L’agriculture labelisée "biologique"

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Coccinelle
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L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Coccinelle » dim. 18 nov. 2012 15:30

Ce thème a été abordé dans différents topics, sans jamais avoir son topic à lui.

Je voudrais exprimer ici mes doutes, et mes déceptions sur ce qu’est devenu le bio.
Pour vous situer ma façon d’être envers la nature afin qu’il n’y ait pas d’amalgame entre ma déception et le fait que je ne sois pas du tout opposée au «bio».

Comme tout bon citoyen je trie mes ordures et en produits le moins possible, j’ai à ce propos utilisé des couches lavables pour mes 2 enfants, allaité ( le côté nature et le «zéro d’adjuvant» et le moins de déchets possibles a participé à ma décision d’allaitement relativement long). Je choisi toujours des légumes et fruits de saison et locaux pour minimiser les transports de l’autre bout de la planète complètement aberrants, je choisis toujours des laitages avec le moins possible d’emballages, je ne jette rien dans la nature.....Ce sont pour moi uniquement des actes logiques, rien de réellement écologiques ou biologiques.

Je suis vétérinaire de formation, j’ai donc durant mes études visité des élevages dits biologiques.
C’est quoi le biologique?
C’est une méthode de production qui respecte un cahier des charges défini par le ministère de l’agriculture.
Pour la production animale j’ai pris l'exemple de l’élevage cunicole (lapin) (recenser toutes les sortes de production animale est trop fastidieux et serait sans grand intérêt ici):
Donc le cahier des charges pour la cuniculture labelisée biologique est:
  • animaux né sur le site dit bio ou provenant d’une autre exploitation labelisée bio (sauf exception: extension du cheptel et pas suffisamment d'animaux disponibles pour la reproduction, les animaux non issus de l’agriculture biologique doivent passer par une période de transition dite de conversion de 3 mois pour les lapins.
  • locaux: au minimum avoir un terrain d’exercice extérieur bétonné (l'herbe est naturellement possible aussi mais l'enclos devra être plus grand) ouvert sur au moins 1 cotés, et clapier paillé ou copeaux de bois (caillibotis interdits), l’accès à l’extérieur doit être possible dès que le climat le permet et que le stade physiologique de l’animal le permet (c’est assez vague), l’élevage exclusivement extérieur est possible comme celui de recours aux enclos mobiles.
  • âge de reproduction les lapines doivent avoir 4 mois (16 semaines) ce qui est juste du bon sens, dans la mesure où la maturité sexuelle est atteinte à cette période ou juste avant, en cours c’est donc ce que j’avais appris: mise à la reproduction des femelles à 16 semaines (mais c’était ce qui était préconisé dans des exploitations classiques)
  • densité de peuplement: je vais prendre l’exemple des lapin à l’engraissement:
    • en bâtiments intérieurs: 6,6 lapins par m2
    • en enclos mobiles: 2,5 lapins par m2 (les enclos doivent être déplacés tous les jours)
    • en parcours extérieurs sur herbe: 0,2 lapin par m2
    • en parcours extérieurs bétonnés: 0,5 lapin par m2
  • pour l’abattage et le transport: les règles sont les mêmes qu’en agriculture classique
    âge d’abattage à 100j (comme les labels rouges par exemple)
  • alimentation doit provenir de l’agriculture biologique, l’allaitement exclusif (maternel ou naturel) doit avoir lieu jusqu’à 3 semaines (idem qu’en agriculture classique), elle doit être constituée au minimum de 60% de fourrages (frais, séchés, ou déshydratés), ce qui est logique et la base même de leur régime alimentaire.
    les additifs alimentaires sont autorisés s’ils figurent sur la liste prédéfinies (annexe 4 de ce cahier des charges aux ministères de l’agriculture, je n’ai pas cherché cette fameuse liste)
    les aliments en conversion (cf supra) sont autorisés sous certaines conditions (que je n’ai pas trouvé)
  • pour les traitements vétérinaires dits allopathiques (chimique et antibiotiques): les animaux reproducteurs ont le droit à 2 traitements par an, au delà ils doivent repasser par une phase de conversion de 3 mois, pour les lapereaux à l’engraissement ce nombre de traitements est limités à 1 par an avec un temps d’attente * de 30j quelques soit le produit utilisé
[*]petit nota bene sur le temps d’attente, souvent les traitements vétérinaires (mais pas tous) possèdent un temps d’attente noté sur l’ordonnance, si un temps d’attente sur la viande est de 8j il est strictement interdit (et c’est très contrôlé et tout à fait respecté) d’abattre les animaux qui ont reçu un traitement avec un temps d’attente non dépassé, et ça quelque soit le type de production et d’élevage.....

Je n’ai rien trouvé sur les traitements prophylactiques à base de vaccins, je suppose qu’ils ne sont pas soumis à réglementation (puisque qu’on n’en retrouve pas de trace dans la viande et qu’ils ne fonctionnent que sur un animal vivant....mais là encore je trouve le cahier des charges obscur.

La différence que je peux noter par rapport à un élevage non biologique: ce sont: sur le nombre de traitements vétérinaires, sur aussi la densité d’animaux et sur la provenance de leur alimentation.

La conversion d’un élevage classique aux normes «bio» coutent très cher, essentiellement en audits d’élevage pour obtenir le label.
Ce que je peux dire c’est que la majorité des élevages non «bio» que j’ai pu visiter au cours des mes études et que mon mari continue à voir, respectent assez bien les conditions de densité, que bien souvent le nombre de traitement dit vétérinaire est aussi respecté.


A l’heure actuelle que ce soit via les publicités ou via les les médias, on diabolise l’agriculture classique qui mise à part quelques très gros agriculteurs peu scrupuleux du bien être animal, la très grande majorité respecte bien les animaux et leur alimentation. Les photos qu’on nous montrent à la télé sur les élevage en batterie qui font pitié ne sont pas du tout courant, voire plus vus en France depuis longtemps.
Les médias comme les publicités vont nous montrer ces élevages «atroces» bien souvent les photos sont prises à l’étranger (parce qu’en France même sur l’agriculture non biologique il y a des normes), et des animaux déambulant tranquillement dehors comme dans «la petite maison dans la prairie» pour la version «bio». Or la majorité de leur temps les animaux bio vivent en intérieur et que bien souvent les animaux non «bio» (j’utilise cette abréviation bien que tous les animaux soient biologiques puisque ce ne sont ni des êtres artificiels ni des robots) ont aussi accès l’extérieur.....

Je voulais juste remettre les choses à leur place, entre ce qui est fait et ce qu’on nous montre parce que la différence entre bio ou non n’est pas si franche.

Les labels de qualités comme le «label rouge» ressemble beaucoup à celui du bio, sans toutefois l’obligation d’avoir une alimentation des animaux dite «bio», la qualité organoleptique sera donc imperceptible.

Et puis je vais vous raconter une histoire vraie que j’ai vu de mes yeux: en 4eme année, nous allions visiter un élevage mixte bovin ovins, il avait le label «AB», alors oui l’agriculteur ne vermifugeait pas ses bêtes ou qu’une fois par an (ou avec de l’homéopathie), oui il n’avait que peu recours aux antibiotiques si incriminés, mais lorsque nous y étions les moutons étaient atteints de gale (perte de rentabilité sur les produits secondaires comme la laine et le cuir), et bien pour les traiter comme il avait déjà utilisé son quota de traitement, il badigeonnait tous les 2 jours les moutons atteints par de l’huile de vidange à laquelle il avait ajouté du souffre (ça étouffe les acariens), sauf que les hydrocarbures ça passe la barrière cutanée, qu’on ne sait pas le temps qu’il faut pour n’en retrouver aucune trace dans la viande, que c’est pas du tout biologique dans l’idée (j’ai revu ce procédé à plusieurs reprises dans différentes exploitations bio).

