La question de l’intensité

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La Chouette Masquée
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La question de l’intensité

Message par La Chouette Masquée » mar. 21 juil. 2015 10:10

Bonjour,

J'ai récemment lu le fameux Trop intelligent pour être heureux. Or, quelque chose me perturbe dans ce livre (ainsi que dans de nombreux articles traitant de la douance que j'ai eu l'occasion de consulter): la question de l'intensité. En effet, ces documents expliquent que ce qui différencie une personne non-surdouée d'une personne surdouée, ce n'est pas tant le nombre de caractéristiques se retrouvant chez les surdoués validées, mais leur intensité par rapport à la norme.
Cependant, en même temps, on m'explique qu'un surdoué n'ayant jamais connu que sa propre perception physique et psychologique du monde, il n'a bien souvent pas conscience du surdéveloppement de sa sensibilité, son empathie, ses 5 sens, etc. par rapport aux autres, et qu'il a tendance à penser que ce qu'il ressent au quotidien est ressenti par tout le monde, que sa perception particulière est parfaitement commune...
Donc d'une part on a une armée de superlatifs, tout est extraordinaire, super-hyper-méga trop incroyable chez le surdoué, et d'autre part on m'explique que tout ça, il ne le réalise pas.

Certes je me suis reconnue dans de nombreux points au cours de ma lecture. Certes, je me suis souvent dit en lisant "Hein quoi ? Mais je croyais que tout le monde était/faisait comme ça ! Pourquoi elle a l'air de dire que c'est hors-norme, j'ai toujours été/fait comme ça, moi et ça n'a rien de spécial !") Mais pourtant quand l'auteur me balance tous ces qualificatifs, je me sens mal à l'aise, intruse et cela me sape totalement ma confiance en moi et m'assaille de doutes...
Un exemple parmi tant d'autres: oui, j'ai la peau très fine et sensible, mes yeux ont des réactions photophobes et je suis souvent la première à repérer le fermoir de boucle d'oreille tombé sur un tapis de la même couleur malgré ma vue assez pourrie, j'entends parfois des sons que je suis la seule à entendre, je reconnais certaines personnes à l'odorat, etc. Et puis juste après, quand je lis la description des 5 sens des surdoués donnant l'impression que ceux-ci possèdent tous des putains de super-pouvoirs, je me dis que finalement mes sens sont tout ce qu'il a de plus ordinaire, car "juste ça", ça ne peut pas être ce dont elle parle, ce dont elle parle est bien trop au-dessus de moi. On dirait que par désespoir, en continuant ma lecture, j'essaye de forcer la porte d'un club privé tout en sachant que le videur va me mettre dehors d'un vif coup de pied au derrière. L'information de fond me parle et me rassure, amplifie le murmure, mais la façon dont elle est formulée m'effraie et me donne l'impression d'être indigne, illégitime...

Donc ma question est: est-ce que c'est l'auteur qui en fait des tonnes, est-ce que c'est moi qui suis complètement arrogante et à côté de la plaque à m'imaginer que la douance puisse me concerner ? Comment peut-on savoir, dans le cas où l'on serait surdoué, si SA norme est différente de LA norme alors qu'on n'a jamais pu la ressentir et la vivre ? Parce que se sentir en décalage depuis toujours ou avoir des amis qui nous font remarquer une certaine singularité n'a pas forcément de lien avec la surdouance (je suis peut-être juste névrosée et/ou bipolaire :roll: )

Est-ce que quelqu'un ressent ou a ressenti la même chose que moi ? J'espère m'être bien faite comprise, j'ai l'impression de m'être mal expliquée mais je ne vois pas comment mieux formuler mes doutes... :worried:
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Re: La question de l’intensité

Message par Mlle Rose » mar. 21 juil. 2015 10:51

La Chouette Masquée a écrit :Comment peut-on savoir, dans le cas où l'on serait surdoué, si SA norme est différente de LA norme alors qu'on n'a jamais pu la ressentir et la vivre ? Parce que se sentir en décalage depuis toujours ou avoir des amis qui nous font remarquer une certaine singularité n'a pas forcément de lien avec la surdouance (je suis peut-être juste névrosée et/ou bipolaire :roll: )
Ça, c'est LA question de base :)
Et c'est bien pour ça aussi qu'on ne peut pas s'auto-diagnostiquer des trucs (et c'est pas valable que pour la douance), qu'il existe des outils de mesure normés, etc etc.

