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Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...

Modérateur: W4x

Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar sanders » Dim 15 Jan 2017 00:30

Merci Grabote pour ce sujet et pour la découverte du Dr Salmona.


Oui la question du signalement est délicate, peurs, risque de mal évaluer, de se tromper ...
Pourtant signaler veut juste dire qu'on a observé des trucs qui nous semblent mettre en danger la personne qu'on accompagne ou qu'on côtoie, l'évaluation effective du risque de danger se faisant par d'autres personnes. Cette démarche nécessite de prendre du recul et d'accepter que d'autres qui sont "étrangers" à la situation prennent le relai et la décision.
C'est difficile parfois d'accepter de ne pas être celle ou celui qui évalue le risque car on peut bien connaître les personnes et quelque part on a évalué quelque chose pour en arriver à signaler. Cela demande de prendre un risque, celui de signaler, qui va impacter d'autres sans savoir toujours si les conséquences permettront du mieux, une mise en sécurité ou autre.

Cela permet pourtant une certaine ouverture sur l'extérieur, d'autres que soi (ou qu'une équipe) vont pouvoir observer, questionner, d'autres qui ne sont pas liés à une histoire, qui ne sont pas pris dans une relation affective (affectivité positive vis à vis d'une victime potentielle mais aussi négative vis à vis d'un entourage possiblement maltraitant).

Avec les années de pratique, on se rend compte aussi que le signalement aboutit rarement à des suites et on peut finir par se dire "à quoi bon ?".




Pour en revenir à la question de la mémoire qui a été évoquée plus haut et notamment à celle de la mémoire traumatique, je voudrais mentionner ici les "faux souvenirs", des erreurs possibles. Boris Cyrulnick en parle beaucoup lorsqu'il décrit ce qui lui est arrivé durant la seconde guerre mondiale. Il explique qu'une partie de ses souvenirs est erronée, preuve factuelle à l'appui. Il explique que même en ayant une version plus proche de la réalité, ses souvenirs demeurent inchangés (l'escalier de la grande mosquée est immense dans sa mémoire et le reste alors qu'il a devant les yeux le dit escalier de taille modeste. l'infirmière reste blonde alors qu'il voit une photo d'elle, très brune).

EDIT quelques heures plus tard : j'ai retrouvé ce que j'avais écrit de Boris Cyrulnick ailleurs sur le forum.
sanders 2015 a écrit:La question de la mémoire recomposée est étudiée en neurosciences. C'est un sujet passionnant et délicat à traiter. Boris Cyrulnick en parle pas mal dans ses bouquins.
Deux sources : Je me souviens (dont je recommande la lecture)… publié en 2009 et Sauve-toi la vie t'appelle qui date de 2012, de Boris Cyrulnick.

Ceci est sa vision des choses, certains chercheurs en ont une autre. Parmi eux (notamment aux États-Unis où des procès pour abus sont controversés) il y a des voix qui mettent en doute la mémoire ancienne et parlent même de faux souvenirs induits notamment en thérapie.
Je n'ai pas exploré très profondément cette piste. C'est difficile de mesurer la véracité des dires lorsqu'il n'y a que la parole de la ou des victimes et pas de témoins ou d'archives (comme en cas de guerre par exemple ou d'abus sur plusieurs personnes ou de témoins qui peuvent appuyer les souvenirs). Je suis preneuse d'études sérieuses à ce sujet des faux souvenirs induits.

Quand il parle de la mémoire traumatique, Boris Cyrulnick parle d'abord de la sienne. Il en parle aussi en s'appuyant sur les très nombreux témoignages qu'il a recueillis durant des années : enfants de la guerre, survivants des tortures, personnes âgées qui se souviennent de l'enferment, de la disparition d'êtres proches ...
Il a passé ses souvenirs d’enfant au crible de la mémoire de proches, de témoins, d'archives. Il l'a fait longtemps après et a cherché à comprendre comment ses souvenirs avaient pu pour certains être si précis, pour d'autres si flous, comment il avait pu par contre oublier des évènements qui aujourd’hui lui paraissent pourtant signifiants et comment il avait pu se souvenir de détails faux.

Boris Cyrulnick est neuropsychiatre, écrivain, époux, père, grand-père. Il est aussi Jean Bordes, un petit garçon dont les parents ont disparu et qui doit changer de nom parce qu'il est juif, en 1943, à Bordeaux. Ballotté de maisons en instituts, de familles d'accueil en familles de substitution, arrêté par les allemands, évadé grâce à son ingéniosité, traversant la guerre à l'âge où les enfants vont à l'école, jouent, rêvent, s'ennuient, il se souvient.

Il va, adulte, tenter de comprendre comment il s'en est sorti et utiliser le mot de résilience pour nommer les processus d'adaptation qui permettent à des enfants, des adultes, de se relever après un traumatisme. Edgar Morin a dit de lui : La résilience selon Cyrulnick, c'est un refus de la résignation à la fatalité du malheur.


Pour Boris Cyrulnick, la mémoire traumatique a certaines particularités :
- Elle est faite d'images et de mots très précis autour desquels la personne traumatisée arrange le passé pour apporter de la cohérence au traumatisme et aux émotions qu'il a fait naître et ces dernières seront oubliées.
Les souvenir (la représentation du passé) transforment l'évènement, afin de le supporter, en une chimère qui peut mêler des scènes d'autres époques de la vie de la personne ou de la vie de proches (frères, sœurs, cousins, ...). Cette histoire est une chimère pas un mensonge, c'est la cohérence face au chaos qui est ici recherchée.

Dans la chimère, toutes les parties sont vraies même si la chimère, elle, n'existe pas.