L’idée du bio c’est bien, ça part d’une très bonne idée: vouloir avoir un mode de production qui respecte au mieux l’environnement, mais ne confondons pas tout: je crois qu’il est important de ne pas associer label bio et des élevages «bisounours» (les éleveurs rechercheront un max de rentabilité, le bio ne veut pas dire élevage extensif, d’ailleurs en élevage extensif il serait impossible de nourrir tous les être humains ), qualité organoleptique et élevage bio (parfois c’est associé, mais tout ce qui est bio n’est pas meilleur en goût, les labels de qualité en revanche sont sensés les garantir), agriculture bio et humanitarisme.
Pour l’association communément faite entre «bio» et santé, il semblerait que ce soit vrai.

Pour consommer mieux, parce que je pense que la plupart des gens qui achètent bio ont ce souhait, je crois qu’il est important de connaitre les élevages de provenance des viandes, pareil pour les végétaux. Je connais près de chez moi des agriculteurs très au point dans leur mode d’élevage utilisant très peu de médicaments, tout en gardant un élevage sain et rentable, sans label «bio» et je préfère consommer chez eux que d’acheter du «bio» dont je ne connais pas la provenance, ou qui viennent de loin.

La bien-pensance (la pensée unique) qui vise à culpabiliser les gens qui oseraient critiquer le «bio» me saoule parce que je pense que dès lors qu’il s’agit de sous (on vend plus cher du bio, et les agriculteurs ne sont souvent pas riches donc sont à quelques euros près) et bien les bonnes volontés peuvent se retrouver corrompues.

Et puis quoi penser des kiwi «bio» provenant de l’autre hémisphère, des haricots verts «bio» venant d'Afrique du sud, ou les mangues bio venant des caraïbes? peut-on toujours les considérer comme bio avec tous les km parcourus? moi je trouve ça débile et très hypocrite, je n’achèterais pas bio pour me donner bonne conscience, si j’achète bio c’est soit que j’ai gouté et que j’ai vu une différence, soit qu’il n’y a de produits équivalents dont je connais la provenance....je préfère acheter local que bio, si on peut réunir les deux et bien tant mieux. Je préfère fabriquer moi même ce que je peux faire moi même plutôt que d’acheter bio (genre les cosmétiques, ou l’huile d’olive). Le bio n’est pas une garantie de qualité, n’est pas une garantie absolue aux bonnes pratiques d’élevage, le bio est une façon d’acheter sa bonne conscience pour la majorité des gens, et c’est bien dommage.

Je ne fais pas une ode contre le bio, juste une remise au point sur des idées reçues souvent fausses, contre la diabolisation de l’agriculture classique et qui la majorité du temps est raisonnée et raisonnable.

J’ai failli monter ce topic sur la dérive des «labels» parce que c’est fréquent: utiliser une bonne pensée pour faire vendre : dire si vous achetez 300 couches kakabeurk pour les fesses du bébé, vous êtes gentils et vous pouvez continuer à polluer parce que on va vacciner 3 ou 10 que sais-je «petits enfants pauvres et orphelins» (de préférence noirs parce que ça fait encore plus «bonne action»).....on vit à une époque où on achète sa bonne conscience à coup (coût) de labels «bio», «commerces équitables», le mécénat n’existe pas vraiment en France, la consommation occidentale contre des vaccins pour les enfants du tiers monde, alors que franchement il serait tout à fait possible à ces grandes fermes multi nationale de donner pour les vaccins sans prendre les «gentils» consommateurs en otage (achetez chez nous et vous financerez une bonne action).....

N’hésitez à partager vos avis, je sais que c’est un sujet à polémique, que les préjugés sont ancrés et difficile à battre, je suis ouverte aux discussions et prête à remettre mes idées en doute.

C'est un peu long mais j'ai pas réussi à faire moins long tout en restant proche des mes idées, et sans un minimum de documention (ps le cahier des charges sur l'élevage cunicole bio est celui du ministère de l'agriculture)

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Zyghna
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Zyghna » dim. 18 nov. 2012 16:07

Je suis comme toi Cocc', à consommer local et responsable plutôt que bio. Je me méfie énormément de ce que recouvre cette appellation, parce que les céréales bio, c'est de l'hypocrisie quand tous les champs autour sont traités et saturés de pesticides, qu'ils sont suremballées, qu'ils font des km avant d'être acheminés.
Oui le bio garantie un certain respect du cahier des charges, mais ça omet beaucoup de choses (comme les exemples que tu mentionnes). Et souvent ceux qui veulent réellement faire du bio se retrouvent pieds et poings liés par les grandes firmes - pas le droit d'utiliser des produits naturels, de troquer ou produire ses graines...
Puis bon, je dois avouer avoir toujours été allergique à cette appellation, parce que ça ne signifie absolument rien. Toute agriculture est bio par définition...
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Melokine » dim. 18 nov. 2012 21:07

Je ferais une distinction entre bio écolo et bio égoïste (on peut cumuler bien sûr).
Le premier est soucieux de l'écologie et a donc une problématique de fruits & légumes de saison, acheter local, etc.
Le second est orienté "bon pour la santé" et tant pis si les bananes viennent de l'autre bout du monde.

Perso je pratique le 2e pour l'instant (avec quand même un peu du 1er, notamment sur l'huile de palme ; j'achète plutôt du vrac que du conditionné, également), de plus en plus depuis deux ans. Il est probable que j'évolue petit à petit vers davantage de 1. Le truc c'est que ça demande énormément de temps et d'énergie, en termes d'informations à collecter. Je ne suis pas certaine de pouvoir/vouloir les mettre pour l'instant. Et aussi que cuisiner est déjà un sujet compliqué pour moi, un peu anxiogène, donc toute limitation (par ex. celles des fruits & légumes de saison) potentielle dans le peu de recettes que je sais faire, c'est pas simple (j'ai déjà les limitations d'un régime quasi-végétarien, si en plus on m'enlève les 3/4 de mes légumes l'hiver, c'est la panique...). D'ailleurs j'ai hésité avant de lire ton message Coccinelle parce que pas certaine de vouloir qu'on m'ouvre les yeux sur 2-3 trucs (du moins de vouloir en assumer les conséquences). Mais en fait ça va :wink:

Mais j'entends tout à fait ce que l'une et l'autre écrivez. Pour reprendre ce que tu dis Zyghna sur les champs voisins pas bio, je me dis que certes les sols sont de toute façon chargés en cochonneries et certes l'environnement proche ajoute une couche, mais c'est quand même un peu de pulvérisations en moins (j'avais lu je ne sais plus où qu'une pomme non bio subit environ 40 pulvérisations dans sa courte vie...). Mais je ne suis pas tout à fait dupe, de même pour le bio importé (l'idée d'un bio chinois me fait doucement rigoler).

Enfin bref, le sujet est complexe, et les informations partages et autres sont bienvenus :smile:

Une dernière chose : à la différence des supermarchés (ne me parlez pas des petits commerçants ou de faire le marché, c'est au-dessus de mes forces, social-phobiquement parlant), je ne fais pas de crises de panique dans le magasin bio près de chez moi, le lieu est de taille humaine, les gens y sont gentils, t'indiquent spontanément que tu n'as pas acheté le moins cher du rayon parfois, te renseignent sans chercher à te vendre à tout prix, etc. Et ça c'est vraiment un soulagement :smile:
Hypersensibilité mon cul...

