du temps des premiers murmures...

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Fu
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Fu » dim. 2 déc. 2018 06:40

Je n'avais rien écrit ici, je trouvais que le sujet faisait un peu étalage, sans être vraiment utile. Et puis j'ai lu les récits des uns et des autres, j'ai trouvé ça agréable, touchant ou amusant, et j'ai décidé de participer. :)

Pour moi, les premiers murmures sont venus très tard, surtout à cause de la fausse image que j'ai gardée des surdoués pendant plus de quarante années. Toute ma vie, j'ai soigneusement ignoré ces indices :

J'ai appris à lire et écrire seul, vers quatre ou cinq ans, je lisais des bandes dessinées et dessinais les miennes. D'après mes parents, je sortais dès trois ans des phrases ahurissantes, très bien construites, réagissant avec à propos aux conversations des adultes. Je lisais beaucoup, et très tard la nuit, malgré toutes les tentatives de mes parents pour m'obliger à éteindre la lumière et dormir.

En CE2, j'étais dans une classe mixte CE2/CM1, quand les CM1 bloquaient sur une question de la maîtresse je répondais à leur place. En CM2, le prof avait un trophée en bois qu'il plaçait sur le bureau de l'élève qui effectuait le plus rapidement des opérations mathématiques : le trophée a passé l'année sur mon bureau. Durant tout le primaire j'étais premier de la classe, et populaire. Mais pas seulement premier de la classe, j'ai aussi marqué des profs : tous les élèves passés après moi « entendaient parler de ma légende » et m'accostaient dans la rue pour me demander ce que j'avais de si spécial, ce à quoi je n'avais pas de réponse. Je n'ai jamais sauté de classe pour autant. Je ne me comparais jamais aux autres, sauf un jour où un pote de primaire me dit que son père lui donnait cinq francs pour une bonne note et dix francs pour une très bonne note, je me faisais alors la réflexion que mes parents se ruineraient s'ils en faisaient autant avec moi.

J'ai plafonné dans de nombreuses épreuves au brevet des collèges, et appris seul le japonais. J'étais bon dans absolument toutes les matières mais j'ai choisi une seconde scientifique, parce que je ne comprenais pas comment les profs pouvaient noter les matières artistiques. Au lycée je suis devenu un vrai fumiste, je séchais des cours, faisais (encore plus) l'andouille en classe et ne faisais jamais mes devoirs, ce qui ne m'empêcha pas de décrocher — au rattrapage — le bac qui était considéré comme le plus ardu, « réservé aux surdoués », sans avoir révisé quoi que ce soit. En parallèle, j'avais découvert l'informatique et programmais des effets spéciaux qui avaient la réputation d'être impossibles à faire sur les machines de l'époque. Toujours en parallèle, je jouais de la guitare et, dans une certaine mesure, de la flûte irlandaise, du piano et du violon. Je jouais dans un groupe de rock avec des musiciens qui avaient deux fois mon âge, avec un certain succès dans notre région. Toujours en parallèle, je remportais des concours de dessins, dessinais des planches de bande dessinée que j'offrais à mes amis et faisais des affiches pour les clubs de l'école.

J'ai poursuivi avec des études d'informatique mais juste pour les diplômes — je croyais qu'ils me seraient utiles — puisque j'avais déjà appris tout ce qui m'intéressait en autodidacte. Je n'allais pas en cours et, comme les notes de zéro n'étaient pas éliminatoires sur les contrôles continus à la fac que je fréquentais et que je voulais juste avoir la moyenne, j'allais à un contrôle sur deux. Il y a un seul cours qui me plaisait et que je fréquentais, je répondais dans la seconde aux questions du professeur et il a fini par me demander de ne plus intervenir pour que les autres aient une chance d'en placer une. En dernière année j'ai rencontré certains de mes profs pour la première fois lors des examens finaux. J'ai laissé tombé dans la dernière ligne droite, le niveau était si faible à mon goût que le diplôme de maîtrise n'avait plus aucune valeur pour moi, j'avais perdu le goût des études et aucune envie de les poursuivre. Durant ces années, j'ai appris que certaines personnes me trouvaient « bizarre », ce qui m'aurait été complètement égal si ça n'avait pas fait fuir certaines filles dont j'étais amoureux.