- La mémoire traumatique colore le présent du "survivant" qui continue à se défendre même quand il n'y a plus de raison de le faire. Chaque signal qui pourrait annoncer un danger renforce l'empreinte de ce qui s'est passé et confirme la nécessité de se tenir sur ses gardes. Il suffit alors de se taire et d'être vigilant pour être autorisé à vivre. Cette posture d'hypervigilance provoque des réactions qui altèrent la manière d'entrer en relation. Un mot, une image, suffisent à ranimer le souvenir qui ne peut être dit et monopolisent l'attention, rendant ainsi la personne indisponible à autrui à ce moment et créant un malaise dans l'échange.


Au moment du traumatisme, c'est le chaos, on se débat comme on peut. Après le traumatisme, une foultitude de scénarios sont possibles. Par exemple :

- Le trauma est énoncé, brut alors que l'entourage n'est pas prêt à entendre. C'est le malaise, le silence, la minimisation, le doute, le refus. Celle ou celui qui, collé au réel, ne peut que dire et redire est exclu, prisonnier d'une histoire, d'un passé qui devient plainte à laquelle il lui est de plus en plus difficile d'échapper.

- Le trauma ne peut être dit ni même pensé, tout est fait pour enfouir l'évènement afin de se remettre à vivre. Vivre sans ce qui s'est passé avec le retour parfois des fantômes qui hantent les rêves et teintent d'étrangeté les relations.

- Le trauma est raconté en symboles, à travers une œuvre, un engagement, de manière détournée. La lutte, la création vont permettre de maîtriser le souvenir ou de lui donner une forme acceptable pour autrui. La lutte contre la soumission, dans la création, contre le traumatisme.
Un sentiment de victoire contre le chaos peut naître ... même longtemps, même très longtemps, même une vie, après.



Lorsque le milieu est prêt à entendre, quand la personne peut verbaliser, la mémoire traumatique peut alors se dire. Elle peut se dire :
- Avec difficultés car il s'agit d'intégrer l'anormal dans la logique, l'impensable dans un récit, sans se laisser mettre à mal par les émotions qui pourraient resurgir et que la personne a tout fait pour mettre à distance afin de tenir, de continuer à vivre. Employer la troisième personne, parler comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre dont le narrateur est spectateur est alors courant.
Avec aussi le risque d'être bousculé par la maladroite ignorance, d'être minimisé dans ses propos ou de les voir détournés.

- Avec des erreurs inévitables dont il va falloir rendre compte, se justifier. Ces erreurs qui ne sont pas des mensonges mais qui faussent une partie du récit. Condensation des souvenirs, temps qui a passé et a façonné la mémoire avec l'engrangement d'autres expériences, d'autres récits. Raconter avec un corps, une raison, une compréhension, des émotions d'adulte ce qu'un enfant avec un cerveau et un cœur d'enfant ont vécu (et qui a été engrangé dans la mémoire à ce stade de l'enfance avec un regard et des mots d'enfant) est un exercice propice aux interprétations du narrateur.

Erreurs aussi de jugement sur ce que l'autre est en capacité d'entendre. Même si le milieu est devenu propice à dire, toutes les personnes ne sont pas prêtes pour autant à recevoir le récit d'un évènement impensable, terrible, difficile, traumatisant, parfois coloré de honte, de colère, de maladresse ou d'un détachement émotionnel qui le rend encore plus sidérant.


Pour finir, la mémoire du traumatisme peut engendrer la haine, la culpabilité, le déni ... elle peut amener à vouloir punir ou à essayer de pardonner. Elle peut aussi conduire à batailler non pas avec haine, non pas en tentant de trouver des excuses, mais en étant déterminé à tout faire pour comprendre afin de gagner un peu de liberté.
Fin de l'EDIT


Je voudrais brièvement raconter un épisode de mon histoire familiale.
Une partie de notre fratrie (deux frères et moi) a été séparée de nos parents durant une période de plusieurs mois lorsque j'avais huit ans et à plusieurs centaines de kilomètres. Nous avons été contraints,entre autres, d'accomplir certains travaux peu valorisés et non conformes à nos statuts d'enfants chez des membres de notre famille qui nous étaient inconnus auparavant, des étrangers pour nous. Ce fut une période difficile et elle a induit pas mal de conséquences plus ou moins fâcheuses.

Notre sœur la plus jeune (trois ans à cette période là) est restée avec nos parents, loin pendant longtemps.
Bien des années plus tard, elle racontait pourtant avec force détails ces même travaux qu'elle avait accompli à cette époque alors que d'une part cela aurait été impossible à l'âge de trois ans pour des questions de force motrice et que d'autre part ... elle n'était pas là ! Elle ne mentait pas, elle était persuadée d'avoir accompli ces tâches. Mémoire traumatique ou chronologique ? Mémoire remaniée en tout cas.
Pourquoi je raconte ça ?
Je trouve très intéressante la description de la mémoire traumatique que fait Muriel Salmona et qui donne un éclairage différent et bien moins "romancé " de celle faite par Boris Cyrulnick. Je trouve passionnante et éclairante surtout l'explication de la déconnexion de la mémoire traumatique, déconnexion rendue nécessaire par l'insuportabilité du souvenir traumatique. De même le mécanisme qui permet de se déconnecter et qui explique bien autant le comportement des victimes de violence que celui des auteurs de cette violence.

Quelque chose me gêne dans le ton péremptoire adopté (je trouve) par Madame Salmona . Par exemple lorsqu'elle affirme que les faux souvenirs n'existent pas et que cette théorie n'a aucune base scientifique. Or d'autres scientifiques (pas que Boris Cyrulnick) expliquent que cela est possible d'induire des faux souvenirs ou de s'en fabriquer par remaniement de notre mémoire.

