La mort et vous

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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Caligula
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Re: La mort et vous

Message par Caligula »

Souffrine : Ce que tu ressens est assez courant je crois. C'est le genre de sensation qui me pousse à essayer de faire de chaque jour le plus beau possible.

Concernant mon rapport à la mort, il ressemble à celui de beaucoup de gens que j'ai pu lire.
Moi aussi, la découverte de la mort s'est faite vers mes 6 ou 7 ans. Il me semble avoir lu que c'est à cet âge que l'enfant commence à prendre conscience de la mort, et que chez le surdoué ça peut prendre des proportions d'angoisse incroyables. Ce ne fut pas mon cas, j'ai plutôt été circonspect : "est-ce que ça fait mal ?", "qu'est-ce qu'on ressent ?", "et après ?". C'est en cherchant justement le "après" que j'ai développé mon rapport actuel.

La mort, ça peut faire mal, normalement on devrait lui résister, mais il semble qu'on puisse aussi être apaisé. Après par contre, je ne vois que trois grandes possibilités : il n'y a rien, il y a quelque chose d'équivalent à maintenant dans la forme, ou nous prenons une forme "énergétique", en quelque sorte nous devenons de purs esprits.

Dans le cas où il y a quelque chose d'équivalent, j'aime beaucoup l'idée développée par Homère avec le mariage deRhadamanthe et Alcmène(oui la mère d'Hercule) : on pourrait trouver dans la mort l'amour raté de son vivant. C'est assez réconfortant je trouve. Dans le cas où nous devenons des purs esprits, ce serait enfin la liberté après les obligations du corps. En outre, il me parait peut probable qu'une telle forme puisse garantir l'intégrité, la stabilité, et donc l'identité de l'être. Du coup, ça serait une sorte d'association/dissociation permanente. Et dans le cas du néant, c'est le néant.

J'en ai tiré deux conclusions. La première c'est que dans le doute, il faut essayer de se construire la vie la plus belle possible. La seconde c'est que sa propre mort il ne sert à rien de la craindre, ce qui viens après serait plutôt mieux que l'ici et maintenant (dans tous les cas). Toutefois, la mort de quelqu'un pour ses proches c'est quelque chose de terrible : c'est une partie de leur vie qui disparait soudainement. Et il y a plus terrible encore : c'est qu'on fini par oublier la douleur et la disparition. Plus que la mort du coup, ce que je crains, c'est l'oublie : l'oublie des autres et l'oublie de moi-même.

Je ne vais pas développer comment ne pas être oublier ici, mais pour faire vite je ne vois que deux grands axes : ou on accompli quelque chose de grand (ce qu'a fait Napoléon, ou ce qu'ont fait nos présidents avec leur musée), ou on rend la vie de quelqu'un d'autre meilleure (ce qui fait que lui se souviendra de nous, et qu'il pourra le raconter).

Lors de mes cours de biologie, ma réflexion sur la vie et la mort a légèrement progressé, sans remettre vraiment en question ce que j'ai écrit plus haut. Il se trouve qu'une cellule c'est une anomalie physico-chimique. Elle conserve en elle des concentrations ioniques qui ne correspondent pas à celles de l'extérieur, elle régule son pH, et pour cela elle doit sans cesse produire la matière qui la compose et de l'énergie. La vie d'une cellule c'est une longue lutte contre les lois élémentaire de la chimie pour se maintenir dans une étroite fenêtre de conditions acceptables. Au niveau d'un organisme pluricellulaire cela donne l'homéostasie, un équilibre dynamique de diverses "constantes" pour les maintenir dans un intervalle nécessaire à la vie. Dans cette optique, la mort c'est le retour à un état d'équilibre stable, la fin de la lutte.

Je rajoute quelques lignes juste pour signaler que ce qu'il y a de beau dans la lutte de la cellule ou de l'organisme, c'est qu'il a réussi à être assez efficace pour se reproduire. Et ça, quelque soit le mécanisme facilitant la survie mis en évidence, ça reste un miracle.
"Les gens aiment bien inventer des monstres et des monstruosités. ça leur donne l'impression d'être moins monstrueux eux-mêmes." Andrzej Sapkowski

Rostay
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Re: La mort et vous

Message par Rostay »

J'ai réflechi sur la mort pendant longtemps. Et lorsque j'eus presque fini mon raisonnement une question me taraudait l'esprit, me le torturait. Pendant 2 semaines j'ai réellement bloqué dessus. Puis c'est venu comme une révélation.

