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"Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Pour des raisons de cohérence de l'ensemble et pour présenter à nos visiteurs une information fiable et claire, cette section est réservée en écriture aux surdoués diagnostiqués.

Modérateur: Bradeck

"Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Azore » Jeu 9 Avr 2015 18:16

Bonjour à tous,

Suite au topic http://adulte-surdoue.fr/discussions-debats/douance-enseignement-quitter-navire-t5416.html?hilit=enseignement, je pense qu'il serait intéressant de se poser la question des forces et des problèmes spécifiques au surdoué qui aurait décidé de devenir prof. Les motivations qui animent les professeurs en général ont déjà été traitées sur le fil http://adulte-surdoue.fr/post181383.html?hilit=prof#p181383.

Quand on est prof, on exerce son intelligence et sa sensibilité en permanence pour transmettre un savoir à tous les types d'enfants. Sauf que voilà, c'est spécifiquement en cela que les surdoués sont différents des autres : ils réfléchissent différemment, sentent différemment, utilisent un langage différent. Ce constat posé, il semble que choisir l'enseignement quand on est surdoué relève d'une mission impossible. Pourtant, nous sommes nombreux sur ce forum a avoir choisi ce métier. Pourquoi ? Parce qu'être surdoué, c'est aussi être puissant, intellectuellement et humainement parlant. Je vous propose dans ce topic de tenter de trouver des solutions concrètes : comment le surdoué peut-il devenir ce prof inspirant et heureux dans son travail ? Bien entendu, en fonction des sphères d'interaction du prof, les questions ne sont pas les mêmes. Peut-être pourrait-on se demander quels problèmes spécifiques le prof surdoué rencontre :
I Dans la salle de classe
a) Le complexe de l'imposteur : comment se sentir légitime face à ses élèves quand on a le sentiment de ne jamais en savoir assez ?
b) Se faire comprendre : comment adapter son langage à une majorité qui pense et sent différemment ? faut-il accepter de ne pas toujours être compris de tous et de passer parfois pour un "personnage" ?
c) Gérer ses émotions : comment utiliser son empathie à bon escient et savoir la mettre de côté quand il le faut (quand il faut punir, par exemple) ?
d) Donner ce que l'on a de meilleur : comment devenir ce prof inspirant que nos élèves aimeraient peut-être devenir un jour ?
II Dans la salle des profs
a) Travailler avec les collègues : comment améliorer le travail collectif sans faire tout à la place des autres ? Faut-il revoir ses ambitions à la baisse quitte à ronger un peu son frein ?
b) Discuter avec les collègues : vaut-il parfois mieux faire semblant de s'intéresser à leur vie personnelle plutôt que de vouloir à tout prix parler avec passion de sa matière et de risquer de les froisser par ce qui sera compris comme de la prétention ?
III Avec la hiérarchie
a) Assumer qui on est : est-il utile d'avouer à sa hiérarchie qu'on est surdoué ? cela est-il un argument intéressant pour un directeur qui cherche à recruter un prof innovant ?
b) Affirmer son point de vue : peut-on/faut-il dire à son directeur lorsqu'on n'est pas d'accord avec une décision ?
c) Prendre des décisions difficiles : le surdoué doit-il céder à son ambition de sauveur et dénoncer un collègue/directeur au rectorat si celui-ci a un comportement qui nuit, voire met en danger les élèves ? (La réponse peut paraître évidente mais dans la réalité ces questions sont tellement taboues qu'elles méritent d'être posées.)
IV Avec les parents des élèves
a) Se faire respecter : comment ne pas s'énerver face à un parent qui s'est mis dans la tête que vous êtes l'ennemi de son enfant ?
b) Etre sincère : comment faire comprendre à un parent qu'il néglige ou à l'inverse pousse trop son enfant (surtout quand on est soi-même perfectionniste et que nos propres parents étaient très exigeants à notre égard) ?

Bon, je suppose qu'il y a encore beaucoup de questions, d'autant plus que je ne suis dans la profession que depuis septembre dernier et que ma vision du métier est forcément restreinte. Si vous avez déjà quelques réponses à apporter ou d'autres questions importantes qui vous taraudent et/ou auxquelles vous avez déjà su apporter des réponses, allez-y. Peut-être aurez-vous envie de poser ces questions d'une autre manière, peut-être sous l'angle des forces et des difficultés, ou encore sous l'angle des caractéristiques des surdoués. Bref, je lance des pistes...
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Azore » Jeu 9 Avr 2015 18:39

Ah oui ! J'allais oublier !
V A la maison
a) Ne pas se laisser piéger par son perfectionnisme : comment faire pour ne pas passer deux jours à préparer une activité ou une évaluation dans le but qu'elle soit parfaite, alors même qu'on sait que la réussite d'un cours n'est pas vraiment proportionnelle au temps investi ?
b) Ne pas procrastiner, notamment en ce qui concerne la correction des copies : comment ne pas repousser ce moment parce qu'on sait que c'est répétitif au possible, que rares sont les bonnes copies qui nous font nous sentir bien, qu'on ne laissera pas passer de faute, qu'on voudra tout corriger, tout dire et que ça prend trop de temps ?
c) Ne pas s'ennuyer : comment se motiver pour renouveler ses cours alors qu'on en a déjà de tout prêts, qui ont marché l'année dernière, etc. ?
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Kayeza » Jeu 9 Avr 2015 20:46