Voici une conférence donnée en décembre 2012 par cinq intervenants qui expliquent pourquoi et comment cela est possible, Lionel Naccache (Neurologue), Patrick Boucheron (Historien), Jocelyn Benoist (Philosophe), Elizabeth Loftus (Docteure en Psychologie, Université de Californie) et israel Rosenfeld (Professeur de Neuroscience et d'histoire des idées à New York). Ils mettent en discussion les notions de réel, de représentations, de subjectivité, de temps.
Je n'ai pas tout accepté de cette conférence, certaines choses m'ont semblé "grossies", certains concepts sont trop complexes pour ma capacité de compréhension et certaines expériences m'ont révoltée. Pourtant avoir un autre point de vue, lui aussi circonstancié, me semble important.

Je comprends les conséquences parfois dramatiques pour des victimes de violence lorsque leurs souvenirs sont mis en doute. Je suis évidemment d'accord avec le fait que la possibilité de se tromper dans sa mémoire ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé. Mais les affirmations péremptoires même étayées me semblent participer du même mécanisme que ce qu'elles entendent combattre ... un truc comme ça. Mais peut-être que je me goure complètement en fait.

www.youtube.com Video from : www.youtube.com


Bref, tout cela est complexe et les affirmations catégoriques, quelles qu'elles soient et pour quelque raison que ce soit, font quelque part l'économie de cette complexité.

Je suis intéressée par le versant thérapeutique, lorsque la mémoire traumatique est inaccessible, ce qui arrive aussi.
Soit on s'en sort et on invente nous-mêmes un destin, soit on continue dans la spirale du déclin.Thanh Nghiem

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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Grabote » Dim 15 Jan 2017 11:15

Je plussoie à mon tour le commentaire et le développement de Sanders sur la mémoire.
J'ai lu aussi de nombreux ouvrages et articles qui montrent que la mémoire est en permanence en train de se remanier.
Je comprends la gêne devant le ton assuré du Dr Salmona et j'aimerais y apporter un petit éclairage.
Le Dr S. milite activement auprès des politiques pour faire reconnaitre la gravité des conséquences de la violence, pour leur faire comprendre qu'il s'agit d'un véritable problème de santé publique qui coûte très cher à la société et qu'en conséquence, il serait bon de se donner enfin les moyens pour faire changer les choses. C'est-à-dire, donner des moyens pour la recherche, pour la prise en charge des victimes, donc pour la formation des professionnelles de santé et de justice qui les accueillent, etc.
Quand on prend cette place de lobbyiste si on peut dire, il faut être convaincante, il faut être sure de soi, et donc oui, ça peut amener à
sanders a écrit:les affirmations catégoriques, quelles qu'elles soient et pour quelque raison que ce soit, font quelque part l'économie de cette complexité.


Bien que je le comprenne et le partage, il me semble un peu dommage et réducteur de terminer sur ce jugement.
Personne n'est parfait et nos engagements, à quelques niveaux que ce soit, produisent souvent des effets pervers et des biais cognitifs. ;)

Edit : merci ++ pour la conf

Edit 2 : en ce qui concerne le signalement, après avoir fait une recherche assez approfondie sur ce qui se passe après dans mon coin, qui intervient, comment, avec quelle formation, avec quels moyens ... j'en ai tiré la conclusion que les conditions n'étaient pas réunies pour apporter du mieux dans la situation dont je me sentais concernée.
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar sanders » Dim 15 Jan 2017 15:48

Grabote a écrit:
sanders a écrit:les affirmations catégoriques, quelles qu'elles soient et pour quelque raison que ce soit, font quelque part l'économie de cette complexité.


Bien que je le comprenne et le partage, il me semble un peu dommage et réducteur de terminer sur ce jugement.
Personne n'est parfait et nos engagements, à quelques niveaux que ce soit, produisent souvent des effets pervers et des biais cognitifs. ;)


Tout juste Grabote !

En une phrase, je fais exactement (sans m'en rendre compte) ce que je dénonce.
Soit on s'en sort et on invente nous-mêmes un destin, soit on continue dans la spirale du déclin.Thanh Nghiem

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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar bree » Lun 22 Mai 2017 20:33

Je viens au hasard de mes lectures de tomber sur ce sujet, je me permet donc une petite réponse avec quelques mois de retard...

Je vois que la question de signalement se pose, cela est légitime et fort complexe...
Grabote a écrit: Faire un signalement ok mais quelles en seront les conséquences ? :(

Il est effectivement indispensable, à mon sens, de se poser la question des conséquences, mais je pense qu'il est encore plus indispensable de signaler aux personnes compétentes des actes de violence.
Ne pas signaler, c'est laisser les enfants seuls face à une situation inacceptable. Quels recours ont les enfants pour s'en sortir? Comment se construisent-ils quand après avoir vécu des évènements traumatisants, ils se sentent en plus abandonnés de tous (enseignants, soignants, voisins, parents des camarades de classe...)?
Il me semble que faire un signalement, même si les prises en charges ne sont pas forcément à la hauteur de ce qui serait à faire, c'est dire à l'enfant: "cette situation n'est pas normale, tu n'es pas seul et on va (bien ou mal) t'accompagner".
.. et je suis convaincue que rien que ça, ça peut aider l'enfant.
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar W4x » Jeu 25 Mai 2017 13:32

Enfant ou non d'ailleurs, une personne subissant des violences physiques ou psychologiques est une personne en danger et isolée. Il faut bien sûr réfléchir aux conséquences mais la sortie de l'isolement est le premier pas indispensable de soutien aux victimes.
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Résilience et intégration

