Perte de sens du travail & problème de société

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Trapocke
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Perte de sens du travail & problème de société

Message par Trapocke » dim. 3 juin 2018 23:49

Bonjour/bonsoir,
Le travail a t-il perdu son sens premier qui est, à mon sens, le développement de la société humaine, l'Humanité ?

J'ai depuis quelques heures en tête cette question, cette problématique...
J'étais en train de faire ma vaisselle et, perdu dans mes pensées et l'eau savonneuse, me voilà partis pour disserter mentalement sur la société et ses maux.
C'est alors que je suis "tombé" sur cette problématique.

Tout d'abord, définissons le travail :
Je parle ici du sens originel du travail : le travail qui, dans ses premiers jours, consistait à couper des arbres pour alimenter le feu, fabriquer des abris avec les ressources dont on disposait, cueillir des baies et chasser le Mammouth :elepb: pour nourrir la tribu !
Si Wikipédia nous dis : "le travail est l'activité rémunérée ou non qui permet la production de biens et services" (au sens économique, et donc moderne, du terme).

Ma définition du travail, au sens "primitif" du terme, ressemble plutôt à : "le travail est l'activité, en partie ou en totalité humaine, qui permet la production de ressources et de services qui profitent à l'Humanité (et, pourquoi pas, au règne animal et/ou végétal).".


Partant de cette définition, voilà mon raisonnement :
Avec le développement du capitalisme, des marchés et de l'influence de l'argent sur nos vies, le travail est passé de tâche utile aux autres, à la société - bien que pénible... A tâche pénible dont le but, le sens principal et proéminent est celui de gagner de l'argent.
Argent qui nous permettra de survivre, mais aussi de faire survivre nos enfants et plus largement, notre famille.
C'est comme ça que l'on se retrouve aujourd'hui avec des milliers, voire des centaines de milliers de personnes qui vont au travail tout les jours sans la moindre envie, pas la moindre motivation.
(Petit aparté: je conçois que parmi les millions de travailleurs en France et dans le monde, certains aiment leur boulot et s'y attèlent avec plaisir et hardeur. Et tant mieux pour eux.).
Pour moi, cette perte de sens au travail est la conséquence de l'arrivée de jobs tels que caissier, par exemple, sur le marché du travail.
Tenez, prenez deux métiers : agriculteur et caissier.
Qu'elle est la différence majeure entre ces deux métiers ? :think:

La difficulté ? :wait: Oui, peut-être - malgré le fait que le métier de caissier ne sois pas de tout repos.

Le salaire ? :vgeek: Tout est relatif, mais globalement, agriculteur et caissier ne sont pas des métiers connu pour leurs revenus avantageux et les deux font gagner à peu près la même chose. Disons le SMIC.

Non, pour moi, la différence n'est pas là : pour moi, c'est le sens de la tâche accomplie :
Alors que le caissier passe, (in)lassablement, les articles des clients sur son tapis et qu'il finit par demander, aimablement et d'une voix enjoué (ça plait au client à ce qu'il paraît), "Ça vous fera 47 euros et 89 centimes...en carte ? D'accord...Voilà votre ticket, au revoir ! Bonjour ! *Bip* *Bip*", etc.

L'agriculteur, lui, se lève tout les matins pour élever, faire pousser, récolter, traire ou encore (malheureusement) gaver, pour nourrir ses voisins, sa famille, mais aussi le boulanger du coin, le bureaucrate dans la ville à une trentaine de borne de son exploitation ou encore les gosses de l'école du village.
Là est la beauté et la force de ce métier qui - malgré l'attrait de l'argent qui est quand même présent, ne nous mentons pas - repose en le travail de ressources premières, brutes, qui serviront à nourrir, habiller et faire vivre les Hommes. Permettre, d'une certaine manière, aux Hommes d'être libre.

Ainsi, on voit une vraie différence entre le métier de caissier, allégorie du job alimentaire, choisis par défaut, parce qu'on a besoin de manger au chaud et avec un toit sur la tête... Et le métier d'agriculteur, dur, qui demande de ne pas compter ses heures. Un métier qui relève plus de la passion que de l'envie de gagner beaucoup d'argent pour vivre dans le confort. Choisir de devenir agriculteur, c'est choisir un métier qui a du sens.

Au final, qui est le plus heureux ? Qui fait le métier le plus épanouissant ?
Être agriculteur semble être un choix, une passion, une décision qui révèle un certain amour de ce mode de vie et de sa simplicité.
Un métier, semble-t-il, épanouissant.