Pour commencer, comme dirait Épicure il ne faut avoir peur de la mort car elle n'est rien. Comment peut-on avoir peur de rien ? (Ce qui lance les questions sur les phobies qui sont des peurs irrationnelles, des peurs abstraites donc en quelque sorte non réelles, un "rien physique". La mort ne serait donc qu'une phobie ?)

Néanmoins beaucoup de gens ont peur de la mort de leur proche plus que de la leur. Pourquoi ? Je pense que c'est en grande partie une conséquence culturelle. La culture européenne donne à la mort une connotation très négative, froide et noire. Dans d'autres civilisations, c'est un évènement joyeux.
Dès lors la seule solution quant à la résolution de cette peur que l'on a vers autrui et d'adopter une philosophie de vie différente. Néanmoins ça prendra sûrement du temps et cela semble presque onirique.

Ensuite on peut avoir peur d'une mort soudaine, qui coupe notre vie en pleine élan. Ce qui est compréhensible car notre génération a bien compris la mortalité de l'homme et cherche à rendre plus "rentable" leur vie. On peut le voir avec l'augmentation des activités de loisirs chez les gens, la course au bonheur matériel (qui est un autre débat) et cette fameuse phrase de l'opinion commune : "On ne vit qu'une fois !".
Je crois que le gros du problème se situe dans le manque de réflexion des humains, peut de gens ne savent pour quelles raisons ils sont sur terre, leur finalité, le sens de la vie. Il s'agit autant d'un travail psychologique sur soi-même qu'une réflexion philosophique universelle.

Puis, beaucoup confondent la peur de la mort avec la peur de l'agonie. Je citerai de nouveau Épicure qui dit que l'on ne croise jamais la mort. Car on est déjà mort quand on est mort ! Dès lors le seul contact que l'on a avec la mort est l'agonie. C'est horrible de voir une personne perdre peu à peu ses capacités physiques... Cela a été extrêmement dur de voir ma tante perdre la vue, l'ouïe et la capacité de se mouvoir...

Et pour beaucoup qui pensent qu'il n'y a rien après la mort j'ai échaffaudé une thèse (qui reste à paufiner donc excusez mon manque de clarté).
Nous n'avons aucun contact avec la mort (absence des sens, arrêt du mécanisme matériel). Nous ne connaissons que l'agonie. Or pour accèder d'un stade A à un stade B il faut bien emprunter un chemin qui relie les deux ?
Le stade A est la vie, le stade B est la mort. La rupture est l'agonie mais cette dernière fait encore partie de la vie. Donc il existe bel et bien un chemin nous emmenant au point B ? Mais lequel ? Il est inconnu à l'être humain car il ne peut être que pensé et non expérimenté.
Mais dès lors qu'il y a nécessité d'une transition, d'un chemin reliant les 2 points (d'un monde sensible à un monde intelligible puisque que nous ne sommes plus matériel en étant mort, ce qui sous-entend l'existence d'une âme (principe de vie immatérielle), il semble nécessaire d'affirmer que la mort est un stade (une sorte "de vie après la mort" même le mot est assez grossier).

J'espère que vous avez à peu près compris ce que j'essaie d'expliquer... C'est dur d'essayer d'être clair quand on a jamais réellement dit à "voix haute" ce que l'on pensait.

Bonne journée !
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PointBlanc
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Re: La mort et vous

Message par PointBlanc »

