Opéra et théâtre lyrique

Le lieu de Culture, comme le titre de la rubrique l'indique. Ici il s'agira d'Oeuvres et d'Auteurs du vaste paysage culturel. Textes, photos, vidéos...
Rappelons que vos propres créations ont leur lieu consacré!
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Tamiri
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Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » dim. 15 oct. 2017 20:26

Je sollicite la bienveillance de la modération pour l'ouverture de ce sujet que préférerais distinct de celui sur la musique classique pour la raison suivante :
Il s'agirait, si vous le voulez, d'aborder ici les formes théâtrales ayant recours, pour les textes, à une déclamation partiellement ou totalement chantée, indifféremment des courants musicaux, et recouvrant une variété d'appellation et de sous-genres de l'opéra ou de la comédie musicale.
Je préfère parler de "théâtre lyrique" plutôt que de "théâtre musical" car cette appellation recouvre aujourd'hui, assez fréquemment, des spectacles comportant de la musique mais où la progression dramatique ne s'appuie pas essentiellement sur un texte chanté plutôt que parlé. Je sais que la distinction peut être ténue et j'espère qu'on aura l'occasion d'en discuter.

Je me propose d'amorcer la pompe (vivement qu'on fasse un opéra avec les Shadoks d'ailleurs) avec les spectacles qui m'ont enthousiasmé au cours de la saison passée (2016-2017) :

Carmen à Bastille, mars 2017
Musique : Bizet
Livret : Meilhac et Halévy
Mise en scène : Calixto Bieito
Direction musicale : Bertrand de Billy

Je n'avais jamais vu cette production déjà ancienne, mais qui n'était jamais venue à Paris.
Je ne peux évidemment pas prétendre connaître toutes les lectures récentes de Carmen, mais celle de Bieito m'a immédiatement paru d'une évidence dramatique confondante. En éliminant toute forme d'exotisme et d'agrément décoratif, Bieito replace le spectateur dans l'intrigue et dans les personnages, dans l'ambiguïté, le cynisme et la violence du texte. Les soldats redeviennent des soudards brutalement contemporains : de beaux uniformes de l'époque de Mérimée auraient probablement atténué l'aspect angoissant de la scène où ils tentent de retenir Micaela (or s'ils lui proposent d'entrer dans le corps de garde, ce n'est vraisemblablement pas pour lui servir une tasse de thé). S'ils avaient eu leurs attributs de carte postale, chapeaux à plumes et petits ânes sur les sentiers de la montagne, les contrebandiers seraient devenus des brigands romantiques : les représenter transportant des écrans plats dans des Mercedes louches leur restitue toute leur ambiguïté. Micaela, le personnage "ajouté" au récit originel, jeune femme ordinaire projetée dans une histoire sordide, cesse alors d'être la caution morale un peu naïve du spectacle pour devenir le support de l'identification du spectateur.
Ce spectacle joué de mars à juillet a connu plusieurs distributions successives, je m'étais précipité pour l'affiche la plus alléchante, celle du premier mois. Il faut dire qu'Alagna est toujours l'homme de la situation, une situation d'ailleurs paradoxale : on se réjouit de la qualité de sa diction, alors que ça devrait être la norme. De ce point de vue, déception à l'égard de Clémentine Margaine en Carmen, qui maltraite la langue au point qu'on doit lire le surtitrage... Alexandra Kurzak compose une Micaela touchante, son petit format vocal en soulignant à mon sens l'humanité.
Ce spectacle ayant été filmé il y a longtemps avec une autre distribution autour d'Alagna se trouve facilement en DVD mais le clair-obscur permanent de la scène est pratiquement impossible à rendre à l'écran. Il faut le voir pour le croire, vivement les reprises (puisque cette production est appelée à entrer au répertoire de Bastille).
Ci-dessous, extrait de la production originale en Espagne :
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=LukXwU_a7BU[/BBvideo]


42nd Street au Châtelet, décembre 2016
Musique : Harry Warren
Livret : Al Dubin
Mise en scène : Stephen Mear
Direction musicale : Gareth Valentine

C'est le retour d'une partie de l'équipe qui avait fait l'excellent Chantons sous la pluie l'année précédente, à ceci près que le chorégraphe, auparavant dans l'ombre d'une star de la mise en scène (Robert Carsen) est désormais seul aux commandes.
La filiation avec Carsen est assez claire : Stephen Mear sait assurer le spectacle sans jamais trop en faire, et la mise en abyme dont Carsen est le champion fonctionne ici à plein puisque c'est de toutes façons le propos de l'oeuvre elle-même. Les moyens sont souvent simples mais d'une efficacité imparable et d'une folle intelligence. La toute première image - le rideau qui s'entrouvre pour ne laisser apparaître que les pieds d'une horde de danseurs de claquettes - possède d'ailleurs une force d'évocation telle qu'à la représentation à laquelle j'assistais, des applaudissements ont salué immédiatement cette vision avant même le début de l'histoire. Pendant la fraction de seconde qui a précédé ces applaudissements, la salle a été parcourue de ce bruissement indescriptible, de ce "aaah" d'admiration muet des moments de magie qu'on ne ressent qu'au théâtre. Reste, également, que cette débauche de numéros de claquettes n'est pas un divertissement écervelé : la crise de 1929 est constamment présente à l'esprit, la frontière ténue entre gloire et misère est l'un des moteurs de la pièce, et le finale mettant en avant la solitude du metteur en scène est un des moments les plus forts de la mise en abyme.
C'est un vrai plaisir de retrouver ce chef anglais jusque-là inconnu sous nos cieux : avec une formation réduite aux proportions d'un big-band de jazz agrémenté de quelques instruments classiques (l'orchestre de Chantons sous la pluie
était une formation symphonique complète), Gareth Valentine remplit littéralement la salle d'un déluge de sonorités charnues tout en gardant une précision et un mordant remarquables. Personnage principal, chanté autant que dansé, Monique Young affronte crânement un rôle absolument écrasant, certes un peu aidée par une légère amplification, mais tout de même... Tout ceci concourt à une lecture sans-doute spécifiquement européenne, un peu plus opératique sur le plan musical, que les productions américaines récentes (il suffit d'écouter les disques pour s'en faire une idée) mais qui fait école, puisque les spectacles du Châtelet, à leur tour, franchissent l'Atlantique...
Et je me réjouis de retrouver la reprise de Chantons sous la pluie cet hiver, même si le Grand Palais n'offrira pas le confort acoustique d'un vrai théâtre...
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=gUGRJFvs_E8[/BBvideo]


Viva la Mamma à Lyon, en juin 2017
Musique : Donizetti
Livret : Domenico Glardoni
Mise en scène : Laurent Pelly
Direction musicale : Lorenzo Viotti

42nd Street égratignait un tout petit peu les ténors, cette autre rareté le fait beaucoup. Et les chanteurs en général. Il s'agit d'une autre mise en abyme mais nous quittons ici la comédie musicale américaine pour l'opera seria italien. Il existe une autre parodie du genre, un peu plus connue, qui s'appelle justement L'Opera seria, de Florian Gassmann. Le genre théâtral en question, à savoir l'opéra héroïque d'inspiration mythologique ou antique faisant la part belle aux virtuoses du gosier et malmenant autant la cohérence dramatique que l'archéologie gréco-romaine (dans le seul but d'offrir un écrin aux stars de l'époque) était encore dominant du temps de Gassmann au XVIIIe siècle, il était en voie de ringardisation à l'époque de Donizetti. Alors évidemment les ficelles ne sont pas très subtiles mais c'est fondamentalement marrant. La Mamma en question est la mère envahissante et surprotectrice d'une des chanteuses : jouée par un baryton (le toujours parfait Laurent Naouri), Mamma Agata est une catastrophe ambulante qui finira par avoir la peau du spectacle. Ceci-dit, tout le monde aura sa part dans le désastre : le trio de base soprano - ténor - castrat (chacun rivalisant de prétention imbécile), le producteur "naturellement" incompétent...
C'est une découverte bien agréable que fait là Laurent Pelly, qui s'emploie à transposer le tout d'une époque à l'autre sans jamais altérer la lisibilité, comme dans ses autres spectacles humoristiques (Platée, les Offenbach...) - et pourtant, une pointe d'amertume s'en mêle par le biais de ce décor d'une salle de spectacle transformée en parking...
La totalité du spectacle ayant été filmée, on trouve le tout sur internet, et il y a par ailleurs eu quelques diffusions sur écran géant en Rhône-Alpes - une amie a assisté à celle, monumentale, du théâtre romain de Fourvière, et elle s'est régalée.
Par ici pour l'intégralité du spectacle.
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=l4lAlWCrBQs[/BBvideo]


Eliogabalo à Garnier, en septembre 2016
Musique : Cavalli
Mise en scène : Thomas Jolly
Direction musicale : Leonardo Garcia Alarcon

Le début très attendu de Thomas Jolly à l'Opéra, avec des partenaires solides. J'ai été d'autant plus alléché qu'une amie et collègue était revenue enthousiasmée du colossal Richard III de Shakespeare au festival d'Avignon. Logiquement, Thomas Jolly évolue avec aisance dans le monde du premier baroque qui partage avec Shakespeare l'alchimie de la grandeur et du grotesque. J'ai lu ça et là des critiques qui reprochaient à cet Eliogabalo la modestie de ses moyens et la sobriété de l'évocation de l'existence débauchée du personnage. Je crois au contraire qu'il aurait été malheureux d'en faire des tonnes, façon orgie de péplum à grand spectacle. En effet, dans la pièce, Héliogabale et ses deux complices (dont la traditionnelle nourrice jouée par un homme que l'on retrouve chez Monteverdi) sont plutôt des minables. Héliogabale échafaude des plans débiles dont le seul but est de satisfaire son talent autoproclamé de séducteur irrésistible, même si lesdits plans comprennent éventuellement assassinats ou réformes politiques fictives. C'est un génie du mal au rabais dont les plans finissent tous par échouer. Franco Fagioli l'incarne avec un talent fou en dévoilant progressivement, puis radicalement, le sale gosse qui tente de se cacher sous les traits de l'empereur décadent. Talent vocal jusque dans l'évocation des crises de nerfs du personnage qui s'étrangle littéralement dans ses vocalises. Dans sa dernière apparition en scène, il se roule par terre dans un ultime gloussement, avant d'être tué - hors plateau - confondu avec un délinquant ordinaire. Un contre-emploi intéressant pour un chanteur plutôt familier des héros héroïques...
Signature du metteur en scène, les architectures de lumière sont un régal pour l'oeil qui n'altère jamais la lisibilité de l'intrigue au premier plan, et l'humour est bien présent, notamment quand Héliogabale traverse sa piscine de paillettes d'or comme dans la publicité de Dior. Mais sur ce point, Jolly m'a plus convaincu que, quelques mois plus tard, dans Fantasio au Châtelet, où il forçait inutilement le trait dans les dialogues.
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=HspG6rLwnNQ[/BBvideo]


Une dernière petite note :
Tannhäuser à l'Opéra de Monte-Carlo, février 2017
Musique : Wagner
Livret : Charles Nuitter
Mise en scène : Jean-Louis Grinda
Direction musicale : Nathalie Stutzmann

La version Nuitter de Tannhäuser, devenue rarissime une fabuleuse initiative et une demi-réussite. Pas à cause de la direction de Nathalie Stutzmann très attentive aux voix (c'est l'avantage d'une cheffe chanteuse) ni de la mise en scène de Jean-Louis Grinda, poétique, astucieuse, parfaitement adaptée à la dimension modeste des lieux (mention spéciale pour la bacchanale, ses démultiplications dansantes de Vénus et son beau dispositif vidéo).
Non, le problème, c'est la distribution, et l'état d'esprit avec lequel elle a été faite. L'événement reposant sur la version Nuitter, excellente traduction française réalisée par un proche collaborateur du compositeur, on aurait naturellement voulu entendre et savourer les vers du librettiste, l'alchimie entre la prosodie française et le compositeur allemand. Sauf qu'on a attribué le rôle titre à un chanteur à l'accent à couper au couteau qui ne s'encombre pas trop de soigner les voyelles (José Cura, il était logique de prendre un ténor "latin" mais il y a tout de même bien plus idiomatique), et Elisabeth à une interprète dont on ne comprend pas un traître mot. Vénus et Wolfram sont infiniment plus convaincants sur le plan du texte mais, paradoxalement, l'unique comédien à maîtriser parfaitement la déclamation française se trouve dans le tout petit rôle de Biterolf... Dommage ! Evidemment, j'aurais adoré Yann Beuron, Roberto Alagna ou Juan Diego Florez pour le rôle-titre dans cette version française, mais on ne peut pas tout avoir. Je ne regrette pas d'avoir fait le voyage, tant l'oeuvre elle-même est rare, mais ce n'était pas le bonheur parfait.
On trouve l'intégrale ici.
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=GhRucP-uSc0[/BBvideo]

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Tamiri
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » mar. 7 nov. 2017 21:17

Le (gros) coup de coeur discographique de cet automne.

