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Le burn-out

La partie consacrée à la Santé dans sa globalité. Principalement la psychologie, psychologie sociale, la psychiatrie, les troubles de l'humeur, de la personnalité, les handicaps, l'autisme...

Modérateur: W4x

Re: Le burn-out

Messagepar sanders » Sam 12 Oct 2013 12:33

mercredi 9 oct Aïnoa a écrit:Juste pour info (je ne sais pas ce que ça vaut), une soirée spéciale sur le burn-out sur France 2 demain soir...


Alors ... j'ai regardé cette émission mais n'ai pas le film qui la précédait, quelqu'un peut en parler?
(je pense que c'est encore visible en replay France 2 jusqu'au 15 octobre. Si jamais cette émission est partagée sur un site web d’hébergement je mettrais le lien).



J'y ai vu du partage d'expérience, des récits de vie et quelques signes cliniques rapportés et propositions de prévention.

J'ai pu saisir encore une fois toute la complexité de ce problème au-delà des souffrances (parfois fatales) que le burn-out génère.

Il n'y a pas selon moi un coupable : le travail / son contexte et une victime : la personne en burn-out mais bel et bien une intrication de plusieurs facteurs.

Cela m'a fait réfléchir à l'équation : caractère + besoin de reconnaissance + degré d'implication + niveau de motivation + vie personnelle + travail + vie sociale + facilité et rapidité de la communication + fluctuation des périodes de crise économique + culture = un équilibre fragile et toujours à construire et qui peut aussi se casser la binette parfois.

Je me suis également dit que face à un certain degré de souffrance, il y a la solitude, le " tu ne peux pas comprendre " si pénible à vivre pour les proches est à mon avis bien réel. Il est impossible de comprendre parfois. Cela n’empêche pas, il me semble, de continuer de soutenir et d'être présent ... même si on ne comprend pas.

Je voulais aussi remettre le lien d'un excellent film que Cyrano avait conseillé : de bon matin qui permet de saisir cette idée de complexité dont Cyrano parle très bien dans son post.
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Re: Le burn-out

Messagepar K'tset » Dim 13 Oct 2013 12:11

Pour répondre à Sanders, le film 15 jours ailleurs était tout simplement bouleversant. Les acteurs sont époustouflants dans leur interprétation.
Vincent (Didier Bourdon) est commercial dans une entreprise de négoce pour la grande distribution. Il joue son rôle à fond, n'hésite pas à mettre à genoux ses fournisseurs mais la pression qu'il subit est insoutenable. Il se rend compte que son nom disparait des listes de diffusion de mails et déboule en pleine réunion. Là il craque complètement et s'automutile devant ses collègues médusés. Direction les Urgences, prise de médicaments qu'il refuse, il veut rentrer à la maison, mais finalement sa femme Florence (Agathe Dronne), bouleversé en le voyant dans cet état, donne son accord pour qu'il soit placé en hôpital psychiatrique. Là commence une belle histoire entre Vincent et Hélène (Judith Chemla). Elle est psychotique, on lui a retiré la garde de son enfant, mais son côté léger aide beaucoup Vincent à avancer. Au passage l'auteur dépeint la facilité qu'ont certains psys à utiliser la chambre d'isolement et la camisole chimique pour faire taire les patients agités (les commentaires de l'infirmière sont succulents, "ce n'est pas soigner que de céder trop facilement à ça"). Vincent pourra sortir au bout de 15 jours (alors qu'il fait remarquer au psy que celui-ci de ne l'a vu qu'une fois pdt son séjour...). Hélène doit rester enfermée, mais elle veut absolument revoir son fils. Une autre scène "succulente": Vincent allume son portable pro qu'il récupère avec ses affaires, et on entend les mails arriver: un, deux, trois, quatre.... Il jette le portable de rage en hurlant de douleur.
En dire plus trahirait la fin du film, mais ce drame psychologique est vraiment un petit bijou de télé (ça change de ce qu'on nous sert habituellement)

J'ai oublié:
Lien du film: http://pluzz.francetv.fr/videos/15_jour ... 27302.html
Lien de l'émission: http://pluzz.francetv.fr/videos/burn_ou ... 27387.html
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Re: Le burn-out

Messagepar Coccinelle » Mer 13 Nov 2013 11:22

J'avais quelques questions, j'ai bien compris qu'à la base le BO était professionnel, j'ai compris le mécanisme et tout, mais ce même stress chronique avec des buts impossibles, cette dépersonnalisation ne serait pas possible en tant que mère avec les mêmes mécanismes que ceux du BO professionnel?

