Créer...mais quoi?

Le lieu de Culture, comme le titre de la rubrique l'indique. Ici il s'agira d'Oeuvres et d'Auteurs du vaste paysage culturel. Textes, photos, vidéos...
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Seline
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Créer...mais quoi?

Message par Seline »

Je suis créative...mais limitée. Limitée par quoi? Par l'infini!

Ecrire. Et sur quoi ? Un écran, ou une feuille. Certes. Stop. A propos de quoi ? Telle a toujours été la question. Pour l’écriture. Pour la photo. Pour le dessin. Sans pouvoir choisir, décider...j'ai opté pour le présent. J’ai dessiné mes mains dessinant. Je me suis photographiée photographiant. Vais-je écrire l’écrivant. L’acte de création, c’est cela qui m’intéresse, mais l’acte de création doit-il forcément s’enfermer et se perdre dans l’action, dans l’actant ? Suis-je condamnée, par les biais de mes schémas de pensée, à errer dans ce qui m’apparaît maintenant comme l’univers très fermé de la méta création ? Et pourquoi faudrait-il s’ouvrir ? Et peut-on s’ouvrir au méta ? Le méta constitue-t-il un univers explorable durablement ? Le terme méta est intéressant, car il désigne l’auto-référenciation en même temps que son étymologie l’emmène dans l’au-delà, dans l’après, dans l’à côté, même. Se retourner vers soi et vers l'acte même de se retourner semble alors propice à la promenade ou au dépassement.

Je n’ai plus envie de dessiner. Je n’ai plus envie de photographier. J’ai envie d’écrire. Mais je suis encore plus mauvaise en écrivant qu’en photographiant. Je suis encore plus pensive et rigide, cherchant les mots juste et pas juste les mots. Ne sachant pas, ou trop bien, que les mots justes n’existent pas. Ou plutôt ils existent après coup. Quel coup ? Celui du génie. Trop perfectionniste, décidément, pour écrire. Pour créer. (L'écriture et le dessin automatiques sont intéressants, mais dans l'instant, pas dans le résultat pérenne, selon mon expérience)

Là fini ma tentative d’écrire l’écrivant, d’écrire tout court et plus longuement.

Etes-vous bloqués dans la création par le trop plein, l'infini des possibilités, sans pouvoir faire un choix, arrêter une décision, limiter un cadre? Le "trop" est-il un frein, un obstacle?
D'avance merci!

Seline

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Judith
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Judith »

Seline a écrit : jeu. 28 janv. 2021 22:06 Etes-vous bloqués dans la création par le trop plein, l'infini des possibilités, sans pouvoir faire un choix, arrêter une décision, limiter un cadre? Le "trop" est-il un frein, un obstacle?
Oui, tout le temps (même pour écrire un message dans le forum).
Une des solutions réside dans le choix, ou l'acceptation, d'une contrainte nettement définie : écrire en moins de dix lignes, écrire dans une forme littéraire fixe (dans le forum j'écris des haïkus et des tankas mais je pratique aussi d'autres formes littéraires en dehors), écrire des textes scientifiques, etc. C'est plutôt efficace.

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Enuma
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Enuma »

Je ne sais pas si je suis créative. J'ai toujours eu tendance à penser que non, ayant toujours besoin d'un modèle pour faire quelque chose. Je suis passée par pas mal de marottes : écrire des nouvelles quand j'étais jeune adulte, tricoter, dessiner quand j'étais enfant, cuisiner, jouer du piano...

J'ai du mal à me remettre à faire tout cela. Il est vrai que depuis que j'ai des enfants, mon temps est happé par des choses qui sont incontournables mais pas forcément choisies . Du coup, lorsque j'arrive à me retrouver avec du temps pour moi, je me sens les bras ballants. J'ai l'impression de ne plus savoir vers quoi me tourner car je voudrais faire plein de choses mais c'est compliqué de me lancer. Je reporte toujours (une sorte de procrastination en fait).

Du coup, je ne sais pas si mon ressenti colle avec le tien. Mais sur le blocage, oui, là je m'y retrouve.

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enufsed
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Re: Créer...mais quoi?

Message par enufsed »

@Seline Plus que de l'écriture réflexive qui pourrait tourner à la mise en scène inintéressante, tu peux t'intéresser aux procédés littéraires qui mettent en jeu le surgissement du mot. À ce titre je te conseille de te pencher sur l'oeuvre de Marguerite Duras et la notion d'écriture courante qu'elle énonce dans l'Amant (https://www.cairn.info/revue-poetique-2 ... ge-219.htm). Le rapport à la syntaxe, à la fragmentation, à l'apparition comme à la disparition (le "Ravissement"). Chez elle il n'est pas question d'une théorisation de la chose dans le roman mais cette écriture se montre telle.
J'ai abordé son oeuvre un peu agacé et très accroché aux caricatures qui en étaient faites, je n'ai pas éprouvé de plaisir à lire Duras, et pourtant c'est peut-être celle qui a dernièrement remis le plus en cause ma conception de l'écriture. Quoi qu'il en soit ma main ne sait plus écrire comme avant après avoir feuilleté Duras.