Image
Il s'agit d'une version de La Clémence de Titus donnée après la mort du compositeur, à partir de 1804. Le rôle de Titus s'y trouve largement revu, augmenté et transfiguré.
Pour la petite histoire, Mozart avait souligné la noblesse et la sagesse imperturbables de Titus en ne lui attribuant que des airs s'appuyant ouvertement sur la tradition baroque, tandis que tout le reste est de la même inspiration que la Flûte enchantée ou, hors du champ théâtral, le Requiem.
Au début du XIXe siècle, les formes de l'opéra baroque sont définitivement ringardisées et les codes afférents sont considérés comme contraires à la vérité dramatique - notamment la coupe classique des airs avec le "da capo" (à la fin de l'air, on reprend le début) qui revient, sur le plan de la déclamation, à répéter les premières phrases de la tirade. On s'emploie donc à une certaine modernisation, et pour ce faire, les compositeurs Joseph Weigl et Johann Simon Mayr remplacent les airs de Titus par de nouvelles compositions et en rajoutent quelques-uns.
Le rôle ainsi modifié fait bien plus que de se mettre au goût du jour du point de vue musical. La première apparition de l'empereur est certes emprunte de cette stature de bienfaiteur imperturbable, mais toutes ses interventions ultérieures vont mettre l'accent sur son humanité et les combats intérieurs qui l'agitent. Le Titus nouvelle mouture montre, plus que l'ancien, ses doutes mais aussi ses élans d'espoir. La statue de marbre du despote éclairé devient un héros du premier Romantisme.

L'extrait ci-dessous vous montrera cependant surtout la "rénovation" musicale de l'oeuvre à défaut du développement réel du rôle. Il ne se trouve pas d'autres extraits en ligne et je regrette de ne pas pouvoir illustrer mon point de vue par le fabuleux "Non tradirmi in quest'istante du deuxième acte, marquant la sensibilité exacerbée du personnage.

L'extrait n'est ici qu'un ajout du compositeur Weigl visant principalement à étoffer le rôle, cet air n'apporte pas grand-chose au récit. Il ne fait que rajouter une couche à la prestance du héros lors de sa première apparition - Titus vient alors juste de refuser que lui soit édifié un temple et ordonne que le budget prévu soit consacré à secourir les victimes d'une éruption du Vésuve. Aux acclamations, il répond par cette tirade dans laquelle il n'attribue le mérite qu'aux vertus collectives que représente Rome. Sur le plan formel, l'air s'appuie sur la marche initialement prévue par Mozart et en précède immédiatement la seconde reprise instrumentale. Ceux qui connaissent déjà la version "traditionnelle" seront certainement étonnés de l'entendre. Il a longtemps été de coutume de vouer aux gémonies quiconque osait modifier les oeuvres du "divin" Mozart, je trouve au contraire passionnant et émouvant d'envisager ces "petites violences" que lui faisaient subir les Romantiques qui le considéraient, depuis Don Giovanni, comme le premier d'entre-eux.
Petite précision : je n'ai malheureusement pas vu cette production (donnée à Innsbruck) et je ne connais que le CD. Je ne suis pas très fan de ce que l'extrait dévoile du parti-pris de mise en scène car, si je suis en général assez partisan de la modernisation de l'aspect visuel, je trouve que cette version particulière de l'oeuvre, sincère et plus nuancée que l'originale, gagnerait à une lecture plus littérale et moins distanciée sur le plan affectif.
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=a5F_pnL55Rs[/BBvideo]

Texte et traduction "maison" de ma part à défaut de sous-titres français :

Tito :
Splende di Roma il fato
in fronte al Campidoglio
di quel sublime orgoglio
ch'anima la virtu.
Chiaro desio d'onore
ei spira ai figli suoi,
ei cangia in tanti eroi
la nostra gioventù.
A noi per lui s'inchina
tutta la Terra doma,
e sara sempre Roma
quella che sempre fu.


Coro :
Serbate, oh Dei custodi
dela romana sorte,
in Tito il giusto, il forte,
l'onor di nostra eta.


[Titus :
Le destin de Rome luit,
face au Capitole,
de cette fierté sublime
que suscite la vertu.
Il inspire à ses enfants
le désir lumineux de l'honneur ;
Il change notre jeunesse
en autant de héros.
Devant lui, que s'incline pour nous
le monde entier soumis,
ainsi Rome restera à jamais
ce qu'elle a toujours été.

Chœur :
Protégez, Dieux gardiens
du destin de Rome,
en Titus, le juste, le fort,
l'honneur de notre époque.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par dani » mer. 8 nov. 2017 07:22

Merci pour ce fil qui semble passionnant Tamiri !

Je n'y connais rien en opéra, mais te lire donne l'envie de s'y plonger.

J'y reviendrai donc, pour consacrer du temps à ces écoutes. Ta passion est je pense relativement peu commune, et je me permets d'aller annoncer ton nouveau fil sur celui de "musique classique" (les passionnés doivent avoir mis des alertes). Ils sont je pense, les plus susceptibles de passer ici :)
Rien ne vous emprisonne excepté vos pensées, rien ne vous limite excepté vos peurs, rien ne vous contrôle excepté vos croyances. (Marianne Williamson)

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » lun. 13 nov. 2017 00:55

Die Zauberflöte / La Flûte enchantée
W.A. Mozart
Mise en scène : Barrie Kosky / collectif "1927"
Paris, Opéra-Comique : 12 novembre 2017
[BBvideo 425,350]http://www.youtube.com/watch?v=QNz65kYmiW8[/BBvideo]
Retrouvailles avec ce spectacle découvert l'année de sa création, au Komische Oper de Berlin. Il a depuis été fêté partout et n'a rien perdu de sa superbe.
Tout se déroule face à un écran blanc, percé de trappes qui laissent apparaitre les personnages. Il faut imaginer que, pendant 2h, un film d'animation compose l'intégralité des décors et effets spéciaux, ainsi que certains personnages, les acteurs de chair et d'os interagissant avec le film dans un timing impeccable. C'est magique, et par ailleurs bourré de références. Le principe, déjà, pousse à l'extrême le principe de Gertie le dinosaure de Winsor McCay, on se balade parfois du côté de Lotte Reiniger ou de Terry Gilliam, on aura également un Papageno en comédien "slapstick" quelque-part entre Harold Loyd et Buster Keaton, une Papagena façon Louise Brooks, et un hilarant Manostatos en Nosferatu... D'ailleurs tous les dialogues sont remplacés par des intertitres de cinéma, très graphiques, animés comme à l'apogée du muet. C'est amusant et surprenant, et sur le principe, ça rappelle fondamentalement les premiers films sonores tels le Chanteur de jazz où l'essentiel des dialogues étaient muets et où seules les parties chantées étaient synchronisées.
Barrie Kosky n'a pas cherché à réinterpréter le contexte maçonnique de l'oeuvre, pas plus qu'il ne corrige les incohérences de l'intrigue. Il préfère raconter une histoire fantastique au premier degré, rire des traits les pus datés (machisme et racisme) ou les éluder. Pourquoi bouder son plaisir quand cela fonctionne ?
Dans la fosse, Kevin John Edusei tire de l'orchestre en tournée du Komische Oper ce qu'il fait habituellement de meilleur dans ce répertoire : une vivacité, des sonorités franches et acidulées qui ne sont pourtant pas la règle sur instruments modernes. Côté plateau, l'esprit de troupe du théâtre berlinois fait merveille avec une complicité de tous les instants et une distribution homogène, dominée par Kim-Lillian Strebel : une Pamina à faire pleurer les pierres. Seul (curieux) problème, une Reine non germanophone qui fait littéralement n'importe-quoi avec le texte, surtout dans son premier air - dommage, car la voix, elle, est sans reproche. L'exigence de synchronisme avec le film cause de menus décalages que l'on pardonne bien volontiers tant l'exercice est hardi.
Forcément, la comparaison s'impose d'elle-même avec la production reprise de temps à autres à Bastille, à savoir la deuxième lecture de l'oeuvre par Robert Carsen, et son pesant concept que l'on ne comprend qu'à la lecture de la note d'intention - une des rares déceptions, pour moi, devant un spectacle de Carsen, dont il faut aussi dire qu'il était plombé par une direction musicale épaisse, et perdue dans une salle trop grande.
Pour qui peut bien se passer un instant de vertiges métaphysiques, la proposition de Kosky emporte la palme de la fraicheur et du plaisir. Elle se place dans mon petit palmarès personnel dans le trio de tête, avec le spectacle classique du Staatsoper Unter den Linden (voisin berlinois qui, en 2013, le proposait en même temps que le Komische Oper), s'appuyant sur les décors conçus par Schinkel au début du XIXe siècle, et la première lecture de... Robert Carsen, vue à Lyon en 1995 (ça ne me rajeunit pas) et créée l'année précédente à Aix-en-Provence. J'y glisserais probablement aussi la version décapante de Jens-Daniel Herzog et Nikolaus Harnoncourt à Salzbourg en 2012, si je ne la connaissais pas uniquement par la télé puis le DVD.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » dim. 17 déc. 2017 22:27

Je vais faire de la pub, ce spectacle est génial et il passe jusqu'en janvier :

Singin'in the rain
Musique de Nacio Herb Brown
Dialogues de Betty Comden, Adolphe Green, textes chantés d'Arthur Freed
Direction musicale : Gareth Valentine
Mise en scène : Robert Carsen

https://www.youtube.com/watch?v=SpJB3nTqv30

Il s'agit de la reprise d'une production de 2015 au Châtelet. Ce théâtre étant actuellement fermé pour travaux, le spectacle a été monté dans la nef du Grand Palais pour les fêtes.
On ne peut évidemment pas reproduire les conditions acoustiques d'un théâtre en pareil lieu : il a fallu amplifier les voix et l'orchestre, les ingénieurs ont cependant réalisé une prouesse. Alors, certes, entendre le son venir de tout en haut et indifféremment de la position des personnages sur la scène est un peu perturbant au départ, en revanche, dans pareilles conditions, le son est tout de même joliment restitué.

