Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

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Loefen
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Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Loefen » mer. 14 oct. 2015 15:46

Comme beaucoup d’entre vous, les émotions me submergent en permanence. Je vis très bien avec. Je dirai même que j’ai besoin de ressentir les choses puissance 1000 pour me sentir exister.

Cependant, j’ai remarqué, en ce qui me concerne, que l’imaginaire était le plus puissant des vecteurs d’émotions.

Et c’est bien là où le bât blesse.

Tout a commencé, période collège, lorsque notre prof de français nous a fait découvrir les romans d’Alexandre Dumas. Pour la première fois de ma vie, j’ai ressenti un chagrin immense lorsque j’ai refermé le livre que je lisais, « les trois mousquetaires. » J’avais l’impression de quitter des amis de longue date. D’ailleurs, je serai incapable aujourd’hui encore de relire leurs aventures tant lire la fin m’a frustré.
Cela a été le début d’une longue série de passion littéraire marquée par l’intensité fulgurante avec laquelle je m’identifiais aux héros et souffrais lorsque j’arrivais au terme de leurs aventures (Sherlock Holmes en tête, Arsène Lupin, Le conte de Monte-Cristo, les gamins de « Ça »…)
Avec l’arrivée des premiers dessins animés japonais, j’ai trouvé des histoires où les sentiments et les valeurs (telles que l’amitié, le courage…) étaient exacerbés, pile poil ce que je recherchais en tant que boulimique de l’émotion qui tue ;)
Puis vint l’Héroïc-Fantasy, les mangas … et les dramas (séries asiatique où les scénarios élaborés valent leur pesant d’or et où les sentiments sont poussés à fond… les scénaristes arrivent à doper l’émotion.)

J’entrevois maintenant cela comme un handicap. Je m’immerge dans un monde fictif, je ne pense presque plus qu’à ça, les protagonistes deviennent des membres de ma famille et lorsque la fin se profile, je souffre… je souffre de quitter un monde qui m’a tant fait palpiter.
Je me sens un peu dingue d’écrire cette dernière phrase, et pourtant, c’est bien là ce que je ressens.

Le retour à la réalité est toujours un choc… je vis ma vie du mieux que je peux, j’y fais courageusement face, j’assure de tous les côtés, là n'est pas le problème… mais ma dose quotidienne d’émotion m’est vitale alors même qu’elle me fait souffrir !

Suis-je la seule à ressentir cela ?

Je pense que j’en suis venue à l’écriture pour créer moi-même ces émotions poussées dont j’ai tant besoin… et aussi pour vivre ma vie autrement, dans l’imaginaire…

Est-ce grave docteur ? Parce que je me sens un peu seule et incomprise :pale:

Malou

Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Malou » mer. 14 oct. 2015 22:48

Je ressens exactement la même chose ! D'abord au travers de la lecture, j'adore lire les longues descriptions (quand elles sont bien écrites évidemment) et que je m'immerge dans un autre monde, dans une autre vie, où il y a de l'adrénaline, de la tristesse, un sens du dévouement incroyable. Harry Potter a fait et fait toujours mon bonheur. Le premier livre est mon favoris, parce qu'il y a l'excitation de ce nouveau monde, l’innocence, la découverte des premières amitiés, des premières aventures, du premier vol, ça reste enfantin mais j'adore cet autre monde que j'arrive difficilement à quitter (la preuve étant que je me suis plongée dans des fanfictions pour pouvoir continuer l'aventure).
Pour les séries, c'est exactement la même chose, j'en regarde tellement parce qu'elles me font ressentir plus humaine, plus empathique alors qu'en réalité je ne ressens très peu, mais quand je commence une série, c'est un réel engagement, je me lie aux personnages et je me sens mal pendant des jours si la saison vient de se terminer, si la série est annulée. J'ai déjà revu une série plusieurs fois pour continuer d'entretenir ce lien que j'ai avec le personnage, et avec le recul c'est handicapant parce que je passe plus de temps avec mes amis fictifs plutôt que mes réels amis.

