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Re: Douance et empathie

Posté : sam. 9 mai 2015 09:03
par LiF
Bon je remonte ce fil, je ne sais pas si yen a un autre depuis... :/
Empathie, empathie et surdouement. Moué. Mais
ma question est la suivante : quid des surdoués qui manquent d'empathie ? Ca voudrait dire que c'est lié à l'éducation ? (question que je me pose pour mon aîné qui ne comprend pas du tout les sentiments des autres dans les relations sociales)

Re: Douance et empathie

Posté : sam. 9 mai 2015 09:46
par madeleine
Je pense que ça veut surtout dire qu'il n'a pas de lien de causalité entre douance et empathie :) On pourrait envisager que l'empathie ne dépende absolument pas du quotient intellectuel, et qu'il y ait la même proportion de gens empathiques chez les surdoués que chez les autres, et qu'éventuellement la douance fasse gagner quelques points d'intensité à une caractéristique qu'elle ne cause pas.
Et donc que oui, on peut être surdoué, pas plus empathique que ça mais très sympa quand-même :)
Et même qu'éventuellement, puisqu'il existe souvent une dyssynchronie chez les surdoués enfants, que cette caractéristique puisse se développer avec le temps.
Je me demande même si parfois, la douance ne conduit pas à douter fortement de son ressenti face aux autres et à le déconstruire totalement par simple honnêteté intellectuelle ?

Re: Douance et empathie

Posté : sam. 9 mai 2015 09:50
par LiF
Comment ça déconstruire son ressenti par honnêteté ?

Re: Douance et empathie

Posté : sam. 9 mai 2015 10:57
par madeleine
Et bien, par exemple se dire qu'on croit comprendre mais qu'en fait on ne sait pas réellement ce qui se passe à l'intérieur de l'autre, qu'on est peut-être entrain de se projeter soi-même et ses problématiques dans quelqu'un qui ne les a peut-être pas, ou qu'on n'observe pas correctement puisqu'on est troublé par certaines émotions, etc.
Ou bien on peut se censurer tout de suite , dès qu'on croit comprendre l'autre, en se disant qu'on est nul, que de toute façon on ne comprend jamais rien aux autres (suite à quelques déconvenues tout-à-fait banales mais qui nous ont couvert de honte), et ne même pas s'autoriser à s'en croire capable.
Parce que l'empathie, ce n'est pas un truc qui rendrait les autres transparents, pas une science exacte, et donc on se trompe et c'est angoissant :) quand on voudrait tout maîtriser.
Je dis ça, je ne dis rien ;)
C'est mon cas et celui de mon fils, c'est pourquoi je détaille, mais il y a plein d'autres façon de ne pas être empathique, ou de ne pas trop s'y autoriser. Et ce n'est pas grave !

Re: Douance et empathie

Posté : sam. 9 mai 2015 11:35
par LiF
mais tu fais ça de façon consciente donc plus ou moins ? Enfin tu l'as identifié ? Et ton fils aussi a procédé à cette identification ?

Re: Douance et empathie

Posté : sam. 9 mai 2015 13:43
par madeleine
Oh non, ce n'est pas systématiquement conscient pour ma part :) mais ça m'arrive encore souvent.

Pour mon fils, depuis que je lui ai expliqué comment ça marchait, comment les gens tentent de se rejoindre et n'y arrivent pas toujours, les neurones-miroir, le mime, la littérature, toussa, qu'on en ait longuement discuté, il a fait une "mise à jour" de son logiciel "les autres et moi". Quand il se plante, ça ne lui fait toujours pas plaisir mais il est armé pour en faire quelque chose de positif.
Mais avant ça, je l'ai entendu dire des trucs comme je comprends rien aux filles, ou parler à d'autres comme s'il ne percevait pas leur émotion et faire des blagues, ou éviter les enfants en pleurs après avoir été rabroué pour une certaine maladresse à la consolation ; et du coup finir par dire j'y comprends rien, je sais pas faire, et se replier de plus en plus. Je pense que ce n'est pas une question de manque d'empathie, mais plutôt le fait de paniquer en étant submergé par des émotions provoquées par cette empathie (qui signifie pour moi "ce qu'on reconstruit dans ses tripes ce qu'on perçoit du climat émotionnel de l'autre").
Après, toute cette analyse dépend de la manière dont je me définis ce concept d'empathie ; à mes yeux, il dépend autant de notre propre structure émotionnelle que de ce qu'on peut percevoir de l'autre, ce qui explique certaines erreurs d'interprétation "empathique", et aussi que certaines émotions perçues soient intolérables pour nous, suivant notre vécu, et notre tolérance individuelle.

