Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

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Lelaelig
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Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Lelaelig » ven. 26 août 2016 16:42

Il me semble ne rien avoir trouvé sur ce thème, donc merci de me rediriger si je l'ai loupé :)

On parle souvent de difficultés d'apprentissages liées à un trouble dys-, mais je voudrais parler ici des autres causes possibles. Si je parle ici surtout de ma propre expérience, c'est que je n'ai jamais eu l'occasion encore de trouver quelqu'un rencontrant cette problématique, donc peut-être, et j'appuie bien sur le "peut-être", que cela pourrait avoir un lien avec la douance.

J'ai remarqué que si j'apprenais bien par mes propres moyens quelque chose que je ne connaissais pas du tout avant, c'est-à-dire dont je n'avais aucune notion, ce n'est plus du tout le cas quand quelqu'un me l'explique. Dans ce genre de cas, je suis embrouillée voire bloquée, ne retiens rien, est incapable de mettre les choses en pratique. Comme si j'étais incapable d'intégrer.
Par contre, si la personne me laisse seule pratiquer, tout se placera rapidement, j'aurais une vue d'ensemble de la question et là ce sera bon.

Ma question est donc de savoir ce qui pourrait gêner l'apprentissage par une tierce personne.

Il y a plusieurs hypothèses possibles à ça :

Première hypothèse : il y a celle dont une psy m'avait parlé, qu'un enfant HPI a tendance à avoir des résultats scolaires qui s'écroulent au collège, car il n'a pas appris à apprendre en primaire, donc l'utilisation des connaissances au collège devient problématique (ce qui pourrait être un point à développer ailleurs si il y a des psys dans la salle :lol: ). Cet apprentissage ne s'étant pas fait, apprendre toute nouvelle chose à l'âge adulte pourra être rendue difficile.

Deuxième hypothèse : la cause pourrait être aussi une vision négative des instructeurs/formateurs amenée par une scolarité parfois difficile chez les HPI. La relation de confiance ne s'établissant pas avec le formateur, l'apprentissage s'en trouve entravé. (idée à confirmer auprès de spécialistes de l'apprentissage)

A celles-là qui sont les plus liées directement au processus d'apprentissage, on peut ajouter, l'anxiété sociale, le perfectionnisme, le manque de confiance en soi etc.

Il est aussi très probable qu'on fasse un pot-pourri de toutes les hypothèses... Bonjour l'angoisse.

La psy à laquelle j'ai parlé de cette gêne me parle surtout de manque de confiance en soi, et ça m'a laissée sur ma faim, d'où mon envie de partager ça ici pour avoir votre avis sur les troubles de l'apprentissage non liés à des troubles dys-, et éventuellement sur les stratégies à mettre en place pour apprendre à apprendre par tierce personne :)

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Aurore
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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Aurore » sam. 27 août 2016 11:47

Très intéressant ce sujet ! Ca me parle pas mal !!
Deux idées me viennent :
- d'abord, apprendre, faire des efforts, j'ai découvert ça sur le tard, genre fin du lycée / prépa, et je pense effectivement que l'exercice du travail reste difficile du fait de cette découverte tardive
- ensuite, j'ai l'impression que pour moi, "répondre juste" c'était "avoir la validation du prof" (je simplifie hein) donc le mécanisme c'était vraiment basé sur la réaction d'un tiers (en même temps, tant que la question est c* ....)

donc maintenant je sais que : d'une part, faire des efforts, ça paie, et d'autre part, que c'est plus facile d'apprendre quand je ne pense pas au résultat final ni au regard du tiers (aujourd'hui : boss, pairs). Sachant cela, il m'est plus facile d'accepter que d'autres ont déjà déblayé le terrain et que je peux m'appuyer sur leur expérience ......

Vaste sujet.

