Perception auditive, oreille absolue et musique

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Melokine
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Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Melokine » jeu. 3 janv. 2013 17:45

Un début de fil sur la perception musicale, et plus particulièrement sur la notion d’oreille absolue.

L’oreille absolue, qu’est-ce que c’est ?
C’est tout simplement la capacité à reconnaître une note de musique sans avoir besoin de se référer à une autre note (vous vous réveillez le matin, frais et dispos – ou pas –, quelqu’un joue des notes, vous savez les nommer immédiatement).
L’oreille absolue s’oppose à l’oreille relative, qui elle a besoin d’un référent (traditionnellement le la) pour identifier une note.

D’un point de vue physique : un la, c’est une fréquence de 440 Hz (ou 220Hz, ou 110 Hz, ou 880 Hz, il sera alors plus ou moins aigu) ; l’oreille absolue est la capacité à identifier cette fréquence (et celles des autres notes) immédiatement ;
D’un point de vue culturel : le mot « la » et la notion de hertz sont tous les deux culturels, ce sont des constructions de l’humain (d’ailleurs même en Occident la valeur du la a varié, en musique baroque il est à 415 Hz ou 392 Hz), collées sur une réalité physique, la longueur d’onde ; on peut très bien imaginer quelqu’un ayant l’oreille absolue mais ne le sachant pas, s’il ne connaît pas les mots correspondants ;
D’un point de vue physiologique (ce n’est pas absolument mon domaine, donc ça va être un peu approximatif, voire inexact) : les récepteurs auditifs sont les cellules ciliées, ce sont elles qui réagissent aux vibrations, aux fréquences ; de ce que je comprends, l’oreille absolue correspond à une perception très précise de toutes les nuances vibratoires de ces cellules ciliées.

Petit aparté sur l’aspect naturel/culturel de la musique : le nom des notes est culturel, en revanche les intervalles construits dans la tradition occidentale notamment (mais asiatique aussi je crois) sont tout à fait physiques, eux. Les guitaristes et musiciens « à cordes » connaissent bien la question des harmoniques, qui montrent qu’une quinte do-sol est bien un rapport physique et non une construction humaine. Pour le dire autrement, si l’on joue un do et que l’on n'étouffe pas les autres cordes, spontanément la corde du sol va se mettre à vibrer par sympathie, le mi également, etc. (le terme « cordes sympathiques » existe réellement pour les qualifier).


L’oreille absolue, innée ou acquise ?
Pour l’option « innée » je n’ai rien lu qui soit très clair, il y a notamment une hypothèse qui voudrait que l’on naisse tous avec, et qu’on la perde, ce qui pourrait être consistant avec des connaissances de l’option « acquise » : il y a une forte corrélation entre les musiciens ayant l'oreille absolue et ceux ayant commencé une pratique musicale très tôt, vers 4 ans. Pour une pratique commencée après 7 ans, il y a beaucoup moins de chances d'avoir l'oreille absolue (source : une conférence passionnante sur les neurosciences et la musique [vers 19’, mais il y a un sommaire à gauche] où l’on voit également que les zones du langage s’activent dans le cas de l’oreille absolue, alors que pour l’oreille relative, il y a de l'activité en mémoire de travail pour « comparer » la hauteur de la note).

L’oreille quasi-relative
Ici je fais un aparté un peu égocentré, sur le type d’oreille intermédiaire qui est le mien. J’ai traduit cette expression à partir de l’anglais « quasi absolute pitch », trouvé dans l’ouvrage Le Cerveau de Mozart, du neuropsychologue Bernard Lechevalier (Odile Jacob, 2003) : ce terme servirait à qualifier « une moindre perfection du don » (comme c’est joliment dit…), avec par exemple des erreurs d’octave (pour moi un do est un do, j’entends vraiment le mot « do », donc ça ne me donne guère d’indications quant à savoir s’il est aigu ou grave), des difficultés avec certains timbres, quand c’est très grave ou très aigu, etc.
L’auteur précise que la capacité d’oreille absolue peut varier chez une même personne (prise de médicaments, période menstruelle [!], âge…) ; il distingue enfin oreille passive (reconnaître les notes) et active (être capable de chanter un la juste immédiatement, toujours sans référent).