Merci pour ce sujet, bien présenté et bien amené. Je suis dans ''la profession'' depuis encore moins longtemps que toi (janvier) et je compte en sortir dès le mois de juin, mais je me suis posé à peu près toutes les questions que tu évoques. Je reviendrai donc dès que possible pour discuter de tout ça. (En précisant quand même que ces questions ne sont pas l'apanage du prof surdoué. Quoiqu'il en soit, elles sont pertinentes.)
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar altima » Ven 10 Avr 2015 10:39

Hello Azore,

à toutes fins utiles :angel: je te soumets mes réponses à quelques-unes de tes interrogations, en reprenant ton plan vu que ça simplifie quand même pas mal, un témoignage qui vaut ce qu'il vaut. ;)


I Dans la salle de classe
a) Le complexe de l'imposteur : comment se sentir légitime face à ses élèves quand on a le sentiment de ne jamais en savoir assez ?
Je pense que c'est spécifique au second degré où on est censé maîtriser totalement sa matière; il faut savoir réagir avec distance aux élèves qui posent des colles, pouvoir avouer devant eux qu'on ne possède pas la science infuse mais qu'on continue à être en apprentissage, qu'on apprend tous les jours et que ça fait partie de notre métier. Je pense qu'on se sent plus légitime une fois qu'on sait qu'on prend les choses en main pour s'améliorer de ce point de vue. On se repose pas sur ses lauriers quoi. ;)

b) Se faire comprendre : comment adapter son langage à une majorité qui pense et sent différemment ? faut-il accepter de ne pas toujours être compris de tous et de passer parfois pour un "personnage" ?
A mon avis, le personnage est inévitable. Perso, c'est là que le bât blesse parce que quand le hiatus est trop grand, ça n'est plus supportable. Mais le personnage est là aussi pour nous protéger.
c) Gérer ses émotions : comment utiliser son empathie à bon escient et savoir la mettre de côté quand il le faut (quand il faut punir, par exemple) ?
Question de bon sens et de psychologie? Pour moi c'est la partie la plus difficile, surtout avec des ados où tout se joue sur le fil du rasoir. A mon avis, c'est l'expérience qui fera la différence, surdoué ou pas, sauf qu'avec des antennes de surdoué on peut détecter plus vite et mieux le fonctionnement des élèves et donc ajuster son attitude en fonction de ça.
d) Donner ce que l'on a de meilleur : comment devenir ce prof inspirant que nos élèves aimeraient peut-être devenir un jour ?
Mais qui a dit qu'il fallait devenir ce prof inspirant? C'est une mission que tu te donnes toi je suppose. Pour moi donner le meilleur en tant que prof, ce serait à la limite si je reprends ton propos, laisser déborder du masque l'humain, donc garder des rapports les plus humains possibles, savoir être proche de ses élèves pour mieux faire passer son savoir.


Bon courage et reviens nous dire ce qu'il en est au quotidien. ;)
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Isabelle-06 » Dim 21 Juin 2015 15:35

Azore a écrit:Bonjour à tous,

Suite au topic http://adulte-surdoue.fr/discussions-debats/douance-enseignement-quitter-navire-t5416.html?hilit=enseignement, je pense qu'il serait intéressant de se poser la question des forces et des problèmes spécifiques au surdoué qui aurait décidé de devenir prof. Les motivations qui animent les professeurs en général ont déjà été traitées sur le fil http://adulte-surdoue.fr/post181383.html?hilit=prof#p181383.

Quand on est prof, on exerce son intelligence et sa sensibilité en permanence pour transmettre un savoir à tous les types d'enfants. Sauf que voilà, c'est spécifiquement en cela que les surdoués sont différents des autres : ils réfléchissent différemment, sentent différemment, utilisent un langage différent. Ce constat posé, il semble que choisir l'enseignement quand on est surdoué relève d'une mission impossible. Pourtant, nous sommes nombreux sur ce forum a avoir choisi ce métier. Pourquoi ? Parce qu'être surdoué, c'est aussi être puissant, intellectuellement et humainement parlant. Je vous propose dans ce topic de tenter de trouver des solutions concrètes : comment le surdoué peut-il devenir ce prof inspirant et heureux dans son travail ? Bien entendu, en fonction des sphères d'interaction du prof, les questions ne sont pas les mêmes. Peut-être pourrait-on se demander quels problèmes spécifiques le prof surdoué rencontre :
I Dans la salle de classe
a) Le complexe de l'imposteur : comment se sentir légitime face à ses élèves quand on a le sentiment de ne jamais en savoir assez ?
b) Se faire comprendre : comment adapter son langage à une majorité qui pense et sent différemment ? faut-il accepter de ne pas toujours être compris de tous et de passer parfois pour un "personnage" ?
c) Gérer ses émotions : comment utiliser son empathie à bon escient et savoir la mettre de côté quand il le faut (quand il faut punir, par exemple) ?
d) Donner ce que l'on a de meilleur : comment devenir ce prof inspirant que nos élèves aimeraient peut-être devenir un jour ?
II Dans la salle des profs
a) Travailler avec les collègues : comment améliorer le travail collectif sans faire tout à la place des autres ? Faut-il revoir ses ambitions à la baisse quitte à ronger un peu son frein ?
b) Discuter avec les collègues : vaut-il parfois mieux faire semblant de s'intéresser à leur vie personnelle plutôt que de vouloir à tout prix parler avec passion de sa matière et de risquer de les froisser par ce qui sera compris comme de la prétention ?
III Avec la hiérarchie
a) Assumer qui on est : est-il utile d'avouer à sa hiérarchie qu'on est surdoué ? cela est-il un argument intéressant pour un directeur qui cherche à recruter un prof innovant ?
b) Affirmer son point de vue : peut-on/faut-il dire à son directeur lorsqu'on n'est pas d'accord avec une décision ?
c) Prendre des décisions difficiles : le surdoué doit-il céder à son ambition de sauveur et dénoncer un collègue/directeur au rectorat si celui-ci a un comportement qui nuit, voire met en danger les élèves ? (La réponse peut paraître évidente mais dans la réalité ces questions sont tellement taboues qu'elles méritent d'être posées.)
IV Avec les parents des élèves
a) Se faire respecter : comment ne pas s'énerver face à un parent qui s'est mis dans la tête que vous êtes l'ennemi de son enfant ?
b) Etre sincère : comment faire comprendre à un parent qu'il néglige ou à l'inverse pousse trop son enfant (surtout quand on est soi-même perfectionniste et que nos propres parents étaient très exigeants à notre égard) ?

