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du temps des premiers murmures...

Cette section est ouverte à tous les membres : elle doit permettre un partage d'expériences autour des problématiques liées à la découverte de la douance.

Modérateur: Zyghna

Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar PointBlanc » Mar 10 Mar 2015 23:23

Je ne me fie pas beaucoup à mes souvenirs d'enfance : je ne veux pas m'exagérer ma solitude d'alors ni le sentiment de ma différence. Je crois que je trouvais assez naturel de m'occuper seul sans embêter personne : je passais beaucoup de temps dehors, à courir après tout ce qui volait, rampait ou nageait dans les mares. Dans ma chambre j'inventais de nouvelles espèces d'oiseaux ou de reptiles, qui petit à petit ne se sont plus distingués de leurs modèles que par des détails infimes, si bien que sur la fin j'aurais été le seul à pouvoir les différencier. Je leur associais des aires de répartition qui incluaient toujours l'endroit où je vivais alors ou celui où j'allais partir en vacances. Avec ces sortes de passe-temps on se fait peu d'amis, mais j'en avais quand même quelques-uns qui m'écoutaient inventer des histoires dans un coin de la cour. Je rêvais en classe, je dessinais constamment. Je me souviens qu'un jour j'ai vu passer deux hérons au-dessus du terrain de sport : c'étaient mes premiers. Il me semblait entendre une musique, rythmée par le battement de leurs ailes, une mélodie sur deux notes.

L'adolescence a été un moment difficile, pour des raisons que, là encore, je préfère éviter d'inventer. J'ai troqué les oiseaux pour les jeux de rôle et le heavy metal. J'ai obtenu mon bac sans mention. Je me suis retrouvé en fac de lettres sans vraiment l'avoir voulu : je lisais beaucoup et depuis toujours, mais rien de ce qu'on appelait les classiques ne me parlait à ce moment-là. Mes notes me surprenaient : je les attribuais à mon aptitude à cerner les attentes des chargés de TD plutôt qu'à une compréhension profonde des œuvres qu'ils nous faisaient étudier. J'ai poursuivi jusqu'au DEA, dont la rédaction a été un véritable moment d'exaltation, peut-être le premier que je doive à l'étude des livres.

J'ai obtenu le CAPES sur le fil du rasoir, après une année passée à fumer cigarette sur cigarette devant la BU. J'ai commencé à enseigner après mon service militaire, il y a seize ans.

En 2003 ma mère a été victime d'un AVC sévère : la neuropsychologue qui suivait sa rééducation lui avait prêté un petit bouquin de tests psychotechniques. Un soir que je dormais chez mes parents et que je n'avais pas envie de lectures sérieuses, j'ai mis la main dessus. J'ai fini le livre en une heure sans y avoir perçu la moindre difficulté. Je n'avais pas fait une erreur, ce qui ne semblait pas correspondre au résultat le plus courant. Je peux dater mes premiers doutes de ce moment-là.

Après quoi j'ai passé des tests en ligne, beaucoup, sans doute trop. Je cherchais ceux qui avaient la réputation de donner les résultats les plus crédibles, et comme en général c'était à ceux-là que j'obtenais les meilleurs scores je m'empressais de donner secrètement raison à ceux qui les avaient signalés. Je suis même allé jusqu'à passer le test d'entrée à Mensa : j'ai été recalé, entre autres à cause de la partie verbale, et j'ai donc laissé de côté la question de ma douance pour de longues années.

J'y suis revenu par le biais du projet dont je reparlerai ailleurs. Je me suis assez vite aperçu que je n'avais pas de difficultés particulières à échanger avec ces élèves qui déroutent beaucoup de mes collègues. Je me suis de nouveau renseigné sur le sujet, avant de suivre un stage durant lequel j'ai eu le sentiment de souvent entendre parler de moi.

J'ai lu sur un autre forum que les tests de mon-qi.com donnaient des résultats étrangement proches de ceux du WAIS ; je les ai donc passés, pour voir, une fois de plus. Depuis je me fais un peu peur.

J'ai repris le club de go et d'échecs du collège depuis le mois d'octobre. Au premier de ces jeux, je n'ai pas fini d'être médiocre - mes élèves m'apprennent. Aux échecs c'est autre chose : je me suis rendu compte aujourd'hui que je gagne souvent sans savoir comment je m'y suis pris, y compris face aux bons joueurs du club. C'est presque un jeu de hasard du coup : c'est à la fois très drôle et très frustrant.

Voilà.
Que dois-je faire ?
- Rien. C'est cela.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Vanille » Lun 23 Mar 2015 12:05

Des murmures cela fait longtemps que j’en ai me concernant, … , mais je suis looongue à la détente !
Ou plutôt, je n'ai pas pris le temps jusqu'à aujourd'hui de chercher à savoir ce qu'il en est pour moi, trop affairée à m'occuper des difficultés rencontrées par mon fils et dans ma famille.

Disons que j’ai conscience de ne pas être aussi « intégrée » que les autres et ce depuis l'enfance.
J’ai toujours mis ça sous le compte de : (en vrac) la timidité, une trop grande sensibilité, un tempérament trop en dent de scies ( j’ai pensé bipolarité, tendance dépressive), un manque de confiance en moi, une tendance à l’amertume, un enthousiasme décalé, une hyperexigeance, un tempérament trop solitaire …

En fait la première approche du surdouement je l’ai faite via la découverte de la précocité de mon fils quand il a été testé à l’âge de 6 ans, il en a presque 17 aujourd’hui. Mais j’en ai eu très longtemps une interprétation erronée.
Je n’ai les contours de ce qu’est réellement la précocité d’un enfant que depuis 3 ans environ avec la lecture de livres de JSF, A ADDA, …
Et puis en lisant des bouquins, en parcourant ce forum, des sites, j’ai commencé à mieux comprendre mon ainé, mes enfants, mon mari, et je me suis peu à peu reconnue dans les témoignages.

J’ai 3 enfants, ma fille ainée a passé les tests il y a 1 an et demi, elle est surdouée aussi, sauf que cela ne se manifeste pas de la même façon que pour son frère.C'est beaucoup plus difficile pour lui.

Quant à mon mari, c’est un homme très intelligent … J’ai toujours eu un sentiment d’admiration le concernant, devant ses capacités qui me scient souvent. Mais c’est un taiseux, il n’exprime que rarement ce qu’il ressent …
C’est un homme qui implicitement fixe la barre haute à son entourage (et à lui même). Et pourtant il est rempli de doutes … Il est un peu (beaucoup) à part … et n'a pas le "bonheur" facile ...
Je lui ai fait part de mes doutes concernant une hypothétique douance le concernant, mais c’est un sujet qu’il ne veut pas creuser.

Quant à moi, je suis un peu louve,j’ai porté le quotidien familial entre mes précoces compliqués, ma petite dernière très sensible et mon mari.
Je me suis attribué la responsabilité de leur bonheur.
Mais au fil du temps, ces deux dernières années, j’ai perdu contact avec l’extérieur, trop affairé à m’occuper de ma famille qui partait à la dérive.
J'ai beaucoup lu pour comprendre, et trouvais futiles les relations extérieures aux vues de ce que j’avais à m’occuper chez moi. J’ai perdu mon identité sociale. Pour en arriver il y a quelques mois à un burn out.

Suivi par mon médecin de famille, j’ai eu recours aux antidépresseurs, traitement qui aura duré 6 mois et auquel je viens de mettre un terme il y a deux semaines.
Ce traitement m’a été profitable pour écarter mes idées noires, éradiquer les crises de larmes, une certaine forme d’agoraphobie qui s’était installée petit à petit … Mais il était vital pour moi que ce soit un traitement « court ». Il impliquait des difficultés à me concentrer, à mémoriser, à réfléchir, à dormir aux heures faites pour ça …

Ce que je pense aujourd’hui, c’est que notre famille est vraisemblablement un peu plus compliquée que la moyenne dans les relations et la façon d’appréhender le monde. Et que ça a été vraiment dur par moments.

Aujourd'hui nous avons retrouvé un certain équilibre et plus de sérénité.

Il est temps pour moi aujourd'hui de réfléchir à qui je suis, comment je fonctionne, pourquoi je me sens si décalée, si ambivalente.
J’avais atterri sur ce forum pour trouver des pistes de réflexion par rapport à mon fils et ma fille il y a un et demi à peu près, mais je n'y étais pas restée longtemps.
Aujourd’hui j’y reviens pour moi.
J’ai pris rendez vous avec une psychologue cognitiviste pour passer le WAIS.
Premier entretien jeudi prochain.

Donc mes murmures à moi c'est d'être la mère de précoces, l'épouse d'un homme compliqué, et le fait que je vois bien que je ne relève pas le niveau question simplicité !!! Sans compter mon début de relecture de ce que j'étais enfant puis ado etc ... en faisant l'hypothèse d'une douance pour moi. Ça expliquerait tellement de choses.

Et si je ne suis pas concernée par la douance au moins ce sera du temps que je prendrai maintenant pour moi pour que je reprenne en main ma vie qui doit être aussi autre que celui de mère.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Agnès » Mer 25 Mar 2015 23:01

fleueenn a écrit:Après de longues années d'errance, et après avoir lu le livre Trop Intelligent pour Être Heureux? De Jeanne Siaud Facchin. Le livre Différence et Souffrance de l'adulte surdoue de Cecile Bost m'a bien boostee aussi. :-)


L'errance...
Mise en ce mot exactement, ce matin avec ma thérapeute...
Le sentiment qu'elle a pris fin et que le désert s'évapore.

Le temps des premiers murmures remontent à si loin pour moi que j'ai revêtu un habit de musicienne, aux oreilles ultrasensibles, à la limite de la phobie des bruits en tout genre.

Aujourd'hui, cette chuchoterie commence tout doucement à chantonner comme une eau cristalline.

Je prends mon temps, je garde ma p'tite bicyclette pour avancer. Je refroidis ma tête pour ne pas m'empourprer.

Et je pose entre chaque respiration des moments bienfaisants pour déguster ces secondes comme une éternité.

Par contre, je me questionne sur ce rempart que je sais si bien mettre entre le monde extérieur et mes émotions intimes.

On m'a dit récemment que j'étais "verrouillée", c'est un euphémisme : je suis complètement blindée, un coffre fort aux multiples serrures, que j'ouvre petit à petit.

