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supériorité/égalité - le faux débat

Cette section est ouverte à tous les membres : elle doit permettre un partage d'expériences autour des problématiques liées à la découverte de la douance.

Modérateur: Bradeck

Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar Fish » Mar 7 Mar 2017 15:48

Dire que l'intelligence sert à tort de référence pour la valeur d'un individu, ça, c'est assez consensuel je crois. Bon, OK, qu'est ce qu'on fait contre ça ?

Soit on cherche à dégager l'intelligence de son piédestal, et on distingue intelligence et valeur.
Soit on essaie d'élargir l'intelligence à tout ce qui touche de près ou de loin au cerveau. Elle englobe alors tellement de concepts disparates que chacun peut y trouver son compte. Mais elle ne veut plus rien dire et elle ne correspond plus vraiment à ce qu'on nomme communément intelligence.

Je trouve cette seconde stratégie vouée à l'échec. Que la définition de l'intelligence soit floue ne doit pas à mon sens être utilisé pour y refourguer tout et n'importe quoi. Comme je disais plus haut et comme tu le soulignes, on a exactement le même problème pour la définition de "sportif". Mais parler d'intelligence émotionnelle, musicale, ou autre, c'est un peu comme si pour ne pas choquer les gens mauvais en sport mais bons en travaux manuels, on parlait de "sports manuels" pour englober la couture ou la fabrication de maquettes de bateaux.

Pour ma part, je préfère exclure le maquettisme des sports, réduire le terme de sport à ce qu'on entend communément par ce terme - même s'il reste un certain flou - et dire qu'être bon en sport ne rend pas la personne plus valeureuse qu'une autre qui fait de la couture géniale ou de belles maquettes. Je n'irais pas m'opposer au chronométrage du sprint sur 100m au motif qu'il y a des inégalités devant cette épreuve et qu'elle ne représente pas la valeur d'une personne. Pour le QI, le problème fondamental n'est pas dans la définition de l'intelligence ou la qualité de la mesure, il est dans son extrapolation à la valeur globale des individus. C'est ça qu'il faut déminer.
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar dani » Mar 7 Mar 2017 16:49

Ton raisonnement se tient Fish, et je le respecte totalement.

Ce qui me gêne, c'est que dans ton exemple "être doué en travaux manuels" est clairement distinct du sport. La confusion entre les deux n'est pas possible.

L'intelligence émotionnelle c'est déjà différent : pour être capable de gérer ses émotions, pour agir en tenant compte des sensibilités des uns et des autres, il faut déjà avoir suffisamment d'aptitudes intellectuelles pour avoir saisi un ensemble importants d'éléments, en saisir les enjeux en faisant des liens pour décider ensuite de l'attitude adéquate. Pour moi la séparation d'avec "l'intelligence" est nettement moins nette que dans l'exemple précédent. Je pense par exemple là à un collègue qui a des capacités intellectuelles importantes (vu certaines de ses productions scientifiques complexes reconnues par ses pairs), par contre il critique tout le monde, manque totalement d'empathie et se met tout le monde à dos. Pour moi ce n'est pas qu'il manque de "valeurs" (ce serait un jugement, et sur le fond je pense surtout qu'il a des problèmes narcissiques et non pas que c'est quelqu'un de fondamentalement "mauvais"), mais que son attitude est stupide (ne pas deviner que les gens s'échangent des informations sur ce qu'il dit) et manque de vision à long terme (ne pas comprendre qu'il construit tout seul son discrédit).

J'essaie vraiment de comprendre hein, je ne "conteste" pas pour le plaisir de contester, juste que le sujet m'intéresse et que pour le moment je ne suis pas convaincue qu'il ne vaudrait pas la peine scientifiquement de définir pour une fois les façettes de l'intelligence un peu mieux que Gardner.

