apprendre). La photo c'est à la fois créatif, artistique, et aussi, mine de rien, assez intellectuel (gérer les différents paramètres de l'appareil, la lumière, cadrer de manière potable etc..)
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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par enufsed » ven. 26 janv. 2018 21:57

Pikaboo : je ne suis pas certain qu'il y ait une frontière hermétique entre deux groupes de personnes et que la solution soit de chercher d'autres "marginaux" : si tu entends par-là des personnes qui ne cherchent pas plus la compagnie des autres que toi, c'est que *attention syllogisme* ils ne cherchent pas spécialement ta compagnie non plus. Vis-à-vis de personnes qui nous ressemblent, il y a certes l'attirance instinctive du type "je le/la sens bien" mais aussi souvent pas mal de barrières à renverser. Alors ok comme toi j'ai pris l'habitude depuis des années de me replier sans vraiment en avoir conscience parce que souvent j'avais le sentiment de me blesser contre les autres, ce truc permanent qui fait que tu ressens un truc et qu'une fois transformé en phrases intelligibles ça fait un gros pschitt. Je pense que nous avons du mal à faire la connexion avec les autres parce que nos attentes sont très fortes, mais mon expérience m'a montré que l'échec est aussi très fréquent avec des personnes très intelligentes surdouées ou non (ma vie sentimentale en témoigne :crying: )
Qu'il y ait communauté dans la recherche d'un autre avec qui parler ne signifie pas que le domaine de la recherche soit identique, et la sensibilité fortement exprimée ou parfois au contraire étouffée n'arrange pas forcément les choses. Et parfois je me dis que pensant avoir trouvé un alter ego, je me suis tellement empressé de dire ce que j'avais retenu depuis des années croyant livrer-là un trésor, que j'ai totalement oublié mon interlocuteur qui devenait une sorte de pur réceptacle.
Mais je constate naturellement qu'autour de moi, instinctivement les personnes que je croise ont une attente définie de ma personne liée à ma profession et quand ils m'invitent ils s'attendent à ce que je leur cause nature et abeilles alors que de suite je fouine pour voir s'ils ont une bibliothèque, et quand ils me disent que j'ai un mode de vie formidable en accord avec la planète, j'opine gentiment du chef et j'évite de dire que j'écoute de la musique désespérante en lisant des auteurs suicidés :huhu:
Ce qui a changé depuis le WAIS c'est que justement je n'ai pas le sentiment d'être à part mais au contraire je me dis "chouette il y a forcément d'autres personnes qui éventuellement ont un ressenti similaire", et depuis je m'autorise à aller vers les autres : si ça foire je ne culpabilise plus, je sais que je ne suis pas un problème qui n'aurait pas du naître.
Pour ce qui est de rencontrer des gens, bah c'est un concept super récent pour moi, donc non je ne participe à rien avec personne sauf le Hellfest une fois l'an et des retrouvailles avec les amis d'enfance. Mais je pense que ça va s'arranger et je suis de bonne compagnie quand il s'agit de refaire le monde et régler ses comptes avec l'amour autour d'une bière :honte:

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Re: Help : Guide de survie à l'usage des marginaux

Message par Lujan » sam. 27 janv. 2018 10:27

Si je te suggérais cela, c'est parce que moi non plus je ne me trouve pas impressionnante du tout, d'ailleurs c'est plutôt les autres qui m'impressionnent, et pourtant c'est ce qui ressort et ce que certaines personnes m'ont avoué. Il ne s'agit pas de faire forte impression au sens premier du terme, mais ta singularité et la distance que tu mets plus ou moins volontairement entre toi et les autres peuvent paraître étrange et d'une certaine manière impressionnante.

Je ne pense pas non plus que chercher la compagnie d'autres "marginaux" soit la seule solution. Des gens différents, on en rencontre quand même parfois sans les chercher particulièrement. Ce sont souvent des gens qui vibrent pour quelque chose et sont relativement effacés et difficiles à cerner en dehors de leurs passions. Mais pas toujours. Il y a des loisirs plus ou moins originaux, mais ce n'est pas forcément une piste non plus.

Je ne fais rien de particulier en collectif. J'ai essayé pas mal de choses en dilettante, mais j'ai du mal à trouver une place dans les groupes, et ça me lasse vite.

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