Pour le reste, et hors problématiques matérielles (parce que je n'ai pas été plus prolifique quand j'avais du temps), ma paralysie viendrait plus de cette question lancinante qui me revient au moment d'écrire et que j'adresse aussi à tout ce que je lis : "pourquoi ce livre plutôt que rien ?". Si j'arrête de me la poser un jour, peut-être en sortira-t-il autre chose que du rien. En attendant je vieillis.

Mais au fond tout ceci est un contournement élégant des motifs les plus puissants et peut-être, pour la littérature et la pensée, les plus salvateurs : la paresse et la couardise.
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Judith
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Judith »

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enufsed a écrit : ven. 29 janv. 2021 12:57 J'ai abordé son oeuvre un peu agacé et très accroché aux caricatures qui en étaient faites,
Question de pure curiosité (j'aime beaucoup Duras pour ma part et j'ai toujours été très amusée par l'irritation qu'elle suscitait) : quelles caricatures? Celle de Jean-Edern Hallier, qui disait qu'elle avait "donné l’illusion de mettre l’avant-garde à la portée des classes moyennes sans culture" (phrase cruelle mais qui comporte peut-être une part de vérité) et qui qualifiait sa littérature de tampax à l'usage des divorcées sur la quarantaine (la vache) ? Ou bien celle de Desproges qui disait qu'elle écrivait des romans de cul à l'alcool de rose? Ou d'autres?

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Re: Créer...mais quoi?

Message par enufsed »

Judith a écrit : ven. 29 janv. 2021 13:42
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enufsed a écrit : ven. 29 janv. 2021 12:57 J'ai abordé son oeuvre un peu agacé et très accroché aux caricatures qui en étaient faites,
Question de pure curiosité (j'aime beaucoup Duras pour ma part et j'ai toujours été très amusée par l'irritation qu'elle suscitait) : quelles caricatures? Celle de Jean-Edern Hallier, qui disait qu'elle avait "donné l’illusion de mettre l’avant-garde à la portée des classes moyennes sans culture" (phrase cruelle mais qui comporte peut-être une part de vérité) et qui qualifiait sa littérature de tampax à l'usage des divorcées sur la quarantaine (la vache) ? Ou bien celle de Desproges qui disait qu'elle écrivait des romans de cul à l'alcool de rose? Ou d'autres?
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Non rien de tout ça, juste les pastiches grossiers qui en étaient faits, sous forme de moquerie, des phrases vides ponctuées par "dit-elle" etc. Une sorte de représentation populaire de quelqu'un qui ne l'avait pas lue. Je ne connaissais pas celle de Desproges, elle est fine.
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Judith
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Judith »

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OK, merci. C'est un peu dommage que tu n'aies pas trouvé de plaisir à la lire, mais bon. :)

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Re: Créer...mais quoi?

Message par O'Rêve »

Seline a écrit : jeu. 28 janv. 2021 22:06 Je suis créative...mais limitée. Limitée par quoi? Par l'infini!

Ecrire. Et sur quoi ? Un écran, ou une feuille. Certes. Stop. A propos de quoi ? Telle a toujours été la question. Pour l’écriture. Pour la photo. Pour le dessin. Sans pouvoir choisir, décider...
En ce moment je peins et j’écris (je débute aussi le piano, mais je n’en suis pas au stade de créer).
Quand on ne sait pas vers quoi aller, les ateliers, ça aide je trouve. J’ai pris des cours dans deux ateliers différents. Dans un des ateliers, c’était la liberté totale pour le choix du sujet. Le prof nous guidait, accompagnait dans la technique choisie mais ne nous imposait ni thématique ni style. Parfois cette liberté me mettait en difficulté dans le choix du sujet. Mais l’émulation de groupe me portait chaque fois et je finissais par dégoter un nouveau sujet.
Dans le deuxième, on avait un fil conducteur qui devenait le cadre (la thématique) et chacun composait à partir de cette thématique à sa manière. Parfois la thématique ne m’inspirait pas (du moins au départ), puis je me rendais compte que la contrainte initiale pouvait finalement se transformer en ouverture de possibilités pour créer. Et puis il y avait un coté confortable aussi à ne pas avoir à chercher chaque fois un sujet.

Actuellement, je peins chez moi, seule. Il me semble qu’en ce moment, c’est le manque de maitrise technique en dessin qui limite (et en même temps cadre) mes choix de départ. J’aime partir d’une base figurative (pour ensuite la transformer), mais je ne sais pas bien dessiner les sujets réels et je ne suis pas non plus capable de partir d’une feuille blanche pour peindre du figuratif. Et donc, il m’est plus facile de partir d’images (photos, peintures, dessins). Généralement ce que je produis part d’une association/mélange entre deux, trois ou quatre images inspirantes (c’est mon cadre). Ensuite je décompose/recompose quelque chose à partir de ce mélange.