Bref, l’oreille absolue, c’est entendre directement le nom des notes, ça a des avantages et des inconvénients, j’en ai parlé un peu dans un autre fil : j’ai par exemple beaucoup de mal à « entendre » les intervalles, pour moi do-fa c’est « do » et « fa », ce n’est que dans un deuxième temps que je reconstruis qu’il s’agit d’une quarte.

J'ai fait ce petit topo sur l'oreille absolue, mais la musique c’est d’autres choses que la hauteur des notes, notamment le rythme, pour ne pas parler de l'essentiel, la sensibilité musicale…

Voyez-vous, avez-vous des spécificités quant à votre façon d’écouter la musique ?
Ou, plus simplement, comment entendez-vous la musique ?
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Pellucidar » jeu. 3 janv. 2013 20:25

Le seul endroit que j'apprécie pour écouter de la musique est dans la voiture.
Ailleurs je l'entend sans l'apprécier vraiment.

Je n'ai aucune compétence en musicologie, par en contre écoutant Alexandre Astier parler de Bach et en particulier du contre point j'imagine facilement toute la richesse d'une musique "construite".
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par manawa » jeu. 3 janv. 2013 23:51

ça pour un sujet documenté ! merci d'avoir pris le temps d'écrire tout ça :)
J'ai notamment appris ici que c'est la zone du langage qui s'active pour les 'oreilleux', et c'est marrant c'est exactement comme ça que je le perçois, comme un langage. Comme je te disais, on ne réfléchis pas consciemment au sens de chaque mot l'un après l'autre dans une discussion, on les comprends automatiquement.. c'est la même chose avec la musique.
Et quand tu parles de ton oreille moindre parfaite (Mozart avait apparemment aussi le don de la formule) je comprends mieux. C'est effectivement l'oreille absolue, mais avec quelques irrégularités.. je n'avais jamais entendu parler de ça.

Bref, sujet très intéressant, que je vais suivre de près !!
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Hoppy » ven. 4 janv. 2013 09:56

J'ai toujours été un peu fasciné par ceux qui possèdent l'oreille absolue, ma curiosité incessante me fait me demander comment vous percevez la musique, comment vous l'analysez naturellement, si vous écoutez ou entendez tout simplement.
Je me demande aussi, si l'on considère la théorie qui sous-entend l'oreille absolue comme génétique ou inné, ayant toujours entendu de cette manière, qu'est ce qui changerait si tout à coup vous ne la possédiez plus?

Je me demande aussi si certains animaux en seraient pas pourvus?

Il y a une certaine Katja Keller, musicienne-compositrice danoise, qui a crée
la méthode MAP (My Absolute Pitch). Cela permettrait de développer la perception auditive et donc de développer l'oreille absolue. Je ne sais absolument pas si c'est réellement possible. Je suis certaine que l'on peut s'améliorer, c'est évident avec de l'entrainement, mais si réellement on arrive au niveau de l'oreille absolue, je ne pense pas.

En tout cas si je pouvais vivre une journée avec l'oreille absolue ça serai une chouette expérience (et la synesthésie aussi :mrgreen: )
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Melokine » ven. 4 janv. 2013 10:39

A vrai dire je ne sais pas trop à quoi ça me sert, d'entendre des mots à la place des sons de notes :mrgreen:
(Je plaisante, mais, vraiment, je ne sais pas...) En même temps ne connaissant pas l'autre option, c'est difficile de comparer.