Ma psy affirme que le BO maternel existe même s'il est très mal connu et pas encore reconnu comme un BO.....

Je dois dire que sur ce coup je suis un peu paumée, qu'en penser?
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Re: Le burn-out

Messagepar Hoppy » Mer 13 Nov 2013 11:35

J'aurais tendance à dire "Cela me parait presque logique" cette histoire de burn-out maternel.
Le fait de tirer sur la brèche, de consumer à petit feu les ressources pour finir par les épuiser totalement, d'avoir la sensation de vide à l'intérieur, tout cela me semble très probable. Les mécanismes semble étroitement similaires au burn-out professionnel, d'autant que le BO est un syndrome et donc un ensemble de symptômes qui semblent les mêmes dans les deux cas.

Les deux sont des épuisements des ressources, l'objet n'est pas le même mais le mécanisme m'en a tout l'air lui!
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Re: Le burn-out

Messagepar altima » Mer 13 Nov 2013 12:04

A titre personnel et donc pas du tout fiable, ça me paraît tout à fait possible hélas. :(

Sinon pour t'aider, peut-être connais-tu ce livre déjà sorti il y a quelques années?
http://so-nantes.com/wordpress/?p=724

Avoir conscience d'un souci est déjà le plus gros du travail. ;)
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Re: Le burn-out

Messagepar sanders » Ven 17 Jan 2014 00:09

Parce que je trouve intéressant de replacer ce syndrome dans un contexte plus large, j'ai regardé cet entretien qui donne un éclairage (et juste un éclairage, il y en a d'autres) sur le sens travail et sa possible perte, je le propose à votre réflexion.
C'est une vidéo qui selon moi parle de l'avant du burn-out, pour peut-être repérer en plus des signes personnels un environnement qui peut faciliter son apparition.

Il n'y est pas question précisément du burn-out donc, mais d'une analyse sur le sens que nous, notre culture occidentale, notre société moderne, donnons au travail, sur la complexité des liens entre une entreprise et un système plus vaste et sur certaines raisons qui peuvent amener du mal être au travail.

Je trouve intéressant de tenter de comprendre un mécanisme dans ses liens avec d'autres, de mesurer un peu qu'il ne s'agit pas de cause ---> conséquence mais plutôt d'un ensemble de facteurs. Cela peut alors mener à un autre niveau de réflexion, à des ouvertures pour agir lorsque cela devient nécessaire pour soi.


www.youtube.com Video from : www.youtube.com


Un mécanisme m'a frappé ici :
Le principe d'individualisation des travailleurs conduit les entreprises à répondre de manière personnelle à des problématiques collectives. En gros, on propose des séminaires de bien être POUR La personne, des méthodes de gestion du stress idem, ... afin que chacun puisse s'adapter au mieux aux exigences de son travail alors même que c'est cette individualisation qui au départ est peut-être une des raisons de la souffrance.
Et plus, les groupes collectifs (comme les syndicats par exemple) sont obligés de gérer de plus en plus de situations où il prennent le temps d'écouter les personnes en détresse au travail de manière individuelle (alors qu'ils ne sont pas formés pour ça) parce que les lieux d'écoute ne sont pas assez nombreux et par là-même il me semble que ce mécanisme d'individualisation est encore augmenté par ceux-là qui justement le refusent et cherchent à le combattre.

Par ailleurs, je me questionne sur les marges d'action lorsque les causes et les conséquences se diluent, lorsque l'entreprise n'est qu'un maillon d'une chaîne plus vaste. Que peut alors faire une personne ou même un groupe ?
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Re: Le burn-out

Messagepar altima » Sam 18 Jan 2014 09:41

Merci pour le lien sanders, je me garde ça en favori youtube pour le regarder à tête reposée.

