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Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...

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Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Dim 8 Sep 2013 15:13

J'ai choisi de créer un nouveau topic sur la Théorie de la Désintégration Positive de Dabrowski car j'aimerai que celui-ci reste centré sur la théorie même, et non sur les applications personnelles (le topic de Cyrano existe déjà pour cela).

Donc si vous voulez aborder un point précis de la théorie, poser des questions, contribuer, c'est ici que cela se passe.

Je mettrai en ligne régulièrement d'autres articles et traductions proposant une vue plus affinée de la théorie. Le prochaine article concernera les influences philosophiques de Dabrowski (Platon, Kierkegaard et Nietzche).

Les données issues de cet article sont toutes tirées de l’ouvrage collectif :
Sal Mendaglio (ed.). - Dabrowski’s Theory of Positive Disintegration. Great Potential Press, Scottsdale, 2008.


Biographie : 
Kazimierz Dabrowski (1902-1980): l’homme.


On ne saurait évoquer la théorie de la désintégration positive sans évoquer préalablement l’homme que fut Dabrowski. Car si son parcours de vie fut à l’origine de sa théorie, c’est sa façon de vivre, en adéquation totale avec sa théorie, qui lui a insufflé sa force.
Kazimierz Dabrowski est né le 1er septembre 1902 en Pologne, deuxième enfant d’une fratrie de 4. Sa petite sœur meurt d’une méningite alors qu’il n’a que 6 ans - expérience qui influencera sa vision de la mort. Il ne perçoit pas cette dernière comme étant seulement quelque chose de menaçant et incompréhensible, mais comme étant une des plus fortes expériences émotionnelles et cognitives .
La première guerre mondiale, qui le touche directement dans ses jeunes années, renforcera cette conscience de la mort : une bataille a lieu près de chez lui. Alors qu’il défile au milieu des cadavres, il essaie de trouver un sens à la guerre et aux brutalités qui en découlent.
Issu d’une famille aisée, il étudie à Lublin dans des instituts catholiques et se retrouve très jeune exposé aux livres et à la musique. A l’université de Lublin, il étudie la psychologie, la philosophie et la littérature, avant de poursuivre son cursus à Varsovie et Poznan. Au cours de ses études, son meilleur ami se suicide. Dabrowski qui souhaitait devenir professeur de musique entre alors en médecine et étudie le comportement humain.
Il part étudier à Genève auprès du neurologue et psychologue pour enfants Edouard Claparède et du philosophe et psychologue Jean Piaget. En 1929, il présente sa thèse de médecine : « Les conditions psychologiques du suicide ». Il poursuit ses études à Vienne, en psychanalyse, avec Wilhelm Stekel, puis à Paris, en pédopsychiatrie avec George Heuyer, et en neurologie/psychologie avec Pierre Janet. En 1931, il soutient à Poznan un doctorat de psychologie sur l’automutilation.
En 1935, il retourne en Pologne où il met en place l’Institut de santé mentale et d’hygiène qu’il dirigera jusqu’en 1948. En parallèle, il continue d’étudier et se penche sur le cas du polymathe Rudolf Steiner et de l’anthroposophie. La parapsychologie a toujours intéressé Dabrowski. Il pratiquera quotidiennement la méditation tout au long de sa vie.
La 2nde guerre mondiale fut difficile pour Dabrowski : il perd son jeune frère et sa mère est déportée. Son institut est fermé et il en ouvre secrètement un autre dans les forêts de Zagorze dans lequel il accueille des orphelins, des prêtres, des soldats polonais, des membres de la résistance et des enfants juifs. En 1942, il est emprisonné par les Nazis, accusé de complicité avec la résistance polonaise. Sa femme négocie sa libération et Dabrowski récupère son poste à l’Institut de Varsovie. Il témoigne qu’au cours de cette guerre, il a été confronté aux pires bassesses dont l’homme est capable, aussi bien qu’aux actes les plus élevés.
En 1948, il obtient une spécialité en psychiatrie et part étudier aux Etats-Unis la santé mentale, la neuropsychiatrie et la pédopsychiatrie. En 1949, sous Staline, le gouvernement polonais ferme l’Institut et déclare Dabrowski persona non grata. Il fuit avec sa femme avant d’être emprisonné en 1950 pour 18 mois. Il est ensuite autorisé à reprendre ses activités mais sous surveillance du régime. Autorisé à voyager, il participe quand même à plusieurs congrès internationaux de psychiatrie.
Au début des années 60, il rencontre Jason Aronson, éditeur du International Journal of Psychiatry qui l’aidera à la traduction de son premier ouvrage en anglais : Positive Disintegration. Dabrowski refuse de rejoindre les Etats-Unis car il doit pour cela renoncer à sa nationalité polonaise. Il accepte alors un poste à l’hôpital de Montréal, au Canada, où la double nationalité ne pose pas problème.
Il s’installe à Edmonton où il dispense des cours à l’université d’Alberta, en parallèle de ceux donnés à l’université de Laval (Québec). Des étudiants le rejoignent, et plusieurs d’entre eux deviendront ses co-auteurs, tels Dexter Amend, Michael Piechowski et Marlene Rankel.
Dabrowski passera ses dernières années à enseigner et écrire, partageant son temps entre Alberta, Québec, et la Pologne. Plusieurs publications polonaises et anglaises voient le jour comme Mental Growth though Positive Disintegration (1970), Psychoneurosis Is Not an Illness (1972), The Dynamics of Concepts (1973), et les deux volumes Multilevelness of Emotional and Instinctive Functions (Dabrowski, 1996a : Dabrowski & Piechowski, 1996).
Il est important de noter que l’anglais constitue la dernière langue apprise par Dabrowski. La majorité de ses écrits polonais demeurent non traduits en anglais. Toutefois, une bonne partie de ses écrits polonais les plus importants ont été publiés en France et en Espagne. De grands centres sur Dabrowski ont été mis en place en Espagne et au Pérou.
En 1979, il est victime d’un infarctus à Edmonton, mais il est résolu à ne pas mourir en terre étrangère. Il retourne en Pologne et meurt le 26 novembre 1980. Il est inhumé, à sa requête, près de son ami Piotr Radlo, dans la forêt près de Zagorze. Sa femme et ses 2 filles lui survivent.
Avant sa mort, il a demandé à ses étudiants que lui survive sa théorie. William Tiller a mis en place un site internet permettant une plus vaste diffusion de la théorie et sur lequel on trouve une mine d’informations :
http://positivedisintegration.com/



Bases de la théorie : 
La théorie de la désintégration positive (TDP) est issue des observations réalisées par Dabrowski au cours de sa vie, tant auprès de ses patients que de son entourage. Son expérience de la guerre, les emprisonnements, le suicide de son ami, la mort de sa sœur, sont autant de jalons qui ont marqué sa conception du monde.
Il a vite constaté que les émotions prédominaient sur l’intelligence, et essayé de comprendre ce qui faisait que certains êtres humains pouvaient être capables des pires bassesses alors que d’autres étaient portés par des valeurs morales élevées, près à se sacrifier pour les autres.
La TDP est une théorie très complexe et ce résumé ne pourra qu’en proposer une version simplifiée. La lecture des écrits de et sur Dabrowski reste essentielle pour celles et ceux qui voudraient approfondir leurs connaissances en la matière, de même que les textes de Platon, Kierkegaard et Nietzsche.
Sa théorie est aujourd’hui très utilisée au Canada et aux Etats-Unis, ses équipes ayant continué à développer des outils pratiques, à travailler sur sa théorie. On retrouve des centres d’études au Pérou, en Espagne, en Turquie aussi bien qu’en Australie, la plupart consacrés aux enfants et adultes surdoués. Les notions de surexcitabilité, de potentiel de développement, de dynamisme entrent en effet en forte résonnance avec la notion de douance. Cet aspect sera abordé dans un prochain article.
Il est nécessaire de se familiariser au préalable avec la théorie de la désintégration positive, de faire un retour sur la terminologie et sur les conceptions de personnalité et de santé mentale chez Dabrowski.

Les types de développement :

Dabrowski identifie trois types de développement, à savoir la détermination biologique, l’autonomie mentale et le développement unilatéral.
• La détermination biologique, comme son nom l’indique, est associée au cycle de vie biologique (intégration et progression des fonctions à travers les différents âges de la vie). La détermination biologique inclut une conformité à l’environnement social : les individus ajustent leurs comportements afin qu’ils entrent en concordance avec leurs conduites biologiques ; les normes sociales contrôlent les conduites.
• Dans l’autonomie mentale, les forces mentales propres à l’individu se combinent à des valeurs positives pour conduire au développement direct. Ce type de développement transcende les dictats de la biologie et de la société et est souvent marqué par des désintégrations / réintégrations ainsi que par les (in)adéquations positives et négatives, concepts qui seront abordés ultérieurement.
• Dans le développement unilatéral ou horizontal, les fonctions et structures mentales sont intégrées à une vision du monde égocentrique et antisociale. Ce type de développement se manifeste dans des états mentaux tels la paranoïa ou les comportements criminels. L’inadéquation négative est typique de ce développement : les individus régulent leurs comportements afin de parvenir à leurs propres fins, sans s’occuper de ce que cela peut coûter aux autres. Le rejet des valeurs de la société est négatif puisque seule importe la gratification des besoins primaires et égocentriques.
Pour Dabrowski, le développement avancé de l’humain ne consiste pas à réussir les différentes étapes de sa vie en obtenant des biens matériels ou des gratifications sociales. Cela consiste à transcender les instincts et conduites biologiques et le besoin de se conformer inconsciemment aux normes de la société. Un humain développé se caractérise par des traits tels que l’autonomie, l’authenticité, l’altruisme.

Les facteurs de développement :

En sus de ces types de développement, Dabrowski identifie trois facteurs de développement.


Instinct de développement et potentiel de développement

Ils constituent le premier facteur et sont héréditaires. Le premier est lié à l’instinct de survie et constitue la force initiale permettant de transcender certaines conduites primaires, notamment si l’auto-préservation est en jeu.
Le potentiel de développement, c’est la dotation constitutionnelle, héréditaire, qui détermine le caractère et l’extension possible de la croissance mentale d’un individu donné. Le potentiel de développement est notamment puissant chez les personnes dotées de ce que Dabrowski nomme la surexcitabilité, une propriété du système nerveux central. Les individus dotés de surexcitabilité perçoivent la réalité d’une manière différente, plus intense.
5 formes de surexcitabilités ont été identifiées, et il est possible de les combiner.
• La surexcitabilité psychomotrice. Elle se caractérise par une grande énergie, de la curiosité, la difficulté de rester assis, le besoin constant de changer.
• La surexcitabilité sensuelle se traduit par une sensibilité aux perceptions sensorielles.
• La surexcitabilité imaginative se traduit par une inclinaison à la rêverie, par la présence d’une vie intérieure riche, fantasque, et par une grande créativité.
• La surexcitabilité intellectuelle se caractérise par une habileté pour les analyses et synthèses, par des questionnements pertinents et par un besoin d’apprendre par soi-même.
• La surexcitabilité émotive concerne les individus sensibles qui vivent des émotions intenses et prennent les choses à cœur. Ils sont empathiques et ressentent un fort besoin d’avoir des relations exclusives.

L’environnement social :

Les effets de l’environnement social sur l’individu dépendent de sa dotation, en amont, en potentiel de développement : si un individu possède un potentiel de développement fort, la qualité de l’environnement social sera de seconde importance. Ces individus ont une résilience innée et une large imperméabilité à leur environnement social. La qualité de l’environnement social est un facteur important lorsque le potentiel de développement est faible.

Le dynamisme :

Le 3ème facteur n’apparaît que lorsque les 2 autres facteurs ont été activés. Ce que Dabrowski nomme le dynamisme, c’est la force par laquelle un individu devient davantage autodéterminé, et qui lui permet de contrôler ses comportements en fonction de ses propres valeurs. Une fois le 3ème facteur activé, les individus ne restent plus longtemps à la merci des besoins biologiques et des conventions sociales.
Ils conduisent leur vie de manière consciente et délibérée, en fonction des valeurs qu’ils souhaitent suivre. A ce niveau de développement, les individus prennent en charge leur propre éducation et leurs propres souffrances. En effet, la conscience de soi implique la conscience de son propre fonctionnement mental, de son identité personnelle et unique, de la stabilité différentielle des caractéristiques personnelles : certains traits de personnalité ne sont pas plus stables que d’autres, mais certains sont considérés comme plus importants. La conscience permet à l’individu de s’engager dans cet auto-contrôle.
Le dynamisme conduit à un fonctionnement mental complexe qui sera développé à la fin de la partie consacrée à la désintégration positive.


Les principes d’intégration et de désintégration :

En se basant sur les postulats de développement préalablement évoqués, Dabrowski élabore une théorie de la personnalité dans laquelle les individus oscillent tour à tour entre intégration et désintégration. Il dégage ainsi 5 niveaux de développement personnel .
Les niveaux ne sont pas réels dans le sens où il n’y a ni début ni fin dans la manière d’évoluer. Chaque individu possède un « centre de gravité » ou niveau dominant dans lequel il fonctionne émotionnellement et intellectuellement. Les dynamismes ne sont pas tous activés uniformément.
Il existe 2 types d’intégration - primaire et secondaire – et 4 types de désintégration – positive, négative, partielle et globale. Les émotions négatives constituent la clé permettant d’évoluer entre intégration et désintégration, de cheminer intérieurement.

L’intégration primaire (niveau I) :

L’intégration primaire caractérise les individus qui sont largement sous influence du 1er facteur (biologique) et du 2nd facteur (environnement).
L’organisation mentale est dédiée à la gratification des instincts biologiques de l’individu, y compris les besoins sociaux. Les attributs, telle l’intelligence, sont mis au service d’un intérêt personnel. Les réponses comportementales sont généralement automatiques : la prise de conscience est faible, éphémère, voire inexistante. On parle d’état de semi-conscience.
Le conflit est typiquement ciblé sur le monde extérieur et reflète la frustration liée aux besoins primaires, au manque de reconnaissance sociale.
Au niveau le plus basique de l’intégration primaire, se situent les individus qui ne sont influencés que par le facteur biologique et qui n’ont aucune conscience de leurs actes. Ce sont des sociopathes : seule compte la gratification de leurs besoins, les autres n’étant considérés que comme objet permettant d’arriver à leurs fins.
A l’autre extrémité du niveau, se situent les individus qui sont influencés par le 2nd facteur, l’environnement. Ils sont extrêmement socialisés : leur façon d’être au monde est hautement sociale, conforme. Ils ont besoin de l’approbation des autres.
Pour Dabrowski, ce premier niveau n’entre pas dans le cadre du développement psychologique puisque qui dit développement implique une désintégration de l’organisation mentale de cette intégration primaire, prise de conscience de ce qui est.
Mais ce niveau est important puisque c’est dans l’intégration primaire qu’apparaissent les symptômes psychonévrotiques, lorsque l’individu prend conscience de la différence existant entre ce qu’il souhaite être et la réalité.