Pour l’écriture, c’est différent. Je n’ai pas encore participé à des ateliers ou suivi des cours (mais ça me trotte dans la tête). Je ne suis pas à l'aise pour dévoiler la grande majorité des textes que j’écris. Il y a un rapport à l'intime qui m'effraie trop encore. Mais la plupart des textes naissent « sans contrainte ». Les premières fois où j’ai limité les choix par un cadre, c’est en participant à Artober/Inktober sur le forum, en me prêtant au jeu de la liste de mots. J’ai trouvé ça vraiment intéressant. Car je ne pensais pas être capable de produire quotidiennement en partant de mots qui ne m’inspiraient pas vraiment. Et j’ai trouvé que ça pousse au dépassement.

Quand je peins ou écris sans contrainte/cadre initiale, je ne suis pas vraiment capable d’expliquer le choix de mes sujets (pourquoi aujourd’hui le choix vers tel sujet/thème?) En ce moment, je peins des visages. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais ils m’inspirent.
► Afficher le texte
Et donc, c’est difficile de répondre « à propos de quoi créer ». Parce qu’au moment où on crée, je crois qu’on n’accède pas toujours soi-même immédiatement au sens de ce qu’on est en train de produire. Dans l’écriture, c‘est souvent quelques mois/années après (quand je relis mes textes) que je mets du sens sur ce que j’ai écrit. Et d’ailleurs, est-ce que parfois ce n’est pas le fait de créer qui permet de produire du sens là où on ne peut pas en mettre au moment où on crée ?

Après, il y a un certain nombre de questions qui tournent dans mon esprit, en lien avec l’idée de créer. Je ne sais pas aujourd’hui si elles en limitent l’expression ou si elles la nourrissent. Mais ces interrogations sont là et je ne sais pas comment faire autrement que de les associer au processus qui me conduit à créer.

Je me demande pourquoi et quoi créer, si on n’est pas capable d’atteindre une forme réellement novatrice? Pourquoi aussi présenter ce qu’on crée aux autres ?
► Afficher le texte
Je me perçois comme créative, mais pas comme créatrice (et pour la même raison, je n’arrive pas à parler d’art pour ce que je produis). Et ça impacte le rapport entretenu avec le fait de créer. Je crée dans un espace temps consacré aux loisirs/passe-temps. Et il m’est aujourd’hui impensable d’envisager de développer une activité plus sérieuse en lien avec la création. Car il me semble qu’il faut avoir quelque chose à transmettre/dire d’intense/puissant/nouveau pour entrer dans une démarche plus « professionnelle-artistique ». Quelque chose qui puisse mobiliser les consciences. Et aujourd’hui je ne me sens pas capable d’atteindre cette forme inédite/novatrice/ou de mobilisation de conscience.
D’autant plus que les efforts que j’ai consenti à fournir jusqu’à maintenant, en particuliers sur l’apprentissage/maitrise de techniques pour tendre vers la création/innovation sont bien trop minimes pour prétendre atteindre cet objectif.

D’un autre coté, toujours sur l’aspect novateur, j’ai entendu récemment un artiste (je ne me rappelle plus de son nom) qui évoquait son rapport au travail des autres. Et qui expliquait que lorsqu’il était en phase de création, il arrêtait de regarder ce que les autres faisaient, car il avait l’impression de ne jamais rien produire de nouveau, et il avait remarqué que ça inhibait ses propres phases créatrices.

Et puis je m’interroge sur les liens entre angoisse existentielle et créativité et j’essaie de comprendre pourquoi certains jours le processus de création est si éloigné de la paisibilité ?
► Afficher le texte
Enfin, je m’interroge sur le concept de beauté, qui reste à mes yeux profondément mystérieux à bien des égards (entre objectivité et subjectivité, où se situe ce concept ?) Disons que ce concept m’échappe encore par bien des aspects.
Quand j’essaie de créer, j’ai des attentes esthétiques (que je n’atteins que rarement…le résultat est rarement à la hauteur de ce à quoi j’aspire). Mais j’essaie de ne pas m’arrêter qu’au résultat final (sinon je ne ferais plus rien). Heureusement, le moment de production compte aussi (et comme je prends suffisamment de plaisir à expérimenter des nouvelles choses, la motivation persiste).

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Holi
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Holi »