Bon, je suppose qu'il y a encore beaucoup de questions, d'autant plus que je ne suis dans la profession que depuis septembre dernier et que ma vision du métier est forcément restreinte. Si vous avez déjà quelques réponses à apporter ou d'autres questions importantes qui vous taraudent et/ou auxquelles vous avez déjà su apporter des réponses, allez-y. Peut-être aurez-vous envie de poser ces questions d'une autre manière, peut-être sous l'angle des forces et des difficultés, ou encore sous l'angle des caractéristiques des surdoués. Bref, je lance des pistes...




Bonjour Azore,

Ton propos m'a interpellée, :^)

"Dans la salle de classe : Se faire comprendre : comment adapter son langage à une majorité qui pense et sent différemment ? faut-il accepter de ne pas toujours être compris de tous et de passer parfois pour un "personnage" ?"


et bien que n'étant pas prof j'ai eu l'occasion dans ma carrière de donner des cours de "Développement d'entreprises à l'International" ; je n'étais pas diagnostiquée à cette période et mes doutes avant chaque session étaient exactement ceux que tu exprimes : comment utiliser le vocabulaire le plus compréhensible possible, éviter d'être lapidaire ou avec une explication rapide sur des éléments qui me paraissaient simples et évidents, sans pour autant tomber dans l'excès à cause de mon côté perfectionniste.

Pour finir souvent insatisfaite de ma prestation, même si j'étais souvent sollicitée ; j'avais beau me dire qu"Avoir des regrets c'est souffrir deux fois" je n'étais pas plus à l'aise la fois suivante.

Je crois que les autres (non HPI) nous perçoivent bien mieux que nous ne le ressentons, et cela devrait nous apaiser un peu. Je suis sure que tu es un excellent prof :clap:
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar PointBlanc » Mar 11 Aoû 2015 10:36

C'est le moment : ça fait des semaines que je tourne autour de ce sujet en me demandant sous quel angle je veux l'aborder - sans compter que le diagnostic a quelque peu rebattu les cartes. Je me demande vraiment si je le sentirai à la rentrée. En attendant, je peux quand même m'appuyer sur mon expérience de ces dernières années.

Je crois que cette idée de personnage à incarner face aux élèves (pour s'en faire comprendre, pour s'en protéger...) est davantage un piège qu'autre chose : elle renforce le sentiment qu'on ne peut pas enseigner en étant ce qu'on est, que ce serait provoquer l'incompréhension, s'exposer au rejet... et qu'il vaudrait donc mieux chercher à incarner ce modèle de calme et de compétence, aux enthousiasmes mesurés, sanctionnant sans emportement - personnage qui, en y réfléchissant, ne me semble pas même correspondre à un idéal d'humanité auquel je pourrais souscrire, douance ou non.

J'explose une chaise à peu près tous les deux ans. Cette année j'en ai littéralement envoyé voler une contre un mur et elle est partie en morceaux. Ce n'était même pas parce que c'était la foire : c'était un mardi soir de la fin mai et tout le monde tirait un peu de son côté, retardait le moment de s'y mettre, trouvait une petite bricole à faire à la place, écrivait n'importe comment, en rose, pas sur les lignes... Alors dans un premier temps j'ai tâché de les remettre sur les rails, un par un, patiemment, avec le sourire ; ça reprenait ailleurs. La chaise a éclaté.