Je pense comme toi que ce syndrome fait partie d'un tout déréglé (du moins c'est ce que j'ai synthétisé après lecture de ton message). Soigner le burn-out tel qu'on le fait actuellement, c'est cautère sur jambe de bois; évidemment que c'est toute la conception du travail telle qu'elle existe en Occident qui fait qu'on en arrive là. Je blablate mais ça me rappelle le fait qu'en Afrique ben y'a pas d'obésité alors qu'en Occident on meurt de malbouffe. Je ferais un parallèle maladroit et certes pas très étayé entre les deux...mais pour moi ça rejoint un peu la même idée que c'est la base du système qui est à revoir. :^)
Y'aurait sûrement des tas de bouquins de socio pour éclairer ça, j'aimerais creuser l'idée et tu m'en as donné l'envie, bon...si j'ai le temps déjà de survoler un peu ce qu'on trouve sur le net, des résumés de publis, ça serait bien.

En ce moment la notion de travail, sa valeur etc me...travaillent pas mal justement. :whew:
Sur le point de laisser tomber mon labeur d'équarrisseur du Mammouth, je remets en question le sens que j'accorderai à un futur boulot rémunéré, quelle valeur y mettre, est-ce que je continuerai à tout faire tourner autour du travail...?

(HS: est-ce que tu vas mieux professionnellement parlant?)
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Re: Le burn-out

Messagepar Pier Kirool » Ven 28 Mar 2014 16:09

Le nombre estimé d'actifs en risque élevé de burn out à 3,2 millions ???
Un appel pour la reconnaissance de deux nouveaux tableaux de maladie professionnelle : la dépression d'épuisement et l'état de stress répété conduisant à une situation traumatique ??
Un débat et nous n'étions pas au courant ? Quoiiiiiii ?

Trois raisons de faire remonter ce sujet à l'occasion de ma tombance sur cet article du HuffPost qui traite en particulier de trois questions :
- Le rôle des acteurs privés dans les débats de citoyenneté.
- La notion même de burn out et ce qu'elle cache de la réalité sociale (avec un terme qui souligne à la fois la cause et l'effet, le burn out masquerait la réalité de la souffrance au travail)
- La judiciarisation et les contentieux.
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Re: Le burn-out

Messagepar Tipiak » Lun 28 Avr 2014 22:40

Après vérification des différents documents partagés ici, voici ce que j'ai trouvé :

http://www.technologia.fr/blog/wp-conte ... t-2012.pdf

http://www.actif-online.com/fichiers/ar ... 64_265.pdf

Le premier est très généraliste et axé sur la prévention côté employeur ainsi que sur la nécessité de faire reconnaitre le burn out comme maladie professionnelle (en 2014 en France, ça n'est pas le cas!)

Le second est un article plutôt complet et facile à lire qui permet de comprendre la notion de burn out.

Bonne lecture.
Nous ne te lècherons pas car tu es toxique!
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Re: Le burn-out

Messagepar un pas de coté » Ven 13 Mar 2015 13:27

C'est qu'il sentirait un peu la poussière ce fils :lol:, il est pourtant bien structuré et reste complètement d'actualité. Pour info l'émission En quête d'actualité ce soir sur D8 traitera du sujet.
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Re: Le burn-out

Messagepar Cyrielle » Mer 22 Avr 2015 14:25

Sur France-inter, l'émission La tête au carré de ce jour était consacrée au burn-out TAC : La société du burn-out.
Le site recommandé par les psy présents : Souffrance et travail
Un numéro spécial du magazine Le cercle psy : La société en burn-out ?

Rien de très nouveau bien sûr, au contraire l'amer constat des psy présents que, malgré la reconnaissance de l'existence du problème, le management français continue à aggraver les risques.
Et aussi le fait que les français ont une relation au travail différente des anglo-saxons, ce qui nous amène à sous-estimer les signes d'alerte (inefficacité des périodes de repos, fatigue permanente, sentiment d'être débordé et inefficace...)
Pier Kirool a écrit:Un appel pour la reconnaissance de deux nouveaux tableaux de maladie professionnelle : la dépression d'épuisement et l'état de stress répété conduisant à une situation traumatique ?