La désintégration horizontale (niveau II) :

Il s’agit de la première instance de désintégration. Elle est provoquée par un élément marqueur (puberté, ménopause, échec scolaire ou professionnel, problèmes relationnels, rupture sentimentale, décès d’un proche, etc.) qui génère d’intenses émotions négatives conduisant à l’incertitude.
Pour Dabrowski, les individus ne peuvent effectuer la transition des bas niveaux de fonctionnement mental aux niveaux plus élevés que par l’expérience de leurs propres conflits internes.
L’identité devient confuse, changeante, mais le sens du moi n’est pas encore complètement développé. La désintégration s’effectue sur un mode horizontal : l’individu est tiraillé dans un sens, puis dans l’autre, mais se perçoit toujours en adéquation avec la société.
Les personnes qui évoluent au sein du niveau II sont soumises à une autorité extérieure par laquelle elles se caractérisent (je suis la femme de…, le fils de…, le chef de…, le subalterne de…, etc). Une crise survient lorsque l’autorité est jugée mauvaise, trompeuse, abusive.
La plupart des individus chercheront une autre autorité sous laquelle se placer, qui soit davantage en accord avec leurs valeurs et par rapport à laquelle ils pourront se redéfinir. Dabrowski nomme cela l’intégration partielle ou adaptative.
Toutefois, la désintégration horizontale ne doit pas être négligée : les personnes qui n’arrivent pas à retrouver de nouvelles valeurs ne peuvent soutenir émotionnellement cette perte de repères. La prolongation d’un tel état conduit le plus souvent à des tendances suicidaires ou à la psychose. Les individus se tournent vers l’automédication, l’alcool, les drogues, afin de faire taire ces émotions négatives.
Dabrowski insiste fortement sur la nécessité de ne surtout pas nier ou balayer ces émotions négatives lors d’une thérapie. Il est important, au contraire, d’aider les personnes à comprendre et accepter ces émotions négatives afin qu’elles puissent évoluer.

La désintégration verticale spontanée (niveau III) :

Ce niveau requiert une dotation en potentiel de développement et plus spécifiquement un haut niveau de surexcitabilité, ainsi que la présence du 3ème facteur, le dynamisme.
La perte de l’intégration primaire, amorcée au niveau II, est transformée en un examen spontané et involontaire des croyances, attitudes et émotions, suivi d’une répudiation des valeurs antérieures. Diverses formes d’émotions négatives et d’attitudes d’autocritique, propres aux dynamismes de dissolution, initient le processus de création d’un milieu intérieur propre, accroissant ainsi la prise de conscience.
L’émergence du niveau III résulte d’une révolution de la perception de soi et du monde. Les individus ne se satisfont plus des besoins primaires et de l’adhésion automatique aux normes de la société. Commence alors un processus de transformation afin de concilier ces nouvelles valeurs personnelles avec celles de la société.
Le dynamisme de développement joue un rôle fondamental dans les processus d’évolution de l’individu. Dabrowski distinguent ceux qui n’en sont pas dotés – les conserveurs – de ceux chez qui le dynamisme est présent – les transformeurs. Les concepts de hiérarchie des valeurs peuvent être présents chez les deux, mais les sujets conserveurs ne possèdent pas la transformation psychique permettant de transformer les idéaux en action. Ce concept de transformation psychique est le processus par lequel le travail spécifique de restructuration personnelle s’exécute.

La désintégration verticale organisée (niveau IV) :

La principale caractéristique de ce niveau est que la conscience individuelle contrôle le cours du développement.
Alors que le niveau III est dominé par les dynamismes de désintégration, le niveau IV voit croitre les dynamismes de développement, comme l’autonomie, l’authenticité, l’auto-éducation et l’auto-psychothérapie, liés au 3ème facteur. L’individu développe un sens élevé de responsabilité envers lui-même et envers les autres. Le niveau IV initie l’intégration secondaire au fur et à mesure que l’individu devient auto-éduqué et qu’il s’auto-améliore.
L’auto-psychothérapie est un processus d’éducation et de conduite personnelle des épisodes de stress, l’habileté à prendre en charge sa souffrance, qu’elle soit d’origine interne ou externe.
La responsabilité envers soi-même et envers les autres consiste à prendre la responsabilité de ses propres actions, pensées et désirs, en fonction du contexte de sa propre vie et en relation avec les autres.
L’autonomie est le dynamisme par lequel les individus s’affranchissent consciemment de leurs conduites sombres et des aspects de l’environnement social qui s’opposent à leurs valeurs positives.
L’authenticité, basée sur la conscience de soi, est l’expression des émotions, réflexions et attitudes. Cela consiste à être en adéquation avec sa propre échelle de valeurs.
Un centre attentionné et responsable détermine le comportement de l’individu, aussi bien à court terme qu’à long terme, et travaille à harmoniser la personnalité.
La personnalité idéale est le standard à l’aune duquel l’individu évalue sa propre personnalité.

L’intégration secondaire (niveau V) :

Au sommet du développement humain, la personnalité est achevée. L’individu expérimente l’harmonie et est en paix avec lui-même. Il vit selon sa personnalité idéale, son comportement étant dirigé par la construction d’une hiérarchie de valeurs.
Virtuellement, aucun conflit intérieur n’est expérimenté depuis que les formes inférieures de motivation ont été détruites et remplacées par des formes élevées d’empathie, d’autonomie et d’authenticité.

Les différentes désintégrations :

L’individu peut passer d’un niveau à un autre via des processus que Dabrowski nomme désintégration et intégration.
La désintégration est un processus double : la dissolution des structures et fonctions mentales inférieure amène à la création de formes plus élevées.
Pendant la dissolution, les individus expérimentent des conflits internes et externes qui génèrent d’intenses émotions négatives. Une telle expérience peut être provoquée ou déclenchée par des jalons dans le développement, comme la puberté, ou des crises suite à la mort d’un être cher.
A ce stade, il convient de bien différencier les phases de développement des états de développements qui sont séquentiels, relatif à l’âge et universel. Dans la théorie de la désintégration positive, il n’y a pas de critère d’âge associé à chaque niveau. Les niveaux ne sont pas non plus universels. Un individu ne passe pas par les différents niveaux de développement au cours de sa vie : un niveau domine, et seul un conflit intérieur majeur peut permettre la désintégration permettant d’accéder – si les conditions s’y prêtent – à un autre niveau.
De telles expériences détruisent l’organisation mentale pré-existante qui guidait le comportement de l’individu.
La désintégration est dite positive quand l’individu adhère, en toute conscience, à des valeurs morales élevées, correspondant à sa personnalité idéale.
La désintégration est dite négative quand l’individu n’expérimente qu’une partie de la désintégration : la partie de dissolution, et se retrouve piégé, incapable de retourner à un état d’intégration antérieur. L’individu ne se reconnaît plus dans les valeurs qui étaient siennes avant mais ne parvient pas à en créer de nouvelles qui lui sont propres. Les maladies psychotiques chroniques et suicides constituent des expressions communes de désintégration négative.
La désintégration partielle permet une sortie moins dramatique et résulte de plusieurs conséquences : un retour à un niveau de fonctionnement inférieur, une intégration partielle à un niveau plus élevé, ou une transformation vers une désintégration globale.


TDP et santé mentale : 

Il ne faut jamais perdre de vue, quand on étudie cette théorie, que Dabrowski était avant tout un praticien. Psychiatre et psychologue, il a été amené à réfléchir sur le concept de santé mentale et sur l’importance des conflits intérieurs. Rappelons que pour lui les émotions priment sur l’intelligence dans le développement de la personnalité.
La santé mentale, perçue comme absence de désordres mentaux jusque dans les années 60-70, laisse peu à peu place au concept de bien-être, de satisfaction de vie. Dabrowski conteste ces définitions qui ne font que décrire les individus des niveaux I et II .

Définitions de santé mentale contestées par Dabrowski :


La santé mentale comme absence de désordre mental :

Pour Dabrowski, beaucoup de soi-disant états mentaux ou désordres pathologiques ne tiennent pas de la maladie mais sont des processus nécessaires au développement personnel. Des états mentaux comme la surexcitabilité et la majorité des névroses et psychonévroses constituent « une condition nécessaire au développement clair et multipartite et sont l’une des conditions basiques de santé mentale, non des désordres ».

La santé mentale comme état d’intégration psychologique :

L’état d’intégration psychologique, dans lequel les facultés mentales fonctionnent en douceur, sans disharmonies ou interruptions, est fréquemment perçu comme condition nécessaire de santé mentale. Dabrowski s’oppose à cette idée, rappelant que les disharmonies et désintégrations constituent le noyau des surexcitabilités : sans ces formes de développement positif des névroses et psychonévroses, le développement de la personnalité à multiples niveaux serait impossible.
La surexcitabilité, qui est associée à une asynchronie de développement comme la douance ou la créativité, introduit par sa seule présence disharmonie et chaos, en augmentant dans le même temps les dynamismes qui guident et accélèrent le développement.
C’est en rencontrant des obstacles et frustrations dans la réalisation de ses buts que l’individu expérimente les conflits internes et externes. A cause de ces conflits, un individu doté d’un haut potentiel de développement devient plus introspectif, davantage capable de faire des choix et par conséquent plus conscient de la hiérarchisation de ses sentiments, pensées et comportements.
Un individu mentalement sain possède la capacité de subir une désintégration positive ainsi que des intégrations secondaires partielles dans les hauts niveaux de développement, qui peuvent conduire à la formation d’une personnalité au niveau de l’intégration secondaire globale.

Santé mentale et réalisme :

Dabrowski souligne l’importance de l’imagination et de l’intuition dans le développement accéléré.
Il note que beaucoup de traits humains et de comportements associés à l’efficacité et à la productivité sont souvent des indicateurs d’un ajustement stéréotypé et indifférencié aux conventions sociales et impliquent une intégration primaire horizontale.
« Efficacité et productivité comme traits permanents de caractère dans son ensemble ne peuvent être harmonisés au développement positif et accéléré, à la créativité, à l’originalité. Ces traits sont souvent rencontrés chez les individus primitifs, stéréotypés, exhibant de fortes réactions automatiques, lesquelles sont fréquemment l’expression de caractéristiques pathologiques » .
Afin de décrire les différentes variantes d’adaptation d’un individu à la société, Dabrowski introduit 4 concepts :
- L’inadaptation positive (inadaptation aux tendances des bas niveaux dans son propre comportement et dans les influences avec l’environnement).
- L’inadaptation négative (maladies mentales et désordres).
- L’adaptation positive (ajustement dynamique aux hauts niveaux dans la hiérarchie de valeurs, de buts, de réalité, exprimé à son extrémité par la personnalité idéale. Ajustement « à ce qui doit être »).
- L’adaptation négative (ajustement à la réalité, aux valeurs et buts des bas niveaux de la norme statique, ajustement « à ce qui est »).

Le critère de l’ajustement effectif à la réalité, comme signe de santé mentale, est typiquement utilisé pour décrire un ajustement négatif, basé sur l’acceptation des normes sociales et comportements. C’est une attitude de compromis, souvent adoptée sans réflexion, de statu quo, dans lequel l’individu manque d’habileté à créer ses propres réalités et convictions et se soumet facilement aux idéologies afin d’assurer son statut ou ses biens matériels.
A l’extrémité de l’ajustement négatif se situent les psychopathes qui mettent leur intelligence au service de leurs besoins primaires.

Santé mentale et équilibre psychologique :

L’équilibre psychologique, concept populaire dans les approches biologiques et psychanalytiques de la santé mentale, est un état de balance entre les forces majeures qui gouvernent le comportement – ajustement aux conditions changeantes – et le fonctionnement psychologique effectif.
Cette idée de balance comme état optimal et désirable de fonctionnement psychologique trouve de nombreux supports dans la sagesse commune, qui défend l’approche de vie de l’homme doré, caractérisé par l’harmonie et l’absence d’excès.
Pour Dabrowski, cette approche reflète le niveau horizontal, une vie humaine centrée sur des activités destinées à combler les impératifs biologiques, sans tensions majeures ou bouleversements. Il y a de fait incompatibilité avec la conception des niveaux multiples du développement humain présentés dans la TDP, laquelle postule que développement de la personnalité, créativité, authenticité, progressent au travers de conflits personnels, de graves expériences émotionnelles, de dépressions, anxiétés, obsessions, inhibitions, efforts pour transcender son propre cycle biologique et son type psychologique, via la désintégration positive.
L’état d’équilibre psychologique prolongé est considéré, par Dabrowski, comme symptomatique de psychopathologies. Dans les hauts niveaux de développement, l’équilibre psychologique est qualifié de « déséquilibre modéré ».

Le concept de santé mentale selon Dabrowski :

La définition de la santé mentale par Dabrowski :
« Capacité de développement vers les hauts niveaux - multidimensionnels - de hiérarchie de réalité, de compréhension, d’expérience, de découverte, de création et d’élévation des valeurs, pour atteindre tant la personnalité idéale que l’idéal social ».
La santé mentale n’est pas un état mais un processus.
La personnalité constitue le but ultime et résulte du développement issu de la désintégration positive. Il existe pour lui 3 types de développement :
- Ordinaire, basé sur un bas potentiel de développement.
- Partiel / unilatéral, basé sur un fort talent ou sur une attribution particulière d’habilités.
- Accéléré, associé à un fort potentiel de développement.
Dabrowski évoque la santé mentale de personnes moyennes, d’individus éminents et de personnalités (individus engagés dans un développement accéléré).

