Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

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Pascalita
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Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Pascalita » ven. 4 mai 2018 17:38

… ou presque parce que vraiment pieds nus, je ne m’y suis pas encore mise – mais ça viendra peut-être, sait-on jamais !
… ou presque : c’est-à-dire avec les chaussures les plus plates, les plus fines et les plus souples possible.

Ce fut une mode il y a quelques années, avec le modèle phare de chaussures à doigts de pieds et quelques figures emblématiques fortement liées à la mouvance « retour aux sources » en provenance des États-Unis, et à la recherche de minimalisme dans la pratique sportive comme dans la vie en général.

L'effet de mode est retombé, on voit assez peu de chaussures de ce type (bon, je cours dans des endroits peu fréquentés, pas les plus pratiques pour observer…), on a même diabolisé la chose en disant que courir sans « bonnes » chaussures était inévitablement source de blessures, que ce n’était pas pour rien que l’industrie de la chaussure de sport s’échinait depuis des décennies à nous fabriquer des modèles moins archaïques que ceux que portaient nos grands-parents, et que les coureurs qui s’obstinaient à revenir en arrière mettaient sans raison et stupidement leur santé en danger. (Depuis, le débat se poursuit mais plus discrètement.)


Sauf que…


Éléments physiologiques et techniques

Sauf qu’au commencement, nous courions nus – et donc sans chaussures.

Et nous courions. Pendant des heures et des jours, nous trottions après les animaux de la savane en essayant d’en attraper un. Et notre seule chance face à eux était l’endurance. (Bon, d’accord, je simplifie un peu... S'il y a des anthropologues, je vous en prie...)

C’était le corps qui faisait le travail.

Courir pieds nus ou avec des chaussures minimalistes implique de courir autrement, c'est-à-dire d'utiliser son corps autrement à la fois dans la réception et dans la propulsion. La plupart des coureurs « chaussés » (de chaussures non minimalistes) atterrissent sur le talon, font subir aux articulations de la jambe (tendue ou presque) et à la colonne vertébrale tout l’impact du choc, puis déroulent leur foulée pour finir sur l’avant-pied pour la phase de propulsion. Si vous courez pieds nus, c’est impossible, vous aurez très vite trop mal. Les coureurs « barefoot » atterrissent sur l’avant du pied (ce qu’on appelle la balle du pied, et qui n’est pas la pointe), jambe un peu fléchie, amortissent avec toute la chaîne musculo-squelettique, d’en bas jusqu’en haut du corps, et sont déjà sur l’avant-pied pour la propulsion. Je n’entre pas plus dans les détails, il y a des sites Internet qui expliquent tout ça très bien.

Ce qui m’a intéressée, c’est le principe biomécanique : amortir avec les muscles, les tendons et le squelette, ne pas faire souffrir le corps avec une foulée qui est normalement celle de la marche (talon – plante du pied – avant-pied) et non de la course, aussi sophistiquées que soient toutes les technologies (amorti, stabilisation) contenues dans une paire de chaussure valant une petite fortune – et ça, ça m’a paru être tout simplement du bon sens. Revenir à un geste qui est le geste ancestral et naturel de la course.

J’ai donc essayé. Mes anciennes chaussures étaient vieilles et usées : au lieu d’en acheter une nouvelle paire, j’ai acheté une paire de minimalistes (trois fois moins cher, au passage – et oui : je suis spécialiste pour brûler les ponts derrière moi) et j’ai essayé, en commençant par courir pieds nus sur la route, pour comprendre concrètement, dans mon corps, ce que j’avais compris en théorie par la lecture et les vidéos sur Internet.


Le deuxième effet kiss-cool ou quand l’âme entre en jeu

J’ai senti la différence, compris comment il fallait que je coure. J’ai enfilé mes chaussures et ai appliqué le principe sur les chemins, en étant bien attentive à mon geste. Ça m’a plu, incroyablement plu. J’ai senti rapidement comment positionner mon corps pour placer les pieds juste devant moi, dans l’axe du torse, j’ai senti comment ça fonctionnait. J’ai réellement appris à courir.