J'ai ramassé les morceaux qui traînaient avant de les déposer cérémonieusement dans la poubelle ; quelques élèves m'ont aidé, d'autres se sont étonnés d'en retrouver si loin du point d'impact. C'était avec une classe de quatrième, peut-être la plus pénible du niveau, sûrement la plus réactive ; je les adorais et ils le savaient. J'ai parlé une petite minute après ça, le temps d'expliquer que ce n'était pas contre eux, mais qu'ils venaient d'assister à ce qui se passe quand on se retrouve dans une situation d'impuissance : on se sent humilié de ne rien y pouvoir, et d'une façon ou d'une autre, on explose. C'est une souffrance. Peut-être même était-ce la sorte de souffrance qu'ils éprouvaient quelques minutes auparavant, face à cet exercice que je leur demandais de faire, qui n'était pas bien difficile mais qui avait le tort d'être là quand ils auraient eu envie d'autre chose : rentrer chez eux, ou simplement souffler. Leur exaspération était moins grande, elle prenait donc des formes plus modestes, mais le principe était au fond le même. Je leur ai dit tout ça, assis sur une table du premier rang. J'ai conclu que c'était idiot, parce que la souffrance n'était pas proportionnée à sa cause, mais que ça arrivait souvent malgré tout, à eux comme à moi. Ensuite ils s'y sont mis, et c'était reparti. J'éprouve autant de fierté que de honte à raconter cette anecdote.


Ce que je veux dire, c'est que je ne cherche plus, et depuis quelque temps déjà, à être quelqu'un d'autre en cours. Je fais confiance à ce que je me sais être. Je sais que mon respect pour mes élèves est absolu. Je sais que je peux formuler sans grand risque de me tromper la raison de ma colère ou de ma fatigue, et qu'il n'y aura rien d'insultant pour eux dans ce que je pourrai leur en dire. Je sais qu'ils savent de leur côté que je ne leur demande pas pour moi une tolérance dont je ne ferais pas preuve à leur égard : j'accepte de tout entendre. En revanche je veux une explication, que ce soit sur l'instant ou un peu plus tard, parce qu'il s'agit là d'un témoignage de respect, en ce sens qu'il prouve à l'autre qu'on le juge capable de nous comprendre, ou à tout le moins de nous écouter. Même chose avec les collègues, la direction, les parents d'élève : je tâche de leur faire confiance - même si j'ai beaucoup plus de mal à excuser certains manquements de la part des adultes, justement parce que la dissonance entre ce qu'ils voudraient montrer et ce qu'on perçoit par ailleurs de leurs motivations est brutale, plus encore que chez des adolescents, et ce d'autant plus qu'ils y sont complètement aveugles : ils ont irrémédiablement intégré l'art de donner le change.

Pour autant, mes cours n'ont pas grand chose à voir avec une vaste psychothérapie de groupe sur fond de bordel généralisé. Les limites sont claires, elles ont été expliquées. On travaille, on se fait confiance et c'est à peu près tout.

Quant aux copies, la seule chose qui parvienne à me motiver pour les corriger, c'est que mes élèves les attendent, et que si je ne leur donne pas le sentiment que j'attache de l'importance aux efforts qu'ils ont fournis, il ne faudra pas s'étonner de les voir finir par s'occuper d'autre chose.

On va dire qu'en début d'année ça marche vachement bien :derp1:

L'avantage de la douance, pour moi, c'est surtout cette opportunité qu'elle offre d'y voir clair en soi - ce qui sert quand même pas mal dès lors qu'il s'agit de connaître les autres pour pouvoir travailler avec eux : ce que je perçois de mes propres mécanismes ne me paraît pas si différent de ce que je peux discerner des leurs ; il n'y a pas d'effort d'adaptation à fournir sous prétexte de "décalage" ou que sais-je, pour la bonne raison qu'on n'est pas devant une classe pour en être accepté et compris dans tous les aspects de ce qu'on est : ça, c'est pour l'amitié ; la relation que l'on a aux élèves est autrement superficielle, même si elle n'exclut sûrement pas la complicité ; et à ce niveau d'interaction les similitudes me semblent plus nombreuses que les divergences.

Offtopic :
Il faut arrêter de s'exagérer cette différence de fonctionnement qui me semble souvent se résumer à une différence d'intensité : ce n'est pas parce que le signal est un peu plus fort chez moi qu'il est inexistant chez l'autre. Ce n'est pas comme si nous appartenions à une autre espèce.


Cette lucidité dans la relation à la classe permet entre autres de ne pas retourner contre soi le fusil chargé de l'enthousiasme. Bien sûr que les élèves n'ont pas à être bouleversés quand on leur parle avec des trémolos dans la voix de telle ou telle œuvre qui nous émeut, quand bien même on se mettrait en quatre pour leur faire passer quelque chose de cette émotion. On n'en attendrait même pas autant de notre ami le plus proche : on lui accorderait le droit de sourire poliment, on s'excuserait même un peu de cette sensiblerie. J'ai entendu des professeurs déplorer l'indifférence au beau de leurs élèves devant un parterre de collègues qui n'y étaient certainement pas plus sensibles. C'est intéressant. Je trouve que ça en dit long sur le pouvoir qu'on se croit sur ces gosses.
Je choisis de faire avec mes élèves comme avec mes amis : je leur dis que ça a l'air con de pleurer à cause d'un poème, mais que c'est comme ça, et que même pour moi ça reste un peu mystérieux. Si on a une vague idée, en le lisant, de ce qui peut provoquer ces larmes chez d'autres que soi, c'est suffisant, on ne perd pas son temps.