Re: Douance et empathie

Posté : sam. 9 mai 2015 14:15
par Cyrielle
madeleine a écrit :Et bien, par exemple se dire qu'on croit comprendre mais qu'en fait on ne sait pas réellement ce qui se passe à l'intérieur de l'autre, qu'on est peut-être entrain de se projeter soi-même et ses problématiques dans quelqu'un qui ne les a peut-être pas, ou qu'on n'observe pas correctement puisqu'on est troublé par certaines émotions, etc.
Ou bien on peut se censurer tout de suite , dès qu'on croit comprendre l'autre, en se disant qu'on est nul, que de toute façon on ne comprend jamais rien aux autres (suite à quelques déconvenues tout-à-fait banales mais qui nous ont couvert de honte), et ne même pas s'autoriser à s'en croire capable.
Ouah... description limpide de sentiments bien difficiles à identifier... ça fait du bien, merci !
madeleine a écrit :Parce que l'empathie, ce n'est pas un truc qui rendrait les autres transparents, pas une science exacte, et donc on se trompe et c'est angoissant :) quand on voudrait tout maîtriser./.../Et ce n'est pas grave !
Même si ce n'est pas grave, ça demande un effort permanent de réajustement, ça rend éprouvantes les relations aux autres et ça altère sérieusement le bien-être en société...

Re: Douance et empathie

Posté : mar. 12 mai 2015 12:57
par LiF
J'ai lu kékepart, je crois que c'est un article sur le nouveau bouquin de JSF, qu'il fallait apprendre aux enfants à reconnaître leurs émotions et qu'en l'absence il y avait un risque de manque d'empathie. Il n'était pas précisé si ce manque était apparent ou réel.

Re: Douance et empathie

Posté : mar. 12 mai 2015 22:33
par Kayeza
Possible en effet que, n'ayant pas les mots à mettre sur les émotions, les enfants apprennent à mettre tout ça dans un grand sac de choses pas agréables desquelles il vaut mieux se détourner. Isabelle Filliozat a écrit plein de bouquins sur la question.

Re: Douance et empathie

Posté : mer. 10 juin 2015 09:28
par Za
Je pense que pour être sûrs de bien parler de la même chose, il faut redéfinir un peu les termes comme cela a été fait au début du topic...
La sympathie et la contagion émotionnelle ne sont pas l'empathie (capacité à comprendre les émotions des autres, non à les ressentir).
Il est évident que ce sont des notions généralement très liées, mais pas toujours.

On peut ressentir très violemment les émotions de ceux qui nous entoure, par contagion émotionnelle, sans pour autant savoir les identifier. Il me semble que c'est un trait qu'on retrouve souvent dans les écrits sur les surdoués.

D'un autre côté, on peut être empathique sans partager l'émotion de l'autre. En fait, c'est l'idéal, puisqu'on peut alors prendre des décisions, voire aider l'autre si on en a envie, sans avoir à gérer un torrent d'émotion - on reste extérieur.