Alors, le métier de caissier n'est-il pas épanouissant ? :think:
Si, il peut.
Si on prend comme exemple les bénévoles des Restos du cœur (et autres associations) qui distribue les vivres aux gens qui viennent s’approvisionner.
Cette action, cette distribution peut s'apparenter à l'action d'un caissier, distribuant des produits choisis par les clients, après que ceux-là ai payés.
Mais, dans son association, le bénévole a une action qu'il sait bénéfique, utile aux autres, utile à la société.

Alors ne serait-ce pas ça, la clé d'une société plus heureuse, plus épanouie et, par opposition, la carence de notre société moderne ?
Le retour du sens au travail.
Le caissier distribuerait les vivres pour réguler les ressources et permettre à tout le monde de pouvoir se nourrir correctement, et non pas pour payer son crédit, épée de Damoclès financière au-dessus de son foyer.
L'électricien créerait et installerait des circuits pour faciliter la vie des Hommes et non pas pour payer ses repas et son électricité.
L'instituteur, lui, formerait, construirait et inculquerait des valeurs aux jeunes individus qui feront l'Humanité de demain, pas pour financer l'essence qu'il brûle pour se rendre à l'école.
Bref, chaque individu aurait sa place et son rôle à jouer pour permettre à la société de progresser.

Rôle et place qui aujourd'hui se sont généralement perdus, remplacés par la motivation proéminente de l'argent qui n'est pas optionnel, mais vital.

J'aimerais savoir ce que vous en pensez. Est-ce que, d'après vous, le sens du travail s'est réellement perdu ?
N'hésitez pas à critiquer mon raisonnement, j'ai soif de débat d'idée :rock: !

PS : Je m'excuse par avance si tout ça n'est pas très clair :pale:.

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Chacoucas
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Re: Perte de sens du travail & problème de société

Message par Chacoucas » lun. 4 juin 2018 08:47

Je crois que tu te fais une idée peu précise de l'argent, et qu'il prend un peu trop de place dans le raisonnement sur le "sens". En soi il joue le rôle qu'on lui a donné: un étalon plus ou moins unifié le plus largement possible pour évaluer et conclure les échanges. Jusqu'au stade où l'étalon n'a plus de valeur matérielle fixe. Seul l'échange comme activité (et non plus des marchandises) étant pris en compte pour lui donner une valeur.

Très grossièrement: des hominidés nomades, certains considèrent qu'il est plus sécuritaire et confortable d'apprendre à cultiver la terre et amasser des troupeaux. Sédentaristation. Pour beaucoup de gens c'est là "que ça merde", mais ne jugeons pas. C'est en effet à partir de cette époque que les richesses s'accumulent (et se transmettent par lignées). On le voit aux maisons sur les sites de fouilles. Plus ou moins spacieuses par exemple. En termes de "records d'inégalité", c'est là aussi qu'on observe des pourcentages de possessions de ressources très inégaux. Je peux avoir 6 cheveux, et toi zéro. Nul doute que c'était pas seulement "par choix". Et ces richesses se transmettent par héritage, renforçant à chaque génération les inégalités.

L'écriture apparait, initialement pour des "comptes", échanges notés, productions notées. L'écriture n'est pas l'invention philosophique et "de la connaissance", mais celle de la facture. Invention qui sera détournée bien plus tard pour fixer narrations et textes sacrés. Pour "transcrire l'ordre du monde". A la base il s'agissait de transcrire l'ordre des échanges et possessions échangeables.

Pour faciliter ces échanges on choisit des objets qui permettront de symboliser une valeur type: des coquillages, des ronds de cuir ou de metal. Facile à transporter, plus qu'un troupeau.

Comme il devient évident qu'amasser et produire objets échangeables devient important et permet une forme de pouvoir et de reconnaissance dans le groupe, se met en place une autre habitude: la division du travail. Un individu ne pouvant pas tout faire avec le même talent et savoir faire, on lui attribue un rôle. Le genre attribué comme le rang dans la lignée ou encore l'origine ou les possessions de la lignée jouent un rôle dans cette attribution. On va commencer à parler de métiers (et de leur apprentissage, la transmission d'outils et de savoir faire).

En s'élargissant géographiquement et à plus de cultures, ce système (ces systèmes: ça se développe de manière différente partout sur la planète avec ces hominidés sédentarisés) est renforcé et peu à peu s'institutionnalise. Si par exemple dans la Spartes antique le commerçant a un métier honteux, les préjugés vont évoluer au fur et à mesure que ces échanges apportent du pouvoir "en soi".