Ainsi je pense que ce que tu mets sous "valeur" Fish est parfois difficile à différencier de l'intelligence car on peut adopter certaines valeurs simplement parce que c'est "intelligent" de le faire, que cela permet de mieux atteindre un but (s'engager à fond dans son idéal par exemple) Comme on peut adopter ces valeurs simplement parce que l'on a été éduqué ainsi (et dans ce cas c'est moins de l'intelligence que de l'adaptation sociale). Tout dépend donc de l'intention de l'individu, de l'étendue et de la profondeur du raisonnement intellectuel en amont de son comportement et ça c'est difficile à discriminer juste en l'observant. Et parce que c'est difficile de clarifier tout cela on y renonce parce que c'est plus simple, mais ce n'est pas intellectuellement satisfaisant pour moi en fait (mais je vis bien quand même, hein .. mais y'a qu'ici que je peux débattre de cela :) )
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar Fish » Mar 7 Mar 2017 17:11

Les travaux manuels nécessitent des mouvements précis, ils font intervenir les muscles, la vision, etc. Au ping-pong, il faut aussi faire des mouvements précis. Ben déjà, taper dans la balle et la renvoyer sur la table (le strict minimum). Et puis essayer de mettre l'adversaire en difficulté en donnant à la balle un mouvement de rotation sur elle-même pour qu'elle ait un comportement erratique au rebond. Taper une balle de ping-pong avec une raquette est-il si différent de faire entrer un fil dans le chas d'une aiguille ? Pourtant on fait la distinction entre sport et travaux manuels.

C'est pareil pour l'intelligence: plutôt que de parler d'intelligence émotionnelle, pourquoi ne pas parler de sociabilité ? Bien sûr que comprendre les émotions fait appel au cerveau. Mais jouer au ping-pong aussi. On n'a pas besoin d'inventer un nouveau terme lourdeau "intelligence émotionnelle". Il y a plein de mots qui vont très bien pour ça. Quelqu'un de soupe-au-lait, on gagne quoi à le décrire comme "un individu avec une faible intelligence émotionnelle" plutôt que... "soupe-au-lait" ?

Pareil pour la musique: on peut dire de quelqu’un qu'il a de l'oreille, le sens du rythme, qu'il est doué à la pratique du violon. C'est quand même plus clair que "il a une intelligence musicale particulièrement développée". Non ?

Je crois que l'amalgame vient du fait qu'on associe l'intelligence à toute activité cérébrale. Et comme le cerveau intervient dans la quasi totalité des activités humaines (excepté les réactions réflexes qui ne passent que par la moelle épinière), ben tout finit par relever de l'intelligence. Mais ce n'est pas ce qu'on entend usuellement par intelligence. Pour reprendre mon exemple plus haut, on ne dit pas de quelqu'un qu'il est intelligent parce qu'il arrive à passer un fil par le chas de l'aiguille, on dira qu'il est adroit. Pourtant, il a bien utilisé son cerveau pour mener à bien cette opération.
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar dani » Mar 7 Mar 2017 17:32

Je suis assez d'accord avec toi pour ces exemples. Mais l'analogie entre intelligence et sport reste très limitée, car le sport implique des efforts physiques que l'on ne voit pas dans des travaux manuels, alors, qu'en effet, toute activité (même le sport) implique un raisonnement intellectuel (je pense à des sports de groupes nécessitant des stratégies comme le basket).

Après, je pense que c'est la complexité du raisonnement intellectuel qui est en jeu dans "l'intelligence", elle peut en effet se retrouver partout, dans toutes les situations, donc là, oui, on résume ça en parlant des capacités qui sont mesurées lors des tests QI. C'est en effet probablement intellectuellement moins difficile d'être adroit en mettant un fil dans le chas d'une aiguille que d'être adroit dans la gestion de multiples relations sociales.

Je ne défends d'ailleurs pas spécialement "l'intelligence émotionnelle" ou "l'intelligence sociale" qui ne veulent pas dire grand chose pour moi en fait. Je trouve juste que le pont QI = mesure de l'intelligence est trop décontextualisé de la réalité. Ainsi, parce que quelqu'un a des résultats QI élevés dire de lui qu'il est "intelligent" alors que ces capacités sont juste un potentiel élevé à réaliser des tâches complexes... je trouve que c'est une généralisation un peu rapide de ses aptitudes qui ne dit rien de son exploitation dans la vraie vie, et c'est quand même à ça que sert ce potentiel non ?