Messagepar Elisea » Dim 16 Juil 2017 11:56

Voici un article très complet sur les mécanismes de résilience et d'intégration des traumatismes :
http://www.maieusthesie.com/nouveautes/article/resilience.htm
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Grabote » Sam 22 Juil 2017 20:16

Merci Elisea pour ce lien. :ensoleillé:

Pourrais-tu en faire un résumé ou tout au moins nous dire ce qu'il t'a apporté ?
Par ici, on essaye d'éviter de balancer un lien "sec" comme ça et il me semble que cet article mérite particulièrement d'être un peu plus "présenté".
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Elisea » Mer 26 Juil 2017 22:47

J'ai trouvé cet article après quelques temps de recherche pour comprendre les mécanismes d'une modification biologique très profonde qui est intervenue chez moi récemment.
Je suspectais un syndrome de stress post-traumatique depuis le décès d'un de mes proches il y a quelques années. Le décès ne me paraissant pas être le traumatisme en lui-même mais un simple "révélateur", je suis remontée très loin dans mon histoire familiale jusqu'à avoir une totale clairvoyance sur les conséquences d'un évènement qui s'était produit deux générations avant la mienne.
Je ne pensais pas cela possible, mais il s'est opéré à un instant T une libération immédiate, une disparition instantanée de tensions internes extrêmes. Je tiens à manier mes ressentis avec prudence, mais cela fait maintenant deux mois que ma "chimie" interne évolue sur le mode d'un "après".
L'article que j'ai mis en ligne m'a énormément éclairée car je me suis retrouvée dans le profil de la stabilité temporaire faible, état de "survie" dans lequel je me suis trouvée pendant plusieurs années, et parce que j'y ai très clairement identifié le processus d'intégration de mon traumatisme. J'ai aussi bien ressenti la nuance entre la pulsion de survie et la pulsion de vie qui m'a portée jusqu'à la résolution de mon traumatisme.
Cet article est vraiment une mine d'or, dans le sens où c'est pour l'heure l'unique source que j'ai trouvé qui va au delà du concept de résilience, dans lequel j'avais peiné à me reconnaître.
J'aimerais cependant mettre en garde par rapport à la douleur extrême qui peut être ressentie lors du processus d'intégration, puisque clairement on se confronte à ce qui nous horrifie.
J'avais moi-même envisagé de me faire accompagner dans le cadre d'une thérapie EMDR. La différence semble résider dans le fait que j'ai eu besoin de comprendre les causes de mon traumatisme pour que cela produise un effet.
Une conférence sur l'EMDR qui m'a aidée dans mon processus pour ceux que ça pourrait intéresser : https://podcast.u-picardie.fr/download/ ... AEFE7F.mp4
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Aria » Sam 23 Sep 2017 16:09

Hello ! Je relance ce sujet parce qu'il me touche de près.
Il y a environ un an j'ai commencé à lire des témoignages d'enfants élevés par des narcissiques. Je lisais par curiosité mais les sentiments, les impressions, les conclusions que les commentaires décrivaient me correspondaient vraiment trop bien. Toutes des idées que je n'avais jamais lues nulle part, jamais vues abordées. De fil en aiguille je suis tombée sur le concept de CPTSD: syndrome de stress post-traumatique complet. Développé par Pete Walker, le CPTSD est une forme de PTSD qui se développe lorsqu'on est régulièrement mis en face d'une situation de stress émotionnel hyper chargée. Eventuellement on développe un PTSD: des éléments déclencheurs vont nous faire revivre la séquence d'émotions... Et les gens se retrouvent à tenter de gérer ça, soit en vivant en état de stress constant, soit en dissociant, en évitant les éléments déclencheurs, etc.

J'ai réalisé que c'était mon cas. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé dans mon enfance, mais comme Elisea il semble qu'un côté de ma famille soit profondément dysfonctionnel. En revanche je sais que mon adolescence a été très difficile et m'a laissé beaucoup de traces.

Sauf que je suis diagnostiquée surdouée, et le reste de ma famille l'est probablement aussi. Du coup ce qui n'allait pas chez moi et qui devait être corrigé (énormément de choses), était imputé à ma surdouance ou à des défaillances propres à mon cas. Lire le livre de Pete Walker "CPTSD: From surviving to thriving", j'ai réalisé que plein de mes "traits de caractère" étaient en fait des symptomes de CPTSD, ou en tout cas des méthodes pour gérer ses situations de stress et de danger dans lesquelles je vivais. Là ou je ne suis pas d'accord avec Muriel Salmona (cf premier post du sujet), c'est que je ne pense pas que les enfants soient moins capable que les adultes de gérer une attaque: ils sont isolés, ignorants, et à la merci de leurs attaquants (et s'il s'agit de leurs parents, c'est 90% de leur univers). Walker explique qu'on développe des stratégies de survie: elles ne sont pas "fausses" mais ne sont plus utiles lorsqu'on est adulte autonome.

Un trait commun à pas mal de surdoué(e)s, c'est le sentiment de ne pas avoir d'identité, de passer sa vie à s'adapter aux attentes des autres, avec le faux-self et tout le reste. Je pensais aussi que c'était dû à ma surdouance (toujours elle, on a beau être intelligent et autonome et tout, on a apparemment des centaines de faiblesses). Mais en fait ma situation correspond exactement à la "codépendence". Je n'y croyais pas, parce que je ne cherche pas à être absolument dans une relation amoureuse mais... Les codépendents sont des enfants qui deviennent responsables émotionnellement d'un de leurs parents, ou des enfants que les parents voient comme une extension d'eux-même. Pour garder l'amour parental, ou pour garder la paix et se protéger, ils vont se démener pour plaire et satisfaire les autres, pour anticiper les besoins et les problèmes. Mais voilà, en tant qu'enfant on est sensé s'individuer et se confronter au reste de sa famille. Si on ne peut pas faire ça, alors on ne peut pas se construire un sens d'identité. Parce qu'agir de son propre chef est une violence qui détruit la relation de servitude ou on se trouve.

