Vos passions philosophiques

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?
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Judith
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Judith »

Bon, espérons qu'on prof de philo du forum nous dépanne et trouve la référence!

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Kliban
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Kliban »

Je ne sais pas pourquoi, mais cela résonne comme du Nietzsche. Force, autonomie, méfiance des hommes, de leurs votes et approbations : autant de thèmes qui sentent son "ermite de Sils-Maria", comme il s'appelait lui-même. Un Nietzsche différent de son Zarathoustra, lequel ne demeure pas avec l'ermite rencontré lors de sa descente de la montagne. Le mot, "ermite", revient encore et encore sous sa plume (Gai savoir, Ecce homo, ...) comme la figure souvent personnifié, d'une une vie possible, métaphore de la philosophie et idéal partiel à contrebalancer du frottement aux hommes des derniers jours. Une référence possible pour un cours de Terminale.

Quant au texte, c'est plus difficile. Il doit y en avoir plusieurs. En voici un, trouvé en fouillant le web, dont on ne peut dire qu'il soit très politiquement correct :D même si je vois bien en quoi un cours de philo de Terminale un tout-tout-petit-brin provocateur pourrait en faire usage lors de sessions introductives sur "qu'est-ce que la philo" (noter la référence aux cyniques - Diogène) :
Ol' gaffer Nietzsche a écrit :J'ai nommé mes travailleurs et mes précurseurs inconscients. Mais où chercher avec quelque espoir ma race particulière de philosophes, ou tout au moins ceux qui ressentent mon besoin de philosophes nouveaux ? Là seulement où règne une façon de penser aristocratique, qui croit à l'esclavage et à de nombreux degrés d’allégeance, comme à la condition nécessaire de toute civilisation supérieure ; aux lieux où règne une pensée créatrice qui ne propose pas au monde comme fin suprême le bonheur du repos, le ‘sabbat des sabbats’ et qui n'honore dans la paix qu'un moyen de guerres nouvelles : une pensée qui donne des lois à l'avenir, qui, par amour pour l'avenir, traite durement et tyranniquement tout le présent et soi-même, une pensée sans scrupules, ‘immorale’, qui veut développer également les bonnes et les mauvaises qualités des hommes, parce qu'elle se sent la force de leur assigner à toutes leur juste place – la place où elles ont besoin les unes des autres. Mais quand on cherche des philosophes, de nos jours, quelle espérance a-t-on de trouver ce qu'on cherche ? N'est-il pas probable qu'armé de la meilleure lanterne de Diogène, on errera sans résultat jour et nuit ? Ce siècle a les instincts inverses ; il veut d’abord et par-dessus tout la commodité : il veut en second lieu la publicité et ce grand vacarme de comédiens, ce grand hourvari qui convient à ses goûts forains : il veut en troisième lieu que chacun se jette à plat ventre devant le plus grand des mensonges, l'‘égalité entre les hommes’ – et que l'on révère exclusivement les vertus égalitaires et niveleuses. Il est donc foncièrement hostile à la naissance de philosophes tels que je les conçois, bien qu'il s’y croie, en toute innocence, éminemment favorable. En effet, tout le monde gémit aujourd'hui de toutes les peines qu'ont eues les philosophes d’autrefois, coincés entre le bûcher, la mauvaise conscience et l'arrogante sagesse des Pères de l'Église ; mais à la vérité, pour la formation d’esprits puissants, vastes, rusés et audacieux, c'étaient encore là de meilleures conditions que ne le sont les circonstances présentes. Aujourd'hui c'est une autre sorte d’esprit, l'esprit démagogique, l'esprit de cabotinage, peut-être aussi l'esprit de castor et de fourmi du savant, qui trouve des circonstances favorables à son éclosion. Mais tout va de mal en pis pour les artistes supérieurs ; ne périssent-ils pas presque tous de leur anarchie intérieure ? Ils ne sont plus tyrannisés du dehors, par les tables de valeurs absolues d’une Église ou d’une Cour ; ils n'apprennent donc plus à éduquer leur ‘tyran intérieur’, leur vouloir. Et ce qui est vrai des artistes est vrai, dans un sens plus élevé et plus néfaste, des philosophes. Où sont de nos jours les esprits libres ? Qu'on me montre aujourd'hui un esprit libre ! – Eh bien ! Ne parlons pas si haut ! La solitude est de nos jours plus riche de secrets, plus solitaire que jamais ... En fait, j'ai appris entre-temps que l'esprit libre devait nécessairement être ermite. (Fragm. Posth. XI 37 [14])
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Judith
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Judith »