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Etoile » sam. 27 août 2016 19:30

Bonjour,
ma psy m'avait parlé des différentes mémoires : auditives, visuelles
Et effectivement, à la maison, on a l'exemple, je ne retiens que ce que je lis (ou quand j'écris ce quelqu'un me dit), et pas de ce qu'on me dit
et mon mari c'est l'inverse, il n'arrive pas à retenir ce qu'il lit, mais si quelqu'un le dit, il le retient, et s'il le répète à haute voix après coup, il le retient à vie

donc peut-être que tout simplement, quand tu apprends par toi même, tu le fais instinctivement par ta méthode, et que si quelqu'un te l'explique, ca ne rentre pas dans ton fonctionnement ???

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Maitresse Rita » sam. 27 août 2016 22:34

En vrac, quelques pistes de réflexion :

-Négatricité : le fait de se fermer à tout apprentissage, de façon inconsciente généralement, parce qu'on est persuadé qu'apprendre, c'est se soumettre au professeur. Donc il s'agit d'un réflexe de survie, qui a pour fonction de préserver notre humanité, nous maintient en tant que sujet quand on a peur de devenir objet. Peut être relatif à un sentiment fort d'emprise de l'autre sur sa tête. On se ferme par refus de laisser l'autre faire rentrer son savoir dans notre tête comme on télécharge des fichiers dans un disque dur. Rapport à l'altérité à travailler, se demander d'où vient ce sentiment de menace psychique venant de l'autre. Est-ce le professeur qui abuse de son pouvoir ou une autre figure d'autorité dont on craint l'emprise (situation de transfert négatif sur l'éducateur).

-Peur de l'altération de l'autre de façon plus générale : pousse à apprendre seul car on se dit que le savoir brut, rationnel, distancé de l'émotionnel par le livre ou un autre support, n'est pas une source de changement de soi, juste de l'accumulation de savoir déshumanisé. Apprendre quelque chose à quelqu'un, c'est le changer. Changer sa vision du monde et de ses compétences et de sa façon d'écrire son avenir. Ca implique de le bousculer dans ses certitudes et de le contenir le temps qu'il reconstruise autre chose. Accueillir ses angoisses aussi. Apprendre seul, c'est avoir le choix de survoler ou de sauter ce qui nous bouscule trop, n'avoir rien à reconstruire. Juste à accumuler. Ce qui donne l'illusion de pouvoir se passer éternellement de l'autre et de son regard sur le chemin intellectuel qu'on a à faire. Illusion de la toute puissance de la logique et de l'objectivité. Rapport au savoir à travailler. Refus d'être bousculé et contenu, c'est aussi refuser d'être vulnérable devant un "autre", qui plus est un "autre qui a du pouvoir, puisqu'il en sait plus". Refuser d'être en déséquilibre devant lui, refuser de s'étayer à lui pour avancer et changer de point de vue. Refus de transférer de façon positive sur l'autre et son savoir et tout le pouvoir qui va avec. Quel esprit critique possible quand on apprend tout seul ? Qui peut nous aider à nous décentrer de notre point de vue ? Qui peut ouvrir des portes là où on ne voit que des murs ? Où on ne peut même pas imaginer qu'il puisse y avoir autre choses que des murs ? Refus du professeur enferme dans ses modèles épistémologiques, ses allants de soi, ses biais de compréhension et impossibilité d'en sortir tout seul. Parfois ça nous arrange bien de croire qu'on comprend mieux sans personne autour.

-Illusion individualiste du sujet : je n'ai besoin de personne et je me fais moi-même. Je me construis comme une machine, en assemblant des boulons (du savoir) et je les choisis moi-même. L'autre me gêne. L'autre est distinct de moi, n'a rien de commun avec moi et donc rien de vraiment utile à m'apprendre. Illusion mécaniciste de la pensée humaine. Se croire objectif et décorticable, déboulonable et remontable à l'envie, soi-même, comme un grand. Finir par se considérer comme un objet, dans la négation du besoin de l'autre, du manque, du vide, de l'inconnu, de l'inconscient et du vivant incontrôlable en soi.