Brunolito

Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Brunolito » mar. 20 nov. 2012 15:44

Chez nous c'est bio au maximum. Pourquoi ? je suis effectivement d'accord avec toi coccinelle sur de nombreux points, mais peu importe par exemple que les champs de l’agriculteur bio soit entouré par des agriculteurs ne pratiquant pas le bio. Lui, au moins, ne dégrade pas son environnement, il fait sa part, et de notre côté nous tenons à cautionner ces pratiques. Car il est un dicton important dans la société de consommation qui est : "si tu consommes , tu cautionnes". Le bio n'est peut-être pas encore la panacée en terme d'agriculture (pardonnes moi mais en tant que végétarien je ne peux me résoudre à te parler d'autre chose), mais au moins il contribue à tendre vers un idéal. Ensuite c'est l'histoire de l'offre et de la demande. Plus nous aurons de consommateurs responsables et conscients, plus nous évoluerons vers une terre saine pour nos enfants et tous ses habitants (je parle ici des animaux non humains/végétaux/...). Mais comment obtenir des consommateurs responsables alors que le mot lui-même, consommation, est constitué de "con" et "sommation". Tu vois où je veux en venir, pour que le système perdure on nous somme d'être cons, sinon nous ne pourrions consommer en pleine conscience.
En conclusion, il y a un documentaire de Monique Robin que j'ai beaucoup aimé qui s'intitule "Du poison dans nos assiettes", tu pourras le voir ici : http://vgterrien.wordpress.com/2011/02/18/392/
[BBvideo 640,360]http://www.youtube.com/watch?v=Gpp7b0oCjI4[/BBvideo]

Brunolito

Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Brunolito » jeu. 22 nov. 2012 16:08

Un article fort à propos paru hier sur Agoravox : Non au bio carnivore dans ma cantine

Tikiki
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Tikiki » lun. 26 nov. 2012 16:01

Personnellement, je n'achète quasiment que bio.

J'habite à proximité d'un biocop, et cela me permet d'y trouver beaucoup de produits régionaux, ce qui est une des raisons qui m'y pousse(j'avoue, je n'achète pas que ça même si je fais attention, mais le chocolat par exemple...) et les fruits et légumes sont de saison(et là, j'avoue aussi ma faiblesse pour les tomates et les bananes en toutes saisons...), et le conditionnement est en général beaucoup plus léger, voir quasi inexistant(on se sert ses céréales, pâtes, riz, légumes secs.... dans des petits sachets en papier, suivant ses besoins, mais je pense que vous connaissez). Mais aussi, parce qu'une étude a été faite, et que les enfants qui ne s'alimentent qu'avec des produits bio, rejettent beaucoup moins de pesticides(il a été prouvé que le roundop provoquait des cancers, maladies dégénératives... ..http://www.allodocteurs.fr/actualite-sa ... 1&IdBloc=2 ). Ce qui est bien aussi, c'est que l'on trouve des produits différents des grandes surfaces(céréales, farines...) et des produits finis sans additifs(ce que j'achète rarement car je fais quasiment tout maison mais quand même, ça fait plaisir de ne pas avoir à déchiffrer les étiquètes à rallonge surchargés de E.... liste bien souvent plus longues que les aliments nécessaires à la confection du produit...). Et d'une concitoyenne à un concitoyen, cher Brunolito, c'est comme toi un moyen de cautionner un mode de pratique plus proche de mes convictions personnelles. Plus il y aura de monde qui ira dans ce sens et plus ils seront forcés de changer de pratique et de mettre en place une agriculture plus raisonnée. Ce qui ce fait de plus en plus d'ailleurs, et c'est tant mieux!

Malheureusement, j'ai moi aussi une petite anecdote. Ma belle-mère a rencontrée un fermier, et en parlant, ils en sont venus à parler bio. Cet homme sincère, lui dit qu'il cultive des légumes bio, et qu'au moment de tout conditionner, tous ses légumes(bio-pas bio), sont mélangés...

Il y a effectivement un cahier des charges à tenir, mais les contrôles sont prévenus à l'avance, donc bon... entre temps, il peut s'en passer... mais bon, j'ose espérer qu'ils ne soient pas tous comme ça... et comme chez nous la santé est un peu fragile, je préfère mettre toutes les chances de notre côté..

Sur le cite que je mentionne plus haut, il est aussi question d'une étude qui démontre qu'un enfant de dix an, avale plus de 128 résidus chimiques en une journée!! et ce rien que dans l'alimentation... si on y rajoute ce que l'on respire et le reste.... pffff....... non, je ne suis pas parano! juste réaliste... Cela ne m'empêche pas de vivre normalement, même si je viens aussi de décider d'arrêter de consommer du gluten, du maïs et des produits laitiers(ou du moins de réduire drastiquement!). Et comme la viande que je consomme n'est pas bio car totalement hors de prix.... je vais surement finir comme toi Brunolito... végétarienne^^

Pour la viande, mon problème est qu'à force de les vacciner, "antibiotiquer", les bêtes développent des virus/bactéries résistantes(ce qui pour le bio représenterait 30% de moins apparemment, c'est quand même pas rien!), ce qui pose de gros problèmes sanitaire et environnementale. De plus, en consommer trop n'est pas bon non plus.. Nous n'en mangeons plus qu'une fois par jour, maximum 5 fois par semaine pour profiter quand même des vitamines essentielles qu'elle procure, et parce que je n'aime pas trop les compléments alimentaire(quoique je vais peut être faire un petit écart pour la vitamine D) mais si je pouvais m'en passer, je le ferai.

Enfin voilà, même si le bio n'est pas parfait, l'agriculture conventionnelle fait ses preuves de jour en jour sur sa dangerosité et même s'il y a des magouilles dans le bio, il y en a aussi dans le non bio. Donc pour moi, le choix en est là, pour le moment.

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Zyghna » lun. 26 nov. 2012 17:43

Le magasin bio le plus proche de chez moi est à 40km, c'est sur que ça n'encourage pas à acheter bio au rayon rikiki de mon Leclerc. Pas d'exploitation bio dans le coin non plus. Par contre au moins, ça pousse à produire soit même ses propres aliments / produits.
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Louise » mar. 27 nov. 2012 14:19

Mon ex-mari a fait une école d'ingé en agriculture, puis a bossé et bosse toujours dans une coopérative agricole. Le Bio il a appris, et il voit au quotidien comment ça fonctionne...
Au démarrage de la mode bio, on était atterrés, parce que oui, en pratique un mec peut foutre du poison sur ses légumes, faire pousser ses poulets en batterie et avoir le label Agriculture Biologique.
Tout est question 1. de dérogations possibles, et y'en a... 2. de présence sur la liste de produits "interdits", si pas sur la liste un produit toxique peut quand même être utilisé... ( d'où l'huile de vidange et le soufre "autorisés", youhouuu)
3. contrôles ou non-contrôles. Bin ouais le bio se vend tellement mieux et plus cher que le pas bio, y'a un paquet de fraudes qui se créent.
http://miramap.org/IMG/pdf/Faux_bio_Canard_pdf.pdf

J'ai vu que l'ADEME avait fait quelques études qui remettaient AUSSI en question l'énergie grise mise en place dans les circuits courts, consommer local n'est pas systématiquement plus écolo... ça dépend du mode de production, ne pas respecter la saisonnalité MEME en circuit court ne sert à rien (mon producteur local propose ENCORE des fraises en cette saison, par ex eeeek) ou encore si la logistique n'est pas adaptée. http://www.notre-planete.info/actualite ... nement.php

Pas simple, dans tout ça, de s'y retrouver.

Mais ça fait longtemps que je préfère faire appel à mon bon sens, qu'à des pseudos labels bien vite détournés... Pour moi l'argument santé est à relativiser, quand t'as fait des études de toxico ma foi... le postulat de base est "tout est poison, question de dose", alors à partir de là... bin tu relativises. Pis une de mes croyances persos est que tu peux bouffer des produits moyens, ou trop gras, etc, mais dans de bonnes conditions, en famille, sans pb majeur avec la bouffe, avec plaisir et un terrain génétique de ouf... bin tu seras de toute façon en meilleure santé physique que si tu bouffes bio, sain, mais sans plaisir, avec des TCA, ou dans un état psychologique malsain autour de la bouffe, ou un terrain favorable à l'obésité ou une quelconque maladie génétique qui bloque ton assimilation.