Pour le reste, ce spectacle reste ce qu'il était il y a deux ans et demie : une merveille. Le principe de base : une version scénique reprenant fidèlement la trame du film avec le luxe d'un grand opéra. Faute du savoir-faire adéquat sur le continent, on est allé cherché les protagonistes en Angleterre, où l'on forme encore ces athlètes complets à l'aise dans le chant comme dans la danse. C'est donc un ensemble parfaitement idiomatique qui est à l'oeuvre jusque dans les plus petits rôles. Dans le rôle principal, écrasant, Dan Burton donne une impression de facilité stupéfiante. Sa partenaire est cette fois Monique Young, découverte par le public parisien dans "42e rue" - un peu en retrait par rapport à Clare Halse en 2015 sur le plan du naturel et de la voix, mais danseuse infatigable. Mention spéciale, également, pour le ténor chargé de l'air "Beautiful girl" superbement réécrit et développé pour l'occasion.

Robert Carsen a imaginé un univers principalement en nuances de gris, comme un film ancien - le spectacle commence d'ailleurs comme un film, avec un générique projeté ; les séquences correspondant à la mise en abyme de la comédie musicale imaginée par le personnage de Cosmo Brown ("Broadway Rythm" et le finale) se détachent sous forme de déluge de couleurs. Comme souvent chez Carsen, une alternance d'images projetées et de décors en volume alternent au gré de changements à vue parfaitement rythmés. Le jeu avec la salle et le public (réel) est particulièrement bien vu, le théâtre dans le théâtre s'y déploie à deux ou trois niveaux différents sans que rien ne vienne jamais altérer la lisibilité parfaite de l'ensemble.
Tout ceci est mené avec un tel naturel que jamais on n'a l'impression de voir une simple transposition d'un film existant. Sauf une unique fois, clin d'oeil d'une classe folle, la séquence du réverbère !

Je n'en rajoute pas plus sur le spectacle, c'est un enchantement de tous les instants.

De plus il est particulièrement bien vu de reprendre ce spectacle pour les fêtes, surtout que tout est fait pour faire passer un agréable moment à un public plus familial que d'ordinaire, dans un lieu probablement moins intimidant qu'un théâtre traditionnel. Puisque la vigipiraterie ambiante impose désormais de venir en avance, qu'à cela ne tienne : le hall d'entrée comporte plusieurs espaces de restauration ainsi que la possibilité de prendre un cours de claquettes, de se photographier dans une partie du décor ou de se faire maquiller comme une star hollywoodienne...

Bref : il reste encore quelques semaines, une bonne part des séances sont complètes mais cela vaut réellement le coup d'utiliser la fonction permettant, sur le site de réservation, d'être prévenu par mail en cas de places libres. Pour la petite histoire, ayant été retenu au boulot et ayant cédé ma place à quelqu'un qui se reconnaîtra peut-être ici, j'ai utilisé ladite possibilité technique sur plusieurs des dates où j'étais libre, et finalement, j'ai eu le choix entre plusieurs séances. En effet il y a assez fréquemment des retours liés aux réservations collectives, agences et autres.

Le cas échéant, il n'y a pas à hésiter.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Miss souris » lun. 18 déc. 2017 17:53

Merci Tamiri, pour cet article et ceux d'avant ... Je te lis avec plaisir et sans participer, vu que tu m'as l'air bien bien aficionado voire spécialiste...je ne vois pas trop ce que je rajouterais d'utile. A part ce message, qui dit en substance, whaouh trop bien, merci, continue d'aller au spectacle et de (me) raconter ... :rock:

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par pixelvois » mar. 19 déc. 2017 00:21

Miss souris a écrit :
lun. 18 déc. 2017 17:53
whaouh trop bien, merci, continue d'aller au spectacle et de (me nous) raconter ... :rock:
:vgeek:
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Napirisha » ven. 12 janv. 2018 22:22

Je viens en rajouter une couche à ce qu'a écrit Tamiri sur Singing in the rain : moi qui ai la culture musicale d'une huitre (ou à peine plus), j'ai adoré!

http://www.youtube.com/watch?v=L8HHkZBZAxY

Tu nous conseillerais des trucs à voir dans l'année qui vient ?
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » mer. 7 mars 2018 22:02

Napirisha a écrit :
ven. 12 janv. 2018 22:22
Tu nous conseillerais des trucs à voir dans l'année qui vient ?
Benvenuto Cellini de Berlioz
Opéra Bastille, du 20 mars au 14 avril.
Mise en scène de Terry Gilliam.

Le spectacle de Terry Gilliam a été créé à l'English National Opera puis est passé par Amsterdam. Il arrive à Paris où il est attendu comme un des événements de l'année, tant les critiques sont élogieuses. Les vidéos qui ont filtré, de Londres (spectacle donné en anglais) et d'Amsterdam, laissent entrevoir combien Gilliam a conservé intacte sa verve et son sens du délire visuel, toujours alimenté par son goût du détournement des images anciennes. Les critiques, elles, soulignent la cohérence et la réussite narrative, sans lesquelles la virtuosité (scénique comme musicale) ne sert à rien. La distribution parisienne ne conserve que l'excellent John Osborn dans le rôle-titre.
Je vous en dirai plus si la grève SNCF redoutée me permet d'assister à la représentation que j'ai réservée.
Voilà pour l'événement. Viennent deux choix plus personnels :

Le Domino noir de Daniel-François-Esprit Auber et Eugène Scribe
Opéra-Comique, du 26 mars au 5 avril.
Mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq
.
Ce spectacle-ci arrive de Liège. Bon, la pièce d'Auber et Scribe est le genre de théâtre de boulevard du XIXe siècle pour qui il n'est pas forcément facile d vieillir. Si l'on en juge par les vidéos de Liège, les deux metteurs en scène, en provenance de la Comédie Française, n'ont pas joué la carte de l'originalité ni de la relecture, mais celle du gag. Soit. À mon sens, Auber est un compositeur fabuleux et malencontreusement oublié, et la distribution annoncée est d'enfer, avec Marie Lenormand et Anne-Catherine Gillet dont les talents scéniques et musicaux (et comiques, également) ne sont plus à prouver. Il y a de fortes chances que tout cela fonctionne joliment. À défaut d'une originalité folle, on peut en effet parier sur le solide métier des artisans de ce spectacle pour associer bonne humeur et exigence.
Idem, pour la grève...

Don Carlos de Verdi
Opéra national de Lyon, du 17 mars au 6 avril.
Mise en scène de Christophe Honoré
.
Là, j'attends de voir, car la seule mise en scène de Christophe Honoré que je connaisse (Cosi fan tutte à la télé, retransmis d'Aix en 2016) m'avait semblé assez banale derrière une transposition mal exploitée. Par ailleurs je n'ai pas vu ses films. Mais Sergey Romanovski, jeune ténor russe, Eve-Maud Hubeaux, me donnent envie de faire le pari de la musique et de la fougue, quelle que soit la proposition scénique. Et il y a Sally Matthews et Stéphane Debout, que j'aime beaucoup, de toutes façons. A priori je devrais faire le voyage samedi 17.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par pixelvois » mer. 7 mars 2018 22:55

Tamiri a écrit :
mer. 7 mars 2018 22:02
Napirisha a écrit :
ven. 12 janv. 2018 22:22
Tu nous conseillerais des trucs à voir dans l'année qui vient ?
Benvenuto Cellini de Berlioz
Opéra Bastille, du 20 mars au 14 avril.
Mise en scène de Terry Gilliam.
Rhââaa... si j'aurai su j'aurai tout fé pour allé voir :1cache:
( mais j'imagine que c'est bien trop tard pour essayer ^^ )

Don Carlos de Verdi
Opéra national de Lyon, du 17 mars au 6 avril.
Mise en scène de Christophe Honoré
.
Là, j'attends de voir, car la seule mise en scène de Christophe Honoré que je connaisse (Cosi fan tutte à la télé, retransmis d'Aix en 2016) m'avait semblé assez banale derrière une transposition mal exploitée.
Je confirme : j'ai assisté et trouvé ça carrément affligeant... ( niveau mis en scène et transposition -- les lumières étaient somptueuses en revanche, mais j'suis pas objectif, c'est ma soeurette qui les as faites :geek1: ) J'avais proposé une place pour m'accompagner voir un autre opéra, plus barroque, initialement : viewtopic.php?f=85&t=7584&p=224909&hilit=cosi#p224909 ( et post précédent ).
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » mer. 7 mars 2018 23:31

pixelvois a écrit :
mer. 7 mars 2018 22:55
( mais j'imagine que c'est bien trop tard pour essayer ^^ )
Pas du tout : il reste des places sur la plupart des séances.
pixelvois a écrit :
mer. 7 mars 2018 22:55
Je confirme : j'ai assisté et trouvé ça carrément affligeant... ( niveau mis en scène et transposition -- les lumières étaient somptueuses en revanche, mais j'suis pas objectif, c'est ma soeurette qui les as faites :geek1: ) J'avais proposé une place pour m'accompagner voir un autre opéra, plus barroque, initialement : viewtopic.php?f=85&t=7584&p=224909&hilit=cosi#p224909 ( et post précédent ).
Je ne vais pas jusqu'à "affligeant" car, plastiquement, ça restait propre, et la direction d'acteurs restait dans les limites de l'acceptable. J'ai vu le très estimé Christian Schiaretti se planter dans les grandes largeurs (Castor & Pollux au théâtre des Champs-Elysées, il y a quelques années, jusqu'à des erreurs de débutant comme les figurants et les choristes qui se bousculent, se placent systématiquement n'importe-comment, ne savent pas quoi faire... En revanche, dans le cas Honoré : quand on transpose, il faut avoir un propos lisible qui transmet sans devoir se faire des noeuds au cerveau une justification soit formelle et esthétique, soit intellectuelle. Là, j'ai beau chercher, je ne comprends pas.
L'autre spectacle, c'était Il trionfo del tempo mis en scène par Warlikowski qui est capable du meilleur comme du (vraiment) pire, et en général on n'y comprend rien sans avoir lu sa note d'intention. Mais une fois ceci fait, il arrive que ça fonctionne, et par ailleurs c'est toujours très propre techniquement. Par ailleurs ça pouvait valoir le coup pour la cheffe d'orchestre, Emmanuelle Haïm. À Aix je ne me hasarde qu'aux spectacles donnés dans le grand théâtre parce qu'à l'Archevêché, moi qui déteste la chaleur, c'est vraiment pas pour moi :whew:

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par pixelvois » mer. 7 mars 2018 23:49

Tamiri a écrit :
mer. 7 mars 2018 23:31
Je ne vais pas jusqu'à "affligeant" car, plastiquement, ça restait propre, et la direction d'acteurs restait dans les limites de l'acceptable.