Seline a écrit : jeu. 28 janv. 2021 22:06 Etes-vous bloqués dans la création par le trop plein, l'infini des possibilités, sans pouvoir faire un choix, arrêter une décision, limiter un cadre? Le "trop" est-il un frein, un obstacle?
Je crois que le principe de création est avant tout un principe de "lacher prise". Pour créer, il est pour moi nécessaire d'arrêter de penser, il faut juste se laisser porter.
Je fais partie de ceux dont le cerveau est en perpétuelle agitation, donc arrêter de penser peut paraitre une gageure. Donc je dirais plutôt penser autrement. Se déconnecter de la réalité, de la pensée objective, de la réflexion construite, pour se connecter à des images, des ressentis, flux... C'est difficile à expliquer et je ne sais pas comment j'y parviens. Parfois, c'est simplement en fermant les yeux et en laissant venir les images qui s'impriment alors, en regardant mes couleurs et en sentant ce que j'ai envie d'utiliser... Pour moi il ne s'agit que de couleurs, de peinture, de formes et de contrastes, mais j'imagine que cela peut aussi fonctionner pour d'autres formes de créations.
On m'a appris un exercice qui consiste à crayonner pendant quelques minutes, juste faire des traits sans penser à rien, laisser le crayon noircir la page sans forme, ni direction, pour se déconnecter. Je ne l'utilise pas personnellement, mais apparemment ça peut aider.
Voila pour la première chose qui est d'écouter l'envie et de laisser s'épanouir la créativité.
La deuxième chose est de vouloir atteindre un certain résultat, vouloir faire quelque chose de "beau", quelque chose qui va plaire, qui sera reconnu. C'est à mon avis le pire des pièges, on ne créer pas pour les autres, mais pour soi. On écoute son envie, on laisse remonter ses sentiments, on est en soi pour soi. L'activité de création est un but en soi, peu importe le résultat. Si le résultat nous semble bon tant mieux, sinon ça n'est pas grave l'essentiel n'est pas là. Le "travail" s'améliore avec la répétition et l'exercice, la technique vient peu à peu dans l'expérimentation. On ne crée pas dans le but de produire de façon "rentable", on crée parce qu'il y a quelque chose qui demande à s'exprimer.
Et si une fois terminée votre œuvre ne répond pas à votre attente, il y a un moyen tout simple de passer à autre chose : on déchire, c'est pas grave ! Personne ne jugera.
Donc il ne faut pas à mon avis penser au trop de possibles, ni arrêter quoi que ce soi, il faut juste se lancer et sortira ce que pourra... Et ça fait un bien fou !
Il y aura toujours quelqu'un qui fait beaucoup mieux, quelqu'un qui maitrise parfaitement, quelqu'un qui réalise ce qui te fait réver, mais on s'en fiche, c'est ce que tu fais toi qui est important pour toi.
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À force de penser à ce que les autres pensent de nous, on en oublie de se penser soi-même.
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Seline
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Seline »

Merci!
Je ne m'attendais pas à autant de réponses si nourrissantes :cheers: !

Judith : je suis une adepte des fils de récits courts, en 6 mots ou autres ;) en effet ça aide à limiter!

Enuma : je ressens cela, le trop plein de projets : je fais des listes pour établir les priorités (pros et persos), en acceptant aussi de ne jamais donner corps à certains projets (apprendre l'italien devient hélas bien lointain par exemple, bien après le piano, que je commence à apprivoiser un peu...). Au niveau de la création, j'aimerais que cela se fasse naturellement, mais là c'est le trop plein de sujets qui me freine.

enufsed : merci, j'irai donc lire L'amant de Duras. La théorisation...c'est bien cela mon problème. L'âme d'une chercheuse qui vérifie, qui relit, qui corrige, qui juge aussi...et qui ne se laisse pas aller, au simple plaisir d'écrire, de tracer.
Par contre je ne considère pas l'écriture réflexive ou la création réflexive dans son sens large comme une mise en scène. C'est au contraire un aller-retour constant sur la scène et dans les coulisses, un exercice intime et sportif, au sens technique, et c'est le côté expérimental qui m'intéresse. Je me suis intéressée au nouveau roman un temps, le problème étant que l'expérimental (expérience individuelle) devient vite cliché.
Et mon problème est plutôt : pourquoi cela plutôt que tout?! Et finalement ça ne mène à...rien ;)

O'Rêve : c'est intéressant cette réflexion sur la création. La création appelle la création, je suis d'accord. L'émulation de groupe, c'est certain, ça aide. J'ai toujours été solitaire dans la création, et se rapprocher d'autres créatifs/créateurs, sans pour autant faire une création collective, c'est nourrissant.
Après un parcours d'artiste et de chercheuse en art, je ne fais plus trop de distinction entre créatif et créateur, création et créativité. Les limites sont poreuses, et je m'aperçois que j'ai simplement en moi le besoin incessant de créer. Je préfère donc garder le verbe, qui ne fait pas la part des choses. Car quand je ne dessine pas, quand je ne photographie pas, quand je n'écris pas, je fais des bijoux, je retape des meubles, je fais du macramé...sans avoir la sensation de faire simplement des activités manuelles, parce que j'ai besoin d'y ajouter mon grain de sel ou de ne pas partir de modèles. C'est pareil en cuisine. J'aime innover, m'écarter des recettes ou juste inventer. Bref, créer.

Holi : Oui, le lâcher prise, j'aimerais bien, mais je ne peux pas! C'est paralysant. C'est pourquoi j'ai tenté l'écriture automatique, mais finalement, je me retrouve avec des tas de textes, parfois de belles envolées, mais tout cela mis bout à bout ne donne pas grand chose. Je n'écris pas pour vendre ou pour être lue. Simplement j'aimerais concrétiser ce que je perçois comme des pulsions créatives. J'aimerais qu'elles aboutissent. A quoi? Je ne sais pas. Au moins à ma satisfaction personnelle :) et en ce moment, c'est l'écriture qui m'attire, mais qui se dérobe.