Mais bon, c'est vrai que si dans les recherches sur l'intelligence on met chaque fois " les personnes ayant de hautes capacités intellectuelles" au lieu de "les personnes hautement intelligentes", on alourdit les textes. Pourtant, même si ici vous faites bien les nuances etc... l'amalgame entre résultat QI est intelligence générale est nettement moins fine dans la population générale (et c'est là que c'est ennuyeux quand même),
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar -Olivier- » Mar 7 Mar 2017 18:21

Je suis d'accord avec Fish sur la notion d'amalgame, si on pousse le concept, on se retrouve avec une quasi-égalité des individus.
La mesure en vigueur pour l'intelligence est le QI, pas le 100 mètres sur les mains en jouant de la clarinette. Ça peut énerver les sportifs musiciens, mais c'est comme ça.
J'ai l'impression que le tabou est si grand vis-à-vis de l'intelligence, que la tendance est de trouver d'autres valeurs, et je dis bien valeurs, de façon à rassurer les gens. Un quidam passe le WAIS, un psy condescendant pourrait très bien lui dire, bon, vous avez un QI de 110, mais d'un autre côté en ping-pong, vous êtes super top !
La faculté du monde moderne à inventer des expressions pour ne pas froisser les susceptibilités est assez déconcertante. Après les malvoyants, bientôt les non-réfléchissants.(il va y avoir des collisions nocturnes) :D

dani a écrit:Ainsi, parce que quelqu'un a des résultats QI élevés dire de lui qu'il est "intelligent" alors que ces capacités sont juste un potentiel élevé à réaliser des tâches complexes

Ce que je vais dire est certes un peu simpliste, mais dire d'une voiture qu'elle passe les 600 chevaux au banc et qu'elle a les capacités d'aller à fond la caisse, c'est juste. Après, le pilote, c'est autre chose...
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar madeleine » Mar 7 Mar 2017 22:17

Merci Fish :)
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar dani » Mer 8 Mar 2017 08:14

Olivier38 a écrit:Je suis d'accord avec Fish sur la notion d'amalgame, si on pousse le concept, on se retrouve avec une quasi-égalité des individus.


Je ne pense pas, on se retrouve surtout en face des multiples perceptions de l'intelligence qui peuvent varier d'une culture à l'autre. Je n'aime pas prendre wiki comme référence, mais finalement sa page sur l'intelligence et ses multiples définitions pointe assez bien la difficulté à trouver un consensus entre les cultures et entre les scientifiques : ce n'est pas qu'une affaire de sensibilité sur le sujet et il ne s'agit pas juste de rassurer les gens. Il y a un vrai débat de fond qui n'est pas résolu https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence

Avec la vision psychométrique pure, on part de l'idée que plus le QI est élevé, plus on est "intelligent". Le risque, si on y croit vraiment, c'est que l'on ne fasse pas les efforts nécessaires pour un développement supérieur d'enfants qui ont un QI normal. Ce petit bout de reportage m'a interpellée : il s'agit d'une enseignante qui a été mise à pied car elle offrait un programme innovant à ses élèves, et ses résultats sont impressionnants alors que les enfants ne sont pas des surdoués. Faire un lien trop serré entre QI et intelligence pour moi est à risque de fermer des voies à ceux qui sont juste un peu au dessus de la norme, alors que je pense que du moment que l'on a un QI dans les normes, les possibilités de développement sont gigantesques, et que ces possibilités deviennent encore plus importantes dès un QI de 120 (car il semblerait qu'à partir de 120 la corrélation avec la créativité devienne plus forte). Voilà, moi je m'arrête là pour ce débat, merci pour vos échanges :) http://www.francetvinfo.fr/societe/educ ... 30815.html
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar Fish » Mer 8 Mar 2017 09:12

Le risque, si on y croit vraiment, c'est que l'on ne fasse pas les efforts nécessaires pour un développement supérieur d'enfants qui ont un QI normal.


