La perception du temps et de l'humanité

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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Zyghna
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La perception du temps et de l'humanité

Message par Zyghna » jeu. 1 déc. 2011 18:58

Vaste sujet n'est ce pas?
J'avais envie de partager un peu ma notion du temps qui est particulière.

En tant qu'archéologue, j'ai un recul sur le temps assez impressionnant: quand on fouille un site qui date de -70 000 av JC et qu'on a en main des artefacts aussi vieux, on ne peut rester insensible (j'ai pas encore fouillé de sites plus anciens). On touche là le concept d'humanité, et j'y suis en permanence confrontée.
Et de fait, je lis énormément de Science Fiction: je ne peux avoir ce recul sur notre passé sans imaginer ce qu'on va devenir, sans penser à la façon dont l'humanité pourrait évoluer et essaimer.

Dans ma tête, c'est un long chemin que j'explore dans les 2 sens en continue. Et j'aime pas dessus tout repenser la vie d'avant, ne surtout pas surimposer nos modèles de pensée occidentaux de la fin du 2ème millénaire.
Et je peux vous dire qu'il est dur de proposer des schémas de pensée différents quand on est dans des civilisations proto-historiques ou pour lesquelles nous avons peu d'écrits. C'est un coup à se faire lyncher dans les publications ^^

Je ne sais pas comment vous percevez le temps, mais pour moi c'est au centre de ma vie: ça me rappelle aussi que la vie humaine est tellement courte qu'il faut la vivre pleinement.
"Il est inutile d'être parfait, il faut seulement s'engager et mettre ses actions en cohérence avec ses valeurs" Brené Brown

Fraises

Re: La perception du temps et de l'humanité

Message par Fraises » jeu. 1 déc. 2011 19:16

Zyghna a écrit :
Je ne sais pas comment vous percevez le temps, mais pour moi c'est au centre de ma vie: ça me rappelle aussi que la vie humaine est tellement courte qu'il faut la vivre pleinement.
J'ai un peu arrêté de "percevoir" philosophiquement le temps. Je VIS. Tente de profiter du présent. Aimer le futur* et respecter le passé ! ;)
* et ce malgré toutes les blessures que je peux ressentir occasionnellement dans ma vie ou la vie des autres. Je crois pertinemment qu'il faut avancer.... au moins pour ceux que nous aimons et qui nous aiment et ont besoin de nous!

Sinon, quand je suis devant l'Histoire via le point de vue de l'archéologie (tes mots m'ont transportée sur les sites de fouilles et je suis très sensible à cela pour des raisons personnelles), je sens quelque que j'aurais beaucoup de mal à définir... Mais je dirais que je ressens cette présence de l'Humanité qui a été là à un moment donné de l'Histoire et dont il nous reste ces précieux vrestiges. Cela me touche et me laisse silencieuse.. en état de recueillement devant ceux qui ont été là.
Quand je vais à une expo où on voit par exemple les vieux outils ou ornements de nos ancêtres, j'imagine les gens qui s'en servaient, etc. Cela me touche et m'indique à quel point le temps passe......

Merci Zyghna de ce sujet ! ;)

Ps : j'ai beaucoup d'admiration pour le métier d'archéologue...

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Noussa
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Re: La perception du temps et de l'humanité

Message par Noussa » ven. 2 déc. 2011 13:49

Avec ma formation d'astrophysicienne, la question du temps (et de l'espace) a toujours été centrale pour moi. La question qui me taraude c'est "est-ce que le temps existe en soi, indépendamment de "nous" (nous=humain,+animaux+matière en général), ou est-ce qu'il n'existe que comme perception, que parce qu'on est là à en subir l'effet (du temps qui passe)?". Le temps, au final, je l'imagine comme un gros ruban qui se déroule, et l'Histoire de l'Humanité, sur ce ruban, ne représente qu'une quantité négligeable... quand on compare à l'âge de l'Univers, l'âge des étoiles.