La question du but, de l'objectif est à poser. Peut-être.

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Re: Créer...mais quoi?

Message par N/A »

Intéressant ce topic :)

Je me permets de le remonter un peu du coup ^^

Je trouve que les différentes interventions révèlent toutes quelque chose qui mériterait réflexion. Je me vois mal m'arrêter sur chaque remarque pertinente que j'aimerais développer. Du coup je crois que je vais principalement rebondir sur le message de l'auteur.

"Etes-vous bloqués dans la création par le trop plein, l'infini des possibilités, sans pouvoir faire un choix, arrêter une décision, limiter un cadre? Le "trop" est-il un frein, un obstacle?"

Alors pour répondre à cette question en particulier, non, par chance, je ne le suis pas. Mais je comprends tout à fait qu'on puisse l'être!

J'ai l'impression que beaucoup d'entre nous (en règle générale) avons une vision assez... "Romancée" de ce qu'est la création ou l'inspiration. De ce que j'aie pu en observer autour de moi, le talent, les compétences, le travail, la création, les oeuvres, la technique, les supports, les standards... Tout ça se mélange beaucoup dans nos imaginaires, et nos conceptions de ces éléments, propres à la création au sens large du terme, sont souvent hasardeuses. Et je pense que cela n'est pas de notre faute : tout ce qui entoure les arts est très mystifié, même de nos jours. Je pense donc que ces incompréhensions et idées fausses qu'on peut parfois avoir, nous bloquent quand vient le moment de nous jeter à l'eau et de créer quelque chose.



Comme l'a dit Seline " L’acte de création, c’est cela qui m’intéresse" mais pour créer quoi?

Je pense que dans beaucoup de cas, quand on ne sait pas quoi créer, c'est simplement qu'on a pas encore les outils pour. On se sent bloqué par la technique (quelqu'un l'a mentionné plus haut, très bonne remarque) par exemple. Plus que par "le trop". Ou du moins, je pense que peut-être, "le trop" existe pour nous à cause de nos limitations techniques. Mais pas que, bien sûr!

Pour en revenir à mon cas personnel, je sais que je n'ai jamais vraiment été bloqué dans la création, car ce qui déclenche l'envie de créer chez moi est toujours quelque chose de très concret. Et j'ai aussi lu des gens plus haut qui avaient la même expérience (O'Rêve "il m’est plus facile de partir d’images (photos, peintures, dessins). Généralement ce que je produis part d’une association/mélange entre deux, trois ou quatre images inspirantes (c’est mon cadre).") - Certains ont aussi évoqué l'utilisation de références par exemple.
Donc pour en revenir à ce que j'aie dit plus haut, je ne pense pas que l'inspiration et la création soient des muses mysthiques qui viennent à nous selon leurs envies. Je pense que ce sont des concepts bien concrets qu'on peut apprendre à déclencher et à utiliser quand le moment est venu.

Ah mais ce topic soulève vraiment plein de trucs super intéressants! "Enfin, je m’interroge sur le concept de beauté, qui reste à mes yeux profondément mystérieux à bien des égards (entre objectivité et subjectivité, où se situe ce concept ?) Disons que ce concept m’échappe encore par bien des aspects."
^^' Encore quelque chose dont j'aimerais parler mais j'ai déjà trop écrit. J'ai beaucoup aimé les messages et réflexions d'O'Rêve en tout cas!

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Seline
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Seline »

Merci N/A, oui mon topic est intéressant :p : D mais il a le défaut d'être un peu trop général en fait, ça englobe qu'est-ce-que créer et quoi créer, et comment créer et peut-être même pourquoi créer, et bien sûr quoi/comment créer en ce moment?
Parce que les visites au musée ou dans un festival sont des déclencheurs d'inspiration. DU moins pour moi.

Je ressens toujours ce frein, par ce trop plein. J'ai l'idée, je visualise dans la tête, je projette les étapes...et plus rien. Je passe à autre chose, sans même mettre un croquis, une ligne, sur papier.

Et toujours pas lu Duras...je reviens quand ce sera le cas :D

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Re: Créer...mais quoi?

Message par PatteBlanche »

Seline a écrit : jeu. 28 janv. 2021 22:06 Etes-vous bloqués dans la création par le trop plein, l'infini des possibilités, sans pouvoir faire un choix, arrêter une décision, limiter un cadre? Le "trop" est-il un frein, un obstacle?
Je l'ai été, bloquée. Depuis que j'ai renoncé à la perfection, et que les diverses rencontres que j'ai pu faire ont posé sur mes petites créations un regard bienveillant, je me laisse aller, à faire et à partager. Travailler avec des enfants aide aussi beaucoup : on peut sortir de l'idée romantique de "La Création", entre dans le concret, sur des projets courts. Pas le temps pour les complexes.