Ben oui mais non. On peut le voir de deux manières:
- il y a des enfants moins intelligents que d'autres, on ne parviendra jamais à les rendre extrêmement intelligents, autant se concentrer sur les enfants à plus haut QI. C'est une vision libérale.
- il y a des enfants moins intelligents que d'autres, ils méritent une attention particulière pour compenser au moins en partie l'écart avec d'autres. Ainsi on obtiendra une population plus homogène. C'est une vision équitable.

Deux conceptions radicalement opposées. Aucune des deux ne peut être démontrée scientifiquement, il s'agit de choix éthiques. La mesure du QI n'oriente en rien vers l'une ou l'autre. Il ne faut pas accuser le QI d'être responsable de l'usage qu'on en fait.

Il y a une troisième possibilité: ne pas mesurer le QI, donner à tout le monde la même éducation, et ne pas se soucier du fait que les enfants à haut QI en tireront peut-être plus profit que les enfants à faible QI. C'est une vision égalitariste: on donne la même chose à tout le monde. Alors que si on insiste sur l'équité on donne plus à ceux qui en ont plus besoin. Mais pour ça, il faut évaluer ce besoin. Que cette évaluation prenne la forme d'un QI ou autre chose, ça reste une évaluation.

Offtopic :
Mais je crois qu'on s'éloigne un peu du sujet.
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar dani » Mer 8 Mar 2017 09:51

Offtopic :
Tout ce que tu dis Fish serait vrai du moment que QI=intelligence, et tu illustres exactement mes inquiétudes. Des enfants avec un QI normal ne deviendront peut-être jamais en effet d'illustres chercheurs scientifiques car leur intelligence se décline moins que pour d'autres selon une perception très abstraite et cognitiviste de l'intelligence. Mais si on on adopte par exemple un autre modèle de l'intelligence comme la théorie triarchique de Sternberg https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9o ... telligence (c'est un exemple, car ce modèle est critiquable et surtout n'est pas validé scientifiquement et justement je regrette qu'une telle piste ne soit pas explorée plus en profondeur), on va forcément considérer d'autres dimensions que le QI, ce qui peut être favorable pour un enfant avec un QI juste un peu supérieur mais une forte créativité (qui n'est pas mesurée par les tests de QI, on est d'accord) et donc mettre en place des structures éducationnelles adaptées à son fonctionnement.L'enjeu est donc bien là en effet, les choix politiques pour l'éducation sont fortement influencés par les perceptions de l'intelligence, et c'est pourquoi une définition consensuelle de ce concept serait tout de même bien utile. Mais j'avais dit que j'arrêtais là, et on s'éloigne trop c'est vrai. Mais ce n'était pas inintéressant d'échanger nos points de vue assez différents, à chacun de construire son propre avis :)
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar Bradeck » Mer 8 Mar 2017 11:36

Et bien voià, on a l'origine du problème (dont on se doutait un peu komen), du pourquoi cette discussion ne pourra pas aboutir.
On a deux représentations différentes de l'intelligence que vous tentez d'opposer. (NdR : Je préviens tout de suite, je simplifie à outrance, juste parce que ne souhaite pas fait un post d'un kilomètre pour un concept simple)

- L'un qui est la notion d'intelligence utilisée en psychométrie, à savoir plutôt la capacité à raisonner et manipuler des concepts abstraits. Et qui semble évoluer vers une vision selon le modèle en trois couche, CHC, qui peut à priori être mesuré.
- L'autre qui dit que l'intelligence est ce qui fait que l'on réussit dans la vie (vaste programme de mesure)

Pour toute réflexion, on se base d'abord sur les prémisses. Hors là, si la notion première utilisée est "l'intelligence", elle n'a pas la même définition. D'ailleurs, le lien sur Steinberg le dit bien : Il propose un autre modèle. Donc là il s'agit d'une "querelle de chapelle".

