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[QALC] La procrastination

Posté : mar. 31 oct. 2017 15:45
par Wal
Bonjour à tous :)

C'est avec une certaine émotion que j'inaugure cette nouvelle section. 8)
Et pour l'occasion, j'ose enfin poser cette question qui me taraude depuis si longtemps.

Mais ça vient d'où ce délire sur la procrastination?!!!

Parce que bon, ça revient tout le temps sur le forum, y'a même deux sujets dédiés dans le délirium!
(et une 3ème, plus sérieux dans le grand salon!! :o )

delirium/jour-une-procrastination-t433.html
delirium/jour-une-victoire-contre-procr ... t6891.html
http://adulte-surdoue.fr/discussions-de ... 83-75.html

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mar. 31 oct. 2017 15:49
par baptiste
Je te répondrais bien mais j'ai la flemme XD

On verra ça demain... Peut être

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mar. 31 oct. 2017 15:51
par TourneLune
Rah lala, mais c'est pas du tout une question à la con ça :lol:
La réponse à cette question, si on la trouve, va révolutionner le monde ;)

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mar. 31 oct. 2017 16:14
par Miss souris
Je ne procrastine rien. C'est simplement que c'est jamais le bon moment de faire les choses ...

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mer. 1 nov. 2017 14:57
par Adena
Je crois qu'il n'y a pas une mais des procrastinations. Avant de comprendre pourquoi, il faut d'abord bien définir le truc.

Avant toute chose, je tiens à partager cette conférence TED de Tim Urban, (je me demande si j'en ai pas déjà parlé ici) que j'aime énormément et qui montre des images très scientifiques (non) sur la façon dont fonctionne le cerveau d'un procrastinateur VS un non procrastinateur. C'est un système très complexe qui implique le "singe de la gratification instantané", le "décideur rationnel" et le "monstre panique" ainsi que deux zones de la réalité que sont "l'air de jeux des ténèbres" et "l'endroit où les trucs importants arrivent" (ces traductions approximatives vous sont offertes par moi-même avec grand plaisir).
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=arj7oStGLkU[/BBvideo]

Par ailleurs Tim Urban tiens un blog, Wait but Why qui parle beaucoup de procrastination de façon rigolote et intelligente.

Maintenant que j'ai laissé des gens cools poser les bases du problème de façon brillante, venons en à la question de fond :

"Quelle est la p****n de différence entre être victime de la procrastination et être une sale feignasse loqueteuse ?"

S'agit-il d'un fourbe glissement sémantique visant à une revalorisation narcissique aussi lâche que peu convaincante ?
La réalité est-elle plus complexe ?

L'emploi massif du mot "procrastination" semble être congruent avec la massification de l'usage du web, et ça paraît cohérent. Quand on t'agite un truc qui bouge, fait du bruit et de la lumière devant le nez toute la journée, ben, t'as du mal à te concentrer sur autre chose. Rien à voir avec la douance ou un quelconque fonctionnement neuroatypique. D'ailleurs, prendre de votre temps est le gagne-pain de facebook, google, youtube et autres qui dédient à cela des équipes d'experts réfléchissant à des choses comme "comment rendre le feedback de l'application assez gratifiant et faire entrevoir des récompenses régulières mais non totalement prévisibles (c'est important pour créer une implication personnelle et un sentiment de dépendance) pour que l'utilisateur sente le besoin d'y revenir le plus souvent possible ?"
Un article qui effleure le sujet : http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/ru ... -gens.html

Par ailleurs, il existe aussi des fonctionnements cognitifs qui favorisent ce type de comportements. Avoir une attention fragile, ne pas être capable de différer la récompense et fonctionner avec pour unique moteur la motivation à avoir un plaisir immédiat, ça s'inscrit dans les manifestations des troubles de l'attention, avec tout un continuum dans la sévérité de l'expression du trouble et ce pour chaque symptôme. Chez les personnes présentant un haut potentiel intellectuel, on trouve souvent des particularités cognitives évoquant des traits similaires au trouble de l'attention ou carrément une comorbidité vraie.