( ... ) quand on transpose, il faut avoir un propos lisible qui transmet sans devoir se faire des noeuds au cerveau une justification soit formelle et esthétique, soit intellectuelle. Là, j'ai beau chercher, je ne comprends pas.
Je suis d'accord que "plastiquement" ça le faisait, mais c'est bien la transposition que j'ai trouvé affligeante ^^ Et puis cette introduction totalement déconnectée de l'oeuvre : je n'étais plus ni à l'opéra ni chez Mozart dès les premières secondes, et je n'ai pu commencer à apprécier un tant soit peu le moment qu'après de longues minutes, en faisant abstraction du fait qu'on m'ait "volé" l'ouverture et uniquement si je fermais les yeux.

Bon, sinon je suis assez d'accord avec toi que la cour de l'archevêché n'est guère propice à se sentir à l'opéra : m'enfin, si on m'offre des places, j'suis pas trop difficile, même si je n'irais pas les payer pour ce lieu là :D

Tamiri a écrit :
mer. 7 mars 2018 23:31
pixelvois a écrit :
mer. 7 mars 2018 22:55
( mais j'imagine que c'est bien trop tard pour essayer ^^ )
Pas du tout : il reste des places sur la plupart des séances.
Ouarf :o
Faut que j'essaye de voir c'qui peut s'envisager alors ( à commencer par voir si les plus-ou-moins-parisiens de ma famille seraient dans l'coin pour m'accueillir )...
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » jeu. 8 mars 2018 00:03

Bon, à propos : le Castor & Pollux dont je parle, était globalement raté à mon goût personnel et gâchait une bonne idée : celle de s'appuyer sur les années 1930 et l'architecture du théâtre, et donc une lecture arts-déco de l'antiquité. Las, il aurait fallu pour ce faire que la chorégraphie et la direction d'acteurs soient dans la même veine - en fait de quoi, la première était hors-sujet et la seconde soit inexistante, soit d'une banalité absolue.

Mais il y avait une pépite. Courte, mais une pépite tout de même.

Je parlais d'un ténor dont je ne retrouve pas le nom et qui, dans Singin'in the rain, se couvrait de gloire avec une version notablement élargie de "Beautiful girl". Là, c'était un des joyaux d'un spectacle particulièrement réussi.

Dans le Castor & Pollux de Schiaretti, un autre jeune ténor, Reinoud van Mechelen, assurait un rôle comparable (personnage sans nom faisant une seule mais flamboyante apparition). Mais dans ce spectacle globalement raté, cette prestation écrasait tout le reste, d'autant plus qu'il était finalement le seul à prendre d'instinct la pause altière, un peu raide, et la gestuelle stéréotypée qui aurait parfaitement collé à l'esthétique choisie. je précise que, par rapport à l'extrait filmé, lors de celle à laquelle j'ai assisté, il avait rajouté quelques moulinets d'épée - soit de sa propre initiative, soit que l'absence de direction d'acteurs ait été partiellement corrigée, parce que dans la vidéo ci-dessous, en dépit de la prestance de l'artiste, ça sent la vacuité du travail du metteur en scène...
Au final, le souvenir d'un petit moment de frisson, car ce gars-là a du soleil dans la voix. Et encore, à l'époque, l'émission du français lui échappait-elle partiellement (la diphtongue du mot "gloire" ainsi que les "o" fermés). Entre-temps, tout ceci est rentré dans l'ordre au point qu'il se lance crânement dans le français à l'ancienne, comme le prouve le disque de musique française qu'il vient de sortir : Bref, talent à suivre !

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Lyra » jeu. 8 mars 2018 12:26

Ohhhh je n'avais jamais vu ce topic, et au fond de moi commençait à mûrir l'idée d'en créer un sur le théâtre musical !
Je n'ai actuellement pas l'énergie de "passer en review" tous les spectacles que j'ai pu voir, qui sont d'ailleurs plus de l'ordre de Broadway que d'opérettes ou opéras. Mais puisque tu as cité 42nd Street et Singin' in the Rain, je pense que ça peut se greffer. D'ailleurs, j'y étais aussi, en décembre 2016. Et même que c'était super.

Je peux éventuellement lister en vrac ce que j'ai vu récemment et qui m'a marqué :

- Carmen de Bizet, à Bastille [edit : c'est la même que celle présentée par Tamiri tout en haut], en version modernisée (avec des voitures et des shorts en jean :lol: ), vu en 2017. Je n'ai jamais vu d'autres représentations plus classiques de Carmen en dehors d'une sur Youtube, mais j'ai trouvé celle-ci amusante et plutôt bien réalisée. Le contraste entre les chants lyriques et l'univers contemporain m'a beaucoup plu. J'adore vraiment cet opéra, bon, initialement parce que c'est une mezzo qui a le premier rôle et que ça me semblait bien trop rare, mais je m'y suis beaucoup attachée. Quelques extraits sont disponibles en replay (ici Toréador).

- West Side Story de Bernstein, joué à La Seine Musicale en 2017 par la troupe de Broadway elle-même. Une grosse claque, des chorégraphies magnifiques et d'une précision impressionnante. Et puis tout le reste aussi, littéralement spectaculaire, les musiciens étaient très bons et vraiment fidèles aux partitions originales (et je les ai écoutés en boucle pendant longtemps, les morceaux de West Side Story :D). Je regrette juste de ne pas avoir eu une meilleure place. J'ai trouvé une petite review ici.

Bon, globalement ce sont ces deux spectacles qui m'ont marquée cette dernière année. Ah, et d'autres petits spectacles musicaux plus amateurs : Chambre 113 au théâtre du Menilmontant, qui traite du milieu médical, de la maladie et de la mort, très touchant avec un poil d'humour, le tout avec des compositions musicales très sympas et de jolies harmos. Et une adaptation de l'Ecume des Jours de Vian au théâtre de la Huchette par 3 comédiens, qui était vraiment chouette.

Oh, et puis j'allais oublier !!! Enorme coup de coeur pour La Poupée Sanglante, adaptation théâtrale du roman de Gaston Leroux (vous savez, le monsieur qu'il a écrit le Fantôme de l'Opéra !!) par 3 acteurs formidables jouant chacun plusieurs rôles. Une fois de plus vu au théâtre de la Huchette (que je l'aime, ce petit théâtre...), très émouvant et artistiquement superbe.

J'ai également vu Singing in the Rain au Grand Palais qui m'a un peu déçue mais j'ai oublié pourquoi, je crois que j'en attendais trop. Enfin, passé un bon moment quand même mais j'ai largement préféré 42nd Street dans le genre !

J'ai le cerveau un peu en bouillie là tout de suite et je suis incapable de me souvenir de ce que j'ai vu d'autre, alors que j'en ai vu sacrément beaucoup ces dernières années... Je reviendrai à la charge plus tard. (Voilà, là je me souviens que j'ai vu Oliver Twist aussi, c'était pas mal du tout : très bons comédiens et morceaux, j'ai même acheté le disque).

Et en septembre 2018, Chicago au Mogador ; je vais réaliser un sacré rêve là. :honte:

(comme vous pouvez le constater, je suis très efficace pour ordonner mes idées... désolée pour le post décousu :lol: et je précise aussi que je déteste faire des analyses de spectacles : j'y ai un rapport très intime et absolument pas intellectuel qui fait que je ne sais vraiment pas quoi en dire d'autre que mon ressenti, mes émotions, et je suis encore un petit peu trop pudique pour étaler ça ici ; les spectacles musicaux, je les vis avec mon corps et mon âme, alors je ne peux que vous conseiller d'aller vous faire votre propre expérience en partageant ceux que j'ai aimé... j'espère tout de même réussir à vous donner envie un tout tout tout p'tit peu, même sans arguments techniques ou rationnels)
Aimant la ritournelle, les calembours et les gros mots

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » jeu. 8 mars 2018 21:18

Cette Carmen dans la lecture de Calixto Bieito est, de très loin, ma version préférée. Cette vision sans aucune concession à la carte postale concentre toute l'ambiguïté et toute la noirceur de l'histoire, elle contient la vision contemporaine la plus simplement émouvante du personnage de Micaela qui résiste à tant d'autres metteurs en scène. Jusqu'à présent c'est "la Carmen de ma vie", celle qui me vient en tête (avec les larmes) si je réécoute un disque. Celle que j'imagine, aussi, avec la distribution de mes rêves : à savoir, aux côtés d'Alagna : Stéphanie d'Oustrac, qui était Carmen à Aix l'été dernier.
Pour ceux qui ne connaissent pas Stéphanie d'Oustrac : Pour ce qui concerne Chicago, j'attends d'en savoir un peu plus. Je n'ai pas du tout aimé le traitement fait, à Mogador, de Cats ou du Fantôme de l'Opéra avec orchestration réduite, amplification façon "variétés" et surtout passages en traduction française à la prosodie maladroite et au ras des pâquerettes. Loyd-Webber mérite mieux que ça. Bon, le Fantôme bénéficiait de quelques jolies voix.
Avec Choplin claquant la porte de la Seine Musicale, je crains qu'il n'y ait plus actuellement à Paris de spécialiste aussi exigeant et aussi audacieux de la comédie musicale anglo-saxonne.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » dim. 1 avr. 2018 23:38

Et donc :

Benvenuto Cellini (1834)
Musique d'Hector Berlioz
Livret de Léon de Wailly et Auguste Barbier

Mise en scène de Terry Gilliam
Direction musicale de Philippe Jordan
Opéra Bastille, vendredi 23 mars 2018

Le Domino noir (1837)
Musique de Daniel-François-Esprit Auber
Livret d'Eugène Scribe

Mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq
Direction musicale de Patrick Davin
Salle Favart, dimanche 1er avril 2018 (j'en reviens tout juste...)

Intéressante proximité dans le calendrier 2018 de ces deux variantes du drame romantique, témoins du bouillonnement artistique passionné du temps ; deux œuvres rares, absentes depuis des décennies de la scène parisienne. Au total, du bonheur !