Les individus ordinaires :

La santé mentale des personnes ordinaires est caractérisée par un ajustement relativement aisé aux changements de conditions de vie (adaptation négative). Si d’occasionnelles périodes d’inadaptation touchent ces individus, elles ne sont guère intenses ou longues, et ne laissent le plus souvent pas de marques permanentes sur la psyché.
Les individus ordinaires sont en général efficients, efficaces et productifs dans leurs activités, capables de surpasser leurs difficultés et de se focaliser sur leurs besoins primaires. Le but de leur vie est souvent caractérisé par une carrière réussie, une richesse matérielle, un statut social élevé, et un degré d’influence sur les autres.
Leur vie émotionnelle est caractérisée par l’équilibre. S’ils expérimentent la tristesse ou de dépression, par exemple, ces expériences tendent à être modérées et ne conduisent pas à des efforts d’auto-transformation. Leur vie spirituelle est en cohérence avec les normes sociales et est typiquement définie par les stéréotypes religieux.

Les individus éminents :

Les individus éminents exhibent une forte ambition concernant la réalisation de leurs talents particuliers. Leur croissance psychologique est limitée à ce développement unilatéral de leur talent, et les domaines de vie sont étroitement associés à cette réalisation.
Dans leur maquillage psychologique, on peut observer quelques divergences de développement significatives autour de certaines fonctions. C’est particulièrement évident que le talent dominant, ou les habiletés, concernent les mathématiques, la physique, les habiletés techniques ou politiques. Ces individus, comme l’observe Dabrowski, n’exhibent pas ou peu de désir de réveiller ou développer leur milieu intérieur, et ne sont pas intéressées par l’auto-transformation. Ils montrent un manque d’empathie dans leurs relations avec les autres, et parfois sont agressifs, voire peuvent faire preuve de cruauté. Il existe un petit risque de désordres mentaux.

Les individus engagés :

Les individus engagés dans le développement accéléré, ou fonctionnant au niveau de la personnalité, illustrent sur un plan hiérarchique, multipartite, vertical, ce que doit être la santé mentale.
Ils se focalisent sur le développement de leur propre milieu psychique et consacrent autant d’efforts à aider les autres. Ils se dévouent à la réalisation de leurs valeurs hiérarchiques exponentielles et réalisent de gros efforts afin d’accroître et affermir les parties sous-développées de leur personnalité.
Ils exhibent des signes d’excitabilités psychiques croissantes - en particulier en ce qui concerne les excitabilités émotionnelles, imaginatives et intellectuelles – et visent à transcender les approches stéréotypées des différentes aires de vie, comme l’éducation, la sociologie, la psychologie, la psychopathologie, la philosophie.
Leur histoire est emplie d’expériences difficiles associées à des besoins de transformation intérieure et d’auto-perfectionnement. Ces expériences incluent souvent névroses et psychonévroses, nécessaires dans cette tentative toujours plus poussée de compréhension de la réalité, de création de la réalité. Leur attente envers leur propre personne et envers les autres est basée sur une perception claire de l’idéal de personnalité, autant vis-à-vis des individus que de l’essence sociale.
Seul ce dernier groupe, porté par la désintégration positive, correspond à la définition de ce qu’est la santé mentale. Ces individus servent de modèle au reste de la population afin de montrer ce qui devrait être.

Dabrowski met en garde contre le fait d’utiliser les critères basiques, comme l’utilité ou l’efficacité, pour évaluer les phénomènes multiples : créativité, développement de la personnalité, santé mentale, sont autant d’éléments qui ne peuvent être appréhendés à partir de ces critères basiques.
Promouvoir les standards basiques de santé mentale permet aux individus psychotiques d’acquérir pouvoir et proéminence, qu’ils utilisent de manière destructrice dans la poursuite de leurs buts primitifs et souvent inhumains.
En pathologisant les expériences désintégratives associées à la création et à l’auto-transformation, on stigmatise les individus se dirigeant vers une croissance accélérée, et on ajoute une couche à leur accablement au lieu de les aider à se lever.
On réduit également la possibilité d’avancement de la société de la platitude et de la complaisance hédoniste vers les hauts niveaux de développement, ou tout au moins vers leur reconnaissance et leur appréciation.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Dim 22 Sep 2013 21:47

Un petit tour du côté des bases philosophiques de la Théorie.


Résumé de l’article : William TILLIER. « Philosophical aspects of Dabrowski’s Theory of Positive Disintegration ». In: Dabrowski’s Theory of Positive Disintegration. Scottdale, Great Potential Press, 2008, pp 101-121.
Il est également possible de consulter en ligne une synthèse de William Tillier :

http://www.positivedisintegration.com/plato5.pdf
http://www.positivedisintegration.com/kierkd61208.pdf
http://www.positivedisintegration.com/kierkd61208.pdf


Kazimierz Dabrowski a étudié la philosophie au cours de son cursus universitaire et a puisé les bases de sa théorie dans les écrits de quelques philosophes - Kierkegaard, Nietzsche et Platon principalement. Les niveaux 1 et 2 de la théorie sont davantage conditionnés par l’essentialisme (détermination biologique, dotation en potentiel de développement et en dynamisme), tandis que les hauts niveaux se caractérisent par une vision plus existentialiste.
Sa théorie se base sur quatre idées philosophiques majeures : le principe de niveaux multiples, l’existentialisme-essentialisme, l’incompatibilité de socialisation avec le développement individuel, et enfin la nécessité de la désintégration dans le processus de développement.


Platon: allégorie de la caverne : 
C’est dans les écrits de Platon que Dabrowski est allé chercher le principe des niveaux multiples. Platon décrit quatre niveaux d’existence, chacun caractérisé par un niveau de conscience et de perception. Les premiers niveaux sont associés à une conscience limitée et à des perceptions basiques, erronées. C’est à travers le fameux mythe de la caverne qu’il explique le vécu des différents niveaux. Pour faciliter la comparaison avec la théorie de Dabrowski, un numéro de niveau sera attribué pour chaque description.


Niveau 1 : le prisonnier de la caverne.

L’individu ordinaire est un prisonnier, assis dans une caverne avec ses pairs. Ils regardent passivement leur vie projetée sur les murs de la caverne, ombre parmi les ombres. Leurs sens sont si émoussés qu’ils ne comprennent pas qu’ils sont attachés à leur siège. Des marionnettistes (représentants de l’Etat, du système éducatif, etc.) utilisent ces ombres chinoises pour illustrer la vie telle qu’ils souhaitent qu’elle soit perçue. L’éclairage indirect d’un feu de bois au fond de la caverne ne permet pas aux spectateurs de comprendre qu’ils regardent une illusion, une déformation de la réalité.

Niveau 2 : la prise de conscience.
Un prisonnier commence à sortir de sa torpeur et à questionner les choses. Il perçoit une autre lumière, ténue, indirecte, celle du soleil, et se dirige vers l’entrée de la caverne d’où elle semble provenir. Ce cheminement est ardu, et le prisonnier peut se perdre en chemin ou errer longtemps avant de parvenir à la sortie de la caverne. L’individu doit être fort, déterminé, poussé par sa propre essence. Beaucoup essaient et échouent. Et pour les rares qui parviennent à trouver la sortie, la vie leur apparaît alors sous une perspective totalement différente.


Niveau 3 : retour dans la caverne.

A ce stade, Platon reconnait que l’impulsion du prisonnier devrait être de rester dans la lumière du soleil, et de guetter des opportunités de monter encore plus haut. Mais il décrit clairement l’impératif moral de ceux qui ont vu la lumière, de redescendre dans la caverne et aider leur pairs à accéder à cette nouvelle réalité, jusqu’à ce que le dernier soit sorti de la caverne (niveau 4). Malheureusement, lors de la transition entre extérieur et intérieur, le prisonnier est temporairement aveuglé et peinera à guider les autres sur son chemin. Les prisonniers de la caverne n’entendent de lui qu’une histoire sauvage, qu’ils peuvent tout juste appréhender ; et de peur que ce prisonnier évadé ne soit devenu fou, ils finissent par tuer le messager illuminé.

Les prisonniers de Platon partagent beaucoup de chose avec les individus décrits par Dabrowski pour illustrer l’intégration primaire. Les personnes ordinaires acceptent la socialisation, s’adaptant à une série de rôles définis par la société, avec une prise de conscience, une individualité et une authenticité très faibles.


De l’essentialisme à l’existentialisme:

Dabrowski croit que la dotation génétique d’un individu constitue un élément important pour son développement éventuel : une bonne dotation ne pourra être annihilée par un environnement déplorable, de même qu’une mauvaise dotation ne pourra être compensée par un bon environnement. Par contre, il est clair que l’environnement jouera un rôle déterminant en cas de dotation génétique moyenne.
Chaque individu possède une essence propre, composée de qualités centrales et de traits de personnalité. Toutefois, là où Dabrowski se détache de l’essentialisme, c’est qu’il pense que cette essence, innée, n’est pas immuable ; ou plutôt qu’il existe un potentiel qui peut être, ou ne pas être, activé. En somme, cette essence peut être positive, et améliorer le développement, ou être négative et freiner ce dernier.
Dabrowski croit que la personnalité peut être achevée et se construire à travers une série de choix personnels, conscients, permettant d’établir une distinction entre ce qui est « plus moi-même » et ce qui est « moins moi-même ». Au cours de ce développement émerge la conscience du moi. L’individu devient conscient de ses buts, ses aspirations, ses attitudes, et de ses relations aux autres.
L’individu construit une personnalité idéale basée sur sa propre essence. Au fur et à mesure que l’image de la personnalité idéale se clarifie, l’individu la compare à sa propre essence et, se basant sur ces comparaisons verticales, à multiples niveaux, il devient capable de réaliser des choix conscients et volitifs afin de décider quels aspects mettre en valeur et quels aspects inhiber. Ainsi, l’expression de ses propres caractères reflète aussi bien l’essence propre de l’individu, ce qu’il est, que les choix qu’il effectue et qui le font être ce qu’il fait.

Kierkegaard : 
Dabrowski n’est pas le premier à s’intéresser à l’impact négatif de la socialisation sur le développement de l’authenticité humaine. Kierkegaard met en garde contre les mouvements de groupe qui restreignent les responsabilités individuelles. Selon lui, la seule vraie liberté est la lourde responsabilité d’être capable de choisir soi-même, de construire soi-même ses propres croyances, ses propres valeurs, au travers des choix qui sont effectués dans la vie quotidienne.
Pour Kierkegaard, la découverte de sa propre mortalité déclenche une prise de conscience et signale l’activation d’une existence vraie. Il décrit ce qu’il nomme les étapes du chemin de vie, trois sphères de conscience de soi, chacune caractérisée par une vision du monde unique.


Niveau 1 : la sphère esthétique.

Elle est illustrée par la sensualité et l’hédonisme de Don Juan. Ce niveau est sous-humain, car il est gouverné par les mêmes forces que celles qui contrôlent les animaux. Cela correspond à l’intégration primaire de Dabrowski. Afin de rompre cette inauthentique existence, l’individu doit accepter son moi basique ou consciemment décider de mettre fin à cet ancien moi et réaliser un acte de foi afin de construire un nouveau et vrai self.


Niveau 2 : la sphère éthique.

La sphère éthique est celle des responsabilités éthiques et morale qui caractérisent l’engagement vers l’auto-perfectionnement, vers les idéaux, et envers les autres. Tout comme Dabrowski, Kierkegaard s’intéressait moins à la manière dont étaient choisis les idéaux qu’au processus d’autonomie conduisant à l’établissement de ces idéaux.


Niveau 3 : la sphère religieuse.

La sphère religieuse implique d’effectuer un nouvel acte de foi, un saut personnel vers les abysses. On ne peut connaître Dieu en croyant à des idées ou à travers un raisonnement intellectuel ; seul un éternel acte de foi permet de le connaître. Et c’est un faisant cet ultime saut que l’individu achève sa propre construction. Ce moment souligne l’importance de la responsabilité de l’auto-construction. L’individu est initialement empli d’inquiétudes, d’anxiété, de peurs, sentiments liés à la réalisation de la pesante responsabilité de faire des choix irréversibles, mais cela reflète également la jouissance et la liberté d’être capable de choisir. Si chaque choix est figé dans le temps et semble irrémédiable, il ne faut pas oublier que chaque nouveau moment constitue une nouvelle opportunité de choisir à nouveau.
Kierkegaard explique que le self se construit à travers la répétition de manifestations de foi : le self se construit sur un va-et-vient constant entre le « moi » et la foi en son propre pouvoir de création, à travers les choix de la vie quotidienne et les actes de foi persistants que ces choix provoquent.
Les individus qui atteignent ce haut niveau de développement sont rares. Kierkegaard les nomme « Chevaliers de la Foi ». Ce processus d’autocréation produit une structure de valeurs individuelles qui culmine dans les actes de l’humain authentique – et effectuer l’ultime acte de foi signifie devenir un humain authentique. Au final, tous nos choix, nos valeurs, notre personnalité, et nos actes, seront jugés par Dieu.

Nietzsche et le surhomme : 
Tout comme Kierkegaard, Nietzsche commence par une critique sévère du dogme moral et du rôle de la religion. Sa solution consiste à déclarer la mort de Dieu et de confronter l’individu à sa propre existence, dans l’ici et maintenant, à ses propres responsabilités.
Nietzsche critique le rôle joué par la société, suggérant que les schémas de moralité ne sont que de simples dogmes passagers représentant la moralité du troupeau qui dénie aux individus la possibilité de trouver des valeurs qui leur sont propres.
La moralité du troupeau reflète une homogénéisation, dans laquelle le groupe impose ses valeurs et idéaux, celles de la majorité. Tout comme Kierkegaard et Dabrowski, Nietzsche pense que la socialisation entrave l’individu dans sa recherche d’une morale autonome : l’individu devient heureux de simplement se conformer, et perd toute motivation à se développer.
On retrouve également trois niveaux de développement chez Nietzsche.


Niveau 1 : l’homme perdu.

Au niveau le plus bas se situe l’homme perdu, qui évolue parmi un troupeau d’esclaves qui ne recherchent que le contentement, le confort, et ne présentent aucune motivation à évoluer. A ce niveau, les individus acceptent les rôles qui leur sont dévolus ainsi que les définitions collectives qui caractérisent leur milieu culturel. Il n’existe pas d’individu supérieur : tous sont égaux devant Dieu.