Personnellement, même si on me dit empathique (faux à mon avis), je crois bien avoir ce problème de difficulté d'identification des émotions, chez moi comme chez les autres. Ton image de "grand sac" me parle beaucoup, Kayeza. Et parfois il pèse bien lourd...
En fait, c'est même actuellement une grosse difficulté pour moi, cette contagion émotionnelle avec identification altérée. C'est épuisant. C'était déjà dur quand j'étais gamine, mais là avec mon boulot paramédical, ça a des répercussions sur ma santé et mon rythme de vie :(. Et j'en ai honte, aussi, parce qu'avec toute cette sympathie bien involontaire, je manque souvent de tact (sauf quand je suis hyper attentive, mais c'est fatigant).
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Re: Douance et empathie

Posté : ven. 12 juin 2015 21:47
par arizona
Za, il y a une autre lecture possible de ce que tu racontes. Oui, ton corps a capté avant ton cerveau l'anxiété de ton interlocuteur, mais peut-être qu'il ne transmet pas l'information volontairement. Si ton cerveau savait, ta bouche n'aurait pas parlé comme elle l'a fait, alors que probablement c'est ce qu'il fallait faire, puisque tu as été efficace : elle sort motivée et rassurée.
Donc cette fatigue que tu as ressentie, peut-être n'est-ce pas d'avoir absorbé son anxiété, comme tu le dis, mais peut-être est-ce de devoir te battre contre toi-même, car quelque part, tu n'aimes pas l'idée de devoir bousculer cette dame. Or souvent je crois, c'est nécessaire, cette bousculade. Pour que les choses puissent se ré-arranger autrement, il faut bien les déranger.
Si ton cerveau acceptait cela, cela te fatiguerait beaucoup moins. Alors tu pourrais la débarrasser de son anxiété ( en tous les cas d'une partie, en tous les cas pour un temps, ça dépend évidement ), mais tu n'aurais pas à l'absorber. Elle glisserait sur toi, et finirait dans le sol.

Je suis convaincue de cela. Mais peut-être que dans ce cas particulier, ou dans ton cas à toi, ce n'est plus qu'une hypothèse.

Re: Douance et empathie

Posté : sam. 13 juin 2015 06:07
par Za
arizona a écrit :Za, il y a une autre lecture possible de ce que tu racontes. Oui, ton corps a capté avant ton cerveau l'anxiété de ton interlocuteur, mais peut-être qu'il ne transmet pas l'information volontairement. Si ton cerveau savait, ta bouche n'aurait pas parlé comme elle l'a fait, alors que probablement c'est ce qu'il fallait faire, puisque tu as été efficace : elle sort motivée et rassurée.
Tout à fait.
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Donc, quand je le peux, je pense que j'ai des conduites d'évitement, et que je dois passer pour froide, ou cynique, enfin en tout cas inadaptée à la situation.
J'ai déjà observé ça chez mon père, c'est flagrant, ça me rappelle certains autistes presque. Pour quelqu'un qui ne le connaît pas, ça doit être parfois presque insupportable, cette posture "détachée". Je lui en ai moi-même déjà voulu pour ça (quand il me l'a servi mais surtout quand je l'ai vu à l’œuvre face à quelqu'un d'autre - donc tout n'est pas perdu, la graine de l'empathie doit bien être quelque part en moi ! :P ), et pourtant je sais très bien qu'il est hypersensible.

De cette réflexion me vient une autre hypothèse : est-ce que parfois la contagion émotionnelle ne viendrait pas perturber le "mécanisme" d'empathie qui est naturellement en nous, par un réflexe de protection ?
Est-ce que certains HP (ou plus généralement hypersensibles) ne seraient pas des "empathiques malhabiles" ?

Re: Douance et empathie

Posté : ven. 17 juil. 2015 09:57
par Za
Un excellent documentaire sur l'empathie :

Ne vous fiez pas à l'introduction un peu gauche... la suite est très bien documentée, très sérieuse, explore pas mal de domaines et invite des pointures.
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=kBmWVD-jbKo[/BBvideo]
Thèmes abordés :

-naissance de l'empathie chez le bébé, comparaison avec les grands singes et les autres mammifères (notre spécificité d'humain n'étant pas l'empathie mais l'intentionnalité partagée), évolution de cette capacité humaine avec l'âge
-le rôle des neurones miroirs dans l'empathie et, plus surprenant, dans l'appréciation des œuvres d'art,
-les différents degrés d'empathie (notamment la différence entre sympathie et empathie, visible au point de vue neurologique !)
-empathie chez les enfants des rues (traumatisés dans l'enfance)
-empathie chez les autistes, expérimentation autour de l'ocytocine
-empathie et groupe d'appartenance.