Je ne veux pas me fâcher avec Épicure, donc je reste d'accord avec lui. En revanche :
Rostay a écrit :Le stade A est la vie, le stade B est la mort. La rupture est l'agonie mais cette dernière fait encore partie de la vie. Donc il existe bel et bien un chemin nous emmenant au point B ? Mais lequel ? Il est inconnu à l'être humain car il ne peut être que pensé et non expérimenté.
Mais dès lors qu'il y a nécessité d'une transition, d'un chemin reliant les 2 points (d'un monde sensible à un monde intelligible puisque que nous ne sommes plus matériel en étant mort, ce qui sous-entend l'existence d'une âme (principe de vie immatérielle), il semble nécessaire d'affirmer que la mort est un stade (une sorte "de vie après la mort" même le mot est assez grossier).
Il me semble possible de poser que la mort n'est pas un point, pas un stade, pas un état. Partant il n'est pas indispensable qu'elle soit en quelque façon que ce soit intelligible. Elle n'est pas quelque chose. Poser l'existence d'une âme qui l'appréhenderait est donc superflu.
Je fais partie de ceux qui pensent qu'après la mort quelque chose pourrit qui n'est déjà plus nous. Nous ne sommes plus nulle part à ce moment-là, d'ailleurs, si ce n'est dans la tête de ceux qui nous auront connus et garderons de nous un souvenir que peut-être nous aurions voulu différent si nous avions eu notre mot à dire, mais nous ne l'avons plus. Il n'y a plus de nous, de je, de soi. "Ta rue ne va pas plus loin", comme dirait l'autre.
Raison pour laquelle, quand on commence à s'apercevoir qu'on se perd bel et bien par petits morceaux avec l'âge et que lesdits morceaux ne vont pas revenir, qu'ils ne nous seront jamais rendus sous une forme éthérée ni rien, on peut commencer à avoir de la mort une peur bien réelle - pas de la mort en soi ni même des douleurs de l'agonie, non : la peur d'avoir été tant de choses dont il ne restera plus rien, sinon un héritage quel que soit sa forme, autrement dit une ultime dépossession. Je trouve ça flippant, personnellement. Invoquer la sagesse antique, le cycle de la vie... ne change rien au fait que j'aimerais autant continuer le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions.

"Je ne veux pas entrer dans le lieu sans lumière", comme disait encore un autre dont je n'ai jamais retrouvé le nom.
Vous qui vivez qu'avez-vous fait de ces fortunes ?

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madeleine
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Re: La mort et vous

Message par madeleine »

Peut-être aussi Dylan Thomas affleure-t-il à ta mémoire ?

Bilingue - Do not go gentle into that good night (1951), Dylan Thomas (1914-1953)



 
Do not go gentle into that good night,
Old age should burn and rave at close of day ;
Rage, rage against the dying of the light.
 
Though wise men at their end know dark is right,
Because their words had forked no lightning they
Do not go gentle into that good night.
 
Good men, the last wave by, crying how bright
Their frail deeds might have danced in a green bay,
Rage, rage against the dying of the light.
Wild men who caught and sang the sun in flight,
And learn, too late, they grieve it on its way,
Do not go gentle into that good night.
 
Grave men, near death, who see with blinding sight
Blind eyes could blaze like meteors and be gay
Rage, rage against the dying of the light.
 
And you, my father, there on the sad height,
Curse, bless, me now with your fierce tears, I pray.
Do not go gentle into that good night.
Rage, rage against the dying of the light.
 
------------
 
Traduction de Line Audin :
 
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit
 
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit,
La vieillesse devrait s’embraser, se déchaîner face au jour qui s’achève ;
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
 
Même si sur sa fin l’homme sage sait que l’obscurité est méritée,
Parce que ses mots n’ont fendu nul éclair il
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
 
L’homme bon, près de la vague ultime, pleurant
Sur ses frêles exploits dont l’éclat aurait dansé sur une verte baie,
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
 
L’homme insoumis qui s’empare du soleil en plein vol et le chante,
Apprenant, trop tard, qu’il l’a peiné dans sa course,
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
 
L’homme grave, qui, agonisant, voit, vision aveuglante
Que l’œil aveugle pourrait flamboyer tel un météore et se réjouir,
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
 
Et toi, mon père, là-bas sur ce triste promontoire,
Maudis-moi, bénis-moi maintenant de tes larmes de colère, je t’en supplie.
N’entre pas apaisé dans cette bonne nuit.
Rage, enrage contre la lumière qui se meurt.
 