Sur la partie qu'on peut à peu près maîtriser, disons qu' à partir du moment ou de toute façon tu fais toi-même ta bouffe à partir d'un max de produits non transformés (ce qui arrive bien vite si tu as des papilles et pas un trop gros poil dans la main), tu limites déjà au max les produits chimiquement fabriqués à effets pas encore mesurés.

Par contre, je m'efforce vraiment de réduire mon empreinte écologique, parce que vraiment je trouve les humains bien irresponsables et égoïstes dans la gestion des ressources naturelles qui leur sont offertes. Tain, on nous a filé un cerveau, ça pourrait être bien de pas faire que tout saloper sur notre passage avec, quoi.
Tout comme là je vais créer un truc avec une partie restauration, il est hors de question de pas utiliser au max les ressources locales, le commerce équitable si j'ai pas le choix pour certains produits, et il est hors de question de pinailler sur la qualité ou l'hygiène, enfin ça tombe sous le sens, quoi.
Depuis peu, j'arrive à acheter disons la plupart des produits alimentaires, et 50% de mon caddie hebdo à la Ruche http://www.laruchequiditoui.fr/, c'est top, parce que ce sont des producteurs locaux, que tu peux malgré tout choisir tes produits, que la variété est grande (pas que des légumes, quoi, aussi du lait, des yaourts de la viande, des pates, etc..) et que c'est à 2 min de chez moi, et un peu réfléchi et optimisé en terme de logistique. Le meilleur compromis à mes yeux!

Après chuis pas parfaite et encore moins militante (jamais, irk) et je m'efforce de faire tout ça en coexistence avec d'autres contraintes plus personnelles (par ex, j'ai fait le choix d'habiter en campagne, mais cause résidence alternée, mes mômes vont à l'école à la ville, il n'est pas question de remettre en question ni la résidence alternée, ni notre choix de maison... (pour des raisons financières, la maison qu'on voulait, elle était pas en centre ville, sinon elle faisait 50 m2 quoi ^^)).

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Daenerys » mar. 27 nov. 2012 22:11

Moi aussi j'achète presque tout bio. Je vais dans les biocoops ou les Naturalia, Satoriz, La Vie Claire (où j'ai d'ailleurs bossé un été), je fuis les grandes surfaces. Les magasins bios se sont vraiment développés et ont maintenant une offre très large, et il y a pas mal de produits qu'on ne trouve pas ailleurs, comme la purée d'amande, le tofu soyeux, les pâtes au kamut etc...Et souhaitant éviter les laitages, je trouve vraiment toutes les bonnes alternatives là-bas (crème d'avoine, lait d'amande, yaourt au soja...)
Pour moi l'agriculture biologique, ce n'est pas une mode, c'est la norme, c'est ainsi qu'a consommé l'homme depuis des millénaires, et ce qui est anormal c'est de consommer des produits pleins de pesticides...
Je cuisine tout moi-même et je ne me prive pas, il y a une vraie différence de goût entre le bio et le "classique".
Pour la viande, j'en consomme très peu et ne l'achète pas souvent bio à cause du prix, mais je privilégie quand même les labels comme Label Rouge, ou alors au marché.
Pour ce qui est des contrôles, ayant travaillé chez La Vie Claire je peux vous dire que là-bas les produits sont extrêmement contrôlés, il y a au moins 5 phases différentes. Après pour ce qui est du bio de supermarché je suis un plus dubitative...

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Zyghna » mar. 27 nov. 2012 22:48

Daenerys a écrit : Pour moi l'agriculture biologique, ce n'est pas une mode, c'est la norme, c'est ainsi qu'a consommé l'homme depuis des millénaires, et ce qui est anormal c'est de consommer des produits pleins de pesticides...
Faudrait revoir les cours d'histoire avant de parler de ce qui se fait depuis des millénaires... l'agriculture intensive à déjà plusieurs millénaires, et les produits nocifs pour la santé ne sont pas nés d'hier non plus.
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Daenerys » mer. 28 nov. 2012 20:23

C'est depuis le développement de l'agriculture intensive pour la consommation de masse que l'usage des pesticides, OGM et compagnie s'est banalisé, tu ne vas pas me dire qu'il y a des siècles c'était déjà le cas si ?

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Zyghna » mer. 28 nov. 2012 20:33

Va voir du côté des Romains, l'agriculture intensive, ils connaissaient très bien. Il fallait nourrir les quelques millions d'habitants de Rome et des autres villes. De nombreuses industries polluantes (tanneries, boucheries, forges, etc.) côtoyaient les productions agricoles, certaines farines animales étaient déjà utilisées. Bref, l'industrialisation n'a peut être pas amélioré certaines choses, mais il ne faut pas croire qu'avant c'était forcément mieux ou plus sain.

Le terme "pesticide" n'était peut être pas utilisé, mais la nourriture n'était pas pour autant plus saine. On oublie qu'aujourd'hui on a des réseaux d'eau potable, des réseaux pour les eaux usées, des études sur les produits, etc.
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Coccinelle
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Coccinelle » jeu. 29 nov. 2012 21:51

Merci Zyghna. Dans mon entourage, dans les documentaires, dans les publicités, je suis agacée de voir la vision assez loin de la réalité sur Bio vs pas bio.....ça m'énerve de voir que la bio est devenu marketing, moyen de vendre de la bonne conscience. L'agriculture biologique dans son ensemble (le plus grand nombre est encore vendu en super et hyper marché) est bien plus proche de l'agriculture intensive que de l'extensif....

Ce que j'aimerais faire passer comme message c'est de garder son esprit critique: bien entendu il est important de tendre vers une agriculture respectueuse de l'environnement, des nappes phréatiques, des champs voisins et de la santé des consommateurs. Le problème est que dès qu'il est question de vente en gros volume, les producteurs trouveront toujours le moyen de détourner le cahier des charges.....ce qui n'est pas interdit est autorisé.....c'est triste mais pour le moment c'est encore comme ça, les dérogations existent.

Consommer Bio reste pour la plupart des personnes, un acte de bonne conscience, sans chercher à aller plus loin dans la compréhension de l'agriculture traditionnelle et de l'agriculture "biologique".
[quote]Car il est un dicton important dans la société de consommation qui est : "si tu consommes , tu cautionnes"./quote]
Mais tu cautionnes quoi au juste? Le fait de vouloir protéger l'environnement (je connais personne dans mon entourage qui souhaite détruire la terre et polluer volontairement), ou le fait qu'on nous prends pour des cons à nous dire allez consommer bio pour continuer à consommer toujours plus? Parce que j'aimerais bien avoir une statistique des gens qui achètent bio pour voir s'ils consomment réellement moins ou différemment (mis à part le label le bio sur le produit), cette statistique je ne l'ai pas, je parle en fonction de quelque chose que j'ai évalué au pif en fonction de ce que j'ai vu et entendu....voilà pourquoi je parle de bonne conscience...
Pour moi l'acte qui serait le plus respectueux de l'environnement reste son potager avec une utilisation des engrais (il n'y pas que les pesticides) raisonnée, et une philosophie de vie pour consommer le moins possible (attention je ne suis pas du tout décroissante, j'achète tout ce que je consomme ou presque par manque de temps et d'énergie, et de savoir faire), n'empêche que le biologique réellement écologique (et aussi économique) serait là, sauf que nous vivons dans une société de consommation avec un grand C et que donc jamais aucun gouvernement ne pousserait dans ce sens là, et pas même le lobby "bio".