J'attends vos retours, moi j'ai trouvé pas mal de passages surprenants, et parfois émouvants.

Re: Douance et empathie

Posté : ven. 17 juil. 2015 15:15
par madeleine
C'était très intéressant et bien fait, merci *Za* !
Je trouve la distinction faite au début entre sympathie et empathie, par le test du funambule numérique, très parlante. Je vais creuser un peu.

Re: Douance et empathie

Posté : dim. 2 juin 2019 16:12
par Bulle d'o
J'ai lu en diagonal ce fil, mais j'ai tout lu quand même.

L'empathie n'est définitivement pas la sympathie. Elle est la capacité à comprendre les enjeux affectifs/émotionnels, les schémas d'intérêts parfois et les schémas de construction sous-jacents, et ainsi permettre de recevoir le message de l'autre avec un contexte. L'empathie permettrait la compréhension du postulat de l'autre avec le verbal, le non-verbal, et de ce fait, apporterait une neutralité relative, du fait du pas de côté effectué, en utilisant cette faculté. Mais il n' y a "que" réception de message en soi, de là partira une réaction qui pourra être : "à visée bénéfique" ou "à visée néfaste"... ou "pas de réponse" au stimulus pourtant reçu.

L'empathie est utilisée (mise en branle?) souvent dans des interactions humaines rapides "échanges en face/face", activée souvent par des situations de tension "pleurs de l'autre, colère, expression de l’étouffement, manifestation de grande joie"....

Je re précise ici ce qui a bien évidemment déjà été dit pour remettre du contexte en remontant ce topic endormi.... et comme introduction à mon propos.

Ce qui me trouble aujourd'hui, moi qui suis très empathique.... C'est que cette compréhension, qui est certainement dûe à une construction tournée vers l'observation de l'autre (un impératif social de mon éducation et une timidité à être fortement soi) , me sert dans le sens, m'apporte un intérêt dans mon lien à l'autre, de moins en moins.... Voire, l'empathie trouble mes réponses. Je comprends tant les contextes que je ne sais plus où me situer. Tout devient relatif.
Ou deuxième cas de figure, je fais fît de mon empathie qui me permet de situer des points importants de l'autre, je dépasse ce schéma que je vois (je pourrais le dessiner si je me concentrais) pour laisser la "rencontre" se faire - notamment quand mon empathie me permet en même temps que de comprendre, situer un danger dans l'intention de l'autre - et la plupart du temps, dans ce cas où je fais fit, l'autre s'installe confortablement et de façon inconvenable en face de moi, dans mon espace.
Comment expliquer cela simplement: quand je fais fit du message relayé par mon empathie, celui qui me permet de "comprendre" et par cela "cerner" l'autre, l'autre devient souvent assez malveillant, sentant la possibilité de "prendre pouvoir".

Ce qui est faux, on ne me bougera pas mon intégrité, elle est très bien construite. Mais je ne sais jamais trop comment réagir. Bon, en vieillissant, ca va mieux. Mais du coup, j'ai presque "mal" pour l'autre à ce moment là.... Mal qu'il y croit... Là, ça devient sympathique (je peux éprouver cela pour quelqu'un que je ne supporte pas).

Alors, des fois, je trouve cela terrible. Je n'ai aucune difficulté de compréhension de l'autre, je le vois souvent "tout nu" et si j'osais traduire ce que je vois (je le sais aussi car j'ai eu à le faire dans le cadre professionnel), je sais que je relaterais beaucoup beaucoup de données diverses qui sont exactes sur lui.

Et ben malgré cela, l'échange m'est très compliqué car ce sont les schémas de distorsion sociale, que je ne saisis pas du tout. Je vois ce qui se joue, je sais pourquoi mais la restitution me choque toujours. J'ai donc du m'interdire d'observer. J'ai trop de données.

Est ce possible, selon vous que l'empathie mène vers cela ou c'est moi qui confond le sens du mot ?

nb : j'espère que je nous vous aurais pas perdu....