Pour Benvenuto Cellini, la forme "grand opéra historique" impose un héros tourmenté, mais Berlioz et ses collaborateurs ont voulu installer, plutôt que le pathos et la pompe habituels du genre, un équilibre constamment instable entre le tragique et le grotesque, nouveau à l'époque mais marque de fabrique du courant "dur" du Romantisme en France. Voici qui sied parfaitement au talent de Terry Gilliam, à sa culture iconographique et à son humour décapant.
L'entreprise est toutefois délicate et elle se heurte, ici, à des obstacles d'ordre musical. En l'occurrence, ce spectacle aurait mérité une proposition musicale plus idiomatique que celle de Philippe Jordan, qui fait ronronner l'orchestre : cela sonne ample, rond, la folie du carnaval, l'insolence et les emportements des protagonistes auraient mérité plus de mordant, plus de verdeur. Les fulgurances de Berlioz en matière de timbres et d'harmonies mériteraient un petit décrassage qui pourrait déjà passer par les instruments anciens, histoire de retrouver l'ambiance d'audace et d'expérimentation des années 1830. Difficulté également à faire entendre le texte, notamment dans les conditions acoustiques de Bastille, et avec certains chanteurs qui semblent n'en avoir cure - heureusement, dans des rôles secondaires, notamment le pape (Marco Spotti, voix magnifique, texte incompréhensible !).
Tout le reste est un ravissement permanent, une magie de tous les instants. C'est épatant de "timing", Gilliam gère les baisses de tensions inhérentes à la longueur de la pièce (2h45) avec maestria. Sa petite touche personnelle : des gags visuels saupoudrés partout, qui confèrent à l'ensemble une ironie et une irrévérence parfaitement en situation, et évidemment, des gravures animées, des architectures fantastiques, des têtes et des pieds gigantesques...
Mention spéciale pour le décor directement inspiré des "prisons" fantasmées de Piranèse, et traité à la manière du XIXe siècle en perspective forcées et en toiles peintes, mais rehaussée de vidéo. Au cours du dernier tableau, à la lueur des brasiers les enchevêtrements dantesques des arches de pierre semblent s'étendre à l'infini et se perdre dans un horizon de lave. Au premier tableau, c'est le carnaval qui envahit toute la salle. À deux reprises, les confettis qui pleuvent sur le public achèvent de faire de la soirée un émerveillement d'autant moins gratuit qu'il s'appuie sur l'ambiguité conjointe du carnaval et de la création artistique : alchimie inextricable de joie et de cynisme, élans démonstratifs exorcisant les souffrances.
Non content de réussir le grand spectacle qu'on pouvait attendre en pareille occasion, Gilliam reste supérieurement maître de la situation dans le détail et dans la conduite des personnages, aussi à l'aise dans l'introspection - parvenant à concentrer l'attention sur ce plateau immense et foisonnant - que dans la comédie. Il est aidé en ceci par les deux rôles principaux. En Cellini, le ténor John Osborn confirme son affinité avec ce répertoire, sa diction spécialement affutée fait merveille dans un rôle fait tour à tour de noblesse et de veulerie. En Teresa juvénile, la sud-africaine Pretty Yende est un tourbillon de fraicheur, d'une aisance scénique impressionnante dans la comédie comme dans le registre sensible. Si le français, soigné, peut encore progresser, la voix, elle, est souveraine par le timbre et par l'ampleur. Elle se tire notamment avec brio de la confrontation avec le puissant choeur des ouvriers en grève au 2e acte.
Au final, en faisant abstraction d'un traitement musical un peu routinier, le triomphe de cette production lors de sa création à Londres est bien compréhensible, et nul besoin d'être un fan de Gilliam de la première heure pour se délecter de cet opéra traité à la façon "blockbuster intelligent".



Changement d'ambiance mais même fête pour l'esprit et les yeux avec Le Domino noir. On est ici dans le répertoire d'opéra-comique traditionnel où, si les émois sont toujours intenses conformément à l'esprit du temps, la noirceur et le tourment font place à l'ironie, à l'allusion, et à un peu d'auto-dérision (le personnage de Juliano, noceur invétéré, critique la littérature romantique tandis qu'Horace, son meilleur ami, pourrait au contraire en être le héros de base : amoureux transi, sans le sou, prêt à tout et porté sur le surnaturel...).
Le duo de metteurs en scène (on a peine à croire qu'ils débutent dans le genre !) a choisi un humour plus lunaire, une poésie plus onirique que le ton grinçant de Gilliam, tout en usant du même ressort, le gag visuel, et avec la même perfection dans le sens du rythme et de l'à-propos. Comme chez Gilliam, on rit de tout et jamais au détriment de l'auteur, mais avec lui, la parodie, et l'insolence venant souligner la lecture des différents caractères tout en rendant acceptable une intrigue qui, pour le coup, a singulièrement moins bien vieilli que celle de Berlioz. Les deux pièces sont certes un peu capilotractées, mais celle d'Auber comporte en outre des incohérences et des complications qui auraient pu exiger une concentration intense, si les deux metteurs en scène n'avaient eu l'adresse suffisante pour constamment attirer l'oeil sur les détails significatifs et les petites astuces scénaristiques, sans jamais en faire trop. On se laisse porter sans aucune difficulté par le spectacle et on en ressort en s'étonnant presque d'avoir compris cette comédie parfois absurde aux rebondissements brouillons.
Il se trouve, aussi, que Lesort et Hecq ont résolu la quadrature du cercle en rendant acceptable, tout en n'en changeant pas un mot, certains points de l'intrigue qui ont sérieusement vieilli lorsqu'il s'agit de la vision des femmes. Le groupe des bourgeois fêtards apparait ici clairement comme une masse libidineuse et franchement menaçante dans les séquences où l'héroïne, contrainte de se faire passer pour une servante, attire tous les regards. Son soupirant est ici traité à part, il sera le seul à ne pas traiter les femmes différemment en fonction de leur rang social. Dans le même temps, Angèle, l'héroïne, se distingue clairement des deux archétypes des comédies du temps (naïve ou manipulatrice) en étant l'actrice de sa propre vie : ça n'est pas dans les didascalies, c'est uniquement par le jeu d'acteurs, l'utilisation des registres de voix et de ton, que ces caractérisations sont façonnées par la mise en scène. Au final, deux personnages échappant finalement aux clichés tout en flirtant ouvertement avec eux, supports possibles d'identification du spectateur au milieu d'un réjouissant défilé de figures caricaturales et hilarantes au service des sarcasmes des auteurs.
Sur ce point précis, encore une fois, les ficelles n'ont plus rien d'original et la critique a perdu de son actualité (les ragots au couvent, les petites astuces des domestiques...) mais il a ici suffi de les soutenir par des gags visuels, jamais parasites puisque constamment reliés au texte, pour faire oublier tout ce que la pièce peut avoir de stéréotypé, et pour faire voyager le spectateur dans l'imaginaire. Pour parachever l'ensemble, des moments de pure poésie (dont une marionnette composée en direct à partir de légumes...), des moments d'absurde ou de plaisir enfantin.
Sur le plan musical, c'est un régal. La direction de Patrick Davin est vive, précise et tire d'un orchestre qu'on n'attendait pas dans ce répertoire (le Philharmonique de Radio-France) une verdeur et une légèreté d'articulation inespérées. L'interaction, entre comédiens-chanteurs d'une part et danseurs d'autre-part ferait presque penser au savoir-faire des troupes anglo-saxonnes. Il émane de cette distribution jeune et brillante un sentiment de complicité et de plaisir de tous les instants.
Une réussite totale.


Les finances ne m'ont pas permis d'aller voir Don Carlos à Lyon.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » lun. 17 sept. 2018 18:54

Tentations 2018-2019

Ma „petite“ sélection personnelle, fondée sur mes centres d‘intérêt et mes critères géographiques. Évidemment les finances vont imposer une sélection drastique, mais c‘est comme ça... Surtout que les spectacles en dehors de Paris et de la grande ville la plus proche de chez moi rajoutent le coût du déplacement. Bon, on verra bien.


Première partie : à Paris

Dans l‘absolu, mon lieu préféré reste depuis des années l‘Opéra-Comique, en raison de ma prédilection pour les œuvres (devenues) rares du répertoire francophone, et les choix artistiques d‘Olivier Mantei en digne élève de Jérôme Deschamps.
Et donc :

Hamlet, d‘Ambroise Thomas d‘après Shakespeare (en décembre). Le metteur en scène Cyril Teste vient pratiquement exclusivement du théâtre contemporain, où il développe une approche pluridisciplinaire et un travail sur la vidéo. Une première dans le domaine lyrique (et patrimonial) présente toujours des risques, mais pour le coup, ça se tente volontiers. Sur le plan musical, c‘est en de très bonnes mains comme du reste toute la saison du théâtre. L‘orchestre sur instruments anciens et la crème de la crème de la nouvelle école française de chant - ça méritera probablement un disque et une captation vidéo.

Le Postillon de Lonjumeau d’Ambroise Thomas (en avril), mise en scène de Michel Fau, Michael Spyres dans le rôle principal. Du lourd.

Madame Favart d’Offenbach (en juin), direction musicale de Laurent Campellone, à mon avis l’un des meilleurs chefs d’orchestre en ce qui concerne l’opéra français. Du lourd aussi. Je ne connais pas bien le travail de la metteuse en scène Anne Kessler (surtout comédienne) et me réserve donc la surprise, le titre valant le déplacement à lui seul par sa rareté.

Manon de Massenet (en mai). Mise en scène d’Olivier Py et direction musicale de Marc Minkowski. Avec Patricia Petibon, Frédéric Antoun, Jean-Sébastien Bou. Selon critères Tamiriens, c’est une affiche à se damner.

Et donc, comme depuis des années, je vais prendre l’abonnement de l’Opéra Comique, et pour le reste, ce sera au cas par cas selon ce qui restera des finances...

Guys and dolls de Frank Loesser (au Théâtre Marigny de mars à juillet). Rareté de la comédie musicale hollywoodienne, qui n’a à ma connaissance jamais été jouée en Europe. La distribution est encore en cours (y compris en ce qui concerne le chef d’orchestre), mais le metteur en scène est Stephen Mear : maître d’oeuvre de la Mary Poppins montée à Hambourg au printemps dernier, et surtout de 42nd Street commenté par mes soins plus haut. Autant dire que ça me semble immanquable.

Chicaco de Bob Fosse (au théâtre Mogador d’octobre à janvier). Une première parisienne, malencontreusement dans les errements habituels à Mogador, c’est-à-dire dans une traduction française tout à fait dispensable, dont j’espère qu’elle ne malmènera pas trop la prosodie. Puisqu’il s’agit pour le reste d’une reprise de la production londonnienne encore à l’affiche cette année (mise en scène de Tania Nardini reprenant l’essentiel du spectacle de 1976 à Broadway), l’événement ne manque donc pas de panache.

Les Huguenots de Meyerbeer (à Bastille, en octobre). Un monument du répertoire disparu de la scène parisienne depuis l’entre-deux-guerres. Ça ne se loupe pas.

Simon Boccanegra de Verdi (à Bastille en novembre et décembre). Ça sort un peu de mes centres d’intérêt principaux, mais c’est un nouveau spectacle de Calixto Bieito, metteur en scène qui divise - sa Carmen reprise en fin d’année est la lecture la plus juste et la plus émouvante que je connaisse, en ce qui me concerne.

Il primo omicidio de Scarlatti (à Garnier en janvier et février) : une rareté encore que ce drame biblique. Difficile de dire si le spectacle de Romeo Castellucci parviendra à concilier l’iconoclasme du metteur en scène avec la lisibilité, et si le chef René Jacobs choisira un bon équilibre entre justesse théâtrale et sa propre tendance à réinventer la roue.

La Traviata de Verdi (au Théâtre des Champs-Elysées en décembre). Je sors franchement du registre des raretés, mais la direction musicale est de Jérémie Rhorer, souvent passionnant dans Mozart (aucun rapport mais ça devrait donner un Verdi débarrassé de toute pesanteur superflue), et la mise en scène de Deborah Warner, dont on peut tout attendre : direction d’acteurs puissamment humaine et charnelle, choix plastiques radicaux.


Et à Versailles, je ne puis que recommander deux excellents spectacles, pas nouveaux, mais en tournée, qui trouveront dans l’opéra royal du château une acoustique confortable :
King Arthur de Purcell (en décembre), dans le spectacle voulu par le chef Hervé Niquet et les humoristes Shirley et Dino, réussite de ce trio dont les autres propositions m’ont semblé bien moins intéressante. Il faut dire qu’il y a matière puisqu’il ne s’agit ici que de récupérer les parties musicales de l’oeuvre d’origine et d’en faire une nouvelle pièce, volontairement absurde d’ailleurs.
The Beggar’s Opera de John Gay (en janvier) : le spectacle porté par un duo de valeurs sûres (William Christie et Robert Carsen), est en tournée et passera aussi à Angers, Genève, Luxembourg, Nantes, Reims, Rennes (entre autres).