Après, je n'ai aucune réelle passion mais tellement d'enthousiasmes ! Le crayonné, l'aquarelle, la couture, le tricot, la cuisine, la rénovation (meubles, logement), le scrapbooking, le modelage, le théâtre, le violoncelle... je blogue en tant qu'enseignante aussi, et cela m'a amenée à l'édition, des créations de cours avec supports numériques.
Le partage m'a toujours portée, le travail collaboratif, dans tout ce que j'ai entrepris ou essayé d'entreprendre. Je ne suis pas une solitaire, malgré un besoin régulier de solitude. J'aime le travail en atelier, les autres m'inspirent.
Je ne crois pas que l'on puisse créer à partir de rien, nous sommes forcément influencés par ce que nous connaissons et ce que nous avons rencontré. Peut-être par contre que la création vient dans ce qui nous manque ?

Pour ce qui est de l'écriture, j'ai bien quelques projets en tête, un ou deux défis à réaliser. Des histoires à raconter, des petites choses à dire, ça murit. Il est possible que j'attende quelque future rencontre pour aller vers là, où la procrastination ne me rattrapera plus ! :lol:
"Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance." Abraham Lincoln

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Re: Créer...mais quoi?

Message par Holi »

O'Rêve a écrit : dim. 31 janv. 2021 14:53 Enfin, je m’interroge sur le concept de beauté, qui reste à mes yeux profondément mystérieux à bien des égards (entre objectivité et subjectivité, où se situe ce concept ?) Disons que ce concept m’échappe encore par bien des aspects.
Je trouve que "la beauté" est une des notions les plus subjectives qu'il soit. Les critères du beau ont sans cesse évolué selon les lieux et les époques.
Comparons simplement une vénus Callipyge à une statue de Giacometti, il est évident que les critères du beau ne sont pas les mêmes. Le beau, tient-il au résultat ou à la démarche artistique ? Le beau est-il dans l'harmonie ou dans le contraste ?
l'oeuvre qui va retenir mon attention par sa beauté, parlera-t-elle de la même façon à tous ?
La beauté est dans les yeux de celui qui regarde. - Oscar Wilde
Il me semble que cette citation résume assez bien les choses, c'est le regard que nous portons, imprégné de notre culture, de notre sensibilité, de nos souvenirs, de nos attentes et de multiples autres choses sans doute qui va nous permettre de ressentir le beau.
Le beau est peut être plus du registre de l'affectivité et de l'émotion que de la raison. Il semble donc bien difficile de le définir ou de l'expliquer.
PatteBlanche a écrit : lun. 15 févr. 2021 22:42 Je l'ai été, bloquée. Depuis que j'ai renoncé à la perfection, et que les diverses rencontres que j'ai pu faire ont posé sur mes petites créations un regard bienveillant, je me laisse aller, à faire et à partager
L'oeuvre ne doit pas être créé pour faire quelque chose de beau, mais le beau sera peut être au rendez-vous, ou l'émotion, ou le partage, ou...
Seline a écrit : sam. 13 févr. 2021 20:46 Je ressens toujours ce frein, par ce trop plein. J'ai l'idée, je visualise dans la tête, je projette les étapes...et plus rien. Je passe à autre chose, sans même mettre un croquis, une ligne, sur papier.
Peut être que tu vas trop loin dans l'intellectualisation du projet ? Tu ne laisses peut être pas assez de place à l'imagination, la création justement. Celle qui fait que l'on part sur une idée, une image, mais qu'au fil de la réalisation l'oeuvre évolue, elle a sa propre vie, sa propre force. Elle ne respecte pas le cadre, elle ne se construit pas dans la réflexion.
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Re: Créer...mais quoi?

Message par O'Rêve »

Holi a écrit : dim. 31 janv. 2021 16:02 La deuxième chose est de vouloir atteindre un certain résultat, vouloir faire quelque chose de "beau", quelque chose qui va plaire, qui sera reconnu. C'est à mon avis le pire des pièges, on ne créer pas pour les autres, mais pour soi. On écoute son envie, on laisse remonter ses sentiments, on est en soi pour soi.
Je te rejoins sur le caractère authentique (on crée pour exprimer quelque chose qui part de soi, pas pour plaire ou être reconnu). Pourtant il me semble qu’on ne crée pas uniquement pour soi. J’aurais tendance à penser que ce qu’on crée uniquement pour soi, on n’a pas besoin de le montrer. On le garde vraiment pour soi. Mais à partir du moment où on a l’élan de le montrer à un autre, n’est-ce pas que la création dépasse le pour soi ? Si on créait uniquement pour soi, il me semble qu’on n’aurait pas envie/besoin de le montrer/partager. Au-delà du « plaire à l’autre », il y a peut-être tout de même une recherche d’échange avec l’autre à travers la création ?
On pourrait éventuellement envisager qu’il y a deux temps séparés : le temps de la création, vraiment pour soi puis le mouvement vers l’autre (le montrer). Et après tout, ces deux temps pourraient être envisagés comme indépendants l’un de l’autre. Mais je me demande tout de même s’il n’y a pas une forme de porosité entre ces deux temps, une sorte d’aller-retour entre les deux, quelque chose qui influe de part et d’autre?
N/A a écrit
^^' Encore quelque chose dont j'aimerais parler mais j'ai déjà trop écrit. J'ai beaucoup aimé les messages et réflexions d'O'Rêve en tout cas!
Merci pour ton retour @N/A
La beauté, j’aime assez l’idée que cette notion puisse garder une part de mystère, et qu’elle nous échappera d’une certaine manière incessamment. J’ai l’impression qu’elle ne se révèle réellement que dans la multiplicité de regards/impressions/perceptions/contemplations partagées. Et donc, c’est intéressant de lire/écouter les mots d’autres personnes qui parlent de leur rapport à la beauté. Merci @Holi pour ta réponse. Je trouve ton questionnement "Le beau, tient-il au résultat ou à la démarche artistique ?" intéressant. Et donc à méditer. D'ailleurs, en ce moment, j’ai bien envie de me plonger dans Cinq méditations sur la beauté de François Cheng :) .