Réflexions de mon soir assez épuisé... Mais la nuit va me porter repos et mes rêves seront encore mes conseils de demain.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar clagaebellysance » Mar 23 Juin 2015 08:05

Voilà plusieurs semaines que je vous lis... Topic par ci topic par là ;)
J'ai lu avidement le sujet sur l'effet Barnum, celui sur ce dans quoi certains d'entre vous ne se reconnaissaient pas, celui de l'imposteur.
Comme Fab, les questionnements sont concrètement arrivés avec mes enfants. Grande a passé son test, suite à la restitution, 142 de QI, un mal être à couper au couteau, une hypersensiblité cachée sous une carapace... Et moi qui me pose des questions... Comme être une bonne maman, d'où ça vient etc.

Je n'ai pas spécialement été brillante à l'école, toujours dans la moyenne (mais sans me fouler il faut être honnête). J'ai eu une étiquette d'enfant brouillonne et stupide parce que je tenais pas vraiment en place et que les maths ont toujours été pour moi d'un ennui consternant.
Après vous avoir lus, je me suis aperçue que j'étais bibliophage et que j'ai lu très tôt Zola, Maupassant et cie et que comme certains, je rallumais ma lampe (ou plutôt je dévissais l'ampoule avant le bonne nuit des parents pour ne pas qu'ils entendent le cliquetis de la lampe :rofl: ) pour lire jusque tard. Mais je pensais qu'on était tous pareils, su moins que j'étais comme mes parents.
Je n'ai jamais été en échec sauf en maths-physique (la double peine!) et ai gardé cette faiblesse comme une grosse tare longtemps. Bac L mention AB, étude en fac, pas une grande bosseuse mais déterminée et ultra organisée avec une grosse capacité de travail (je pouvais aller jusqu'à 6h de révisions par jour) je bossais quelques jours avant les partiels et c'est passé à chaque fois.
J'ai terminé la fac en ayant mes deux aînés et là attention, mon hyperactivité et mon hyper organisation m'ont bien aidée. Enceinte de bb2; j'ai terminé mon mémoire de maîtrise et préparé le capes (seule par le CNED). J'ai été admissible mais vraiment trop enceinte pour aller aux oraux alors je n'y suis pas allée. J'ai accouché et soutenu mon mémoire et j'ai eu ma maîtrise avec mention Bien et les encouragements pour continuer....(ce que je n'ai pas fait, pas assez aidée par monsieur mon mari et parce que "j'avais eu de la chance".
Et j'avais trouvé ça normal, enfin j'avais révisé convenablement, quoi! Tout le monde pouvait le faire, le sujet du capes était assez simple cette année-là, j'avais eu la chance de tomber sur ce que je savais bien.....

La claque, les doutes sont arrivés en 2013. Je retente le capes avec des "handicaps" 1)le Cned 2)4 enfants (oui entre temps j'en ai mis 2 autres au monde) 3)un travail à mi-temps 4) je suis séparée. J'ai tremblé toute l'année d'avoir l'outrecuidance d'oser espérer qu"éventuellement je pouvais aller aux oraux. J'en ai laissé des kilos.... Déjà que je n'étais pas brillante, mais alors en plus oser ça....

En "bien organisée" que je suis, je me suis servie du principe du dictionnaire : j'ai rempli toute une chronologie grand format rassemblant histoire, art et musique. Je me suis imposée une discipline de fer.
Jour J : mes camarades de concours sont des étudiants qui préparent le capes toute l'année, en fac, certains en sont à leur 3e tentative. Alors j'ai envie de pleurer, j'ai honte d'être là, d'oser penser que je peux passer devant ceux qui font des dissert' toute l'année, sont entraînés aux épreuves, ont 15 ans de moins que moi et sont encore dans les études et dans la musique toute l'année.
Coup de bol? je suis admissible. Ils ont noté large pour avoir plus de candidats aux oraux?Ils ont rattrapé les écrits limites? A ce stade là, je ne sais pas je n'aurai mes notes que l'année suivante. Comme les oraux sont décalés d'un an cette année là, je repasse les écrits de la session suivante en cas de vautrage aux oraux de la première session (pour avoir une double chance). Encore admissible. Et là, je me dis que peut-être ce n'est pas que de la chance. Quand je vois mes notes à l'écrit, qui sont sensiblement les mêmes aux deux sessions, ce n'est pas que de la chance. C'est seulement du travail? Travail et chance? J'ai des facilités? (pourtant je n'ai pas bénéficié du passage en trois sans frais! :rofl: ). Je suis Je passe les oraux et je suis admise. 85e sur 250, en plus c'est honorable.
Alors c'est un concours, c'est TRES académique, ca ne veut rien dire sur l'intelligence...non? Si?

Et puis la synesthésie, j'y ai droit et je m'en sers en plus. En analyse par exemple. Quelques minutes de Schubert? C'est vert pâle, C'EST forcément Schubert. Carmina Burana de Carl Orff? c'est insupportablement flamme rougeoyant (et ça me donne la nausée, comme Ennio Morricone). Chopin? c'est bleu pastel.... par exemple.
Est-ce que j'ai associé comme je le pensais jusque là la couleur des jaquettes de CD à ce que j'écoutais? ou est-ce que c'est de la synesthésie?
Devoir maison de musique au lycée : tous mes camarades rendent une copie double au mieux, j'ai un dossier de 3 copies doubles remplies, analyse des thèmes, de la forme historique etc. Niveau 1ere année de fac (mais je m'en suis rendue compte après).
Et depuis ce CAPES quelque chose semble se dénouer, en formation je suis passée pour une folle : le formateur parle de la synesthésie (je sais ce que c'est depuis la 1ère le sujet me passionnait forcément). Et il dit "il y a un poème de Baudelaire à ce sujet. Moi qui reste toujours silencieuse en groupe pour ne pas me faire remarquer (leitmotiv depuis mes 14 ans (et petit clin d'oeil au chat!!!) faire corps avec le papier peint, tu es trop laide, trop stupide, tu n'es pas adéquate, fais toi oublier...) je récite la première strophe du poème sous l'oeil ébahi de mes collègues. c'est sorti comme ça, sans que je ne réussisse à contrôler. Evidemment, je me suis encore faite remarquer. Catastrophe. Nausées. Envie de disparaître.

Alors, voilà, j'en suis là. Mes enfants sont tous précoces et je les comprends. On joue avec le dico et on s'amuse (je fais ça depuis toute petite et il m'a fallu de la discipline pour être synthétique dans mes prépas de cours)
je sais que je suis originale mais est-ce que je suis douée ou pas? Qu'est ce que ça m'apporterait de le passer? Finalement, si je le suis (douée) on dirait que j'en tire des avantages.... Toutes ces questions que vous vous êtes posées ou que vous sous posez en ce moment.
Moi, je suis "aware", perdue... Je ne sais pas par où commencer....

Je continue à éplucher le forum et...merci pour tous ces témoignages, avertissements. Vous m'apportez beaucoup
:)
Cla.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Agnès » Mar 23 Juin 2015 09:21

Cla...

J'ai lu tous tes mots et tu es lumineuse.
Merci de t'être dévoilée ainsi, c'est limplide, empli d'une grand Cla...rté.

Tu n'es pas perdue, tu es au milieu du brouhaha et tu travailles en toi-même pour décrypter les chemins à prendre. Courage, mais tu en as en plus de ton don.

Bonne journée à toi

Agnès
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar clagaebellysance » Mar 23 Juin 2015 16:52

Agnès a écrit:Cla...

J'ai lu tous tes mots et tu es lumineuse.
Merci de t'être dévoilée ainsi, c'est limplide, empli d'une grand Cla...rté.

Tu n'es pas perdue, tu es au milieu du brouhaha et tu travailles en toi-même pour décrypter les chemins à prendre. Courage, mais tu en as en plus de ton don.

Bonne journée à toi

Agnès


Merci à toi Agnès pour ce joli message :*
(sans doute mon prénom y est pour quelque chose dans cette clarté ;))
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Napirisha » Mer 24 Juin 2015 09:40

bonjour,

j'ai encore un peu de mal à parler de premiers murmures pour moi, même si l'expression me paraît très belle. Si je parle de premiers murmures, c'est qu'ils annoncent quelque chose... et si quelque chose il y a, il va falloir l'intégrer d'une manière ou d'une autre dans ma vie... ce forum m'y aide beaucoup, depuis quelques jours que je me pose plus sérieusement des questions.

J'ai toujours su que j'avais un fonctionnement un peu différent. Soit par les échos de ma famille, dans laquelle c'est réellement valorisé (les quelques mots d'enfants qui révèlent un goût affirmé de la logique ou de la volonté de tout comprendre entrent vite dans le récit familial), soit par l'école, ou c'était beaucoup plus nettement un problème (intello fayote asociale, en gros). Et j'ai toujours été dans ma scolarité plus rapide et avec de meilleurs résultats que mes camarades, du moins jusqu'au bac. Les études sup ont été plus compliquées, j'étais incapable d'apprendre un cours, dans une formation qui favorisait le bourrage de crâne, ça n'a pas aidé. Dans la vie professionnelle, mes maîtres de stage, collègues, patrons ont toujours fait remarquer que je comprenais très vite, que je m’adaptais bien à de nouveaux domaines, etc... A force, j'ai fini par admettre qu'il devait y avoir du vrai là dedans, malgré mon sentiment d'incompétence récurrent, et ma crainte que quelqu'un finisse par se rendre compte qu'en vrai, je suis nulle (le sujet sur le syndrome de l'imposteur 'a bien intéressée, d'ailleurs!).

La question du haut potentiel m'a parfois effleurée, sans que je veuille la regarder de plus près. Le titre de TIPEH m'a par exemple marquée, sans que je ne le feuillette jamais (et pourtant, je suis la première à passer des heures à lire à la fnac ou autre...). Je crois que j'ai délibérément évité la question, j'ai trop bien intégré depuis le collège que c'était dangereux d'être trop intelligent et de le montrer.

Là, ça me revient en pleine figure depuis quelques jours : je vais assez mal en ce moment pour tout un tas de raisons pas clairement identifiées, j'ai fini par me dire qu'il fallait stopper ça avant que ça me porte vraiment préjudice au niveau professionnel. Bref, médecin, antidépresseur, arrêt des heures sup, et WE à me réfugier chez des amis pour ne pas être toute seule. Et là, mon amie évoque le haut potentiel, au détour d'une conversation. Ça a fait tilt comme jamais. Ça expliquerait effectivement une partie de mes réactions (pas tout, loin de là...) J'y pense en boucle depuis 10 jours, je lis tout ce qui me tombe sous la main sur internet, je passe des tests à la con en ligne (même si je sais que ça n'a pas de valeur, j'ai pas pu résister. Et les résultats confirment que, HP ou non, ça carbure plutôt pas trop mal. En plus, c'est marrant..). L'effet Barnum marche super bien aussi, je me reconnais dans tout et tout le monde, je diagnostique sauvagement toute ma famille, etc.