Les invités ne sont pas favorables à la reconnaissance en "maladie professionnelle" car cela reviendrait à un constat d'échec et met en cause le salarié concerné ; pour eux il vaut mieux traiter chaque cas en "accident du travail", ce qui permet la mise en question de l'entreprise. J'ai trouvé cette approche intéressante...

J'en suis perturbée et accablée, tant il est évident que cela concerne ma collègue, virée récemment pour avoir "pété un plomb" (dixit le président de la commission qui l'a jugée).
Je me demande vraiment pourquoi, alors que tout le monde a reconnu qu'elle était elle-même en danger, elle a été jugée comme une mauvaise professionnelle, et qu'aucune aide ni deuxième chance ne lui a été proposée par l'institution.

Elle réfléchit actuellement à un appel... et je ne sais pas si je dois lui envoyer les références de cette émission et les coordonnées de la consultation spécialisée de la zone.
Car je vis très mal moi-même cette injustice commise par mon institution, suis-je légitime pour "jeter de l'huile sur le feu" et ajouter un motif supplémentaire à son amertume actuelle ?
Avez-vous des avis, une expérience à partager ?
Y'a trop de monde sur les gradins... Le spectacle du monde nous appartient !
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Re: Le burn-out

Messagepar Dindon » Ven 10 Juil 2015 11:38

Bonjour à tous,

J'aimerais y ajouter le "contraire" du burn-out, le bore-out. Nettement moins connu et moins à la mode, il est tout aussi dévastateur.
Je présume, qu'en plus, si la personne est HP, il n'est pas impossible que ce syndrome surgisse encore plus vite.

J'en parle car je me suspecte d'être passé par un bore-out avant le burn-out.
Je faisais partie d'une grande équipe informatique pour un projet fédéral (en Belgique - pour l'état), quand le gouvernement a décidé de le mettre en stand-by pour diverses raisons.
Pendant près de 3 ans, je me suis trouvé dans une organisation qui n'avait pour but que de s'occuper de la survie de ce qui avait été déjà mis en place. Des journées de travail de 8 heures, avec parfois quand tout allait bien, du travail réel pour une seule petite heure.
Je me suis habitué à ce rythme de travail, je me suis habitué à m'ennuyer. Pendant un temps, j'ai réussi à occuper mon temps "intelligemment", mais j'ai fini pour passer mes journées sur le web, sur des forums, etc.
Je me sentais inutile, passif, à ne plus connaître réellement mon rôle dans cette organisation. Il n'y avait plus aucune satisfaction à aller travailler, enfin, à faire acte de présence au travail.
Sans réellement être déprimé, sans savoir l'expliquer clairement, ça m'a transformé.

Puis, après 3 ans, le projet peut enfin redémarrer. L'équipe est entre-temps devenue beaucoup plus petite et de nouveaux managers sont engagés. On a 6 mois pour tout remettre en place, faire une grosse mise à jour, un projet de dingue compte tenu du petit nombre de personnes encore sur le projet.
Je subis une pression énorme, une quantité de travail dont je n'ai plus l'habitude.
Mon nouveau responsable me parachute dans une fonction pour laquelle je ne me sentais pas prêt. Je l'accepte car je pense que c'est une bonne opportunité d'évoluer (après réflexion, je ne suis pas certain que je voulais évoluer, j'étais très bien à ma place). De nouvelles responsabilités trop pesantes, des nouvelles tâches qui ne conviennent pas du tout à ma personnalité, et pour ne rien arranger, un responsable avec un double discours : Il me pousse dans ma fonction, mais d'un autre côté prend ma place dans les réunions, les décision, etc).