Line Audin traduction
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
avec l'aimable autorisation de P.Kirool

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Judas Bricot
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Re: La mort et vous

Message par Judas Bricot »

PointBlanc a écrit :Je ne veux pas me fâcher avec Épicure, donc je reste d'accord avec lui. En revanche :
Rostay a écrit :Le stade A est la vie, le stade B est la mort. La rupture est l'agonie mais cette dernière fait encore partie de la vie. Donc il existe bel et bien un chemin nous emmenant au point B ? Mais lequel ? Il est inconnu à l'être humain car il ne peut être que pensé et non expérimenté.
Mais dès lors qu'il y a nécessité d'une transition, d'un chemin reliant les 2 points (d'un monde sensible à un monde intelligible puisque que nous ne sommes plus matériel en étant mort, ce qui sous-entend l'existence d'une âme (principe de vie immatérielle), il semble nécessaire d'affirmer que la mort est un stade (une sorte "de vie après la mort" même le mot est assez grossier).
Il me semble possible de poser que la mort n'est pas un point, pas un stade, pas un état. Partant il n'est pas indispensable qu'elle soit en quelque façon que ce soit intelligible. Elle n'est pas quelque chose. Poser l'existence d'une âme qui l'appréhenderait est donc superflu.
Je fais partie de ceux qui pensent qu'après la mort quelque chose pourrit qui n'est déjà plus nous. Nous ne sommes plus nulle part à ce moment-là, d'ailleurs, si ce n'est dans la tête de ceux qui nous auront connus et garderons de nous un souvenir que peut-être nous aurions voulu différent si nous avions eu notre mot à dire, mais nous ne l'avons plus. Il n'y a plus de nous, de je, de soi. "Ta rue ne va pas plus loin", comme dirait l'autre.
Raison pour laquelle, quand on commence à s'apercevoir qu'on se perd bel et bien par petits morceaux avec l'âge et que lesdits morceaux ne vont pas revenir, qu'ils ne nous seront jamais rendus sous une forme éthérée ni rien, on peut commencer à avoir de la mort une peur bien réelle - pas de la mort en soi ni même des douleurs de l'agonie, non : la peur d'avoir été tant de choses dont il ne restera plus rien, sinon un héritage quel que soit sa forme, autrement dit une ultime dépossession. Je trouve ça flippant, personnellement. Invoquer la sagesse antique, le cycle de la vie... ne change rien au fait que j'aimerais autant continuer le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions.

"Je ne veux pas entrer dans le lieu sans lumière", comme disait encore un autre dont je n'ai jamais retrouvé le nom.
Je ne sais pas si j'ai peur de la mort, mais je suis davantage perturbé par l'idée de la perte de capacités et de la souffrance qui peut être liée à la fin de vie. Cela, tu l'exprimes très bien dans ton message.
Je ne vois pas la mort comme une ultime dépossession; peut être parce que l'idée de laisser un "héritage" me dépasse. Bien entendu, je laisserai une trace dans l'esprit de mes proches et certaines habitudes / passions me survivront avec eux...
Ce qui est certain, c'est que l'idée de laisser ceux que j'aime me sera douloureuse.
Ainsi, pour paraphraser Neil Young, "il vaut mieux brûler franchement que de mourir à petit feu"... Donc pour moi vivre pleinement et partir d'un coup. Comme si je sortais m'acheter le journal... et que je ne reviendrais plus... :hai:

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O'Rêve
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Re: La mort et vous

Message par O'Rêve »

La mort, elle m’accompagne dans les tréfonds, depuis très longtemps.
Une phrase de mon enfance a attisé sa conscience. Ma mère aurait pu perdre sa vie le jour où elle me donna la vie, et j’ai un peu la sensation d’avoir respiré la mort dès mes premiers instants de vie. En plus du rapport existentiel que chacun peut entretenir avec la mort, je pense que les mots de mon enfance ont façonné le rapport que j’entretiens avec la mort et avec la vie.

J’ai été intriguée à la lecture des témoignages de ceux qui ne semblent pas inquiets ou réellement préoccupés par la finitude de leur vie, par leur mort intime qui viendra un jour se présenter.
L’idée de ma propre mort, pour tout dire, il y a des moments où elle me terrifie. Le passage presque indécent, brutal de l’expérience corporelle de la vie, du vécu de la conscience d’un soi au monde, vers un possible rien, m’effraie au plus haut point. Et comme je ne crois pas en un au-delà, en un après qui maintiendrait une parcelle de quelque chose ou de quelqu’un, et bien le passage vers un néant me terrifie.
L’insupportable de ma mort, c’est aussi quand je pense à l’inéluctable qui me frapperait et frapperait par la même la vie de mes jeunes enfants, ne leur laissant pas d’autre choix que de construire leur vie en l’absence de leur maman.
Et les pensées et écrits de philosophes qui rationalisent ce passage ne calment pas cette angoisse. Même si je comprends que la souffrance sera absente, après le basculement vers l’abîme, que je ne serai plus là pour penser le rien, ou palper la souffrance de celui qui reste, l’idée de finitude me tourmente.
Parallèlement, la mort de mes proches aussi, je la redoute. Je pense au Petit Prince, à ceux qu’on apprivoise, et dont on devient responsable, à ceux dont on finit par ressentir le besoin de la présence au quotidien. Et rien que l’idée de la perte des êtres qui m’entourent me remplit de peine.