Je crois que je peux arrêter, là. :smile4:
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Dubble » Mer 12 Aoû 2015 03:15

Les réponses où j'ai l'impression d'avoir un avis utile :

I Dans la salle de classe
a) Le complexe de l'imposteur : comment se sentir légitime face à ses élèves quand on a le sentiment de ne jamais en savoir assez ?
Tu en sais bien plus que les 35 morveux réunis devant toi. Inutile de prendre la grosse tête (ce serait mal perçu, et on t'attendrait au tournant), mais tu as toutes les compétences pour être légitime ! Rien ne t'empêche d'en savoir toujours plus. Si c'est une matière scientifique ou littéraire l'approche ne sera pas la même. Dans du littéraire c'est plus dur !
b) Se faire comprendre : comment adapter son langage à une majorité qui pense et sent différemment ? faut-il accepter de ne pas toujours être compris de tous et de passer parfois pour un "personnage" ?
Non. L'élève moyen peut se faire embrouiller par n'importe quelle petite phrase qu'il aurait mal comprise. Il faut faire attention à être le plus clair possible dès lors que l'on dit quelque chose qui devra être interprété.
d) Donner ce que l'on a de meilleur : comment devenir ce prof inspirant que nos élèves aimeraient peut-être devenir un jour ?

Etre charismatique. Cela passe par la technique de ta matière, un prof de maths par exemple pourra sortir les démonstrations les plus élégantes, et saura expliquer la matière, contrairement à la plupart d'entre eux, un prof de physique ou de SVT sortira les meilleures expériences et saura faire le lien entre la théorie et le réel. Un prof de langues aura un accent correct, saura proposer des activités parfois plus intéressantes, un prof de langues.. je ne sais pas..
Un minimum d'autorité, c'est à dire se faire respecter sans avoir besoin de gueuler. Je ne sais pas ce qui fait que certains profs passaient leur temps à crier et que d'autres avaient une classe calme sans hausser le ton.. Peut-être un savant mélange entre des punitions des récompenses et une présence..?
Et surtout, surtout, de la considération. Comment être bien perçu si on ne perçoit pas bien ses élèves, ou qu'on ne leur montre pas ? Comment montrer très facilement (^^) de la considération ? Rendre les copies d'un contrôle corrigé lors du cours suivant, proposer un corrigé en fin de contrôle, ne pas arriver sans ses supports en classe (ou ne pas l'avouer si on s'en rend pas compte)

C'était la méthode utilisée par mon prof de maths sup et c'était pour nous le meilleur prof
Mon prof de maths spé avait à peu près la même méthode, sauf qu'en spé il pouvait vraiment faire la démonstration de sa maitrise technique, du coup c'était un dieu vivant. Pourtant il bégayait

II Dans la salle des profs
b) Discuter avec les collègues : vaut-il parfois mieux faire semblant de s'intéresser à leur vie personnelle plutôt que de vouloir à tout prix parler avec passion de sa matière et de risquer de les froisser par ce qui sera compris comme de la prétention ?
A mon avis la réponse est oui, intéresse toi aux autres même si tu t'en fous

III Avec la hiérarchie
a) Assumer qui on est : est-il utile d'avouer à sa hiérarchie qu'on est surdoué ? cela est-il un argument intéressant pour un directeur qui cherche à recruter un prof innovant ?
A priori surtout pas. Tu fonctionnes comme 2% de la population, donc a priori tu vas avoir du mal à te mettre exactement au niveau de tes élèves. (le tu désigne le surdoué). Si toi (cette fois c'est bien toi) tu peux affirmer que malgré ça tu te fais très bien comprendre alors OK, pourquoi pas
b) Affirmer son point de vue : peut-on/faut-il dire à son directeur lorsqu'on n'est pas d'accord avec une décision ?
J'ai plutôt l'impression qu'avec la hiérarchie il ne faut pas la ramener, pas trop souvent, pas trop frontalement..
c) Prendre des décisions difficiles : le surdoué doit-il céder à son ambition de sauveur et dénoncer un collègue/directeur au rectorat si celui-ci a un comportement qui nuit, voire met en danger les élèves ? (La réponse peut paraître évidente mais dans la réalité ces questions sont tellement taboues qu'elles méritent d'être posées.)
Bon courage si tu es confronté à une situation grave. Perso j'irais en mode anonyme (lettre anonyme, rien de plus facile)

V A la maison
a) Ne pas se laisser piéger par son perfectionnisme : comment faire pour ne pas passer deux jours à préparer une activité ou une évaluation dans le but qu'elle soit parfaite, alors même qu'on sait que la réussite d'un cours n'est pas vraiment proportionnelle au temps investi ?
Si tu ne peux pas t'empêcher de préparer, alors prépare efficacement et prépare ce qui est utile de préparer.
b) Ne pas procrastiner, notamment en ce qui concerne la correction des copies : comment ne pas repousser ce moment parce qu'on sait que c'est répétitif au possible, que rares sont les bonnes copies qui nous font nous sentir bien, qu'on ne laissera pas passer de faute, qu'on voudra tout corriger, tout dire et que ça prend trop de temps ?
CF un point précédent, ne pas procrastiner car c'est important.
Tu contrôles le sujet qui sera fait, tu peux distribuer 4 sujets différents (suivant la matière) par exemple, ce qui rendra la chose peut-être moins répétitive.
Tu peux aussi faire un sujet très proche du vrai sujet en classe : bons résultats garantis lors du contrôle et on apprend très bien comme ça aussi.
Rien de pire qu'un prof qui rend les copies un mois après : un mois après les élèves ont tout oublié du contrôle, ne relisent pas la correction, et bien la moitié du travail d'apprentissage qui devrait être fait grâce au contrôle est perdu. En prime tu ne passes pas pour le meilleur prof.
c) Ne pas s'ennuyer : comment se motiver pour renouveler ses cours alors qu'on en a déjà de tout prêts, qui ont marché l'année dernière, etc. ?
Cf le tout premier point, tu peux chercher des détails sur ces cours et les intégrer en backup si on te pose des questions.
Tu peux aussi ne renouveler que ce qui n'est pas génial, on ne change pas une équipe qui gagne et ça te fera du temps pour corriger tes copies :)
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Modulo12 » Mer 12 Aoû 2015 11:05