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Holi
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Holi »

O'Rêve a écrit : sam. 20 févr. 2021 13:15 Au-delà du « plaire à l’autre », il y a peut-être tout de même une recherche d’échange avec l’autre à travers la création ?
On pourrait éventuellement envisager qu’il y a deux temps séparés : le temps de la création, vraiment pour soi puis le mouvement vers l’autre (le montrer).
Si l'on considère que l'art est une forme d'expression, le but est bien effectivement de communiquer et de partager.
Tu as raison, ça se passe en deux temps, le temps de soi, qui pourrait être la phase de création, puis le temps du partage.
C'est en tout cas comme ça que je le ressens, quand la création est suffisamment aboutie, quand j'ai exprimé, quand je sens que c'est fini que plus rien ne viendra compléter, vient le détachement. Et enfin, plus ou moins vite, ça dépend, l'envie de partager.
C'est une idée un peu curieuse, mais au moment du partage, j'ai un peu l'impression de lacher quelque chose. Comme si à ce moment là, elle allait vers sa vie propre.
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Re: Créer...mais quoi?

Message par enufsed »

Il y a quelque chose qui m'a échappé dans ce fil : quel rapport entre la question de la création et la question de la beauté ? L'art contemporain (et dans une mesure plus floue la littérature contemporaine, je dis plus floue parce que c'est une notion moins balisée) a depuis un bon moment affranchi la création de la question esthétique et du jugement de goût. Vouloir faire quelque chose de beau et qui plaise éventuellement c'est à mon sens s'inscrire dans un hommage ou une reproduction de pratiques artistiques passées, faire pourquoi pas oeuvre d'artisan (ce qui n'est pas infamant) mais pas d'artiste. Idem pour la littérature, "bien écrire" est une assertion qui ne dit rien d'autre que la reconnaissance d'un savoir-faire qui n'a pas grand chose à voir avec la littérature. Ceci, pour clarifier ma pensée, ne signifie pas qu'une oeuvre neuve ne puisse pas frapper la sensibilité esthétique de tel ou telle (d'autant que l'habituation et le conditionnement culturel de l'oeil et de l'esprit rendent plaisantes des oeuvres qui hier provoquaient l'indifférence ou le rejet) mais cela n'est pas a priori son objet.
La question plus intéressante pour moi c'est de savoir si la création doit se donner un objet (et on peut rebondir sur le sens ob-jeter qui est aussi une manière d'envisager l'extériorisation de l'acte créatif par un sujet d'une réalisation qui se donne à un autre sujet), aspect là encore questionné par l'art contemporain (exemple des Instructions painting de Yoko Ono, et dans cet esprit les statements de Weiner ou La Monte Young, c'est ce qui me vient là à l'esprit d'autant que cela pose aussi la question du sujet puisque les oeuvres peuvent ou non être réalisées par ceux qui lisent les instructions). Objet pas seulement concret, matériel, mais aussi mobile, intention. Faut-il une intention ?
Là-dessus je n'ai pas les connaissances pour répondre : un acte sans intention désigné comme artistique rejoindra peut-être une histoire de l'art et deviendra lui-même effet de conversation avec cet art considéré comme une continuité, il pourra à son tour être objet et motif d'une création en réponse tout autant qu'il aura sans désir été pris comme réponse à d'autres oeuvres (on peut penser à des artistes dont l'oeuvre est découverte post-mortem, je pense à Darger que j'aime beaucoup).
Bon je m'éloigne mais en fait pas tout à fait, parce qu'il y a derrière cela une façon de désactiver la charge sémantique de "créer" en "faire". À titre personnel ma retenue actuelle face à l'écriture est liée essentiellement à ce temps de mue nécessaire pour me débarrasser de ma ringardise et de ses scories de "bien faire du neuf" tout en restant attaché par narcissisme à l'idée d'être un auteur et d'avoir l'ambition de dire quelque chose là où des pratiques nouvelles interrogent efficacement la littérature (écriture par algorithme par exemple). Ceci étant tout en restant dans un cadre finalement un peu compassé (mais comme dit plus haut la littérature conceptuelle n'existe pas au même titre que l'art conceptuel) je garde à l'esprit le besoin personnel de tester les limites : c'est pour cela que je parlais de Duras (et bien d'autres), sur la fragmentation du récit, la disparition du sujet, le flux d'écriture, le "mot-trou" du Ravissement de Lol V Stein, sur ce constat d'une littérature inoffensive, je cite : « Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. ».
Il n'est pas interdit d'écrire de tels livres ni de faire des peintures charmantes mais ces productions dessinent chez moi des lignes en-deçà desquelles j'estime mon propre faire comme inutile.
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Judith »