Et puis, il y la mort des autres (les un peu moins proches), cette mort que je côtoie très régulièrement, professionnellement.
Et une partie de moi intègre et comprend que la mort, elle fait partie intégrante de la vie.
Et que sans mort, il n’y a pas de vie.
Et que les vivants malades, âgés, accidentés, on ne peut pas tous les sauver, les soigner.
La déontologie de ma profession m’octroie même le pouvoir de la délivrer. Auprès des animaux, la mort par nécessité médicale est autorisée. Mais ce pouvoir de donner la mort, je n’y ai pas réellement été préparée. Et chaque fois que je suis amenée à le réaliser, persiste une parcelle de doute, sur le moment du passage, était-ce le bon ?
Bien sûr, l’acte de retirer la vie est justifié par la souffrance, scientifiquement objectivée... Mais le subjectif du ressenti, il continue de m’échapper, au moment, où l’injection, je suis amenée à la réaliser. Et retirer une vie quand le sujet semble par un regard, un mouvement, dans l’instant peut-être ne pas dire oui. C’est glaçant, perturbant, déstabilisant.
Alors ce rapport à la mort, au moment où elle se présente, à la souffrance, aux besoins du sujet mourant dans le moment, tout cela reste plein de questionnements. Si la souffrance physique est bien mieux comprise et appréhendée depuis pas mal de temps, il me semble que les souffrances morales et psychiques des vivants (en lien aux représentations de la mort que nous avons) ont encore besoin de cheminements, de compréhensions. Je me demande souvent ce que cachait ce regard (animal), ou cette résistance au moment de la dernière injection ? Dans ces moments, je me demande si une grille normative à elle seule, peut appréhender ce dernier instant ?
Quand je suis amenée à donner la mort, il m’arrive également de penser aux dernières minutes de ma vie. Alors, l’image apaisante qui est mienne, c’est de partir avec un regard qui oserait accompagner le mien, de quitter ce monde en tenant une main. Une vraie présence à mes cotés. Oui, je crois que ce qui m’effraie le plus, c’est l’idée de partir seule, seule vers le rien.

J’ai parfois l’impression qu’il y a d’un coté le rapport à ma propre mort et d’un autre le rapport à la mort des autres. Mais cette vision n’est pas tout à fait celle de la réalité. Car c’est finalement un cheminement, un aller-retour entre les deux qui se fait. La confrontation à la mort d’un autre me renvoie systématiquement à mon propre rapport à la mort intime (celle qui tapisse mon existence), et l’idée de ma propre mort n’est jamais déconnectée de mon rapport à l’autre, de la relation, de ce qui me relie aux autres vivants.
Quand je regarde cette angoisse, qui est une de mes angoisses les plus douloureuses et quand je réalise qu’un autre humain peut ressentir la même chose, quand je prends conscience de l’isolement existentiel (qui germe de cette angoisse), j’ai tendance à éprouver une forme de compassion pour la souffrance (peut-être universelle) que cette angoisse existentielle peut susciter chez toute personne (ou être vivant) qui ressent l’éphémère de l’existence, et je ressens comme une sorte de sollicitude et de prévenance pour la vie.
Et je trouve si déroutant, et désarmant d’intégrer que face à certaines formes de souffrances au cours de leur vie, des êtres en détresse puissent développer un dégoût de la vie, avec l’affleurement d’une volonté de mettre un terme au désespoir et au supplice vécu.