Et là, j'ai le premier RV avec la psy à midi, pour essayer d'aller mieux un jour. Et c'est la première fois que je vais parler de ces murmures à quelqu'un d'extérieur et professionnel. Et je suis morte de trouille!
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Napirisha » Mer 24 Juin 2015 13:41

Bon, il faut croire que les murmures ne me parlent pas qu'à moi. Je n'ai pas eu à évoquer directement le sujet avec la psy, elle en a parlé toute seule, après quelques questions! Bref, elle a suggéré le WAIS, et m'a donné un peu de lecture (TIPEH, me voilà!) Ça devient concret, de l'ordre du possible, et pas simplement un délire toute seule dans ma tête... Je m'y attendais, voire l'espérais, et en même temps je ne sais pas qu'en penser.
Le test ne résoudra rien quel que soit le résultat, mais me donnera une base solide de réflexion, c'est toujours ça.
Je la revois demain, si je laisse passer trop de temps entre deux rencontres je ne suis pas sûre d'oser repasser sa porte.

En plus, elle est neuropsychologue, et a l'habitude de travailler avec enfants et adultes à haut potentiel. Je n'y allais pas pour ça à la base, le hasard fait bien les choses!
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar clagaebellysance » Mer 24 Juin 2015 13:57

Bravo, belle Napirisha!
J'admire ton courage. Voilà, les premiers pas vers une autre compréhension sont faits...
Merci d'être venue nous parler de ce rendez-vous!
Bises
Cla
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Napirisha » Mer 24 Juin 2015 14:08

Merci de ton gentil message! je me sens plus terrifiée que courageuse, à vrai dire, acculée à avancer si je ne veux pas couler dans ma propre anxiété!
et à te lire, je regrette de n'avoir pas pensé à dévisser l'ampoule de ma lampe de chevet pour mes lectures tardives, c'est une brillante idée!!! je ne sais pas si ça a à voir avec la douance, mais c'est une marque certaine de génie à mes yeux!
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Melkoa » Mer 15 Juil 2015 16:07

Très intéressant de lire vos témoignages...

Pour ma part pas vraiment de premiers murmures, ce fut plutôt "inversé" on va dire : comme je l'ai expliqué dans ma présentation, un ami m'en a parlé au détour d'un déjeuner, en me demandant "mais dis-moi, as-tu déjà songé à la douance pour toi ?". Et tout est parti de là, comme une illumination soudaine. Même si j'ai beaucoup craint l'effet barnum après la lecture du TIPEH..

Pour autant, ça explique les "non-murmures" mais tout de mêmes des pistes d'alerte dirons-nous...
Je revois ainsi différemment le fait d'avoir parlé très tôt et beaucoup, lu tôt et énormément... Le fait d'avoir toujours fait mes devoirs en regardant la tv en même temps par exemple (ce qui laissait pantoise ma mère mais bon)... L'impression de ne pas faire grand chose mais réussir quand même en cours (parfois tout juste cela dit, mais bon quand il fallait mettre un coup de collier hop c'était bon)...

Mais ça aide aussi à expliquer les difficultés de compréhension avec autrui, un sentiment récurrent de différence, perfectionnisme accru, pourquoi j'ai du mal à garder des amis (alors que je leur donne tout et les fait toujours passer avant !), le harcèlement récurrent à l'école, les heures à s'endormir car impossible de trouver le bouton off,...

Et mon impossibilité à choisir : des études (du coup j'ai tenté de continuer le plus longtemps possible sans trop me spécialiser pour pouvoir tout faire), au travail (ça s'est fait "comme ça", et j'ai du mal à continuer dans un poste si j'en ai fait le tour et que tout est trop répétitif), voire même pour un simple canapé...! D'où une frustration quasi permanente, pas évidente à gérer (tout choix étant un déchirement).

Bref, maintenant les murmures semblent prononcer "home sweet home" (avec ou sans canapé), et ça, ça fait du bien !
Et vice versa.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar caquette » Ven 24 Juil 2015 11:03

Bonjour à tous,

Je ne suis arrivée que hier sur ce forum, et depuis, je n'arrive plus à ne penser qu'à ça...Hier, au lieu de travailler, je crois que j'ai passé au moins 6 heures de ma journée à lire des articles des différents fora, puis à surfer sur Internet, je suis allée feuilleter le livre "Trop intelligents pour être heureux". Je me sens en ébullition, c'est très curieux comme sentiment :o
Je passe par tous les stades: l'euphorie, le doute, le sentiment d'être totalement ridicule et prétentieuse.

Après tout, tout le monde doit être plus ou moins comme moi? Anxieuse, en manque de confiance en soi, mal dans sa peau, dans le doute en permanence, c'est assez banal finalement. Quel rapport avec la douance?

Est-ce que ça vaut le coup de savoir? Est-ce là la vraie recherche sur soi? Pourquoi ne pas comprendre plutôt les causes de son mal-être, en cherchant dans son enfance, en faisant une psychothérapie?

Je me pose toutes ces questions, je me dis qu’après tout personne n'a évoqué une douance chez moi à un moment quelconque.

Mais en même temps, je sens que quelque chose est différent depuis hier...

Ça me fait un peu peur en même temps, ça va trop vite, mon cerveau va pas tenir le coup!
"C'est l'incertitude qui nous charme. Tout devient merveilleux dans la brume"O. Wilde
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Chacoucas » Ven 24 Juil 2015 23:49

Bon, comme le topic semble être ouvert, je vais participer.

Moi ça a commencé vers la fin du primaire, je voyais tout un tas de mécanismes d'incompréhension, inadaptation, goûts différenciés, choses diverses se mettre en place sans comprendre, depuis quelques années. Je savais à force de réflexions de la part de camarades, de pas camarades, de professeurs ou de l'environnement familial que j'étais un peu spécifique. Mais bon qu' en faire? rien.

Et l'idée de la douance ou quelque chose de comparable est venue naturellement après un évènement assez stupide. En CM2 ma maitresse (on disait comme ça) qui était aussi la directrice, s'est tapée une colère en vérifiant mes exercices et m'a envoyé dans une salle de classe vide sous surveillance d'un de ses assistants (enfin, stagiaire, je sais pas... on ne sait pas ces choses là en tant qu'élève et puis on s'en fiche un peu, un prof c'est un prof, on respecte).

L'exercice tel que je m'en souviens était du français, simplissime à l'excès, je n'ai jamais compris (parce qu'il y avait bien des exercices plus difficiles que ça, j'en connaissais, celui là était évident, presque de la copie). Mais elle était convaincue (à l'excès aussi) que je faisais faire mes devoirs par quelqu'un d'autre. La situation avec elle s'est envenimée (à l'excès aussi). Mais pour moi c'est resté un incident à prendre en compte: et si en fait ce que je considérais facile ne l'était pas? Si j'étais bizarre parce que vraiment je pensais différemment, bizarrement, et que ça me permettait de faire des exercices en m'ennuyant? En fait des remarques, des scènes, des sentiments se sont agglutinés et semblaient faire sens ensemble. L'année suivant je me suis appuyé dessus pour dire "non je ne veux plus aller à l'école, j'attendais mieux du collège, je veux apprendre seul, maintenant. Je suis fatigué de tout ça et de toute cette violence" (avec un langage un peu plus empreint de pathos, et un peu plus centré sur le ressenti, j'avais 11 ans). Bah ça a très mal fini pour moi (Hôpital Psy etc...) L'année suivante on m'a fait sauter ma 6ème amputée et j'ai fait une 5ème dans un autre cadre avant de lâcher l'affaire (passage du bac en mode foutant et croisière, désintérêt de tout ce qui a à voir avec le scolaire... si c'était intéressant on m'aurait permis de l'apprendre à ma manière... Donc ça ne doit pas être intéressant/nécessaire à la "vraie" vie) jusqu'à 21 ans où j'ai commencé la fac après 3 ans de ballades...

J'ai passé ces 20 ans en exploration de la vie en mode "paumé" parce qu'il me semblait devoir reconstruire tout savoir et vision de l'univers. Ca me convient. Je continue sur cette lancée. Quant à la "douance" eh bien depuis j'ai prêté l'oreille à tout ce qui s'en rapproche, de près, de loin. Pendant 20 ans aussi, les seuls psychiatres ou psychologues que j'ai croisés étaient plutôt en mode refus des tests de QI voire même refus de l'intérêt de considérer ça dans une thérapie constructive. Je découvre en fait aujourd'hui (et avec ce forum) des gens pour qui "c'est bien" le concept de QI. J'avoue, je trouve ça intéressant aussi, et je pense que ça doit aider un individu à se trouver (dans ma vision, d'autant plus tôt... puisque j'aurais été intéressé par ça tôt, pour éviter les défauts de la scolarité aussi, espérant y trouver un compromis qui me la rende supportable, car elle ne l'était pas).

Enfin voilà... j'ai appris à "m'en foutre", de cette hypothèse et surtout de tout le concept sur quoi ça repose. Même le milieu psy que je connaissais m'y poussait, à ne pas y penser. Aujourd'hui je désapprends. Et réapprends en observant. Je n'avais jamais pu parler avec des gens "haut QI", donc je n'avais même pas de référence pour savoir à quoi ça correspondait (bien entendu on en rencontre surement vu les statistiques, mais ce n'est pas marqué sur le front des gens). Sachant que ça existait, j'imaginais le truc fait pour une élite ayant besoin d' être testée (imaginons des emplois nécessitant une rapidité d'exécution et de conceptualisation sans erreur, astronaute? par exemple), mais au fond j'avais complètement séparé ça de la vie quotidienne. Et je ne voyais même le QI que valable dans ce petit coin qui est réservé à des capacités cognitives rapides et intenses, variées. Sans que ça soit intéressant d'en tenir compte dans une vie "normale".

Ca m'a toujours semblé intéressant au contraire d'en tenir compte "un peu", de voir les liens nécessaires que le fonctionnement a avec le réel et le relationnel. Mais bon... ce qu'on est seul à trouver intéressant ça reste de la science fiction ou du fantasme... Et franchement je trouvais mieux pour fantasmer ou faire de la SF que le concept de QI que j'avais juste appris à "limiter" (en fait j'avais même entendu "arnaque" et "stupidité" concernant ça, par exemple, au cours des 20 années entre première idée et aujourd'hui... on comprendra aisément que ça ne pousse pas à s'y rattacher et étudier le concept, d'autant que de fait ça ne m'aurait pas servi au quotidien, donc pourquoi penser à une chose qui isolerait socialement et n'apporte rien en retour?).