-Sentiment d'être "hors cadre", manque de reliance au groupe, apprendre seul, c'est se soustraire à toute forme d'apprentissage lié à l'échange entre pairs, à l'errance du groupe dans l'épreuve, à la pensée collective. Etre hors cadre permet de n'avoir jamais à se mesurer aux autres, permet d'entretenir le double sentiment de toute-puissance et d'impuissance. L'absence de maître et de validation, l'absence d'échange avec le groupe ne permet aucun sentiment de légitimité, de reconnaissance des maîtres et des pais et permet de croire qu'on peut s'en passer. Enferme dans l'illusion de n'être pas un Homme, d'être en dehors de la cité comme dit Aristote, d'être un coup Dieu et un coup une bête. Rien ne permet de se sentir Homme parmi les autres, avec sa valeur et ses limites. Explique pourquoi les autodidactes ont tant de mal à mettre un prix sur leur travail, parce qu'ils n'ont jamais été légitimés par personne. Retourner auprès d'un professeur et d'autres élèves, c'est à la fois se confronter à son impuissance et renoncer à la toute puissance. C'est douloureux et tout le monde n'a pas ce courage.

-Refus de la contrainte extérieure : apprendre seul c'est apprendre quand on veut, ce qu'on veut, jusqu'où on veut et au rythme qu'on veut. Rapport au temps à questionner. Avidité intellectuelle qui supporte mal le vide, le silence, le temps d'incorporation du savoir imposé par le professeur et l'espace-temps entre les cours. Apprendre seul, c'est comme manger seul, pas besoin d'attendre l'autre, pas besoin de patienter entre les plats, pas besoin d'être sociable. Culte de la performance, de la rapidité, de la concentration et du progrès à questionner. Voir l'autre comme un frein, un boulet qui nous retarde, une perte de temps dans la course à l'ingestion d'informations nouvelles.

Voilà, c'est tout ce qui me vient pour le moment. Si ça peut être utile à quelqu'un. ;)
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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Lelaelig » dim. 28 août 2016 10:53

En fait, ce qui ressort de vos interventions, c'est que le fait d'apprendre seul découlerait d'un repli sur soi, un peur ou du moins une méfiance de l'autre.
"L'autre ne peut que me vouloir du 'mal' en voulant me changer/me dominer. Donc autant me tenir éloigné de lui".
Du coup, on rejoindrait davantage la 2e hypothèse que la 1ere, à savoir le rapport à l'autre. Ce qui je pense pourrait être mis en correspondance avec la question d'hyper adaptation. Une personne hyper adaptée ne se montre jamais telle qu'elle est aux autres et ainsi ne montre jamais ses vulnérabilités puisqu'elle va "choisir" de montrer que ce qu'elle veut. Ainsi, se retrouver devant face à une personne qui va par son rôle de formateur lui montrer qu'elle ne sait pas tout - voire même qu'elle fait des erreurs dans le processus d'apprentissage - pourra être la vraie difficulté.

Si cela se vérifiait, cela voudrait dire que ceux qui ont pu grandir dans un environnement "favorable", et donc n'auraient pas mis de stratégie d'adaptation en place, auraient plus de facilité à apprendre de la part d'un tiers.
Sauf bien sûr si la méthode pédagogique est trop loin de la méthode de fonctionnement de l'élève.

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Aria » dim. 28 août 2016 12:38

Je vois une autre piste possible à ton problème (que j'ai moi-même de temps en temps): quand j'interagis avec quelqu'un, j'ai appris à mettre tout en oeuvre pour maintenir et soigner la relation et l'interaction. Du coup au lieu d'interagir en individue libre, je crée une sorte de personnage plus adapté (qui pense à des sujets "normaux", s'exprime de façon appropriée et linéaire, les gens sur ce forum connaissent le principe). Sauf que du coup je n'apprends pas "librement" (en laissant ma curiosité s'arrêter sur ce qu'elle voudrait), donc je consacre mon énergie à mon 'personnage' et à la relation olutôt qu'à la compréhension, ET je m'interdis certaines pensées (aussi à cause de valeurs morales), ce qui affaiblit ma réflection.