Niveau CPTSD, je ressens des "flashbacks émotionnels" plusieurs fois par jour. Plus je m'observe plus je remarque à quel point ma sensibilité est en fait une attaque d'émotions. Quelqu'un me critique et je vais progressivement ressentir une angoisse qui dure des heures... Même si la critique est minuscule. Ca bouscule complètement ma perspective de moi-même, de tout ce qui était attribué à des défaillances/caractères personnels, à la surdouance.
Je veux bien croire que les enfants surdoués ont des identités plus flexibles et une plus grande sensibilité, mais je pense que les traumas peuvent aussi causer pas mal des caractères qu'on observe chez les surdoués. Et je n'ai jamais vu cet aspect abordé.

J'adorerais avoir votre avis, et si vous avez entendu parler de CPTSD. Désolé mais le livre n'est pas traduit en français, il est par contre l'un des plus recommendés en anglais. :)
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar soazic » Dim 24 Sep 2017 18:32

Le sujet m'intéresse également. Je ne trouve pas de doc en français (mon anglais n'est plus si fluent :-) ).
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Aria » Lun 25 Sep 2017 08:23

Désolée, j'ai essayé de trouver des gens qui en parle en français mais il n'y a vraiment rien. Le bouquin apporte plein de concepts intéressants, par exemple:

Les 4F (freeze, flight, fight, fawn) qui sont quatre types de réaction au stress: l'immobilité, la fuite, la lutte, la servilité. On peut adopter des comportements sains (ne pas en rajouter, quitter la situation, être assertif ou compromette) ou maladaptés. Un type de "fuite", c'est par exemple de se jeter dans une liste de choses à faire, et de se tenir occupé autant que possible. Un type de servilité consiste à anticiper les besoins des autres et à faire trop pour les satisfaire. On peut aussi dissocier (se réfugier dans sa tête) pour se couper d'une situation.
Avant j'avais toujours entendu parlé du "flight or fight" (bas-toi ou fuis) comme réponse au stress. Parfois les gens rajoutent l'immobilité, mais ça m'a beaucoup aidé de voir que la servitude, le compromis, l'adbication est une réponse au danger!

C'est trop nul qu'il n'y ait rien en français :(
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Grabote » Lun 25 Sep 2017 08:45

Ben je crois que faut que tu t'y colles !!
Sans rire, est ce que tu aurais le temps pour développer un peu plus ? Au moins les points qui t'ont apportés quelques choses ?
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Livingstone » Lun 25 Sep 2017 12:38

Aria, j'ai regardé un de tes liens et trouvé cette page qui peut aider un peu à s'y repérer : https://www.reddit.com/r/raisedbynarcis ... rbnbestof/ et https://www.reddit.com/r/raisedbynarcis ... lpfullinks aussi ; mais ça reste un forum et ceux qui cherchent de l'information devront alors lire beaucoup de témoignages personnels pour élaborer un schéma ; ce qui peut-être est plus intéressant pour ne pas rouler avec/se couler dans des théories prêtes-à-porter, mais est long. J'avais dans les lectures type Laborit plutôt rencontré trois réactions ; fuir (éviter), combattre, se soumettre (l'immobilité étant une fuite, alors).

Peut-être éventuellement si tu en as envie possiblement , et d'autres membres, qu'il y a des personnes assez intéressées ici, même sans un anglais fantastique, pour se partager la traduction/synthèse, par exemple former un petit groupe pour traduire sur une durée définie, mettons une ou deux semaines, des résumés ou des passages qui t'ont semblé le mieux présenter le sujet. Le forum il me semble peut ouvrir des espaces pour un petit groupe de travail ? Je veux bien vous traduire une page, si ça se met en route.
Peut-être pourrais-tu ouvrir un topic spécifique et faire une présentation, par exemple une liste des traits de caractères ou des types de réaction fréquemment trouvés chez les personnes concernées.
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Kirigol » Lun 25 Sep 2017 16:00

Ça se rapproche un peu des phénomènes de déréalisation non ?

Ou des mécanismes de défense types, déni (freeze) / agressivité (fight)/ sublimation (flight) il manquerait le fawn d'asservissement ?

Replacés dans le conditionnement éducatif/social (fatalement co-dépendant) et la construction de la personnalité ?
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Aria » Lun 25 Sep 2017 16:50

Aria, j'ai regardé un de tes liens et trouvé cette page qui peut aider un peu à s'y repérer : mais ça reste un forum etceux qui cherchent de l'information devront alors lire beaucoup de témoignages personnels pour élaborer un schéma ; ce qui peut-être est plus intéressants pour ne pas rouler avec/se couler dans des théories prêtes-à-porter, mais est long.


Oui, c'est vrai. Pour les intéressés, il y a un lien vers RBNBestOf sur la droite qui contient une liste de bons commentaires. Sinon on peut trier chaque forum en cliquant sur l'onglet "top" pour voir les meilleurs. Personnellement, j'ai surtout profité de lire les commentaires en allant vers des sujets qui me touchaient. Plein de gens partagent leurs points de vue et leurs réflexions comme sur ce forum.