La suite (hors de Paris) pour plus tard.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par madeleine » mar. 18 sept. 2018 17:56

Et Benjamin Britten ? Rien en vue, ou ne fait-il pas partie de tes opéras ?
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » mar. 18 sept. 2018 18:50

Rien à Paris. Il y a un alléchant Billy Budd à Londres au printemps, une production de Deborah Warner. Mais pour moi ce sera pour une autre fois, car j’envisage de faire un tour avec ma mère à Londres à cette période là, mais comme elle n’est pas très à l’aise avec l’anglais, on va viser Faust.

S’agissant de Britten, mes meilleurs souvenirs datent un peu : Le songe d’une nuit d’été à Lyon dans les années 90 (une reprise du spectacle de Robert Carsen à Aix), et Billy Budd à Bastille dans les années 2000, j‘aimerais bien que cette production soit reprise un de ces jours.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par madeleine » mer. 19 sept. 2018 11:53

Il y a eu un superbe et bouleversant Curlew River à Lyon il y a quelques années mais c'est trop rare...
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » ven. 21 sept. 2018 15:04

Je ne l‘avais pas vu, et ce n‘est pas repris ailleurs semble-t-il ces derniers temps. Les quelques images que l‘on en trouve, pour autant que l‘on puisse se faire un avis dessus, évoquent effectivement quelque-chose que j‘apprécie dans certaines propositions d’Olivier Py sur le plan de la scénographie : un travail de la lumière qui joue avec le visible et l‘invisible, avec un aspect très géométrique. Ça me donne l‘impression de l‘infini dans un espace clos. Et apparemment dans ce spectacle, il n‘usait pas de son gimmick le moins intéressant à mon avis, à savoir l‘abus d‘inscriptions censées faire „philosophique“. Donc ça pique beaucoup ma curiosité.
Et évidemment, dans l‘absolu, je suis on ne peut plus favorable à l‘exhumation des œuvres qu‘on ose envoyer au purgatoire - même si, pour le coup, en effet, Britten n‘est pas dans mes propres priorités puisque je me concentre beaucoup sur le répertoire francophone baroque et romantique.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » mer. 8 mai 2019 18:55

Je reprends ici ma petite chronique, délaissée ces derniers temps pour cause d’emploi du temps chargé. J’ai loupé pas mal de spectacles qui m’intéressaient au cours de la saison, je n’avais pas eu le temps de terminer mon tour d’horizon des « tentations » de l’année et j’ai réduit quelque-peu les déplacements (pas de séjour à Berlin en vue cette année). Voici donc ce qui a « survécu » de ma sélection d’origine.

Prochaines étapes, principalement parisiennes, les prochains mois : Manon de Massenet et Madame l’Archiduc d’Offenbach à l’Opéra Comique ; Chicago à Mogador et/ou Guys and dolls au théâtre Marigny (je n’ai pas encore réservé, on verra pour les dates) ; et si des places se libèrent, peut-être L’auberge du cheval blanc de Benatzky à Reims (une version française devenue rare).



Les Huguenots
Giacomo Meyerbeer
Mise en scène d'Andreas Kriegenburg
Paris, Bastille (octobre 2017)

Image

J'attendais avec impatience le retour de cette œuvre devenue rare, ayant manqué le spectacle monté à Bruxelles par Olivier Py en compagnie d'un de mes chefs d'orchestre préférés, Marc Minkowski.

La production de Bastille est prometteuse dans les premières minutes : un texte projeté sur une animation vidéo promet une transposition dans un futur proche, intolérant et violent – une idée qui avait toutes les chances de fonctionner dans le contexte actuel.
Seulement, avec ses costumes « rétrofuturistes », le spectacle fait d'emblée science-fiction ringarde. De plus, seuls le premier et le dernier acte bénéficient d'un décor qui aurait pu convenir : sombre, froid, industriel. Le reste s'égare dans une stylisation décorative. La dystopie anxiogène promise est totalement oubliée.
Pire enfin : après avoir saboté son propre concept, Kriegenburg sabote également la lisibilité de l'intrigue. Tout cela se termine en un tableau absurde où les protestants, censés se cacher (ici, dans une sorte de parking souterrain, une des rares ambiances réussies et conformes à l'idée de départ), se retrouvent en fait au milieu de leurs bourreaux catholiques qui passent à deux mètres d'eux sans les voir...
Les interprètes du couple-vedette, Ermonela Jaho (Valentine) et Yosep Kang (Raoul) sont à côté de la plaque, se battant avec la tessiture et surtout avec le texte, obligeant à lire le surtitrage. La première peut au moins se prévaloir d'une expressivité et d'une aisance scénique que le second n'a pas. Le reste de la distribution est au contraire digne d'éloges : Nicolas Teste fait un Marcel digne et touchant, Karine Deshayes donne une leçon de style dans le petit rôle du page, et la jeune américaine Lisette Oropesa s'empare avec brio du rôle de Marguerite de Navarre initialement destiné à Diana Damrau.
Dernier problème et non des moindres, l'intérêt de représenter ce type de répertoire dans l'immense salle de Bastille qui oblige tout le monde, orchestre et chanteurs, à faire du son, et qui noie les détails. Peut-être un vrai spécialiste aurait-il donné plus de relief et plus de couleurs à la musique, ce n'est pas le cas du chef Michele Mariotti. Reste l'efficacité de nombre de passages de la pièce qui, malgré tous ces obstacles, restent d'une redoutable efficacité dramatique et émotionnelle.

Ci-dessous, un extrait de l’air du page, où Karine Deshayes semble se jouer de l’immensité de la salle.
https://www.youtube.com/watch?v=zZYokV10V7c



Hamlet
Ambroise Thomas
Mise en scène de Cyril Teste
Paris, Opéra-Comique (décembre 2018)

Image

Singulier contraste deux mois plus tard : un spectacle d'une modernité assumée et jamais feinte, dans un écrin parfaitement adapté. Dès l’ouverture, un flot de couleurs sonores inonde une salle aux dimensions idéales. Le chef Louis Langrée fait entendre toute la personnalité de l’orchestre romantique parisien, l’acoustique du lieu mettant parfaitement en valeur les timbres des instruments anciens qui, en retour, donnent à entendre une orchestration touffue sans écraser les voix.

Cyril Teste dispose, au dessus de la scène, un écran où sont projetées tantôt des images filmées caméra à l'épaule par un des protagonistes, tantôt des vidéos pré-enregistrées. Bien que déjà vu, le dispositif n'est ici jamais simplement décoratif, mais constamment au service du drame. Cyril Teste utilise les codes de la télévision et de l'actualité politique pour décrire l'ascension de Claudius, ceux du cinéma pour la mort d'Ophélie. Quand Hamlet impose au couple régnant sa pièce de théâtre accusatrice, il s'empare de la caméra et filme les visages dans des gros plans qui ne laissent rien passer et dévoilent la moindre expression, la moindre inflexion de sourcil, le moindre tremblement. Non seulement l'exercice est parfaitement maîtrisé, mais la lisibilté est ici parfaite, tant les codes de la scène et ceux des écrans s'avèrent observés avec justesse. C'est une narration à l'état pur, une façon de raconter une histoire tirant profit de la culture de l'image du spectateur du XXIe siècle, qui permet de s'approprier le drame et de le ressentir comme l'on s'approprie les mots d'un (bon) conteur. Une telle clarté et une telle cohérence dans la conduite du récit fait pardonner la banalité des costumes ou de la mise en abyme désormais un peu convenue consistant à montrer les coulisses.
Il faut des qualités dramatiques et une présence de tous les instants aux protagonistes pour que fonctionne ce dispositif ne laissant rien passer. Sur ce plan, l'équipe joue avec une concentration impressionnante. Un bonheur n'arrivant jamais seul, le plateau se constitue uniquement d'interprètes parfaitement au fait des exigences du répertoire, à commencer par la nécessité d'une diction irréprochable. Seule Sylvie Brunet semble quelque-peu hors-style, ports de voix et jeu monolithique. En Hamlet, Cyril Teste est constamment bouleversant par toute la colère rentrée et l’expression sobre et terriblement réaliste de la souffrance. Claudius est joué tout en nuance par Laurent Alvaro, incarnation de faiblesse et de cynisme politique plus que « méchant » monolithique. Sabine Devieilhe, de la même façon, joue sa scène de la folie sur le fil du rasoir, interrogeant de manière dérangeante la frontière entre « démence » et « normalité » - sans rien concéder, sur le plan musical : une démonstration idéale de virtuosité vocale au cours d’une prestation de comédienne irréprochable.

Je n’ai pas grand-chose d’autre à dire si ce n’est que j’ai traversé une bonne partie de cette expérience théâtrale le visage baigné de larmes.

https://www.youtube.com/watch?v=AQNo3TrWMSk



Le Barbier de Séville
Gioacchino Rossini
Mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau
Opéra de Saint-Etienne (décembre 2018)

Image

Ce Barbier a de l'intelligence à revendre. Plutôt que de forcer l'un ou l'autre des points de vue, Pierre-Emmanuel Rousseau réalise le difficile équilibre entre la drôlerie et la bonhommie d'un côté, la lucidité sociale et psychologique de l'autre, le tout en accord avec un parti-pris esthétique qui ne se contente pas d'être esthétisant : tout l'art de la nuance tient dans ces choix visuels qui semblent transformer la scène en un tableau de Velasquez, patine et félures comprises.
Portes, fenêtres, balcons d'un unique décor, dont on ne parvient pas d'emblée à savoir s'il s'agit d'un extérieur ou d'un intérieur, sont utilisés avec soin pour donner corps aux ambiances fortement constrastées de la rue, des pièces grandes ou petites de la maison. L'impression de flou initial ne dure donc pas, grâce à la précision de la direction d'acteurs et l'emploi parcimonieux et toujours juste des accessoires.
L'art de l'ambiguïté se déploie à tous les niveaux et restitue une certaine complexité aux personnages. Rosine bout littéralement dans son existence captive et, contrainte aux conventions de la vie bourgeoise (ici, par exemple, une de ces tables ridiculement longues où seuls deux convives se font face depuis les extrémités), on la voit tentée de se saisir d'un couteau, comme l'héroïne de « Chantage » d'Hitchcock, pendant les rodomontades de Bartolo. Figaro est ici un vrai-faux bad-boy (toujours prêt à sortir un couteau, d'ailleurs), personnage d'abord cynique qui se révèle un soutien sincère aux amours du jeune couple jsqu'à déployer le grand jeu et leur offrir, pour leur escapade finale, un merveilleux départ en montgolfière. Aucun parasitage par un excès de gags comme cela se produit parfois, mais des traits d'humour astucieusement calés sur le texte et la musique, le tout avec virtuosité (comme les vocalises de l'air d'entrée de Rosine correspondant aux moments où sa servante lui tire les cheveux en la coiffant...). Une mention spéciale pour Vincent Le Texier dans le rôle de Basilio – ce n'est certes pas mon chanteur préféré, loin de là, mais il s'avère hillarant dans son incarnation d'une sorte de Nosferatu cinglé.
Tout ceci s'intègre dans le feu d'artifice musical de rigueur, mené, avec une énergie de tous les instants qui n'enlève rien à la précision, par Michele Viotti (25 ans!). Les ensembles sont conduits avec l'indispensable mélange de folie et de rigueur rythmique, et la complicité entre les protagonistes est audible et visible. Tant ces ensembles que les morceaux de bravoure individuels démontrent l'intérêt d'une distribution centrée sur la cohérence dramatique et la clarté plutôt que sur de « grosses voix ».
Un dernier mot enfin au sujet de l'orchestre local répondant avec panache aux sollicitations du chef, s'avérant aussi capable de faire pétiller Rossini qu'il l'est habituellement à faire rutiler le répertoire romantique français.