Par ailleurs, il y a beaucoup de musiciens extrêmement talentueux qui ne l'ont pas (qui peuvent la construire, oui, c'est ce qui est expliqué à un moment dans la vidéo : la reconnaissance semble bien se faire spontanément, mais la zone du cerveau qui travaille alors "compare" relativement à un diapason interne, ce qui n’est pas le cas pour l'absolue "naturelle".)
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par manawa » ven. 4 janv. 2013 14:32

C'est vrai ça, à part pour faire de la musique, à quoi ça peut bien servir d'autre ? enfin je veux dire y a t'il des façons de l'exploiter professionnellement dans d'autres domaines, et si possible autrement qu'en écoutant les sonars dans un sous-marin.. ?
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Melokine » ven. 4 janv. 2013 14:53

Disons que si ça permettait de mieux apprécier la musique, ce serait effectivement un gros "plus", mais je n'en suis vraiment pas convaincue. Et, si c'était le cas, il existe de multiples façons de compenser une oreille relative, donc...

Peut-être aussi que c'est une question de degré d'absoluéité, et vu que la mienne est un peu cheap...
Avoir une oreille capable de bien différencier plusieurs mélodies (ça se travaille) me semblerait plus intéressant, pour rebondir sur les propos de Pellucidar quant au contrepoint.

Ça permet de frimer un peu, remarque, c'est toujours ça de pris...
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Lophophora » lun. 7 janv. 2013 12:01

Bonjour,

Ce sujet m'intéresse, en tant que musicien. Lorsque j'ai débuté la musique, je fantasmais comme beaucoup d'autres sur l'oreille absolue, mais j'ai très vite constaté que je ne l'avais pas (pour info je me suis mis à la musique relativement tardivement, vers 12 ans). J'ai en revanche l'oreille relative : je peux reconnaître une note ou un accord si on me donne une référence au préalable, mais cela me demande un effort et parfois quelques secondes, je ne peux pas répondre sans réfléchir. J'ai appris la musique sans solfège car cela ne m'intéressait pas et parceque j'arrivais à jouer à peu près tout ce que je voulais simplement en reproduisant ce que j’entendais, ou à l'aide d'une grille d'accords. Bien sûr, avec le recul je le regrette car c'est un handicap, notamment pour la musique classique ou à partir d'un certain niveau de complexité, ma capacité à reproduire chaque note à l'identique s'avère insuffisante.

Il faut savoir que même parmi les musiciens pros, une très faible proportion seulement possède l'oreille absolue, c'est un capacité rare. Posséder l'oreille absolue peut également être un inconvénient d'après les personnes qui l'ont et qui en parlent (acouphènes, gêne du à certaines fréquences dissonantes émises par des objets du quotidien, etc.). Cette gêne est exacerbée pour ces personnes, mais je pense qu'elle est ressentie dans une moindre mesure par tous les musiciens qui ont une oreille fine. En ce qui me concerne par exemple, j'ai du mal à supporter l'écoute d'une musique jouée sur un instrument qui n'est pas parfaitement accordé, ou un chanteur qui n'est pas tout à fait juste (ce qui est assez fréquent même chez les pros, lorsque par exemple leur retours sur scène ne sont pas réglés correctement et qu'ils s'alignent sur des fréquences légèrement décalées, à cause de l'effet Doppler).

J'ai regardé la méthode MAP de Katja Keller. Malheureusement, impossible de savoir si cette méthode à une quelconque valeur car le site est très commercial, ainsi que les vidéos. Tout est fait pour vendre (assez naïvement je trouve), du coup cela ne m'inspire pas confiance, mais il est possible que la méthode soit bonne. D'après le peu d'informations qu'elle veut bien donner dans ses vidéos, la méthode serait basé sur la synesthésie et elle apprendrait à ses stagiaires à reconnaître les notes en utilisant des moyens mnémotechniques qui consistent à associer une perception sensorielle unique (couleur, forme, toucher) à chaque note. Cela dit, je ne comprend toujours pas comment un non-synesthète pourrait tout d'un coup ressentir ces choses et reconnaître d'emblée une note plutôt qu'une autre. Si quelqu'un a plus d'infos, cela m'intéresse.