Je me demande régulièrement s’il y a vraiment des attitudes à développer pour apprivoiser cette idée inéluctable.
Face à la conscience de la finitude, ce qui (et c’est tout à fait subjectif) peut encore m’apaiser, c’est de penser que la Vie continuera lorsque moi, la vie, je l’aurai quittée. Aussi il m’importe d’une manière ou d’une autre la Vie de l’accompagner.
Le quotidien me semble adouci, quand il m’est possible d’assister à l’émergence d’un brin de vie. Et je panse en quelque sorte mon angoisse en essayant d’accompagner le développement et l’évolution de vies (accompagner un enfant vers sa propre évolution, accompagner la vie d’animaux en leur procurant un environnement favorable à leur développement, me préoccuper du développement d’espèces végétales …). J’aime me sentir connectée à la complexité du vivant, à la diversité des liens et besoins dans un environnement. Forcément, les questions écologiques et écopsychologiques (les disparitions d'espèces, de ressources, leurs répercussions...) sont au cœur des ces réflexions. Car sans complexité, quand l'uniforme est privilégié, dans ma tête, c’est la mort qui revient.
Et puis, face au constat de notre condition humaine, je trouve une forme d’apaisement dans le sentiment d’appartenance ; je trouve apaisants et ressourçants les moments de connexion, d’appartenance avec le monde qui nous entoure (ressentir l’infini d’un ciel étoilé, palper le vertige d’un paysage englobant, où on ne se sent plus seul mais en totale connexion…).
Je trouve apaisantes et calmantes les expériences sensorielles d’appartenance au contact des éléments qui nous entourent (sentir le vent frôler la peau du visage, faire une balade sous la pluie et palper l’eau qui ruissèle, être connectée aux chants entremêlés des oiseaux dans un jardin, ressentir qu’on est porté par les vagues…).

Enfin, les attitudes et comportements barbares qui déshumanisent notre condition existentielle (et que pour ma part, je relie à une forme de perversion face à l’angoisse liée à notre finitude) me désarment. Il m’est presque inconcevable de comprendre celui (ceux) qui détruisent, saccagent et brisent des vies, comme si la vie c’était une maladie, une tare malsaine à éradiquer sauvagement. Je suis dans l’incapacité d’appréhender ceux qui basculent vers une cause posthume morbide, préférant vénérer la mort et un possible royaume de l’après-vie pour justifier de leur haine de la vie.

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Re: La mort et vous

Message par Doodle »

J'ai cru un temps etre en paix avec la mort. Mais au fur et à mesure que je progresse dans la vie et vers l'issue, je me rends compte que c'est forcement plus compliqué. Paradoxalement, mesurer que ma conception (toujours plus personnelle et complexe) est toujours plus apaisée, prouve bien que je ne l'ai jamais vraiment été ni ne le serais probablement jamais complètement. J'imagine que c'est la condition humaine. Pour l'instant ça me va.

Ce qui me turlupine nettement plus, c'est comment en parler aux enfants. Parce qu'autant je sais bien faire avec pour moi, mais expliquer ma vision à mon enfant me semble instinctivement comme inaproprié, incompréhensible et anxiogène. Pourtant il faut répondre aux angoisses justement.

Vous dites quoi, vous ?

(...D'autant plus que les petits précoces sont parfois en avance aussi dans ces questions et les angoisses qui peuvent y être liées...)
Echauffement : 2 3 5 7, 1 3 7 9,... pouf, pouf... 3 9 ,1 7, 1 3 7, 3 9, 1 7, 1 3 9, 3 9, 7. Et ça rime !

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O'Rêve
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Re: La mort et vous

Message par O'Rêve »

Hors-sujet
Pour en parler aux enfants, on peut s'aider de support, comme des livres qui seront adaptés à l'âge et aux questions du moment de l'enfant.
Par exemple :
Si on parlait de la mort de Catherine Dolto
Piccolophilo. C’est quoi la mort? de Michel Piquemal et Thomas Baas

Après, c'est comme pour tout, il faut s'adapter aux questions, aux remarques quand elles surviennent dans l'instant.
J'ai eu des questions diverses et variées chez mon petit bonhomme dès ses quatre ans.
En voyant une châtaigne à l'automne : "Regarde maman, le hérisson il est mort",
Un autre jour, alors qu'il sort de la voiture, il se couche sur le trottoir par terre et me dit "Quand on est mort, on ne bouge plus",
Une autre fois encore "Est ce que ça recommence après?"

C'est peut-être un sujet que tu peux lancer dans la section enfant http://adulte-surdoue.fr/propos-des-enfants/
Il ne me semble pas qu'il ait encore été abordé.

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