Et là, je craque.
La seule protection que j'ai été capable de mettre en place m'a complètement desservi. Je me suis désintéressé, je ne me suis pas battu pour m'affirmer face à mon responsable et je l'ai laissé faire. Je lui ai même fait comprendre indirectement par mes non-actions que si il voulait faire une partie de mon travail, il allait devoir faire l'autre partie aussi...
Au final, ma situation au travail s'arrange d'elle-même. Les 6 mois intenses sont derrière moi, le calme est revenu (attention au bore-out) et mon responsable a été placé sur un autre projet.
J'essaie de me reconstruire, de comprendre ce qu'il s'est passé, de me comprendre (car je crois qu'une part de moi, lié ou non à une possible douance pour laquelle j'attends mon diagnostique, y a participé).

Je crois fermement, à tard ou à raison, que mon bore-out a participé grandement à mon burn-out. Sans ce bore-out, mon burn-out aurait été beaucoup moins fort, ou ne serait pas inscrit en moi si rapidement. J'aurais pu y faire face avec plus de facilité.
J'aurais même pu sans doute mettre à profit ces 6 mois de stress et de défis pour avancer professionnellement, me distinguer et prouver ma valeur.
Tout ce que je viens de dire, n'est bien sûr que mon ressenti.
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Re: Le burn-out

Messagepar Lymouss » Lun 28 Déc 2015 19:15

Intéressant ce concept du bore-out...

Avant toute chose, merci à tous ceux qui ont partagé, liens et documentation. Je ne savais pas non plus qu'on pouvait se faire diagnostiquer un BO ... je vais de ce pas chez mon généraliste.

A titre personnel, je pense m'écarter des grands schémas couramment décrits et je me reconnais un peu dans le concept du bore-out (@Dindon, j'espère avoir bien compris ce dont tu parles, cf les passages soulignés dans mon témoignage, sinon, c'est avec plaisir que je lirais tes corrections et ton nuançage).


Mon témoignage :

Actuellement, je suis en 2ème année de thèse en sciences de gestion.

En quelques années je suis passée :
- d'une vie trépidante d'élève-ingénieur surmenée par ses études et par une vie associative intense (avec des craquages de temps en temps, mais rien de bien méchant)
- un stage industriel de fin d'études en Angleterre, dans une compagnie pharmaceutique, où je n'ai pas supporté d'être une stagiaire maternée en R&D, où j'allais au travail en pleurant tous les matins, en arrivant plus tard que la plupart des gens (cette période a bien duré 2-3 mois sur les 6)

Où j'ai d'ailleurs subi ma plus grosse désillusion sur ma vision de la R&D, en académie ou en compagnie pharmaceutique, sur ma volonté de poursuivre professionnellement dans ce secteur. Alors même que j'étais prête à entrer à Bac+5 sur le marché de l'emploi.


- un Master 2 recherche dans une discipline nouvelle pour moi (Sciences de Gestion, Management Public), où j'ai dû apprendre une nouvelle culture, comprendre de nouvelles attentes, où je devais acquérir un nouveau vocabulaire, apprendre à formuler mes idées de manière intelligible pour la discipline. Niveau adrénaline, vide intersidéral. Je n'ai jamais eu autant de temps pour étudier, lire des choses et en même temps je ne me suis jamais sentie aussi seule, perdue et inutile. Pour survivre, j'ai du me remettre à l'associatif étudiant.

- à présent, en deuxième année de thèse, je viens de vivre (ou je vis actuellement) le craquage le plus intense qui soit.

Un an de travail pour n'avoir rien réussi à formuler d'intelligible (à l'écrit) pour ma directrice.
Je travaille dans un paradigme particulier et encore en tâtonnement dans la discipline : constructivisme et complexité. Je suis sensée assumer mes idées et les orientations que je souhaite donner à ma recherche mais je ne sais pas dans quelle mesure ni comment je suis sensée le faire. Je cherche encore au bout d'un an à définir des problématiques pour ma recherche : j'ai malheureusement tendance à trop prendre les problèmes avec beaucoup (trop) de recul, sous des angles (trop) différents (de magnifiques diagonales). Je donne l'impression de tourner autour du pot. L'injonction contradictoire pour moi ? Apprendre à problématiser autrement. Ne plus réfléchir comme je le fais. Produire à contre-intuition, et devoir produire quelque chose d'abord pour commencer à y croire ensuite.