Petit apparté : Melokine, pourquoi avoir traduit quasi absolute pitch par oreille quasi relative plutôt que quasi absolue ?

Sinon, pour répondre à la question sur la façon dont nous écoutons la musique, pour ma part c'est très analytique. J'écoute et j'apprécie, je prend du plaisir si cela me plait, mais la plupart du temps j'ai du mal à ne pas analyser chaque détail. Sur une écoute d'un single de pop/rock par exemple, qui dure en général 3-4 minutes, je me pose mille questions sur les instruments utilisés, la méthode d'enregistrement, les effets utilisés en studio, l'état d'esprit des musiciens au moment ou ils ont joué le morceau, l'état d'esprit du compositeur, sa méthode de composition, le temps qu'il y a passé, la configuration du local dans lequel l'enregistrement a eu lieu, la qualité de la restitution sonore par l'appareil qui diffuse la musique, etc. (je pourrais continuer longtemps).

Lorsque je faisais de la musique de façon professionnelle (ce qui n'a pas duré longtemps, j'ai avorté cette carrière à peine après l'avoir démarrée), ma première préoccupation après avoir terminé une maquette était de la mixer sur une cassette audio (oui c'était il y a 20 ans...) et de l'écouter sur mon autoradio de qualité moyenne lors d'une balade en voiture, pour essayer d'imaginer ce que pourrait ressentir un auditeur lambda. Mais j'ai souvent beaucoup de mal à prendre suffisamment de recul pour pouvoir apprécier la musique de façon totalement libre. Heureusement j'y arrive tout de même de temps en temps, et lorsque je suis suffisamment détendu et centré (quasiment en méditation), la bonne musique réveille en moi de puissantes émotions, souvent jusqu'aux larmes, notamment avec la musique classique ou les très bons morceaux de rock (l'album Dark Side of The Moon, par exemple).

Voilà pour ma modeste contribution, qui était aussi ma première intervention sur ce forum : n'hésitez pas à m'orienter si je ne fais pas les choses comme il se doit. :$

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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Melokine » dim. 22 déc. 2013 17:44

Lophophora a écrit :
Petit apparté : Melokine, pourquoi avoir traduit quasi absolute pitch par oreille quasi relative plutôt que quasi absolue ?
C'est une erreur, je voulais effectivement écrire « oreille quasi absolue », merci de l'avoir noté !
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Loubel » dim. 22 déc. 2013 22:03

Je suis également passionnée de musique. les style que j'aime varient fort (ou en fait non en quelque sorte^^).

Pour vous donner un bref résumé: j'ai commencé le solfège à l'âge de 8 ans et j'ai fait mes 5 ans. En deuxième année, il fallait choisir son instrument. Un moment crucial dans ma vie^^. Depuis mes plus jeunes années (je pense que j'ai du avoir 4-5 ans), j'ai eu un rêve: devenir saxophoniste et jouer le saxo sous les ponts de Paris, une ville dont j'étais tombée amoureuse à cette époque là. Helas...ma tension + poumons étaient trop faibles- je me suis évanouie après chaque cours...et on m'a gentiment conseillé de choisir un autre instrument. J'ai opté pour le piano...car on en avait un chez nous. J'ai fait du piano pendant 11 ans. Jamais j'ai été une pro...mais à la fin, j'aimais bien cet instrument et je le pratiquait de manière convenable. Ceci veut dire, des exercices de 2 heures minimum par jour et une place dans un groupe de jazz et dans un orchestre de musique de chambre à l'académie de musique dans notre village.

Avec le début de mes études, pour lesquelles j'ai été forcé de déménager dans un très petit studio dans la grande ville loin loin de chez moi...mes possibilités, de m'entrainer pour le piano avaient fortement diminué. Au début, j'allais à l'académie, mais ayant que droit à des heures de réservation pas possibles, j'ai vite abandonné.
Misère...car, jouer du piano n'est pas comme faire du vélo. Aujourd'hui ça fait 9 ans, que je n'ai plus joué du piano.