Niveau 2 : l’homme supérieur.

L’homme supérieur est un individu qui souhaite être davantage, qui veut écrire sa propre histoire. Il questionne l’ordre établit et n’accepte plus de fait la réalité, les valeurs et croyances que la société impose. Mais l’homme supérieur est loin de l’aboutissement pour Nietzsche : il agit en fonction d’un idéal et condamne ce monde d’après un monde transcendant qui n’existe pas, c’est un nihiliste.
L’homme supérieur utilise les valeurs morales pour réfréner son animalité, créant un conflit constant : oscillant entre dégoût et insatisfaction, l’homme cherche son assouvissement dans un ailleurs imaginaire. L’homme fuit sa propre nature.


Niveau 3 : le Surhomme.

Le Surhomme n’est plus tiraillé entre son animalité et sa morale supérieure. Il ne nie plus, il est. Il conçoit la réalité telle qu’elle est, et non comme une chose étrangère et lointaine. La réalité se confond avec le Surhomme : il a en lui tout ce qu’elle a d’effrayant et de problématique. Et c’est à cette seule condition que l’homme peut être grand.
Le Surhomme aime la vie, s’aime lui-même, aime les autres, et ne désire rien d’autre. Il applique sa volonté de puissance à ce seul désir, transcendant les concepts de bien et de mal, acceptant son existence, et sa seule responsabilité.
La volonté de puissance n’est pas sans rappeler le 3ème facteur de Dabrowski, ce qu’il appelle dynamisme. La volonté de puissance ne constitue pas un pouvoir sur les autres, mais la capacité à gérer son énergie créatrice. Zarathoustra correspond à l’humain développé de Dabrowski.
Tout comme dans l’approche de Dabrowski, le changement vers le Surhomme implique un changement qualitatif dans la manière de concevoir la vie. Le « ici et maintenant » offre une nouvelle perspective. La vie n’est pas vécue pour la promesse d’un futur qui serait meilleur. Au contraire, chaque seconde de vie est désormais perçue pour sa valeur intrinsèque et comme contribution à l’existence. En éliminant Dieu, Nietzsche élimine également le juge ultime et éternel de Kierkegaard. En créant une nouvelle structure de valeurs, le Surhomme doit assumer la responsabilité d’être son propre juge.

Nietzsche décrit le chaos et les épreuves qui accompagnent l’autocréation. Il faut rappeler que lorsque Nietzsche et Dabrowski parle d’idéaux, il ne s’agit en aucun cas de mettre en place des idéaux applicables pour tous. Le seul idéal qu’il faille défendre, c’est l’idéal permettant à chacun de créer son propre self. Dabrowski et Nietzsche réservent ainsi le terme de « personnalité » à ceux qui ont achevé leur développement avancé.
Nietzsche pose clairement le concept de désintégration : l’individu, tel un phénix, doit être près à s’immoler dans ses propres flammes afin de pouvoir renaître à nouveau de ses cendres. Cet état d’extrême vulnérabilité et de sur-réactivité (correspondant aux surexcitabilités de Dabrowski) caractérise la transition : « j'aime celui dont l'âme est profonde, même dans la blessure, celui qu'une petite aventure peut faire périr : car ainsi, sans hésitation, il passera le pont » (Ainsi parlait Zarathoustra¸ prologue).
La capacité d’expérimenter et de dépasser la souffrance, d’endurer la solitude, sont des caractéristiques essentielles du Surhomme, caractéristiques qui ont fortement influencé la théorie de la désintégration positive de Dabrowski.

Conclusion : 
Les fondations philosophiques de la théorie de Dabrowski illustrent quatre thèmes majeurs. Le premier concerne l’approche à niveaux multiples, vitale si l’on veut comprendre la complexité et la variété des phénomènes rencontrés tant en psychologie qu’au niveau du développement de l’individu.
Le second thème concerne la combinaison des approches existentialistes et essentialistes. Cette approche charge l’individu de découvrir sa propre essence afin de la façonner, de l’affiner, dans un processus littéral d’autocréation.
Dans le troisième thème, chaque auteur mentionné illustre la personne socialisée. Les prisonniers de Platon, la foule de Kierkegaard, la horde de Nietzsche, et les individus de l’intégration primaire de Dabrowski illustrent des individus dominés et adhérant à un système social externe. Chacun montre clairement la manière dont l’adhésion à des critères externes prive l’individu de l’opportunité de grandir et bloque le développement d’une véritable individualité et de l’autonomie. Chaque auteur décrit une haute forme de développement ainsi que les conditions et limitations qui encadrent ce processus. Platon explique qu’il serait impossible de délivrer tous les prisonniers. Kierkegaard stipule clairement que tout le monde n’est pas capable de faire face à l’abysse, de gérer son anxiété et sa peur, et de réaliser l’acte de foi nécessaire à l’achèvement du développement de l’individu authentique – son Chevalier de la Foi. Nietzsche émet également des réserves concernant les épreuves rencontrées lors de la transition du moi vers l’individu supérieur et ultimement vers le Surhomme. Dabrowski présente le concept de potentiel de développement afin de décrire les possibilités de croissance de l’individu.
Il apparait que tout le monde ne peut achever le dernier niveau d’intégration secondaire caractérisé par l’autocréation d’une personnalité autonome. Mais les auteurs certifient que les exemples de développement avancé existent, qu’ils servent de modèle, illustrant la possibilité et le processus de développement, mais ne prônant en aucun cas un contenu de croissance avancée.
Enfin, chaque auteur met en exergue la lutte qui sous-tend la sortie du statu quo et la terrible anxiété, voire terreur, qui en résulte. Nietzsche écrit longuement sur le besoin de désintégration de l’individu afin de créer des opportunités de croissance. Préfigurant Dabrowski, Nietzsche place la tâche de développement directement sur les épaules de l’individu, incluant la création d’une structure de valeurs individuelles et d’une idéalisation personnelle du moi qui serviront de fil conducteur au développement personnel.
Alors que l’approche de Dabrowski peut sembler radicale au regard de la psychologie contemporaine, la confrontation aux approches philosophiques montre que sa théorie a des bases solides. Dabrowski combine les éléments philosophiques – niveaux multiples, découverte et façonnage de l’essence en personnalité, rôle développemental de la désintégration positive – dans une approche unique qui constitue un nouveau paradigme pour la philosophie, la psychiatrie, la psychologie, ainsi que pour les disciplines qui leur sont liées comme l’éducation, afin de mieux appréhender la personnalité et son développement.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Sam 28 Sep 2013 15:52

La théorie de la désintégration positive dans le champ de l’éducation des surdoués

Résumé de l’article : Linda Kreger Silverman. « The Theory of Positive Disintegration in the Fiel of Gifted Education ». In: Dabrowski’s Theory of Positive Disintegration. Scottdale, Great Potential Press, 2008, pp 157-173.

Dabrowski élabora sa théorie sur une substantielle expérience clinique des enfants, adolescents et adultes talentueux - tant par leur intelligence que par leur créativité - et sur l’analyse de biographies de personnalités éminentes. Jusqu’à la fin des années 1960, ses recherches furent davantage cliniques qu’empiriques, composées de nombreux cas d’études. En 1967, Michael Piechowski, alors jeune professeur en biologie moléculaire à l’université d’Alberta, rencontre Kazimierz Dabrowski et devient son collaborateur et traducteur. L’ouvrage en deux volumes, Theory of Levels of Emotional Development (Dabrowski & Piechowski, 1977), synthétise huit années d’étroite collaboration entre les deux hommes. Dabrowski établit la trame de fond conceptuelle de la TDP pendant que Piechowski s’occupe du support empirique : analyses techniques, application de la théorie et mise en place d’une méthodologie dans le cadre du développement personnel, introduction de la théorie dans le champ de l’éducation des surdoués.
Cette collaboration permit de donner une fondation théorique à l’étude psychologique de la douance, et de doter la théorie de la désintégration positive de bases empiriques.
L’éducation des surdoués fut introduite dans la TDP en 1979, à travers deux chapitres du l’ouvrage New Voices in Counseling the Gifted (Colangelo & Zaffrann 1979). Piechowski contribua au chapitre 2 sur le potentiel de développement en faisant grand cas des surexcitabilités qu’il considérait comme étant de meilleurs indicateurs de la douance et de la créativité que la plupart des bases de données publiées, tests de QI, et autres méthodes courantes d’identification. Dans le chapitre 11, Ogburn-Colangelo expliquait comment la TDP pouvait être utilisée pour conseiller les clients surdoués.
La combinaison de ces deux chapitres laissa une impression indélébile. La théorie de Dabrowski fut peu à peu adoptée en Amérique du Nord et en Australie et reconnue comme fondamentale pour la compréhension des aspects psychologiques de la douance. L’aspect de la TDP auquel se référent le plus les éducateurs travaillant sur la douance concerne les surexcitabilités.

Les surexcitabilités :

La surexcitabilité, ou surexcitabilité psychique, est une tendance innée à répondre, de manière intense, à différentes formes de stimuli (Piechowski, 1999). On peut les résumer en quatre points :
  • Une réaction qui excède le stimulus.
  • Une réaction qui dure plus longtemps qu’elle ne le devrait.
  • Souvent la réaction n’est pas corrélée au stimulus (par exemple une image fantasque en réponse à un stimulus intellectuel).
  • Une transmission rapide de l’expérience émotionnelle sur le système nerveux sympathique (accélération des battements de cœur, rougeurs, transpiration, maux de tête).
-
Dès 1937, Dabrowski évoque le concept de surexcitabilité dans sa monographie Psychological Bases of Self-Mutilation. A partir de 1962, Dabrowski se penche sur le cas de la surexcitabilité, étudiant à Varsovie un groupe de 80 enfants comprenant aussi bien des enfants cognitivement précoces, que des enfants engagés dans la danse, le théâtre ou les arts. Il utilise dans ce cadre, des tests d’intelligence, des tests projectifs, des évaluations neurologiques, des questionnaires, des interviews, des récits de vie, et des études de cas. Il pris note que tous les enfants observés dans une école d’art avaient les caractéristiques communes de savoir libérer les tensions et de répondre à la stimulation. Dabrowski établit alors une classification de ces réactions en 5 catégories : psychomotrice, imaginative, émotionnelle, intellectuelle et sensuelle.
  • La surexcitabilité psychomotrice. Elle se caractérise par une grande énergie, de la curiosité, la difficulté de rester assis, le besoin constant de changer.
  • La surexcitabilité sensuelle se traduit par une forte sensibilité aux perceptions sensorielles.
  • La surexcitabilité imaginative se traduit par une inclinaison à la rêverie, par la présence d’une vie intérieure riche, fantasque, et par une grande créativité.
  • La surexcitabilité intellectuelle se caractérise par une habileté pour les analyses et synthèses, par des questionnements pertinents et par un besoin d’apprendre par soi-même. Cette surexcitabilité semble être fortement associée à la douance, bien que les surdoués soient également très représentés dans les hauts niveaux de surexcitabilité émotionnelle.
  • La surexcitabilité émotionnelle concerne les individus sensibles qui vivent des émotions intenses et prennent les choses à cœur. Ils sont empathiques et ressentent un fort besoin d’avoir des relations exclusives.

En 1979, Piechowski suggérait que les surexcitabilités ou « équipement d’origine » faisaient partie des composants de base de la douance, partagés aussi bien par les surdoués que par les individus créatifs. En se basant sur les témoignages biographiques recueillis dans le cadre du programme de recherche mené avec Dabrowski, Piechowski développa un instrument de mesure, l’OEQ (Overexcitabilities Questionnaire), portant sur une série de 46 items reprenant les différentes surexcitabilités, puis sur une série de 21 items et une autre de 12 items.

La surexcitabilité imaginative est significativement plus élevée dans les groupes d’enfants et adolescents surdoués, que dans les groupes d’adultes surdoués ou dans les groupes de personnes non surdouées. La différence entre enfants et adultes surdoués témoigne du fait que les adultes tendent à perdre leur émerveillement enfantin et leur imagination
éclatante en se soumettant aux réalités de l’adulte responsable. Autre donnée significative concernant les surexcitabilités: le déclin rapide des surexcitabilités intellectuelle et imaginative chez les filles surdouées au début de l’adolescence, le collège représentant un milieu hostile pour les surdoués, et encore plus pour les filles.

Les surexcitabilités émotionnelles, intellectuelles et imaginatives se démarquent largement chez les personnes surdouées en regard des personnes non surdouées. La surexcitabilité psychomotrice, bien qu’elle semble dominer dans le groupe des enfants surdoués, n’est pas un indice extrêmement fiable puisqu’elle dépend des autres surexcitabilités. La surexcitabilité sensuelle semble également plus forte dans le groupe des surdoués. Les artistes surpassent toutefois les surdoués au niveau des surexcitabilités émotionnelle et imaginative.

Chez les adultes, on ne trouve pas de corrélation entre l’âge et les surexcitabilités.
Au niveau des genres, on notera des différences significatives. Les femmes obtiennent des scores plus élevés de surexcitabilité émotionnelle par rapport aux hommes, qu’elles soient ou non surdouées. Il en va de même pour la surexcitabilité sensuelle. Les hommes surdoués obtiennent des résultats plus élevés au niveau des surexcitabilités intellectuelle, imaginative et psychomotrice.
Les différences entre les genres sont attribuées à la socialisation des rôles sexuels : la société pousse les hommes à développer leurs capacités intellectuelles et psychomotrices, tandis que les femmes sont tenues d’inhiber de telles capacités. De même, la femme est socialement poussée à exprimer sa sensualité, alors que l’homme se doit de la cacher (Bouchet & Falk, 2001, p 261).

En 1999, l’OEQ est révisé, aboutissant à l’OEQ-II, qui se base sur une série de 50 items et utilise l’échelle de Likert. Chaque surexcitabilité est représentée par une série de 10 items. Depuis, l’OEQ-II a été traduit en chinois, espagnol, turc et polonais, et une version a été élaborée afin de tester les enfants. En parallèle de l’OEQ, plusieurs autres questionnaires ont été élaborés en reprenant le principe des surexcitabilités.