Voilà déjà deux pistes qu'y mériteraient d'être creusées avec plus de sérieux mais là, je n'ai pas trop le temps, faut que je check mon feed facebook :P .

Mais du coup, quel est plus précisément l'objet de ta question ? Comment le phénomène procrastination s'inscrit dans notre société ? Quel place spécifique il prend dans la douance ? Comment en décrire les mécanismes, l'objectiver d'un point psychologique, neuroscientifique, comportemental ?

Re: [QALC] La procrastination

Posté : jeu. 2 nov. 2017 12:21
par Emeraude33
J'avoue que j'aime beaucoup la réponse de baptiste et dans un autre genre celle de miss souris... xD

Blague à part les thématiques que tu abordes Adena font réfléchir, surtout les questions bouclant ton post. Je te rejoins d'autant plus sur la problématique d'internet liée à ce phénomène ou d'autres qui sensationnalise un système de fonctionnement (voire de repos) commun à tous à la base. Après oui il est clairement nécessaire de pousser les recherches pour différencier la loque flemmarde d'une personne incapable de faire autrement, pour plein de raisons... neurologiques, ou pas !
Différencier un trouble psycho-social d'une réalité événementielle (je voulais parler du coup de la lumière qu'on a sous le pif toute la journée et qui nous dérange fatalement) est en effet important... chose que ne font pas la majeure partie des "apprentis sorciers" proposant des cours/conférences de développement personnel.

Re: [QALC] La procrastination

Posté : jeu. 2 nov. 2017 15:15
par Wal
Waouh !!!
Je me disais bien qu'elle avait du sens cette QALC! :D
Et merci pour les explications, Adena!
Par contre, va falloir que je révise mon anglais (heureusement qu'il y avait des images :1cache: ).
Adena a écrit : Mais du coup, quel est plus précisément l'objet de ta question ? Comment le phénomène procrastination s'inscrit dans notre société ? Quel place spécifique il prend dans la douance ? Comment en décrire les mécanismes, l'objectiver d'un point psychologique, neuroscientifique, comportemental ?
A vrai dire, je pensais surtout aux délires sur le forum, et donc le lien avec la douance.
Et un moyen de légitimer ma flemme actuelle qui fait que je passe mon temps à lire le forum au lieu de bosser. C'est grave, docteur? :$

Tenez d'ailleurs, encore une discussion sur le sujet:
psychologie-sante/faire-arreter-procrastiner-t3454.html


Et si vous voulez rire, 2 vidéos (la 1ère est juste énorme!):

[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=ce17dHOueII[/BBvideo]
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=9vC4OrYeEpM[/BBvideo]

Re: [QALC] La procrastination

Posté : dim. 5 nov. 2017 21:04
par Traum
Quelques éléments de réponse tirés de mon DU TCC.
Je n'aime pas trop dire que ça répondrait au « pourquoi » parce que ce qui fait que l'on devient procrastinateur… je ne suis pas sûre qu'on le sache vraiment. Les circuits de la récompense (souvenir de récompense et de sanction avec des effets de renforcement positif, dopamine…), le principe de plaisir vs. le principe de réalité, les différences de fonctionnement entre ceux qui procrastinent et ceux qui ne procrastinent pas… ça dit ce qui est, cela n'indique pas que c'est la cause.

Sur la définition de la procrastination : procrastine qui remet à plus tard.
Il y a la procrastination « normale » : quand elle porte de petites tâches peu importantes pour, notamment, s'occuper des (vraies) priorités, ou encore quand on reporte des tâches qui, manifestement, sont trop coûteuses en temps et en énergie pour être réalisées dans les conditions présentes (manque de moyens réels, pas un prétexte).
Et il y a procrastiner de manière dysfonctionnelle. C'est-à-dire : qui reporte de façon inutile et préjudiciable une tâche importante, incontournable et dont la mise en œuvre n'est en soi pas insurmontable. (Ainsi, faire le ménage pour éviter de commencer à s'atteler à la rédaction d'un compte-rendu important, par exemple, n'est pas une priorité, mais relève d'une procrastination dysfonctionnelle.)