Echecs et espoirs sur échecs et espoirs. Un an et demi de doute sur mes capacités à produire quoi que ce soit d'utile pour la société, à m'insérer dans la vie active, à savoir vendre mes compétences. Le sentiment que ma thèse ne servira finalement à personne, alors que c'est mon vœu le plus cher.L'ennui profond de ne travailler que sur sa thèse, et toujours qu'en théorie sans confrontation au terrain. L'ennui profond d'être la seule personne de mon âge à travailler dans ce bureau, et de devoir me conformer à l'étiquette du savoir vivre en corps professoral d'école de management entre collèges de 30-35-40-50 ans, sans que ça puisse être naturel de ma part.

Alors, encore une fois, je me suis remise à l'associatif. Cette fois-ci avec beaucoup de regrets. :pale: Quand les réunions s'enchaînent, j'envie ma colocataire qui profite du canapé en lisant, fabricant ses cosplays ou regardant des films. Je ne suis plus aussi motivée que ça.

Lors de l'envoi par mail de mon dernier essai de problématique de thèse, je me suis moi-même aperçue en cliquant sur "envoyer" du fait que tous mes efforts étaient vains. C'était encore inintelligible pour autrui. J'en ai pleuré le soir-même, le lendemain, le sur-lendemain. L'envie de tout arrêter car je n'étais pas faite pour "ça". L'envie de me reconvertir dans autre chose, mais quoi ? Impossible de me sentir d'attaque pendant mes séances de kiné, impossible d'avoir plus d'interactions sociales plus poussées que pour l'achat d'une baguette de pain. :blond:

Alors je viens de m'accorder une semaine de vacances "vidange d'esprit". Interdiction de penser à quoi que ce soit de complexe ou d'absorber trop de détails. :ensoleillé: De toute façon c'était le mal de tête assuré.

D'ailleurs je ne suis même pas sûre que ce soit suffisant. Le fait d'avoir repris mes études bibliographiques, m'empêche à nouveau de dormir et m'angoisse.


Si je devais donner des signes précurseurs selon moi ? Dans l'ordre d'apparition :

- RGO et troubles digestifs
- Douleurs musculo-squelettiques sourdes, l'impression d'avoir légèrement mal... à tout son corps
- Un isolement progressif : plus envie de monter jusqu'à mon lieu de travail pour ne pas à avoir à échanger des "bonjour, ça va" et devoir déjeuner avec les autres "collaborateurs" à midi
- Maux de têtes survenant à des moments particuliers : systématiquement lors d'une formation doctorale particulièrement mal menée, lors de l'animation d'une réunion où beaucoup de détails sont à répéter, lorsque je réfléchis trop, trop longtemps
- Troubles du sommeil dus à l'impossibilité de faire taire mes morceaux de pensées :rrmiaou:
- Une sorte de "surdité" ou "aveuglement" mental : je n'absorbe plus rien, j'ai l'impression d'avoir du coton entre les deux oreilles, je "perds" systématiquement aux jeux de cartes, et je n'arrive plus à absorber les règles des jeux en société. Je me renferme sur moi-même et je deviens incapable de prendre la parole. Je ne suis plus sûre d'écouter les gens correctement. D'ailleurs, quelqu'un a t-il déja vécu ça ?
- J'envoie régulièrement bouler ma coloc au moindre "Salut, ça va ?" "Tu as fait quoi aujourd'hui ?" en lui répondant en langage télégraphique et de la manière la moins empathique qui soit (parce que je me force quand même à être sympa, mais ce n'est pas naturel).