Pareillement, j'écris beaucoup pour ressentir aussi quelque chose, et je pense que ça a un effet cathartique sur nous, que c'est libérateur, rassurant de vivre tout ça d'une façon ou d'une autre, mais on en fait un peu une obsession, malheureusement.

sophielagirafe

Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par sophielagirafe » jeu. 15 oct. 2015 19:39

Salut,

Je suis aussi très accro à mes romans, historiques, d'aventure, de fantasy... peu importe le style tant que ce n'est pas trop policier (les scènes de crime, les autopsies, trop violent pour moi). Je n'aime rien tant que les bonnes sagas de 5 bouquins de chacun 700 pages, genre j'en ai pour quelques jours avec des nouveaux amis ! J'aime ressentir les émotions qu'ils me procurent, l'exaltation de héros ou héroïnes de textes bien écrits... et je suis littéralement im-bu-va-ble dès que j'en ai terminé, pendant plusieurs jours. Si je relis Potter ou Eragon par exemple, j'en ai pour 4 ou 5 jours (un record pour moi, c'est énorme) à ne plus pouvoir ouvrir un autre bouquin, à ne pas parvenir à me mettre dans une autre histoire, à refuser tout net de commencer un livre jamais lu (néophobe, un peu) et à râler sur mon entourage comme s'il y était pour quelque chose! :@

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Melkoa » ven. 16 oct. 2015 09:33

Je me reconnais également tout à fait dans ces propos !
J'ajouterai qu'au-delà des livres (que je dévore, et où je me plonge totalement), j'ai tendance à souvent rêver éveillée (ou tentant de m'endormir aussi!), et parfois je préfère m'évader dans ce monde que je crée avec ses événements, cela me permet de générer des émotions positives par exemple (ou parfois négatives, mais bon je tente de me reprendre avant de fondre en larmes...!). Mais parfois après je m'en veux en me disant que c'est au final assez ridicule...
Et vice versa.

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par bapades56 » ven. 16 oct. 2015 19:15

Je me retrouve vraiment dans ce topic.
Malkoa, comme toi j'ai une tendance à rêver éveillée ^^ J'ai 2 heures de bus par jour pour aller/rentrer du boulot et même si j'adore ça, je commence à m'imaginer une scène dans mon esprit et BIM... je me réveille 7 arrêts après la maison... :D

Il y a certains livres dans lesquels je me suis vraiment reconnue, des personnages auxquels je me suis identifiée et du coup j'y ai trouvé une famille quand j'allais mal étant plus jeune. (Harry Potter, le Monde de Sophie, A la croisée des mondes par exemple)...

Je ne sais pas si c'est positif ou non d'avoir une telle imagination ou d'avoir une empathie telle qu'on ressent, qu'on se projette dans les écrits des autres. Mais ce qui est sûr, c'est que ça peut devenir dangereux quand le monde qu'on se forge ou quand le monde dans lequel on s'empêtre nous paraît plus vivant, plus palpitant que la réalité. Je pense que ça permet d'éviter de décompenser quand on va mal, mais c'est aussi un cercle vicieux car on peut "tomber dedans" un peu comme on tombe dans un trou et du coup ne jamais être satisfait de sa propre vie parce qu'elle nous paraît fade ou routinière en comparaison de ce qu'on lit dans les romans qu'on affectionne :)
" Je ne suis pas méchante, c'est le monde qui est pourri. Si la vie était moins violente, je le serais aussi ♪ " GiedRé

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par soazic » sam. 17 oct. 2015 18:25

Je me retrouve aussi dans vos propos, et pense que cet imaginaire, sorte de vie parallèle, m'a aidé à grandir et m'aide encore aujourd'hui à faire avec la réalité.
Films, livres, créations personnelles, ces supports sont un peu comme des perchoirs qui me permettent de m'extraire de la vie réelle, tout comme les rêves ou la nuit et sa composante "hors du temps". Ils agissent aussi comme protection. je fais par contre le constat qu'à force de me protéger, j'ai construit autour de moi un mur dont il manque la porte, et là, un gros travail m'attends. Attention donc...

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Ianthe » lun. 19 oct. 2015 03:28

Pour les mêmes raisons que toi, Loefen, j'ai adoré les mangas, dramas et animes au collège, et j'en ai tiré des valeurs qui m'ont servi dans la vie réelle. Aujourd'hui c'est surtout les films.
Je m'imagine difficilement vivre sans art et sans fiction, parce qu'ils jouissent d'une harmonie que je ne retrouve pas dans la vie réelle, à moins de pouvoir faire l'analogie avec l'art que j'ai pu consommer. L'art m'est une sorte de médicament, et je ne le trouve pas plus imaginaire que ce que j'appelle dans ce post "la vraie vie".
Je pense que s'il est plus facile de ressentir une fiction à 100 à l'heure plutôt que la vie réelle, c'est parce qu'elle est pensée par un homme. Je trouve ça plus facile, mais surtout plus sûr, plus prudent.
Je ne vois aucun souci à ta passion du moment que tu arrives à préserver un équilibre, quitte à te forcer un peu à la rééducation. Dis toi que t'immerger de temps en temps dans la "vie réelle" t'évitera de voir le plaisir des fictions banalisés, t'évitera de changer de norme de référence ^^