Si tu me permets Azore, je vais raconter un peu comment s'est passée cette dernière année pour moi. La question d'être heureux dans mon travail a toujours été centrale, d'où une foultitude de stratégies mises en place pour y parvenir. Pour information, j'ai donc mis le mot de HP sur moi en août l'an passé, et j'ai donc passé un an complet avec mes classes en pleine conscience de ce potentiel/handicap, à la différence des quatre années précédentes où je ne me connaissais pas. Je précise aussi que j'ai été cette année dans un collège tranquille de banlieue lyonnaise, mais de CSP assez faible, avec deux classes de 5e et deux de 4e (dont une en tant que professeur principal), chaque niveau étant composé par une classe excellente, et une classe non scolaire (dont la 5e qui était officiellement détestée de tous, sauf de leur PP et de moi même, car terriblement infantile). Enfin, je suis enseignant de mathématiques.

Pour résumer ce qui va suivre, j'ai quand même tiré un profit énorme de cette nouvelle donnée avec mes classes, aussi bien les scolaires que les autres. J'ai vécu une année à la fois sereine et formidable, et ce pour les diverses raisons que je vais évoquer.

Tout d'abord, mettre le mot sur la douance m'a permis de comprendre enfin d'où vient ce qui fait ma principale force dans mon enseignement : j'ai cette faculté de pouvoir expliquer une même notion de plein de manières complètement différentes, sans prévalence de l'une d'entre elle par rapport aux autres. Visuelles, auditives, mimétiques, kinesthésiques, verbales, conceptuelles,... J'ai toujours utilisé cette compétence durant mes années d'enseignement, mais maintenant je comprends qu'elle vient d'une faculté plus importante d'association des idées entre elles, quitte à ce qu'elles n'aient pas de lien apparent immédiat. Et ça, les élèves apprécient. Je pense qu'on a tous une image des enseignants qui, lorsqu'on disait que l'on avait pas compris, répétaient exactement la même chose. Ce n'est pas mon cas, et ça permet du coup de toucher un panel d'élève plus important pour faire passer les notions.

Deuxièmement, à titre personnel, je me suis enfin résolu à me dire que mon attention accrue aux choses (notamment en terme d'audition) n'était pas une forme de folie, et j'ai donc laissé libre cours notamment à mon "hyper-acousie" en classe. En terme de gestion de classe, ça a été très rigolo de voir que les élèves étaient bluffés quand, alors qu'ils pensaient bavarder presqu'imperceptiblement au dernier rang, je répondais à leur conversation bien que j'avais le dos tourné. En clair, je pense que l'hyper-attention, bien orchestrée, peut être une forme d'assise de son autorité, surtout si utilisée au début pour faire comprendre que les coups en douce ont peu de chance de fonctionner. Mais ceci est à double tranchant, puisque ça peut entraîner un surplus de fatigue nerveuse, en particulier avec une classe bordélique.

Toujours en terme de gestion de classe, la notion d'empathie dont nous faisons souvent preuve peut-être aussi largement tournée à notre avantage. En effet, ressentir lorsque quelque chose ne va pas au sein du groupe élève (soit dans l'ensemble de la classe, soit juste au travers de quelques uns) m'a permis cette année de réussir à désamorcer quelques situations qui auraient pu pourrir quelques heures de cours. Commencer un cours avec les 5e terribles, sentir que quelque chose cloche, s'arrêter, faire parler la classe, découvrir que ça vient de très mal se passer avec le prof de macramé, comprendre la situation, donner des pistes pour que ça s'améliore, reprendre le cours 15 minutes plus tard plus tranquillement car la pression est un peu retombée, et bien c'est mieux que passer une heure avec une classe qui ne suit qu'à moitié ce qu'on fait.

Pour terminer par le point qui me tient le plus à cœur : j'avais pris le parti cette année de ne pas chercher à contraindre mes émotions et mes ressentis, mais au contraire de les verbaliser. Y compris si une vague m'arrivait durant les cours. La première fois, c'est arrivé avec ma 5e terribles : je suis entré, je les ai fait s'installer, et je leur ai clairement dit "Je suis désolé, et je vous assure que ce n'est pas contre vous, mais aujourd'hui je suis terriblement sur les nerfs. Vous n'y pourrez rien, moi non plus, nous allons vivre une heure horrible". Nous avons effectivement vécu une heure pas géniale, mais je pense bien moins pire que si je ne les avais pas averti d'entrée de jeu (ils m'auraient laminé, se sentant attaqués). Plusieurs fois dans l'année j'ai donc utilisé cette méthode de dire clairement mon état quand il risquait d'être incompatible avec une heure de cours normale. Et ça a été bénéfique, les élèves n'ayant donc jamais pris comme une attaque ces humeurs changeantes, ce qui m'a prouvé qu'une totale transparence avec eux me permettait une meilleure assise pour exercer mon métier. Pour ma part, j'étais donc serein, car je savais que je n'aurais pas à tenter de contrôler à tout prix des mouvements de sensibilité, ce qui est très reposant ^^

Concernant ce point, le plus drôle a été un cours en 4e sur les écritures scientifiques. J'étais en train de faire mon cours normalement, et soudain, l'écriture d'un très grand nombre a fait embrayer ma réflexion sur le thème de l'infini, sujet très sensible chez moi qui déclenche des crises d'angoisses assez violente. Ce qu'il s'est passé.