Une discussion sur les surexcitabilités ne saurait être complète sans évoquer le potentiel de développement. Pour Dabrowski, les surexcitabilités psychiques, l’intelligence, les capacités et talents spéciaux, et les facteurs d’autonomie contiennent le potentiel de développement de l’individu.
Piechowski maintient qu’étudier les forces et expressions des surexcitabilités chez les individus surdoués et talentueux peut avoir des implications importantes : comprendre la nature de la douance, servir de base pour des méthodes d’identification d’un large éventail de surdoués, et pour examiner les individus qui fonctionnent, ou ont fonctionné, à des niveaux élevés de développement.
Les enfants et adultes surdoués possèdent les surexcitabilités et l’intelligence requises afin d’atteindre les hauts niveaux de développement, mais la réalisation du potentiel est rare. Cet insuccès à réaliser le potentiel dans les sphères émotionnelles, morales, spirituelles, et dans celles de la personnalité, peut en partie être attribué à la dévalorisation de ces sphères au sein de notre société.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Ven 4 Oct 2013 22:04

Comprendre les surdoués : l’éclairage de Dabrowski


Résumé de l’article : Michael C. Pyryt. « The Dabrowskian Lens: Implications for Understanding Gifted Individuals ». In: Dabrowski’s Theory of Positive Disintegration. Scottdale, Great Potential Press, 2008, pp 175-182.


Cet article examine les recherches effectuées sur les individus surdoués dans le contexte de la théorie de la désintégration positive de Dabrowski et fait le point sur la manière dont la théorie apporte un éclairage unique pour comprendre les phénomènes marquants dans l’éducation des surdoués.


Les surexcitabilités :

Les principaux axes de discussions et de recherches relatifs à l’éducation des surdoués concernent les surexcitabilités psychiques. La TDP met en avant 5 canaux de perception - psychomotrice, sensuelle, émotionnelle, imaginative et intellectuelle – utilisés par les individus afin d’expérimenter le monde. La théorie suggère qu’il existe des différences individuelles tant au niveau de la quantité que de la façon dont ces surexcitabilités se combinent, et que cela affecte le potentiel de développement.
Les études ont été menées sur des individus surdoués et sur des individus moyens. Les résultats des tests OEQ et des tests ElementOE mettent en lumière quelques différences significatives entre surdoués et non surdoués, notamment en ce qui concerne les surexcitabilités psychomotrice, intellectuelle et imaginative. Les différences entre surdoués et individus moyens sont moins significatives pour les surexcitabilités émotionnelles et sensuelles.
Quelle que soit la méthodologie utilisée, les individus surdoués démontrent un haut degré de surexcitabilité intellectuelle. On constate dans le même temps que les individus surdoués et non surdoués obtiennent des résultats assez similaires au niveau de la surexcitabilité émotionnelle. Cette découverte laisse à penser que de nombreux surdoués ont un potentiel de développement limité en regard de la théorie de Dabrowski, et sont davantage égocentriques qu’altruistes. Les surexcitabilités ne constituent toutefois que la moitié de l’équation du potentiel de développement. Qu’en est-il du dynamisme ?


Le dynamisme :

La théorie de la désintégration positive part du postulat que l’interaction entre l’hérédité et l’environnement active certaines forces personnelles d’autonomie appelées dynamismes. Chaque niveau est caractérisé par un dynamisme propre, hormis le premier niveau puisque le dynamisme est perçu comme reflet d’une désintégration positive. Les dynamismes du niveau II incluent la présence d’ambivalences et tendances reflétant le conflit initial entre « ce qui est » et « ce qui devrait être ». Les dynamismes activés au niveau III incluent une insatisfaction vis-à-vis de soi-même, des sentiments de honte, de culpabilité, causés par le fait que les individus perçoivent le décalage entre la réalité extérieure et leur idéal. En progressant vers le niveau IV, les dynamismes tels que la conscience de soi et l’autonomie procurent à l’individu un sens de l’auto-efficacité lui permettant de résoudre ses propres conflits entre le self actuel et le self idéal. Au niveau V, un dynamisme dit « personnalité idéale » est activé. L’individu achève son moi idéal. Il en résulte un état d’harmonie nommé « intégration secondaire ».

Mendaglio et Tillier (2006) notent que les dynamismes ont été largement négligés dans la littérature traitant de l’éducation des surdoués, probablement pour des raisons conceptuelles et méthodologiques. Les dynamismes ajoutent de la complexité à la théorie et impliquent lecture et relectures persistantes des sources originelles, choses qui n’étaient guère faisables jusque récemment. Il est difficile de traiter, dans un article, de la manière dont les dynamismes interagissent avec les surexcitabilités dans les différents niveaux de développement. Au niveau méthodologique, se font sentir l’absence d’instruments d’évaluation permettant de fournir directement des indications sur les dynamismes présents au cours de la vie. Les études menées sur les dynamismes sont basées sur des récits autobiographiques et il n’existe pas d’études comparatives des dynamismes exhibés sur un large échantillon de surdoués et de personnes aux capacités moyennes.

Dans un de leurs rapports, Mendaglio et Pyryt (2004) analysent les exigences intellectuelles nécessaires pour activer les dynamismes des hauts niveaux et proposent l’intelligence comme éléments permettant d’activer les dynamismes de conscience de soi et d’empathie. Mais bien que condition nécessaire au haut potentiel de développement, elle n’est pas suffisante prise isolément.


L’éclairage de Dabrowski sur la douance :

La théorie de la désintégration positive apporte une lumière inédite permettant de mieux appréhender la psychologie et l’éducation des individus surdoués. La première implication est qu’au sein de ce modèle, la surexcitabilité émotionnelle est d’une importance capitale pour l’accessibilité aux hauts niveaux de développement. L’accent mis sur l’aspect cognitif dans le cadre de l’éducation des surdoués, en conjonction avec le fait de négliger l’aspect émotionnel, est considéré comme malavisé. Si le but de cette éducation est de favoriser les hauts niveaux de développement, il est essentiel d’identifier les individus possédant une surexcitabilité émotionnelle en corrélation avec les surexcitabilités intellectuelle et/ou imaginative. Cela requière de mettre en place des procédures allant au-delà de mesures d’intelligence (WISC IV ou Stanford-Binet V) afin de déterminer cliniquement, à travers des entretiens, des journaux, et des réponses ouvertes, les individus concernés par la relation à l’autre et la compassion.
La seconde implication de cette théorie est que beaucoup de surdoués, à cause de leur sensibilité émotionnelle, semblent souffrir de conflits internes lorsqu’ils expérimentent le décalage entre ce qui est et ce qui devrait être, conflits considérés comme indicateurs d’un potentiel de développement et non comme éléments négatifs.
La troisième implication est que la douance peut se manifester de différentes manières : intellectuelle, créative, émotionnelle, sensuelle et physique. Il est bon de rappeler que c’est la combinaison de ces surexcitabilités qui révèlera la douance.

Le développement personnel a été conceptualisé sous trois formes, l’appréciation par réflexion, la comparaison sociale et l’attribution, afin de déterminer les similarités et différences dans le processus de l’image du moi, entre les surdoués et les personnes aux capacités moyennes.
La manière dont est conceptualisée la douance est un autre facteur important. Lorsque la douance est appréhendée comme intelligence élevée, particulièrement quand elle est couplée à de grandes réussites, on constate que les surdoués se définissent par rapport aux résultats académiques. Toutefois, sous l’éclairage de Dabrowski, les attentes concernant la définition de l’individu changent dramatiquement. Dabrowski suggère que les personnes ayant un fort potentiel de développement expérimentent une variété de sentiments négatifs, qui sont habituellement associés à une baisse estime de soi. La douance, perçue de cette manière, donne une plus grande importance à l’acceptation de soi plutôt qu’à la vision traditionnelle de l’image de soi, qui peut être positive ou négative par nature.

Les éducateurs œuvrant avec des surdoués établissent clairement un rapport entre perfectionnisme et douance. Deux aspects négatifs sont à noter : échecs scolaires (difficultés à rentre un travail qui n’est pas parfait) et bouleversements émotionnels (sentiments d’inutilité et dépression lorsque le surdoué se rend compte de l’impossibilité à combler ses attentes). Le perfectionnisme peut conduire certains surdoués à un risque de suicide. Toutefois le perfectionnisme peut aussi amener l’individu à se surpasser. Pour reprendre la TDP, la perception positive ou négative des aspects du perfectionnisme est intimement liée aux niveaux de développement.


Conclusion :

Les individus surdoués, comparés aux individus aux capacités moyennes, montrent des signes de surexcitabilité intellectuelle. Cette dernière, combinée à la surexcitabilité émotionnelle et à des dynamismes élevés, laisse présager d’un haut potentiel de développement. Mais il y a une différence entre posséder un plus fort potentiel et l’exploiter.
La théorie de la désintégration positive de Dabrowski offre une perspective unique par rapport aux notions traditionnelles relatives à la douance. Il ne tient qu’à nous de préférer la compassion au raisonnement logique, l’acceptation de soi plutôt que l’image de soi, la personnalité idéale à la place du statu quo, et une vie altruiste en lieu et place des jugements moraux.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Sam 5 Oct 2013 14:59

Dernier article en ligne. Si vous avez envie que je développe certains aspects de la théorie, dites-le moi, en attendant je continue d'errer au sein de la TDP.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar sanders » Dim 6 Oct 2013 22:51

Merci Zyghna, c'est un gros boulot que tu nous offres. D'autant plus apprécié par la non anglophone que je suis.

Je ne peux m’empêcher de trouver dans cette théorie des échos à d'autres recherches de développement qu'elles soient de nature philosophique (mais tu as cité cela dans ton deuxième message), spirituelle ( De nombreuses religions visent l'atteinte d'un haut niveau de développement - où l'individu est dans l'acceptation de soi, même si ce n'est pas et de loin parfois la totalité de leur enseignement, le bouddhisme également - et il y en a surement d'autres puisque spirituel est un terme assez large.) ou personnelle (entendez développement personnel car si l'on trouve de tout dans ce champ, certaines traditions sont assez anciennes et rigoureuses visant donc à ce haut niveau de développement dont parle Dabrowski, je pense notamment à l'ennéagramme ou à la logothérapie de Viktor Frankl).

La particularité que je vois dans cette théorie de la désintégration positive est l'accent mis sur la personne surdouée dans cette recherche. La question que j'entends alors est : comment avec un panel de spécificités, de surexcitabilités, une personne peut-elle s'engager dans une voie d'un développement ? Une voie qui, il me semble, est colorée par ces spécificités.
Je trouve donc extrêmement intéressant que des hommes et des femmes aient pris le temps de chercher, d'observer et de rendre compte de leurs recherches afin que certains aspects (notamment liés à l'inconfort ou à la souffrance) puissent être reconnus comme faisant partie du processus.


Beaucoup d'indications sont données dans tes écrits ci-dessus mais deux évidences (pour moi) me viennent.
La première est que c'est un long chemin personnel à parcourir, un chemin de vie et non pas un itinéraire court, strict et balisé avec indications précises et étapes obligatoires à sens unique.
La seconde est que s'il ne suffit pas d'être surdoué pour parvenir à un haut niveau de développement dans le sens entendu par Dabrowski, ce n'est pas non plus une obligation.


Je serais intéressée par une explication sur les surexcitabilités sensuelles car si le côté émotionnel est souvent mis en avant dans le champ de la douance ( en tout cas en France et aujourd'hui, ce qui ne semblait pas être le cas à l'époque du travail de Dabrowski), il me semble que la question de la sensorialité est peu abordé au-delà de la gestion du bruit (ou alors j'ai pas regardé où il faut :oops: ).
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar *Za* » Lun 7 Oct 2013 05:08

Merci Zyghna pour ce sujet si fouillé (héhé, pas fait exprès ;) !), cette théorie est vraiment saisissante de cohérence et de clairvoyance... Il me semble qu'elle reste assez peu connue, est-ce à cause de sa complexité et du manque de traductions ?

Je n'ai pas encore tout lu (il me faut intégrer petit à petit)... mais je trouve déjà cette approche porteuse de beaucoup d'espoir, et y découvre un regard qui répond parfaitement aux questionnements que j'avais autour des phénomènes de groupe et de ceux qui s'en démarquent, de la pathologie psy, des différences de développement psychique au sein d'une fratrie... et plus globalement de l'interminable débat inné/acquis avec le concept de dotation en potentiel de développement.
Merci de nous faire partager ça.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Mar 8 Oct 2013 20:14

Je vais regarder ce que je trouve sur la surexcitabilité sensuelle. Le terme "hyperesthésie" a tendance à revenir de temps à autres, mais c'est encore différent dans la mesure où la surexcitabilité sensuelle n'implique pas forcément de douleur ou pathologie. C'est au niveau de la gestion des stimuli que tout se joue.

Et sinon, effectivement, la théorie de Dabrowski met en lumière un chemin de vie, un chemin long et personnel, qui évolue en fonction des valeurs de l'individu. Un chemin difficile aussi.

Je reste assez surprise que Dabrowski soit aussi peu connu en France, sachant qu'il a publié sa thèse et pas mal d'articles en français, et travaillé plusieurs années au Québec. Outre-Atlantique, sa théorie est particulièrement utilisée dans le cadre des recherches sur la douance, et au sein des centres d'éducation pour surdoués. On tombe sur une littérature plutôt dédiée aux enfants surdoués, mais dont on peut tirer des grandes lignes sur la douance en général.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Kan » Mer 9 Oct 2013 17:36

Une option ou une matière "Émotions" à l'école serait la bienvenue :-)

Merci pour ce topic Zyghna.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Korydween » Ven 11 Oct 2013 07:18

Merci pour ce topic Zyghna. Je n'ai pas encore tout lu, mais je m'interroge assez sur cet théorie que j'ai du mal à comprendre. Nul doute que ton travail m'y aidera.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Yelko » Dim 13 Oct 2013 08:06

+1 Korydwen, ce que j'ai commencé à lire ici est vraiment très intéressant, donc un grand merci pour ce fil zyghna.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar lady space » Mar 15 Oct 2013 10:10

Je trouve assez étonnant aussi que cette théorie n'est pas mieux exploitée en France. C'est peut-être parce que les articles en français commencent à dater et les psys français ne sont visiblement pas très calés en anglais.
Puis, un autre obstacle doit être une approche très répandue en France, toujours encore fortement influencée par la psychanalyse qui a du mal à se défaire d'un certain nombre de préjugés et qui ne cadre pas du tout avec les idées de Dabrowski (ben oui quoi: d'après lui, tout n'est pas de la faute à la mère :D ). Et la psychanalyse n'aime pas trop non plus l'idée que les gens seraient nés avec des potentiels différents.