Cette dernière notion de lier intelligence à réussite dans la vie me dérange, car elle nie l'effet que l'environnement à sûr le fait de "réussir sa vie". J'aimerai vraiment voir la tête d'une échelle de mesure, utilisable, de la "réussite dans la vie" (ou alors il faut une échelle par individu, pour voir comment il s'en est sorti par rapport à la difficulté de l'environnement).
Il me semble que réussir "dans la vie" implique un jugement des pairs par rapport à leurs valeurs. Ors il me semble que l'on peut très bien réussir "sa vie", parce qu'on en est content, heureux,et en retire de la joie, sans pour autant réussir "dans la vie" selon la perception des autres, un jugement social.
En effet, j'aimerai bien savoir qui se permet de dire, hormis l’intéressé (et déjà ce n'est pas évident), voire certains de ses très proche, s'il à réussi sa vie ou non.
Mais j'imagine que l'on peut me rétorquer que je n'ai pas compris la définition de M. Sternberg et que je propose la mienne, ce qui serait l'illustration parfaite de la source du débat du dessus.

De plus, la notion même de lier intelligence à réussite dans la vie me semble valider une notion de supériorité liée à l'intelligence...
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar dani » Mer 8 Mar 2017 11:56

Offtopic :
Bien résumé Bradeck, oui c'est ça même si tu joues un peu sur les mots. C'est un article de wiki, il faudrait voir la source originale. Wiki précise tout de même que "pour Sternberg, l'intelligence se doit d'être définie par l'évaluation de la réussite dans la vie, elle-même définie par des critères qui sont propres à l'individu (idiographiques) et au contexte socioculturel dans lequel il évolue". Il est donc un peu plus nuancé que ce que tu en extrais. Mais je suis d'accord, et je l'ai dit plus haut, Steinberg est en effet critiquable même si il est intéressant pour inclure aussi une vision plus concrète de l'intelligence. En fait "l'intelligence" est très connotée culturellement, et touche à des représentations qui ne sont pas les mêmes selon les cultures ou l'origine sociale etc... On ne va donc pas en sortir, cela permet juste de resituer la complexité du sujet (et ne pas voir les clivages sur le sujet de l'intelligence juste comme des phénomènes de "protection" ou de complex vis à vis du QI)
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar Fish » Mer 8 Mar 2017 14:04

Tout ce que tu dis Fish serait vrai du moment que QI=intelligence, et tu illustres exactement mes inquiétudes. Des enfants avec un QI normal ne deviendront peut-être jamais en effet d'illustres chercheurs scientifiques car leur intelligence se décline moins que pour d'autres selon une perception très abstraite et cognitiviste de l'intelligence.


On peut regretter que la créativité ne soit pas assez prise en compte. La société a un rapport ambigu avec la créativité: elle permet d'évoluer, mais elle est aussi associée à un rejet des normes. On pourrait imaginer qu'en France, l'école tende un peu trop à former des citoyens modèles, respectueux de l'ordre établi, mais étouffe la créativité et que ça la desserve sur le long terme.

On pourrait aussi évoquer la sociabilité. Une personne moyennement intelligente (au sens QI) mais très sociable sera capable d’emmener des équipes avec enthousiasme sur un projet, qui aura plus de chances de réussir que si c'est dirigé par un TTHQI qui veut tout contrôler.

Donc là, on vient juste de légitimer qu'il faut prendre en compte la créativité ou la sociabilité au moins autant que le QI. OK, ça s'argumente très bien. Mais c'est maintenant que les deux options pour y arriver ne me paraissent pas du tout équivalentes.