Ce métier étant appartenance et justification sociale, "habitude", il n'y a pas encore accent sur la productivité. On va attendre une certaine forme du christianisme par exemple pour ça. Dans le protestantisme l'accent est mis sur le travail et on le louange. Il ne s'agit plus d'être bon ou de respecter une série de lois morales, pour plaire à Dieu, il fait ne pas être oisif. Une série de facteurs (le rationalisme) modifient cette organisation (techniques, automatisation de productions, transports et communications en réseaux efficaces, premières réflexions sur les mécanismes économiques, implication des pouvoirs de larges espaces géographiques "unifiés" etc.) pour l'améliorer jusqu' à plus d'efficience. Tout le système relationnel entre individus est pensé pour rendre plus efficace ce modèle d'échange et de productivité. Système d'échanges économiques ET système d'organisation sociale.

Ce qu'on appelle le capitalisme: nous.

Le principe est assez simple, les travailleurs (ce sont eux la "valeur" primordiale en soi, sans travailleur pas de marchandise échangeable) appartiennent à une organisation (un individu ou un groupe d'individus: actionnaires) qui bénéficie de leur travail. Et a pour mission de veiller à ce que tout le système permette de produire plus et plus varié en réinvestissant une partie des revenus de l'échange dans la production. En tout cas c'est globalement ce qu'on conserve comme idée. Et ça joue évidemment sur la gestion sociale: l'éducation, les droits et devoirs du citoyen, le traitement des personnes âgées, l'évolution d'autres organisations comme le couple/foyer/famille/lignée ou la pratique religieuse etc.

En soi on abuse de ces mots: capitalisme, communisme, libéralisme etc. Il est rare qu'une situation pratique ait connu la théorie appliquée en tant que telle. On arrondit beaucoup les angles voire on détourne l'attention en les utilisant à tort et à travers. Je ne fais que résumer là.


Le sens de la société à l'origine c'était d'être ensemble pour faciliter la survie. Puis de s'organiser ensemble pour faciliter le travail: les tâches essentielles à la survie et le confort.

Mais ce sens s'est transformé avec cette organisation sociale capitaliste. Il n'est plus aligné sur un sens donné à l'existence ou sur le groupe. Il n'offre de sens qu'à travers une valorisation (mérite) de soi par conformisme (on évalue sa supériorité par la capacité à acheter des produits par définition finis et limités en quantité). Et le groupe au sens large (société) n'offre plus ou de moins en moins de possibilités alternatives d'existence et de buts. On ressent donc un manque de choix si ça ne nous convient pas complètement.


Un autre problème est dans la dualité institutionnalisation/ création. Réactionnaire/progressiste, conservation/évolution. Si le "travail" avait un sens d'apprentissage et de création, de production d'un objet ou concept "nouveau", en organisant la société pour remplir les fonctions pré-établies, on perd ou affaiblit ce qui a trait à la nouveauté: le sens critique, la créativité, l'individualisme au sens non conformiste (le sens donné encore dans les années 50: "Glenn Gould est individualiste", utillisé méliorativement), le lien créatif (entraide, complicité, transdisciplinarités), le plaisir et le challenge, la vocation et l'implication pour la tâche en elle même...

On travaille par contrat, statut, obligation, et on est une pièce que l'on forme pour une fonction avec un "choix" pour le type de fonction demandé. Si le "travail" nous impliquerait, en revanche, être une fonction et un statut ne nous implique plus. Remplir une place prédéfinie et limitée ne peut pas remplir tout le monde. La nuance est fine mais institutionnalisée à travers la rémunération et le contrat. L'institutionnalisation des organisations pointues et détaillées limitant les libertés et responsabilités de chaque pièce subordonnée. Le sens global nous échappe de toute façon: pas notre travail.


Un vieux thème en soi, l'institution comme nécessité et comme limite, ça remonte à "l'esprit ou la lettre?" de la religion et surement bien avant. Surement au symbole. (un de ces biais originaux, comme la pensée dualiste...)

Et du coup il ne s'agit pas dans cette façon de raconter les choses d'une différence entre des corps de métier (caissier/agriculteur) mais d'une façon de penser le monde et un "but" considéré. Produire plus et échanger des ressources en vue d'enrichissement, ça on fait, ça fonctionne. C'est tout ce qui n'est pas ça qui ne fonctionne pas. Le système entier n'est pas pensé pour autre chose: des parties du système remplissent des tâches considérées essentielles à l'existence de la machine, mais elles sont le produit de luttes et d'oppositions de pouvoir etc. Et tout finit par s'effacer derrière la nécessité de sa propre présence institutionnalisée, ou par être "discuté" (on a de nouveaux outils de gestion semble t'il efficaces: les crises etc.) Ca augmente le stress ressenti et l'insécurité etc.

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