Au final, j'ai l'impression de n'avoir aucune réponse concrète, mais je sais que dans mes activités artistiques, cette obsession du temps existe aussi, en particulier le temps qui passe et qui mène à l'oubli, j'ai d'ailleurs toujours fait partie de ces gens qui ont bcp de peine à jeter les vieilles choses par peur de jeter aux oubliettes les moments qui ont compté... (je dois me forcer de ne pas tout garder pour que mon chez moi ne finisse pas par ressembler à une brocante!). D'aussi loin que je me souvienne, même enfant j'avais extrêmement peur du temps qui passe. Je me rappelle à un très jeune âge (8ans je pense)demander à Dieu de me faire mourir avant 35ans (l'âge que j'associais, allez savoir pourquoi, à la vieillesse et la décrépitude absolue).

Une autre pensée que le temps m'a bcp inspiré, surtout dans mon adolescence, c'est la notion d'"instantané". Ma "théorie", c'était que si on prend n'importe quelle seconde dans la journée, sur l'ensemble de l'humanité, n'importe quelle action est faite quelque part sur terre, par qqn. Par exemple: à cette seconde, il y a forcément qqn en train d'accoucher, qqn en train de tuer, qqn en train de vendre une paire de chaussures, qqn en train de manger un gâteau à la fraise, etc. Le "jeu" c'était d'essayer de trouver toutes les choses qui sont forcément en train de se passer qq part dans le monde en ce moment même.

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Andamylis
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Re: La perception du temps et de l'humanité

Message par Andamylis » ven. 2 déc. 2011 15:03

sujet intéressant.
j'aurai limite envie de dire qu'il y a 7 milliards de temps sur terre. chacun ayant son temps et sa vision du temps. que le temps qui nous est donné, est "central" (comme un point zero) pour nous definir par rapport au reste de monde, passé, present ou a venir. et a chacun le sien.
si j'etais un poil egocentrique, je dirai que sur une ligne de temps lineaire, je serais le point Zéro de reference. en gros, ce qui etait avant moi, m'interesse et ce qu'il y aura apres moi aussi. tout en profitant de l'instant present. Le passé m'apparait comme un reve un peu vague. on me dit qu'il s'est passé ceci et cela. soit. Il y a souvent des traces materielles qui en attestent, mais je n'existais pas forcement à cette période là. Sans tomber dans le négationisme, le temps passé n'est que virtuel par rapport a moi.
il m'interesse car il exprime des tonnes d'experiences vécues et des évolutions, bonnes ou mauvaises, de l'humanité. mon "temps" a l'echelle de l'humanité me donne le vertige vu le coté rapide et éphémere d'une vie...je vois l'humanité au fil de ce temps lineaire, evoluer tres lentement, avec des soubresauts de temps a autre. un peu comme un soufflet dans un four. la pâte frémit, monte, vie pour arriver a nous.
et quand ça sonne a table! (bon ok je sors)

coté humanité pure...c'est le bazard le plus total. y'a du bon, heureusement. mais il y a aussi l'autre coté...sans meme parler de la stupidité gluante d'un tres grand nombre. moi compris dans ce dernier lot parfois ;o). quand je repense a certains de mes clients je me dis qu'on est foutu, et parfois à d'autres et là ça me rassure. et j'imagine des fois un monde ou il n'y aurait que ma famille et moi. une planete privée en somme. pour qu'on nous foute la paix un temps^^
je dois devenir associal sans doute.
j'aimerai bien connaitre des morceaux du futur, mais celui bien apres moi. de celui de l'humanité a venir, et de l'heritage qu'ils auront de nous. et de connaitre leur vision de nous.
je me vois comme une fraction qui sera vite oubliée et incluse dans un mot fourre-tout pour désigner ceux du passé. je serai le virtuel passé pour une autre personne, noyé dans la masse de l'humanité passée.

Fraises

Re: La perception du temps et de l'humanité

Message par Fraises » sam. 3 déc. 2011 09:30

Noussa a écrit :Au final, j'ai l'impression de n'avoir aucune réponse concrète, mais je sais que dans mes activités artistiques, cette obsession du temps existe aussi, en particulier le temps qui passe et qui mène à l'oubli, j'ai d'ailleurs toujours fait partie de ces gens qui ont bcp de peine à jeter les vieilles choses par peur de jeter aux oubliettes les moments qui ont compté... (je dois me forcer de ne pas tout garder pour que mon chez moi ne finisse pas par ressembler à une brocante!). D'aussi loin que je me souvienne, même enfant j'avais extrêmement peur du temps qui passe. Je me rappelle à un très jeune âge (8ans je pense)demander à Dieu de me faire mourir avant 35ans (l'âge que j'associais, allez savoir pourquoi, à la vieillesse et la décrépitude absolue).