Par contre, seule face à un livre, je suis libre d'insulter l'auteur, de rire d'une idée, de faire des hypothèses, de revenir en arrière ou de sauter des pages. Et vu que je pense par associations d'idées, je vais bien plus vite, bien plus loin que quand je dois garder les apparences.

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Back2Basics » dim. 28 août 2016 12:54

Hello,

Avant d'envisager des choses aussi "extrêmes" (cf. message de Maîtresse Rita), ne pourrait-on pas commencer par soulever le problème de la communication enseignant/enseigné et des "conceptions" de l'apprenant ?

Les conceptions concernent normalement des sujets déjà abordés de manière superficielle (voire très superficielle), mais on les retrouve également lors de l'apprentissage d'un sujet tout neuf.
Chaque personne (apprenant) arrive avec ses propres bagages, ses idées sur des sujets connexes ou même totalement différents, ses façons de fonctionner, de raisonner, ... Lors des échanges avec l'enseignant, l'apprenant se construit au fur et à mesure une conception de ce qu'il entend qui est forcément influencée par son propre bagage et qui peut parfois amener à des situations surprenantes, avec l'apprenant qui voit poindre une incohérence dans sa représentation et qui peut le faire butter dans son apprentissage.

De là deux situations :
- l'apprenant identifie le problème, "prend son courage à deux mains" et pose immédiatement les questions nécessaires pour corriger le problème ou bien encore l'enseignant repère le flottement dans l'attitude de l'apprenant et peut s'interrompre pour creuser un peu et consolider/réparer l'édifice là où il était devenu bancale.
- ni l'un ni l'autre ne soulève le problème (pour des raisons diverses et variées. L'apprenant : timidité, complexe, ... / l'enseignant : pas attentif, signes extérieurs chez l'apprenant pas assez visibles pour lui, ...) et l'apprenant tente tant bien que mal d'empiler des notions sur un truc bancale jusqu'à ce que l'édifice ne ressemble plus à grand chose et ne soit plus exploitable (cas extrême. Parfois on arrive juste à un truc biaisé qui fonctionne de manière bancale avec un élève qui donne des réponses justes, "cool, c'est gagné", et tout d'un coup qui balance un machin informe/incohérent, "ah ouais, quand même... :1cache: Ok, on reprend...").

Avec un apprenant HP, les enchainements d'idées étant ce qu'ils sont et pouvant partir dans des directions totalement inattendues (même pour en enseignant HP lui aussi et surtout si c'est un échange entre adultes), le tout associé fréquemment avec un besoin de comprendre et une forte habitude à rester bloqué sur l'incohérence tant qu'elle n'est pas résolue, ça peut rendre l'apprentissage notablement compliqué pour l'apprenant s'il se retrouve dans la 2e situation.
Un apprenant soumis régulièrement à ce type d'inadéquations va forcément préférer chercher par lui-même, au bout d'un moment.


Ensuite peuvent aussi intervenir les "conceptions" que se sera fait un apprenant sur "l'apprentissage avec un tiers". Il ne faut pas sous estimer la force d'auto-persuasion d'une personne. "De toutes façons je comprends rien à ce qu'on me raconte", "j'arrive pas à apprendre autrement que par moi-même", ... Qqes années à ce régime et le sujet n'est automatiquement plus réceptif, quel que soit l'interlocuteur en face.

Après évidemment, on peut envisager des cas comme évoqués par Maîtresse Rita, mais la lecture de ces hypothèses me laisse une très mauvaise sensation. Je suis désolé de le dire, mais ça me laisse une impression de "pathologie" (Je sais c'est sans doute un peu dur, mais je ne dis pas cela dans une volonté "d'accuser" ou de nier le propos. C'est juste pour exprimer le malaise provoqué chez moi. Et ces hypothèses sont tout à fait valides. C'est juste que j'espère vraiment que ce ne sont pas les plus répandues. Du moins certaines... :tmi: ).