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Valdemort » mar. 20 oct. 2015 13:16

C'est intéressant cette approche par le biais émotionnel. Pour ma part les univers parallèles qu'ont été les livres, puis plus tard les films et les séries, me sont totalement indispensables, mais pour d'autres raisons. Les livres sont mon outil de résilience. Depuis toute petite ils me permettent de me mettre dans ma bulle et de me protéger des agressions extérieures. Et à la fois ils alimentent mon cerveau et me permettent de comprendre le monde, les humains, les interactions entre eux. De comprendre les émotions non pas en les ressentant mais par le biais de mon intellect. Evidemment c'est à double tranchant: des trésors d'enseignement, certes, qui m'ont permis de décoder énormément et de m'adapter aux normes (surtout enfant), mais quand on s'aperçoit que la réalité n'arrive jamais à la hauteur de la fiction, la prise de conscience est rude. Car forcément la littérature c'est de l'art, c'est une interprétation de la réalité mais ce n'est pas LA réalité.
Par exemple gamine je dévorais les bouquins de la collection Harlequin (bon ok ça c'est pas de l'art :puke: ) bah il m'a fallu des années et des claques pour me rendre compte que la réalité d'une relation amoureuse n'a RIEN A VOIR avec tout ça! C'est un exemple con mais qui a eu de grosses conséquences.
Régulièrement je me replonge dans des textes genre Adolphe de Benjamin Constant et pour moi c'est des manuels de décryptage de l'âme humaine. Si je pouvais observer ma réalité et mon quotidien avec autant d'acuité et de finesse le monde réel me paraîtrait moins fade. Et le vivre? Woooow
« Il faut encore avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse. » (Nietzsche)

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Mylène » mar. 20 oct. 2015 15:46

Bonjour,
Il en est de même pour moi, et je partage particulièrement les points de vue de Soazic et Valdemort.
La lecture est pour moi un grand refuge (bien plus que l'écran qui impose les images) et je me sens bien avec le livre, certainement parce que coupée du monde réel et des émotions qui en découlent.
Plus jeune, je me prenais pour le héros, je vivais en lui. Maintenant, je suis avec lui comme un ami que je suis.
Je tente de fuir l' identification en fait. Mais je m'aperçois que lorsque le livre ou le personnage nous questionne directement c'est très difficile. C'est ce que je ressens en lisant la recherche du temps perdu. J' espace les lectures des volumes avec encore plus le plaisir de m' y retrouver. Mais il est très déroutant de se sentir "le narrateur" dans la vraie vie. Ce n'est pas moi! Et pourtant...
Lire est très confortable: Tout y est maîtrisé. En ce sens on peut y vivre sans danger.
Dans d'autres domaines, la musique particulièrement, ça ne fonctionne pas comme ça. J'ai très peur de m'y plonger complètement. Comment en ressortirai-je? C'est effrayant, pas rassurant du tout.

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Bradeck » mer. 21 oct. 2015 12:56

Bonjour,

Je m'insère dans le topic car si j'aime les livres, ou plus précisément tout média qui me transporte dans un monde imaginaire, avec une préférences pour ceux qui nous permettent, en même temps que la découverte, de laisser partir notre imagination ou notre réfléxion.

Ce que j'aime dans ces univers, c'est que je peux être fasciné par des personnages "entiers" (qui suivent leurs valeurs), ou bien justement par des personnages humains (qui sont moins droits, limite paumés), cela peut parfois m'aider à réfléchir sur des aspects de la "vraie vie", par contraste.
Mais surtout, je peux réfléchir à tous les aspects de ces univers sans crainte, justement sans trop d'affect, parce que "ce n'est pas vrai, ces gens n'existent pas". Je ressens de l'empathie pour les personnages, pour l'ambiance, ce qui se passe. Alors que je peux parfois avoir du mal à me poser et refléchir avec autant d'intensité sur le monde réel car je peux vite être mal à l'aise, car là pour le coup, il s'agit de vrai gens, de vrais problèmes, de vraies souffrances, et contrairement à ces mondes virtuels, il y a cette idée que dans le monde réel, nous pourrions être acteurs, je me trouve confronté à mes limites, ou tout du moins les limites de mes actes, par rapport à l'infini des possibilités offert par le virtuel.