Une autre pensée que le temps m'a bcp inspiré, surtout dans mon adolescence, c'est la notion d'"instantané". Ma "théorie", c'était que si on prend n'importe quelle seconde dans la journée, sur l'ensemble de l'humanité, n'importe quelle action est faite quelque part sur terre, par qqn. Par exemple: à cette seconde, il y a forcément qqn en train d'accoucher, qqn en train de tuer, qqn en train de vendre une paire de chaussures, qqn en train de manger un gâteau à la fraise, etc. Le "jeu" c'était d'essayer de trouver toutes les choses qui sont forcément en train de se passer qq part dans le monde en ce moment même.
Bonjour Noussa , Zyghna et Andamylis,

Cela m'a beaucoup touchée de lire ces deux paragraphes... Car j'ai l'impression qu'on parle de moi en grande partie ! :-)
Moi non plus je ne jette pas facilement les choses.. voire pas du tout ! J'ai la sensation de jeter la vie qui est derrière un objet, une lettre ou je ne sais quoi...
Enfant, j'ai été obsédée comme toi par ce temps qui passe... Je notais tous les instants qui passaient et où on avait partagé de bons moments entre amis, famille , etc. J'avais toujours sur moi un bout de carnet et un stylo pour tenter de sauver l'instant qui passe... (une notion qui me tient à coeur toujours autant et qui relativise beaucoup ma perception de la vie elle-même.. Je tente de relativiser tout compte tenu de cette perception du temps qui passe).

Quant à penser à ce qui se passe à l'instant ailleurs, voui voui... moi aussi je pensais et pense à cela. Des fois ça peut m'effrayer compte tenu que des horreurs se passent aussi à l'autre bout du monde : les enfants qui meurent de faim alors que je suis tranquillement assise devant mon ordi en train d'écrire... C'est presque de l'ordre de l'inconcevable ; pourtant c'est vrai.
Cette conscience permanente du "temps de l'autre" peut m'empêcher d'être tranquille....

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Noussa
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Re: La perception du temps et de l'humanité

Message par Noussa » lun. 5 déc. 2011 09:32

Mûres a écrit :
Bonjour Noussa , Zyghna et Andamylis,

Cela m'a beaucoup touchée de lire ces deux paragraphes... Car j'ai l'impression qu'on parle de moi en grande partie ! :-)
Moi non plus je ne jette pas facilement les choses.. voire pas du tout ! J'ai la sensation de jeter la vie qui est derrière un objet, une lettre ou je ne sais quoi...
Enfant, j'ai été obsédée comme toi par ce temps qui passe... Je notais tous les instants qui passaient et où on avait partagé de bons moments entre amis, famille , etc. J'avais toujours sur moi un bout de carnet et un stylo pour tenter de sauver l'instant qui passe... (une notion qui me tient à coeur toujours autant et qui relativise beaucoup ma perception de la vie elle-même.. Je tente de relativiser tout compte tenu de cette perception du temps qui passe).

Quant à penser à ce qui se passe à l'instant ailleurs, voui voui... moi aussi je pensais et pense à cela. Des fois ça peut m'effrayer compte tenu que des horreurs se passent aussi à l'autre bout du monde : les enfants qui meurent de faim alors que je suis tranquillement assise devant mon ordi en train d'écrire... C'est presque de l'ordre de l'inconcevable ; pourtant c'est vrai.
Cette conscience permanente du "temps de l'autre" peut m'empêcher d'être tranquille....
Bonjour Mûres,

J'aime beaucoup ton expression "sauver l'instant qui passe"... c'est exactement ca, on a l'impression d'un sauvetage, car l'oubli , c'est une forme de mort. En tout cas rien ne m'effrayait autant que l'oubli.

