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douance et solitude

Pour des raisons de cohérence de l'ensemble et pour présenter à nos visiteurs une information fiable et claire, cette section est réservée en écriture aux surdoués diagnostiqués.

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Re: Solitude

Messagepar lady space » Jeu 26 Jan 2012 09:25

Cyrano a écrit:Qu’est ce qui fait que je me sens seul, tout en étant entouré ? Qu’est-ce qui fait que les autres m’emmerdent à priori ? Et que l’inverse est sans doute vrai ?


Je me bats avec ça aussi, à la différence que les autres ne m'emmerdent pas mais que j'ai souvent l'impression de ne pas y avoir accès, combiné à la sensation aussi que je leur casse les pieds.

Pour ce que je sais de moi aujourd'hui, je pense qu'à l'origine de cela, y a un lourd passé fait de rejets et mises à l'écart multiples et répétés, que ce soit de la part de mes parents ou plus tard dans la cour de l'école. Ce qui fait que j'ai toujours encore autant envie d'aller vers les gens que quand j'étais gamine, tout en ayant peur de me faire rembarrer à nouveau. Et que je n'ai pas forcément les bons repères pour identifier vers qui je peux aller ni quand on m'apprécie. C'est un schéma très ancien que j'ai pu identifier récemment qui m'attire vers des personnes dont je connais le comportement, c'est à dire justement ceux que je devrais éviter. Depuis que je sais ça, je travaille à changer mon optique et ça m'a déjà apporté quelques surprises très agréables. J'ai donc bon espoir d'améliorer cette situation de solitude à moyen ou long terme, qu'elle devienne moins pesante.
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Re: douance et solitude

Messagepar Cyrano » Jeu 26 Jan 2012 10:20

Le personnage de Cyrano est sans doute le héros le plus seul, le plus solitaire de la littérature française. C'est en partie pour ça qu'il me touche aussi profondément.
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Re: douance et solitude

Messagepar Fabs le vaurien » Jeu 26 Jan 2012 10:23

y'a hulk aussi. :geek1:
Tout le monde peut se mettre en colère. Mais il est difficile de se mettre en colère pour des motifs valables et contre qui le mérite, au moment et durant le temps voulus. (Aristote, Ethique à Nicomaque).
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Re: douance et solitude

Messagepar Cyrano » Jeu 26 Jan 2012 10:28

Fabs le vaurien a écrit:y'a hulk aussi. :geek1:


:D
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Re: douance et solitude

Messagepar Kamak » Sam 4 Fév 2012 01:26

Solitude. C’est par ce mot que je me retrouve ici aujourd’hui.
(Je précise, je ne suis ni testée (ni approuvée !) mais juste... sur un chemin plein de doutes).

C’était l’été, et je m’ennuyais.
C’était l’été, et je saturais.
Trop de tout, trop de rien, trop d’ennui et trop d’envies.
J’étais, je crois, au bord de l’implosion. Comme noyée dans un trop plein.

Même si j’ai toujours ressenti ce besoin de solitude, cette fois, brutalement, j’ai pensé ne plus pouvoir le contenir. Fallait que ça s’arrête. Fallait que ça sorte.
Depuis, je ne sais comment concilier ma vie de couple, ma vie de famille, avec ce besoin vital, animal, de me retrouver. Seule.

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Solitude vivante, solitude vibrante. Ombres et lumière.
Mon refuge, ma tanière, ma bulle, mon oxygène.
Je m’y éparpille, je fonds, je me dissous, je me pulvérise.
Porte ouverte à toutes les émotions. Evasion sans limites.
Je déploie mes antennes.
Et je me reconnecte. Avec moi-même, avec le monde, avec la vie.

Se perdre, se vider, et renaître.
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Re: douance et solitude

Messagepar pixelvois » Sam 4 Fév 2012 02:02

Oui, concilier le besoin de solitude avec le besoin de vie de couple, de famille est loin d'être évident.
Du coup je suis tour à tour très content de mon célibat qui me permet d'assouvir cette soif de solitude à loisir, ou déçu, terriblement déçu, de me voir me faire une raison quand à la ( très ) faible probabilité d'un jour rencontrer la personne avec laquelle je pourrais envisager de construire une famille.
( Si je puis le dire à la façon de Desproges ;) qui écrivait : "Eh bien moi, qui suis à la fois psychotique et névrosé, je suis tour à tour très content que 2 et 2 fassent 4, ou déçu, terriblement déçu, que 2 et 2 fassent 5. Un jour je me réjouis que les quadrilatères aient quatre côtés, le lendemain je me désole à l'idée que les triangles n'en ont que deux".
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Re: douance et solitude

Messagepar pixelvois » Sam 4 Fév 2012 13:14

En fait, je ne sais plus si j'ai fait mienne une solitude induite par ce sentiment de de différence, d'incompréhension, ou si c'était déjà un réel besoin viscéral d'être seul : d'aussi loin que je me souvienne ( dès 5, 6 ans ) j'ai ressenti ce décalage... aussi j'ai appris à l'apprivoiser, à l'assumer, et depuis longtemps maintenant la solitude est "intrinsèquement' mienne ( si j'ose dire ).

Du coup, je m'en vais créer un topic pour sonder un peu à quand remonte chez vous tous ce sentiment de décalage...

[ edit ]
ça se passe là : topic A quand remonte votre sentiment de décalage, de différence..
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Re: douance et solitude

Messagepar Aïnoa » Dim 5 Fév 2012 01:01

Je me retrouve vraiment dans ce que vous dites.

Cette incompréhension, fatigante, lassante, est-ce moi ou est-ce les autres? ou les 2 peut-être? :^)
Avant je pensais que ça ne venait que de moi, que je ne sais pas m'exprimer, exprimer mes idées (ok, j'avoue, j'ai toujours ça en tête, encore plus d'ailleurs depuis le WAIS, parce que je suis "sensée" savoir le faire mais que je n'y arrive pas... :oops: ). Maintenant je sais que ce n'est pas que de ma faute. Pff, ça fait du bien.
Mais le boulot reste le même :-)

Pour en venir vraiment au sujet, la solitude, tantôt ennemie, tantôt amie.
J'ai plus l'impression de la subir que de la choisir.
Je la subie, merci décalage ;) , et je la recherche. Je m'y réfugie pour me protéger du monde, de ce monde extérieur qui ne veut pas de moi, qui m'exclut. Je préfère la choisir, plutôt qu'elle me soit imposée. Du coup j'y vais toute seule, de mon plein gré, na. J'aime pas qu'on m'impose des choses. Je peux y laisser s'exprimer mon vrai moi (je le recherche encore hein, pas encore tout à fait trouvé, mais je suis sur la voie :-) ), mes idées, mon mode de penser, mes passions, mes principes, mes idéaux, ...
Je préfèrerais partager tout cela avec des gens, mais ils ne comprennent pas, me disent anormale, alors comme dit le dicton "Mieux vaut être seule que mal accompagnée".

Mais depuis le WAIS je sais que ce sentiment de solitude, cette solitude ne disparaîtront jamais, et ça, ça me déprime un peu... :worried:
J'aimerai être acceptée comme je suis (utopie, quand tu nous tiens...) -tout en gardant des petits moments rien qu'à moi bien sûr :$
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Re: douance et solitude

Messagepar StormX » Jeu 16 Fév 2012 15:17

La solitude est le lot quotidien des gens qui réfléchissent trop.


Exactement. Et s'il n'y a pas que les surdoués qui passent leurs temps à trop réfléchir, force est de constater qu'ils ont beaucoup plus de chances (ou de malchances ?) de se retrouver seuls, face à leurs différences.