Et puis l'idée toute faite du "avant, c'était mieux, plus respectueux du rythme des gens et de la nature, c'était moins mauvais pour la santé"....vous avez oublié tous les gens qui était malades parce qu'ils bouffaient des bêtes malades (que les antibiotiques ou les vaccins évitent maintenant), parce qu'ils étaient parasités, ou parce qu'ils buvaient de l'eau non potable....Oui l'homme du milieu du siècle a fait n'importe quoi au niveau écologique, c'est vrai faudrait peut être en tirer des leçons et arrêter de croire aveuglement aux discours du lobby bio soutenu par l'état, qui se veut rassurant, de ce que j'ai vu ça ne me rassure pas du tout et j'ai juste l'impression qu'on se fout de ma gueule en prime.
Toutes les réglementations dites "bio" devraient être pour toutes les productions traditionnelles, je suis sûre que l'écart du coût de production se réduirait, parce les producteurs (je parle volontairement de toute la chaine de production parce je sais bien que ce sont les intermédiaires entre agriculteurs et consommateurs qui se font du fric) ne surferait plus sur une mode et la rareté du produit. La rareté n'est plus si rare, mais comme je ne fais pas vraiment confiance à l'appellation bio.....

Et puis croyez vous que on peut nourrir toute la planète en produisant bio? J'en sais rien, mais le cout de production est plus élevé ( à priori), et le nombre de têtes terriennes augmentent très rapidement, le bio reste une préoccupation bien occidentale.

J'ai pas de solution, mais je souhaitais qu'on y réfléchisse à plusieurs sans dire "moi je mange bio" en brandissant tous les stéréotypes des documentaires des chaines classiques.... on peut critiquer l'application et adhérer à l'idée de base et tenter de trouver des idées pour avancer dans la réflexion...

shunbabyx

Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par shunbabyx » ven. 30 nov. 2012 18:46

Je vais essayer d'apporter une contribution au topique de Cocc, parce qu'il me semble soulever un coin de nappe beaucoup plus vaste que le simple bio, comme ça a été dit : le problème des labels entre autre.

Je vais essayer d'expliquer ce que j'ai vu dans un coin que tout le monde croit exempte de pollution ou même d'élevage intensif : la Savoie.

Voilà l'image que j'en avais avant d'y avoir habité (et surtout travaillé) : des paysages de montagne, une agriculture rustique et des produits du terroir " d’appellation et d'origine contrôlées ", j'achetais mon fromage à fondue, pleine de naïveté, croyant favoriser l'agriculture locale, et le dur labeur un agriculteur qui vivait des produits de sa jolie ferme de montagne tout la haut dans les alpages ...

La réalité m'a fait comprendre que ... j'étais une cruche !

Je vivais à 5km de Beaufort, petite commune grande productrice de fromage (le fameux Beaufort qui sert pour les fondues et qui est labellisé à fond).
Premier constat : les agriculteurs occupent tout l'espace avec le tourisme, le ski et les vaches c'est tout ce qui compte. Il faut que ça rapporte. Avant (j'ai étudié tout ça depuis mon poste au sein de la commune), il y a encore 50 ans, un éleveur pouvait avoir entre 10 et 15 vaches, c'était déjà un beau patrimoine, les stations de ski commençaient à voir le jour.
Aujourd'hui un éleveur doit avoir au moins 50 bêtes pour pouvoir rentabiliser son exploitation, donc l'agriculture a progressivement pris le pas sur toute autre forme d'activité (en dehors du tourisme). Alors en quoi c'est chiant ? en quoi c'est pas du développement durable ?

En montagne il y a des zones protégées extrêmement fragiles : les tourbières notamment, les espaces naturels sensibles, les couloirs de biodiversité etc ...
L'élevage tel qu'il est pratiqué actuellement est délétère pour ces milieux, les troupeaux sont emmenés dans des zones expressément interdites aux agriculteurs et détruisent par leur piétinement, durablement ces milieux naturels. Les pouvoirs publics ne disent rien, car les habitants vivent quasiment exclusivement de l'élevage et du tourisme (je ne développe pas sur le tourisme mais c'est encore pire dans les conséquences). Toutes les terres disponibles sont consacrées à l'élevage permanent, certains producteurs éco-responsables ont voulu s'installer pour cultiver des légumes, et créer une coopérative. L'association des éleveurs s'est dressée contre eux et a fini par les faire partir.
L'élevage est quasiment constitué uniquement de vaches laitières, justement pour fabriquer du fromage. Outre les dégâts occasionné par les troupeaux, l'eau potable est régulièrement polluée. Les agriculteurs disposent de trayeuses mobiles qu'ils déplacent au grès des déplacements du troupeau. Et souvent, on est en montagne, ils s'installent près des sources d'eau, qui servent à alimenter la commune en eau potable. Les vaches stationnement durablement au dessus des zones de captage qui doivent normalement être protégées par un périmètre de sécurité interdit aux troupeaux et interdit à l’épandage. Mais rien n'est respecté : l'eau est pleine de merde, résultat l'agence de l'eau envoie des résultats d'analyse dégradés : entérocoque, E.coli dans l'eau du robinet. Alors les services techniques traitent. Le traitement consiste en l'adjonction d'eau de javel directement dans les bassins. Aller hop ! On en parle plus.
Parlons maintenant du fromage : l'usine était à 5km de chez moi. Une belle coopérative, qui peut-être visitée toute l'année. C'est plein de touristes. Ça rapporte beaucoup. Mais cette usine, située à moins de 100m du Doron (une rivière de montagne qui en rejoind d'autre au niveau d'Albertville pour former l'Isère), déverse tous les jours ses effluents (comprenez tous ses rejets liquides, un peu comme l'eau des chiottes, sauf que là c'est l'eau qui a servi pour la fabrication du fromage), directement, et sans retraitement dans le Doron.
Des analyses ont été faites : l'eau de cette rivière de montagne (dont l'eau provient des glaciers) contient : du plombs, du mercure, du zinc et même de l'arsenic et autres métaux lourds. Cette industrie est une vandale, elle ne respecte absolument aucun code. Les élus le savent, l'intercommunalité le sait et rien est fait, car cette industrie est vitale pour l'emploi. Et pourtant tous les procédés de fabrication du fromage sont garantis artisanaux, et sont les mêmes depuis plusieurs siècles (il y a juste de la mécanisation qui est entrée en scène depuis l'ère industrielle).

Les dégâts sur la faune, et la flore sont irréversibles, chaque printemps c'est le même cirque : tout l'hiver les vaches sont restées enfermée, produisant un max de bouses, stockées (de manière illégale) dans des containers par les éleveurs. Au printemps c'est la fonte de la neige, et les agriculteurs arrose littéralement chaque cm2 de terre de litres de bouse. La bouse a fermenté, c'est une véritable infection. Avec le ruissellement de la neige qui fond, la bouse est entrainée dans les nappes d'eau souterraines qu'elle pollue durablement. Les réserves d'eau fossile diminuent. Les lacs, et les cours d'eau sont pollués par la bouse. Tous les investissements publics passent dans le soutien aux agriculteurs et le tourisme, les réseaux d'eau ne sont plus entretenus depuis plusieurs dizaines d'années. Il n'y a pas de tout à l'égout d'ailleurs (dans la commune où j'étais), tout va dans le Doron, sans retraitement. Et ce n'est pas le fait d'une commune isolée ...