Quand ça m'était arrivé une année précédente, j'avais tout fait pour la cacher en cours, fini mon heure tant bien que mal et explosé par la suite, ce qui m'avait valu deux jours d'arrêt. Cette fois-ci, j'ai arrêté mon cours, ai tenté de me calmer devant les élèves (qui ont été d'un calme religieux, en comprenant que quelque chose n'allait pas) en leur expliquant que je risquais de ne pas finir mon heure. Comme c'est arrivé vers la fin d'année, ils avaient l'habitude de mes états, et n'ont pas profité de cet événement pour mettre le bordel. Ni d'ailleurs pour se moquer (et pourtant, a posteriori, j'ai été excessivement ridicule :D). Ils ont été forts.



Bien sûr, tout ce qui précède n'est que le fruit d'une expérience, et n'est pas transposable sur chacun et dans toutes les situations d'établissement. Mais je pense quand même que vivre son métier d'enseignant en accord avec sa douance, et surtout en cherchant sous quels angles un apparent défaut peut devenir un avantage, est un but à atteindre très vite pour ne pas finir cramé.


Enfin, je voudrais rebondir sur ce qu'à dit PointBlanc :

PointBlanc a écrit:Je crois que cette idée de personnage à incarner face aux élèves (pour s'en faire comprendre, pour s'en protéger...) est davantage un piège qu'autre chose : elle renforce le sentiment qu'on ne peut pas enseigner en étant ce qu'on est, que ce serait provoquer l'incompréhension, s'exposer au rejet... et qu'il vaudrait donc mieux chercher à incarner ce modèle de calme et de compétence, aux enthousiasmes mesurés, sanctionnant sans emportement - personnage qui, en y réfléchissant, ne me semble pas même correspondre à un idéal d'humanité auquel je pourrais souscrire, douance ou non.


Je ne peux qu'être d'accord : tenter d'incarner un rôle quand tu es enseignant est un leurre. Tout d'abord parce qu'un rôle est un mensonge, et que par essence ça possède ses failles. Dans lesquelles les élèves chercheront soit à s'engouffrer, soit se sentiront perdus. Il faut, à mes yeux, être soi, et ensuite se mettre en scène : exagérer certains traits de sa personnalité si besoin est (dont la douance ?), mais surtout pas se créer un personnage. Je crois que c'est le pire conseil que l'on m'a donné quand j'étais en train d'apprendre le métier.
Essayons d'être heureux. Ne serait-ce que pour donner l'exemple.
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Dubble » Mer 12 Aoû 2015 15:56

Un prof de maths qui a peur de l'infini, c'est cocasse :o
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar axolotl » Mer 12 Aoû 2015 16:40

Offtopic :
Dubble a écrit:Un prof de maths qui a peur de l'infini, c'est cocasse :o

Une crise d'angoisse, cela n' a rien de drôle ! :@
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Dubble » Mer 12 Aoû 2015 17:03

Spoiler: show
C'est un thème récurrent en mathématique, donc bon courage...
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Modulo12 » Mer 12 Aoû 2015 17:12

Offtopic :
axolotl a écrit:
Dubble a écrit:Un prof de maths qui a peur de l'infini, c'est cocasse :o

Une crise d'angoisse, cela n' a rien de drôle ! :@


@Axolotl : ne te formalise pas ! :D Dubble pointait le sujet de la crise, pas la crise en elle-même.

@Dubble : Sans rentrer dans les détails, il existe de multiples formes à l'infini. En mathématiques, il s'agit quasi exclusivement d'infinis séquentiels, numériques, ou s'y rapportant. On peut les circonscrire. Ces infinis sont sympathiques, voire étranges, mais sans abîmes. D'où le fait que j'ai pu suivre des études dans ce domaine sans tomber dans la folie ^^
Mais les autres infinis, ceux qu'on mesure mais qu'on ne peut vraiment délimiter, ceux-là sont monstrueux. Genre, le temps.
Essayons d'être heureux. Ne serait-ce que pour donner l'exemple.
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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Yniel » Ven 28 Aoû 2015 19:00

Modulo12 a écrit:
Offtopic :
...
Mais les autres infinis, ceux qu'on mesure mais qu'on ne peut vraiment délimiter, ceux-là sont monstrueux. Genre, le temps.
stooooop là je disjoncte aussi (et c'est encore plus dur à supporter en tant que prof de physique...)