Suivant cette logique, pour moi, on sera toujours d'une certaine façon seul. Mais, un fait, un constat de ce type, n'est et ne sera que ce que nous décidons d'en faire. Une fatalité ou un choix.

Comme beaucoup (tous ?) je suis seul, aussi loin que je m'en souvienne.
Jusqu'alors, cette solitude était subie. Jusqu'à la rencontre d'une personne qui me permit de comprendre "que l'on est pas obligé d'être comme tout le monde". Que vouloir être seul, avoir besoin d'être seul, n'était pas une fatalité mais une richesse, une différence, pas un défaut.

Depuis, j'ai accepté cet état de fait et forcément, cela va beaucoup mieux. Quand on cesse d'aller à l'encontre de son fonctionnement profond, cela aide. :-)

Je doute apporter quelconque nouvautés à ce sujet déja bien fournit. Néanmoins, je viens de reparcourir ce topic, j'y ai piqué quelques posts qui font échos en moi ...et puis ça m'évite de mettre des mots sur des pensées alors que d'autres s'y sont déja arrachés les cheveux et de façon bien plus clair et concise que je ne le ferais jamais. :P

PS : les auteurs, j’espère, m'excuserons d'avoir parfois rogné et mis en gras leurs écrits pour faire ressortir ce qui, à mon sens, est le plus parlant. :-)


lady space a écrit:Je pense pareil que Cyrano: cette solitude a toujours été là et je me suis résignée récemment à accepter qu'elle va rester, au moins en partie.

Je m'explique: je suis plutôt sociable, bien que timide par moments, dans mon enfance et adolescence, j'ai toujours eu plein de potes, de bandes avec qui trainer. Mais je me sentais quand même toujours un peu à l'écart.

Et ça continue à l'heure qu'il est. J'ai beau vivre en couple, avoir une famille nombreuse, des connaissances, mais très peu de véritables amis, il y a une part de solitude qui persiste. Je ne parle pas d'une sorte de solitude existentielle, mais d'une solitude de fait. Dans mon entourage, il n'y a personne à qui je peux vraiment m'ouvrir, à qui je peux parler tout en supposant que j'ai plus de chances d'être comprise que de rencontrer des sourcils levés.

Situation qui relève en partie de mauvais choix stratégiques, pris sans savoir qui je suis vraiment, pour une autre partie de mes particularités et mon histoire personnelles. Pour les autres, je dois être fatigante, je suppose, à toujours chercher le pourquoi du comment, à pousser la réflexion le plus loin possible. Si toutefois quelqu'un veut bien discuter à ce niveau d'intensité déjà. Sinon, c'est moi qui fatigue à force de faire attention à ce que la personne en face peut entendre, son état émotionnel etc. si je n'arrive pas à établir un véritable échange. Ce qui d'ailleurs n'est pas du tout une histoire de douance mais un problème d'authenticité.

En même temps, j'ai besoin de solitude aussi, pour me reposer déjà et puis, pour avancer, réfléchir, ressentir, lire... Donc ce n'est pas que tout noir, il y a bien deux faces d'une même médaille.


rouzejp a écrit:[...] Je vais vous avouer une chose horrible, je me sent immensément seul au sein de ma famille proche. [...]



pixelvois a écrit:
[...]
margoulain a écrit:pis ceux qui en prennent de moi ( des nouvelles ) je me dis que peu etre ils tiennent un temps soit peu a moi....

Exact, et ça fait du bien d'en être presque sûr.
J'assume très bien le fait de n'avoir pas une fréquence de contact régulière avec les gens ( quel que soit le degré d'attachement que je leur porte ), en revanche je tente de les prévenir le plus tôt possible dans mes relations de ma façon de fonctionner : quand ils comprennent c'est très bien, sinon tant pis... et au final j'ai l'impression que ça marche pas si mal.
Le plus compliqué par contre, c'est de gérer les ( très ) longues périodes sans contact : des fois c'est moi qui ne sait plus trop comment renouer le lien, qui a peur de n'être plus "attendu". Et là c'est à moi de me faire violence, et c'est surtout qu'à moi que je peux en vouloir ( même si l'autre a aussi sa petite part de responsabilité et pourrait aussi se bouger le cul pour me montrer qu'il veut de mes nouvelles, la plupart du temps ce sont des gens qui n'ont pas de raisons d'assumer ma façon de fonctionner : je dirais même plus que je dois assumer qu'en agissant ainsi ils respectent peut-être ma façon de fonctionner ) !



coccinelle a écrit:[...]
je serais totalement incapable d'avoir des repas entre potes plusieurs fois par semaine, même une fois par semaine, je suis sur qu'au bout d'un mois je trouverais une excuse pour rester seule chez moi.
Heureusement, mon mari a ce même besoin, donc on se laisse mutuellement au moins 1h par soir sans se parler chacun dans pièce pour vacer à ses occupations solitaires. Les jours où je ne bosse pas et où je suis 24/24h avec mes enfants je trouve cela très pesant justement car j'ai pas mon quota de solitude!!!
Plus jeune je culpabilisais justement d'être seule et non pas dans une bande de potes avec qui trainer....il fallait faire comme tout le monde, mes parents avaient beaucoup d'amis, je pensais donc que je devais faire pareil et comme je n'y arrivais pas vraiment je me trouvais nulle, je culpabilisais de pas être comme tout le monde....
Puis j'ai rencontré mon mari sur le compte de qui j'ai mis notre manque de relation sociale (qui s'est accentué à chaque déménagement), et puis j'ai compris, que j'été aussi responsable que lui....puis j'ai découvert la douance, puis j'ai accepté je me suis acceptée dans mon besoin de solitude un peu plus grand que la moyenne des gens que je connais. Une partie de mon faux self est parti sur ce sujet.
[...]



Shatzy Shell a écrit:
La Magicienne a écrit:@ Noussa :
C'est étrange car dans ton texte tu fais aussi la distinction entre solitude et être solitaire, comme je la ressens. Être solitaire est intégré à l'être, la solitude a quelque chose d'extérieur... de subi.


Personnellement, je ne trouve pas qu'on puisse opposer la solitude au fait d'être solitaire.
Un solitaire peut aimer la solitude a priori. Il y a cependant en effet différentes façons d'être seul.
On peut être solitaire (actif) ou isolé (passif), un être de solitude ou un être d'isolement. Je me répète un peu, comme ce que j'ai dit dans mon précédant post, pour moi il s'agit d'abord d'une qualité d'espace, ouvert ou fermé. Il s'agit alors de liberté ou de contrainte. D'espace disponible à soi pour la solitude, et d'espaces (celui des autres par exemple) inaccessibles à soi mais que l'on désire, dans le cas de l'isolement.

Dans la solitude, je ressens la plénitude et il n'y a rien qui ne puisse me manquer, rien que je ne désire. J'apprécie l'immensité vide autour moi, si reposante. Elle me rempli parce que je ne me ressens pas vide comparée au dehors. Il n'y a pas vraiment de dehors, sans murs, tout est accessible.
Isolée, je me sens vide, je sens le plein, la totalité manquante autour de moi, à laquelle j'aspire, que je désire, mais qui m'est inaccessible car je suis enfermée dans des murs, même si ce sont des murs chimériques. A ce moment, je ressens que l'espace autour est séparé de moi et il me manque.