Par contre, les éleveurs sont bien associés en coopérative (ils forment d'ailleurs un lobby, empêchant l'installation de toute autre forme d'élevage ou de développement durable), leur lait et leur formage sont labellisé bio. Les vaches ne mangent que du bon fourrage des Alpes, à savoir du foin qui pousse en montagne et qui est fauché tout l'été, privant les espèces alpestres de leurs refuges naturels. Aucun ilot vert n'est prévu pour leur permettre d'avoir un espace où se reproduire. Certaines espèces d'insectes sont gravement menacées, des oiseaux aussi ont été exterminés (comme le gypaète barbu), et les zones naturelles sont de plus en plus mangées par les troupeaux toujours plus nombreux. Le sol est saturé d'azote, alors que justement beaucoup d'espèces de plantes de montagnes sont des plantes qui poussent uniquement dans des sols pauvres.
Les chamois, et les bouquetins sont partis plus loin dans des zones que l'homme ne peut pas exploiter, mais chaque années ils sont nombreux à crever de faim, même en plein été. Les marmottes se retrouvent elles-aussi en danger, car les troupeaux en piétinant font ébouler leurs terriers, et elles se retrouvent asphyxiées dans leurs trous.

Alors oui, ils n'utilisent que les produits de la liste, et ils respectent les conditions d'élevage du bio. Mais quand est-il des gens qui tombent malades à cause de l'eau qu'ils ont dégueulassée (comme moi : 5 jours d'hosto d'entrée de jeu) ? Qu'en est-il du traitement de leur déchet et de ceux de leur troupeau ? Qu'en est-il de l'occupation de l'espace ? Ou est le contrôle des usines qui travaillent leurs produits ?
Ah non franchement, le bio, c'est un peu comme chacun veut. Et ça dépend vraiment des zones géographiques. Je n'ai pas vraiment de méthode qui marche a coup sur, mais une chose est sure : si on commence par aller voir où est produit ce qu'on mange, comment fonctionne ce réseau alimentaire, on peut éviter de se faire pigeonner en payant pour rien. Rien ne vaut la vérification par soi-même et la création (quand c'est possible) de son propre réseau.

Justement, nous de notre côté on est en train de travailler la dessus : la création d'un poulailler collectif, avec nos voisins, un potager privatif avec échange (on échange ce qu'on a en trop avec les voisins, et on se met d'accord sur ce qu'on plante pour maximiser la variété), on achète des graines qui produisent des légumes dont on peut planter les semences, et la on regarde pour se mettre à plusieurs pour acheter la viande et les produits fermiers directement à la ferme, pareil pour le lait. Ça prend du temps, c'est vrai, mais on y gagne en qualité, en traçabilité, et finalement c'est pas plus mal. Les enfants savent à quoi ressemblent leurs aliments et du coup respectent plus la bouffe.
Moins de gâchis, moins de produits bizarres qu'on connait pas, pas de transport, des animaux élevés dans de bonnes conditions, des prix honnêtes pour l'éleveur, et un gout préservé.
Et puis même moi je retrouve le gout du collectif : on se retrouve pour préparer nos commandes et essayer d'estimer nos besoins à venir, les enfants son associés à la démarche, au final c'est pas mal ...

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Tikiki » dim. 2 déc. 2012 22:15

Il est clair que le bio ne soit pas parfait... loin de là... je pense que le "mieux"(du moment), est l'agriculture raisonnée. Et mieux encore, la méthode de sunbabyx, ou de solen. Acheter directement au producteur, et produire tout ce qui est possible.
Je me suis d'ailleurs inscrite sur "la ruche qui dit oui", et j'ai pu constater qu'une ruche allait s'ouvrir bientôt prés de chez moi!! merci Solen! j'avais cherchée une ferme dans le coin il y a un moment, mais je n'avais rien trouvée, c'est la raison pour laquelle à la base, je m'étais dirigée vers le biocop...

Ce qui me rebute aussi sur le bio, c'est comme tu le dis coccinelle, que ce soit devenu une question de fric, et plus d'éthique(mais est-ce que ça l'a seulement été??(bon, je généralise, bien sûr qu'il doit y avoir des amoureux de la nature)).
Mais TOUT est question de fric. Les producteurs pensent à leurs portefeuilles, et au profit du moment, à rentabiliser au maximum, sans quoi en même temps, beaucoup mettraient la clef sous la porte.
Mais le problème finalement, c'est nous: les consommateurs! Plus il y a de monde qui achète en grande surface, plus on force les agriculteurs à produire beaucoup pour peu, moins il y a de proximité avec le producteur, et donc, moins on peut savoir sa façon de fonctionner, plus il doit se croire tout permis.... Enfin voilà, ce qui manque le plus je pense, est la proximité.
Et la sensibilisation comme tu viens de le faire chunbabyx, est peut être une solution aussi. Si les touristes qui viennent visiter la Savoie pour le côté nature, et les bons fromages, savent qu'en réalité, ils contribuent à la pollution de la région, à l'empoisonnement de l'eau, et à la disparition de cites fragiles: ils réfléchiront peut-être à deux fois, avant de revenir, ou d'acheter un fromage du coin. Ils en feront peut-être aussi une mauvaise publicité ? Si on vient en amoureux de la nature, et constate cela, je pense que ça peut faire réfléchir.

@ coccinelle, tu dis que tu n'as pas confiance en l'appellation bio, mais qu'est-ce qui te donne confiance aux autres mode de production ?

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par shunbabyx » dim. 2 déc. 2012 22:47

malheureusement le comportement des touristes est la plus part du temps tout aussi irresponsable ... Si tu savais ce qu'on retrouve partout (y compris dans les sites protégés) à la fonte des neiges ...

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Coccinelle » lun. 3 déc. 2012 10:42

Tikiki, je n'ai pas plus confiance dans les autres modes de production, simplement comme solenn et shun on se fournit souvent en direct du producteur (pas tout le temps parce que j'ai pas le temps), des agriculteurs dont on sait qu'ils consomment peu d'antibio avec du bétail respecté.

Sinon ce qui me gêne le plus dans le bio c'est que on pense acheter, consommer "propre" et dans les autres modes on croit souvent au contraire qu'ils sont plus "sales" qu'ils ne le sont souvent.....la frontière est mince, comme tu peux le voir à travers les différents exemples qu'on a cité.

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par W4x » lun. 3 déc. 2012 11:02

Hors-sujet
Tikiki a écrit :Si les touristes qui viennent visiter la Savoie pour le côté nature, et les bons fromages, savent qu'en réalité, ils contribuent à la pollution de la région, à l'empoisonnement de l'eau, et à la disparition de cites fragiles: ils réfléchiront peut-être à deux fois, avant de revenir, ou d'acheter un fromage du coin. Ils en feront peut-être aussi une mauvaise publicité ? Si on vient en amoureux de la nature, et constate cela, je pense que ça peut faire réfléchir.
Je ne suis pas sûr de saisir...
Je comprends que le tourisme de masse puisse exaspérer les autochtones (moi le premier) et soit effectivement facteur de pollution, mais je trouve excessif de considérer que la quasi-totalité d'entre eux sont des irresponsables. On peut être touriste tout en étant amoureux de la nature et en faisant honneur aux spécialités locales... (à moins qu'en amoureux de la nature jusqu'au-boutiste on ne prenne même plus son véhicule pour faire du tourisme). Il ne faut à mon avis pas en perdre de vue non plus les retombées économiques, qui si elles sont bien distribuées assurent le fonctionnement des localités, hors-saison.
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Cyrano » lun. 3 déc. 2012 11:35

W4x a écrit :
Hors-sujet
Tikiki a écrit :Si les touristes qui viennent visiter la Savoie pour le côté nature, et les bons fromages, savent qu'en réalité, ils contribuent à la pollution de la région, à l'empoisonnement de l'eau, et à la disparition de cites fragiles: ils réfléchiront peut-être à deux fois, avant de revenir, ou d'acheter un fromage du coin. Ils en feront peut-être aussi une mauvaise publicité ? Si on vient en amoureux de la nature, et constate cela, je pense que ça peut faire réfléchir.
Je ne suis pas sûr de saisir...
Je comprends que le tourisme de masse puisse exaspérer les autochtones (moi le premier) et soit effectivement facteur de pollution, mais je trouve excessif de considérer que la quasi-totalité d'entre eux sont des irresponsables. On peut être touriste tout en étant amoureux de la nature et en faisant honneur aux spécialités locales... (à moins qu'en amoureux de la nature jusqu'au-boutiste on ne prenne même plus son véhicule pour faire du tourisme). Il ne faut à mon avis pas en perdre de vue non plus les retombées économiques, qui si elles sont bien distribuées assurent le fonctionnement des localités, hors-saison.
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par shunbabyx » lun. 3 déc. 2012 19:27