J’ai aussi compris de façon très concrète toutes les recommandations de progressivité : tendinite aux deux tendons d’achille – parce que la chaîne musculaire (et en particulier les mollets) est sollicitée davantage et autrement ; et pourtant j’avais eu l’impression d’y aller doucement ! Je me suis soignée, ai révisé le chapitre « patience », et ai recommencé. Sans aucun souci depuis (ça fait un bon moment maintenant).

Et donc, le deuxième effet kiss-cool (j’y arrive, pardon…) : de la légèreté des chaussures, je suis arrivée à une incroyable légèreté du mouvement, qui a elle-même induit une incroyable légèreté de l’âme. On pourrait dire que c’est un hasard, mais je ne crois pas. Parce qu’en changeant de manière de courir, j’ai aussi changé mon économie de course : la cadence (accélérée, avec des foulées plus petites), la respiration, le rythme cardiaque se sont modifiés ; la posture aussi (plus redressée, plus ouverte) ainsi que l’impact au sol (beaucoup plus doux), le bruit de mes pas (très nettement diminué) et de manière générale mon impact sur l’environnement autour de moi.
Essentiellement sonore, cet impact, mais cela m’a comme ouvert une nouvelle dimension, qui m’était peu ou pas accessible avant, toute emplie que j’étais de ma foulée poussive et lourde, de mon impression d’éléphant s’infligeant un jogging (et pourtant j’aimais déjà courir et je courais régulièrement).
Maintenant, je caresse la terre.

Et je prends moins de place dans la nature. C’est difficile à expliquer et ça a peut-être l’air complètement barré, mais c’est vraiment mon sentiment. Je suis plus discrète dans l’environnement que je traverse, ce qui correspond exactement à la place que j’ai envie d’y tenir et à la trace minimale que je souhaite y laisser.
Et puis ça m’a appris à être consciente de mon corps, de ma présence et de ma position, de ma place (dans tous les sens du terme) au milieu de ce qui m’entoure. Je sens le sol, sa souplesse ou sa dureté, la moindre inégalité du terrain, et mon corps y réagit instantanément. Je ressens une (encore) plus grande harmonie avec mon environnement.

Dernière surprise : un intense sentiment de beauté, qui vient justement de l’harmonie, je pense. La beauté du geste, le côté esthétique – pas de moi mais de ce corps qui se trouve être le mien, ce corps qui effectue un mouvement coordonné, efficient, souple, qui se tient plus droit et est plus tonique (parce que plus actif, moins réactif), qui agit en cohérence parfaite.

Une profonde impression de justesse, au fond.


Voilà… Je n’ai pas l’habitude de décrire tout ça aux gens avec qui il m’arrive de parler de course à pied ; en général la conversation s’arrête bien avant. Je ne plaide pas forcément pour l’adoption généralisée de ce type de chaussures… mon expérience est peut-être marginale.
Mais en ce qui me concerne, on peut dire que le chemin m’a menée bien au-delà du débat sur les différentes techniques de course.

Si ça vous inspire, je vous souhaite autant de plaisir que j'en ai...
... mais allez-y doucement !


Un peu de documentation :

Il y avait un site qui expliquait vraiment bien la biomécanique de la course, mais ils l’ont remodelé, dommage… Je mets ceux-ci à la place, pas mal non plus :
http://medical-athletics.eu/podologie/e ... u-pas.html
https://volodalen.com/wp-content/upload ... pek-35.pdf

Et puis ceux-là, pour la course pieds nus :
https://entrainement-sportif.fr/courir-pieds-nus.html
https://www.youtube.com/watch?v=zSIDRHUWlVo

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Nelle » ven. 4 mai 2018 19:07

Pascalita a écrit :
ven. 4 mai 2018 17:38
Maintenant, je caresse la terre.
:inlove:
Tu me donnes trop envie de m'y mettre, mais avec mon passif d'entorses, tendinites et autres ligaments distendus, j'ai un peu peur en fait.
Tu cours sur quel type de surface maintenant ?
si si, les couleurs parlent

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Pascalita » ven. 4 mai 2018 21:28

Je cours partout, quelle que soit la surface, et plusieurs heures.
Ma préférence va aux sols souples de la forêt - à vrai dire autant pour la souplesse du sol que pour les arbres :honte: , mais je peux courir partout sans aucun problème. Il m'arrive de courir sur la route pendant des périodes prolongées, parce que je n'ai pas le choix : je sens la différence le lendemain, mais je m'applique à faire quelques étirements et garder suffisamment de jours de repos, et ça va très bien.