The Beggar's Opera
Johann Christoph Pepusch et John Gay
Avec Les Arts Florissants, spectacle conçu par William Christie et Robert Carsen
Versailles puis Reims, janvier 2019

Image

Je voulais voir ce spectacle au début de sa tournée courant 2018, et finalement j'assiste à l'avant-dernière étape, à la toute fin d'une itinérance triomphale. Impossible donc de dire si, après pratiquement un an à jouer ce spectacle, une part de la spontanéïté a pu s'éroder : rien ne transparait, la fraicheur et l'enthousiasme de l'équipe sont communicatifs.
Face à cette pièce insolite, c'est ici la formule habituelle des Arts Florissants qui fait mouche : des maîtres d'oeuvre expérimentés guidant de jeunes talents dans un esprit de troupe permettant une connivence de tous les instants. Face aux exigences particulières de l'oeuvre, les deux complices habituels se sont donc assurés le concours d'un petit ensemble instrumental faisant alterner les membres habituels de l'orchestre, jeunes musiciens parfaitement rompus à l'improvisation baroque, et de comédiens principalement issus d'écoles anglaises de comédie musicale, formés à la fois au chant et à la danse.
Si le décor qui semble entièrement fait de cartons n'est pas fait pour flatter l'oeil, il se révèle astucieux et totalement dans l'esprit de débrouillardise des personnages. La transposition de la pièce s'avère parfaite de drôlerie et d'ironie. Alternant à la direction musicale en fonction des représentations, le vétéran William Christie (queue de cheval, costard et bijoux bling-bling façon chef de gang) ou son assistant Florian Carré (kaïra avec casquette à l'envers) mènent un ensemble de djeunz du neuf-trois, cependant que les numéros dansés démontrent une nouvelle fois la justesse de l'association entre musique baroque et hip-hop. Quant à la partie parlée, en dépit d'une traduction apparemment soignée, j'ai regretté de n'être pas assez angliciste pour saisir pleinement ce qui semble être un jeu très poussé sur les accents et expressions des différents milieux sociaux, depuis le monde des petites frappes jusqu'au très digne et très corrompu directeur de la prison.
Alors certes la parodie a un côté un peu attendu (tant dans la trame d'origine que dans les aspects modernisés, avec selfies et allusions au brexit), mais au final, un tel tourbillon d'énergie et de complicité l'emporte sur toute autre considération. Ce spectacle mérite d'être vu et revu, s'il a la bonne idée de repartir en tournée...

https://www.youtube.com/watch?v=YaLSAwRG5V4
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Les noces de Figaro
W.A. Mozart
Mise en scène de Vincent Boussard
Marseille, mars 2019

Image

Où l'on découvre que le sens théâtral du trio Mozart, Beaumarchais, Da Ponte parvient à se tirer de pratiquement tout et n'importe-quoi.
Privilégier la face sombre, cynique, faite de violence sociale et psychologique, cela peut fonctionner – voir la vidéo du spectacle de Nikolaus Harnoncourt et Claus Guth à Salzbourg, dans les années 2000. Vincent Boussard a ici, de surcroit, une petite idée théâtralement exploitable, à savoir : mettre en avant le Comte Almaviva, en faire un personnage extrêmement noir, franchement odieux, sans rédemption possible. Le comte se tiendra donc fréquemment, de dos, au centre de la scène, observant le fonctionnement de la machine sociale qu’il entend maîtriser. C’est un point qui fonctionne plutôt bien et ce sera presque le seul, avec le choix concomitant de traiter la Comtesse en tragédienne. Pour le reste, Boussard semble fréquemment oublier son propre concept ; ou alors il le surcharge sans cesse de tout un fatras... symbolique ? Des figurants en costumes vénitiens apparaissent à tout moment, entrées et sorties se font parfois en totale contradiction avec l’intrigue, on projette des images de feuillages dans les scènes d’intérieur... Tout ceci est invariablement plutôt agréable sur le plan visuel, mais on passe toute la pièce à se demander s’il y a un quelconque sens derrière tout ça. Qu’il puisse y avoir un but strictement décoratif, soit, mais encore faudrait-il qu’il n’oblitère pas la lisibilité de l’action ; dans le cas contraire, je me demande toujours quel mépris pour le spectateur peut avoir un metteur en scène qui s’ingénie à truffer une œuvre de symboles qu’il est le seul à maîtriser, au deuxième ou dixième degré, en semblant dire : « essayez de comprendre si vous y arrivez ». J’en reviens toujours aux mêmes modèles, mais des Bieito ou des Tcherniakov, capables de pondre des concepts autrement plus décapants et volontiers provocateurs, ont à mes yeux l’immense qualité de proposer une narration cohérente de À à Z sans intellectualisation volontairement hermétique.
Reste un moment musical des plus délectables. Seul point de déséquilibre : Patrizia Ciofi est, par sa présence scénique et ses manières vocales d’écorchée vive permanente, parfaitement en phase avec l’approche du personnage de la comtesse dans cette production - mais ce qui sied à certains « vrais » rôles tragiques chez Händel est ici terriblement surjoué sur le mode « grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf », avec à la clef moult poitrinages et ports de voix hors-style. Sacré contraste avec Anne-Catherine Gillet, Suzanne fine mouche comme il sied, Antoinette Dennefeld, Chérubin ado plus vrai que nature, Mirco Palazzi, Figaro vaillant. En parfait contre-exemple des errements de Ciofi, Christian Federici (le comte) montre qu’on peut faire semblant d’avoir une grosse voix sans pour autant écraser la machine de précision de la musique du XVIIIe siècle. Le chef Mark Shanahan emmène le tout avec un soin stylistique tout particulier, tirant de l’orchestre une texture claire et toute la variété d’articulation souhaitée. On lui doit probablement également des ornements ni trop scolaires ni trop envahissants. On ne saurait lui reprocher, à la rigueur, qu’un manque de panache et de sens de l’effet ; quoiqu’abandonnés à eux-mêmes sur le plan scénique, les chanteurs compensent en se donnant sans compter sur le plan musical. Dernier bonheur et non des moindres, on a soigné la distribution des petits rôles, les interventions des personnages secondaires ne sont jamais des baisses de tension.


Le postillon de Lonjumeau
Adolphe Adam
Mise en scène de Michel Fau
Paris Opéra-Comique, avril 2019

Image

Retour à mon domaine de prédilection où, à mon goût personnel, les directions successives de Jérôme Deschamps puis d’Olivier Mantei à l’Opéra-Comique font pratiquement un sans-faute depuis de longues années.
La vedette de cette production est le ténor américain Michael Spyres qui s’était illustré dans ces mêmes lieux dans Le Pré aux Clercs. Les chanteurs ayant parfaitement le format et la tessiture du rôle ne sont pas très nombreux, et ceux qui connaissent les arcanes de la diction et de la prosodie encore moins. Dans ce rôle, Spyres n’a pour vrai rival que Juan Antonio Flórez, au timbre plus... latin (que n’a-t-on pas proposé ce rôle à Alagna dans ses jeunes années !).
Vu en héros romantique dans Le Pré aux Clercs, la vedette se glisse ici parfaitement dans la peau du postillon Chapelou devenu une star sous le nom prétentieux de Monsieur de Saint-Phar - un personnage de gentil crétin, arriviste naïf doté d’une voix d’or ! L’œuvre possède une certaine charge parodique (et un sous-texte féministe) et fait appel à un vaste jeu de références au théâtre lyrique du XVIIIe siècle. Sur ce point, la reprise d’une pièce devenue rare tombe à point nommé à une époque où la culture baroque est revenue sur le devant de la scène, et la parodie fonctionne de nouveau devant un public qui connaîtrait, par exemple, le film Farinelli de Gérard Corbiau. Spyres assume crânement les allusions aux vedettes de la scène baroque et, sous des costumes abusivement emplumés comme il se doit, se lance dans des roucoulades et des ornements remarquables de superficialité virtuose - or, il peut se le permettre. La lecture de quelques critiques portant sur des représentations ultérieures montrent que le chanteur s’est laissé rattraper par la fatigue au fil des représentations...
Sa partenaire Florie Valiquette (madame de Latour) surjoue un peu le contraste entre les deux parties de son rôle (une modeste aubergiste qui fait un riche héritage), y compris sur le plan vocal (émission aigrelette, censément « populaire », au premier acte). Le monologue au début du second acte lui offre cependant l’occasion de déployer un équilibre entre rondeur et précision de la déclamation - il est vrai que son personnage est désormais devenu aristocratique. En directeur de l’opéra de Paris pris qui croyait prendre, faux virtuose de la manipulation et vrai dindon de la farce, Franck Leguérinel se montre parfaitement obséquieux et ridicule. Tous font preuve d’une diction irréprochable qui rend la lecture des surtitres superflue.
Sous la baguette de Sébastien Rouland (ancien assistant de Marc Minkowski aux Musiciens du Louvre, entre autres), l’orchestre de Rouen est clair et agile, faisant honneur à une partition conçue pour faire rutiler les vents des orchestres parisiens du XIXe siècle.
Michel Fau a choisi d’appuyer la charge parodique de l’oeuvre, avec une seule contradiction : le metteur en scène n’a pu s’empêcher de se livrer à son numéro favori et monte lui-même sur scène sous le costume pompeux de la dame de compagnie de l’héroïne. Ce numéro caricatural vient en total décalage avec le propos de la pièce qui place les femmes au premier plan en n’hésitant pas à ridiculiser les hommes, et entre en contradiction avec le ton progressiste du texte. Pour le reste, ce qui pourrait passer pour un kitsch volontaire est dans le même temps une lecture assez fine de l’imaginaire du XIXe siècle : le décor se déploie à la façon d’un pop-up, tout en surfaces planes et façon chromolithographie. Les costumes (de Christian Lacroix...) jouent de la même manière avec le regard rétrospectif et effectivement kitsch que le XIXe siècle porte sur les époques passées. C’est donc distrayant et coloré sans être idiot : le double décalage historique (mise en abyme temporelle) n’empêche jamais le divertissement ni la narration, tout en proposant aux passionnés un jeu d’allusions amusantes.

https://www.youtube.com/watch?time_cont ... qkUl9l5oo4


La damnation de Faust
Hector Berlioz
Version de concert à Strasbourg, 26 avril 2019