De même, si je peux me dire "dommage, c'est fini", jamais je n'ai ressenti d'attachement aussi fort que ce que je peux lire dans ce fil, même si je peux avoir du mal à commencer une autre lecture, car elle ne sera "jamais à la hauteur" de la précédente.
Et je me questionne : Il est plusieurs fois fait mention de refuge, de bulle, d'attachement amical, voir familial, avec les personnages.

Donc: Est-ce une fuite ? Est-ce une réaction par rapport au monde réel qui ne vous apporte pas quelque chose que vous espéreriez y trouver ?
Cette dernière question, j'y ai été confronté par le biais d'une amie, fan d'une série télévisée. Cette série, je la trouve sympathique, les personnages attachants, voire touchants, mais il s'agit de caricatures. Et lorsque je lui ait demandé pourquoi elle l'aimait autant, sa réponse m'avait désarmée : "Mais, parce que c'est la vraie vie !".
Il se trouve que même si elle n'était pas malheureuse, elle était en attente, de la part de la vraie vie, de chose qu'elle voyait dans la série, des choses qu'elle n'aurait jamais, car "ce n'est pas réel".
En discutant avec elle j'avais pris comme comparaison le fait d'aimer quelqu'un de loin, quelqu'un que l'on croit connaitre. On ne fait qu'aimer une projection de quelque chose, un idéal que l'on impose à quelqu'un. Et le retour à la réalité peut-être brutal.

Alors loin de moi l'idée de dire que ces attachements à ces univers / personnages fictifs sont nocifs ou autre, mais je m'interroge: Est-ce lié au fait que cela vous permet de combler des manques de la vie réelle ? Cela vous fournit-il une bulle dans laquelle vous expérimentez, sans danger, des choses dans lesquelles vous vous n'iriez pas dans la vie réelle car vous n'osez pas ?
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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Melkoa » mer. 21 oct. 2015 15:22

Bradeck : pour te répondre, pour ma part, livre, film ou série, c'est plutôt pour le fait de se plonger dans une histoire et permettre par empathie de la "vivre". Ce n'est pas par manque ou autre de la vie réelle, c'est juste pour le plaisir d'expérimenter ces émotions. Et le fait d'être toujours étonnée à quel point je peux être emportée par ces histoires.
D'ailleurs, dans la même veine, cela doit expliquer pourquoi je ne peux voir aucun film d'horreur, et que j'ai du mal avec les films trop tristes... Je n'en ressors pas indemne, car je "vis" le moment.
(je ne sais pas en fait si ça répond vraiment à ta question ?)
Et vice versa.

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Loefen » mer. 21 oct. 2015 15:49

Merci d’avoir répondu et alimenté ce post !

Je suis rassurée de constater que je ne suis pas la seule allumée pour qui l’imaginaire prend une place prépondérante, voire parfois exagérée.
Comme vous Malou, Caprice, Bapades56, Harry Potter m’aura fait forte impression et alimenté nombre de mes rêveries avec cet odieux pincement au cœur lorsque les aventures ont trouvé leur conclusion :'(

Comme pour vous, Soazic, Valdemort et Mylène, les univers imaginaires et leurs héros m’ont permis de comprendre le monde qui m’entourait et m’ont surtout donné des clés pour y faire face.
Il n’y a pas si longtemps, un ami me racontait qu’il avait toujours eu besoin d’un mentor pour avancer, une figure forte pour l’inspirer dans son travail (il est ingénieur.) Pour certain, cela peut-être un membre de la famille, un ami, une sommité, son supérieur hiérarchique… bref, quelqu’un qui a plus d’expérience dans la vie ou dans un domaine particulier et qui peut donc nous faire bénéficier de son savoir et de sa sagesse.
Ressentez-vous peut-être aussi ce sentiment qui vous aura amené à une certaine identification ?
J’ai alors compris que les héros que j’affectionne ont joué et jouent encore ce rôle pour moi. Je n’ai pas pu m’appuyer sur mes parents, j’ai perdu trop tôt le seul membre de ma famille qui tenait ce rôle, j’avais peu d’amis… Sont alors intervenus, comme je l’écrivais dans le premier message, mes héros fictifs. Holmes, D’Artagnan, pléthore de Chevaliers du Zodiaque (ben oui… sigh !), puis les samouraïs, et Miyamoto Musashi (réel celui-ci… mais bon, décédé depuis… pfffftttttt)
Pourquoi ces figures très fortes ? Des héros repoussant au paroxysme leurs limites… je ne saurais le dire. Je devine là, comme tu l’écrivais pour toi, Soazic, un gros travail qui m’attend.
De fait, je ne suis jamais plus en phase avec les histoires mettant en scène des figures extrêmes ! Je trouve facilement mon bonheur avec les manga shônen de type nekketsu (manga avec des héros exaltés défendant les valeurs du courage, de l’amitié, de la persévérance.) :punch:
Bien entendu, cela comble un manque. Je n’aime rien tant que la compétition, mais elle n’a jamais été encouragée à l’école, au collège, au lycée, à la fac ou dans mon travail par exemple. Or, j’ai besoin de ça pour avancer. Un besoin désespéré de me confronter à mes limites, de vouloir produire mieux (pas plus, mais bel et bien mieux). Je menais donc des compétitions secrètes avec mes copines. Mais toute seule, cela manque de sel, n’est-ce pas ? Sans personne pour relever un challenge, je me suis souvent sentie isolée.
Ce que j’attendais d’une compétition, c’était une saine rivalité dans laquelle on aurait pu s’encourager et se soutenir mutuellement dans l’effort. :rock:

Tu m’as faite sourire, Valdemort, avec ta collection de harlequin. J’en ai lu quelques uns, par curiosité, c’était pas mal… mais pour le coup, le héros m’apparaissait trop infaillible et macho ! Mais je comprends que cette littérature ait pu devenir une drogue. Elle a été bien pensée et l’éventail de la collection est très large ; il y en a pour tous les goûts (l’une de mes copines est une spécialiste ^^)

Mais comme vous le disiez, Valdemort, Mylène, Soazic, Malou, Bradeck…. Le danger est de trouver, au final, plus d’attraits à la vie fictive que réelle.
Je crois bien que j’en suis là… et que je l’ai toujours été. Je tâche de vivre en accord avec cette idée, en toute connaissance de cause, sans m’empêcher de vivre une vie bien réelle. Néanmoins, je ne pourrais vivre sans le fictif pour m’apporter ma dose quotidienne d’émotions, de figures fortes…

Est-ce une fuite, comme tu le demandes, Bradeck ? Hum…, le monde réel ne m’apporte définitivement pas ce que j’y recherche. Peut-être parce que ma douance n’a pas été identifiée, je n’ai donc pas pu vivre ce que j’aurai voulu vivre (professionnellement parlant, par exemple) car je me pensais trop nulle et inadaptée pour concrétiser certains rêves. J’ai vécu dans l’échec, convaincue de ma propre incapacité à me réaliser.
Je trouve que tu vises juste, Bradeck… je n’ose pas beaucoup de choses, et je peux les expérimenter dans le fictif.
Néanmoins, il manque à la vie ce sel dont je parlais avec une saine rivalité. J’ai trouvé cela, à un moment donné, dans la vie réelle, lorsque j’ai pratiqué l’aïkido. J’étais entourée d’anciens qui m’apprenaient les gestes, et j’avais, près de moi, un pratiquant passionné avec qui nous menions cette lutte que j’affectionne mais en toute complicité et harmonie. Puis le visage du dojo a changé avec le départ des anciens et l’arrivée de nouveaux pour qui, l’aïkido, n’était qu’un moyen de se défouler ou de rire, mais certainement pas de se mesurer, se confronter, se dépasser. J’ai quitté le club, déçue.

Mais ce n'est pas que ça.. comme le précise Melkoa, j'expérimente des émotions et je les ressens au plus fort.

Au final, écrire, imaginer à mon tour des scénarios palpitants avec des personnages forts me permet de positiver cette fuite, de lui trouver une utilité afin de ne pas faire que subir. Je redeviens actrice, quelque part, de ma propre vie tout en déculpabilisant le fait de continuer à m’immerger dans d’autres mondes.

Je suis surtout soulagée, à l’issu de ce post, de connaître d’autre personnes qui vivent la même chose !

Ianthe, qu’entends-tu par « il est plus facile de ressentir une fiction à 100 à l’heure plutôt que la vie réelle car elle est pensée par un homme » ?

Et vous ? Fuite vers un ailleurs plus palpitant ? Ou profond intérêt pour des émotions que l'on peut ressentir difficilement puissance 1000 dans la vie réelle ?