Il faut ensuite un certain altruisme (d'ordre financier entre autres) pour qu'un psy se serve d'une théorie qui postule une capacité à l'auto-thérapie, ce qui revient à expliquer à son patient comment se passer des services du professionnel. Qui plus est, cette approche est en complète contradiction avec la vision d'eux-mêmes d'un certain nombre de professionnels de la santé comme détenteurs d'un savoir qui leur est réservé et que les patients sont censés appliquer bête et discipliné.

Pour ce qui est de l'hypersensibilité sensorielle, elle est abordée dans "living with intensity", il me semble. Je me souviens notamment d'une remarque sur ces drôles d'énergumènes qui ont toujours besoin de couper les étiquettes de leurs vêtements, parce que ça gratte, qui m'avait fait tilter à l'époque.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Mer 16 Oct 2013 19:44

D'un autre côté, Dabrowski insiste sur le rôle du thérapeute dans le cas d'une désintégration, puisque c'est justement là que le thérapeute peut agir pour aider le patient à ne pas subir une désintégration négative ou partielle. L'auto-thérapie ne s'adresse vraiment qu'aux niveaux 4 et 5, ce qui laisse les 3 niveaux les plus peuplés comme source de clientélisme.
Je penche davantage pour les problèmes linguistiques et le gros soucis de pseudo égalité dont on nous rabâche les oreilles.

D'un autre côté, je ne suis pas sûre qu'il y ait beaucoup de psy qui admettent le principe d'auto-thérapie...

J'ai commandé Living with Intensity, autant aller piocher à la source concernant les surexcitabilités, donc chez Piechowski lui-même.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar sandrinef » Jeu 17 Oct 2013 08:03

Merci beaucoup pour ce topic et la richesse de son contenu.
Quand j'ai voulu me documenter sur cette théorie, il y a quelques mois, j'ai été surprise et très déçue de ne rien trouver en français...
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Dim 27 Oct 2013 22:53

Les surexcitabilités


Résumé tiré de l’ouvrage collectif Susan Daniels & Michael Piechowski ed. - Living with Intensity. Understanding the Sensivity, Excitability, and Emotional Development of Gifted Children, Adolescents, and Adults. Great Potential Press, Scottsdale, 2009.


La surexcitabilité, ou surexcitabilité psychique, est une tendance innée à répondre, de manière intense, à différentes formes de stimuli (Piechowski, 1999). On peut les résumer en quatre points :
• Une réaction qui excède le stimulus.
• Une réaction qui dure plus longtemps qu’elle ne le devrait.
• Une réaction qui n’est pas toujours corrélée au stimulus (par exemple une image fantasque en réponse à un stimulus intellectuel).
• Une transmission rapide de l’expérience émotionnelle sur le système nerveux sympathique (accélération des battements de cœur, rougeurs, transpiration, maux de tête).

Les surexcitabilités font que la vie est vécue de manière plus profonde, plus vive, plus intense. Cela ne signifie pas que la personne expérimente juste une plus grande curiosité, un plus grand plaisir des sens, ou a plus d’émotions et d’imagination, cela signifie aussi que l’expérience est plus complexe et plus intense. Elle diffère aussi bien qualitativement que quantitativement.


Dabrowski établit une classification de ces réactions en 5 catégories : psychomotrice, imaginative, émotionnelle, intellectuelle et sensuelle.
1. La surexcitabilité psychomotrice se caractérise par une grande énergie, de la curiosité, la difficulté de rester assis, le besoin constant de changer.
2. La surexcitabilité sensuelle se traduit par une forte sensibilité aux perceptions sensorielles.
3. La surexcitabilité imaginative se traduit par une inclinaison à la rêverie, par la présence d’une vie intérieure riche, fantasque, et par une grande créativité.
4. La surexcitabilité intellectuelle se caractérise par une habileté pour les analyses et synthèses, par des questionnements pertinents et par un besoin d’apprendre par soi-même. Cette surexcitabilité semble être fortement associée à la douance, bien que les surdoués soient également très représentés dans les hauts niveaux de surexcitabilité émotionnelle.
5. La surexcitabilité émotionnelle concerne les individus sensibles qui vivent des émotions intenses et prennent les choses à cœur. Ils sont empathiques et ressentent un fort besoin d’avoir des relations exclusives.

Les surexcitabilités sont intrinsèquement liées à l’individu : elles font partie de l’équipement d’origine et se manifestent dès le plus jeune âge. Elles façonnent la personnalité de l’individu et imprègnent totalement les pensées et comportements. Afin de mieux comprendre ce que cela implique, on peut faire une analogie avec la télévision : la majeure partie des individus ne capteraient qu’une dizaine de chaînes, alors que certains seraient équipés d’une large sélection de chaînes du câble, voire d’une parabole satellite et de haute définition. Ces personnes reçoivent et répondent à des signaux que les autres ne peuvent même pas concevoir ou seulement imaginer qu’ils puissent exister. Il est déjà difficile de suivre plusieurs stations, alors il est facile d’imaginer qu’une personne puisse être submergée en essayant de suivre les centaines de signaux émis par une parabole satellite. Mais cette analogie à une limite puisqu’autant on peut décider de s’équiper du câble ou du satellite si on ne les possède pas, autant il est impossible d’en faire de même avec les surexcitabilités. Ce sont des dispositions innées.
Ceux qui naissent avec réagissent à des stimuli plus faibles que les autres, de manière plus intense. Leur seuil de réaction est situé plus bas, ce qui explique qu’ils puissent réagir fortement à ce que d’autres considèrent comme des non-évènements.
Il est difficile de trouver des individus montrant des signes évidents des cinq surexcitabilités. De même, les signes de surexcitabilité sont plus ou moins apparents. Certains individus se protègent et tentent de cacher leur extrême sensibilité, donnant l’impression d’être insensibles, impassibles ou indifférents aux signaux sociaux. Il faut garder à l’esprit, que bien que l’intensité et la sensibilité caractérisent le développement émotionnel de ces individus, la manière dont cela s’exprime peut différer de manière significative. Les personnes présentant un QI similaire ont des intérêts, une personnalité, des capacités et tempérament différents.
Les adultes confrontés à des enfants présentant un haut degré de sensibilité peinent à trouver une réponse adaptée pour les aider. Et cette intensité ne disparaît pas avec l’enfance, elle imprègne la vie de l’individu dans son intégralité. Conscients à la fois de leur environnement physique et émotionnel, ces enfants tendent à percevoir les choses de manière plus intense, plus sensible, et sont enclins à expérimenter des émotions extrêmes, aussi bien l’exubérance que le désespoir. Il est nécessaire de prendre en compte ces spécificités, cette intensité, pour contribuer à nourrir cette authenticité : les enfants doivent être guidés afin d’exprimer et libérer cette intensité, cette énergie, de manière sécurisée et gratifiante. On demande trop souvent à ces enfants d’écraser, de faire taire, les manifestations de leurs surexcitabilités, ce qui est dommageable pour l’enfant.
Les enfants surdoués sont chargés en besoin émotionnels aussi bien qu’en besoins intellectuels, ce qui nécessite une adaptation constante. Il existe des méthodes afin de moduler les expressions de ces surexcitabilités.
Quoiqu’il en soit, les surexcitabilités ne sont aucunement des pathologies qui nécessiteraient un traitement ou une thérapie.




Forme et expressions des surexcitabilités

PSYCHOMOTRICE
Surplus d’énergie
Discours rapide, excitation marquée, activité physique intense, goût pour l’action, pour la compétitivité
Expression d’une tension émotionnelle
Parole ininterrompue et bavardage, actions impulsives, habitudes nerveuses (tics, ongles rongés), zèle, action.

SENSUELLE
Perception sensorielle et plaisir esthétique
Voir, sentir, goûter, toucher, entendre, se délecter de la beauté des objets, des sons des mots, de la musique, des formes, des couleurs, de l’équilibre.
Expression sensuelle et tension émotionnelle
Refuge dans la nourriture, compensation par le sexe, achats compulsifs, désir d’être sous les feux de la rampe.

INTELLECTUELLE
Activité intense de l’esprit
Curiosité, concentration, capacité à soutenir un effort intellectuel, avidité pour la lecture, observation minutieuse, mémorisation des détails visuels, planification détaillée.
Penchant pour examiner les questions et résoudre les problèmes
Recherche de vérité et de compréhension, goût pour former de nouveaux concepts, ténacité à résoudre des problèmes.
Pensée réflective
Penser la pensée, amour de la théorie et de l’analyse, préoccupations relatives à la logique, à la morale, introspection (mais sans auto-jugement), intégration conceptuelle et intuitive, indépendance de la pensée.

IMAGINATIVE
Libre jeu de l’imagination
Utilisation fréquente de l’image et de la métaphore, facilités pour l’invention et la fantaisie, facilités pour visualiser des choses détaillées, perception poétique et dramatique, pensée animiste et magique.
Capacité à habiter un monde fantastique
Prédilection pour la magie et les contes de fées, création de mondes propres, de compagnons imaginaires, dramatisation.
Imagerie spontanée comme expression de tensions émotionnelles
Imagerie animiste, mêlant vérité et fiction, rêves élaborés, illusions.
Faible tolérance à l’ennui
Besoin de nouveauté et de variété

EMOTIONNELLE
Sentiments et émotions intensifiés
Sentiments positifs et négatifs, émotions extrêmes, complexité des émotions et sentiments, identification avec les sentiments des autres, conscience d’un large éventail de sentiments.
Fortes expressions somatiques
Tensions stomacales, cœur lourd, qui bat la chamade, rougissements, paumes moites.
Fortes expressions affectives
Inhibition (timidité, sauvagerie), enthousiasme, extase, euphorie, fierté, forte mémoire affective, honte, sentiments d’irréalité, peurs et anxiétés, sentiments de culpabilité, préoccupation pour la mort, humeur dépressive et suicidaire.
Capacité à créer des liens forts, de profondes relations
Forts liens émotionnelles et attachements aux personnes, aux êtres vivants, aux lieux, aux animaux, difficultés à s’ajuster à de nouveaux environnements, compassion, considération pour les autres, sensibilité dans les relations à l’autre, solitude.
Sentiments envers soi bien différenciés
Dialogue intérieur et auto-jugement.

Surexcitabilité psychomotrice : 
La surexcitabilité psychomotrice est significativement corrélée à une haute intelligence. Les enfants surdoués exhibent, de façon caractéristique, un niveau élevé d’énergie qui peut s’exprimer de diverses manières : besoin de sommeil moins important, langage compulsif, corps qui accompagne le langage, qui est toujours en mouvement, etc.
Il est nécessaire, pour les parents et enseignants, de prendre en compte cette spécificité, d’autant que la surexcitabilité psychomotrice n’implique pas automatiquement des capacités physiques, mais d’avantage un besoin d’activités physiques intenses. Ce qui implique que le sport ne constituera pas forcément la voie adéquate pour libérer son énergie. Il est également à noter que beaucoup d’enfants surdoués préfèreront pratiquer un sport individuel. Quoiqu’il en soit, une activité physique est nécessaire afin que l’enfant puisse libérer son énergie physique.
Pour certains, la surexcitabilité psychomotrice constitue une expression extérieure de tensions émotionnelles internes. Dans ce cas, il est d’autant plus difficile pour un enfant de rester assis sans bouger pendant de longues périodes, n’ayant pas de moyen d’évacuer cette tension intérieure. Il est possible de laisser ses enfants bouger, dans la mesure où ils ne dérangent pas les autres. Plutôt que de combattre ce besoin, il est plus adapté d’aménager des périodes pendant lesquelles l’enfant peut bouger : il n’a pas besoin d’être assis pour lire par exemple. Les arts martiaux, la relaxation, sont autant de médiums permettant à l’enfant d’apprendre à gérer son corps, à se concentrer sur l’action en cours.
La surexcitabilité psychomotrice se manifeste très souvent dans la rapidité du langage. Il est utile d’aménager des temps de parole pour l’enfant, de lui apprendre à noter ses questions et idées intéressantes plutôt que d’interrompre l’enseignant, etc. L’enfant doit apprendre aussi à respecter les besoins et limites des autres tout en ayant conscience de sa formidable énergie.

Sensuelle : 
La surexcitabilité sensuelle apporte de fortes expériences relatives à la vue, au sentir, au toucher, au goût et à l’audition. La recherche et la réception de plaisir des sens conduit également à d’intenses irritations et frustrations lors de surcharges sensorielles. Les senteurs et saveurs sont plus prononcées. Les sons sont plus profonds et plus distincts.
Ceux qui ont une surexcitabilité sensuelle ont une forte conscience sensorielle et, souvent, un sens de l’esthétique plus marqué. Les sens ne sont pas forcément plus performants, c’est le degré de conscience qu’en a l’individu qui varie. On pourrait parler d’hyper-conscience des sens.
Certaines personnes extrêmement sensitives voient le monde à travers un filtre, et voient ce que d’autres ne peuvent même pas imaginer. Ils peuvent ainsi être captivés par la beauté d’une gouttelette d’huile flottant et tourbillonnant dans une flaque d’eau. La vue d’un coucher de soleil sur l’eau peut leur tirer les larmes des yeux et les maintenir sensuellement captivés jusqu’à la disparition du dernier rayon de soleil derrière l’horizon.
Quelques personnes aiment la couleur comme si c’était une entité propre et expérimentent la gamme de la palette de couleur comme si elles pouvaient véritablement l’entendre, la ressentir aussi bien que la sentir olfactivement.
Odeurs et arômes peuvent causer de profondes connexions émotionnelles, comme l’arôme du pain frais. Inversement, certaines odeurs peuvent provoquer d’intenses réactions négatives, telle l’odeur des œufs durs.
Certains surdoués ont besoin de certaines musiques comme d’autres ont besoin de certains aliments, écoutant certains morceaux jusqu’à en connaître chaque note. Certains peuvent trouver un réel réconfort dans le son des vagues, des oiseaux, du bruit dans les arbres. Quelques sons, cependant, sont insoutenables, comme le vacarme d’un centre commercial. Les personnes présentant une surexcitabilité sensuelle peuvent rencontrer des difficultés à filtrer les bruits de fond et peuvent être aussi bien conscients d’un train dans le lointain que de la voix sortant de la radio à côté d’eux.
Une forte conscience de la sensation de toucher semble prédominer chez les individus dotés d’une forte surexcitabilité sensuelle. Les étiquettes des vêtements doivent être coupées, les chaussettes retournées pour que la couture n’irrite pas le pied, les élastiques aux poignets et chevilles sont une entrave intolérable.
Ces mêmes personnes choisissent une manière sensuelle d’exprimer leur tension émotionnelle. Si elles sont tristes, elles peuvent se consoler en mangeant ou choisir un autre plaisir sensorielle pour se réconforter, comme caresser un chat. Les enfants peuvent rester longtemps attachés à leur peluche ou à une couverture, prolongeant le contact avec la douceur et le côté douillet.
Les surexcitabilités sensuelle et émotionnelle se combinent souvent et offrent à l’individu une expérience plus riche et plus significative. Dans le cadre d’une relation intime, les éléments sensuels et émotionnels se mêlent très souvent.
Pour les personnes dotées de surexcitabilité sensuelle, toutes ces perceptions sont réelles.