Aujourd'hui encore, il faut faire un effort conscient pour ne pas rester coincé dans cette lutte contre l'oubli, y compris l'oubli des mauvais moments. Accepter que l'oubli est aussi une des fonctions naturelles (et souvent salvatrices!) du temps qui passe, qu'on ne peut pas maintenir tout en l'état, qu'il faut accepter l'altération des choses (sans tomber dans la résignation!).

Quant à ce que tu dis sur cette conscience du temps de l'autre qui t'empêche d'être tranquille, je comprends tout à fait... on y mêle aussi parfois une sorte de culpabilité d'être là à jouir d'une vie confortable, alors qu'ailleurs on souffre, on a faim. Aussi une petite pointe de colère contre les autres à qui ca ne fait pas cet effet... on se dit: "comment peut-on y être aussi indifférent?" (mais là c'est mon tyran interne qui parle :) )

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Re: La perception du temps et de l'humanité

Message par Zyghna » lun. 5 déc. 2011 11:35

C'est là où ma perception du temps diffère de la votre: je n'ai aucun scrupule à jeter, oublier. La vie pour moi ne se passe pas dans le passé, mais dans le présent et dans le futur (paradoxal vu mon métier, mais pas tant que ça).
Et de fait, j'aime prendre mon temps, profiter de chaque instant. J'ai remarqué que cela influe sur ma perception du temps: il me semble passer moins vite, il ne me file plus autant entre les doigts.
"Il est inutile d'être parfait, il faut seulement s'engager et mettre ses actions en cohérence avec ses valeurs" Brené Brown

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Re: La perception du temps et de l'humanité

Message par Fraises » mar. 6 déc. 2011 14:09

Noussa a écrit :Bonjour Mûres,

J'aime beaucoup ton expression "sauver l'instant qui passe"... c'est exactement ca, on a l'impression d'un sauvetage, car l'oubli , c'est une forme de mort. En tout cas rien ne m'effrayait autant que l'oubli.

Aujourd'hui encore, il faut faire un effort conscient pour ne pas rester coincé dans cette lutte contre l'oubli, y compris l'oubli des mauvais moments. Accepter que l'oubli est aussi une des fonctions naturelles (et souvent salvatrices!) du temps qui passe, qu'on ne peut pas maintenir tout en l'état, qu'il faut accepter l'altération des choses (sans tomber dans la résignation!).

Quant à ce que tu dis sur cette conscience du temps de l'autre qui t'empêche d'être tranquille, je comprends tout à fait... on y mêle aussi parfois une sorte de culpabilité d'être là à jouir d'une vie confortable, alors qu'ailleurs on souffre, on a faim. Aussi une petite pointe de colère contre les autres à qui ca ne fait pas cet effet... on se dit: "comment peut-on y être aussi indifférent?" (mais là c'est mon tyran interne qui parle :) )
Bonjour Noussa,

Merci ! :-)

Oui, "comment peut-on y être aussi indifférent?" c'est la question qui me ronge souvent. Mais j'ai pris l'habitude de mettre chacun et tout dans son contexte.

Sinon, pour revenir au temps qui passe, je me rends compte souvent que je place le présent déjà dans le passé , quand je me mets dans un point de vue futur. Je vis les instants et intensément, mais je les vois du point de vue du futur, et ils peuvent devenir déjà pour moi "passé" ! C'est affreux à vivre parfois. J'ai toujours cette notion du temps qui passe...qui coule... *
Quand j'ai eu mon enfant, j'ai vu les trois axes du temps bien clairs : mon passé bien derrière moi , moi au milieu mais déjà dans le passé derrière mon enfant qui représente le futur.. C'est impressionnant ce repositionnement dans le temps avec l'arrivée d'un enfant ! J'ai senti le temps me peser vraiment me plaçant moi-même face à la fin, la mienne (du point de vue de mon enfant qui me verra vieillir).

*Le côté positif de cette conscience du temps c'est qu'elle permet de relativiser beaucoup les choses... Philosophiquement , ça me donne une forme de recul vis-à-vis des confits par exemple puisque je les vois du point de vue du futur, et je sais que parfois ça ne vaut pas le coup ; que la vie est courte, et qu'il vaut mieux garder l'essentiel...

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