Hors-sujet
Pour le tourisme, je ne peux parler que de ce que je connais c'est à dire de la Savoie. Et malheureusement, les touristes qui sont respectueux de la nature et de l'environnement fuient les stations telles que celles que j'ai décrites, qui ne font strictement rien pour intégrer l'environnement dans lequel elles vivent. Malheureusement on voit bien que la gestion politique de cette ressource est faite à court terme, avec une vue très réduite. C'est vraiment dommage, car en investissant un peu (ce qui financièrement est tout à fait possible), on pourrait préserver les différents intérêts. Mais comme souvent la course au profit prend le dessus, et les élus locaux, comme tous les autres veulent leur part du gâteau pendant la durée de leur mandat. Beaucoup de querelles de clochers empêchent l'aboutissement de projets d'envergure sur ces territoires, c'est vraiment dommage car il y a un vrai potentiel et un vrai patrimoine à exploiter.

Aujourd’hui"hui on en arrive au constat que les réserves d'eau sont épuisées par l'augmentation constante de la consommation hivernale, et malgré les signaux d'alerte envoyés par les organismes assermentés, on continue de construire des lits de tourisme et d'arroser les pistes de neige artificielle, sans entretenir les canalisations d'eau, les pertes en eau potable sont de l'ordre de 70% entre le point de captage et l'usager (à cause des fuites dans le réseau vétuste).
La fonte des neiges montre chaque année un territoire crade et mis à mal par un usage intensif et irrespectueux des ressources. Chaque année on constate la raréfaction de certaines espèces et des comportements stupides à l'égard de la faune et de la flore locale (tous acteurs confondus), ainsi entre autres exemples, nous avons vu des touristes ramasser des œufs de lagopède (et oui ...), ou provoquer des coqs des bruyères, jusqu'à se battre avec et les tuer ... Nous avons vu une piste de VTT de descente s'ouvrir en pleine tourbière au milieu de droséras classés (toi si tu marches dessus c'est 30 000€ d'amende ...) etc ...

Aucun protocole de protection n'a abouti, les touristes donnent à manger aux marmottes pendant l'été. Ils leur donnent des chips, des frites, du jambon. Les marmottes sont atteintes de diabète et leur population (entre les vaches et les touristes) a diminué de près de 70%.

Alors oui les retombées économiques sont vitales pour la région. Mais ne rien développer comme activité alternative n'est pas, à mon sens, une bonne chose. D'autre part il est impératif de protéger ces sites si on veut qu'ils durent dans le temps. Il est nécessaire aussi d'éduquer les touristes et de leur rappeler leurs responsabilités. Mais bon ... Pour ça il faudrait une cohésion politique qui s'étende à la région, et là c'est l'individualisme qui l'emporte sur l’intérêt général.

Encore une fois, je ne parle que de ce que j'ai vu moi, dans le cadre de mon travail, c'est à dire uniquement de la vallée du Beaufortain. Par contre j'ai entendu parler d'initiatives qui ont vu le jour et se sont concrétisées en Bretagne (du côté de Guisseny de sa tourbière et de sa lagune), en Haute Savoie du côté de Sixt Fer à Cheval et de son Espace Naturel (ou mon homme a eu la chance de travailler à la réinsertion du gypaète barbu, du bouquetin, et d'autres espèces ...), et de ce que j'ai pu en suivre ces projets ont été couronnés de succès sans que la fréquentation touristique n'en pâtisse, donc visiblement c'est possible d'allier respect de l'environnement et ressource touristique.

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Daenerys » lun. 10 déc. 2012 12:05

Je vous invite à lire cet article sur le sujet : "L’agriculture biologique prise au piège de la grande distribution"
http://www.bastamag.net/article2810.html

Rusch
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Rusch » mer. 19 févr. 2014 14:22

Un article intéressant sur le bio dans l’alimentation. Le titre est centré sur les enfants mais ça marche aussi pour les adultes :-)
http://www.slate.fr/monde/83159/biologi ... on-enfants

En gros, l’auteure a enquêté pour étudier si le préjugé favorable en faveur des fruits et légumes bio se justifiait vs les classiques du point de vue du risques d’exposition aux produits phytosanitaires en mangeant ces productions. J’avais aussi cet a priori et l’article montre que en général, les risques sont bien inférieurs aux seuils de tolérance quotidien fixé par les autorités sanitaires (en tout cas aux US, après on peut discuter les seuils en tant que tels). Le deuxième point intéressant qui rejoint un point évoqué plus haut dans le topic est le fait que si l’agriculture bio n’utilise pas de pesticides de synthèse, elle en utilise des biologiques qui peuvent également être néfastes pour la santé.
Ca ne remet pas le bio en question sur pleins d’autres sujets mais intéressant pour « alimenter » la réflexion (héhé jeu de mots !) ^_^

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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Zyghna » mer. 19 févr. 2014 14:41

En parlant de bio, je me demande comment sont pris en compte les traitements post-récoltes dans le cahier des charges du bio. Je ne parle pas des traitements faits par l'agriculteur mais ceux effectués dans les coopératives ou après. Quand on voit qu'une mandarine subit dans ce cadre plusieurs traitements chimiques pour le nettoyage, lustrage, conservation, ça laisse songeur.
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par Lilas » dim. 2 nov. 2014 22:33

Bonsoir,

Je remonte ce post car forcement je me sens particulièrement concernée. De fait je le suis.
Je suis agricultrice bio. Et éleveuse qui plus est.
J'avoue à la lecture des posts avoir d 'abord ressenti des sentiments plutôt négatifs (en clair ça m'a fait de la peine surtout certains passages :
Tikiki a écrit :Ce qui me rebute aussi sur le bio, c'est comme tu le dis coccinelle, que ce soit devenu une question de fric, et plus d'éthique(mais est-ce que ça l'a seulement été??(bon, je généralise, bien sûr qu'il doit y avoir des amoureux de la nature)).
Mais TOUT est question de fric. Les producteurs pensent à leurs portefeuilles, et au profit du moment, à rentabiliser au maximum, sans quoi en même temps, beaucoup mettraient la clef sous la porte.
)

Et puis je me suis dit "ma grande prend pas ça pour toi relativise, voici des points de vue extérieurs intéressants à analyser pour comprendre quelle image peut avoir certaines personnes sur ton métier (bien qu'en ce qui nous concerne c'est plus qu'un métier c'est un choix éthique une question de valeurs un choix de vie quoi. Probablement aussi est-ce pour cela que ça m'a autant touchée)

Donc j'ai apaisé mes 1er sentiments. J'ai lu les articles mis en lien. Et j'ai compris qu'il était difficile de parler de BIO d'une manière général car aujourd’hui et de plus en plus deux BIO coexistent.
Et donc j'apporte ici ma propre expérience, celle d'une agriculture bio encore bien majoritaire dans notre pays surtout si vous faites le choix des circuits courts. (vente directe, marchés, magasin spécialisés bio type biocoop, biomonde, la vie claire etc )

Avec mon mari nous avons un élevage de cochons bio que nous élevons en plein air. Ils ont des cabanes en bois quotidiennement paillés, des abreuvoirs et des auges bi quotidiennement remplis d'eau potable et des céréales bio que nous produisons sur notre exploitation avec le plus souvent 0 intrant en utilisant les mélanges céréaliers : un protéagineux fixateur d'azote avec une céréale qui profite de cet apport gratuit et naturel d'azote bref.. pas d'engrais (qui si besoin serait de toute manière bio). Rien d'autre : ni pesticide, ni herbicide, ni retardateur de croissance, ni fongicide et j'en passe (si vous connaissiez la liste! heureusement elle diminue drastiquement...).