Pour revenir au message initial de Lelaelig, je pense qu'il n'y a pas vraiment à choisir entre ces deux hypothèses. Pour moi, c'est un peu un mix de celles-ci et d'autres choses.

Apprendre à apprendre, ce n'est pas qu'apprendre à mémoriser des choses, c'est aussi apprendre à identifier ses propres situations/conceptions bloquantes et à faire l'effort de soulever les problèmes pour les évacuer. Mais évidemment, sans relation de confiance enseignant/apprenant, ça ne marche pas non plus (ou à minima "pas aussi bien" (euphemism inside :tmi: ) )

Lelaelig a écrit :Si cela se vérifiait, cela voudrait dire que ceux qui ont pu grandir dans un environnement "favorable", et donc n'auraient pas mis de stratégie d'adaptation en place, auraient plus de facilité à apprendre de la part d'un tiers.
Sauf bien sûr si la méthode pédagogique est trop loin de la méthode de fonctionnement de l'élève.
Je suis d'accord avec la première phrase, mais sans la partie "stratégies d'adaptation". Ceux qui ont "appris à apprendre d'un tiers" ont aussi eu à mettre en place des stratégies d'adaptation. Ce ne sont pas les mêmes, c'est tout. Mais il est effectivement évident que le vécu conditionne les "capacités" et la motivation à apprendre d'un tiers (cf. supra).

Pour la deuxième phrase, c'est tout à fait vrai aussi mais ça me semble un peu limitatif. Il n'y a pas que les aspects pédagogiques qui peuvent être trop en décalage par rapport à l'apprenant. Le simple caractère de la personne peut parfois poser problème, ou encore le vécu de l'un ou de l'autre qui pourrait lui faire projeter sur l'autre/l'un un à priori négatif qui va fermer l'échange dès le début (ou comment se retrouver avec des "têtes de turcs" qui vont prendre cher pour pas un rond :1cache: )
Un petit pas de rien du tout pour l'Homme, mais un grand pas pour moi... :lol:

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par MG59 » dim. 28 août 2016 17:57

Bonjour à tous!
Lelaelig, tu m'as devancée, j'étais venue ici pour poster la même question que tu te poses ;)

J'ajouterais quelques hypothèses au sujet du problème d'apprentissage:
-les troubles de l'attention (TDA/H) sont très fréquents chez les personnes surdouées.

Au niveau psychologie, je pense qu'on peut rencontrer, comme l'écrit Maitresse Rita, différentes formes de négatricité: dans mon cas (et je ne pense pas être la seule!), j'ai passé ma scolarité jusqu'à la 6e à être rejetée car traitée de "grosse tête" "intello" "chouchou de la maîtresse" et en ai beaucoup souffert. Donc gros raccourci bonnes notes=pas d'amis, et à mon entrée en 6e, j'ai décidé d'être mauvaise à l'école pour m'intégrer socialement.
Peut être as-tu eu une expérience similaire?

Parfois, il me semble aussi que l'apprentissage est quasi instantané lorsque c'est celui qui apprend qui fait la démarche d'apprendre, et pas lorsque l'apprentissage vient à celui qui "doit" apprendre (ça paraphrase un peu ce qui a été dit plus haut sur la notion de contrainte).

Aussi, du fait d'une pensée en arborescence, j'ai l'impression que l'apprentissage est souvent interrompu, parfois inachevé: on essaye d'apprendre quelque chose, on part sur une pensée en entraînant une autre etc...on tente de revenir à l'apprentissage mais on a perdu le fil, on s'est embrouillé...