Intellectuelle : 
La surexcitabilité intellectuelle est la caractéristique la plus souvent associée à la douance. Mais si l’intelligence constitue l’habileté à résoudre des problèmes, la surexcitabilité exprime la passion de le faire. Lors de la rencontre des énergies mentales et émotionnelles, l’esprit fournit le pouvoir de concentration intellectuelle pendant que l’énergie émotionnelle procure l’intérêt et la passion nécessaires.
Les individus dotés de surexcitabilité intellectuelle font preuve d’une insatiable curiosité, d’un appétit vorace et de fortes capacités pour tout ce qui touche à l’effort et à la stimulation intellectuels. Inévitablement, la réponse est toujours positive quand on demande aux parents si leurs enfants dotés de surexcitabilité intellectuelle lisent en cachette dans leur lit.
Un professeur limitait le nombre de questions qu’avaient le droit de poser ses élèves. Dans un cas pareil, un enfant surdoué trouvera le moyen de poser des questions de façon à y intégrer de nombreuses données, condensant ses multiples questions en quelques items qui reflèteront une forte pensée critique.
La rêverie constitue, pour les enfants comme pour les adultes, un moyen d’utiliser son imagination pour alimenter cet appétit vorace de stimulation intellectuelle. La question « et si ? » résonne inlassablement dans leur tête. Cela n’empêche en aucun cas l’individu de rester conscient des conversations qui ont lieu en parallèle, du déroulé du cours.
Les enfants surdoués connaîtraient 35 à 50% du programme de l’année à venir. Cela s’explique par une capacité à absorber toute information, aussi bien en écoutant les conversations des adultes qu’à travers différentes formes de médias. Il est nécessaire de maintenir leurs capacités cognitives en leur offrant de nouvelles connaissances.
Leur tendance au perfectionnisme doit également être prise en compte, aussi bien en ce qui concerne les aspects positifs que les aspects négatifs. Le fait de conceptualiser parfaitement ce qui doit être peut pousser à l’excellence, ou à une intense frustration. Les erreurs permettent d’apprendre, de s’améliorer, et une technique nécessite d’être répétée de nombreuses fois avant d’être maîtrisée.
Pour les individus surdoués, leur intelligence peut devenir une zone de confort servant de support à l’émergence de leur identité, de leur personnalité. Mais les enfants surdoués peuvent aussi servir de faire-valoir aux parents, qui leur enseigneront que leur valeur tient à leur réussite scolaire…

Imaginative : 
Avec l’imagination, tout est possible, c’est la clé de la créativité. Les personnes dotées de surexcitabilité imaginative sont intimement liées à tout ce qui tient à la fantaisie et sont moins contraintes par des notions relatives au monde concret. Un univers magique, sans limites, s’ouvre à la moindre occasion. L’imagination permet aussi bien de créer des contes de fées, des histoires futuristes, de la poésie, des structures faites de pâtes ou de mousse à raser. Les compagnons imaginaires sont fréquents. Les mondes imaginaires, s’ils sont en règle générale bien distincts de la réalité, peuvent dans certains cas transpirer sur le monde réel : fées, gnomes, anges ou autres créatures peuvent sembler réelles, et pas seulement pour les enfants.
Un enfant qui raconte ce qui se passe dans son monde imaginaire est un enfant qui se sent en confiance, il faut respecter ces expériences, lui permettre de créer. L’imagination est en endroit sûr pour tester de nouvelles expériences et anticiper les conséquences. Lorsque l’imagination est encensée, la créativité fleurit et peut profiter à tous.

Émotionnelle : 
Parmi les cinq surexcitabilités identifiées par Dabrowski, ces sont les surexcitabilités émotionnelles qui sont les plus documentées. Les sentiments intenses se manifestent de manière complexe, extrême, positive et négative. Les individus concernés semblent dotés d’antennes à émotions. C’est comme si tout se passait à l’intérieur d’eux-mêmes et qu’ils le sentaient.
Une telle dotation est perçue comme inadaptée, comme une interférence, dans une vie qui se veut productive, rationnelle. Pour Dabrowski, la surexcitabilité émotionnelle constitue l’aspect le plus important du développement humain. Les émotions permettent à l’individu d’entrer en contact avec lui-même, avec ses propres besoins, aussi bien qu’à le connecter au monde, à l’humanité.
Ces émotions intenses, profondes et variées, chargent l’individu de sentiments qui font s’accumuler peurs et anxiétés, au sujet de la mort, de l’amour, de la solitude, de la compassion, et d’une insoutenable lucidité envers soi-même. Les personnes exultent de joie et d’affection, connaissent de grandes tristesses, et une compassion incluant aussi bien l’extase que le désespoir. Quand elles sont heureuses, elles irradient littéralement de joie. Quand elles sont tristes ou déçues, le monde semble reposer sur leurs épaules.
Les sentiments peuvent être complexes et ambivalents. Les individus peuvent expérimenter de manière simultanée un large éventail de réactions contradictoires. Les sentiments des autres tendent à être absorbés et renvoyés.
La surexcitabilité émotionnelle peut avoir des répercussions somatiques, comme une difficulté à trouver le mot juste pour exprimer des sentiments, ou la présence de symptômes physiques. Les individus dotés de cette sensibilité perçoivent clairement le langage du corps et notent les inadéquations entre ce que le corps dit et ce que la personne verbalise. L’individu se retrouve confus, voire en situation de stress, ne sachant comment se positionner face à cette dichotomie.
Lorsqu’on est confronté à des personnes dotées de surexcitabilité émotionnelle, il est donc important de les écouter totalement, avec le corps et l’esprit. Les enfants ont besoin de confiance, de sécurité, d’estime de soi, pour exprimer ce qu’ils ressentent et trouver l’adéquation entre ce qu’ils sentent et ce qu’ils connaissent. Il est d’autant plus important d’écouter les enfants surdoués qu’ils tendent à se replier sur eux-mêmes afin de se protéger de leurs sentiments les plus vulnérables.


Vivre avec intensité :

Les individus présentant des surexcitabilités reçoivent, depuis leur enfance, des critiques vis-à-vis de leur perception trop intense des choses, de leurs sentiments trop exacerbés, sans jamais vraiment appréhender les raisons pour lesquelles ces autres ne comprennent pas qui ils sont, comment ils pensent, et comment ils perçoivent le monde.
On distingue deux manières de vivre cette intensité. Il y a tout d’abord la catégorie des individus dont l’intensité imprègne leur vie à un degré tel qu’ils sont souvent récompensés par de fortes expériences, par de grandes satisfactions, par la joie. Les avantages de ressentir tous les sentiments intensément sont que les hauteurs paraissent plus hautes, plus béates, et en contrepartie, les profondeurs sont plus sombres. Les individus s’immergent totalement dans ce qu’ils font, ne réalisant jamais les choses de façon superficielle. Ils vivent pleinement ce qui leur arrive.
De l’autre côté, il y a ceux qui vivent une vie de désespoir tranquille. Ils dissimulent ce qu’ils sont – sachant à quel point ils sont différents des autres – piétinant en attendant le temps où ils pourront être eux-mêmes dans des lieux où ils se sentiront en sécurité.
Certains individus surdoués semblent ainsi naviguer en eaux calmes, profitant joyeusement des opportunités qui s’offrent à eux, alors que d’autres bataillent dans les tempêtes et les eaux troubles, à tel point qu’ils semblent battus de part et d’autres.
Les surexcitabilités constituent seulement l’équipement d’origine, le premier facteur. Il est nécessaire de prendre en compte les deux autres facteurs – l’environnement et le dynamisme – afin de comprendre comment les surexcitabilités influencent la personnalité de l’individu.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Lun 28 Oct 2013 20:43

Je n'ai pas trouvé grand chose d'autre sur les surexcitabilités sensuelles, mais il me reste des tonnes d'articles à compulser, je ne désespère pas. Les 5 et 6 novembre, j'irai consulter les ouvrages en français de Dabrowski, donc il risque d'y avoir de l'édition ensuite au niveau de la terminologie (c'est aussi pour cela que j'y vais!).

Je trouve particulièrement intéressant de voir ce que peuvent donner les différentes combinaisons de surexcitabilités, comment elles s'entretiennent tout en proposant une vision de la douance beaucoup plus complète que ce que l'on peut en lire dans les ouvrages français.
Il y a une chose qui m'intrigue également, c'est le fait que la surexcitabilité intellectuelle, si elle se présente seule, ne puisse à elle seule attester de la douance. On rejoint un peu le principe du brillant bosseur de JSF. Cette première occurrence nous avait laissé assez dubitatifs, la retrouver chez d'autres spécialistes de la douance, est assez étonnant. Mais il est clair que si on ne se contente pas que du QI pour caractériser la douance, cela prend tout son sens. Avis à ceux qui penseraient que les tests de QI ne servent (plus) à rien: s'il peut y avoir surexcitabilité intellectuelle sans douance, il ne peut toutefois y avoir douance sans surexcitabilité intellectuelle.
Reste ensuite à déterminer de la meilleure façon de détecter les surexcitabilités, puisque même les spécialistes, qui bossent à longueur de journée avec des surdoués, disent avoir du mal à les détecter dans des cas de personnes qui se sont renfermées sur elles-mêmes. Les tests OEQ (la première version est faite de questions dont les réponses doivent être développées, la seconde version comporte des items "à niveau de ressenti") sont très intéressants de ce côté.
Ladyspace posait la question sur le topic relatif aux THQI, mais si certains de vous connaissent des psy utilisant les OEQ, je serai très intéressée d'avoir leurs coordonnées.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Miss dans la lune » Lun 28 Oct 2013 21:59

Zyghna a écrit:Il y a une chose qui m'intrigue également, c'est le fait que la surexcitabilité intellectuelle, si elle se présente seule, ne puisse à elle seule attester de la douance. On rejoint un peu le principe du brillant bosseur de JSF. Cette première occurrence nous avait laissé assez dubitatifs, la retrouver chez d'autres spécialistes de la douance, est assez étonnant. Mais il est clair que si on ne se contente pas que du QI pour caractériser la douance, cela prend tout son sens. Avis à ceux qui penseraient que les tests de QI ne servent (plus) à rien: s'il peut y avoir surexcitabilité intellectuelle sans douance, il ne peut toutefois y avoir douance sans surexcitabilité intellectuelle.

Je ne suis pas sûre de comprendre... cela voudrait-il dire qu'avec une surexcitabilité intellectuelle seule, on pourrait avoir un QI supérieur à 130 par exemple, sans être finalement, ce que l'on appelle "surdoué", si d'autres surexcitabilités (notamment émotionnelle), ne sont pas associées?
Peut on dire que les test WAIS et WISC ne testent que la surexitabilité intellectuelle? (ce qui ferait d'un bon nombre d'entre nous des faux positifs...).
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Lun 28 Oct 2013 22:41

C'est tout l'intérêt de passer les tests avec un psy justement, puisque ce dernier ne prend pas en compte uniquement les résultats. Cela explique également que des personnes qui ont un résultat limite soient qualifiées de surdoués et que d'autres non.
Par contre, autant on peut encore admettre avoir des brillants bosseurs dans les alentours de 130 de Qi, autant au-delà, on entre dans un fonctionnement cérébral tout à fait différent et je ne pense pas que le problème se pose encore.

Les tests WAIS et WISC mesurent surtout la surexcitabilité intellectuelle, mais on retrouve des éléments pouvant faire ressortir les autres surexcitabilités si on sait où regarder ( si nos amis psy peuvent développer cela...).

Après, je n'ai pas creusé cette piste, il en est juste fait mention dans le bouquin dont je tire le précédent article. Après, la question qui se pose est de savoir si dans ce cas la surexcitabilité intellectuelle est isolée ou si les autres surexcitabilités sont juste camouflées.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar lady space » Mar 29 Oct 2013 10:50

Le problème avec la théorie de Dabrowski est qu'il ne se positionne jamais clairement par rapport à la douance. Il y a beaucoup d'éléments qui se recoupent avec la définition telle qu'on l'utilise en France, bien sûr, mais on risque de se planter en appliquant à une approche spécifique la terminologie qui émane d'une autre approche, aussi proches qu'elles puissent être. Dans ce contexte, il faut rappeler que Dabrowski s'intéressait surtout au potentiel de développement des individus.

À mon avis, il convient donc d'être prudent et de veiller à comparer ce qui est comparable.

Ceci dit, quand on part de l'idée que la douance relève d'un câblage différent (plus de connexions neuronales, vitesse de transmission plus élevée, plus grande interconnexion/collaboration entre les différentes parties du cerveau, etc.), je vois mal comment ce phénomène pourrait toucher uniquement la sphère intellectuelle d'un cerveau non endommagé.

Les travaux de Damasio (l'erreur de Descartes) montrent clairement que la raison ne peut pas fonctionner efficacement de manière isolée. Elle est, au contraire, connectée en permanence avec les différentes parties du cerveau, en amont et en aval; sans les stimuli sensoriels et émotionnels, la raison est stérile - pour faire un résumé ultra-court.