@Kliban il me semble que tu as trouvé, ça colle très bien en tout cas. Bravo et merci! :)

Fugace
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Fugace »

Je ne suis pas tout à fait d'accord ! Quelque chose ne colle pas. Un prof de philo ne présenterait pas la pensée de Nietzsche de cette façon, en tout cas pas ceux que j'ai connu. L'érémitisme est très loin d'être la principale caractéristique de Nietzsche, au contraire.
Nietzsche a écrit :« Un seul est toujours de trop autour de moi, » — ainsi pense le solitaire. « Toujours une fois un — cela finit par faire deux ! »
Je et Moi sont toujours en conversation trop assidue : comment supporterait-on cela s’il n’y avait pas un ami ?
Pour le solitaire, l’ami est toujours le troisième : le troisième est le liège qui empêche le colloque des deux autres de s’abîmer dans les profondeurs.
Ainsi parlait Zarathoustra (De l'Ami, Wikisource)
Nietzsche a écrit :Que m’est-il arrivé, mes amis ? Vous me voyez bouleversé, égaré, obéissant malgré moi, prêt à m’en aller — hélas ! à m’en aller loin de vous.
Oui, il faut que Zarathoustra retourne encore une fois à sa solitude, mais cette fois-ci l’ours retourne sans joie à sa caverne !
Que m’est-il arrivé ? Qui m’oblige à partir ? — Hélas ! l’Autre, qui est ma maîtresse en colère, le veut ainsi, elle m’a parlé ; vous ai-je jamais dit son nom ?
Hier, vers le soir, mon heure la plus silencieuse m’a parlé : c’est là le nom de ma terrible maîtresse.
Et voilà ce qui s’est passé, — car il faut que je vous dise tout, pour que votre cœur ne s’endurcisse point contre celui qui s’en va précipitamment !
Connaissez-vous la terreur de celui qui s’endort ? —
Il s’effraye de la tête aux pieds, car le sol vient à lui manquer et le rêve commence.
Je vous dis ceci en guise de parabole. Hier à l’heure la plus silencieuse le sol m’a manqué : le rêve commença.
Ainsi parlait Zarathoustra (L'heure la plus silencieuse, Wikisource)

Nietzsche à mes yeux ne prône pas du tout la solitude, il se plaint plutôt de la solitude des sommets et cherche avant tout par ses livres à peupler d'humains les cimes où il se trouvait, à élever l'Humanité toute entière à l'air rare qu'il respirait.

S'il faut chercher de véritables éloges du sage retiré, assez solide pour faire de l'ombre à l'esprit solaire d'un empereur, en occident c'est très clairement du côté de Diogène qu'il faut chercher. En orient, c'est très certainement dans le taoïsme, dans la pensée de Lao Tseu et de l'arbre tellement tordu qu'aucun bûcheron ne voudra même imaginer vouloir le couper, tandis que tous ses voisins qui auront poussé bien droits seront déjà devenus des planches, des lances et des rames.

Peut-être aussi dans le bouddhisme.

Te rappelles-tu la sphère d'origine de la pensée ? Ou au moins un siècle/millénaire ?

***

Edit : j'avais raté cette phrase :un Nietzsche différent de son Zarathoustra, lequel ne demeure pas avec l'ermite rencontré lors de sa descente de la montagne.

Ce qui remet en cause mon texte précédent :tmi: :wasntme:
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Judith
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Judith »

@Fugace le texte mentionné par Kliban me paraît assez proche de ce qu'indiquait @Chuchumuchu. On pourrait voir aussi du côté de Diogène, tu as raison, je jetterai un coup d’œil quand je pourrai.