Sinon être prof et surdouée ça m'aide au contraire : m'étant forcée à avoir un raisonnement clair pour réussir à passer ces fichus concours, ayant été obligée de discipliner mon raisonnement et sa rédaction, j'ai beaucoup plus de facilité à l'expliquer à mes élèves. Et généralement j'arrive à les aider à améliorer leur rédaction.
Ce côté m'aide également à faire un cours qui se suit de manière logique, et couplé à ma bonne vision des choses à long terme, j'arrive à organiser mes séances de travail de manière souple et bien enchaînée sur toute l'année.
De plus ayant toujours eu du mal à admettre ce que je ne comprenais pas (ce qui est le gros problème de l'EN, les élèves sont sensés apprendre des choses qu'ils comprendront plus tard), je sais d'expérience personnelle d'élève (et je m'en souviens bien...) ce qui bloque et pourquoi. J'arrive souvent à identifier facilement les raisons d'un blocage (bon pas forcément à lever le blocage...)

Couplé au fait qu'il ne me faut que 10 minutes pour préparer une heure de cours (de BTS...) :angel: ma fois...

Gros soucis : les copies, et les collègues...
« La vérité est recherchée pour elle-même. Et ceux qui sont engagés dans une quête du savoir par goût de la vérité ne sont pas intéressés par autre chose. La recherche de la vérité est difficile et la route qui y conduit est ardue... »

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Re: "Douance et enseignement : comment s'adapter quand on est un prof surdoué ?"

Messagepar Judas Bricot » Mer 23 Sep 2015 13:40

I Dans la salle de classe
a) Le complexe de l'imposteur : comment se sentir légitime face à ses élèves quand on a le sentiment de ne jamais en savoir assez ?
>> Dans l'enseignement spécialisé, je n'ai pas vraiment ce problème ;)
b) Se faire comprendre : comment adapter son langage à une majorité qui pense et sent différemment ? faut-il accepter de ne pas toujours être compris de tous et de passer parfois pour un "personnage" ?
>> J'ai le sentiment que j'ai ce personnage en quasi-permanence au boulot. Je passe incognito...
c) Gérer ses émotions : comment utiliser son empathie à bon escient et savoir la mettre de côté quand il le faut (quand il faut punir, par exemple) ?
d) Donner ce que l'on a de meilleur : comment devenir ce prof inspirant que nos élèves aimeraient peut-être devenir un jour ?
II Dans la salle des profs
a) Travailler avec les collègues : comment améliorer le travail collectif sans faire tout à la place des autres ? Faut-il revoir ses ambitions à la baisse quitte à ronger un peu son frein ?
>>Je vois bien que je suis assez exigeant... Du coup quand je bosse avec certains collègues peu motivés c'est la frustration assurée. Le fait d'être un peu "mon propre patron" m'aide énormément dans mon quotidien, même si cela me "coûte"....
b) Discuter avec les collègues : vaut-il parfois mieux faire semblant de s'intéresser à leur vie personnelle plutôt que de vouloir à tout prix parler avec passion de sa matière et de risquer de les froisser par ce qui sera compris comme de la prétention ?
>> Je m'intéresse à la vie des autres. Les sujets superficiels me lassent vite. J'ai besoin de connaître et souvent bien les gens avec qui je suis proche au travail. Donc j'aborde assez spontanément des choses de la vie de tous les jours, avec pour visée de les connaître mieux. Cela fait longtemps que je limite mes monologues sur ce qui m'intéresse, car rapidement je suis seul à table :D
III Avec la hiérarchie
a) Assumer qui on est : est-il utile d'avouer à sa hiérarchie qu'on est surdoué ? cela est-il un argument intéressant pour un directeur qui cherche à recruter un prof innovant ?
>> Je ne me vois pas aller le dire à mes chefs. Au contraire. Pour l'instant je préfère faire profil bas.
b) Affirmer son point de vue : peut-on/faut-il dire à son directeur lorsqu'on n'est pas d'accord avec une décision ?
>> Clairement, oui pour ce qui me concerne. Je cherche d'abord des éclaircissements et je me positionne si nécessaire.
c) Prendre des décisions difficiles : le surdoué doit-il céder à son ambition de sauveur et dénoncer un collègue/directeur au rectorat si celui-ci a un comportement qui nuit, voire met en danger les élèves ? (La réponse peut paraître évidente mais dans la réalité ces questions sont tellement taboues qu'elles méritent d'être posées.)
>> Cela ne m'est jamais arrivé. Par contre quand je vois certains collègues qui sont des fumistes de première et qui se font passer pour des professeurs investis... J'ai du mal à ne pas rager...
IV Avec les parents des élèves
a) Se faire respecter : comment ne pas s'énerver face à un parent qui s'est mis dans la tête que vous êtes l'ennemi de son enfant ?
>> Cela m'arrive en ce moment. Face à des parents dans le déni ou qui n'ont pas l'habitude qu'on leur résiste, j'ai du mal à être dans la cordialité la plus élémentaire. Mais en vieillissant j'apprends à me protéger....
b) Etre sincère : comment faire comprendre à un parent qu'il néglige ou à l'inverse pousse trop son enfant (surtout quand on est soi-même perfectionniste et que nos propres parents étaient très exigeants à notre égard) ?
>> Je leur dis souvent: "ici, on prend les enfants là où ils en sont. Et avec l'objectif de les faire progresser... sans tomber dans la maltraitance. (Amen :rofl: )". Cela ne marche pas toujours!
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