Peut-être éventuellement si tu en as envie possiblement , et d'autres membres, qu'il y a des personnes assez intéressées ici, même sans un anglais fantastique, pour se partager la traduction/synthèse, par exemple former un petit groupe pour traduire sur une durée définie, mettons une ou deux semaines, des résumés ou des passages qui t'ont semblé le mieux présenter le sujet. Le forum il me semble peut ouvrir des espaces pour un petit groupe de travail ? Je veux bien vous traduire une page, si ça se met en route.
Peut-être pourrais-tu ouvrir un topic spécifique et faire une présentation, par exemple une liste des traits de caractères ou des types de réaction fréquemment trouvés chez les personnes concernées.


Faut que je regarde pour faire ça. En fait c'est une approche que je n'ai jamais rencontré en français et qui est assez terre-à-terre, ce que j'apprécie :) En plus elle illumine pas mal mes "traits de surdouée" donc je pense que ça intéressera d'autres personnes !
Et vu qu'il n'y a strictement rien en français, ça mérite traduction! :punch:
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Livingstone » Lun 25 Sep 2017 18:39

J'ai édité j'avais omis le lien... du coup j'en ai ajouté un second... Je pense qu'il s'agit de ce que tu mentionnes.
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Aria » Sam 30 Sep 2017 09:53

Je me suis dit que traduire le premier chapitre sera chouette aussi si je veux envoyer le texte à des gens que je connais qui ne parlent pas anglais. Voici donc la première partie du Chapitre 1.
[Si quelqu'un souhaite que je la retire, je le ferai tout de suite. Tant que rien d'équivalent n'est disponible en français, je pense que c'est intéressant de partager le message et je vous encourage à acheter le livre, il est excellent]


Chapitre 1, partie 1: Le voyage pour guérir de CPTSD
Les flashbacks émotionnels, liste de symptômes, les effets de l'abandonnement et de la négligence
J’ai écrit ce livre depuis la perspective de quelque qui a le syndrome de stress traumatique complexe (CPTSD), and qui a ressenti une grosse réduction de ces symptomes au fil des années. J’ai aussi écrit ce livre du point de vue de quelqu’un qui a découvert énormément de subtilités lors de ce long, chaotique et orageux chemin de guérison. J’ai également observé ce genre de guérison chez un bon nombre de mes amis et de mes clients fidèles.
D’abord, les bonnes nouvelles concernant le CPTSD. C’est un ensemble de réponses apprises, et un échec dans l’accomplissement d’étapes de développement importantes. Cela veut dire que c’est environnemental et pas génétique. En d’autres termes, contrairement à la plupart des autres diagnostiques avec lequel on le confond, le CPTSD n’est ni génétique ni un trait de charactère. C’est un trait appris. Ce n’est pas dans votre ADN. C’est un trouble causé par le lien social (ou plutôt son absence), pas par la nature.
C’est une particulièrement bonne nouvelle parce que ce qui est appris peut être désappris, et vice-versa. Ce que vos parents ne vous ont pas fourni peut être apporté par vous-mêmes et pas d’autres personnes.
La guérison du CPTSD a d’importants composants relationnels et de développement personnel. Cet élément relationnel vient d’auteurs, d’amis, de partenaires, de professeurs, de thérapeutes, de groupes thérapeutiques et d’une combinaison de tout cela. J’aime appeler le ré-élevage en comité [NDT : « reparenting » en anglais, « refaire le travail de parent »].
Je dois cependant mettre en avant que certain survivants de familles générant du CPTSD ont été tellement profondément trahis par leurs parents qu’il peut leur falloir un temps très long avant qu’ils puissent faire suffisamment confiance en une autre personne pour commencer le travail relationnel de guérison. Lorsque c’est le cas, les animaux, les livres et les sites web thérapeutiques peuvent fournir un important travail de guérison relationnel.

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Ce livre décrit une approche multimodale de traitement du CPTSD. Il est orienté vers la forme la plus courante du CPTSD, qui vient de grandir dans une famille sévèrement abusive et/ou négligeante. Dans cet esprit, le livre décrit un voyage vers la guérison des dégâts qui résultent de souffrir d’abus traumatique et d’abandonnement. L’abus traumatique et l’abandonnement peut survenir de façon verbale, émotionnelle, spirituelle et/ou physique. Les abus sexuels sont particulièrement traumatisants.
Je crois qu’on fait face à une épidémie de familles traumatisantes. Les estimations actuelles sont qu’une fille sur trois et qu’un garçon sur cinq sont sexuellement abusés avant d’entrer dans l’âge adulte. Des statistiques récentes de la Kim Foundation rapportent que 26% des américains de plus de 18 ans sont diagnostiqués avec un trouble mental.
Quand l’abus et la négligence sont suffisamment sévères, un seul élément peut causer seul le développement du CPTSD chez un enfant. C’est le cas également de la négligence émotionnelle si les deux parents y participent comme nous le verrons au chapitre 5. Quand l’abus et la négligence est multi-dimensionnelle, la sévérité du CPTSD s’aggrave également. [NDT : Le chapitre 5 souligne que si un des parents, ou un adulte, est une source de sécurité et de soutien pour l’enfant, il peut être largement épargné même si les autres adultes sont nocifs].