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Kliban
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Kliban »

Hello ! Le soucis avec Diogène, à mon sens, c’est qu’il ne pouvait pas être dit où se dire ermite, du moins à l’époque, le terme étant dérivé de eremos, le désert où les chrétiens des IIIe et IVe siècle de notre ère, ne pouvant plus trouver martyr dans les arènes, partirent à la suite des Jérôme et autres Pacôme, si je me souviens bien, le chercher dans les solitudes arides d’Egypte et de Syrie. Mais tout ça, c’est bien sept siècles après Diogène, qui, s’il vivait dans un tonneau, n’était pas adepte des grottes isolées non plus que des déserts. Il y des similitudes, bien sûr, dans l’exception à l’égard de la cité où se plaçaient les premiers cyniques et les premiers ermites puis cénobites. Mais je trouverais anachronique et erroné qu’on affuble les premiers du nom des seconds.

Cela dit, je n’ai pas lu Nietzsche parler du vote et de l’approbation des hommes, qui sont des notions qu’on retrouverait en revanche plus facilement dans l’Athènes du IVe avant notre ère. Ce qui peut pointer vers les cyniques et une attribution rétroactive (et possiblement influencée par Nietzsche ou des auteurs chrétien, souvent peu suspect d’exactitude historique) d’érémitisme ?

Buddhiste en revanche je ne pense pas. Les bouddhiste traditionnels ne sont pas ermites, sauf à l’occasion de quelques pratiques très encadrées il me semble. C’est précisément contre l’érémitisme hindou et ses ascèses extrêmes que Buddha assoie sa voie du milieu. Ce pourrait être Chan en revanche, oui - ou zen - fusion entre taoïsme et bouddhisme, qui a connu son lot de solitaires. Mais le Chan ne se serait pas embarrassé de classer les hommes sur une échelle de valeur (ce à quoi le bouddhisme traditionnel ne rechigne pas, quant à lui). Bon tout ça, c’est à la louche, je ne connais que de loin, donc je peux me planter. Rectifications bienvenues :p

Ça serait coule qu’on retrouve le texte !
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Judith »

Kliban a écrit :
jeu. 15 oct. 2020 08:54
Le soucis avec Diogène, à mon sens, c’est qu’il ne pouvait pas être dit où se dire ermite
C'est vrai si on prend le terme au sens strict que tu indiques, mais il y a bien chez les cyniques, que ce soit Antisthène, Diogène ou Cratès, une valorisation de certains traits qu'on peut qualifier de "proto-érémitiques" : la nécessité de "désapprendre le mal" inculqué par les rituels sociaux, l'éloge de la solitude, la valorisation d'une "force" acquise par un entrainement de type ascétique, l'indépendance d'esprit, etc. Cela dit, un des problèmes des cyniques, c'est qu'on les connaît mal, on a peu de choses d'eux et sur eux, et le peu qu'on a est transmis par leurs adversaires ou, au contraire, par des admirateurs très postérieurs qui les ont idéalisés, donc c'est difficile de se faire une idée.
Mais ils sont fascinants et ça vaut le coup d'aller regarder de plus près.
Kliban a écrit :
jeu. 15 oct. 2020 08:54
Buddhiste en revanche je ne pense pas.
Je ne pense pas non plus. C'est un domaine que je connais beaucoup moins bien que les grecs, mais je n'ai rien en tête, ni de près ni de loin, qui pourrait correspondre. Il y a des dialogues bouddhistes anciens qui confrontent un roi et un ascète, comme le Milindapanha, qui rapporte un entretien de Sagasena avec Ménandre, mais c'est une exposition de la Loi sous forme de questions-réponses, pas une opposition entre deux types de pouvoir.

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Kliban
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Kliban »

@Judith, tu as une bonne référence sur les cyniques ? J’avais lu le bouquin qu’Offray leur avait consacré, mais c’était il y a longtemps - et je ne suis pas sûr d’Onffray sur le sujet.
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Judith
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Re: Vos passions philosophiques

Message par Judith »

Le bouquin d'Onfray est à fuir.
Le mieux est de commencer par l'anthologie de Léonce Paquet, Les cyniques grecs, fragments et témoignages, un peu ancien mais très bien fait, réédité avec une excellente préface de Marie-Odile Goulet-Cazé qui fait le point sur les perspectives actuelles. Ensuite, tu peux lire Le cynisme ancien et ses prolongements par Richard Goulet et Marie-Odile Goulet-Cazé : ce sont les actes d'un colloque universitaire donc c'est très complet, avec des approches diverses mais toutes rigoureuses.

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