La procrastination pathologique connaît fréquemment d'autres comorbidités : TDAH, TOC, phobie…

Accessoirement, même quand elle n'est quand même pas franchement pathologique, la procrastination interroge… parce qu'elle peut entraver beaucoup d'entre nous dans notre vie quotidienne. :evil:
Et puis elle a trait aussi à la frustration (notion de plaisir à court terme vs. plaisir à long terme, avec des calculs coût / avantage, bénéfices / risques, crainte de ne pas avoir de retour sur investissement…), à l'auto-appréciation (procrastiner permet indirectement de se prémunir contre le risque de se découvrir « nul », il y a donc bénéfice secondaire) et à l'hostilité. (Pour ceux que ça intéresse, ce sont les trois grandes croyances d'Ellis sur la procrastination.)

Toujours pour ceux que ça intéresse, quelques idées pour lutter contre la procrasination :
  • Les conséquences favorables (le plaisir, le succès…) immédiates de la procrastination l'emportent sur les effets à long terme défavorables (eh oui). Ce qui renforce ce comportement. (La procrastination s'auto-entretient volontiers.)
  • Augmenter les conséquences positives à court terme d'une action reportée est plus efficace que le spectre aversif des effets négatifs sur le long terme.
  • La motivation ne suffit pas toujours, même entretenue.
  • Il peut aussi être utile de se protéger des sources de distraction.
  • Il est important de développer des stratégies pour passer à l'action.
Quelques solutions
  • Apprendre à connaître en soi les signaux d'un comportement procrastinateur en faisant le lien entre le comportement, les émotions et les pensées d'un tel comportement et développer d'autres ressources à partir de là. (C'est le modèle de base des TCC, d'ailleurs.)
  • Saucissonner la tâche : plutôt que de vouloir avaler la mer, on peut boire verre d'eau après verre d'eau. C'est quand même plus gratifiant.
  • S'y mettre 5 ou 10 minutes plutôt que de persister à croire qu'il faut 2 heures sinon rien pour faire telle tâche. Parce que déjà, si on n'utilise pas le temps que l'on estime nécessaire pleinement, en bon procrastinateur… eh bien, on va souvent ne rien faire et se punir doublement : de n'avoir rien fait et d'avoir perdu autant de temps. Alors que cette petite astuce des cinq minutes vise souvent à nous permettre de commencer (le plus dur pour le procrastinateur) en nous donnant l'illusion que ça ne dure pas longtemps. (Couplée à l'astuce plus haut, c'est plus efficace puisque, effectivement, la tâche est moins importante et donc la gratification à court terme est plus probable.) Et souvent, au bout de 5 minutes, on est dedans, on a envie de continuer, voire on a oublié que les cinq minutes sont déjà passées.
  • Créer des techniques d'amorçage = se rendre la tâche future plus facile (fichier tout prêt, bonnes conditions de travail…), et non pas utiliser des jockers comme : ranger le bureau, relire indéfiniment le même papier en voulant croire (faussement) que c'est absolument indispensable…
  • Lutter contre les croyances erronées / dysfonctionnelles du circuit de la procrastination, donc lutter contre : la surestimation du temps restant et la sous-estimation du temps nécessaire (tableau entre les délais imaginés / les délais réellement tenus), la surestimation de la motivation future, la croyance du fait qu'il faudrait être « inspiré », la croyance du fait qu'en plus, si on n'est pas bien disposé, ça pourrait être improductif.
  • Faire le point sur ce qui est réellement important et ce qui ne l'est pas.
Ce ne sont que quelques idées…
Et comme il m'arrive de procrastiner aussi, eh bien, pour moi, la technique des cinq minutes est souvent très efficace. Je m'aide aussi avec un petit mantra personnel comme quoi « toute minute travaillée est bonne à prendre » (plutôt que l'espoir d'avoir cinq heures et finalement de ne rien faire parce que j'aurais perdu cinq minutes et donc cru que ça ne valait plus la peine de commencer à travailler).

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 6 nov. 2017 07:21
par dani
Excellent, merci beaucoup Traum !

J'ai testé les 5 minutes, cela marche plutôt bien.