De plus, si j'avais bien pensé à un lien, j'avais clairement séparé mes "différences" d'un simple calcul de score à un test de QI... Comme je le disais, ça ne me semblait pertinent que dans certains cercles professionnels, qui par ailleurs ne m'attiraient guère (bosser pour le gouvernement ou dans l'exploration spatiale ça n'était pas mes désirs de carrière). D'autant moins intéressant, après, que l'intelligence est un concept clairement mésestimé dans les institutions auxquelles j'avais accès. Limite mal vu.

Et si mon discours ne le fait pas ressortir, la confiance en moi est très relative et fluctuante. De plus je me rattache plus facilement au modèle forrest gump qui fait illusion d'intelligence qu'au modèle will hunting qui ne peut passer inaperçu, en termes de culture populaire. Ca explique un peu pourquoi je peux être parfois un peu "en foutant" (expression réunionnaise synonyme de... disons désinvolte) avec pas mal de choses reliables à l'intelligence ou la performance... De fait, ça ne m'apportait que des ennuis, malgré moi. Autant faire un effort pour s'en éloigner comme possible.

En fait maintenant je découvre un paradigme qui a changé et des gens dont j'apprécie certaines particularités (je parle du forum et ça peut être lié à la douance, puisque c'est le point commun officiel). Ce qui en soi m'intéresse encore plus que le test. (bah j'ai déjà passé la majeure partie de mon existence avec une image de crétin inadapté qui éventuellement pouvait parfois être plus rapide et malin que d'autres... sur ce plan le test ne semble pas pouvoir m'offrir une image radicalement différente de ce paradoxe: soit je suis crétin, ça n'enlèvera rien à certaines efficacités, soit je suis HPI, ça n'enlèvera rien au fait que je serai toujours assoiffé de plus et que je suis paradoxalement un crétin dans bien des situations, soit je suis dans la grosse masse du milieu et franchement... bah je sais déjà que je fais partie d'une masse, rien d'extraordinaire en soi à ça...). Par contre le passer sera intéressant, de fait (parce que je suis sur que les questions et le moment sont marrants, intéressants à vivre, peut être à mâchouiller comme des bonbons dont on a entendu parler depuis longtemps et qu'on ne peut savourer qu'une seule fois... mais je ne suis pas certain de ne pas tomber en mode "arrêt du cerveau", fascination totale, histoire de faire durer...Quel intérêt de jouer le jeu et d'aller vite sur quelque chose qu'on a trop fantasmé? Je crois que c'est déjà un biais de passage... Ca doit mieux marcher (ou être innocemment savouré) sans qu'on y ait trop pensé avant). Et puis c'est peut être un petit fantasme que je dois à un garçon de 10 ans qui croyait qu'il trouverait mieux avant de s'en prendre encore plus dans la poire que ce qu'il imaginait.

C'est surtout ça... une petite private Joke avec un gamin qui me manque beaucoup parfois. Si je pouvais retourner faire une petite partie d'échecs avec lui quand il s'ennuie à mourir et désespère des horizons qu'il imagine... Papoter un peu, lui montrer à quel point le monde peut être petit et à quel point l'univers est vaste et qu'il a le droit, a RAISON de le rêver et l'imaginer à grands coups de questions... Je devrais surement le faire, avant de ne plus pouvoir. Et avant de le laisser grandir dans sa dimension, laisser un petit bilan sur la table: "tiens, tu voulais savoir, voilà". Un sourire et puis... Eh bien chacun retournera dans sa dimension.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Lord Arthur Savile » Sam 25 Juil 2015 08:42

Je me sens prétentieuse de répondre à ce fil car je n'ai reçu qu'une ridicule étiquette aux allures de flandrin, celle d'intellectuellement précoce. De plus, l'une des deux psychologues qui m'estimaient "en avance" avait usé d'analyses psychologisantes pour expliquer ma volonté de tout savoir. Le sous-entendu en filigrane derrière son discours était "précocité acquise suite à un traumatisme pour combler un complexe d'infériorité et conjurer l'angoisse". Mais je ne veux plus user de circonlocutions guidées par une modestie feinte; je suis toujours "surdouée", bien que je n'aie jamais passé le WAIS ou tout autre test pour adultes. Je réponds donc à ce fil, et m'excuse d'avance pour ma présomption de façade. Malgré des capacités cognitives élevées, je ne suis pas une personne cultivée et agréable. Je ne suis pas intelligente au sens populaire du terme, et je ne suis pas non plus un génie incompris. Il est un milieu entre ces deux images caricaturales. Une personne foutrement normale, en somme qui ne présente qu'une misérable singularité, une maladie rendant son cerveau difforme et monstrueux. Ces mots, "maladie", "difforme" et "monstrueux" feront hurler dans les maisons des surdoués, et je comprends. Je dirais que les noeuds au cerveau revêtent un caractère pathologique lorsqu'il s'agit de vivre en société, simplement. Quant au "monstrueux", il s'agit là de décrire ce qu'il y a d'effrayant à avoir un cerveau qualifié de "volcan" par les autres. Je n'évoquerai pas tous les premiers murmures qui sont pourtant légion, car une énumération de ceux-ci serait bateau au regard de vos propres récits. Je me contenterai de résumer les caractéristiques les plus prégnantes: la sensibilité étrange et les noeuds au cerveau, que dis-je, les transes du cerveau! Qui sait les nuits d'insomnie passées à comprendre que les gamins ruskovs se shootant à la désomorphine constituent la preuve que le monde est encore plus sordide et dégoûtant que je ne l'avais imaginé en découvrant l'existence de la peste et du SIDA? Je crois pourtant que cette sensibilité peut, et doit aussi, être agréable. Car l'euphorie que je ressens à l'écoute de la Neuvième de Mahler ou de la Rhapsodie pour alto de Brahms est magnifique. Être étreinte par les cordes d'une symphonie morbide ou par les complaintes misanthropes d'un personnage de Goethe effrayé par la solitude, voilà qui donne une raison de ne pas finir sa vie le cou entre la corde. Plus jeune, j'étais fascinée par la peinture impressionniste et les musées étaient mon refuge. Pourtant, lorsque je vois ce que je deviens, un personnage cuistre, inculte, me vient l'idée de faire un court Voyage au bout du passé. Douce enfance, du moins au début. Magnifique émulation intellectuelle, noyée dans les livres. Je vous épargnerai la suite pour ne pas donner dans le mélodrame, mais le départ fut merveilleux. Tout part des feuilles. Un mot qui me fait penser à folie, furie, et surtout inFini. Une feuille me fait toujours beaucoup d'effet, c'est une très belle chose, une feuille, un truc vert ou doré insignifiant qui vous fait pourtant penser à l'immensité du monde. Je regardais moi aussi les feuilles à la récré, et je ne m'en portais pas plus mal. Les feuilles et les fleurs, sur les peintures impressionnistes, voilà qui me fascinait de sept à huit ans. Je me rêvais en peintre, bien que je n'aie jamais su peindre. Désormais ce sont les gestes précis du chef d'orchestre qui me tirent des larmes, cette minutieuse construction qui pourrait s'effondrer dans la seconde sans la précision du maestro. Si je semble être hors-sujet, je pense que c'est cela, le premier murmure, cette transe infernale du cerveau assortie avec la sensibilité insupportable qui me tient compagnie depuis le début.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar L34p3r » Sam 25 Juil 2015 16:14

Je me suis dit qu’il faudrait peut-être attendre d’avoir passé un test, mais en même temps, il ne s’agit que de dire ce qui a pu m’amener à me poser des questions et à considérer la douance comme une hypothèse valable, alors je viens ajouter mon témoignage aux précédents (qui sont tous assez frappants).

En avant racontage de life !

J’ai passé quelques mois à sombrer petit à petit dans une déprime dont je n’arrivais pas à sortir, tout en refusant cet état de fait puisque je ne pouvais me trouver aucune raison valable pour ne pas aller bien. Je ne vais pas bien, mais je n’ai pas de vraies raisons de ne pas aller bien, donc je n’ai pas le droit de ne pas aller bien. CQFD.

Bon, évidemment, au bout d’un moment, sentiment d’implosion oblige, j’ai essayé de mettre des mots sur ces vagues sentiments que je refusais de regarder en face. J’ai écrit un mail à un ami anglais (histoire de ne pas être jugée par quelqu’un de quotidiennement proche, j’imagine) pour lui dire que j’avais le sentiment de « missing the point of my own life » (je ne trouve pas de traduction satisfaisante, entre « passer à côté » et « ne pas trouver de sens », l’expression anglaise me semble plus pertinente, bref, je m’égare) ce sentiment récurrent d’être un poisson hors de l’eau, d’être spectatrice du monde, des autres en général.
Des choses qui m’avaient déjà frappée adolescente, que j’avais toujours réussi à tenir à distance, à rationnaliser, mais qui me donnaient de plus en plus l’impression d’étouffer. Tant et si bien que j’ai fini par prendre la décision d’aller voir un psychologue, histoire de faire le point sur tout ça, de manière plus objective, en tout cas de faire quelque chose pour me prendre en main.

Sauf que là, boum, patatra, je tombe sur un article de Konbini, article qui me fait d’abord sourire, avant de m’intriguer un peu : les premiers murmures commencent.
Dans l’article, Wyatt, 25 ans, surdoué, raconte comment il estime avoir raté sa vie et expose son mal-être un peu à la manière d’un adolescent incompris (désolée, à la lecture de son texte, c’est un peu le sentiment que j’en ai eu).
Mais au creux de ses plaintes contre le monde et la société, quelques passages me troublent : le fait de se sentir « toujours en décalage, socialement inadapté », se traduisant par un questionnement incessant (« Que dois-je dire, comment me comporter, comment réussir à intégrer normes et conventions sociales ? Comment parler de rien pendant des heures en faisant semblant que c’est cool ? »), l’évocation d’une « pensée en arborescence » dont il décrit le fonctionnement (« je pense à un truc qui me fait penser à des trucs qui me font penser à trop de trucs. »), la mention d’une lucidité parfois difficile à gérer.