Je sais encore vous jouer certaines partitions, par exemple sur une table en bougeant mes doits en fonctions des touches à respecter...je sais même encore chanter, note par note, mon morceau de fin d'études du solfège...mais mes doits ne suivent plus. Et à chaque fois que je l'essaie (en secret)...je suis tellement crispé, que mes doits sont quasi immobiles. Je ne touche plus au piano...j'ose plus^^

Par contre...ce que j'ai remarqué également avec le début de mes études et sans piano...que j'avais une oreille très sensible pour les harmonies et le rythme. J'ai commencé à mixer de la musique techno et house (avec des vinyles) dans des cafés et j'arrivait quasi à la perfection au niveau de la transition entre deux disques ( vitesse de la bass line et l'enchaînement des mélodies). Avec l'apparition des programmes informatiques (et l'oublie du mix avec vinyles)...beaucoup de mes amis ont commencé, après leur carrière de DJ, de produire eux mêmes des morceaux.

Et vous n'allez pas le croire...on m'invite régulièrement à participer aux compositions en me demandant de créer des accords, qui détermineront les mélodies du track. Outre, je leur fourni aussi une aide pour la suite, car j'ai une sensibilité très aigue au niveau de la construction du morceau: intro, apparition de nouveaux sons, création de la tension, kick principal et fin.

Je ne peux pas l'expliquer...mais surtout dans ce style de musique, que je sais quasi instantanément dire si un track est bien ou pas, va fonctionner ou pas, où se trouvent les parties/éléments qui clochent etc. Je sais également distinguer directement de quel sous-style il s'agit et expliquer pourquoi...

C'est un ressenti qui se manifeste parfois par des tensions brusques, pics au ventre ou dans l'oreille. De la même façon, si un track est bon...je danse...mon corps bouge automatiquement et harmonieusement avec le rythme...comme si je faisait ça depuis toujours, c'est comme il vivait la musique.
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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Reyna » mar. 7 juil. 2015 17:30

Je n'ai pas l'oreille absolue et je ne correspond pas non plus à la définition de l'oreille quasi-absolue. Cependant lorsque j'étais au Collège j'ai remarqué que j'étais capable de reproduire seule un morceau après plusieurs écoutes. Les différentes classes de mon Collège ne jouaient pas toutes le même morceau à la flute. Ma classe devait jouer le thème du Titanic et d'autres classes jouaient Le lion est mort ce soir. J'avais entendu des élèves répété le morceau dans la cours et le soir en rentrant j'ai eu envie de savoir le jouer. J'ai donc mis la cassette (ça me rajeunie pas ça :think: ) d'Henri Salvador (notez la magnifique référence que voilà...) et après plusieurs écoutes, morceaux par morceaux j'ai reproduis l'ensemble à la flute (honnêtement je ne sais pas combien de temps ça a duré, 2h peut être). Je n'ai jamais fais de solfège ou jouer d'un instrument en dehors de ma scolarité alors je me souviens que ça avait pas mal surpris mes parents. Cette envie n'a pas refait surface même si je me suis souvent dit que j'aurais pu exploiter cette part de moi. Que ça aurait peut être donné quelque chose...

En ce qui concerne ma façon d'écouter la musique, j'en distingue deux. La plus banale, en fond sonore ou lorsque je travaille. Je ne sais pas pourquoi mais cela m'aide à canaliser mon attention. Puis il y a la musique que j'écoute pour le plaisir (vous savez ce morceaux qui vous donnent des frissons) et pour me détendre. Dans ces moments là, lorsque j'écoute du classique j'aime essayer de repérer quels instruments sont utilisés.

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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Stan » mer. 8 juil. 2015 14:12

Sujet passionnant, très intrigant ! Personnellement je ne l'aurais pas rangé ici ( "Ici il s'agira d'œuvres et d'auteurs du vaste paysage culturel", dixit l'index) mais dans une section plus scientifique. Cela a peut-être permis de bien le repérer !