Définition of Complex PTSD

Le CPTSD est la forme la plus sévère de syndrôme de stress post-traumatique (PTSD). Il se distingue de son cousin plus connu, le PTSD, par cinq éléments : les flashbacks émotionnels, la honte toxique, l’auto-abandonnement, un critique interne vicieux et l’anxiété sociale.
Les flashbacks émotionnels sont peut-être la charactéristique la plus facile à reconnaître du CPTSD. Les survivants d’abandonnements traumatiques sont très susceptibles de vivre des flashbacks émotionnels douloureux, qui n’ont typiquement pas de composants visuels. Le PTSD en a souvent.
Les flashbacks émotionnels sont des régressions bruques et souvent prolongées vers les états-émotions provenant des épisodes ou on était abusé ou abandonné enfant. Ces états-émotions peuvent comprendre une panique qui nous dépasse, de la honte, de l’aliénation, de la rage, de la peine et de la dépression. Ils comprennent des déclenchements inutiles de notre réflexe de fuite/lutte.
Il me semble important de préciser que les flashbacks émotionnels, comme la plupart des choses dans la vie, ne sont pas tout-ou-rien. Les flashbacks varient en intensité de subtil à horrible. Ils peuvent durer quelques instants ou des semaines jusqu’à évoluer dans ce que nombreux thérapistes appellement une régression.
Finalement, une description plus clinique et extensive de la définition de CPTSD peut être trouvée page 121 de l’ouvrage de référence Trauma and Recovery de Judith Herman.

Exemple d’un flashback émotionnel

Alors que j’écris ce texte me revient le premier flashback émotionnel que j’ai identifié, même si je ne l’ai identifié que 10 ans après l’épisode. A l’époque, je vivais avec ma première partenaire sérieuse. La lune de miel de notre relation s’arrêta brusquement lorsqu’elle commença à me crier dessus sans crier gard, pour une raison que j’ai oublié. Je me rappelle en revanche comment ses cris m’ont fait me sentir. Comme un vent brûlant et violent. J’ai eu l’impression d’être soufflé au loin- comme si mes entrailles étaient balayées comme on balaie la flamme d’une bougie.
Plus tard, lorsque j’entendis parler pour la première fois d’auras, je me rappelai brusquement cet épisode, et il me sembla que mon aura m’était arrachée complètement.
A l’époque, je me retrouvai totalement désorienté, incapable de parler, de répondre ou de penser. J’étais terrifié, tremblant et me sentais minuscule. A un moment, je parvins à passer la porte d’entrée, à quitter la maison et je parvins à retrouver mes esprits lentement.
Il me fallut dix ans pour comprendre que ce phénomène dérangeant était un flashback émotionnel intense. Je compris quelques années plus tard la nature de ce type de régression. Je compris que c’était un flashback vers les centaines de fois ou ma mère, le visage tordu par une rage meurtrière, m’explosait sa rage à la figure jusqu’à ce que je me sente honteux, terrifié, abandonné sans secours possible et que je dissocie.

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Les flashbacks émotionnels sont aussi accompagnés d’excitations intenses du réflexe de fuite/lutte accompagnés d’une activation excessive du système nerveux sympathique, la moitié de notre système nerveux qui contrôle l’excitation et l’activation. Quand la peur est l’émotion dominante d’un flashback émotionnel, la personne se sent anxieuses, paniqués et même suicidaire. Quand le désespoir domine, un sens profond de déconnection, de paralysie, et de désespoir.
On se sent souvent petit, jeune, fragile, sans pouvoir et sans soutien lors d’un flashback émotionnel, and tous ses symptômes sont typiquement ajoutés à une honte toxique humiliante et écrasante.

La honte toxqiue : le vernis d’un flashback émotionnel

La honte toxique est explorée par John Bradshaw dans son livre Healing the shame that binds. Elle réduit en poussière l’estime de soi d’un survivant de CPTSD en la remplaçant par le sentiment qu’il est ridicule, moche, stupide et qu’il a des défauts impardonnables. Un écrasant sentiment de dédain envers lui-même est un flashback typique vers les ressentis qu’il a eu lorsqu’il souffrait du dédain et de l’embrochement visuel de ses parents traumatisants. Une honte toxique peut aussi être créée par une négligence parentale récurrente et par les réjections.
Au début de ma carrière j’ai travaillé avec David, un élégant gentleman, intelligent, et qui était un acteur professionnel. Il débarqua un jour après une audition échouée. Hors de lui, il s’exclama : « JE ne le dis jamais à personne, mais je sais que suis vraiment moche. Je suis un imbécile à essayer d’être un acteur alors que me regarder est si dégoûtant ! » Je n’oublierai jamais le sentiment de choc et d’incrédulité que je ressentis, à voir une personne si belle qui se sentait moche, mais notre conversation m’offrit des clés de compréhension.
L’enfance de David avait été charactérisée par un large ensemble d’abus et de négligence. Il était le petit dernier non désiré d’une grande famille, et son père alcoholique l’attaquait et le regardait régulièrement avec mépris. Pire : les autres membres de la famille se mirent à imiter le père, et se mirent à l’humilier régulièrement avec de grosses doses de dédain. La remarque préférée de son grand frère : « je n’arrive pas te regarder, ça me donne la nausée ! ».

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La honte toxique peut détruire l’estime de soi en un clin d’œil. Dans un flashback émotionnel vous pouvez régresser immédiatement à vous sentir et vous pensez sans importance et dédaignable, comme votre famille vous percevait. Quand vous êtes coincés dans un flashback, la honte toxique se transforme en une aliénation douloureuse du mélange d’abandon, un cocktail bouillant de honte, de peur et de dépression.
Le mélange d’abandon [abandonment mélange] est la peur et la honte toxique qui nous entourent et qui interagissent avec la dépression de l’abandon. La dépression d’abandon elle-même est le sentiment mortel de désespoir et d’impuissance qui est infligée aux enfants traumatisés.

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La honte toxique nous empêche de rechercher confort et soutien. Lorsque nous répétons les scènes d’abandon de notre enfance via un flashback, nous avons tendance à nous isoler et à nous rendre sans combat à un sentiment écrasant d’humiliation.
Si vous êtes bloqué à vous sentir sans valeur, défectueuse, ou méprisable, vous êtes probablement dans un flashback émotionnel. C’est aussi typiquement vrai lorsque vous vous trouvez perdu dans un cycle de haine de soi, et d’auto-critique virulente. Des techniques immédiates pour gérer ses flashbacks émotionnels se trouvent au début du chapitre 8 avec les 13 étapes pratiques pour résoudre des flashbacks.