Ensuite, ce qu'il m'est difficile de gérer, ce sont les multiples distractions quand le boulot se poursuit plus longtemps, ou quand je passe à une autre tâche et que je "m'offre une pause". Ces distractions se prolongent et m'empêchent de finir rapidement l'ensemble des activités un peu ennuyeuses.

Mais le petit coup de dopamine quand je vois une notif FB par exemple est très addictif. Alors qu'en général elle n'a absolument aucune importance. Là j'ai viré l'appli FB du mobile, ainsi que lien direct vers AS d'ailleurs. J'ai encore les raccourcis sur mon ordi mais je songe à les enlever (là par exemple ce matin j'ai déjà pris du retard sur ce que j'avais prévu de faire), car au fond aller 1-2 fois par jour sur ces réseaux-sites est largement suffisant pour se tenir au courant, voire intervenir.

Mais la curiosité du "nouveau post- nouveau message" est difficile à maîtriser, pour FB c'était devenu un réflexe plusieurs fois par heure, totalement absurde. J'en suis sortie 15 jours et suis plus raisonnable depuis, j'ai l'impression d'avoir plus de temps pour des activités plus importantes. Mais je sais que c'est fragile (mais je continue à me soigner :P )

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 6 nov. 2017 14:45
par Traum
Personnellement, j'ai retenu depuis longtemps que je ne pouvais pas être intensément productive sur de longues périodes de temps. Du coup, je m'accorde des pauses très fréquentes.
C'est une hérésie que de croire que l'on peut aligner deux heures de travail sans pause et en étant tout aussi productif.
Dès que l'on ressent de la fatigue, c'est en réalité déjà trop tard : la fatigue était déjà présente depuis un bon moment. On a plutôt intérêt à faire des pauses à des moments où l'on ne se sent pas encore fatigué.

Ensuite, bien sûr, il faut se remettre à travailler et les petites astuces proposées ci-dessus peuvent être tout à fait utilisées.

À titre strictement personnel, je ne travaille jamais aussi bien qu'en bibliothèque et j'aime plutôt bien ça.
Mais c'est comme tout, je peux saturer aussi de passer seulement ma vie en bibliothèque et après cinq mois à fréquenter toutes celles de Paris, j'ai un peu saturé et j'investis plutôt mon chez moi.

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 6 nov. 2017 16:20
par dani
Traum a écrit :Personnellement, j'ai retenu depuis longtemps que je ne pouvais pas être intensément productive sur de longues périodes de temps. Du coup, je m'accorde des pauses très fréquentes.
moi aussi... mais ce qui me pose problème c'est que parfois les pauses sont plus intéressantes que le taf à faire et qu'elles se prolongent exagérément :lol:

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 6 nov. 2017 16:59
par Wal
Merci Traum! :)

Comme Dani, je prends note pour la technique des 5 minutes!
(que j'ai d'ailleurs l'impression d'avoir déjà un peu expérimentée, sans m'en rendre compte).
Par contre, quand tu parles de procrastination dysfonctionnelle et pathologique, c'est la même chose?

Et concernant les mécanismes de la procrastination, si on s'éloigne un peu du sujet, n'y aurait t-il pas des similitudes avec ceux de l'addiction?
C'est en tout cas ce que ça m'a évoque quand tu fais référence au plaisir, au circuit de la récompense, à la dopamine etc...
idem quand Adena et Dani parlent de l'utilisation d'internet et des réseaux sociaux, avec ces équipes d'experts qui cherchent à nous rendent accros (je suis sur que vous avez les mêmes sur le forum!! :D ).
Et, d'ailleurs, dans cet exemple précis du net, n'y aurait-il pas un lien cause - conséquence : Ce serait l'addiction au web qui induirait le comportement de procrastinateur?

Autre question - toujours en s'éloignant un peu - concernant le bore-out.
Quand on lit les derniers témoignages sur le fil du forum Le bore-out, on se rend compte qu'il n'est pas seulement question d'ennui par manque d'activité.
A l'inverse, Il peut s'agir aussi de situations où, malgré une activité soutenue, les personnes ressentent un réel manque de motivation, de reconnaissance, ou n'arrivent pas à donner du sens à ce qu'elles font (je pense, en particulier, aux témoignages de Nelea, livlafleur et Différente en page 2).