Sur le coup je ne suis pas fan du ton employé (un peu trop « de toute façon c’est tous rien que des cons », même si la souffrance a l’air bien réelle) mais je suis frappée par le fait de me reconnaître dans certaines caractéristiques, alors je décide de suivre la piste donnée en nota bene, qui mentionne Trop intelligent pour être heureux.
C’est le début de beaucoup de recherches sur internet, d’écoute de podcasts radio, de visionnage intensif de conférences et autres témoignages, d’achat de bouquins, et puis la découverte de ce forum, surtout. Une semaine de boulimie d’information et de relecture de ma vie à la lumière de tout ça, et le sentiment d’un passage accéléré par plein de phases différentes (sûrement dû au fait d’essayer de lire tout le forum :think: )

Alors les murmures s’amplifient et prennent des allures d'orchestre symphonique, même si au fond, je continue pas mal à gamberger (Surdouée ? C’est vrai que je me suis toujours trouvée hilarante, mais tout de même :emo: )

Blague à part, ça fait juste du bien de voir des mots mis sur du vécu, de se comprendre un peu mieux, parce qu’au final, même si l’hypothèse n’est pas la bonne (on verra ça dans deux semaines) je pense avoir compris un certain nombre de choses par rapport à moi-même et ça, ça n’a pas de prix, pour tout le reste, il y a mastercard.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Kelisia » Lun 27 Juil 2015 06:53

C'est bon de réfléchir à tout ça mais ça remue un peu en fait ^^

Les premiers murmures le sont avec le recul mais l'étaient ils à l'époque... Je crois que je me suis toujours sentie à part comme beaucoup d'entre vous. A l'école, selon les profs j'avais des "capacités que je n'exploitais pas" et un "baobab dans la main". Petit à petit, ces facilités ne m'ont plus été d'un grand secours et j'ai au final abandonné les études après le BAC (aucune idée de ce que je voulais faire et j'ai même eu le BAC par miracle en ayant eu l'intention de le louper...). Je m'intéressais à tout sans avoir aucune idée de ce qui me passionait réellement, n'étais pas brillante, mais j'ai eu des parents qui ont toujours cru en moi. Mon père voulait que je passe des tests à l'époque car persuadé que j'avais un très fort potentiel. Une brouille entre nous a fait que ça n'a pas eu lieu... Quelques années plus tard son décès a chamboulé beaucoup de choses.

Je suis aussi d'une famille qui comporte quelques hauts potentiels intellectuels dont mon père. Sauf que là où je n'ai pas fait grand chose de ma vie, ils ont tous réussi (journalisme, politique, théâtre, physique, médecine, musique ils sont tous réputés exceller dans leur domaine). Forcément c'est que moi j'étais en-dessous.

Socialement, j'ai toujours été à part, je ne comprenais pas trop comment les relations marchent. Trop sensible, trop bien élevée, trop franche, un humour parfois incompris. Les choses qui me paraissaient évidentes ne l'étaient pas pour tous. Parfois j'acceptais mal ces incompréhensions de la part des autres j'aurais aimé dire "hé mais écoutez moi je vous dit que c'est ça, c'est pourtant simple non" mais n'osais pas.

J'ai toujours lu, voir dévoré... J'ai toujours eu de grandes idées sur le monde, la manière dont il fonctionne, l'ailleurs, l'après... Je me souviens de ma meilleure amie me disant "mais comment se fait-il que tu penses à tout ça?"

J'ai toujours eu un doute mais ai toujours cruellement manqué de confiance en moi.

Au travail, je m'adapte toujours et je suis rapidement plus à l'aise sur les dossiers que des collègues plus âgés et expérimentés. Encore une fois je ne comprenais pas trop pourquoi, vu que je ne me considérais pas au-dessus de la moyenne. Mais à force qu'on me dise "tu es douée dans ce que tu fais", une partie fini par se dire que peut-être.

Je crois que le plus gros murmure reste celui de mon père qui m'a décidé à passer 20 ans plus tard le fameux test. Je me suis souvent posé la question sans y croire jusqu'à ce que j'accepte que ces pièces puissent faire un puzzle qui ressemble à quelque chose.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Titane » Ven 7 Aoû 2015 19:39

Pour moi, c'est très récent... Je ne dis pas qu'il n'y avait jamais eu de questions auparavant mais je n'avais en tête que la définition stéréotypée des surdoués et je passais rapidement à autre chose. En plus, un jour j'avais passé un test de QI sur net et je crois que j'avais eu un résultat en dessous de 90...

Il y a 2 mois, je me rends chez une hypnothérapeute pour traiter la sensation de "vide" que je ressens. Elle m'explique qu'avant de débuter la séance, on doit discuter pour que je lui explique ma démarche. Je commence à déballer mes soucis puis au fil de la discussion et des questions qu'elle me pose, on dérive sur mes problèmes au boulot, mes difficultés relationnelles avec ma manager, ma relation compliquée avec ma maman, mon sentiment d'imposture au cours de ma scolarité etc. Au final, nous n'avons pas pu faire d'hypnose et nous avons parlé pendant plus d'une heure. Elle me parle de pensée en arborescence, sur le coup (moins maintenant après avoir analysé la chose), je me reconnais bien dans le schéma qu'elle me dessine, je me dis mais oui c'est moi ! Toutes ces fois au boulot où je sors des choses en réunion complètement hors contexte mais qui ont un lien évident à mes yeux... Puis, elle enchaine sur l'hypersensibilité, le fait de prendre tout à coeur, trop à coeur. Oui, TROP, on m'a tout le temps répété que j'étais trop, trop émotive, trop exigeante, trop pressée, trop précise... Bref, elle me parle des personnes à haut potentiel, et me demande de lire "Trop intelligent pour être heureux". On doit se revoir dans 3 semaines, pour que je lui dise ce que je pense de tout ça et que je trouve un point précis à travailler en hypnose.

En une semaine, j'ai lu "Trop intelligent pour être heureux", "Je pense trop" et "L'adulte surdoué". J'ai beaucoup pleuré, c'était comme un choc, je me reconnaissais tellement, et à la fois, je ne me reconnaissais pas du tout. Bref, j'ai passé une semaine à osciller entre "mais OUI" et "mais NON". Autant dire, qu'attendre 3 semaines pour la revoir c'était juste impossible pour moi. Elle avait réveillé quelque chose d'enfoui au fond de moi, des blessures sont réapparues, il me fallait une réponse.

Je suis allée la revoir plus tôt que prévu, nous n'avons toujours pas fait d'hypnose, on a beaucoup parlé, puis elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas grand chose pour moi, que je voyais trop l'hypnose comme une baguette magique qui allait résoudre mes problèmes alors que ce n'est qu'un outil. Elle m'a donné les coordonnées d'une psychologue spécialisée et m'a conseillée de voir avec elle pour faire une bilan.

J'ai passé le bilan, il n'est pas clairement explicite mais la psychologue me considère comme HP. Je pense que j'ai encore du mal à réaliser la chose. Je n'aurais jamais imaginé tout ça en passant la porte de cette hypnothérapeute, beaucoup de choses se bousculent dans ma tête, alors je parcours le forum de fond en comble. :)
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Oliver Snow » Sam 29 Aoû 2015 13:29

Bonjour,

N'ayant pas voulu polluer le truc qui fait office de présentation me concernant, je poste ici aujourd'hui.

Je ne saurais pas dire quand les premiers murmures sont apparus. Je n'avais aucune difficulté en primaire : je me souviens que, devant déménager alors que j'étais en CP, mes parents avaient demandé à mon institutrice comment elle pensait que je vivrais la chose ; mon souvenir ne va pas au delà de : "aucun problème, il sait lire couramment, il a des facilités". Des facilités qui se sont transformées en grandes difficultés pour apprendre par coeur la généalogie des Carolingiens et des Mérovingiens, des difficultés pour faire ce qu'on me demandait comme on me le demandait. J'étais encore "l'intello" de la classe (les lunettes, aussi, ça joue, je le concède).
Effondrement au collège, catastrophe au lycée. Je n'ai jamais supporté le bachotage : c'est bon j'ai compris comment on fait, pas la peine de le faire 259 fois. Désintérêt. Désintérêt même pour la philo, où on attendait de nous de réciter par coeur des citations que d'autres ont pensées avant. Et sinon, apprendre à réfléchir par nous-mêmes et à se faire notre propre opinion, non ? Ce que les autres en pensent c'est bien, ça s'appelle de la culture générale. Bref. Toute la période de ma scolarité, très peu d'amis. Impossible également de me faire des amis parmi les "bons élèves", ceux qui culminent avec 18 de moyenne.
Mes profs qui n'ont cessé de commenter mes résultats avec des "Olivier se saborde tout seul", "Olivier est un élément moteur pour la classe" (en primaire, hein), "Olivier n'est pas attentif", "Olivier se disperse".
À l'adolescence mes parents ont estimé nécessaire que je consulte un psychothérapeute, suite à une violente dispute avec ma mère suivie d'une fugue. Premier échec cuisant avec un psy-*. Ma mère s'est enquise (j'avais 17 ans) auprès du psychothérapeute de la pertinence d'un test de QI (mais bon sang, pourquoi on n'en a jamais vraiment parlé en famille ?). Le psy- (qui n'était pas -chologue) a éludé la question, comme quoi bon, vous savez les tests de QI, tout ça, c'est un peu surfait, vous voyez, blablabla. Je vois surtout aujourd'hui que n'étant pas psychologue, il ne pouvait pas le faire passer, et que donc bon, n'est-ce pas, hein.
J'ai remisé tout ça dans un coin, bien enfoui quelque part dans ma tête et n'y ai plus repensé jusqu'en 2003. C'est un collègue qui a souligné mon intelligence, m'a parlé de Mensa, m'a vanté tous les mérites et bienfaits d'être "supérieur" aux autres (c'est comme ça que je l'ai ressenti dans sa manière de l'exprimer), m'a conseillé de passer un test d'admission à Mensa.
Bon. J'ai alors pris conscience, j'ai admis mon intelligence. Sans la quantifier ni rien. Simplement, j'avais bien conscience de pas être idiot, il fallait commencer par l'accepter. Clairement, je m'intéresse à beaucoup de choses, tout le temps, j'aime comprendre : quand on m'énonce un fait, si je n'ai pas compris la méthode pour y arriver (dans le cas de stats), le contexte, si je n'ai pas tous les paramètres, je reste sceptique, j'ai besoin de vérifier les sources (ce que je fais ensuite). Quand je m'intéresse à un nouveau sujet, une nouvelle technologie, etc. dès que j'ai compris comment ça marche, comment on s'en sert, je passe à autre chose. Pas besoin de maîtriser : je sais que si j'ai besoin d'approfondir un jour, je saurai pas quel bout prendre le truc.
Bref.
Et puis un jour, je suis tombé, je sais plus comment, sur des articles, des sites, des témoignages qui parlaient de TDA/H. Je me suis beaucoup reconnu. Même si le parcours dans l'enfance n'avait pas montré d'hyperactivité (la barre oblique est là pour dire "avec OU sans"). J'ai consulté un neurologue (sur recommandation d'un bénévole d'une association d'adultes TDA/H) en vue d'un diagnostique. Je n'ai eu qu'un seul entretien, au final. Il m'a demandé les copies de mes carnets de classe, ainsi qu'un questionnaire à faire remplir par les parents (par ma mère en l'occurrence). Il en est ressorti une possibilité de diagnostique, à compléter par un entretien avec un neuro-psychologue. Je ne suis pas allé plus loin, n'en ayant finalement pas ressenti le besoin : c'était possible, ça me suffisait.
Et puis je viens de tomber sur Trop Intelligent Pour Être Heureux, emprunté à mon colocataire. Ce ne fut pas une révélation, dans le sens où ça me décrivait, oui, mais je gardais l'impression que ça pouvait s'appliquer à d'autres, voire à tout le monde : après tout, je fonctionne comme ça, je suis normal (a priori), pourquoi est-ce que les "autres" ne se reconnaitraient pas dans ce livre ?
Et puis j'ai lu des forums. J'ai constaté que d'après certains témoignages, certaines personnes ne s'intéressent pas du tout au livre, n'y trouvent aucun intérêt, arrêtent la lecture en cours... Bon.
J'ai commencé à lire le livre de Monique de Kermadec, hier soir. Elle fait une liste de nombreux points qui dressent un portrait du surdoué. J'ai noté en face quand je m'y retrouvais. Peu de lignes sont restées sans marque. Certains points sont plus marqués que d'autres, certains sont à peine exprimés chez moi et d'autres sont tellement envahissants...
Et puis hier, aussi, j'ai fait, pour voir, des tests de préselection Mensa. Aucune attente, juste pour se faire une idée. Le premier était encourageant et la réponse me disait que Mensa était faite pour moi. Quant au second il m'apprenait qu'environ 95% des personnes passant ce test faisaient moins bien que moi. Bon.