Je ne ressens pas de douleur à être seule, même si parfois il n'est pas si mal de retrouver quelques personnes. Dans les autres, je me perd parfois, j'ai du mal, à gérer cette limite. Etre isolée avec les autres ou faire totalement céder le mur qui me sépare d'eux. Il faut savoir rester soi quand on ouvre dans un espace occupé, c'est une chose à laquelle je travaille pour ne pas m'éparpiller n'importe où. En même temps je souffre de rester dans l'isolement des murs que j'ai construits entre moi et le monde extérieur. Oui, j'aime vraiment la solitude, et je comprends ce que vous voulez dire en parlant d'antre. Un espace disponible pour prendre plus d'amplitude et se sortir d'un monde souvent trop étroit pour l'esprit et laisser exprimer, sortir du carcan quotidien, les idées, les songes qui n'y ont pas de place autorisée. J'aime tellement être proche de la mer, l'entendre, la sentir, la laisser entrer par mes yeux dans mon corps.



marco a écrit:[...]
Au début de l'été j'ai entendu parler d'un bouquin qui m'a fait totalement rêver : "dans les forêts de sibérie". Sylvain Tesson est parti 6 mois dans une cabane au bord d'un lac sibérien. Je n'ai pas encore lu le bouquin mais il est sur ma table de nuit et je ne devrais pas tarder à pouvoir l'attaquer.
[...]


Le film de cette aventure : http://www.youtube.com/watch?v=9-CxXrRieCM
Perso, j'ai été rebuté par le coté spirituel du personnage. Mais j'en arrive à penser que dans cette solitude extrême l'être est obligé de compenser par un "ami imaginaire"...il peut être spirituel ou autre, tout dépend de votre expérience de vie.

Cela me permet d’enchaîner sur le paradoxe sur lequel nos échanges flottent depuis le début. L'espèce humaine à des besoins, primaires (se nourrir, respirer, se reproduire...), secondaire, et fondamentaux. De cette constation, David Manise (moniteur en vie sauvage et survie (au sens trés large du terme ;) )) a produit un court énoncé, facile à retenir : la règle des trois

On survit :
- trois secondes sans prudence / avec la connerie / l'accident bête
- trois minutes sans O2 dans nos centres vitaux
- trois heures sans régulation thermique
- trois jours sans eau
- trois semaines sans bouffer
- trois mois sans contact social...


Le dernier point étant, bien évidemment, celui qui nous intéresse. Mais il était pour moi intéressant de le replacer dans son contexte : la survie. Car c'est bien de cela que nous parlons.
Je suis pratiquement persuadé que nombre d'entre vous ont un jour (tous le temps ?) eu l'envie de devenir ermite, aventurier solitaire, vagabond etc.
Dans tous les cas, moi oui. :-) Mais depuis, je me suis soigné. :cheers:

En effet, l'expérience d'autres solitaires, l'expérience personnelle de plusieurs jours de solitude (randonnées) m'a fait réaliser à quel point je me trompais. Si avant, pour moi, l’enfer c’est les autres (Sartre), j’ai bien vite compris qu’on ne peut se construire et ressentir le bonheur que dans le regard des autres. Ainsi, cette envie de solitude radicale est biaisée dès le commencent par une idéalisation de ce que cela représente concrètement et une ignorance (ou un déni) de ce qu'est réellement l'être humain : un animal social.

La règle des trois nous permet de nous rappeler qu'à moyen-court terme, vous aurez un besoin viscéral, primaire de contact humain. D'ailleurs, dans l'aventure de Sylvain Tesson, c'est plus ou moins aux alentours de 3 mois qu'il ressent le besoin de traverser le lac pour partir à la rencontre de quelqu'un. N'importe qui, juste quelqu'un, un contact humain dans sa plus simple nature.
D'où la distinction, que je partage, expliquée clairement par Shatzy Shel et que je considère d'une importance fondamentale : la différence entre la solitude et l'isolement (cf ci dessus).
La limite entre les deux étant perméable (dans les deux sens, heureusement) et particulièrement ténue il est très facile de tomber du mauvais coté du miroir et pas forcément d'en revenir.
Si la solitude peut aider à vous ressourcer, l'isolement fera tout l'inverse. Attention donc. ;)

Aujourd'hui, je suis content de ne plus percevoir la solitude comme un autre défaut de mon personnage. Bien au contraire, je le cultive comme une richesse. Dans le sens où, tout comme dans mon potager, je fais en sorte qu'elle soit productive mais pas envahissante. Protégée des autres, mais pas toute puissante.
Pour ce faire, à défaut de comprendre pourquoi je suis comme cela, et je ne remercierais jamais assez celle qui me permit d'y arriver, il faut simplement s'accepter.
Mettre des mots, identifier sa différence est simplement un outil qui permet d'y arriver plus rapidement. Mais il est tout à fait réalisable d'accepter quelque chose sans comprendre comment il fonctionne entièrement.
Accepter sa différence, son besoin de solitude, c'est chercher à atteindre le juste milieu parfait pour, d'une part, être accepté comme tel et d'autre part et avant tout, être bien dans sa peau. Même s'il serait de bon ton que lorsqu'une différence se présente les parties concernées s'adaptent d'un même geste force est de constater que c'est bien souvent celui qui en est à l'origine qui se doit de se faire violence. Se trouve ici, la frontière entre la solitude et l'isolement. Arriver à se faire violence pour être intégrer sans attendre, d'aucune manière, que les autres fassent cet effort pour vous. Si vous êtes isolé en souffrance, j'aurais tendance à dire, sans remord, que cet état de fait n'est que la conséquence direct de vos choix. De rien et personne d'autre.
Il ne tient, donc, qu'à vous de repasser du bon coté de la frontière. Alors...sortez vous les doigts du cul !

Apprécier d'être seul, au final, c'est même bien plus une force qu'une faiblesse. Au sein de notre société occidentale, nous serons, inévitablement, bien plus de fois seul qu'à plusieurs durant notre existence. Savoir le gérer, fait de nous, des privilégiés, alors profitons-en ! :-)
Notre cerveau n'est pas fait pour penser. Notre cerveau est fait pour agir : fuir ou lutter.
L'angoisse vient lorsque nous sommes dans l'impossibilité d'agir.

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Re: douance et solitude

Messagepar pixelvois » Ven 17 Fév 2012 07:02

J'étais parti pour plussoyer ceci :
StormX a écrit:"que l'on est pas obligé d'être comme tout le monde". Que vouloir être seul, avoir besoin d'être seul, n'était pas une fatalité mais une richesse, une différence, pas un défaut.

Mais tu me cites ( en soulignant efficacement en gras ), donc j'ai plus grand chose à dire ! ;)

StormX a écrit:Je suis pratiquement persuadé que nombre d'entre vous ont un jour (tous le temps ?) eu l'envie de devenir ermite, aventurier solitaire, vagabond etc.

En effet, ermite surtout : j'ai toujours pensé qu'au détour des difficultés de la vie, je pourrais finir par choisir de fuir en le devenant... mais sans doute plus comme un inaccecible rêve, un fantasme, qu'autre chose.

StormX a écrit:j’ai bien vite compris qu’on ne peut se construire et ressentir le bonheur que dans le regard des autres. ( ... ) ce qu'est réellement l'être humain : un animal social.

Je n'en suis pas persuadé : certes, l'être humain est un animal social, et si j'apprécie le contact, l'échange et la confrontation, si je recherche en l'autre un miroir pour mieux me comprendre, en revanche je pense que l'être humain peut se réaliser et trouver son bonheur dans une solitude totale ( mais c'est peut-être à cause de ma part mysanthrope ). Par ailleurs, être ermite n'exclue pas le contact avec les autres, sauf que dans ce cas, si on ne va pas vers les autres, on est ouvert à la venue des autres ( cela rejoint ma conception de voyageur immobile que je me sens être : je suis sédentaire dans l'âme, et pense pouvoir voyager par le biais des non-sédentaires qui croisent mon chemin ).