Au-delà de ça, à titre personnel je trouve effectivement que la littérature de vulgarisation en fait des tonnes comme tu dis. Je me suis fait les mêmes réflexions que toi à la lecture de ce bouquin, et il a fallu le test + un cheminement assez long pour intégrer cet état de fait (la douance), et au départ pour cesser de chercher ce qui ne "collait" pas avec les bouquins pour me triturer le cerveau avec.

Pour compléter tu peux aller lire "Les caractéristiques dans lesquelles vous ne vous retrouvez pas" (pas sûre du titre exact), qui doit se trouver quelque part dans le grand salon (dans cette section, ou dans "discussions et débats") :)
Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. E. de la Boétie
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Re: La question de l’intensité

Message par lady space » mer. 22 juil. 2015 09:00

Je pense que cette problématique est double :

D'une part, la vulgarisation a effectivement tendance à grossir un peu le trait car son objectif est, entre autres, de se vendre. Pour ma part, j'ai lu le fameux TIPH un bon moment après avoir passé le test, et il ne m'a pas marquée de manière indélébile comme ça a pu être le cas pour certains qui découvrent le sujet (et se découvrent eux-mêmes dans la foulée) à travers ce bouquin.

De l'autre, je pense qu'il est techniquement impossible de concevoir ou de percevoir sa propre normalité dans ce qu'on vit au quotidien comme extraordinaire. Du coup, quand quelqu'un me dit "Mais c'est super-hyper machin chose, ce que tu ressens là !", j'ai tendance à me dire "Ok d'accord, si tu le dis..." mais sans trop y croire. Et que ce soit lié ou non à la douance n'a que peu d'importance dans ce contexte : ce que je vis et ressens au quotidien est normal pour moi, je n'y vois rien de spectaculaire - je ne peux y voir rien de spectaculaire car je ne suis pas dans la tête des autres.

Du coup, je suis réduite à accorder plus ou moins de confiance aux descriptifs donnés ça et là dans la littérature et à collectionner les indices qui auraient tendance à étayer certains d'entre eux.

Et il y en a, des indices, mais je ne peux les identifier qu'en adoptant le point de vue théorique que mon ressenti n'est pas forcément partagé par mon entourage. Du coup, il y a un tas de petits événements anodins en soi qui commencent à former un genre de trame dont ci-après quelques exemples en vrac :

Je fume comme un pompier, mes papilles doivent donc être bien anesthésiées, et pourtant je sens un vin bouchonné bien avant le fana d'œnologie que j'ai dans mon entourage - super-pouvoir pas très cool, ceci dit au passage, car du coup je passe pour la princesse au petit pois qui fait du chichi pour une odeur de trois fois rien, quasiment imperceptible, et que d'ailleurs la plupart des autres convives n'a pas remarqué du tout.

Tout en étant myope et astigmate (bonjour le cliché de la surdouée à lunettes ^^), je vois au loin, en étant assise sur ma terrasse, le clignotement de la grosse antenne-relais de télévision de notre région, qui doit être à au moins 20 km à vol d'oiseau. Ce qui m'a valu un tas de remarques du type "Arrête de picoler - impossible de voir ce truc d'ici !" jusqu'au moment où quelqu'un d'autre l'a vu aussi.

Je vois plutôt bien la nuit, mais le revers de la médaille est que mes yeux se mettent à pleurer au premier rayon de soleil, ce qui fait de moi la nana qui conduit avec des lunettes de soleil dans un brouillard éclairé par une lumière diffuse mais qui m'est insupportable - et rebelote pour la princesse au petit pois...

