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le suicide

l'Humanité, L'Existence, la Métaphysique, la Guerre, la Religion, le Bien, le Mal, la Morale, le Monde, l'Etre, le Non-Etre... Pourquoi, Comment, Qui, Que, Quoi, Dont, Où...?

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le suicide

Messagepar gelsomina » Dim 12 Oct 2014 01:29

bonjour à tous,


C'est en trainant dans le forum et notamment sur le sujet de la mort où ma volonté de parler d'un sujet aussi sensible a éclot: celui du suicide. Malgré tout, je ne sais pas trop si ce sujet a été abordé auparavant ici mais je souhaiterais en parler. Un fléau encore tellement tabou dans notre société mais si omniprésente... Je m'excuse d'avance si ce sujet peut faire soulever de choses douloureuses . En tout cas, c'est un besoin qui me pousse à m’exécuter sur le clavier.Je me dis que poser ma pensée m'aidera peut-être à comprendre même si le suicide va au-delà de l'entendement je crois.

Pour ce qui est de la mort, à la mienne, je n'ai jamais ressentie une angoisse en pensant à cela. La mort de mes proches me semble bien plus importante que la mienne. D'ailleurs, lors de décès dans mon entourage familial, ce qui m'importait le plus , mon chef-lieu était d'être le plus enveloppant possible pour les personnes tristes en occultant ma propre triste. Par contre, le suicide me fait soulever de nombreuses questions, aussi existentielles que métaphysiques.

Pour mieux comprendre le pourquoi de ce sujet, je vais commencer par un p'tit synopsis de l'histoire :
Il y a presque un mois, mon ex copain s'est suicidé par pendaison chez lui. Je le savais mal, très mal. Un mois avant sa mort, il m'a quitté car il ne voulait pas m'infliger son mal-être et disait qu'il n'avait plu d'envie, plu rien. ( je sais maintenant qu'il avait déjà cet "projet"...). D'ailleurs, il me répétait souvent : " mais tu n'étais pas prévu dans mes plans..! " et ca le troublait, le perturbait. Aujourd'hui, je ressens le poids de cette phrase résonnante et criante de vérité .

Cela voulait peut-être dire que j'aurais pu le " sauver " ?? moi ?

D'un côté, je fus soulagée qu'il me quitte ( je me sens honteuse de le penser ) car je me sentais tellement mal et impuissante de le voir ainsi ( j'ai tendance à absorber le malheur des gens que j'aime, ce qui est problématique car je porte leur valise avec eux ) et d'un autre, triste car je voulais être là, l'accompagner malgré tout. Car je suis de nature à traverser des montagnes pour les personnes qui le méritent.

N'ayant ps d'autre alternative que de respecter son choix, je l'ai laissé en le sachant dans un profond mal-être ( dont je connaissais la cause ).Et en même temps, les dernières fois, j'avais en face de moi un homme éteint mais chez qui subsistait encore tellement de lumière et de belles choses en lui.

A l'annonce de sa mort, beaucoup d'émotions et de sentiments s'y sont confrontés , entre-choqués : le choc et le déni ( et je suis encore dans ce refus d'y croire à des moments où il m'arrive d'avoir envie de lui écrire... ), de la colère envers lui et surtout envers la vie, beaucoup de tristesse évidemment. Malgré tout ca, j'eusse espérer qu'il soit en paix dorénavant car c'est ce qu'il cherchait par-dessus, cette paix intérieure qu'il avait perdue, qui était détruite.

Pour autant, il y a un sentiment bizarre qui m'habite depuis cet évènement, le sentiment d'être rescapée de cette histoire. Car sachant ce qu'il comptait faire, il m'a écartée de sa vie de manière assez abrupte mais en même temps généreuse car elle sonnait comme un " dégage, sauve toi ! "

Coupable ? oui aussi car je me dis qu'en respectant son choix d'être seul alors que je savais qu'il cherchait à se détruire ( par l'alcool notamment ), je l'ai en quelque-sorte abandonné. Et toutes ces choses, ces mots en filigranes paraissent tellement limpides aujourd'hui comme si le dessein était établi devant mes yeux . Et je n'ai pas voulu y croire car cela me semblait si antinomique avec ma réalité à moi. Je ne sais pas si je suis très claire.

A vrai dire,je suis un peu brouillardisée ( oui p 45 de mon dictionnaire néologique ).
Evidemment, cette histoire me perturbe, d'autant plus qu'elle fait écho un peu avec la mienne. Ce qu'il a vécu. Ce que j'ai vécu. Des points rencontres similaires . Un passif qui nous relie.

Et puis merde quoi.... pourquoi un homme avec tellement de belles choses en lui décide de se tuer ?
Depuis, je me questionne : mon envie de vivre face à mon envie de ne plus vivre. Des fois, le fil est fragile et les noeuds indestructibles.

Certaines personnes, notamment des philosophes voient le suicide comme un acte lâche, d'autres comme quelque-chose de courageux. Je ne vois aucun de cela. A mon sens, le suicide est l'expression d'un mal-être démesurable, incommensurable, dont la finalité ne peut se comprendre donc ne peut se juger. Peut-être que je me trompe mais je le ressens comme ça.