La stratégie d'Howard Gardner - et la tienne il me semble - consiste à accepter la suprématie de l’intelligence, mais à y inclure tout ce que tu aimerais voir mis en valeur: la créativité, la sociabilité, etc. Pour moi c'est un tour de passe-passe. Tu montres du doigt une position imaginaire en t'exclamant "Oh! Regardez!" ; Pendant que ton interlocuteur accroc au QI est distrait, tu refourgues plein de concepts dans l’intelligence. Alors on va définir plusieurs intelligences: logico-mathématique, verbale, émotionnelle, sociale, musicale, etc. On va intégrer tout ça dans le nouveau QAG, Quotient d’Aptitude Générale, une mesure bien plus large des capacités humaines. Parmi les sous-indices de ce nouveau QAG, il y aura l'IIC, ou Indice d’Intelligence Classique, qui ne sera rien d'autre que l'ancien QIT. Il y aura l’IS, Indice de Sociabilité. Il y aura l’IC, Indice de Créativité. Et tout ça sera basé sur des études scientifiques rigoureuses, avec des intervalles de confiance, des fidélités, des validités, etc. Bon, ça ne va pas se faire en une fois, il y aura quelques débats enflammés, mais bon an - mal an, on y arrivera.

Mais cet interlocuteur accroc au QI, il va se rendre compte de la fourberie. Il te dit: c'est bien beau ton nouveau QAG, mais moi j'en ai rien à [bip]. Pour prendre mes décisions, je vais me baser sur le seul IIC. Au final, ça n’a rien changé, on a juste remplacé le terme QIT par IIC, on a ajouté plein d’autres mesures pertinentes mais dont personne ne se sert, et tout continue comme avant.

Il me semble illusoire de croire qu’un simple changement de définition va imposer un changement dans l’estime qu’on peut porter à la créativité, la sociabilité, etc. par rapport à ce qu’on appelle aujourd’hui intelligence en psychométrie. Voilà pourquoi je ne trouve pas cette approche pertinente. Ce n’est pas la définition qu’il faut changer, c’est l’intérêt porté à d’autres paramètres que l’intelligence telle que vue en psychométrie.

Alors je préfère laisser le terme « intelligence » à un aspect réduit des activités cérébrales, je préfère concevoir la créativité comme une dimension à part entière. Ce n’est pas une sous-partie de l'intelligence, ni une intelligence créative, c’est de la créativité, point. Il y a déjà un terme pour ça et il est très bien.

Soit dit en passant, le QI est peut-être surestimé dans le milieu scolaire, mais il faut relativiser. D'abord parce que tous les élèves ne passent pas de tests de QI. Ensuite parce que dans le monde professionnel, les entreprises accordent déjà une grande importance à la sociabilité (pour la créativité c'est moins net - ou moins sincère). Peu d'entreprises font passer des tests psychométriques. Donc oui, le QI ne décrit pas à lui seul la capacité d'un individu à être performant, mais ça tombe bien, les gens qui font passer les entretiens d’embauche le savent très bien.
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar dani » Mer 8 Mar 2017 14:53

Bon, ben je crois qu'on a fait le tour et progressé en situant plus clairement quelques dimensions du débat :)

Offtopic :
Sinon moi je ne défends rien du tout. Juste que je trouve incohérent de dire QI=intelligence alors que la personne ne démontre en fait que des réussites dans des tests réalisés dans le bureau d'un psy et que ses résultats présupposent juste de ses capacités à se comporter intelligemment dans la vraie vie face à des problèmes complexes à résoudre qui incluent très souvent le rapport aux autres et des habiletés dépassant la dimension cognitive testée. Mais cette dimension pragmatique est invérifiable.il s'agit juste d'un présupposé (assez solide, je suis d'accord). Une personne qui aurait très bien réussi des tests sportifs mais qui ne fait pas de sport dans la vraie vie on ne va pas dire de lui qu'il est sportif ant que l'on n'a pas vu qu'il faisait du sport régulièrement. Quelqu'un de très habile pour cuisiner un plat lors d'un test, qui cuisine pour lui mais qui ne cuisine sinon jamais pour les autres on ne va pas dire de lui qu'il est cuisinier. C'est le raccourci conceptuel qui me gêne, la dimension "rapport à la société" est inévitable pour tous les concepts, y compris pour l'intelligence (avec toutes les limites culturelles dont on a parlé plus haut). Mais sinon tu as assez raison pour le rapport des employeurs au QI et autres habiletés, ça c'est très juste et pragmatique. Faudrait juste pas appeler ce résultat QI "intelligence" pour moi, mais je vais m'en remettre :D . C'est cool que tu aies argumenté jusqu'au bout, là je me sens OK, j'ai fait le tour, merci :)
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Re: supériorité/égalité - le faux débat