Je n'ai pas l'oreille absolue, et je suis bien heureux de ne pas l'avoir, car je suis organiste, et l'infinie diversité des instruments tient notamment à la grande disparité des diapasons. Diverses raisons à cela : l'évolution historique du diapason selon les âges et les lieux (des orgues subsistent de toutes les époques depuis la Renaissance), les variations de température... et on n'accorde souvent tous les tuyaux d'un orgue que tous les dix à vingt ans !

Certains amis organistes qui ont l'oreille absolue doivent transposer (= calculer le nom de la note qu'ils entendent ou jouent) quand l'orgue est trop éloigné de leur diapason de référence.

De façon générale, l'univers classique tend à rendre l'oreille absolue moins "pertinente" dans la mesure où le jeu sur instruments anciens (donc dans des diapasons divers) s'est largement répandu, la recherche d'un diapason unique étant assez récente dans l'histoire de la musique (XIXe siècle).

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Re: Perception auditive, oreille absolue et musique

Message par Mylène » mar. 25 août 2015 11:00

Bonjour,
Je souhaite partager mon expérience au sujet de l' oreille absolue.
Je pense qu'en effet la mienne est"quasi-absolue" et finalement cette nuance me rassurerait tant je l'ai vécue comme un enfer.
Contrairement aux statistiques, j'ai commencé la musique vers 11/12 ans, bien que la musique a toujours fait partie de ma vie. Issue d'une famille non musicienne il a fallu que j' insiste longtemps avant de pouvoir pratiquer. Dès le début de ma formation, sans me poser de questions, j'ai su que do était do, ré un ré, etc. Et les intervalles se font par déduction: J' entends do et sol, donc une quinte. Pour les altérations, dièses et bémols, j' avais au début un conflit: Fa bouche grande ouverte, ou sol bouche fermée... Et finalement, mes connaissances en harmonie m' ont permis de faire la différence entre dièses et bémols.
Les inconvénients: Je me demande ce que c'est qu'entendre la beauté du son quand on a dans la tête un bavardage de notes incessant.
Dans mes études, une profonde incompréhension. On travaille pour former l' oreille relative, et il faut bien avouer que quand on entend, on n'a pas envie de chercher ailleurs! J'ai mis du temps à réaliser que tout le monde n'entendait pas. Pour moi c'était un jeu. Mais quand on a chanté pour construire les intervalles, qu'on a changé les points de repères pour transposer alors là ce fut vraiment très dur, j'ai maudit mon oreille. J'ai tenté de m'en défaire, en chantant par exemple do ré mi... Quand je jouais. Do si la... Rien à faire, malédiction. Et cette curiosité incessante de tout le monde qu'on ne comprend pas, ces moments de cours qui ne servent à rien va il nous faut 15 secondes là où il faut 15 minutes aux autres...
La gêne lorsqu'on écoute des pièces transposées, ou sur un autre diapason ou extratonale, ou pire, microtonale!
Les points positifs, des évaluations réussies!
Autre point négatif dans ma profession d'enseignant en musique, j'ai beaucoup de mal à transmettre l' éducation de l' oreille. Comment transmettre quelque chose qui est inné? Ça me demande beaucoup d'efforts et d' observation.
Je suis heureuse enfin de lire le rapprochement entre oreille absolue et hyperacousie. J' en avais parlé sur un forum de musique où je fus incomprise. J' entends beaucoup plus que les autres, bien que je les fasse souvent répéter lorsqu'ils parlent ! Les sifflements des chargeurs ou batteries qui me font très mal à l' oreille et que personne n'entend; et ces sifflements que j'ai bien souvent dans la tête. Je suis persuadée qu'il y a une relation avec l'oreille absolue.
En revanche je n'ai pas consulté d'orl, car j'ai peur de ce qu'il pourrait dire, en tant que professeur de musique et pianiste, mon audition, c'est ma vie!

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