L'étape suivante, logiquement, c'est le diagnostic par un psychologue.
Je n'en attends pas une réponse à tous mes problèmes (j'ai aussi mes névroses). Si le diagnostic est positif, j'aurai certainement besoin d'être accompagné pour savoir comment gérer ça dans ma vie quotidienne, professionnelle, sentimentale. S'il est négatif, ce sera une piste explorée qui en laisse probablement d'autres ouvertes pour comprendre pourquoi c'est si compliqué pour moi de vivre dans cette société moderne qui n'a aucun sens.

Voilà, merci d'avoir pris le temps de me lire (ou pas).

Bon, j'ai encore plus de 300 messages à lire dans ce sujet, ça promet sûrement des larmes, encore, j'ai fait provision de mouchoirs...

Bon week-end :)
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar laurette » Mar 1 Sep 2015 15:09

Je me reconnais tellement dans (presque) tout ça que je me dis que c'est encore ce bon vieux Barnum qui fait des siennes. tellement, que je n'ai pas encore parlé de mes murmures à moi tant que la douance ne sera pas avérée chez moi, si elle l'est (test passé, en attente du bilan). Pourtant, on ne les invente pas tous ces "signes", ces symptômes", ces ressentis...
Bravo d'avoir réussi à les mettre en mots.
et bonne continuation de lecture(s).
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Ariane » Mar 13 Oct 2015 10:25

Je ne vous ai pas tous lu, mais certains, en diagonale, et déjà, c'est fou ce qu'on peut se retrouver!
Je dois avouer qu'au début de ma prise de conscience, enfin juste après le test, je me suis dit "ouais, suis unique!" transformant le pas normale en unique, qui sonne vachement plus cool. Alors des fois, c'est bête j'ai honte, j'étais décontenancée en me rendant compte que des proches, finalement, étaient aussi HP/HQI/etc. Et pis des inconnus, des gens sur le net. Me suis quand même pas toutes ces années à me sentir à côté de la plaque pour qu'au final on me dise que je n'étais pas seule et qu'on peut très bien vivre avec ce "truc"?! Je crois que ça m'a aussi fait me sentir un peu minable, parce que je devenais "comparable", et là, ben j'avais trop ratée ma vie, sans excuses, puisque d'autres avaient réussi en s'autorisant plus de libertés, un meilleur faux-self, tout ça. C'est bête hein. Surtout que je dérive.
Mais ça fait partie des murmures, les premiers, la sensation d'isolement, on ne peut jamais trop partager jusqu'au bout avec les autres.
En primaire il a été question de me faire sauter une classe je crois, c'était dans le brouahaha des adultes, on ne m'a jamais vraiment demandé mon avis. Mais ça ne s'est pas fait, mon père, qui est HP, c'est évident pour moi mais lui s'en tape et préfère rester sous médocs, n'avait pas aimé l'expérience de passer en classe sup, donc la petite elle reste normale. C'était peut-être pas une si mauvaise idée en soit. Mais je ne me souviens pas du terme de surdouée vraiment. J'étais bonne en classe, oui, première quasi toute ma scolarité, ok, mais bon, y'en faut une, et si j'étais intelligente, ok, j'avais surtout l'intelligence de savoir passer des tests, de donner aux correcteurs ce qu'ils voulaient lire. Basta. J'ai pris l'option hyperadaptabilité. Au CP, j'adorais lire, et quand je m'entrainais avec ma maman pour les lectures à voix haute, je demandais toujours "avec ou sans le ton?". Je trouvais ça mignon, maintenant ça me déprime quand j'y pense :p Je m'amusais beaucoup à apprendre, jusqu'au collège, où tout d'un coup, il fallait commencer à répondre aux trucs débiles que nos hormones nous disaient de faire, et j'avais tellement honte de mes conneries, et du décalage malgré tout (j'ai toujours eu un côté mamie, par comparaison aux autres, que je n'explique encore pas trop), je me suis placardisée total. Donc le murmure, ta gueule!^^
Les profs étaient bien contents de voir que je comprenais vite. Toujours ça de moins à faire. Je me souviens de mon prof de philo de terminale qui avait pris mes résultats tellement à coeur (j'étais douée parce qu'il était bon prof) qu'il m'avait encensé après un 19 en dissert', et descendu sur mon bulletin de note un trimestre où je commençais à m'ennuyer et où mes notes avaient baissé (ça restait à 13/14, pas dramatique non plus quoi!). Il avait noté "bien trop d'états d'âme!"... C'est fin, de dire ça à une gamine de 17 ans, bourrée d'hormones nouvelles et, maintenant on sait, tendance hypersensible. C'est une des pires choses qu'un adulte ait bien pu me dire, mais c'était assez le leitmotiv ambiant. A la maison, il est mieux vu d'être cartésien. Donc bon, j'étais trop molle du coeur pour être une vraie intelligente! Il m'avait aussi dit que je ne trouverai pas mes limites en fac..."mais je vais me faire ch** encore combien de temps dis?!" a été ma réflexion, suivie de "mais t'as pas des trucs plus joisse à me raconter?" Il m'a surtout fait comprendre que j'étais trop, sensible et c'était gênant pour les autres, "intelligente" et là, c'était à la fois une barre trop haut et paradoxalement trop ennuyeuse. Il a assez bien cristallisé tout mon rapport à la clique des adultes, qui voyaient bien mes "qualités" mais s'en servait pour en faire des bâtons. C'est depuis que le terme de "potentiel" me colle les oreillons (si, c'est possible!)
En fac, je suis allée voir quelques psys, de soutien dans des structures d'accueil etc., personne ne m'a parlé de ça. On m'a sérieusement dit "mais vous pensez trop, voilà tout". Ah bah d'accord je vais arrêter de penser et ça ira donc. J'y avais pas pensé dit! (non mais, tu peux pas être surdouée si la solution a tes problèmes c'est d'arrêter de penser et que t'y avais pas pensé. t'as compris!?!^^) Une autre me propose un TDA. J'ai dit non merci. Plus sérieusement, j'en ai pleuré. Je crois que je sentais que ce n'était pas ça. Que je n'étais pas comprise, que merde, tous ces trucs bizarres, c'était pas une maladie. Je crois que ce sentiment là m'a sauvé. Instinct, orgueil, je sais pas , mais heureusement je ne suis pas allée faire des tests, si c'était pour croiser un -chiatre qui n'y connait rien à la douance et me colle sous médocs! Mais elle m'a vacciné des psys pour un temps.
Et puis donc, flou total. Je crois que je croise un bouquin, The Gifted Adult, sans le lire, ça me fait tilt! Et je crois que je vais sur le net, JSF, et tilt tilt tilt. Je ne me souviens plus de la chronologie, mais c'était l'espace de quelques mois. J'ai ça qui me traine dans la tête, beaucoup, mais je n'en dis rien à personne. J'ai un peu honte de me croire surdouée, j'ai des livres qui trainent chez moi que je cache quand on vient. Mais j'ai ce nouveau petit ilôt intérieur qui me dit que peut-être, je suis enfin chez moi.
Après un burn out express, je croise une -chiatre à l'hopital qui me conseille calmement de commencer une thérapie. Elle n'a personne à me conseiller. Je demande aux pages jaunes. Ils ont plein de monde. Je choisis au pifomètre. Le nom sonne bien, elle n'est ni trop loin ni trop près de chez moi, dans un coin où je ne vais pas trop, donc pas de risque de croiser qui que ce soit (pour vivre heureux vivons caché?). Donc voilà, bonjour madame, je viens là parce que ça va pas, blablabla, et ah oui,bon je vous le dis, c'est ridicule, mais voilà, je me suis mis en tête que j'étais surdouée (guillemets de doigts/moue sarcastique-désolée) (je voulais dire: vous pouvez rajouter celle-là à la liste des trucs bizarres qu'elle dit la meuf. j'aurais pu dire : "faut que je vous dise que je suis persuadée d'être un colibri", c'était pareil pour moi! j'étais pas surdouée, j'étais dysmorphophobique de la tête!). Et la psy qui fait cette moue, bouche serrée, yeux pincés, tête qui acquiesce. Ah bon? A ce point, je me dis! Et je m'arrête de parler, pas longtemps, mais je laisse passer un truc nouveau, une sensation que peut-être...! Il se trouve que ma psy est spécialisée pour les enfants surdoués! hallelujah, merci le hasard. Elle me donne le nom d'une nana habilitée à passer la WAIS, en me précisant d'être sûre d'être prête avant de la passer. Moi "tuer le doute, tuer le doute!" Je vais pas attendre comme ça dans le vide. Pénultime murmure. Je prends rdv avec l'autre psy pour la WAIS, je crois qu'au coup de fil elle avait déjà fait son diagnostic. Ca + le rdv du test : dernier murmure avant "validation".
Désolée, c'était long...!
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Thalweg » Lun 7 Déc 2015 20:31

Ah, tiens. J'avais oublié de répondre dans le coin, faudra aussi que je mette mon grain de sel dans la section "Discussions et Débats", vu que maintenant je peux y écrire. Brayf...