Je n'ai jamais eu de problèmes dus ou associés à la course, ni avant ni maintenant, donc je ne peux pas dire qu'il y ait un impact sur ma santé, dans quelque sens que ce soit. Je me suis fait des entorses, certes, mais parce que je cours sur des sols très inégaux. Je ne pense pas qu'on puisse affirmer que j'aurais évité ces entorses avec d'autres chaussures. Et elles ont toujours guéri sans complications.

Je n'ai aucune qualification médicale ou kiné, je précise, mais je dirais qu'il n'y a pas de raisons que ce type de chaussures augmente les risques : on est plus près du sol, et en plus on fait travailler les muscles (ça décharge le reste). Mais je sais que c'est très controversé.
Certains disent que quand on a des soucis physiques, il ne faut suuuuurtout pas changer de chaussures (et suuurtout pas pour des minimalistes) ; d'autres disent exactement le contraire.
La seule chose que je pense vraie et incontournable, c'est de réapprendre à courir si on a envie de passer à ce genre de chaussures. Apprendre le mouvement naturel. Et ça fait vraiment travailler tout le corps, pas seulement les jambes.

On peut éventuellement passer par des chaussures de transition, c'est-à-dire avec un drop (différence d'épaisseur entre le talon et l'avant du pied) moins important et moins de technologie incorporée (machins pour supinateurs ou pronateurs, etc). Moi je dirais que le plus important est de diminuer la hauteur du talon pour pouvoir atterrir à plat, sans gêne, et d'essayer pieds nus (sur une surface non blessante, bien sûr). Vraiment essayer. Pas forcément longtemps : juste pour comprendre la différence dans le mouvement. Et après, les choses deviennent assez claires, je trouve.
Le corps est capable de faire tout le travail d'amorti vendu dans les chaussures de course, à condition que ce soit vraiment toute la chaîne : pied, cheville, jambe, dos. Et muscles-tendons-squelette.

Le mouvement pieds nus (ou en chaussures très fines) n'est absolument pas le même que celui de la marche et de la course quand tu poses le talon en premier et que tu déroules. Il faut vraiment recommencer à zéro.
En fait, ça dépend si tu cours déjà. Si oui, il faut réapprendre, modifier tes habitudes. Si non, tu pars déjà de zéro et c'est peut-être même plus facile.

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Sky » ven. 4 mai 2018 22:43

Je ne cours pas avec ces chaussures (je ne cours pas du tout, en fait), mais j'en ai acheté une paire (avec des doigts de pieds ahah) y'a quelques années et j'adore les mettre.
Problème : j'ai les pieds plats, je dois utiliser des semelles orthopédiques. J'en ai porté pendant mon adolescence, j'avais arrêté pendant pas loin de 8 ans, mais j'ai du retourner chez le podologue parce que je recommençais à souffrir de tendinites à cause des pieds plats.
Il m'a déconseillé les chaussures minimalistes et m'a dit que si je voulais vraiment en porter, je devrais pas les porter pendant longtemps (genre pour une petite promenade et encore).

Du coup, je sais pas trop quoi en penser maintenant.
Je me dis que oui, avant, on courait pieds nus, mais depuis avec l'évolution tout ça, peut être qu'on s'est habitués aux chaussures modernes et que ça a eu un impact au niveau génétique/physiologique ? (Si y'a des gens qui ont un avis à ce sujet, ça m'intéresse), et que du coup, pour certaines personnes, c'est plutôt mal barré.

Ou bien peut être que même pour la marche, il faut un temps d'adaptation, qui pourrait s'allonger pour les gens qui ont des soucis au niveau des pieds ? Je suis pas une grande marcheuse pourtant, mais le peu que je faisais c'était peut être de trop pour débuter, je ne sais pas.

Mais ce que tu écris me donne envie d'aller marcher et courir dans la forêt avec mes chaussures à doigts de pieds, ça doit être génial comme sensation, surtout marcher sur la mousse. :favorite:

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Niarky » sam. 5 mai 2018 08:15

Pascalita a écrit :
ven. 4 mai 2018 21:28
Le mouvement pieds nus (ou en chaussures très fines) n'est absolument pas le même que celui de la marche et de la course quand tu poses le talon en premier et que tu déroules. Il faut vraiment recommencer à zéro.
En fait, ça dépend si tu cours déjà. Si oui, il faut réapprendre, modifier tes habitudes. Si non, tu pars déjà de zéro et c'est peut-être même plus facile.
Cette phrase m'étonne, je cours depuis quelques années et on m'a toujours déconseillé de poser le talon en premier. Je crois même de le poser tout court, le talon est censer frôler ;).