StormX a écrit:Si la solitude peut aider à vous ressourcer, l'isolement fera tout l'inverse.

Quand tu fais le distinguo entre solitude et isolement, je le fait entre solitude choisie et subie...

Sinon, dans l'ensemble, j'aime bien ta réflexion, et qui sait comment nous pouvons évoluer : il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ;) ; ou autrement dit : le besoin / choix de solitude est susceptible de changer / évoluer selon l'âge, le moment, les circonstances, etc.

Merci aussi pour le lien vers le film 6 mois de cabane au Baïkal ( cf. : article à propos de ce documentaire sur le site de France 5 ) tiré du livre Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson : j'imagine qu'il est réducteur, comme souvent ce genre d'adaptation ( par exemple : livre et film L'enfant des neiges de Nicolas Vannier ), mais il pourrait m'encourager à lire le bouquin... J'imagine par ailleurs qu'à l'instar de cet autre film de Nicolas Vannier Le dernier trappeur, il s'agit d'une reconstitution plus ou moins fictionnée, contrairement à L'enfant des neiges qui est un montage des images que l'auteur à filmé durant son périple / aventure ?
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Re: douance et solitude

Messagepar StormX » Ven 17 Fév 2012 09:01

pixelvois a écrit:J'étais parti pour plussoyer ceci :

StormX a écrit:Je suis pratiquement persuadé que nombre d'entre vous ont un jour (tous le temps ?) eu l'envie de devenir ermite, aventurier solitaire, vagabond etc.

En effet, ermite surtout : j'ai toujours pensé qu'au détour des difficultés de la vie, je pourrais finir par choisir de fuir en le devenant... mais sans doute plus comme un inaccecible rêve, un fantasme, qu'autre chose.

StormX a écrit:j’ai bien vite compris qu’on ne peut se construire et ressentir le bonheur que dans le regard des autres. ( ... ) ce qu'est réellement l'être humain : un animal social.

Je n'en suis pas persuadé : certes, l'être humain est un animal social, et si j'apprécie le contact, l'échange et la confrontation, si je recherche en l'autre un miroir pour mieux me comprendre, en revanche je pense que l'être humain peut se réaliser et trouver son bonheur dans une solitude totale ( mais c'est peut-être à cause de ma part mysanthrope ). Par ailleurs, être ermite n'exclue pas le contact avec les autres, sauf que dans ce cas, si on ne va pas vers les autres, on est ouvert à la venue des autres ( cela rejoint ma conception de voyageur immobile que je me sens être : je suis sédentaire dans l'âme, et pense pouvoir voyager par le biais des non-sédentaires qui croisent mon chemin ).


La représentation que je me faisais d'un ermite, c'est vraiment un être qui se serait retiré au fin fond de la nature, isolé complètement du reste de l'humanité. Dans ce sens là, pour moi c'est impossible à vivre tout en étant heureux. Ou tout du moins, je ne le conçois vraiment pas du tout.
Mais par contre, à l'inverse, comme tu le fais remarquer, on peut être dans le juste milieu, dans une solitude extrême, avec un contact humain (qui peut être physique ou non hein ;) ) et s'en satisfaire.
M'enfin...j'peux me tromper. :-)

pixelvois a écrit:Sinon, dans l'ensemble, j'aime bien ta réflexion, et qui sait comment nous pouvons évoluer : il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ;) ; ou autrement dit : le besoin / choix de solitude est susceptible de changer / évoluer selon l'âge, le moment, les circonstances, etc.


Exactement ! Et si aujourd'hui, en pleine jeunesse, ce besoin de solitude est exponentiel, je me garde la possibilité de changer plus tard. Et cela fait un bien fou de se le dire !
Mais ceci m'est possible seulement depuis que j'ai réussi à faire en partie la paix avec moi même et que je ne subis plus cette solitude. Elle est sous contrôle, j'en profite et en joue.


pixelvois a écrit:Merci aussi pour le lien vers le film 6 mois de cabane au Baïkal ( cf. : article à propos de ce documentaire sur le site de France 5 ) tiré du livre Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson : j'imagine qu'il est réducteur, comme souvent ce genre d'adaptation ( par exemple : livre et film L'enfant des neiges de Nicolas Vannier ), mais il pourrait m'encourager à lire le bouquin... J'imagine par ailleurs qu'à l'instar de cet autre film de Nicolas Vannier Le dernier trappeur, il s'agit d'une reconstitution plus ou moins fictionnée, contrairement à L'enfant des neiges qui est un montage des images que l'auteur à filmé durant son périple / aventure ?


De ce que je me souviens, il a capturé le film lui même durant ses 6 mois de solitude. Il avait avec lui le matériel caméra et zou.
Par contre, cela signifie quelque chose : il n'était pas seul. J'aurais tendance à assimiler cette caméra, cet oeil, à un autre qui l'accompagnait partout. La voix off qu'il narre tout le long du film n'est rien d'autre que le regroupement de tout les dialogues qu'il a pu avoir avec cet "autre".
J'ai l'impréssion de comprendre ce sentiment à travers mon expérience de la randonnée. Quand je fais des photographies, quand il m'arrive ou que je vois des choses intéressantes, j'imagine souvent comment je vais pouvoir le raconter. Je pense aux phrases, je fantasme sur les réponses ect. Bref, je ne suis pas seul. :-)
Notre cerveau n'est pas fait pour penser. Notre cerveau est fait pour agir : fuir ou lutter.
L'angoisse vient lorsque nous sommes dans l'impossibilité d'agir.

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Re: douance et solitude

Messagepar pixelvois » Ven 17 Fév 2012 10:51

StormX a écrit:Mais ceci m'est possible seulement depuis que j'ai réussi à faire en partie la paix avec moi même et que je ne subis plus cette solitude. Elle est sous contrôle, j'en profite et en joue.

En effet, si j'envisage possible ( mais ce n'est qu'une supposition : rien ne me permet de l'affirmer ) qu'on puisse se réaliser et trouver le bonheur dans la solitude totale ( donc l'isolement ), ce n'est qu'à condition de réunir ces deux éléments : être en paix avec soi-même ( reste à savoir si, comme de la poule et de l'oeuf, cette paix peut-être induite par la solitude et / ou réciproquement ), et faire le choix cet isolement...

StormX a écrit:J'ai l'impression de comprendre ce sentiment à travers mon expérience de la randonnée. Quand je fais des photographies, quand il m'arrive ou que je vois des choses intéressantes, j'imagine souvent comment je vais pouvoir le raconter. Je pense aux phrases, je fantasme sur les réponses ect. Bref, je ne suis pas seul. :-)

C'est exactement par ce genre de chose, qu'il me semble que l'isolement à long terme me paraît envisageable : le discours intérieur, et la trace ( écrit, dessin, photo, etc. : le discours extérieur, si j'ose dire, qui augmente le discours intérieur, d'une part d'un retour sensitif voire cognitif, et d'autre part de l'imaginaire d'une réception, avec ( échange ) ou sans retour par un être humain ).
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Re: douance et solitude

Messagepar kingubu » Sam 18 Fév 2012 22:47

C'est marrant, je mène depuis 5 ans un travail photographique qui s'appelle « Calcul de la solitude » [c'est là pour ceux que ça intéresse, un court extrait] Et c'est doublement marrant car je vais maintenant pouvoir continuer, mais en sachant… Ne me demandez toutefois pas ce qu'on obtient comme résultat en calculant, je ne suis à ce jour parvenu à aucune conclusion digne de ce nom :)
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Re: douance et solitude

Messagepar Kayeza » Lun 20 Fév 2012 12:05

Aïnoa a écrit:Cette incompréhension, fatigante, lassante, est-ce moi ou est-ce les autres? ou les 2 peut-être? :^)
Avant je pensais que ça ne venait que de moi, que je ne sais pas m'exprimer, exprimer mes idées (...). Maintenant je sais que ce n'est pas que de ma faute. Pff, ça fait du bien.
Mais le boulot reste le même :-)


Je pense que c'est juste une question d'adéquation : c'est l'association des deux ("nous" et "eux", ou en anglais "us" and "them" http://www.youtube.com/watch?v=s_Yayz5o-l0...) qui foire et ce n'est la faute de personne. Ce qui fait du bien, à mon avis, c'est d'arrêter d'essayer : si ça ne colle pas, c'est la faute à personne, c'est juste comme ça, et on peut consacrer cette énergie à quelque chose de plus constructif. A mon sens, le boulot consiste surtout à choisir ses fréquentations pour éviter de perdre du temps et de l'énergie avec des gens avec qui la relation ne peut que foirer - et à faire au mieux avec les gens qu'on ne peut pas éviter (genre la famille).