Enfin bref, cette liste est encore longue, et rien ne permet de distinguer ce qui est dû à la douance dans ces histoires ou pas. Mais toujours est-il que je perçois des choses que d'autres ne perçoivent pas et que ce n'est pas toujours facile à vivre, les remarques incrédules ayant pour effet un manque de repères qui fait que je doute de mes propres sens. Enfin doutais, car j'ai appris à me faire confiance avec le temps.

Donc les particularités sont là et, peu importe d'où elles viennent, il va falloir apprendre à faire avec.
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Re: La question de l’intensité

Message par Aria » lun. 27 juil. 2015 04:42

Je suis presque incapable de juger de la validité de mes perceptions et idées (parce que j'ai un long passé de gens me remettant systématiquement tout en question ou m'accusant de conduite malpropre). Du coup (je n'appelerais pas ça un faux-self parce que je suis consciente), mais "j'apprends" les règles de société et je les suis plutôt que de suivre mon instinct. (Par ex. se plaindre qu'un test était difficile, dire qu'on a pas fait exprès de s'énerver, prétendre ne pas avoir remarqué certaines choses)

Les bouquins sur les surdoués ne m'aident pas trop là-dessus, ils en font toujours des tonnes. Par ex., j'ai une excellente perception des réactions émotionnelles des gens (je vois immédiatement leur irritation, réaction de refus, tristesse, le plaisir). Mais pas avec tout le monde, pas tout le temps. Et je perçois les réactions à chaud, pas les réflexions qui vont avec. Alors qu'un bouquin partira dans un trip "vous prédisez le futur !"

Je n'ai pas de solution pour savoir comment se juger, et ça me pose un peu problème professionnellement puisqu'il faut se vendre. D'autres ont sûrement mis au point des techniques pour faire accepter leurs capacités, ou pour se gérer.

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Re: La question de l’intensité

Message par La Chouette Masquée » jeu. 30 juil. 2015 10:22

Merci pour vos éclaircissement, ça me rassure de constater que ce genre de littérature n'est pas forcément un exemple de réalisme, bien qu'il puisse aider à s'y retrouver mieux...

Aria a écrit : Les bouquins sur les surdoués ne m'aident pas trop là-dessus, ils en font toujours des tonnes. Par ex., j'ai une excellente perception des réactions émotionnelles des gens (je vois immédiatement leur irritation, réaction de refus, tristesse, le plaisir). Mais pas avec tout le monde, pas tout le temps. Et je perçois les réactions à chaud, pas les réflexions qui vont avec. Alors qu'un bouquin partira dans un trip "vous prédisez le futur !"
C'est tellement ça !

Comme tu l'as dit Mlle Rose, le seul moyen de me rendre compte clairement des choses est d'aller passer les tests: et c'est ce que je vais faire, j'y vais le 1er septembre ! :tmi:

J'aimerais m'étendre sur le sujet, mais j'assume moyen d'aller sur un site nommé "Adulte surdoué" en public et il y a maintenant trop de monde dans le hall du village vacances (lieu où la connexion internet est potable) pour me cacher, je vais retourner profiter des vacances.
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Re: La question de l’intensité

Message par Fabs le vaurien » jeu. 30 juil. 2015 10:28

Hors-sujet
La Chouette Masquée a écrit : J'aimerais m'étendre sur le sujet, mais j'assume moyen d'aller sur un site nommé "Adulte surdoué" en public et il y a maintenant trop de monde dans le hall du village vacances (lieu où la connexion internet est potable) pour me cacher, je vais retourner profiter des vacances.
va dans ton panneau utilisateur, préférences du forum, modifier préférences générales. style discret

;)
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Re: La question de l’intensité

Message par pounee » sam. 19 sept. 2015 23:39

Voilà un sujet super dur, attention gros effet barnum droit devant.
Comment savoir si ce qu'on ressent est normal ou sur-développé ?
Hmm