On en revient ici à la "question de fond" posée par Adena:
Adena a écrit : "Quelle est la p****n de différence entre être victime de la procrastination et être une sale feignasse loqueteuse ?"
S'agit-il d'un fourbe glissement sémantique visant à une revalorisation narcissique aussi lâche que peu convaincante ?
La réalité est-elle plus complexe ?
Alors, on fait comment la différence?
Et ceux qui passent leur temps sur internet, ce sont quoi: des glandeurs, des junkies ou de pauvres victimes de la procrastination? :mrgreen:

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 6 nov. 2017 19:21
par Traum
Intuitivement, je dirais que :
  • Le procrastinateur n'évite pas tout travail, mais il évite celui qui lui fait peur / dont il perçoit de potentielles conséquences désagréables… Ex. : je suis capable de nettoyer tout mon appartement, ranger des choses non rangées depuis dix ans, juste pour éviter d'écrire un compte-rendu.
  • La sale feignasse loqueuteuse dont parle Adena me renvoie plutôt l'idée de la personne qui, de façon générale, ne fait rien. Elle évite tout effort, quelles que soient les conséquences, et s'il y en a, eh bien, elle s'arrange pour bazarder la tâche à effectuer.
Le comble serait d'être les deux…
Mais bon, franchement, on est probablement toujours un peu les deux. C'est un peu comme tout : c'est une question de degré…

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 6 nov. 2017 19:56
par Emeraude33
Traum tu me sembles avoir bien résumé la question ! Je te rejoins que la conclusion ;) j'imagine que tout dépend de plein de paramètres aussi : l'humeur globale, le moment de vie plus ou moins joyeux, l'état de santé... le temps !

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mar. 21 nov. 2017 12:17
par Le Renard
Wal a écrit : idem quand Adena et Dani parlent de l'utilisation d'internet et des réseaux sociaux, avec ces équipes d'experts qui cherchent à nous rendent accros (je suis sur que vous avez les mêmes sur le forum!! :D ).
C'est un truc dont on parle beaucoup mais rarement autrement qu'en tournant autour du pot.
Je suis tombé hier sur cet article : Modern Media Is a DoS Attack on Your Free Will

Pour une fois je cèderai à la flemmardise et laisserai l'article briller par lui-même. C'est simple, ça reste en surface, et ça complète les contenus proposés par Tisseron et al en posant les bases de discussion avec une propreté assez rare. C'est l'interview d'un mec qui a pendant dix ans largement développé la publicité ciblée chez Google, puis a viré sa cuti et cherche maintenant à organiser un lobbying en faveur de la régulation. Ses réflexions sur l'impact de la distraction chronique sur notre cognition, jusque sur nos capacités à exercer nos droits démocratiques, méritent le petit détour. Perso j'essaye encore de digérer tout ça pour en faire mon miel.

Quelques extraits écumés en surface pour faire la pute à clic :

Ils nous font regarder et cliquer. A force je pense que ça use certaines capacités, comme la volonté, en nous faisant prendre plus de décisions. Une étude a montré que des distractions répétées réduisent le QI effectif jusqu'à 10 points. C'était plus que deux fois la chute de QI que vous avez après une consommation à long terme de cannabis.
Ce qui c'est passé c'est (...) cette inversion entre information et attention. La plupart des systèmes que nous avons dans la société - que ce soient les nouvelles, la publicité, ou même nos systèmes légaux - continuent à faire l'hypothèse d'un environnement rare en information. Le premier amendement protège la liberté de parole, mais il ne protège pas nécessairement la liberté d'attention. Il n'y avait rien qui obstrue vraiment l'attention des gens à l'époque où il a été écrit.
(alors qu'il décrit différentes zones d'attention)
Deuxièmement, la "lumière des étoiles". Si le feu du projecteur sert à faire des choses, la lumière des étoiles c'est qui je veux être, pas seulement ce que je veux faire. Ce sont ces buts qui ont de la valeur par eux-mêmes, pas parce qu'ils sont instrumentaux pour quelque autre but. (...)
Par la simple force de la répétition, ça a l'effet de nous faire oublier ces étoiles selon lesquelles nous voulons vivre, ou tout du moins pas y réfléchir autant. Nous commençons à considérer que des buts de rang moins élevé ont une valeur inhérente - en essence, c'est la mesquinerie en tant que phénomène.
(on dirait ce que racontait Henry David Thoreau en 1854)



Et pour faire plaisir à tout le monde :
N'est-ce pas notre propre faute si nous sommes trop facilement distraits ? Peut-être avons-nous juste besoin de plus d'autodiscipline.