A côté de cela c'est toute une logique d'exploitation : 3km de haies, des arbres replantés au milieu des champs, l'utilisation de produits naturels (et sains!) pour soigner nos animaux... bref nous travaillons sous label bio parce que ce label est le plus contraignant en terme de respect de l'environnement et des animaux et donc celui avec lequel on se sentait le plus proche.
ll faut dire que n'étant pas issue d'une famille agricole, j'y suis venue en étant consommatrice de produits bio depuis toujours...
J'avoue d'ailleurs que les échanges lus dans ce topic m'ont douloureusement rappelé les essais de dialogue à ce sujet lorsque j'étais plus jeune. Essais vous l'aurez compris peu concluant qui m'ont donc menée à ne plus l'aborder.
Jusqu'en lycée pro où j'ai enseigné : quelle erreur!!! Les réactions totalement incontrôlées(lable) de certains jeunes ont dépassées l'entendement!

Personnellement mes clients sont locaux puisque nous vendons en direct y compris beaucoup par "la ruche qui dit oui". Nous avons de nombreuses demandes de ruches car, je ne connais pas l'élevage cunicole, mais en porcin entre conventionnel intensif et bio la marche est déjà très haute alors comparé à notre mode d'élevage qui va plus loin que le cahier des charges bio il y a un monde... et beaucoup d'entre eux ne sont pas des consommateurs 100% BIO mais viennent vers nous pour le gout, le local et évidemment notre approche environnemental et respectueuse de notre métier.

Enfin pour sortir de mon cas perso je suis administratrice dans une association de groupement de paysans bio (le syndicat qui défend l'agriculture bio) et je peux vous certifier que ceux que je croise des agri bio de mon département ont cette même vision de leur métier basée sur des valeurs de respect, des valeurs de partage, de protection de l'environnement, et veulent par leur métier proposer un bon produit, sain et essayer de laisser derrière eux une terre qui sera encore nourricière pour nos enfants. Je ne dis pas que les non bio non pas ce soucis. Juste qu'ils sont pour nombre d'entre eux ancrés dans des mentalités, des certitudes parfois qu'il n'est pas évident à faire évoluer, ceux qui passent en bio l'admettent d'ailleurs que c'est souvent le fruit d'un long processus car on ne fait plus son métier de la même manière.
La terre jusqu'alors support devient élément vivant qu'il faut connaitre comprendre et travailler avec elle.

Et puis cette agriculture est le fruit d'une époque où il fallait produire beaucoup pour nourrir une population traumatisée par la guerre, l'occupation, les rationnements. Bref les paysans devaient "produire toujours plus" c'est ce que la société attendait d'eux. Ils ont été et sont encore les premières victimes de cette agriculture productiviste, intensive peu importe comment on l'appelle. Ils ont fait ce qu'on attendait d'eux. Ils ont utilisés des produits qu'on leur a dit d'utiliser. Et aujourd'hui ils sont montrés du doigts et taxé de pollueur et tout ce qu'il ont toujours fait est entièrement remis en cause (pour moi à juste titre cela n'enlève en rien à la brutalité de la chose). Forcement ça a de quoi calmer! On a un taux de suicide des plus élevés de France dans l'agriculture.

Extrait de l'article suivant : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/ ... jours.html

Un suicide tous les deux jours a lieu chez les agriculteurs, une des populations les plus exposées. Selon les derniers chiffres disponibles, près de 500 suicides ont été enregistrés par l'Institut de veille sanitaire (InVS) entre 2007 et 2009. Des données qui confirment "clairement un excès de mortalité par suicide chez les exploitants agricoles masculins de 20% supérieur à celui de la population générale française", insiste l'InVS.

Et le regard porté par la société et les changements induits n'y sont pas étrangers. Nous sommes en France encore dans un système de fermes familiales où des projets tel que la ferme des 1000 vaches fait la une de l'actualité là où dans d'autres pays c'est presque devenu la norme. En France être agriculteur n'est pas qu'un métier. Cela impact la vie toute entière. 24H/24H, 7jours/7.

Et puis les changements et l'intégration des concepts d'agroécologie et d'agriculture biologique dans les programmes des formations agricoles sont récentes!
Souvent cela vient des enfants. Dernièrement je discutais avec un éleveur laitier et là c'est le patriarche qui a dû convaincre son fils d'aller dans ce sens (ils transforment et vendent en direct comme beaucoup de paysans bio : à ce propos j'ai aimé l'article : "L’agriculture biologique prise au piège de la grande distribution" la fin me parle! )

Et si l'agriculture bio était si rentable et permettait autant de se remplir le porte feuille nombre d'exploitations intensives auraient vite eu fait de se lancer! Or on a du mal à changer les mentalités et à augmenter les surfaces en bio en France. Et ce n'est pas qu'une question de politique mais de choix des agriculteurs qui ne sont pas toujours évident à convaincre entre autres raisons parce qu'ils pensent justement qu'ils vont avoir plus de contraintes pour un revenu moindre. (ce qui est relativement vrai)

Pour rebondir sur deux/trois éléments lus :
Certes l'agriculture a pu être dans l'histoire considérée intensive pour l'époque mais rien de commune mesure à celle pratiquée depuis l'après guerre. La phytopharmacie actuelle étant en grande partie "née" à l'occasion de la grande guerre, Il ne faut pas oublier qui dit phytopharmacie dit produits chimiques et donc usines de produits chimiques :(ex du round up crée par Monsanto : celui là même qui a produit l'agent orange ..)

Je vous laisse lire cet article : http://www.lemonde.fr/planete/article/2 ... _3244.html

Enfin l'agriculture raisonnée .... extrait d'un article : http://www.econovateur.com/rubriques/sa ... rais.shtml
. "L'agriculture raisonnée est défendue en France par le réseau FARRE, regroupant l'UIPP (Union des industries de la protection des plantes **: joli nom donné aux industries produisant tout ce qui est pesticide, fongicide etc...**), l'ANIA (Association nationale professionnelle pour les engrais et les amendements) etc...
Le laxisme volontaire des 98 critères imposés – par exemple environ la moitié reprend des exigences réglementaires que tous les producteurs sont déjà tenus de respecter – dénote une volonté de faire entrer le plus grand nombre possible d'agriculteurs dans la démarche, officialisant ainsi l'entrée de l'agriculture industrielle « classique » dans l'ère du développement durable… "
Enfin bref cela n'existe bientôt plus puisque ça devient : http://agriculture.gouv.fr/La-commissio ... nale-de-la
Enfin si ça permet de réfléchir à faire mieux c'est pour moi un premier pas ... Rome ne s'est pas faites en un jour.

Enfin concernant les traitements post récoltes idem ceux pratiqués en coop conventionnels (chimiques : je parle du traitement) sont interdits en bio. On retrouve le même principe dans les produits transformés : colorants, conservateurs de synthèse, arômes (autres que naturels) et tout un tas d'autres exhausteurs de goût sont également interdits en bio. Il y a des produits autorisés qui perso m’horripilent et que nous n'utilisons évidemment pas dans nos produits tels que le sel nitrité... :@

Enfin voilà mon avis de l'autre côté de la barrière....

Bonne soirée!!

Lilas (des champs!)

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cléo
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Re: L’agriculture labelisée "biologique"

Message par cléo » lun. 3 nov. 2014 07:53

Merci Lilas pour ton témoignage.

Je connais pas mal de jeunes qui se lancent en agriculture bio en dehors de toute tradition familiale, et ça me touche beaucoup, ce retour à la terre.

Merci :-)

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