Un de mes anciens prof (qui écrit un livre sur le sujet que je vais tenter d'expliquer) nous avait expliqué que pour bien retenir, il fallait établir des liens dans le cerveau. Par exemple, si tu apprends une information nouvelle, il va falloir que tu la répètes plusieurs fois pour maintenir le lien à ta mémoire, et que tu la relies à d'autres informations bien mémoriser dans ton cerveau, pour créer un réseau de connexion à cette information. Je ne sais pas si mon explication est assez claire?

Je me pose aussi la question, est-ce possible d'avoir tellement d'informations dans le cerveau que l'on n'arrive plus à en stocker avec autant d'efficacité? Par exemple, est ce que le fait de beaucoup penser, de beaucoup apprendre, beaucoup lire, analyser etc...fait que notre cerveau est plein de fichiers parfois inutiles, à la manière des ordinateurs?

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Za » mar. 30 août 2016 08:29

Salut Lelaelig,
Je viens essayer de te fournir des pistes...
► Afficher le texte
D'abord je crois que tu peux te rassurer sur tes capacités d'apprentissage : si tu sais apprendre toute seule, c'est que ça fonctionne très bien. Idem pour l'attention. L'idée serait peut-être de chercher à identifier précisément ton fonctionnement autodidacte : comment t'y prends-tu, par quoi commences-tu... pour voir s'il est transposable en partie au moins à la situation d'enseignement.
Et de te poser la question : qu'est-ce qu'il faudrait modifier pour que j'y arrive mieux ?
Quelles sont les modalités qui m'aident ? au niveau temporel (étapes et rythme), au niveau de ce que je dois faire, au niveau du mode de présentation...
L'idée, c'est que si tu sais comment tu fonctionnes, tu peux normalement aider le professeur à professer :)

Comme dit plus haut, on apprend souvent mieux lorsqu'on peut exprimer les questions qu'on se pose sur le sujet et qu'on obtient une réponse. Une idée pourrait donc être un cycle du type :
1) prof : une idée
2) toi : les questions qui te viennent
3) prof : réponses
4) toi : mise en pratique directe -> je fais, je reformule ou je réponds à une question posée.
prof : feed-back, retour au 2), au 4) ou au 1) avec une nouvelle idée si tout est OK.
Sachant que l'étape questions/réponses peut être sautée.

A l'inverse, tu préfères peut-être avoir une idée générale de tout le sujet, qu'on t'expose alors dans ses grandes lignes. Une fois que c'est fait, tu poses tes questions (éventuellement notées au fur et à mesure), et ainsi le sujet s'affine d'une manière qui suit ta propre progression.

Ou alors, puisque tu en parlais, après un exposé assez général, tu passes à la mise en pratique directe, et ensuite à un débriefing, et on recommence si nécessaire...

Il faut ensuite voir à quel point tu peux en discuter avec l'enseignant pour qu'il s'adapte un minimum à ton mode de fonctionnement. En faisant ce boulot-là à l'envers, j'ai réussi à améliorer mon apprentissage autodidacte, alors dans l'autre sens c'est peut-être possible aussi !

D'autres questions à te poser : depuis quand connais-tu ce problème, depuis toujours ou depuis un certain niveau scolaire ? Et si c'est le cas, qu'est-ce qui avait changé à l'époque ? Ça peut t'aider aussi à savoir si le problème est plutôt d'ordre psychologique ou cognitif.
Une autre idée qui me vient : es-tu capable d'enseigner ? As-tu la possibilité de le faire ? En observant ta manière d'enseigner, tu dois pouvoir découvrir plein de choses sur ta manière d'apprendre...
J'ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l'oiseau sur la tête...
J. Prévert

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Maitresse Rita » mar. 30 août 2016 13:53

Back2Basics a écrit :Après évidemment, on peut envisager des cas comme évoqués par Maîtresse Rita, mais la lecture de ces hypothèses me laisse une très mauvaise sensation. Je suis désolé de le dire, mais ça me laisse une impression de "pathologie" (Je sais c'est sans doute un peu dur, mais je ne dis pas cela dans une volonté "d'accuser" ou de nier le propos. C'est juste pour exprimer le malaise provoqué chez moi. Et ces hypothèses sont tout à fait valides. C'est juste que j'espère vraiment que ce ne sont pas les plus répandues. Du moins certaines... ).
Hélas, de ce que je peux en voir, c'est assez répandu. Mais bon, mon métier me place face à ces situations de façon régulière, alors ma vision statistique est probablement orientée.