Aïnoa a écrit:Mais depuis le WAIS je sais que ce sentiment de solitude, cette solitude ne disparaîtront jamais, et ça, ça me déprime un peu... :worried:
J'aimerai être acceptée comme je suis (utopie, quand tu nous tiens...) -tout en gardant des petits moments rien qu'à moi bien sûr :$

Je pense que l'essentiel du travail d'acception se fait en soi. C'est en s'acceptant soi-même comme on est, sans chercher à rentrer dans quelque moule que ce soit, qu'on peut trouver une paix véritable. Parce qu'alors le regard des autres perd de son importance. Et du coup, la solitude pèse moins. Parce qu'on n'hésite pas à fuir les fréquentations nuisibles ou indifférentes, parce qu'on arrive mieux à choisir les gens avec qui on se sent bien (sans tergiverser du genre "mais non, il/elle ne va pas s'intéresser à moi, je ne suis pas assez bien") et aussi parce qu'on se sent bien seul avec soi-même, tout simplement. Etre son meilleur ami, c'est la base de tout. Et ça aide à choisir ses fréquentations (j'insiste un peu sur cet aspect de la question parce que ça me semble capital).

StormX a écrit:Arriver à se faire violence pour être intégrer sans attendre, d'aucune manière, que les autres fassent cet effort pour vous. Si vous êtes isolé en souffrance, j'aurais tendance à dire, sans remord, que cet état de fait n'est que la conséquence direct de vos choix. De rien et personne d'autre.
Il ne tient, donc, qu'à vous de repasser du bon coté de la frontière. Alors...sortez vous les doigts du cul !

Oui, se plaindre que c'est la faute des autres, c'est un peu facile... :angel4:
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Re: douance et solitude

Messagepar Pier Kirool » Jeu 4 Oct 2012 10:23

Je n'ai rien de très original à ajouter aux posts sur l'ambivalence entre souffrance et repos liés à la solitude. Et à l'importance de ne pas avoir besoin de l'autre pour être bien, donc d'être bien avec soi-même.
Juste vous conter qu'à 20 ans, par là, en soirée, j'étais, disons isolé, seul quoi, assez vite même, trop de bruit, de l'ennui, pas assez de conversations tenables sans hurler... Trop de mecs autour des jolies filles aussi, etc etc... C'était un peu pareil dans les bandes ; je marchais toujours sur l'autre trottoir... Et un jour, un pote est venu vers moi en me disant "c'est marrant, toi, tu n'es pas tout seul en fait, tu es avec tout le monde". C'était une jolie manière de me remettre avec tout le monde.
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Re: douance et solitude

Messagepar Singularité » Sam 6 Oct 2012 16:53

Je tenais à partager avec vous quelques passages qui m'ont personnellement marqué et qui ont enfanter en mon sein une certaine rencontre (issues d'une lecture récente et semble-t-il, en tout cas je l'espère, pouvant apporter quelques contributions à notre réflexion.)

"Mais tout ce qui ne sera qu’un jour lointain possible au nombre, l’homme de solitude peut dès maintenant en jeter la base, le bâtir de ses mains qui se trompent moins. Aussi, cher Monsieur, aimez votre solitude, supportez-en la peine : et que la plainte qui vous en vient soit belle. Vous dites que vos proches vous sont lointains ; c’est qu’il se fait un espace autour de vous. Si tout ce qui est proche vous semble loin, c’est que cet espace touche les étoiles, qu’il est déjà très étendu. Réjouissez-vous de votre marche en avant ; personne ne peut vous y suivre. Soyez bon envers ceux qui restent en arrière, sûr de vous et tranquille en face d’eux. Ne les tourmentez pas avec vos doutes. Ne les effrayez pas par votre foi, par votre enthousiasme : ils ne pourraient comprendre. Cherchez à communier avec eux dans le simple et dans le fidèle : cette communion ne doit pas nécessairement subir les mêmes transformations que vous. Aimez en eux la vie sous une forme étrangère. Ayez de l’indulgence pour ceux à qui l’âge fait redouter cette solitude à laquelle vous vous abandonnez. Évitez de nourrir le drame toujours pendant entre parents et enfants ; il use tant la force des enfants, et il épuise cet amour des vieux qui n’a pas besoin de comprendre pour agir et pour réchauffer. Ne leur demandez pas conseil. Renoncez à être compris d’eux. Croyez seulement en un amour, qui vous est gardé comme un bien d’héritage. Soyez certain qu’il y a dans cet amour une force, une bénédiction qui peuvent vous accompagner, aussi loin que vous alliez.
Il est bien que vous adoptiez d’abord une carrière qui vous rende indépendant et vous livre entièrement, et dans tous les sens, à vous-même. Attendez patiemment de savoir si votre vie la plus profonde se sent à l’étroit dans le cadre de votre métier. Je tiens ce métier pour difficile et plein d’exigences, alourdi qu’il est par le conventionnel, ne laissant aucune place à la personnalité. Mais votre solitude, même dans ces conditions contraires, vous sera soutien et foyer ; c’est d’elle que vous tiendrez tous vos chemins. – Mes voeux sont prêts à vous y accompagner, et ma confiance.
Votre Rainer Maria Rilke." (p31-33: "http://beq.ebooksgratuits.com/classiques/Rilke_Lettres_a_un_jeune_poete.pdf")