Un exemple, hier je confiais à quelqu'un avoir des absences qui me faisaient assez peur. En clair, je peux être au volant et partir littéralement, sortir de mon corps, transcender au fin fond de mes pensées, ou ce que vous voulez. En fait je pense tellement fort à ce moment là que je ne vois plus rien et que c'est un autre moi qui prend le volant à ma place. Je me réveille 5-10 min plus tard, sans accident, mais en ayant abscolument aucun mais aucun souvenir de la route que je viens d'emprunter, comme si je rejognais le film en court. Alors là, elle me dit oui moi aussi ça m'arrive de partir dans mes pensées. Hm
Comment comparer ce genre d'expérience somme toute personnelle et terriblement subjective, sans avoir aucun point de repère pour évaluer correctement de son aspect excessif voir extraordinaire ou au contraire de sa simple banalité ?
C'est une vraie question que je me pose.

Pour le reste, et avant d'arriver sur ce poste, c'est vrai que moi aussi (sans être diagnostiqué pour le moment) je me suis très souvent et depuis des années interpellé sur certaines de mes capacités sensorielles mais sans jamais pourtant considérer qu'elles pouvaient être extraordinaires ou peu fréquentes.
La première, c'est mon instinct. Je lui donne tout un tas de nom, ma bonne étoile, ma chance de cocu, ... C'était un sujet de plaisanterie avec mon ex (qui était l'exact opposé de moi sur ce point). J'ai un instinc très fort que souvent j'ai pu cofondre avec de la chance mais qui je pense, n'en ai pas réellement si l'on ne reconsidère pas sa propre perspective de ce qu'est la chance (voir la prophétie des andes qui n'est pas à interpéter au sens premier mais comporte néanmoins je trouve des premiers éléments de réflexion intéressants sur la notion de chance Voir ico). Gràce (ou à cause) à lui, je peux m'embarquer dans des projets de plusieurs années, prédire quand une voiture va débouler devant moi, trouver systématiquement une place de parking vide devant l'adresse où je me rend, passer je ne sais pas combien de fois devant un radar / jumelles en excès de vitesse sans jamais me faire verbaliser, ... Avoir autant de chance au quotidien m'a vraiment fait réfléchir sur la notion même de la chance.

Ma vue, comme lady space je suis myope comme une taupe (je vois flou à 15 cm). MAIS j'étais parmi les meilleurs au tir à l'armée et pendant ma période compétiteur au paintball (plusieurs années et une pratique intensive) je pouvais être d'une précision diabolique (en statique ou même en mouvement) ce qui n'arrêtait pas de m'épater moi même. Je ne vois rien mais je fais mouche, c'est super bizarre.

Mon ouïe, sans avoir d'éléments de comparaison difficile de juger si l'on entend mieux que les autres ou pas. Mais j'ai une ouïe particulièrement développée, non pas que j'entende les sons de façon très clair, mais c'est plutôt comme si je les devinais. J'arrive à suivre la progression de quelqu'un dans toute la maison à l'autre bout, "je reconnais" la voiture arriver avant de l'entendre réellement.... J'ai toujours trouvé ça normal mais maintenant que vous le dites............
J'ai un peu aussi ce sentiment avec les odeurs, souvent je sens des odeurs (désagréables) que les autres autour de moi ne semblent pas sentir. A force j'avais mis ça sur le compte que je psicottais trop mais là encore votre topic me fait douter.

Et enfin, malgré mes ex-90 kgs je marche comme un félin. J'en ai fais un jeu d'ailleurs, en arrivant sans faire de bruit (porte qui grince ou pas no souci) et faire hurler de peur mon ex ou ma mère. Je sais toujours où me placer instinctivement pour arriver au dessus de son épaule sans qu'elles perçoivent ma présence. Je me suis toujours dis qu'un jour je me prendrais un coup de couteau à jouer à ça :lol: :roll:

Par contre et à côté de ça, je peux aussi passer à côté de ma mère sans la voir.
Complètement dans la lune moi.
Pingouin dans ton champ, hiver méchant.

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