Ce genre de rhétorique accorde implicitement l'idée qu'il est acceptable que la technologie nous soit antagoniste. (...)


Est-ce que la responsabilité personnelle compte pour quoi que ce soit ?


Ce n'est pas seulement que je pense que la responsabilité personnelle est sans importance. Je pense que c'est une solution indéfendable à ce problème. (...) Cette industrie emploie quelques uns des gens les plus intelligents, des milliers de docteurs en design, en statistiques, en ingénierie. Ils se rendent chaque jour au travail pour nous faire faire cette chose, càd pour saper notre volonté. Il n'est pas réaliste de dire que vous devez avoir plus de volonté : c'est précisément la chose qui se fait miner !

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mar. 21 nov. 2017 12:21
par TourneLune
T'as plus qu'à traduire ou sous-traiter mais effectivement, problème si pertinent auquel AS participe :lol:
Même si on n'a pas une armée d'ingé pour ça

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mar. 21 nov. 2017 12:37
par Le Renard
Je traduis juste le raccolage. Si ça plaît, la Fondation AS peut me payer super cher pour que je traduise tout l'article.

Re: [QALC] La procrastination

Posté : mar. 21 nov. 2017 12:56
par Grabote
Je ne t'aurai jamais cru si vénal Le Renard ! :swear:

Re: [QALC] La procrastination

Posté : ven. 22 déc. 2017 09:28
par Obsidian
Je suis tombé (absolument par hasard, ou du moins, un minimum) sur un article de Wiki Zebras-Crossing parlant de la procrastination (surprise totale ! Vous ne vous attendiez pas à ce que j'aborde ce sujet ici hein ? :vgeek: ).
Voici le lien, mais je vais en faire une petite ébauche : http://wiki.zebras-crossing.org/doku.ph ... astination

La définition donnée de la procrastination est la suivante : "La procrastination, du latin pro et crastinus qui signifie « demain », est la tendance à remettre systématiquement au lendemain quelques actions (qu’elles soient limitées à un domaine précis de la vie quotidienne ou non). Le « retardataire chronique », appelé procrastinateur, n’arrive pas à se « mettre au travail », surtout lorsque cela ne lui procure pas de satisfaction immédiate."

On retrouve ce qui a été donné plus haut par Traum : la satisfaction immédiate l'emporte sur celle à long terme.

Pour les causes de cette procrastination, voici ce que le site donne :
  • Angoisse du jugement : par peur d'être jugé par rapport à son soi idéalisé, il vaut mieux ne rien faire. Par rapport au haut niveau d'exigence, la procrastination est une stratégie d'évitement du jugement.
  • Perfectionnisme : en pratique, cela revient à l'angoisse du jugement.
  • Désir de jouer avec la limite, parce que c'est plus amusant. Désir pulsionnel, flirt avec la toute puissance
Le premier point peut être lié à ce qu'a dit Traum dans son poste :
Traum a écrit :
dim. 5 nov. 2017 21:04
Et puis elle a trait aussi [...] à l'auto-appréciation (procrastiner permet indirectement de se prémunir contre le risque de se découvrir « nul », il y a donc bénéfice secondaire) et à l'hostilité.
Je trouve ce point assez intéressant, et je pense qu'il mérite d'être un peu plus approfondi.
Dans mon cas, je sais que je réunis ces 3 causes, et parfois même un peu de la fainéantise loqueteuse (un comble, n'est-ce pas :$ ).