@enufsed mais finalement, tu écris, ou non? Je n'ai pas bien compris la teneur de ton message.

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Re: Créer...mais quoi?

Message par O'Rêve »

enufsed a écrit : sam. 20 févr. 2021 14:36 Il y a quelque chose qui m'a échappé dans ce fil : quel rapport entre la question de la création et la question de la beauté ?
Il me semble que la quête de "beauté" est un aspect qui peut traverser (encore de nos jours) certains processus de création (pas tous; on est bien d’accord que toutes les créations et/ou expressions artistiques ne cherchent pas à produire du beau.) Mais je pense que la question de la beauté a légitimité à être abordée ici, même si elle n’accompagne pas tout processus de création.

Edit : Il me semble qu'on peut aussi aborder la beauté dans la création en dépassant le "bien réaliser" et la notion de plaisir/plaire; peut-être que je la perçois comme quelque chose de plus vaste, quelque chose qui transcende, ouvre les consciences...
Et ce qui m"interpelle actuellement, c'est pourquoi lorsque l'on parle de création ou d'art, la notion de beauté est-elle quasiment devenue péjorative?
La question plus intéressante pour moi c'est de savoir si la création doit se donner un objet (et on peut rebondir sur le sens ob-jeter qui est aussi une manière d'envisager l'extériorisation de l'acte créatif par un sujet d'une réalisation qui se donne à un autre sujet)
C’est une question que je trouve également intéressante.

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Re: Créer...mais quoi?

Message par Holi »

C'est moi, je crois, qui aie introduit la notion du beau dans les freins à la création.
En l'occurrence "le beau" est un peu restrictif, je pensais à la quête d'un certain résultat, telle que tu l'as décrit.
enufsed a écrit : sam. 20 févr. 2021 14:36 Il n'est pas interdit d'écrire de tels livres ni de faire des peintures charmantes mais ces productions dessinent chez moi des lignes en-deçà desquelles j'estime mon propre faire comme inutile.
Tu t'abstiens donc de créer ? Ou je n'ai pas compris ton propos ?
Pourquoi créer devrait-il être utile ? Utile à quoi ?
Tout le monde ne révolutionne pas la forme d'art dans laquelle il s'exprime, si seuls ceux qui seront reconnus et innovent, devaient créer, ça serait terriblement restreint et marginal.
Seline a écrit : jeu. 28 janv. 2021 22:06 Trop perfectionniste, décidément, pour écrire. Pour créer.
Là encore s'exprime cette idée d'atteindre un certain résultat.

Il me semble que l'on réfléchit là sur l'objet créé et non sur l'acte de création, mais j'ai peut être mal compris la question de départ de Seline.
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Re: Créer...mais quoi?

Message par enufsed »

Judith a écrit : sam. 20 févr. 2021 14:43 @enufsed mais finalement, tu écris, ou non? Je n'ai pas bien compris la teneur de ton message.
Actuellement j'efface.
Écriture trop prétentieuse et maniérée. Je ne me souciais pas d'être lisible avant, et c'est encore le cas, en revanche je désirais beaucoup d'être illisible. J'essaye juste à présent d'évacuer ces questions.
J'essaye d'approcher un peu plus de la crise, de la faille.
L'intention est en revanche assez claire, c'est déjà ça.
Je reprends donc à zéro avec ici et là quelques lambeaux de ce qui existait déjà. J'ai de fait peu de temps voire pas du tout, mais la fermentation a repris et je ressens de nouveau la chute intérieure.
Chez moi ce n'est pas une activité qui relève du plaisir, je sais que j'ai un truc à faire et finalement mon rapport à la création/écriture ne s'exprime pas mieux que ça : je sais que j'ai un truc à faire et c'est semble-t-il avec des lettres, je ne dis pas des "mots" car chez moi la tentation de la glossolalie est permanente.
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Re: Créer...mais quoi?

Message par Judith »

Merci de ta réponse. La lisibilité est importante mais n'est pas toujours nécessaire à l'acte d'écrire. En ce qui me concerne, j'utilise parfois un langage entièrement idiosyncratique, pour rédiger des textes qui ne sont compréhensibles que de moi-même. Je ne vise évidemment pas la publication et je n'emploie jamais ce langage en société, mais c'est une activité importante pour moi.
Bien sûr, si tu souhaites être lu, voire publié, il faudra en passer par un autre chemin.

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