Lors des « trois jours », prélude obligatoire au regrettable service militaire, j'obtins 21/20 à une sorte de test de niveau général (il y avait cent-dix ou cent-vingt questions, et ils divisaient le nombre de bonnes réponses par cinq, ces andouilles…) et 17/20 à un test avancé d'intelligence, passé je crois parce que j'avais une opportunité d'être sous-officier sur un navire.

Au travail, dans une équipe de douze personnes, il m'est arrivé de faire un quart du boulot à moi seul, avec les meilleurs résultats de l'équipe, tout en passant mes journées à jouer à un MMORPG. Une collègue m'a dit un jour que j'étais la personne la plus intelligente qu'elle ait rencontrée. Mes amis me disent depuis toujours que je suis à part, que « ouais mais toi, c'est pas pareil », ils me considèrent et m'apprécient comme un extra-terrestre. Il y a une prof de primaire qui, trente-cinq années plus tard, continue de chanter à qui veut l'entendre — et même aux autres — que je suis l'élève le plus brillant qu'elle ait eu de toute sa carrière.

Quelques indices, donc. Mais je ne me croyais pas surdoué ; juste un peu malin, ou chanceux. J'avais aussi des échecs à mon actif, que je pensais incompatibles avec la douance. Et puis, il y a deux ans environ, j'ai enfin appris qu'un surdoué pouvait échouer, se sentir à part, ne pas comprendre des trucs, être malheureux… Là, j'ai passé en revue tous ces indices et je ne pense pas que l'on puisse parler de murmures pour décrire la façon dont ils m'ont hurlé ce que j'étais. Les livres, les articles et le test n'ont fait que me confirmer ce que j'avais déjà compris.

Conclusion : il fallait vraiment que je sois bête pour ne pas avoir compris plus tôt que j'étais surdoué. :blond:

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Dicizit
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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Dicizit » dim. 2 déc. 2018 10:37

Fu a écrit :
dim. 2 déc. 2018 06:40
Conclusion : il fallait vraiment que je sois bête pour ne pas avoir compris plus tôt que j'étais surdoué. :blond:
fu
:D :rofl: c'est aussi la conclusion ( pour rire) à laquelle j'étais arrivée en te lisant d'où mon éclat de rire en la lisant de ta main en fin de texte!

Ce qui m'étonne c'est qu'on a l'impression à te lire que l'énorme décalage que tu décris par rapport à tes congénères aux différentes étapes de ta vie n'a finalement pas provoqué trop de difficultés pour toi. Ou bien tu les as pudiquement tues?

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Fu » dim. 2 déc. 2018 14:17

Salut Dicizit !

Pas de difficultés initialement, j'ai toujours été populaire et entouré d'amis fidèles, mais aussi trop candide et trop costaud pour voir ou subir les réactions négatives si jamais il y en a eu. C'est seulement vers l'âge adulte que j'ai commencé à me demander pourquoi je ne m'intéressais pas aux mêmes choses que les autres, pourquoi je restais célibataire pendant des années, pourquoi tout le monde sauf moi semblait lutter, pourquoi j'avais un incompréhensible sentiment d'échec, ce genre de choses.

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Re: du temps des premiers murmures...