Pour le reste c'est super intéressant, ça donne envie, moi qui ait horreur de porter rien que des chaussettes. En fait je passe ma vie à pieds nus à part au travail, j'ai toujours aimer la sensation du sol sur mes pieds. Quand j'étais gamine je n'ai jamais reussi à user une seule paire de chaussons.
Par contre pour courir je ne peux pas me le permettre, je porte des semelles pour éviter de me décaler de partout mais je favorise le drop minimum pour avoir une meilleur sensation du sol.

Quand tu parles périodes prolongées tu parles de combien ?
Est ce que ça pourrait être conseillé sur de la marche rapide ?
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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Pascalita » sam. 5 mai 2018 08:40

@Niarky : Oui, oui, c'est bien ça. C'est ma phrase qui n'était pas claire. Quand on marche, on pose le talon en premier et on déroule. Pas quand on court.

Périodes prolongées sur la route : trois/quatre/cinq semaines à raison de trois sorties par semaine.

@Sky et @Niarky : Des semelles, j'en porte aussi, mais je ne les mets pas pour courir. Je reviendrai là-dessus plus tard, pas le temps, là...

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Miss souris » sam. 5 mai 2018 09:09

Il y a un sujet quelque part sur la marche portante...J'ai lu un bouquin passionnant d'un ostéo sur le sujet. Il dit en substance la même chose que toi, mais sur la marche...(à moins d'un contresens de ma part,vu que je ne cours pas du tout.) Il parle de la nécessité d'une impulsion partant du pied arrière, justement pour que le corps entier porte le pas, et pas juste que le talon et la colonne encaissent tout le choc. Ca me fait penser à ce que tu dis.

Le sujet est abordé à la page 2 de ce fil : (Point Blanc et Altima)
viewtopic.php?f=27&t=2324&hilit=corpor% ... 9&start=25

Et je remets le lien qu'avait donné Altima vers l'ostéo :
https://www.youtube.com/channel/UCNe_Hk ... Qi-afJDc_A

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Pascalita » mar. 8 mai 2018 08:51

@Miss souris : Merci (et merci à Altima), ça me parle beaucoup et c'est très intéressant.

Oui, bien que d'une part le contact entre le pied et le sol et d'autre part le mouvement de la jambe ne soient pas les mêmes, il y a similitude dans l'accent porté sur le rôle de l'ensemble du corps dans le mouvement.
C'est tout le corps qu'on propulse vers l'avant, pas seulement les jambes, et le mouvement est initié par le torse, et coordonné : non seulement les jambes, mais le torse, les bras, le bassin.
Pour la course, le rôle du bassin est très important dans le mouvement : le bassin ouvert (antéversé) permet de redresser la posture et de sentir que c'est bien tout le corps que l'on déplace vers l'avant, dans une succession de brefs atterrissages et ré-envols.
Le mouvement, en fait, est celui du sauteur de triple-saut, mais en moins ample (si vous me voyez courir, vous me reconnaîtrez ! B) ). La phase de vol est moins longue, voire très courte si on fait de petits pas :grin: , mais le principe est le même : on atterrit pour rebondir, le toucher est bref et tonique, et tout en souplesse.

Et en parlant de marche, ça m'a fait penser que ma façon de marcher s'est modifiée aussi. J'ai peu à peu adopté la même posture en marchant, et le même contact du pied avec le sol, plus léger et plus tonique. Du coup, ça se rapproche un peu, je pense, de ce qu'on voit dans les vidéos de l'ostéopathe (sauf que je pense être plus sur l'avant-pied, même en marchant) – pour autant que je puisse en juger de l'intérieur, sans me voir marcher... Et ça dépend aussi du type de chaussures...

De la même façon, je délaisse de plus en plus mes chaussures de rando, je trouve qu'elles me gênent... Sauf pour le longues marches en terrain difficile, j'utilise maintenant les mêmes chaussures que pour courir. Chaussant plus large, semelle flexible et très fine, tige très basse.