Ianthe

Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Ianthe » mer. 21 oct. 2015 18:21

Héhé, je réponds par l'affirmative. Je me suis fortement identifiée à Naruto. J'ai aussi eu une obsession pour le dépassement personnel, le culte de l'effort, analogie récurrente à la course (le sprint surtout), mais dans mon cas elle a été maladive et malsaine, ce qui est relatif à ce qui m'a amené là : une haine de moi.
J'ai pas l'impression que pour avancer finalement, comme on me l'a beaucoup répété, on ait besoin d'être en compétition avec soi même ou autrui...Quelque chose de primordial que j'ai appris, c'est qu'on s'alimente, qu'on s'affine, mais qu'on ne se dépasse pas à proprement parler.
Je ne fuis pas vers un ailleurs plus palpitant mais moins palpitant justement, et c'est pour ca que je peux ressentir les émotions de la fiction puissance 1000 sans courir un risque aussi gros que dans la vie réelle.
Pour expliquer ma remarque, je dois préciser que je pars du principe que c'est l'émotion qui provoque la pensée et vice versa et que la logique d'un homme n'arrive pas à la cheville de la logique de la nature - les hommes faisant partie de la nature. C'est la même logique, mais les hommes en ont un accès limité, mais pas la nature. L'art serait donc pensé par un homme pour un homme, mais la nature serait bien plus complexe, donc s'autoriser à l'éprouver autant que je peux me provoquerait des pensées très difficiles à gérer en tant qu'être humain, sans compter les émotions que provoquent ces mêmes pensées.
Après, c'est pas vraiment que j'ai un profond intérêt pour ces émotions. C'est pas les émotions qui m'intéressent dans l'art, j'intellectualise plus.
C'est chouette de t'entendre dire que tu t'es mise à écrire des scénarios :)

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Spleen » jeu. 5 nov. 2015 18:27

Quand j'étais enfant et jeune ado je complexais ou plutôt culpabilisais car la plupart lisait des bandes dessinées, je n'aimais pas les bandes dessinées je comprenais pas pourquoi on pouvait s'y intéresser.... j'ai lu tôt, j'ai adoré lire des romans et même, vous allez sourire des ouvrages médicaux de ma maman qui était infirmière... il y avait un énorme larousse médical dans la bibliothèque et ben,je lisais ça. .. Au collège j'ai découvert Baudelaire et la ça été pour moi comme une révélation. .. j'ai adoré sa poésie enfin tout, mon parrain disait que c'était précoce..hihi. mon imaginaire à toujours été puissant pour le dire ainsi, son recueil les fleurs du mal m'a bouleversé et propulsé vers certains sommets, comment dire j'avais l'impression de me fondre dans ses vers. J'écrivais déjà avant mais après cette découverte que je ne pouvais partager avec personne au collège, j'ai vraiment compris que la littérature serait une passion dévorante. ... alors que dire de "l'écriture automatique" des surréalistes ? Il suffisait que je m'évade pour laisser ma plume partir à la conquête de la feuille blanche... et c'est toujours comme ça, ou que je sois, je m'en vais dans mes pensées et l'inspiration vient toute seule avec fluidité dans une certaine délectation. .

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Loefen » jeu. 5 nov. 2015 18:59

A ha.... d'où ton surnom, Spleen !
Au collège, j'ai aussi eu un coup de foudre pour Baudelaire dont on nous avait brièvement lu quelques poèmes.
Je m'étais immergée dans son monde, me prenant de passion également pour ses poètes d'amis. Et j'ai écrit ainsi mes premiers vers torturés. Haaaaaa... que de bons souvenirs. Puis il y a eu ensuite Rimbaud puis mon maitre incontesté et absolu : Théophile Gauthier ! Il est vrai que, comme toi, mes copines ne me suivaient pas vraiment sur ce terrain, ce qui ne m'empêchait pas d'en parler. Qu'est-ce que j'ai pu leur casser les pieds avec ça. Je me figurais qu'en les abreuvant de mes délires poétiques, elles finiraient forcément par comprendre et adhérer ^^ Résultat, l'une d'elle m'a juré que jamais, ô grand jamais, elle ne lirait du Gauthier ! Méa culpa , Bon Théo ! :pale:

Ianthe, ta réflexion au sujet du fait que l'on s'alimente au lieu de vouloir à tout prix se dépasser est très intéressante et très positive.
Hum hum... les hommes ont un accès limité à la nature ? Nous nous en sommes éloignés, c'est certain.

Ianthe

Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Ianthe » jeu. 5 nov. 2015 22:36

Hors-sujet
Oh toi aussi Théophile Gautier a été ton maître absolu Loefen!!