Les premiers murmures ?

Bon, je me souviens pas vraiment de tout, mais le premier truc vraiment flagrant dont je me souvienne, c'est un morceau de plan de travail qui a failli me crever un oeil. Je vous rassure, je vais bien (quoique...), plus de peur que de mal, même si hôpital direct (en plein séjour à la mer en grande section... J'imagine la panique de l'institutrice et des parents avec le recul...). Ce qu'on m'en a raconté, c'est que l'institutrice qui est restée avec moi m'a écouté faire des calculs mentaux toute la soirée. Mais genre, bien beaucoup. D'où, j'imagine qu'elle s'est dit qu'un truc devait pas tourner rond (à moins qu'elle s'en soit déjà douté. Par la suite, j'ai un autre souvenir où je me suis bien fait remarquer, une oeuvre d'art, 2x2m crayonnés au bic bleu (oui.), avec un insecte, un phasme au milieu du truc. Réaction du Thalweg, toute naturelle: "Oh, un phasme!". 8 ans, ou à peu près. L'institutrice de première primaire a insisté pour que je saute une classe, argumentant, j'imagine, que j'allais m'ennuyer. Je ne sais pas si on parlait déjà de la douance à l'époque (1995, petite école perdue dans la campagne...), donc impossible de savoir ce qu'il s'est vraiment passé entre parents et encadrants. Vu mes résultats du WAIS, j'imagine que ça dû être particulièrement "tendu" sur le coup. Faudrait que je demande, tiens. Y a-t-il eu un test ? Je pense pas.

Je me suis retrouvé un an en avance, et encore avec pas mal d'avance sur le plan intellectuel (si, si, je vous jure). L'étiquette d'intello a commencé à arriver, qui m'a suivi en secondaire et ainsi de suite. Énormément de facilités à l'école, puis ça s'est estompé avec le temps. Les secondaires, j'ai rien foutu (l'adolescence provocatrice et les facilités...), à l'université j'ai passé mon temps à procrastiner et éviter les deadlines. Et réussir. Plutôt pas trop mal. A nouveau, au vu de mes scores, c'est pas étonnant que j'aie eu si facile à mémoriser des tas de trucs.

Le truc, c'est que ça passait toujours, mais que mes résultats scolaires ont pas mal baissé. Une forme d'auto-sabotage ? Une procrastination violente pour amener un peu de challenge ? Les deux sont possibles, mais quoiqu'il en était, je relevais toujours la tête, réussissais toujours. Pas moyen de se saboter assez pour rater vraiment... Vraiment ? Je ne sais pas. J'ai des doutes sur le coup, en fait.

Et donc, mes résultats en baisse m'ont fait penser que les autres me "rattrapaient" et que mon avance intellectuelle n'existait plus. Quelques moments, épars, m'ont fait penser à la présence de particularités étranges (style, prendre des photos de minéraux juste parce qu'elles sont jolies, m'arrêter un instant pour contempler un cristal magnifique en plein examen, et pas mal d'autres du genre). J'ai appris la beauté dans les sciences, la poésie dans les formules chimiques... Mais il semblerait que je sois un des rares, car les autres étudiants ne voyaient pas ces choses là. Étrange, me suis-je dit. De plus, d'autres indices, subtils, des murmures, vraiment... Tiens, étrange que j'arrive à m'affranchir d'un cadre de référence, que je trouve des solutions aussi vite alors que d'autres galèrent... Et, non, se souvenir d'une journée de terrain s'étant passée il y a deux ans n'est pas si exceptionnel, y avait une belle part émotionnelle et ça m'intéressait vraiment ce sujet. Tout un tas de signes, qui, avec le recul (et le diag+) prennent sens pour le coup.

Et puis y a eu ce jour de décembre 2014. Le 20 ou le 21. Et une amie de ma copine qui lâche sur une réseau social un article sur les adultes à haut potentiel (Ici!). Et Thalweg de répondre: "Ouais, c'est facile, si elle est surdouée parce qu'elle a sauté une classe, tout le monde est surdoué, regarde-moi par exemple, aucune chance que je sois surdoué, même si j'ai sauté une classe et...". Et. Trois points de suspension. Ces trois petits points de suspension qui sonnent comme une invite. J'ai lu cet article. Et un autre. Et encore un. J'ai même plongé dans le terrier du lapin blanc et suivi Google jusqu'à sa page 42. Et puis je suis arrivé ici. Et j'ai ressenti une sorte de déjà-vu, un "Tiens, c'est ça être surdoué ?". Ca me ressemble quand même un peu en fait. Mais non, effet Barnum, je ne peux pas l'être. Envoi de deux trois mails à des amis très proches: "Dis, tu trouves que ça me décrit bien ces caractéristiques ?" "Ouais, c'est tout à fait toi, pourquoi ?". Donc, me voilà, près d'un an après, encore abasourdi par mon résultat au WAIS et ce qu'il signifie, surtout. Et les murmures sont devenus des voix. Que je commence à écouter, doucement.

Et...
¬ ʻʻ … ʼʼ . ʻ … …ʻ … ; ʼʼ , ʻ
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Mily_on_air » Lun 15 Fév 2016 04:49

J'ai toujours été identifiée comme une enfant "ayant de grandes facilités".
Ma mère adore raconter que j'ai prononcé une phrase complète sans faire aucun mot de bébé auparavant. J'ai très vite demandé à lire, avant l'école primaire, et j'ai donc appris très vite.
Jusqu'au lycée, je n'ai pas eu besoin de fournir d'efforts particuliers. J'étais plutôt seule, je jouais avec très peu d'enfants. Je lisais beaucoup pour combler la solitude. On a commencé à me coller l'étiquette "d'intello de service".
J'ai toujours peu révisé pour les examens, comparativement à mes camarades. Avec un gros syndrome de l'imposteur, j'affirmais toujours que j'avais eu un "coup de chance". Je culpabilisais de ne pas travailler plus, je me disais toujours "la prochaine fois, je m'y prends à l'avance, je m'organise" ... Tu parles. Je retombais toujours dans le même bazar désorganisé.

A côté de cela, je me sentais toujours un peu ignare, sans culture générale, en "société", jusqu'à 30 ans passés je faisais la fofolle, je parlais mode, potins et séries télés.
Mais bon, je devais pas bien me cacher, car sur un forum sur les cosmétiques bio, je sympathise avec une autre membre, qui au bout d'un moment me conseille quelques livres.
Je crois que j'ai connu les phases classiques : "bouuuuuh c'était donc çaaaaa !" puis "argh mais c'est du bullshit tout ça, tout le monde se reconnait là dedans, c'est comme l'horoscope" puis "je vais faire des recherches frénétiques sur le sujet jusqu'à ce que mort s'en suive" puis "je vais faire tous les tests en ligne les plus cons pour me rassurer" et enfin après de longues hésitations le test qui s'est avéré + ...

En tout mes questionnement ont duré 6 mois.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Eléanor » Jeu 18 Fév 2016 19:22

Il y a toujours eu une petite voix pour me dire que j'étais différente même si elle ne me disait pas de quelle manière... Enfant, je n'étais comprise de personne, même pas de mes parents pour qui le fait de ne pas avoir d'ami était forcement de ma faute. Je suis rentrée à l'école à 2 ans et demi, je parlais sans faire de fautes et j'étais la seule qui ne faisait pas la sieste. Alors que les autres jouaient au toboggan, j'inventais des histoires. On m'a maintenue 2 ans en moyenne section, j'ai passé l'année à demander à la maîtresse quand est-ce que j'irais chez les "grands"... Je m'ennuyais à mourir... Je me suis ennuyée en classe tout le collège, je finissais les exos avant tout le monde et en musique, je jouais juste avec une partition fausse (normal, je ne la lisais pas !), personne ne comprenait pourquoi, le prof était déficient visuel et il avait pas vu qu'il avait mal écrit la partoche. Il a fallu que je décrypte la partition en même temps que je jouais pour me rendre compte des quelques notes mal placées... En 6e je faisais les maths d'une "copine" de judo de 5e et en 5e je faisais ses maths de 4e. En 3e je faisais les exos de maths que mon père préparait pour les 2nde. Mais comme mes parents étaient profs, c'était "normal". Puis quand il a fallu fournir plus d'efforts, j'ai pas su faire. Une 1e S limite, une terminale D et un bac "juste", j'ai coulé en fac de sciences. Ensuite, pour rebondir, j'ai fait de l'anglais mais comme j'étais pas "littéraire", j'ai eu un mal fou à décrocher une licence. Du coup, je suis passée pour une vraie bille...
J'ai occupé quelques emplois divers avant de pouvoir rentrer dans l'éducation nationale et comme j'étais plus rapide que la plus part des employés, je ne me suis pas vraiment fait des amis... Mais pour ma mère, c'était de ma faute...
J'ai rencontré mon mari un peu par concours de circonstances, je vous passe les détails.
Et puis un beau jour, j'ai décidé de lire de saines lectures et de regarder des émissions sur le sujet de la douance car je reconnaissais certains traits chez moi. Comme tout le monde autour de moi (pardon, mon micro entourage) préférait se moquer de moi, je me suis décidée à passer le test il y a un an et demi. Ce fut un soulagement.
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Traum » Jeu 18 Fév 2016 23:09

Les premiers murmures… ça dépend desquels on parle…
Ça a commencé à la fois très tôt, et très tard.