"Appliquez, cher Monsieur, vos pensées au monde que vous portez en vous-même, appelez ces pensées comme vous voudrez. Mais qu’il s’agisse du souvenir de votre propre enfance ou du besoin passionné de votre accomplissement, concentrez-vous sur tout ce qui se lève en vous, faites-le passer avant tout ce que vous observez au dehors. Vos événements intérieurs méritent tout votre amour. Vous devez pour ainsi dire y travailler, sans perdre trop de temps ni trop de force à éclaircir vos rapports avec les autres. Qui vous dit d’ailleurs qu’il en est pour vous ? –[rmq: je trouve(Singularité)que la traduction suivante, celle de ma lecture initiale est plus explicite: "et ne pas perdre trop de temps et de courage à éclaircir votre position par rapport aux hommes. Qui, en fait, vous dit qu'après tout vous en ayez une? (Lettres à un jeune poète: le livre de poche p63)]. Je sais, votre métier est dur et vous heurte. J’avais prévu vos plaintes ; elles devaient venir. Maintenant qu’elles sont venues, je ne peux pas les calmer. Tout ce que je peux, c’est vous conseiller de vous demander à vous-même si tous les métiers ne sont pas ainsi, pleins d’exigences, hostiles à la personne, comme imbibés de la haine de ceux qui se sont trouvés sans argument et maussades en face du devoir tout nu.
La condition dont vous devez actuellement vous accommoder n’est pas plus lourdement chargée de conventions, de préjugés et d’erreurs que n’importe quelle autre condition. S’il en est qui donnent l’apparence de mieux sauvegarder la liberté, aucune n’a les dimensions qu’il faut aux grandes choses dont est faite la vraie vie. Mais l’homme de solitude est lui-même une chose soumise aux lois profondes de la vie. Et quand l’un de ces hommes s’en va dans le jour qui se lève ou qu’il dresse son regard à la nuit tombante, cette heure pleine d’accomplissements, s’il sent ce qui s’y accomplit, alors il dépouille toute condition, comme un homme qui meurt, bien qu’il entre alors, lui, dans la vie véritable. Quant à vos traverses d’officier, cher Monsieur Kappus, vous en auriez connu de pareilles dans toute autre profession. Et même si, loin de tout métier, vous aviez cherché à créer entre vous et la société des rapports souples et libres, ce sentiment
d’oppression ne vous aurait pas été épargné. Il en va partout ainsi, mais ce n’est pas une raison d’être inquiet ou triste. S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être près des choses : elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et dans celui des bêtes, tout est plein d’événements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l’enfant que vous fûtes : tristes et heureux ; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien." (p39-41: http://beq.ebooksgratuits.com/classique ... _poete.pdf.)

"Ne vous laissez pas troubler dans votre solitude parce que vous sentez en vous des velléités d’en sortir. Ces tentations doivent même vous aider si vous les utilisez dans le calme et la réflexion, comme un instrument pour étendre votre solitude à un pays plus riche encore et plus vaste." (p46 ibid).

En souhaitant que ce message n'aura pas été trop long et que d'aucuns pourront y trouver quelque intérêt.
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Re: douance et solitude

Messagepar Louise » Mer 10 Oct 2012 19:49

Je vais pas forcément faire avancer la réflexion hein, vous êtes partis loin déjà, mais ce mot m'évoque aussi des choses, que j'avais envie de poser.

La solitude est le lot quotidien des gens qui réfléchissent trop.

Alors je ne réfléchis pas trop.
Je ne me retrouve pas tant que ça dans vos écrits, un peu comme sur le topic du sentiment de décalage, en fait. Enfin si, mais non... Peut être encore une question d'angle de vue. Je pense avoir bien plus besoin des autres, que besoin d'être seule.

La phrase citée m'interpelle, et ma réponse au réflexe met quand même le doigt sur quelquechose. En fait, je pense très sincèrement ne pas fonctionner dans mes relations sociales en étant dans la réflexion. Là aussi je me sens unique parmi "les gens", donc pas anormale, ou pas anormalement seule à être différente parmi des différences.
Pour moi la solitude, c'est simplement soi-même, l'essence, l'intégrité. Ce à quoi personne ne peut/doit toucher.
Ce qui fait qu'après une semaine en vacances en famille"élargie", après quelques WE à voir du monde, après une après midi en ville, j'ai besoin de me recentrer, de me retrouver. Je ne saurai trop dire si c'est pour être hors stimulation ou hors obligation de faire un minimum de relations sociales et que ça me fatigue, ou nécessiter de faire une pause pour intégrer ce qui vient d'être vécu. (J'alterne beaucoup contemplation/glandage et action, les deux dans l'extrême, contemplation rime souvent avec besoin d'être seule.)
Je me rends bien compte que du point de vue de qui partage ma vie, j'ai un jardin secret immense.

Mais à côté de ça....
En fait, à quelques rares mois de stage ou vadrouilles près, je n'ai jamais vécu seule. Et je crois que ça me rendrait tarée. Le fait de ne pas avoir de miroir, de cadre, d'écho, ferait que je me perdrais dans les méandres de mes angoisses et réflexions, c'est sûr.
Et d'un autre côté, je suis "sauvage". Les discussions entre parents à la sortie de l'école me saoulent, les discussions avec mon petit vieux de voisin me saoulent, le blabla avec le facteur, la coiffeuse, tout ça me saoule.
Mais je les aime, très sincèrement, "les gens". Ils me touchent. Et plus ils se débattent dans leurs paradoxes d'être humains, plus ils me touchent, je serais bien incapable d'expliquer pourquoi. J'ai une infinie tendresse et capacité de compréhension envers "les gens". Peut être c'est ça, peut être que lorsqu'il y a de l'amour à donner et recevoir, même si c'est infime, même si c'est ambiant, il ne peut y avoir de solitude. Tous ces gens qui vibrent, ça fait des ondes, et on doit bien en capter quelques unes.

Qu'est ce qui fait qu'on se sent seul parmi plein? (la solitude subjective et non pas objective...)je n'en sais rien. Mais par définition, elle est propre à chacun et peut être modifié par l'angle par lequel on observe nos vécus. Je me sens seule, vraiment seule, quand je suis en couple et que l'autre me rejette quand je me mets à nu. Je dis en couple, parce que ça concerne donc deux personnes dans ma vie, les deux en lesquelles j'ai eu une confiance absolue. Assez pour leur demander de l'aide. Et là quand elle m'est refusée (ou pire, qu'on ne PEUT pas me la donner) je me sens seule parce que je sens que personne ne peut m'aider.
Mais ça arrive peu. Je suis (ou j'ai fait en sorte? ou les adultes qui m'ont élevé ont fait en sorte que?) d'être autosuffisante affectivement (et matériellement) parlant.

Je n'ai donc pas "besoin" des autres au sens strict du terme, je choisis d'être là où je suis. Et le fait d'être présent, d'être présent à l'ennui, au bonheur, aux bassesses, aux discussions sur la pluie et le beau temps fait qu'on est dans le partage.. et donc qu'on ne se sent pas seul.
Tout n'est pas obligé d'être stimulation intellectuelle.
Quelqu'un peut stimuler tes sens, apporter juste de la joie à ta journée par sa bonne humeur, être là pour une tranche de rire, t'émouvoir par son histoire...
Et puis même, moi en fait j'en connais plein des gens qui me bousculent dans mes convictions, avec lesquels je peux refaire le monde.. allez pas mettre ça sur le compte de la douance, hein, statistiquement on est 2%, c'est énorme. Je sais bien que diagnostiquer à l'oeil c'est le mal, mais ma main au feu que à peu près 60% (minimum, en fait) de mes potes actuels "en" sont. Après, se sentir connecté à un autre être humain, faire passer le courant dans un sens ou dans l'autre, ça ne peut marcher que dans l'authenticité. De masque à masque, fatalement, il se passe rien.

Bon je m'égare... ou pas, chais pas, mais en tous cas, la solitude (cad ne pas avoir de contact avec d'autres personnes) c'est bien quand tu la choisis. Parce que si tu la subis, je trouve personnellement que ça rend fou. Moi c'est l'impression que ça me donne.
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Re: douance et solitude

Messagepar asdf » Mer 10 Oct 2012 20:03

Sympa ton résumé Louise

Louise a écrit:De masque à masque, fatalement, il se passe rien.


Quand j'étais arrivé ici, j'avais dis "de toute, si tu vas au bal masqué tu peux pas voir si tu plais, ou si on te plait".

Plus je grandis, plus je quitte ma virtualité, plus je vois que chaque être humain que je croise rencontre exactement les mêmes ressenties que moi. Si similaire, si distant en même temps. Une chose est sûr, malgré ces similitudes, les parcours, vécu, conception génétique, font que la façon de constater, d'exprimer, de vivre tel ou tel sentiment diverge.