Donc oui, je pense que c'est possible et bénéfique aussi pour la marche (rapide ou pas, d'ailleurs) mais je crois qu'il faut d'abord repenser le geste et la posture, pas juste changer de chaussures et marcher pareil.

@Sky et @Niarky :
Pour les semelles orthopédiques : quand j'ai changé de façon de courir, et de chaussures, j'en ai parlé à l'orthopédiste. Il n'était pas trop chaud au départ, mais je lui ai vraiment expliqué que le mouvement de la course n'était pas le même et que je pensais que les semelles n'y avaient plus la même utilité (d'autant plus qu'il n'y a pas de station debout et qu'on est dans un travail musculaire permanent). D'un côté je me trouvais extrêmement présomptueuse et j'étais assez gênée, mais en même temps ça me semblait si évident, physiologiquement parlant...
Je porte donc mes semelles au quotidien, souvent pour les balades et les randos (mais pas si je marche vite), surtout pour toutes les situations où je dois rester debout longtemps ou piétiner. Pour courir en revanche, j'ai arrêté de les porter (et je trouve que je peux aussi plus facilement m'en passer pour le reste, si jamais je les oublie). Je les aurais remises sans discussion si l'orthopédiste avait constaté une aggravation de la situation, mais, des années après, ce n'est (toujours) pas le cas. Donc je prends ça pour une validation de ma démarche (c'est le cas de le dire) et j'en profite à fond. ;)

Edit :
Hors-sujet
Au passage, le fil sur la corporéité est très intéressant. Hors sujet mais pas tant que ça, d'ailleurs... :huhu:

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Message par altima » dim. 20 mai 2018 16:00

@Pascalita, j'ai eu les larmes aux yeux en te lisant.

Merci d'avoir raconté ta mutation pédestre.
C'est beau. Ca donne envie.
Ca paraît juste le bon sens, être simple. Et pourtant c'est tout un processus...
Déconstruire ces mouvements mal coordonnées et déconnectés de soi et de la terre qui nous porte... Cette portée (dans tous les sens) différente du mouvement et surtout le changement de la perception de ta place dans la nature. Je me suis fait le film et je pense que ça vaudrait tellement le coup d'en faire un documentaire à part entière (oui je m'enflamme!).
Tu as magnifiquement décrit ton expérience et j'adorerais être initiée par toi! :)
J'aime courir. Mais en petites chaussures et pour 30 secondes, comme une gamine. En baskets sur du bitume pour se défouler comme la majorité des gens, je ne peux pas: je sens que mes mouvements ne sont pas justes et mon corps me l'a signifié suffisamment souvent pour que j'abandonne toute velléité ou presque de courir.
Et du coup j'aimerais pouvoir en arriver là aussi, ça me fait vraiment rêver... bon, c'est toujours ce fantasme stéréotypé de régression naturelle à une harmonie humain-nature, rien de plus!

Un peu HS mais pas tant que ça, car oui la corporéité est au centre du sujet: as-tu constaté d'autres bénéfices corporels consécutifs à cette mutation?

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Pascalita » lun. 21 mai 2018 13:33

altima a écrit :
dim. 20 mai 2018 16:00
bon, c'est toujours ce fantasme stéréotypé de régression naturelle à une harmonie humain-nature
Je ne crois pas que ce soit un fantasme. Mon côté cartésien le disait aussi, mais - et c'est un début de réponse à ta question - j'apprends de plus en plus à écouter ce que je sens et pas seulement ce que je pense. Et il se trouve que l'harmonie humain-nature, je la sens. Je m'en suis beaucoup défendue au début, et je considère encore tout cela avec une extrême circonspection, voire de la méfiance, mais il n'y a rien à faire, "tout cela", je le sens. Je le sens au point que mon cerveau disjoncte par moments, complètement perdu, à la ramasse, à cent lieues derrière les sensations, incapable de les décrire. Ce qui est fantastique, d'ailleurs, c'est quand il s'arrête tout à fait.
Euh... on est bien dans la corporéité, là ? :clin:

Je ne sais pas très bien où est le rapport avec la mutation des chaussures, mais il existe peut-être... : je trouve que de manière générale, je ressens plus fort. Les sensations physiques mais aussi les émotions. C'est comme d'émerger d'une sorte de léthargie. Ça se manifeste depuis cinq ou six ans, je pense ; peut-être même plus (dans certains domaines - et il y a des fils sur lesquels j'ai longtemps hésité à poster, finalement sans le faire). Avec des moments où j'ai l'impression d'avoir franchi une barrière invisible, d'avoir changé de dimension - pour une dimension plus intérieure, mais en même temps complètement en lien avec l'extérieur, avec les sons, la lumière, les couleurs, les odeurs de l'endroit où ça se produit. Et ces points culminants où ma pensée disjoncte et où le temps s'arrête.
Mais si on continue par là, il va falloir détacher le fil et le rattacher à ceux sur la contemplation ou la méditation !
(Comme j'ai énormément de mal à mettre des mots sur tout ça, j'ai posté quelque chose ici.
Hors-sujet
@altima Ton message me touche beaucoup - tout comme vos réactions à tous. Je ne pensais pas pouvoir transmettre et susciter autant d'émotions.

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par altima » lun. 21 mai 2018 14:20

C'est juste pour éviter de tomber dans un côté perçu comme bisounours que j'ai hâtivement qualifié ce rêve de fantasme de régression.
Mais oui, je suis convaincue comme toi que c'est possible. Et que ça devrait être normal d'y accéder, de nouveau.
Merci encore à toi, ça permet de se rappeler qu'il y a des choses importantes à (re)faire pour se (res)sentir humain. Ce que tu évoques d'ailleurs si justement dans ton poème.

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par altima » jeu. 7 juin 2018 17:16

Je fais remonter pour signaler la parution d'un dossier sur la marche dans le magazine Biocontact de ce mois-ci.

Je n'ai pas encore lu donc je ne peux pas vous en dire plus, mais on retrouve notre ami Jacques-Alain Lachant l'ostéo qui nous fait marcher comme il faut, et surtout il est question de la marche pieds nus avec l'association LibR tes pieds - je ne sais pas si vous connaissez? https://librtespieds.com/2017/10/15/rev ... tes-pieds/

Bref tout ça donne bien envie de s'y mettre! :)

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par jeromeb » ven. 15 juin 2018 19:50

Bonsoir,

-- Qui aurai cru que ma première inervention sur un forum "psy" concernerait ... les pieds ? --

J'ai opéré également une transition vers la course minimalistes au cours de ces dernières années. Plus particulièrement en deux phases.

Tout d'abord, obsédé de technique lorsque je pratique un sport, la lecture des explications biomécaniques de la foulée légère (avant/medio pied) m'avait convaincu pour des raisons mécaniques de performance/efficacité.
J'ai donc progressivement changé ma foulée pour ne plus retomber sur le talon. Mes mollets se souviennent des débuts, et mes genoux me remercient. J'ai pendant 2 ans conservé mes baskets amorties et stabilisées (support de pronation)

Par curiosité, et dans le but de perfectionner ma foulée, j'ai acheté il y a deux mois des chaussons "minimalistes" à doigts de pieds.
Quelques heures à trainer à la maison avec m'ont déjà enthousaismé. Le plaisir connu du pied nu, sans le froid.

Ensuite, je les ai utilisés pour courir.
Suivant les conseils glanés sur les sites spécialisés dans la course a pied minimaliste, j'ai commencé par des séances très courtes. 10-15 minutes grand maximum. Malgré ma foulée déjà habituée à l'avant pied, mes tendons d'achille ont tiré. Mais sans jamais aller au dela d'un "entraînement" normal, donc sans traumatisme, je peux maintenant courir 40 minutes avec sans courbatures.
En fait, il faut tout simplement repartir de zero, comme si l'on n'avait jamais fait de course de à pied !

Mais dès la première séance, quel pied ! (si j'ose dire)
Le plaisir du pied nu, sans le froid, ni les petits cailloux. Le pied léger, qui fait son boulot de pied. Pour les affamés de technique sportive, on a le plaisir d'utiliser toutes les parties utiles de notre corps.