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Athane » ven. 6 nov. 2015 03:42

Bon, après ce post, j'arrête pour ce soir.... mais zut les trois quarts des sujets m'intéressent.... (c'est Isanthe avec Théophile Gautier qui m'a convaincue.... :D )

Personnellement, c'est au lycée que j'ai eu ma plus grosse phase "je ne parle pas et je lis". J'ai dévoré des bibliothèques (Théophile Gautier et Baudelaire, Rimbaud, mais aussi Ken Follet, Camus, Dostoïevski, Ron Mc Larty, John Kennedy Tool, et Dumas qui m'a bouleversée (d'ailleurs, je conseille "le trou de l’Enfer et Dieu dispose" qui est moins connu mais dans lequel on trouve un personnage qui est aussi horrible, intelligent et calculateur que le Comte de Monte Cristo, mais sans la volonté de vengeance, juste pour le plaisir de puissance= Samuel Gelb, le diable. ) A cette époque du lycée, je dirais que lire était presque a un stade maladif: je lisais en soirée avec les copines, et je lisais en marchant (bon, jusqu'au jour où un homme a failli m'écraser, et est sortit tout rouge de sa voiture pour me passer un savon, alors j'ai arrêté la lecture-marche)
Bref, dans ma première année d'université, j'ai arrêté les romans et j'ai tout fait pour devenir une poupée stupide et heureuse. Au bout de trois ans d'acharnement a être dans la norme, j'y suis parvenue. Puis, mon arrivée en philo a tout changé: je suis redevenue moi, mais sous forme réaliste (j'espère ne pas avoir perdu les lecteurs potentiels...) je me suis assumée, et je me suis mise a lutter contre "l'imaginaire". D'ailleurs, je crois ne jamais avoir trop aimé la fantaisie (sauf Poe). Je me suis soignée à la fois de l'image romantique du désespéré, et à la fois de l'image hautement emprunte de préjugés de la fille lambda qui sort en boîte (genre de filles que je haïssait à l'époque, et que maintenant j'ai parfois pour amies.)

Bref toutes mes catégories se sont ramollies, j'aborde le monde réel plus sereinement aussi, et j'ai compris que je pouvais être touchée par Victor Hugo (oui, j'adore ses poésies, même si beaucoup les trouvent niaises et lourdes) sans pour autant devenir sombrement triste. J'ai pris de la force. Quelques séries m'ont aussi permises de sortir de ma coquille (grâce a mon conjoint, car avant ça, j'avais décrété que je n'aimait pas les séries... allez savoir pourquoi?

La confiance en soi, c'est venu en regardant la vie comme un jeu dans lequel je peux laisser mes idées prendre forme. (par le bricolage par exemple! La peinture, le dessin, bref, l'action.) En fait, depuis que j'ai abandonné la littérature-carapace et la littérature-évasion, je crois que je reprends plus de plaisir à lire un bon roman.

Courage a tous :)
“Deux choses remplissent l’esprit d’admiration et de crainte incessantes: le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi” Kant

sophielagirafe

Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par sophielagirafe » ven. 6 nov. 2015 11:14

Bradeck, pour ma part, l'évasion offerte par les romans est en grande partie une fuite, oui, du monde actuel qui me fait énormément peur : la modernité, le tout connecté, la pollution, les guerres, les ressources naturelles et j'en passe. c'est un tout qui me fait très souvent penser que je ne suis pas née à la bonne époque, que je ne pourrai JAMAIS me faire à ce putain de progrès. je prends mon pied quand je lis des bouquins comme, actuellement, les mémoires de Laura Ingalls Wilder (d'où mon avatar). lire des choses en rapport avec les connaissances simples qu'on eues les hommes, sur les techniques d'agriculture ou la façon de préparer un terrain pour le passage du chemin de fer, je trouve ça passionnant, je m'en délecte. J'éprouve une grande admiration pour tous les hommes-observateurs et les hommes-inventeurs qui ont permis toute cette expérience. Le monde moderne la met à mal, la piétine, l'ignore, l'oublie, et ça me dégoute.
Le retour à la réalité est parfois difficile car je n'ai pas toujours assez lu ou dans d'assez bonnes conditions pour "recharger mes batteries". en ce sens, lire des romans historiques n'a pas trop un effet néfaste mais au contraire, m'aide à supporter la réalité (enfin je crois).
Non, en fait, ça me déprime et me donne la sensation d'un immense gâchis.

du coup je lis d'autres genres, j'ai très souvent 1 série de BD en cours + 2 romans + 1 livre plus sérieux.