Comme le disait Traum, cette procrastination pourrait être un moyen d'éviter de se découvrir nul. J'ajouterais même qu'elle serait un moyen de se valoriser en cas de réussite (d'un examen par exemple) ou de se trouver une excuse en cas d'échec (ben... toujours d'un examen, par exemple).
En effet : si en repoussant le travail jusqu'au tout dernier moment, voir en ne bossant qu'un minimum, je réussis à avoir une bonne note à un partiel, c'est ultra gratifiant ! (Bon, sauf quand le syndrome de l'imposteur vient pointer le bout de son nez), et inversement : si j'ai foiré, "ben c'est normal, c'est parce que je n'ai pas bossé".

La procrastination peut donc être utilisée comme excuse suprême pour donner des explications à ce qui nous arrive, de positif comme de négatif.

J'ai aussi envie d'ajouter un petit point (qui est légèrement lié au troisième énoncé plus haut) : dans le milieu scolaire, la procrastination est socialement très valorisée. En effet, un élève qui ne bosse pas sera considéré comme "cool". Si en plus de ça, il réussit à avoir de bonnes notes, alors c'est tout bénef pour lui (j'en ai une expérience plutôt positive, mais j'avoue que ce mécanisme peut facilement se retourner contre son utilisateur : jalousie des camarades, etc ). Je ne veux pas forcément dire qu'un élève ira volontairement procrastiner pour être cool, mais que tout ceci pourrait l'encourager dans ce petit jeu.

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 29 janv. 2018 09:34
par Tipiak
Maintenant que j'ai laissé des gens cools poser les bases du problème de façon brillante, venons en à la question de fond :

"Quelle est la p****n de différence entre être victime de la procrastination et être une sale feignasse loqueteuse ?"

S'agit-il d'un fourbe glissement sémantique visant à une revalorisation narcissique aussi lâche que peu convaincante ?
La réalité est-elle plus complexe ?
Adena, merci, qu'est-ce que j'ai ri, celle-là va s'inscrire dans mon "hall of fames" :) (Mon best of quoi)

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 29 janv. 2018 22:34
par Grabote
je pense avoir suffisamment de légitimité à parler de procrastination pour répondre à Adéna que procrastiner équivaut rarement à glandouiller. Perso ma procrastination m'amène souvent à faire tout un tas de trucs que je ne ferais pas si je ne procrastinais pas et je ne parle pas seulement de poster ce message inutile au lieu de continuer à construire mon site pro.
Il est prouvé que la procrastination a des bénéfices secondaires comme des élans spontanés à faire le ménage ou même à faire avec enthousiasme ce qu'on procrastine depuis quinze jours parce qu'un truc à plus fort indice procrastinatoire est arrivé en tête de liste.
Bref, je pense sincèrement que feignasserie et procrastination sont incompatibles tant cette dernière demande de l'énergie. :vgeek:

Re: [QALC] La procrastination

Posté : jeu. 1 févr. 2018 11:29
par Tipiak
Mais comment je plussoie à la force 42 000 tout ce que tu viens d'écrire ! Je m'y reconnais totalement... Rha, ça fait genre 6 mois que je dois prendre rendez-vous pour la révision de la bagnole, et j'y arrive pas, c'est horrible !!!

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 19 févr. 2018 00:52
par Napirisha
La contribution d'une artiste sur ce grave sujet...

http://www.youtube.com/watch?v=UCZgKvCFlvg

Juliette, La Procrastination
"j'ai encore le temps pour me mettre en route
le temps qui musarde et le temps qui doute
demain je ferai les trucs emmerdants
J'ai encore le temps de perdre mon temps"

Re: [QALC] La procrastination

Posté : lun. 19 févr. 2018 13:25
par Pascal
Petite touche personnelle et premier post :)
En ce qui me concerne, en tant procrastinateur + + version doctorat es flemme, j'ai tendance à accumuler les petits et grands retards. Mais procrastiner n'est pas oublier ... et tous ces retards qui s'accumulent enflent dans ma tête au fur et à mesure.
Lorsqu'il y en a trop je perd la capacité à estimer le temps que cela peut me prendre pour tout faire et là c'est la panique et le moment du coup de pied au c... je me lance dans l'opération rattrapage que je boucle en quelques heures alors que j'en faisait une montagne !!