Dans cette optique, je suis tentée de penser que l'idée des hyper-excitabilités se combine bien avec la vision de Damasio et que, pour identifier la douance chez un individu, la présence d'une seul hyper-excitabilité demande à pousser plus loin les investigations du psy, histoire de voir celles qui auraient pu être refoulées, inhibées ou étouffées.

C'est ce que souligne Zyghna: le seul chiffre de QI n'est pas forcément suffisant pour valider l'hypothèse de la douance, les observations du professionnel quant à la manière de procéder et la façon d'être (ce qu'on peut également regrouper sous l'idée des hyper-excitabilités) de la personne doivent venir compléter le tableau. Après, il y a, bien sûr, autant de combinaisons possibles entre les degrés des différentes hyper-excitabilités qu'il y a d'individus, ce qui relativise un peu la crainte des cases et autres classifications que certains pourraient avoir.

Le test de QI mesure en effet l'hyper-excitabilité intellectuelle, et l'échelle de Wechsler semble malheureusement l'outil le plus couramment utilisé en France, si ce n'est le seul. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il n'a pas été conçu à cet effet, mais avant tout pour détecter des déficiences mentales. Et le manque de précision de cet instrument de mesure du côté droit de la courbe de Gauss est, à mon avis, à l'origine du phénomène des ainsi-nommés Brillants Bosseurs, si toutefois il existe vraiment. Comme l'explique Zyghna, il s'agit juste du revers de la médaille produite par la zone d'incertitude autour (mais plutôt juste en-dessous, si je suis mon intuition) du fameux seuil de 130, qui n'en est pas vraiment un, mais plutôt un jalon dans une continuité, un point d'orientation, rien de plus.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar *Za* » Mar 29 Oct 2013 15:44

En effet, ce sont deux points de vue tout à fait différents (diagnostic, donc une vision transversale de la population, versus potentiel de développement qui appelle une vision longitudinale de l'individu lui-même), mais ô joie, ils me semblent tout à fait complémentaires et la théorie de Dabrowski à l'air en cohérence avec les apports récents de la neurologie, pour ce que j'ai pu en découvrir.
C'est donc une approche qui mériterait sûrement d'être plus diffusée... on gagne toujours à multiplier les points de vue.

Offtopic :
lady space a écrit:Et le manque de précision de cet instrument de mesure du côté droit de la courbe de Gauss est, à mon avis, à l'origine du phénomène des ainsi-nommés Brillants Bosseurs, si toutefois il existe vraiment. Comme l'explique Zyghna, il s'agit juste du revers de la médaille produite par la zone d'incertitude autour (mais plutôt juste en-dessous, si je suis mon intuition) du fameux seuil de 130, qui n'en est pas vraiment un, mais plutôt un jalon dans une continuité, un point d'orientation, rien de plus.
Bah le diagnostic différentiel du Brillant Bosseur doit être facile à faire puisque comme le montrent les sondages d'AS le surdoué est un fumiste par essence :mrgreen: !
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Mar 29 Oct 2013 21:36

Effectivement Dabrowski ne se positionne pas par rapport à la douance, et finalement c'est aussi ce qui fait son intérêt: ne pas se restreindre à une classe de population. Je n'ai pas encore vu fait mention de douance dans les extraits de ses écrits, mais j'ai surtout lu les article de ses "élèves". Dabrowski considère que l'intelligence est soumise à l'émotion - les joies d'avoir vu les horreurs des guerres menées par des hommes intelligents et d'avoir suivi quelques psychopathes - et que s'intéresser à la seule intelligence ne sert à rien. Damasio se pose en effet dans la même ligne, même si je n'ai pas souvenir de le voir aborder cette notion d'intensité, d'hyperstimulabilité (mais mes lectures commencent à dater).

Dabrowski ne se positionne sans doute pas clairement par rapport à la douance, mais il a laissé ses élèves le faire. Le travail sur les surexcitabilités est autant le sien que celui de Piechowski: Dabrowski a élaboré la théorie, Piechowski a trouvé une catégorie de population particulièrement concernée, les surdoués. De fait, on peut largement utiliser la sémantique dabrowskienne pour parler de la douance, vu qu'elle découle directement des recherches menées par ses élèves.
Par contre, il faut garder en permanence à l'esprit que la dotation génétique ne constitue que le premier facteur de développement. Les successeurs de Dabrowski ont mis en place des écoles, des formations, afin d'aider les surdoués à ne pas être freinés par le 2nd facteur, l'environnement, et à enclencher le 3ème facteur, à savoir le dynamisme.

Avoir conscience de ses propres surexcitabilités permet de mieux comprendre son propre fonctionnement, et donc de s'affranchir de l'environnement en gagnant en authenticité. L'énergie fournie par les surexcitabilités constitue le 3ème facteur.
Reste que les surexcitabilités ne sont pas réservées aux seuls surdoués, même si elles semblent plus présentes, tant en quantité qu'en intensité chez les surdoués.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Ven 20 Déc 2013 14:49

Les sentiments négatifs comme marqueurs de désintégration.


Article tiré de : Kazimierz DABROWSKI. – La désintégration positive. Problèmes choisis. Académie polonaise des sciences. Centre scientifique à Paris, fasc. 48, Varsovie, 1964, 64 p.


Dans sa théorie de la désintégration positive, Kazimierz Dabrowski insiste sur l’importance de s’intéresser de près aux sentiments négatifs, qui constituent des marqueurs du processus de désintégration.
L’inquiétude, la honte, le mécontentement de soi, la culpabilité ou encore le sentiment d’infériorité ne doivent pas être traités, minimisés ou éradiqués. Ils doivent être considérés comme des symptômes d’une dissolution des valeurs antérieures, des tremplins vers une possible intégration à un niveau supérieur. En faire abstraction ou les étouffer revient à freiner l’individu dans son évolution intérieure au risque de l’enfermer dans un processus de désintégration dont il ne parviendra pas à s’extraire, avec de graves conséquences psychologiques et physiologiques.
L’individu doit apprendre à considérer ces sentiments et émotions dits négatifs avec bienveillance dans la mesure où ils lui indiquent un décalage entre son comportement actuel et son idéal à atteindre, même s’il n’a pas encore conscience de ses valeurs personnelles. Les sentiments de faute, de honte et de culpabilité se manifestent lorsque l’individu évolue dans un niveau inférieur : il sait qu’il peut mieux faire, qu’il veut mieux faire, mais n’y arrive pas encore ou seulement de temps à autres. Il n’y a qu’en acceptant et en écoutant ces dissonances que l’individu pourra ajuster ses comportements pour atteindre un état d’harmonie intérieure, pour que ce qui est devienne ce qui doit être.

Inquiétude : Le sentiment d’inquiétude est essentiel dans le développement de l’individu. Elle constitue pour le développement émotionnel un élément aussi important qu’est l’étonnement dans les activités intellectuelles. L’inquiétude constitue un avertissement que les activités mentales suivent une voie défectueuse, que les réactions aux stimulants du milieu extérieur sont inappropriées, mettant en péril le niveau supérieur déjà atteint.
Les personnes qui ne sont mues que par l’action primitive de l’instinct de conservation ne sont pas concernées par ce sentiment puisqu’elles sont entièrement modelées par l’environnement extérieur.
« Éveiller l’inquiétude en pédagogie, c’est évoquer une attitude pro et rétrospective avec une sensibilité accrue vis-à-vis d’une quantité d’inconnu dans les stimulants, les réactions et effets qui ne sont pas à prévoir ». L’inquiétude indique un questionnement intérieur, et la perpétuelle remise en cause de ce qui est. Elle est omniprésente dans les autres sentiments marqueurs de désintégration.

Honte : Pour Dabrowski, la honte doit être considérée comme un symptôme d’une désintégration plutôt à niveau unique. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une « inquiétude concernant l’harmonie entre les ressources morales de l’individu, et leurs manifestations ». L’individu n’a pas agit en fonction des valeurs morales. Toutefois, la honte est l’expression d’une attitude susceptible au jugement du monde extérieur, et concerne donc davantage les individus évoluant dans les niveaux II et III.

Mécontentement de soi : Oscillant entre la honte et la culpabilité, le mécontentement de soi indique l’existence d’un processus caractérisant ce qui est le « moi » et ce qui est le « non-moi » dans le milieu intérieur. C’est l’expression d’un processus grandissant de désintégration à couches multiples.

Sentiment de culpabilité : La culpabilité constitue « l’expression de l’inaccomplissement des exigences que s’était posé l’individu et des indices venant du centre directeur, qui tendait à la réalisation de l’idéal de la personnalité ». L’individu sait qu’il n’a pas agit conformément à ses propres valeurs. Contrairement à la honte qui implique de tenir compte du regard extérieur, des valeurs morales de la société ou du groupe, le sentiment de culpabilité est totalement intériorisé. C’est le non-respect des valeurs morales de l’individu qui le génère. L’individu se sent responsable de ses manquements.
« Ce sentiment apparaît et grandit souvent chez les individus à la structure fortement émotionnelle, ayant une susceptibilité morale et sociale, donc chez ceux qui possèdent une capacité distincte de développement positif et sont responsables de leurs actes ».
Le sentiment de culpabilité ne doit en aucun cas être négligé puisqu’il met en exergue la présence de valeurs morales propres à l’individu. Travailler sur ce sentiment permet à l’individu de mieux cerner ses aspirations, de savoir pourquoi il n’a pas réussi à agir comme il le souhaitait et ce qu’il doit faire pour y arriver. Cela crée une « tension créatrice qui forme la base du travail de l’auto-éducation ».

Sentiment d’infériorité : Le sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même. Il s’agit de « l’expression du processus de désintégration à niveaux multiples, du relâchement ou de la dissolution en couches multiples ». Il ne faut pas confondre ce sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même, marqueur de désintégration, et le sentiment d’infériorité par rapport au milieu extérieur, phénomène qui peut être permanent ou temporaire chez tous les hommes.
« Le sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même s’accuse, en règle, chez les individus capables d’un développement accéléré, dans les névroses et psychonévroses, mais n’apparaît pas dans la psychopathie ». Le sentiment d’infériorité par rapport au milieu extérieur s’associe d’habitude aux conflits avec ce milieu alors que le sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même, pour autant qu’il n’est pas maladif, « constitue un agent prophylactique par rapport au conflit extérieur » (un agent anti-conflit). « Le sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même est l’expression et le symptôme d’un développement intensif moral et culturel, le sentiment d’infériorité par rapport au milieu extérieur étant un symptôme commun et plutôt primitif. Le sentiment d’infériorité par rapport à l’entourage le plus souvent ne s’associe pas au relâchement ou à la dissolution du milieu interne, étant fréquemment lié à l’intégration de la structure à un niveau inférieur ».
Le sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même est intimement lié au dynamisme. Pour rappel, ce facteur constitue le principal dynamisme instrumental de la personne humaine en cours de développement, se plaçant toujours plus haut à mesure de la formation de celle-ci. « Ce dynamisme exprime une aversion de la personne pour elle-même à cause de certaines de ses particularités et une attitude d’affirmation approchant le sujet de son idéal ».
Lorsque le sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même s’associe au troisième facteur, les actions de choix, de négation et d’affirmation dans le milieu interne et externe sont intimement liées au sentiment d’infériorité vécu. « Le 3ème facteur applique constamment dans l’expérience vécue la comparaison de l’idéal individuel de la personne, de la structure du centre de disposition et de direction au niveau supérieur, au niveau de conduite dans la vie quotidienne ». Le sentiment de distance par rapport à l’idéal active le 3ème facteur. C’est en adaptant ses actions pour se conformer au centre de disposition et de direction supérieur que l’individu fait l’expérience de l’auto-éducation. Cette dernière suppose une « attitude dualiste vécue en soi-même, attitude d’une division constante de soi-même en objet et sujet, en ce qui hausse, élève et instruit, et en ce qui est haussé, élevé et instruit ». C’est le processus de l’objet-sujet en soi-même.
Le sentiment d’infériorité vis-à-vis de soi-même, lorsqu’il n’est pas maladif, a un rôle créateur considérable dans le développement de la personne. En faire fi revient à empêcher de générer le 3ème facteur qui permet à l’homme « de se rendre compte de ce qui est essentiel et durable de ce qui est secondaire et passager ou fortuit dans sa structure et dans sa conduite, ainsi que dans l’influence du milieu extérieur ; il tâche de collaborer avec les forces qui agissent en faveur du développement de sa personne et d’éliminer tout ce qui lui nuit ».



Kazimierz Dabrowski offre, à travers sa théorie de la désintégration positive, une vision beaucoup plus nuancée de ce que l’on considère trop souvent comme des sentiments négatifs, voire maladifs. « Le rangement global des états nerveux, névroses et psychonévroses au rang de maladies est le résultat d’un point de vue unilatéral, basé sur une analyse des processus névrotiques les plus lourds, se manifestant auprès des personnes qui n’ont pas réussi à les résoudre de façon positive elles-mêmes ». Ce sont des processus complexes bien loin de la clarté schématique qu’on leur prête habituellement.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur ces sentiments que l’individu peut évoluer, et loin de les bannir ou de les nier, il doit s’en servir pour s’auto-éduquer, pour ajuster ses comportements à ses valeurs.
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Hoppy » Ven 20 Déc 2013 21:47

Merci Zyghna pour ton travail de fourmis, on a vraiment de la chance quand même!
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar Zyghna » Dim 22 Déc 2013 20:51

De rien Hoppy! Cela me sert autant qu'à vous, et je dois dire que j'ai énormément avancé sur mon chemin personnel en lisant, digérant et intégrant la pensée de Dabrowski. Alors forcément, j'ai envie de vous la transmettre et j'essaie d'orienter les articles en fonction des questions qui reviennent fréquemment sur le forum (comme les problèmes de sinusoïdes des surdoués sur lesquels je reviendrai sous peu).
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Re: Théorie de la Désintégration Positive - Dabrowski

Messagepar melanie17 » Dim 22 Déc 2013 22:18

Zyghna, je n'ose même pas imaginer le temps que tu as passé pour nous synthétiser tout cela. Je découvre. C'est très intéressant. Merci !!

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