Un autre truc m'a marqué dans ce que tu dis, c'est "l'appel à l'aide quasi impossible". Les moments ou j'ai besoin de solitude? Quand je n'arrive pas à résoudre un tourment.
Derrière j'aime le genre humain, ils sont quasiment tous beaux, et peuvent quasiment tous t'apprendre un truc sur toi même, ou sur le monde. Juste que j'ai le plein pouvoir pour décider quand je me connecte ou non au reste du monde.
Ma bulle, mon isolement, tout en gardant l'envie, la possibilité de créer un pont.


On est tous unique, mais tous si semblable, 2% ou non. C'est pas par ce que la réaction apparente n'est pas la même que ça nous éloigne tant que ça d'un humain.
Demandez à chaque personne à qui vous parlez si elle n'a pas eu la boule au ventre un matin avant d'aller au collège, ou au lycée. Ce truc insurmontable que nous avons quasi tous connus.
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Re: douance et solitude

Messagepar CortO » Dim 19 Jan 2014 03:43

Bon, je déterre cette vieille discussion. Même si je ne vais pas y apporter grand chose car beaucoup a déjà été dit et ces échanges sont passionants. En tout cas merci à tous! Que ça fait du bien! J'ai lu de trés beaux textes sur la solitude. (Merci Mlle Rose, merci Prudence pour la chanson de Barbara, chanteuse qui me touche tellement)

En vous lisant Je me rends compte que je pars de trés loin en ce qui concerne l'acceptation de soi! Même si je me retrouve dans énormément de ce que vous ecrivez sur le besoin de solitude, je n'ai jamais envisagé cela aussi sereinement que la plupart d'entre vous! J'ai toujours considéré ça comme un truc pas trés normal ou une sorte de bizarrerie contre laquelle il faudrait lutter ou qu'il faudrait au minimum plus où moins cacher. En tout cas j'ai souvent ressenti une certaines culpabilité vis-à-vis de ce besoin de solitude. (Combien de fois me suis-je suis demandé ce qui pouvait bien clocher chez moi pour que je ressente le besoin de m'isoler par exemple dans une occasion où l'on passe un bon moment en famille? Ou bien culpablisier d'être content qu'il s'absentent TOUS quelques heures ou quelques jours...)

Sinon dans mon esprit une forme de solitude est également associé au sentiment de liberté. Plus jeune je ne concevait la vrai liberté que de manière solitaire. Jusqu'à maintenant d'ailleurs je me rend compte que je ne me sens vraiment libre que quand je suis seul (et même d'ailleurs si je ne fais rien de particulier de cette liberté, mais le sentiment est là)
Au fil du temps je me suis cependant rendu compte qu'à un certain moment on se heurte à quelque chose, il y a comme une sorte de déception; ça "tourne dans le vide" si l'on n'a pas à un certain moment un regard extérieur (ça rejoint en partie ce que dit trés bien StormX)
D'ailleurs j'ai été fasciné part le film "Into the wild". En fait c'est exactement ça. Ce besoin de liberté qui entraine une sorte de quête forcément solitaire. Et une forme d'exaltation que l'on ressent à ce moment là. Puis la conclusion du film qui (sans la raconter!) remets "l'autre" dans le jeu...
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Re: douance et solitude

Messagepar PointBlanc » Mer 13 Jan 2016 18:48

Je me suis longtemps senti coupable de ne pas être avec les autres - après un temps, j'étais très jeune, où je m'en moquais.
Il ne fallait pas être seul - parce que d'une façon ou d'une autre c'était mal vu, et donc peut-être dangereux. J'ai fait comme j'ai pu pour me trouver des amis le temps de traverser l'adolescence : ceux que tout le monde voulait comme amis, aussi ceux dont personne ne voulait. Il y en avait dont j'étais plus proche, à qui je racontais mes rêves, qu'ils écoutaient poliment. Ils me racontaient les leurs, je faisais la même chose. Et puis quand ça n'a plus été si nécessaire, quand j'ai senti que ça ne m'apportait rien, j'ai arrêté. Nous avons disparu de nos vies respectives.
J'ai recroisé l'un d'eux récemment : je me suis demandé ce qu'il pouvait bien comprendre à l'époque, de tout ce que je pouvais dire. Peut-être appréciait-il simplement que je me taise quand il parlait, et réciproquement.

J'ai désiré sexuellement - je n'ai jamais été amoureux. Pas un seul instant. Je n'ai jamais souhaité partager ma vie avec qui que ce soit. Je ne veux pas non plus d'enfants - pas pour des questions éthiques, seulement parce que je ne vois pas de sens à en avoir. J'ai rarement dit ces choses, et quand je l'ai fait j'ai dû endurer tous ces sermons sur la relation - comme si je n'étais en relation avec rien ni avec personne - ou tous ces déballages de cartes postales sur le couple qui fait grandir, de la part de gens qui à bien des égards ne me semblaient pas si adultes que ça.
Les autres ne me manquent pas. Comment le pourraient-ils ? Ils sont partout. Ce n'est pas un mal : je n'ai simplement pas besoin de mes autres à moi, c'est tout.

J'ai parfois besoin de parler à mon rythme : j'ai un ami - le dernier qui me reste, je crois - avec qui c'est possible. Il y a aussi ce forum - non que j'espère y être compris, mais au moins je peux y écrire sans que ça semble incongru. Ou bien j'écris de mon côté, avec lenteur et minutie. Quelquefois un dialogue naît de tout ça, et j'y prends plaisir. Mais quand il cesse, ça ne me manque pas. Les gens derrière les mots ne me manquent pas. Je ne sais pas ce qu'est ce manque.

Longtemps, donc, je m'en suis senti terriblement coupable ; et puis il y a eu le test, et la suite. Aujourd'hui je me dis que c'est ce que je suis : seul en apparence, jamais vraiment dans la réalité. La solitude serait horrible si je l'éprouvais pour de bon, mais je finis par croire qu'en vérité j'ai ma façon propre de ne pas être seul : il faudrait, pour que je le sois, une chambre blanche, un silence absolu, pas le moindre écho de musique ni de voix humaine ni même de bruit quel qu'il soit ; ni rien à voir, à goûter, à éprouver ; ni la moindre pensée sur rien.

Certains soirs je reste dans le noir à fumer : même ainsi le monde est plein, riche, complexe. Le calme de la rue est tout un discours sur les choses, et l'ombre dans la pièce, et le rougeoiement de la cigarette, et - c'est ce que je préfère - la rumeur du souffle, le jeu des nerfs, le flux des pensées qui ne tarit pas - pensées effleurant les objets, s'effleurant entre elles et puis se rétractant presque aussitôt. C'est bien ainsi. Je peine à croire que ce soit stérile, qu'il faille absolument vivre autre chose, être quelqu'un d'autre.
Pour répondre à qui ?
A quel devoir d'homme ?
Je ne fais de mal à personne.
Que dois-je faire ?
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Re: douance et solitude

Messagepar Grabote » Mer 13 Jan 2016 19:36

Ah! PointBlanc, comme je t'envie ! J'aimerai tant n'avoir pas besoin d'être en relation !
(sauf pour l'amour, c'est si bon quand ça existe :$ , je veux bien en payer le prix du manque).
PointBlanc a écrit:Je ne fais de mal à personne.

et tu as le doit d'être qui tu es.
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Re: douance et solitude

Messagepar Nelle » Lun 14 Nov 2016 17:42

Je ré ouvre ce fil de discussion...
Merci pour ceux qui y ont contribué, j'ai trouvé le texte de Mlle Rose très beau... Êtes-vous toujours dans le même état d'esprit aujourd'hui ?