Messagepar Fish » Mer 8 Mar 2017 16:16

je trouve incohérent de dire QI=intelligence alors que la personne ne démontre en fait que des réussites dans des tests réalisés dans le bureau d'un psy et que ses résultats présupposent juste de ses capacités à se comporter intelligemment dans la vraie vie [...]


Si tu mesures la résistance d'un béton, tu mets un échantillon sous presse, et tu regardes quand ça lâche. Tu es bien en train de supposer que la mesure est représentative du comportement de ce béton lorsqu'il sera utilisé dans un ouvrage d'art. Comme pour tout test, la question de la représentativité se pose. Si tu fais un test sur le béton en compression uniquement, et que tu l'utilises en cisaillement dans le monde réel, tu risques d'être surpris. C'est vrai aussi pour la psychométrie et la représentativité des tests de QI fait partie du débat. Mais le principe même d'effectuer des mesures dans un bureau, ça n'est rien d'autre que l'attitude de toute démarche scientifique. Si tu remets ça en cause, tu ne fais rien de moins que quitter le domaine scientifique. C'est bien ce qui est reproché à Gardner. C'est loin d'être satisfaisant, parce que ça ouvre la voie à la subjectivité la plus totale, chacun y va de sa propre estimation, avec des conséquences parfois désastreuses. C'est bien en opposition à cela que Binet a créé les tests d'intelligence.

C'est ce passage dans un labo sous des conditions relativement contrôlées qui permet d'investiguer en profondeur. Un béton qu'on teste en compression, en traction, en flexion, en cisaillement, etc, on connait mieux le matériau et on peut ensuite créer un modèle. C'est pareil pour la psychométrie: on n'aurait jamais parlé d'intelligence fluide ou cristallisée si on n'avait pas fait d'étude en labo.

Ta description de la réalisation dans la vie réelle pour moi cela s'appelle la performance, et bien sûr que ça ne dépend pas que de l'intelligence. Mais si on veut séparer les différentes causes de performance, il faut réaliser des mesures où on fige certains paramètres et on en fait varier d'autres. Donc on créée un test dans un labo.

Tu devrais lire "Psychologie de la créativité" de Todd Lubart. Tu te rendrais compte que la démarche de caractérisation de la créativité est la même que pour l'intelligence: on commence par créer intuitivement un test, on vérifie qu'il a les propriétés de validité et de fidélité d'une mesure, et on essaie de vérifier si ça mesure bien la créativité. On cherche la comparaison avec une mesure externe de la créativité, en sachant pertinemment que cette mesure externe est très imparfaite. Pour l'intelligence, les mesures externes (ce qui permet de raccrocher le labo à la vie réelle), c'est la performance scolaire, le salaire, le niveau de diplôme etc. Pour la créativité, on ira regarder le nombre d’œuvres produites par un artiste ou les brevets déposés par un ingénieur, dont l'originalité sera évaluée par un collège de pairs.

Les sciences sociales font partie des sciences molles. Le contrôle lors d'un test de QI est loin d'être parfait. Le stress est l'exemple même du biais qui peut influencer le QI et qu'on ne parvient pas à contrôler comme on voudrait. La validation externe est assez approximative, parce qu'on compare à quelque chose qui ne dépend pas que de l'intelligence. Mais ça a le mérite de rester une démarche scientifique. Si on sort de ça... ben chacun raconte bien ce qu'il lui plaît. Mais ça n'est plus de la science, c'est un essai.
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