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De nombreux clients répondent sur mon site pour me dire que le concept de flashback émotionnel leur a apporté un sens d’apaisement. Ils racontent qu’ils sont capables pour la première fois de donner du sens à leur vie troublée. Une remarque régulière est : « maintenant je comprends pourquoi toutes les approches psychologiques et spirituelles que j’ai entamé m’ont apporté si peu de réponses ». Beaucoup indiquent aussi se sentir libéré d’une liste humiliante de mauvais diagnostics qu’ils se sont donnés et que d’autres leurs ont donné. Au contraire, cela les a aidé à arrêter la pratique auto-destructrice qui consiste à amasser des preuves de leur propre défectivité ou folie. Beaucoup ont rapporté un saut de géant dans leur motivation à se défaire de ses habitudes de haine de soi et de dégoût de soi.

Liste de symptômes courant de CPTSD

Les survivants ne vivent pas forcément tous ses symptômes. En général, on retrouve des combinaisons variées, dépendant de votre type de 4F et des schémas d’abus et de négligence de votre enfance.
Flashbacks émotionnels
Un critique intérieur ou extérieur tyrannique [NDT : le critique intérieur est cette voix dans votre tête qui vous dit combien vous êtes inutiles et sans valeur. Le critique extérieur s’attaque aux autres, en expliquant combien ils sont méchants, inutiles, etc.]
La honte toxique
L’auto-abandon
L’anxiété sociale
Un sentiment répugnant de solitude et d’abandon
Une estime de soi fragile
Des problèmes relationnels
Un développement arrêté [NDT : ne pas être passé par toutes les étapes de développements de l’enfant]
Des difficultés affectives
Des changements d’humeur radicaux (eg, pseudo-cyclothymie. voir Chapitre 12)
La dissociation par des activités distrayantes et des procédés mentaux
Une réponse de fuite/combat qui se déclenche très facilement
L’idéation suicidaires [NDT : l’idéation est l’acte de créer des concepts ou des idées]

L’idéation suicidaire

L’idéation suicidaire est un phénomène commun de CPTSD, particulièrement durant des flashbacks intenses ou prolongés. Elle s’exprime par des pensées et des fantasmes ou l’on souhaite mourir. Cela peut aller des idéations passives aux idéations actives.
Les idéations passives sont les plus communes aux survivants de CPTSD que j’ai connu, et vont de souhaiter être mort à fantasmer sur des façons de mourir. Perdu dans leurs idéations de suicide, les survivants peuvent même prier d’être délivrés de cette vie, ou fantasmé sur un accident calamiteux et libérateur. Il peut même penser obsessivement (sans le considérer sérieusement) à marcher devant une voiture ou sauter d’un immeuble.
Ces fantasmes se terminent sans intensions sérieuses de se tuer, par opposition à l’idéation active ou la personne agit dans la direction de prendre sa vie.
Je parle ici d’idéation passive parce qu’elle ne demande pas le même type d’inquiétude que l’idéation active. L’idéation passive est typiquement un flashback vers la petite enfance ou notre sentiment d’abandon était si profond qu’il était naturel pour nous de souhaiter que Dieu ou quelqu’un vienne y mettre fin.
Quand le survivant remarque qu’il se trouve dans une rêverie suicidaire, il a intérêt à le voir comme un symbole de la douleur dans laquelle il se trouve, et comme un signe d’un flashback particulièrement intense. Il peut donc se diriger vers le chapitre 8 et les étapes de gestion d’un flashback.
Si ces étapes n’aident pas, et que les sentiments suicidaires deviennent plus actifs, appelez s’il vous plaît une ligne téléphonique d’aide, ou trouvez des ressources sur internet. C’est un flashback pour lequel vous avez peut-être besoin d’aide à contrôler, et vous trouverez un soutien solide.
Les thérapeutes et personnes de soutien compétents apprennent à différentier entre les idéations passives et actives, et ne paniquent pas lorsqu’ils rencontrent des idéations passives. Au contraire, la conseillère va inviter la survivante à explorer ses pensées suicidaires et ses sentiments en sachant que dans la plupart des cas, vocaliser à voix haute la douleur derrière le flashback va résoudre les idées suicidaires. Dans le cas moins courant d’idéation active, vocaliser le problème aide le thérapeute à estimer si le risque est réel et si des actions doivent être entreprises pour protéger la survivante.
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Grabote » Sam 30 Sep 2017 10:17

:cheers: Aria !! Merci :)
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Re: Comprendre les conséquences psycho-traumatiques des violences

Messagepar Grabote » Lun 13 Nov 2017 14:04

Je viens enfin de lite ton post en entier Aria.
Pour en revenir à ton questionnement initial, je dirai que oui, jusque là, j'ai mis l'intensité de certains ressentis sur le compte de mon "amplification" (comme je préfère nommer mon hpitude) alors qu'ils relèvent plutôt de ces flashbacks émotionnels si bien décrit. Ceci dit, j'ai aussi des ressentis intenses dans le présent, dans un beau paysage par exemple et qui sont bien provoqués, me semble t'il, par ma sensibilité amplifiée.
Bref, ce n'est pas l'un ou l'autre mais l'un et l'autre, enfin, c'est l'impression que j'ai en ce qui me concerne.
La bonne nouvelle dans tout ça, c'est de comprendre que les ressentis intenses douloureux liés aux CPSTD, ça peut se soigner !! :rock:
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