Je me retrouve beaucoup dans ce que vous avez dit les uns et les autres, je me sens un peu plus proche du parcours de Kayeza.
Comme le décrivait très bien Shatzy Shell, ou d'une autre façon, pixelvois, j'ai toujours oscillé, depuis gamine entre des moments de solitude choisie ( pour faire ce qu'on a envie, tiens), et d'autres plus douloureux de solitude/isolement subi, parfois ne sachant pas comment délimiter la frontière entre ces deux états, selon le contexte et la nature des émotions qui me traversaient dans ces moments-là.

Les moments choisis de solitude s'imposaient (et s'imposent toujours) presque d'eux-même, comme la soupape d'une cocotte-minute, quand la fatigue des autres, la mienne pour eux, le trop plein d'émotions étaient (sont) trop lourds à gérer.
Le dernier exemple en date : quelques jours de randonnée, complètement seule, cet été, dans la montagne, quelques mois après le test wais et son résultat ( hasard ou coïncidence ?!) : une journée, entre autres, sans voir un seul humain, juste la nature dans toute sa splendeur pour me tenir compagnie, et me permettre ce voyage intérieur que je me suis enfin autorisée à vivre...Alors là, oui, cette solitude je la savoure...

L'autre, l'isolement, ou la solitude subie, c'est plus insidieux ( et sans doute cette solitude-là est le propre de l'homme, pas du hp en particulier) :
c'est à l'école quand les autres te faisaient bien comprendre que tu n'étais pas comme eux : trop sérieuse, trop  « madame-je-sais-tout », trop grosse, trop naïve, trop tout...
c'est quand on aimerait refaire le monde avec les autres, et, mer... ils n'ont pas envie,
c'est quand on savoure un lever de soleil, et que justement celui-là, on avait envie de le partager, c'est les jours « sans », où le poids de la société et ses codes, ben il vous fait bien sentir que vous êtes à la marge, même si habituellement je m'en contrefous comme de l'an quarante, et qu'en vrai être en marge il y a plein de jours où c'est chouette, la plupart du temps en fait...

La découverte récente de la douance est, je crois, en train de me faire changer de point de vue, contribuant à la construction de ce cocon dont parlait justement Kayeza : j'ai déjà fait du tri, naturellement dans mon répertoire de connaissances, pour ne conserver que l'essentiel, c'est-à-dire un nombre très très limité de personnes...et c'est bien plus facile que ce je pensais. Ça fait un bien fou en fait, un poids en moins... Et du coup, il me semble mieux supporter cette solitude subie, elle est de moins en moins contraignante en fait : est-ce à dire que je commence à intégrer cette particularité (ce besoin de solitude quasi quotidien). Encore fragile certes, mais je suis obstinée, je ne vais pas m'arrêter là...
si si, les couleurs parlent
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Re: douance et solitude

Messagepar MeliMelooo » Ven 23 Déc 2016 23:01

Bonjour,

je ne vais pas ajouter grand chose à ce sujet déjà bien complet, juste mon témoignage. Je n'ai pas lu tous les posts, mais de ce que j'en retiens, et qui fait échos à mon histoire c'est que nous avons tendance à avoir besoin de temps pour nous, de calme. Les moments seuls, un peu à l'écart du tumulte ambiant sont nécessaires pour recharger les batteries. Et en même temps, il n'est pas supportable d'être toujours seul. Mais il n'est pas mieux d'être mal accompagné.
Je préfère toujours passé une soirée tranquille chez moi, à mes occupations, plutôt que de devoir "sociabiliser" avec des individus qui m'ennuient ou me fatiguent (sans prétention bien sûr, mais il y a juste des personnes avec qui il ne sert à rien de discuter puisque rien n'est jamais sérieux ou n'a d'importance).

J'ai toujours été une louve solitaire (je ne pense pas que ça existe, mais vous avez compris la métaphore ;) ). J'avais plus ou moins des amis, mais pas vraiment de ceux avec qui on refait le monde justement, ça s'était plutôt avec certains membres de ma famille. Etant plus jeune, j'avais d'un côté horreur d'être rejetée et d'un autre, je me fatiguais à trainer avec des gens qui ne m'intéressaient pas. Bien sûr j'ai eu des moments solitude subis, ces moments où on se sent mal, mise à l'écart, rebus du monde. J'avais aussi le poids de la société et de ma mère, qui me disait qu'il fallait absolument que je m'intègre, que j'ai des amis (un peu comme ma soeur qui est à l'opposé de moi de ce côté-là, mais je l'adore). Maintenant j'ai décidé que d'avoir des amis ou pas, ce n'était pas une question d'obligation pour ne pas être encore pointée du doigt par les autres, c'est un choix que je fais selon ma personnalité, mes envies, mes besoins.

Aujourd'hui, j'ai très peu d'amis, on se voit peu avec la distance et c'est tant mieux, parce que même si les conversations sont quand même intéressantes et que l'on peut refaire le monde, j'aime bien aussi être seule. Et ils ne me comprennent pas toujours, bien qu'ils soient quand même tolérants et ne me mettent pas à l'écart comme j'ai pu l'être plus jeune. Je ne suis plus la 5ème roue du carrosse et c'est déjà bien. Ils me prennent comme je suis et eux je les prends comme ils sont, alors on s'en sort pas trop mal :)

Le paradoxe, dont vous avez déjà parlé, c'est que je veux une famille. Je suis très proche de mes parents et frères et soeurs mais en même temps j'ai besoin d'être seule. Pour moi, vivre avec mon compagnon c'est déjà difficile, surtout depuis que j'ai vécu hors du cocon familial, seule et indépendante. Il faut s'adapter à l'autre et que lui s'adapte. Parfois je suis très heureuse de le voir le soir, parfois j'aurai envie de rentrer dans un autre chez moi.

Je vais m'arrêtez là puisque c'est un petit peu la répétition de ce que tout le monde a déjà dit ^^
Mais ce paradoxe sera toujours là je pense, et je crois que j'arrive bien à vivre avec. Je m'y suis habituée, même si ça a été difficile de l'accepter et surtout pour les autres de le comprendre.

PointBlanc a écrit:Je me suis longtemps senti coupable de ne pas être avec les autres - après un temps, j'étais très jeune, où je m'en moquais.
Il ne fallait pas être seul - parce que d'une façon ou d'une autre c'était mal vu, et donc peut-être dangereux.
(...)
Pour répondre à qui ?
A quel devoir d'homme ?
Je ne fais de mal à personne.


Juste pour te dire (même si je pense bien que tu n'as besoin de l'approbation de personne, tu sais qui tu es et ce qu'il te faut) que je comprends un peu ce que tu veux dire, même si je ne suis pas dans ton cas. Ce que je veux dire c'est que si être seul, plus ou moins, ne te rend pas triste ou malheureux, alors c'est que tout va bien. C'est ton fonctionnement, certains ont besoin des autres comme énergie, d'autres la puisent en eux-mêmes. La société impose ce dictat des relations, de ne pas être seul, et je suis heureuse de voir que certains suivent leur propre chemin, celui qui est fait pour eux.
De toute façon la famille, les gosses, tout ça c'est très surfait :D

Ce n'est pas très clair, mais en gros je te félicite, te respecte et t'encourage à faire ce qui t'es nécessaire. (on dirait vraiment que je me crois supérieur et que je te mets une tape dans le dos pour t'encourager non ? j'abandonne, je ne sais pas comment exprimer ma pensée correctement :@ )
"Vous entendez ça ? Il parait que je suis malpoli ! Qu'est-ce que vous en pensez bande de trous-du-c*l ?" -- François Rollin / le roi Loth, dans Kaamelott
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