Pardon. C'est un peu long. Mais j'espère que ça pourra contribuer à alimenter certains moulins.
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Re: Le burn-out

Messagepar Benoît » Lun 9 Mai 2016 13:56

Je peux apporter mon témoignage car je me remets tranquillou d'un pernicieux burn-out:

Pendant 2 ans j'ai bossé 70 à 120 heures semaine, sans prendre de vacances et ceci à flux tendu, avec:
-une personne cherchant à me faire fiche dehors de façon obsessionnelle
-un informaticien croyant qu'on pouvait livrer les outils en kit à charge pour moi de les coder (j'ai une license de droit, précédée d'un bac L)
-devant expliquer à distance à des gens confondant droite et gauche où placer le curseur de leur souris pour trouver le bouton permettant de trouver la fonction "fermer" ou l'onglet "ceci ou celà" sur le logiciel et ceci par partage d'écran (zen pendants les formations ^_^)
-etc etc...
Après atteinte de l'objectif (je me suis tellement concentré que ça m'a collé une ride du côté gauche o_0) j'ai senti que je n'étais plus du tout proactif, mais juste capable de réagir face aux urgences immédiates (réactif).
Conséquences, une procrastination démultipliée (pas propre chez soi, phobie administrative), et ce sentiment d'être comme un zombie (d'où baisse d'estime de soi car pas propre chez soi, angoisses car phobie administrative = sonnette du facteur, et la turbine qui broie du noir plus souvent qu'elle ne réfléchit (une forme d'éclipse de l'intelligence).

Je m'en remets tranquillement mais j'ai intégré ceci: "dans la vie, tu travaillera dur" ----> on a mis 20 ans à m'en persuader, alors que c'est moi qui avait raison, comme d'hab' :)
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Re: Le burn-out

Messagepar Korrigan » Mer 11 Mai 2016 11:11

Salut,

Bienvenue ici, je connais parfaitement ce que tu décris!!

Prends ton temps et ça revient... Tout revient :)
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Re: Le burn-out

Messagepar Benoît » Mer 11 Mai 2016 11:41

Franck Abagnale a écrit:Salut,

Bienvenue ici, je connais parfaitement ce que tu décris!!

Prends ton temps et ça revient... Tout revient :)



merci ;)
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Re: Le burn-out

Messagepar Napirisha » Ven 2 Déc 2016 00:43

http://journalmetro.com/plus/carrieres/ ... -burn-out/

"Une recherche récente met en lumière une cause insoupçonnée d’épuisement professionnel: l’incongruence de motivation."
"Publiée en août dans la revue spécialisée Frontiers in Psychology, cette étude conclut que l’écart entre les besoins affectifs d’un travailleur et des conditions de travail qui ne le comblent pas toujours est source d’épuisement professionnel"

Il faudrait lire l'article initial, celui-là est vraiment très synthétique, mais ça recoupe assez bien ce que j'ai pu voir dans mon entourage...


voilà l'article d'origine, en anglais.
http://journal.frontiersin.org/article/ ... 01153/full
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Re: Le burn-out

Messagepar Lectrix » Sam 3 Déc 2016 20:58

Je viens tout juste de découvrir ce post qui me paraît particulièrement intéressant. Je ne sais pas si je peux légitimement poster ce message parce ce que je qualifie de "burn out" n'a jamais été désigné comme tel par les médecins que j'ai pu rencontrer à l'époque. Mais avec le recul, il me semble que cela s'en rapproche... Alors j'aimerais, si vous le permettez, apporter ma contribution, aussi maigre soit-elle.


Bref aperçu de mon expérience pour contextualiser mon propos :

Pour ma part, je me suis retrouvée dans cette situation d'épuisement à l'issue de ma première année d'étude. A 17 ans, je choisis une filière que l'on me présente comme très exigeante. Je ne compte pas les fois où l'on m'a mise en garde sur la difficulté de ce que j'allais entreprendre. Justement, j'hésite : je me connais et je me sais capable de me mettre la pression toute seule.
Finalement, je me lance avec le plus grand détachement dont je suis capable : ce n'est que du bonus et je peux toujours partir si je ne le sens pas. Mais surprise, dès les premières semaines, cela s'avère beaucoup plus facile que prévu. Je ne me méfie plus, ma nature revient au galop et je commence à me faire happer par le système. A partir de ce moment-là, je m'enferme, je ne vis plus que pour mes études. Mes résultats ne cessent d'augmenter alors que moi je dégringole, tellement bas que tout en moi me dit stop. Je ne veux pas voir les signaux d'alarme et continue de m'enfoncer dans le travail jusqu'à ce que tout explose brutalement sous la forme de crises d'angoisses incontrôlables. Il m'est alors impossible de mettre un pied dans une salle de classe mais j'essaie quand même, je ne peux pas accepter d'abandonner.
En fin de compte, je n'ai pas eu le choix : je me suis réorientée l'année suivante malgré deux mois de vacances qui n'ont pas suffi à me guérir de cette épreuve. Aujourd'hui, plus de deux ans après, j'en garde encore des séquelles...