En fait, ce n'est pas de la pathologie. Le rapport au savoir, la reliance à l'autre, la vision individualiste du monde et la peur d'être altéré par la relation, il s'agit principalement de positionnements philosophiques plus ou moins heureux et d'un héritage éducatif un peu lourd qui peuvent changer avec du travail critique (pas forcément question de thérapie, donc). Ce qui donne l'aspect d'une pathologie, c'est l'enfermement du raisonnement que cela peut créer quand on a zéro recul sur ses allants-de-soi. Après, on peut prendre la situation dans l'autre sens : c'est parce qu'on a une ou plusieurs pathologies qu'on choisit des positionnements philosophiques sur l'apprentissage qui nous évitent de changer et permettent de ne surtout pas chatouiller là où ça fait mal. Mais c'est un autre débat.

:)
"Donc l’idée est que l’existence, ce n’est pas vrai ou faux, ce n’est pas le fait d’être dans le réel ; l’existence, c’est une histoire qu’on se raconte vraiment, on y croit comme l’enfant qui joue au docteur ou à la maîtresse"(M. Vial)

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Re: Réussir à ne pas apprendre que par soi-même

Message par Lelaelig » mar. 30 août 2016 15:59

Merci à tous pour vos très intéressantes participation.
Après, qu'on soit clairs, si j'espère bien sûr trouver ici des réponses pour moi (ben oui j'ai pas balancé le sujet au hasard :P), je souhaiterai aussi que ça serve à d'autres, car je pense que les difficultés peuvent avoir foultitudes de causes comme vous l'avez dit.

Mais puisqu'on en est là, dans mon cas, j'apprends mieux quand j'ai une vision d'ensemble des choses, quand on m'explique le principe d'une question/d'un problème. Par exemple, au lieu de : "tu as ce problème, on le résout comme ça" il faudrait : "si cette situation pose problème c'est que.... ainsi le mieux pour la résoudre est..."

J'en ai parlé à quelques reprises ici, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt sur ma difficulté première, donc mes interventions étaient toujours brouillonnes : mon permis moto. Entreprendre d'apprendre quelque chose que je souhaite vraiment, dont je n'avais aucune notion, pour lequel je ne me sens pas légitime auprès des tierces personnes et pour lequel on doit suivre une méthodologie précise avec examen à la finale est pour moi - je m'en rend compte aujourd'hui - un entreprise très complexe, frustrante, énergivore mais à la finale très enrichissante. En effet, il me permet de mieux cerner mes difficultés (et de faire vivre l'auto-école de ma commune...) ce qui déjà en soit est une belle réussite à mon sens.

Je pense que dans ce cas on met le doigt sur toutes vos interventions : relation formateur/élève biaisée (je ne me sens pas légitime, donc une part de moi est persuadée que les autres ne me trouvent pas légitimes) et méthodologie pas adaptée. Je sais que pour me faciliter la vie, il faudrait que j'apprenne seule sur mon parking perso (que je n'ai pas). Donc un "soucis" psychologique et cognitif comme tu disais *Za*.

Du coup, à ce point de la conversation, et pour tous ceux qui se retrouvent dans ces difficultés, la solution serait de travailler sur son rapport au formateur ou à l'autre en général. Me trompe-je?

Et bien sûr, je salue tous les motards du forum, en particulier ceux qui ont passé le permis moto nouvelle formule (depuis 2013...)

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