J'aime aussi les univers totalement inventés comme Potter, et la science-fiction comme les dystopies, même si j'ai un peu plus de mal avec les incohérences qui me titillent le cerveau au fur et à mesure de la lecture... Là je m'immerge d'une façon différente, la fantasy c'est du rêve mais il faut qu'elle soit bien construite pour que je ne m'identifie pas, ainsi je ne crois (dans un coin de mon cerveau seulement) à aucun moment que c'est possible, je ne regrette rien, j'angoisse moins, et l'illusion peut se faire sans arrière-pensée. c'est un autre genre de plaisir de lecture, qui fait justement oublier les manques et défauts de la réalité, pendant quelques heures.

La poésie... c'est comme Pink Floyd... je ne l'apprécie vraiment que dans mes phases de déprime voire dépression, et je me roule dedans avec toute la jouissance que la nostalgie (edit) mélancolie peut apporter. c'est comme si j'avais besoin du filtre de cet état-là pour la comprendre.

bon, la séance est finie, j'te dois 50€, là, non?

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Spleen » ven. 6 nov. 2015 20:42

Caprice c'est tout à fait ça. ...lire pour moi,parfois même dévorer comme je l'ai fait récemment avec les livres de Pierre Pevel (les lames du cardinal...) me donne l'impression de m'évader totalement si pour autant je ne suis pas dans un endroit bruillant... Si le roman me plaît j'y entre véritablement un peu comme si j'étais le cinéaste de moi même et que je portais le livre à l'écran de mon cerveau tant l'histoire s'y matérialise. . Fuir quoi ?mais la morne réalité du monde qui part en cou.... alimenter mon esprit sans cesse avide de nourriture spirituel ou autres bien sûr pour éviter la carence car l'ennui guette. .. oui j'ai peur aussi très peur, il suffit d'écouter les infos et d'être lucide sur l'état de notre planète alors oui je lis je m'évade j'écris je rêve encore et encore en faisant ma petite part comme dans le proverbe amérindien...

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Re: Quand sortir de l'imaginaire est une souffrance

Message par Audette » ven. 27 avr. 2018 12:09

Très intéressant ce sujet. Je vois que je ne suis pas la seule à avoir (trop ?) apprécié l'imaginaire, surtout Harry Potter.

Pour ma part, je me suis littéralement cloîtrée dans cette saga. Des événements difficiles à gérer émotionnellement quand j'étais enfant et un sentiment de décalage ont été les principales vecteurs de ma fuite dans le monde magique. Je crois que la fuite est à double-tranchant : elle rassure, protège ; c'est un palliatif temporaire. Sur le long terme elle isole, devient un bouclier dangereux mais tellement rassurant. Je ne peux qu'envisager ma passion pour Harry Potter que d'une façon ambivalente. D'une part celle-ci m'a sauvée car j'ai trouver un espace ressource dans lequel je n'avais pas peur. C'était un moyen pour apprivoiser le monde. En effet, l'injustice, la cruauté, les relations difficiles et bien d'autres sujets, tout cela se retrouve dans Harry Potter. Mais ça fait moins mal et moins peur car c'est fictif. La saga m'a donc aidée à vivre avec toutes ces angoisses et à les comprendre.

D'autre part, Harry Potter a contribué à mon isolement. Je pensais, écrivais, lisais, jouais, achetais et regardais Harry Potter. La fuite dans l'imaginaire était le seul moyen de défense que j'avais décelé pour m'extraire de cette société corrompue et impitoyable dans laquelle je me sentais mal. De plus, comme j'agissais probablement en faux-self la saga a été un endroit dans lequel j'étais vraie et je m'accordais le droit de ressentir quelque chose (qu'es-ce que j'ai pleuré que Rogue et Dumbledore sont morts...). Dans la vie, mon moyen de protection était la rationalisation et l'intellectualisation. Je faisais barrage à mes sentiments, je me suis bafouée des années. L'imaginaire a permis que je ne me coupe pas totalement de moi-même, bien qu'il soit devenu un piège.

J'ai régulé ma passion en apprenant à être moi-même (apprentissage toujours en cours...). Je me suis peu à peu détachée quand mon faux-self a explosé. J'adore toujours autant cette saga. Parfois je m'y replonge mais c'est beaucoup plus mesuré. C'est une part de moi que j'y ai mis, c'est empreint de tas de souvenirs, d'un vécu magique et douloureux. Malheureusement, la magie n'a pas changé ma vie. C'est tentant de s'évader, de se construire un monde à soi. Je n'y vois pas d'inconvénient. Le seul danger c'est la place qu'il prend.
"Comme un ange... Un ange qui s'était brûlé les ailes au feu de ce qu'il ignore"

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