Pourquoi ? C'est la question que je me suis longtemps posée. De nombreux facteurs me semblent à l'origine de ce que j'ai vécu :
- ma personnalité : perfectionniste, très sensible au regard que l'on porte sur moi, je m'implique toujours à 100% dans ce que je fais. Cela doit quand même créer quelques dispositions...
- le poids des "on dit" : je n'ai jamais pu vraiment me défaire de toutes les images que l'on m'avait mises en tête. "Tu n'auras plus le temps de rien faire, plus de vie personnelle, du moins si tu veux réussir." Ce n'était pas la réalité mais c'est devenu ma réalité. Je m'en serai aussi bien sortie si je m'étais permis quelques loisirs ou quelques pauses. Mais j'ai recréé cette situation parce que si je ne vivais pas l'enfer, c'était que je ne vivais l'expérience correctement et que je n'en tirais pas tous les bénéfices possibles. (Je mesure à présent toute l'absurdité du raisonnement :D )
- la confrontation à un système qui n'est pas adapté à mon fonctionnement : une pression supplémentaire dont je n'avais pas besoin pour travailler, un système relativement fermé qui tient plus compte de ma performance que de la personne que je suis vraiment, une administration qui ne m'aide pas à reprendre mon souffle au moment où j'en ai le plus besoin...
- la société : si je me suis lancée à corps perdu dans les études, c'était pour optimiser mes chances de voir mon projet professionnel se réaliser un jour. Je vis dans la crainte de ne pas pouvoir faire ce qui me plaît parce qu'il me faut passer par un concours et que rien ne peut me garantir que je l'aurai...

Il me semble donc que pour en arriver à un burn-out, il faut que certains traits particuliers de la personne entrent en corrélation avec des facteurs extérieurs, que le contexte dans lequel évolue l'individu favorise son investissement personnel et psychologique jusqu'à le mener à l'excès et le faire prisonnier de ce mode de fonctionnement.


Pour finir, en me basant sur mon expérience, je dirais effectivement qu'il s'agit d'un phénomène aussi bien physiologique que psychologique. Cela ne tient peut-être moins à ce que j'ai vécu qu'à ce qui en a résulté, à savoir mes angoisses, mais depuis, je fonctionne différemment. Pas seulement moi, mon corps aussi. Si je suis beaucoup plus sensible à la pression, il me semble aussi que mes nerfs sont beaucoup plus réactifs qu'avant.


Mon message est finalement plus long que je ne l'aurais cru. Je suis désolée si je ne m'exprime pas très clairement, je n'ai pas l'habitude d'évoquer ce sujet qui, il faut l'avouer, est un peu tabou et suscite un mur d'incompréhension. Peut-être mon intervention est-elle d'ailleurs un peu trop centrée sur ma personne ? Je souhaitais surtout mettre mon expérience et mes réflexions au service de conclusions plus générales. Ce n'est peut-être pas une franche réussite et si mon message n'a pas sa place ici, je comprendrais parfaitement que vous souhaitiez le supprimer. :)
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Re: Le burn-out

Messagepar soazic » Ven 13 Jan 2017 22:41

Un excellent telefilm passé ce soir sur Arte
http://www.arte.tv/guide/fr/069838-000- ... e-a-ma-vie
Subtil et qui aborde le chemin d'introspection qui peut suivre le burn out.
(Et ENFIN, une image authentique de la psychiatrie, loin des clichés et du sensationnalisme, comme cela fait du bien)
J'ai beaucoup aimé et le conseille vraiment.
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Re: Le burn-out

Messagepar O'Rêve » Dim 15 Jan 2017 21:29

Merci pour ce retour, qui m'a donné envie de le regarder en replay. J'ai beaucoup apprécié.
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