Image

D’ordinaire je ne cours pas spécialement les opéras donnés en « concert » sans mise en scène, cette occasion était un peu spéciale en raison de la nature ambivalente de l’œuvre et d’un plateau alléchant. En l’occurrence, après avoir célébré de manière superlative l’anniversaire d’Offenbach avec Barkouf (je maudis les contraintes de calendrier qui m’ont fait rater une telle occasion), Strasbourg fête celui de Berlioz pour seulement deux soirées, en version de concert, mais avec un casting luxueux.
Le projet consiste à restituer le versant « oratorio orgiaque » d’une œuvre hybride, qui passe très bien en scène y compris en rendant possibles des productions très peu narratives (je pense à celle du collectif La Fura dels Baus), mais dont on n’entend pas systématiquement toute la dimension musicale - en l’occurrence, l’effectif monstrueux rassemblé par l’orchestre philharmonique de Strasbourg ne rentrerait pas dans une fosse.
Le maître d’oeuvre en est le chef John Nelson qui a notoirement enregistré Les Troyens avec la même équipe.
Le soin philologique qui a poussé à restituer à la lettre cette orchestration pléthorique se heurte à un problème vraisemblablement amplifié par l’acoustique du palais des congrès : depuis le centre de la salle, l’orchestre couvre fréquemment les voix. Le déluge de couleurs orchestrales est donc au rendez-vous mais l’intelligibilité du texte en pâtit à plusieurs reprises. Le chœur Gulbenkian, à cet exercice, ne saurait remplacer une formation francophone : le résultat est généralement peu compréhensible.
On retrouve Michael Spyres toujours très impliqué, vivant intensément le personnage sans songer un instant à s’économiser (une certaine fatigue dans la deuxième moitié de la soirée : cette fragilité humaine du « live » vaut mieux, à mon sens, que tous les enregistrements studio du monde), faisant également entendre un raffinement de la diction où un brin d’accent américain n’est qu’une petite coquetterie plaisante. La performance dans Le postillon de Lonjumeau quelques semaines plus tôt ne laissait aucun doute à ce sujet.
En Marguerite, Joyce DiDonato propose une incarnation un rien plus policée et donc un chant sans prise de risque - la voix est luxueuse et la diction excellente.
En Méphistophélès, Nicolas Courjal est tout simplement fabuleux ! Toutes les nuances du personnage y sont, tour à tour cynique, farceur, grandiose, sans aucun surjeu et sans devoir maltraiter le chant par des manières outrancières : la science du verbe, ici, fait tout. Et dans le petit rôle de Brander, le chanteur de la taverne, Alexandre Duhamel fait oublier nombre de spectacles où l’on ne s’encombre pas de distribuer ce très court rôle à un vrai spécialiste.
Comme il se doit, les passages symphoniques décoiffent. Dernière surprise, la maîtrise de l’Opéra du Rhin intervient depuis le milieu de la salle dans le chœur « angélique » final, dans un synchronisme parfait, parachevant un concert aux proportions gargantuesques et où, pourtant (sauf le chœur d’adultes), la dimension littéraire n’a jamais été sacrifiée. Le public réserve à l’équipe un triomphe que j’ai rarement vu en pareille occasion. Chouette, il parait qu’un disque est prévu !


Cendrillon
Nicolas Issouard
Mise en scène de Marc Paquien
Saint-Etienne, 5 mai 2019

Image

L’Opéra de Saint-Etienne propose la très rare Cendrillon de Nicolas Isouard (1810) dans une production plaisante.
Pour l’œuvre elle-même d’une part, rareté absolue qui n’est diffusée que sous la forme d’un disque desservi par un français des plus exotiques (par une équipe russe, mais l’œuvre est plus complète que dans la présente production). Les occasions de découvrir le répertoire de l’Opéra-Comique avant l’influence de Rossini sont rares. Chez Isouard, on ressent en revanche l’influence de Mozart qui se diffuse à Paris depuis le triomphe des Mystères d’Isis et, dans l’esprit, de Gluck, notamment par le refus de la virtuosité gratuite - elle n’est pas absente ici mais réservée, de manière cohérente, à l’expression de la vanité et de la superficialité des deux « méchantes » sœurs, un principe qui disparaît dans la Cendrillon de Rossini quelques années plus tard. L’œuvre peut paraître relativement simple mais l’émotion est bien présente, au travers du personnage central développé bien au delà du court texte de Perrault qui en constitue l’inspiration, et dont la bonté et la modestie ne sont jamais prises en défaut. La féérie est largement évacuée (il n’en reste plus qu’une rose « magique » qui empêche un temps les autres personnages de reconnaître Cendrillon à la Cour) au profit d’un jeu de faux-semblants visant à rendre crédible la sincérité exemplaire de l’héroïne. C’est du reste ce même livret qui sera repris et adapté par Rossini, avec un traitement musical totalement différent et pratiquement antithétique.
Certes, ici, la partition a subi des coupes substantielles, notamment par la perspective d’une tournée dans de petites salles, ce qui a amené la suppression des chœurs ! Par ailleurs, le tout a été volontairement condensé pour rentrer dans un format acceptable (1h30) pour les représentations scolaires. On se console en se disant que ce qu’il en reste est servi avec un soin appréciable et un engagement certain, à commencer par le chef, Julien Chauvin, qui sait donner une épaisseur dramatique à une musique aux ambitions relativement modestes, à la tête d’un orchestre partiellement composé d’élèves des conservatoires de la région - qui ne déméritent pas et dont l’inexpérience ne se manifeste que par quelques problèmes de justesse quand les cordes ont à nu.
La distribution fait honneur à la jeune génération - le temps où distribuer convenablement l’opéra francophone était impossible semble révolu. Dans un rôle d’héroïne dépourvue de morceaux de bravoure, Anaïs Constans est parfaite de naturel ; Jérôme Boutilier (le sage Alindor) l’est tout autant, sauf quand (au premier air) le metteur en scène l’oblige à surjouer inutilement. Les deux sœurs Clorinde et Tisbé (Jeanne Crousaud et Mercedes Arcuri) sont épatantes d’agilité vocale et de diction, la première dans son air de virtuosité au second acte et la deuxième dans un monologue ouvrant le troisième acte, digne d’une tragédienne (mais ici évidemment avec une forte charge parodique). En jeune roi, Riccardo Romeo est un peu en retrait vocalement mais sa diction et son scrupule stylistiques ne sont jamais pris en défaut.
Le décor tournant, assez art-nouveau, est élégant et astucieux - on aimerait en dire autant de costumes inutilement bariolés en décalage avec l’esthétique du plateau. Le choix de faire jouer le beau-père et l’écuyer (Jean Paul Muel et Christophe Vandevelde) dans un perpétuel surjeu est tout aussi contestable car le procédé finit par lasser faute de renouvellement.
Pas de quoi bouder son plaisir toutefois, le plaisir de voir une rareté (même mutilée), de se laisser émerveiller par quelques trouvailles simples et poétiques (l’allusion à la citrouille de Perrault). Et, finalement, la satisfaction de se dire qu’avec ses imperfections, ce spectacle semble parvenir à l’un des buts fixés : proposer au jeune public une entrée soignée dans un théâtre lyrique patrimonial sans qu’il soit nécessaire de convoquer forcément des œuvres battues et rebattues.

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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Mikirabelle » jeu. 9 mai 2019 12:41

Merci @Tamiri pour ces critiques averties !

Les arts scéniques sont loin d'être ma spécialité, mais je suis allée voir The Beggar's Opera et j'ai beaucoup aimé !

Tu me donnes envoie d'aller voir le Postillon de Lonjumeau, mais les dates sont terminées.

Concernant Hamlet, je suis allée voir assez récemment Festen du même Cyril Teste et j'ai moyennement accroché au mélange vidéo/théâtre (il faut dire que j'étais HS ce soir-là...). Si tu as vu les 2, est-ce que tu peux nous dire si tu as préféré Hamlet ? Tu me diras peut-être que ça n'est pas comparable... :clin:
Hors-sujet
Sinon, c'est un peu hors-sujet car c'est plutôt du théâtre, je suis allée voir Amour et Psyché d'Omar Porras et, passé la première scène un peu déroutante, j'ai été transportée ! (Je n'ai trouvé qu'une vidéo, qui ne lui rend pas vraiment hommage, donc je préfère ne pas la mettre). J'étais émerveillée comme une enfant devant les "effets spéciaux" (parfois un simple voile qui faisait penser à la mer).

Côté ballet, je suis allée voir au cinéma la retransmission de L'Âge d'Or donné par le Bolchoï et, une fois n'est pas coutume pour un ballet : je ne me suis pas ennuyée !
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Tamiri
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Re: Opéra et théâtre lyrique

Message par Tamiri » ven. 10 mai 2019 21:59

Je n’ai pas vu Festen.
Dans Hamlet, le dispositif vidéo n’a rien de nouveau avec son écran disposé au dessus du plateau dans la moitié supérieure du cadre de scène... Il y a eu quelques maladresses avec ce genre de procédé, notamment des spectacles où, en fait, seul l’écran était vraiment à regarder, les protagonistes en plateau étant intégrés en temps réel à une projection. À vrai-dire, les spectacles donnant une grande importance à la vidéo dont je garde le meilleur souvenir étaient plutôt des propositions mettant en relation les comédiens-chanteurs et du cinéma d’animation : ces dernières années je pense notamment à la Flûte enchantée de Barrie Koski à Berlin puis à Paris, et à un charmant Re pastore de Mozart au Châtelet, où la vidéo contribuait à une esthétique d’anime japonais.
Ce que j’ai trouvé vraiment intéressant cette fois-ci, c’est que les deux usages de la vidéo (image filmée en directe caméra à l’épaule ou image pré-enregistrée) ne sont pas utilisés pour se substituer à la narration, ni pour étendre artificiellement les possibilités de représentation « figurative » du théâtre, et encore moins dans un but strictement décoratif (décor minimal et costumes d’une parfaite banalité) ; la vidéo est intégrée dans le dispositif narratif. Je prends l’exemple du passage où Hamlet fait jouer une pièce de théâtre pleine de sous-entendus devant le couple royal : à ce moment, Hamlet s’empare de la caméra et filme les réactions des autres personnages en gros plan. Sur la scène, on voit Claudius et Gertrude apparemment impassibles, conservant un calme apparent devant les membres de la cour. Sur l’écran, en très gros plan, on voit par les détails - mouvements des yeux, tremblement d’une lèvre... qu’ils luttent pour sauver les apparences et cacher le trouble qu’ils ressentent. Alors, oui, c’est très premier degré, mais ça joue efficacement son rôle, à savoir raconter une histoire. Et personnellement, je me contrefiche des raffinements intellectuels à huit degrés de compréhension imbriqués et je n’aime pas qu’un metteur en scène me dise en substance « réfléchis et trouve toi-même ce qui est implicite » et encore moins « t’as qu’à connaître tes classiques et à savoir à l’avance quelle est l’enjeu de cette scène ».
Après, un problème possible est l’aspect pratique pour une partie de la salle... J’ai vu ce spectacle depuis une position optimale par rapport au dispositif vidéo, à savoir depuis un balcon de face. J’imagine que ce n’était absolument pas agréable depuis les rangs proches de la scène, vu la hauteur de l’écran. Pas évident... Je me souviens à l’inverse d’un spectacle de Tcherniakov qui ne marchait vraiment bien que vu de près : direction d’acteurs façon cinéma, évitant toute amplification artificielle des gestes et des expressions faciales, mais cette fois sans le truchement d’un écran : pour tout voir, il fallait être suffisamment près... Seuls les premiers rangs en profitaient vraiment sauf à tout suivre à la jumelle. Du coup, d’ailleurs, ce spectacle passait très bien à la télé !

Au fait il y a une coquille dans mon commentaire, ce n’est bien-sûr pas Cyril Teste, le metteur en scène, qui était émouvant dans le rôle d’Hamlet, mais Nicolas Testé...


Pour le Postillon, c’est une coproduction avec Rouen donc il devrait y être présenté un de ces jours.

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