J'ai toujours eu l'impression d'être différente, mais ce n'était ni un ni en bien. J'étais comme différente parce que « je ne rentrais pas dans le rang », mais dans quel rang ? Celui sans doute que mes instits ont désespéré de me voir rejoindre un jour.
Je n'écoutais pas en classe, je peinais à être avec mes petits camarades et je crois que beaucoup d'autres petites choses me passaient par-dessus la tête. En CE1, je lisais mon livre de français placé sur mes genoux pendant que se déroulaient les leçons. J'ai très souvent été mise au fond de la classe. Je rêvais, je jouais avec mes stylos, mais je n'écoutais pas. À tout le moins, je n'étais ni particulièrement chahuteuse, ni bruyante, mais il y avait quelque chose qui ne collait pas, qui faisait que l'on a convoqué quelquefois mes parents pour a priori parler de mon comportement ; mais je ne me souviens pas de quoi. Et puis ma mère s'est mise à surveiller nos devoirs.
J'étais une élève moyenne sauf en français, et particulièrement en rédaction.
Pourtant, on a toujours dit de moi que « j'avais des facilités », que j'étais une élève « fine » et j'en passe. Ça m'a poursuivie longtemps. Mais on a toujours eu peur que le charme s'arrête.

Avec mes camarades, c'était dur. Une fois, une amie m'a dit : « Oui, toi, on sait que tu es folle ». Elle n'avait pas voulu me blesser. Folle, pourquoi ? J'essayais désespérément d'être normale sans comprendre de quoi il s'agissait.

Il semble que j'étais en sixième (je voulais me croire plus jeune) quand un jour est paru un dossier sur les enfants surdoués dans le Nouvel Observateur, magazine que lisaient mes parents. (Si j'en crois ceci.) Je ne me rappelle pas de la question que j'ai posé à ma mère, mais la réponse, si : « Ah vous, vous n'êtes certainement pas surdoués ! » Et moi de penser que je… pourrais peut-être quand même l'être. Je ne savais même pas ce que ça voulait bien dire.
C'est cette même année (s'il s'agit bien de ce dossier) qu'une mère de camarade de classe a évoqué devant ma mère l'hypothèse que son fils aîné, dont les résultats en classe se trouvaient fort médiocres, pouvait être surdoué ; je n'ai rien dit, mais j'ai appris que les surdoués pouvaient être mauvais en classe et je savais déjà que ma mère avait une image des surdoués tels qu'ils devaient être prodiges sinon rien.
Je n'étais pas une prodige. J'étais bonne élève, excellente élève, je ne travaillais absolument pas (je me contentais de faire mes devoirs pour que ma mère ne me tombe pas dessus à bras raccourcis si d'aventure elle en avait entendu parler — chose qui serait allée vite : je me trouvais scolarisée dans un petit collège privé). Je n'écoutais pas en classe, je dessinais. La nuit, je vivais : je lisais, lisais, lisais. Ce sont plutôt mes camarades qui devaient peut-être comprendre un peu mieux que moi ce qui se passait : j'ai hérité du charmant nom insultant d' « intello » que je trouvais tout à fait immérité, que je ne comprenais pas… (Mais c'était toujours mieux que « lèche cul » que je me suis épargnée.)
Et puis je lisais, jusqu'à 200 livres par an en période faste, je rêvais, je dessinais… mais je ne travaillais pas. J'ai appris certaines choses avec beaucoup d'avance.

Les années ont passé.
Ma mère m'a fait redoubler ma première suite à un conflit qui nous opposaient quant à mon avenir. Je crois que mon père l'a laissée faire et a aussi accueilli, voire pris conjointement (ce que j'ai cru comprendre il y a quelques jours), cette décision. Mes professeurs me proposaient pourtant la terminale ES, j'avais même la moyenne et tout indiquait dans les commentaires de mes enseignants que je n'avais pas ma place là-bas. J'ai perdu un an, bêtement, parce que mes parents pensaient que mes capacités touchaient à leurs limites. Ils n'ont jamais compris qu'en vérité, leur fille n'en pouvait juste plus d'être prise dans le souhait d'une mère qui me voulait vétérinaire comme elle.
J'ai eu mon bac avec un an de retard, mention bien, en pleine dépression, en ayant travaillé très irrégulièrement. (Il m'arrivait de me rendre à mes contrôles de maths sans savoir de quoi ça parlait et il m'est même arrivé d'obtenir un 20 sur un chapitre que je n'avais pas travaillé du tout puisque j'avais manqué le cours en question. À n'y rien comprendre.)
Je leur en veux.
À côté de ça, je me souviens que j'aurais bien aimé avoir un an d'avance comme mon cousin dont mon oncle et ma tante étaient si fiers. J'ignore si un jour cependant mon cousin a été diagnostiqué surdoué.

Et puis les questionnements se sont arrêtés. J'ai grandi dans un milieu fou et j'ai vraiment failli finir débile pour arrêter de souffrir. Il y avait un interdit massif de penser dans ma famille. Ça a failli me rendre moi-même folle. J'ai eu d'autres urgences psychiques à gérer, notamment la maladie de ma mère et puis tout le reste. La douance, c'était de surcroît, la nuit, dans mon lit, avec mes livres, les planètes, les romans, les maths, Harry Potter… tout ce qui me tombait sous la main.
Ce qui est étonnant, après coup, c'est de constater que mon potentiel soit encore là, autant là, à ce point.
Je me rappellerai toujours d'une patiente se « débilisant » pour ne pas souffrir de l'horreur de sa vie à elle. C'était le prix psychique à payer pour avoir moins mal. Et pourtant, ma référente de stage et moi avons toujours su qu'elle était plus intelligente qu'elle ne le laissait paraître.

Ce n'est qu'à 19 ans que l'hypothèse de la douance a été évoquée par une amie. Je crois qu'elle venait d'apprendre mon âge réel, un gros choc pour elle ainsi que pour tous les membres du forum sur lequel je correspondais à l'époque. J'étais dépressive, j'étais en prépa et tous pensaient que j'avais le double de mon âge. J'ai balayé ça d'un revers de main.
Ça ne m'a pas empêchée de me faire redoubler ma première année de fac (en sortant de prépa, j'étais forcément trop nulle…) et de me prendre en pleine face un syndrome de l'imposteur monstrueux. J'ai fini major de promo du DEUG de lettres avec une dépression cognée, en ne pouvant plus rien faire d'autres à une époque que me coucher sitôt rentrée chez moi. J'avais de la chance : j'avais appris seule à analyser n'importe quel texte, de n'importe quel auteur, en trois fois rien, sans même rien en connaître à la base (ça m'a été d'une aide précieuse lors de mes cours particuliers : je « savais » déjà tout).
Mes camarades me disaient que, moi, j'irais jusqu'au doctorat. Je ne les croyais pas. Je n'ai pas fait de doctorat mais pas à cause de ça. Après coup, je me dis qu'ils avaient compris. Mieux que moi.
On m'a plus ou moins dit la même chose en psychologie.
Je travaillais deux semaines avant les partiels, j'ai grignoté des mentions bien et même très bien malgré tout avec un gros sentiment d'imposture. Bien sûr, je devais lire aussi les biblios que je ne connaissais pas. Alors je les lisais à l'arrache, une fois seulement, en quelques jours (mais je lisais bien : c'était compris). J'ai bâti une des disserts dont je suis le plus fière ainsi.
À côté de ça, je prenais le temps de me faire soigner, de multiplier les petits boulots, les stages…
Je sais que j'ai souvent suscité l'admiration de certains parce que je travaillais en même temps. Et moi j'admirais ceux qui me semblaient faire mieux que moi, toujours plus, et je me trouvais trop lente et j'attribuais mes bons résultats à de la chance, ou une erreur. (Il m'est parfois arrivé de me rendre plusieurs fois sur le site d'affichage des résultats pour être bien sûr que c'était ma note.)
J'ai fini par comprendre que les gens ne comprenaient pas mon parcours : des lettres aux sciences, sans jamais faillir, bonne touche à tout. J'ai dû passer plusieurs fois pour un peu folle.
Je ne comprenais pas moi-même mon parcours qui me semblait irréel. Si vous saviez le nombre de fois où j'ai dû regarder mes bulletins pour comprendre, et j'en pleurais. J'en pleurais enfant, j'en pleurais ado… je ne comprenais pas comment on pouvait exiger de moi plus… puis je n'ai pas compris, plus compris comment je pouvais exiger de moi autant, et me trouver si nulle… Mon entourage ne comprenait rien de ma détresse. Et l'idée de la douance était bien solidement enfouie très profond.

Il y a quelques années, je devais être en master 1 de psychologie, à une époque où je pensais déjà me réorienter à terme en médecine, déjà sérieusement, mon père m'a signifié que j'étais « la plus intelligente de ses trois enfants ».
Je sais que ça a dû lui coûter beaucoup de me dire ça, lui le pro-égalitaire entre ses trois enfants, lui qui s'était attaché à surtout ne pas faire de différences entre nous. C'est lui qui m'a glissé, sans le savoir, le titre du livre de JSF ce même jour.
Je l'ai acheté peu de temps après, je l'ai lu, mais… aucune claque n'est venue. Je n'ai pas exulté. Je ne me reconnaissais pas plus que ça et je n'avais pas l'impression que ce en quoi je me reconnaissais était si extraordinaire.
D'accord, j'avais une pensée arborescente, d'accord, j'ai toujours eu besoin de faire deux choses en même temps, et d'accord, j'ai l'impression de faire comment les surdoués font avec leur psy… Et alors ?

Malgré ça, je n'ai pas passé de WAIS de suite. Il m'a fallu pas loin de cinq ans encore pour me faire tester.
Entre temps j'ai dû rencontrer une psychologue spécialisée en douance pour être sûre que ça pouvait être pertinent dans mon cas de passer la WAIS. Même après ça, je n'étais pas sûre.
Ça fait un peu plus de trois semaines que j'ai mon résultat… Au fond, ça a toujours été là, depuis que je suis enfant…
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Re: du temps des premiers murmures...

Messagepar Coralie352 » Ven 19 Fév 2016 11:33

Traum...

Tu n'as pas idée comme ton parcours me parle... Tu me renvois si loin en arrière...

Surtout cette partie-ci :
Traum a écrit: J'en pleurais enfant, j'en pleurais ado… je ne comprenais pas comment on pouvait exiger de moi plus… puis je n'ai pas compris, plus compris comment je pouvais exiger de moi autant, et me trouver si nulle…

Et... Moi non plus je ne me suis jamais reconnue dans TIPEH ! Et nous ne sommes pas les seules à ne pas nous y reconnaître ;)
"Those who would give up essential Liberty, to purchase a little temporary Safety, deserve neither Liberty nor Safety."
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Dim 10 Avr 2016 18:19
Surdoué mais pas trop : le club des 130
1, 2, 3, 4par hyvain » Dim 20 Avr 2014 15:05

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Dernier message par Leticia Papillon Voir le dernier message
Ven 14 Oct 2016 17:00

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