J'ai récemment repris mes baskets dites normales pour faire une séance de course à pied, j'avais vraiment le sentiment que mon pied était empeché de travailler comme il le devrait, comme "étouffé"

Une autre séance quelques jours auparavant dans un chemin forestier avait fini de me convaincre. Quel plaisr de ressentir le terrain. Mou, dur, stable, irrégulier ... on croit que l'on va se tordre la cheville, mais en fait, jamais ! Comme le corps ressent le terrain, il adapte les appuis. C'est presque magique !

Pour ceux qui voudraient débuter, il faut vraiment recommander la progressivité pour ne pas gâcher le plaisir par une blessure de précipitation ou d'excès d'enthousiasme.

Attention tout de même, la course a pied en chaussures minimalistes présente un gros danger (que présente un coureur dans une video youtube que je ne retrouve plus):
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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Pascalita » jeu. 21 juin 2018 12:53

Merci @altima, c'est intéressant parce que ça complète et enrichit l'aspect perceptions/sensations.

Je n'ai jamais franchi le cap de courir pieds nus parce que je pense que je me blesserais inévitablement : toutes sortes de chemins truffés de racines, de cailloux, de branches tombées, de pommes de pin – sans compter les petites bestioles – et des pieds habitués aux chaussures depuis trop longtemps.
Mais si une piste d'athlétisme ou un bout de route goudronnée se présentaient dans ma forêt favorite, juste pour un temps, par magie, j'enlèverais mes chaussures sans attendre ! :huhu:

Dans le jardin par contre, dans la maison, sur la plage évidemment..., je ne me prive pas. C'est comme élargir son champ de perception, je trouve. La chaleur et le froid, l'humidité ou la poussière, la texture, la souplesse d'un sol tourbé, s'enfoncer dans le sable, c'est d'une telle richesse ! Et c'est aussi être en contact plus étroit avec la terre, comme quand on s'asseoit ou se couche par terre. Je trouve ces sensations très rassurantes, apaisantes.

@jeromeb : je vois que nous avons la même expérience et le même plaisir ! Cheers !

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par TourneLune » jeu. 21 juin 2018 14:44

Ce que je trouve intéressant dans l'histoire, au-delà de votre ressenti, c'est qu'il se passe un peu la même chose avec les chevaux que de plus en plus de gens laissent pieds nus, au prétexte que les fers détruiraient les
Sauf que là, niveau locomotion, c'est l'inverse, on explique que les fers provoquent une démarche avec un posé en pince d'abord et ensuite en talons, néfaste pour le cheval, alors que pieds nus, il retrouve une démarche " naturelle", en talon en premier.
Le cheval étant un ongulé et non un plantigrade, c'est comme s'il se déplaçait sur son gros orteil uniquement, par rapport à nous.

Quoi qu'il en soit , j'imagine que le mouvement est de la même façon, constitué d'extrémistes alarmistes basant leur discours sur le dénigrement de l'existant et de personnes se basant sur leur sens de l'observation et leur ressenti expérimental....
Pour les mp qui ne sont pas à caractère personnel, merci d'envoyer vos messages au groupe " modérateurs globaux", ce sera plus efficace ;)

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par Louise » jeu. 28 juin 2018 16:08

Moi je ne cours pas, mais je danse. Pieds nus. C'est un non-sens pour moi de danser en chaussures, parce que sans même aller creuser niveau théorique, on sent très clairement qu'on perd d'une part des éléments de perception, et d'autre part des éléments de stabilisation.
Et si on creuse niveau théorique, on a un max de mécanorécepteurs proprioceptifs sous les pieds, mandieu, pourquoi aller les étouffer?
Toutes les danses traditionnelles que j'apprends (flamenco, kalbeliya, ghawazee, polynésienne) ont en commun de partir du pied, et l'énergie qu'on y met, la posture entière du corps, les chaînes musculaires travaillées, tout va dépendre et "partir" du pied.
Vraiment, c'est une partie du corps qu'on délaisse trop par rapport à ce qu'elle nous apporte (ne voyez rien de fétichiste là dedans :D)

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Re: Courir pieds nus (ou presque) – ou le corps, les chaussures et l’âme

Message par altima » jeu. 28 juin 2018 17:17

Idem, je danse pieds nus. Chez moi :p mais toujours pieds nus. Ca vaut pas le coup sinon, c'est vrai que l'occasion est trop belle de réveiller les récepteurs... un peu de réflexologie au passage,hop! :)

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