Message par Damdoum » jeu. 6 déc. 2018 12:08

C'est drôle car ça fait un petit bout de temps que ce sujet me titille, me fait du coin de l’œil...qu'en faire ? Que lui répondre ? Qu'apporter en plus par rapport à tous ces autres témoignages riches et variés ? Comment évoquer tout cela en connaissant également mes limites à propos de ces soi-disants murmures ?
Puis, au fur et à mesure, la pensée se précise, forme un bloc puis un fil directeur qui va permettre de pouvoir exprimer sa pensée tout en la mettant en forme de la meilleure manière qu'il soit...
Ainsi, pour ce qui concerne les premiers murmures...et bien, je n'en ai jamais eu...j'ai toujours su très tôt qu'il fallait faire attention à tout cela, ne pas montrer trop de choses au risques de paraître "différent"...
Le problème est que, pour ma part, ça se voit surtout dès que je parle ou que l'on observe un peu plus en détail mes comportements...je parle trop et avec des mots compliqués, les gestes pouvant s'apparenter à des tics (et tocs...), une capacité à dire et nommer les choses ce qui peut parfois déranger (même si ça apaise plus l'atmosphère que l'inverse par expérience et permet de créer du commun mais j'y reviendrai plus tard).
Bref, il s'agit de problèmes plus globaux de compréhension du monde environnant et de la difficulté à accepter que nous sommes vraiment différents dans notre approche de la vie, du monde, de nos liens divers et variés comme de la possible faculté à déceler l'indicible ou visualiser les enjeux propres à chacun dans notre relation au monde.
Aussi, le problème, c'était les autres, qui ne pensaient pas comme moi (alors que c'est évident bien entendu !)...puis, chemin faisant et expérience s'accumulant la donne s'inverse (et si c'était moi finalement qui ne pensait pas comme les autres ?) avec ce sentiment étrange de ne pas pouvoir partager si facilement ce mode de pensée et de pouvoir partager aussi bien des mots que des sensations...
Alors, des "valeurs" refuges se mettent en place : la lecture (beaucoup...jusqu'à être le plus gros lecteur de mon collège et de ma ville d'alors : j'en ai d'ailleurs gardé une aisance à lire très vite), les Legos (une collection complète d'AquaZone pour les connaisseurs et d'autres choses), les Jeux Vidéo (j'en ai déjà parlé dans un autre sujet), la musique, le cannabis, l'alcool...ce ne sont ainsi que des subterfuges pour parvenir à être à peu près sur un pied d'égalité avec les gens qui m'entourent et m'entouraient. Et la sensation du décalage toujours présente, accepté comme tel car fils de, nouveau dans la classe, vient d'un autre département ou d'un autre environnement, fait des choses et des projets très différents des autres, suscite l'intérêt ou l’opprobre...on va en fait toujours trouver des raisons de rationaliser cet état de fait (merci la dissonance cognitive !) et puis se dire que finalement, c'est peut-être nous qui cherchons à tout prix à se faire remarquer de manière inconsciente...
Puis, viennent les recherches sur Internet au moment de l'explosion de son usage pour chercher à trouver des réponses à ces doutes, ces crises d'angoisses, ces addictions, ce qu'on peut être : des réponses partielles et amenant plus de questions mais qui viennent former une démarche longue, compliquée, surprenante...au bout de ce chemin, il doit bien y avoir quelque chose, quelqu'un...
La suite, elle vient en rencontrant de plus en plus de personnes sur ce chemin, qui viennent éclairer, confirmer, infirmer, contredire, etc...ce qu'on pense, ce qu'on pense être, ce qu'on est...elle vient aussi de lectures, d'écoutes, de jeux, de pratiques, de partages d'expériences qui viennent s'emmagasiner au plus profond de nous...puis l'amitié, l'amour, la famille, le travail, viennent y mettre leur grain de sel : tiens donc, je ne suis pas que tout seul dans mon monde ? je dois aussi agir avec les autres pour qu'ils puissent me comprendre ?
D'autres mécanismes ne mettent aussi alors en oeuvre : se comprendre soi c'est d'abord essayer de comprendre l'autre. Au début, on se perd dans les problèmes des autres (trop d'empathie, trop d'écoute, trop envie d'apporter nos réponses toutes faites...) puis cela s'affine, se construit puis au bout du compte se co-construit. Nous serions donc des êtres sociaux ? Régis par les interactions sociales fortement imprégnés du principe don/contredon ? Valorisons donc l'échange alors : cela pourrait amener les personnes avec lesquelles nous interagissons à se savoir empathiques et intelligentes !
Pour autant, des blocages apparaissent : je n'entends pas tout, je ne me souviens pas de tout, certaines personnes m'énervent profondément, je fais des erreurs...je suis peut-être trop toqué après tout...et si j'étais fou ?
L'acception d'une forme de folie aidant, de nouveaux mondes s'ouvrent : et si on ne l'était pas tous un peu ? Ne sommes-nous pas tous différents et "magiciens" ? "Heureux sont les fêlés car ils laissent passer la lumière..."
Bref, une co-construction permanente de ce que je suis, ce que tu es, ce que nous sommes...
Les murmures sont mine de rien tout cela à la fois, ils sont un bruit de fond qui ne s'arrêtent jamais : ils peuvent gronder comme être un doux bruissement apaisant et confortant. Autant donc les apprivoiser que de lutter contre car ils seront toujours présents pour nous rappeler toujours à ce que je suis/nous sommes : un être humain.

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