Effectivement, l'image que nous pouvons avoir d’une personne peut lui être si violente ( malgré notre regard bienveillant ) trop douloureuse, a tel point qu’il la rejete. Il se trouve alors envahie dans un conflit intérieur auquel il ne peut se défaire.
Ca me fait penser à une phrase de Kant qui disait " il n'y a pas pire tyrannie que de vouloir le bien de quelqu'un. " Il se refusait à croire, à croire en lui . Comment redonner envie si la personne ne veut tout simplement plus ...?

Dans ces moments-là, je trouve la vie au paroxysme de son absurdité et de sa déception. Je ne sais ps si je devrais penser ainsi mais en même temps, je n'ai pas envie de penser autrement pour l'instant. Comme suivre un besoin de vivre, de ressentir ces sentiments la afin qu'ils s'épuisent et disparaissent... Un élan cathartique.

Depuis son suicide, je me trouve un peu plus à coté de la vie d'une certaine manière, dans le sens où je la perçois différente ( même si mes antennes sur la tête n'ont jamais eu le même décodeur que les autres ). En fait, ces temps-ci je crois que je ressens encore plus le besoin de m’asseoir sur ma p'tite colline ( imaginaire ) afin d’y prendre du recul, d'ausculter mes émotions, ma rage. Y trouver une réponse aussi peut-être, un sens. Mais comment trouver un sens dans un brouhaha d'incompréhension, celui qui va à l’encontre de la vie ?

A vrai dire, je me relis et j'hésite beaucoup... mes phrases sont saccadées, dures, dérisoires.
Je ne trouve pas de fin à accorder à ce texte comme si ma pensée tournait en rond ou comme un disque qu'on arrête d'un coup..
Ca grésille les oreilles, ça crispe le coeur.

En fait, j'aimerais savoir si des personnes ont connu cette épreuve ou si retrouve de près ou de loin dans celle-ci aussi personnelle soit-elle.
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Re: le suicide

Messagepar emmanuelle47 » Dim 12 Oct 2014 08:46

Je ne serais peut etre pas d'une grande aide... mais je vais donner Ma vision du suicide.Celle ci n'a pas sa place dans la philosophie, mais dans la médecine.
La suicide est pour moi la complication fatale d'une pathologie: la dépression
Tous les discours autour du courage et de la lacheté me paraissent toujours totalement hors sujet. Il s'agit avant tout de souffrance.
Désolée si c'est un peu abrupt, et pas ce qui était recherché comme réponse. Mais c'est en toute honnêteté mon avis sur le sujet.
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Re: le suicide

Messagepar sandrinef » Dim 12 Oct 2014 09:00

Bonjour gelsomina,
Je suis profondément désolée de ce qui s'est passé pour ton ami.
Je n'entrerai pas davantage dans ma vie personnelle en donnant des détails, cependant je comprends très bien ce que tu ressens.
A un moment de ma vie, j'ai demandé de l'aide à une psychologue qui a pu me libérer de cette écrasante culpabilité qui envahit et empoisonne celui qui reste.
Tu n'es pas responsable de ce drame. Ce n'est pas ta faute.
Toutes les questions que tu peux te poser ne referont pas le passé.
Tu as raison: le suicide est la réponse extrême à une grande souffrance. Mais cette souffrance n'était pas tienne. Elle appartenait à ton ami. Tu l'aurais attaché pour l'empêcher de mettre fin à ses jours que cela n'aurait rien changé. Celui qui veut se tuer y arrive toujours.
Tu dois d'abord faire ton deuil. Tu peux pleurer cet homme que tu as aimé, pleurer et encore pleurer.
J'espère que tu n'es pas seule avec tous ces questionnements et cette douleur. J'espère que tu as une famille, des amis à l'écoute et bienveillants.
C'est une épreuve difficile que la vie t'impose. C'est ainsi.
Je t'envoie plein de pensées...
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Re: le suicide

Messagepar gelsomina » Dim 12 Oct 2014 20:13

Merci Sandrine pour ta réponse.

Étonnamment, je suis bien entourée. Je dis " étonnamment " car je me dis qu'ils ont mieux à faire ( mais ça, c'est un autre débat) mais heureusement qu'ils sont là. Avec le temps et les expériences surtout, je pense que j'ai su faire le bon tri des gens, de m'entourer de ceux qui m'apportent et qui me connaissent surtout ( un point important pour être authentique dans la relation , pour qu'elle soit la plus nourricière possible de part et d'autre ).

Tu dis que qlqn qui veut se tuer y arrive toujours et c'est tristement vrai. Il n'en était ps à son 1er coup d'essai.
Concernant le deuil, je connais les 5 phases du deuil , les aller-retour qu'elles peuvent susciter. Je les ai étudié durant ma formation professionnelle et je pensais qu'elles seraient clairement plantées là devant moi, comme un panneau " hey tiens, bienvenue dans le chapitre de " la colère " ..En espèrant que vous ayez fait bon voyage, je vous invite maintenant à venir vous installer sur le quai n°4 qui est celui du marchandage "

Finalement, ca me semble flou, je ressens des choses, des parcelles mais de là a nommer untel comme ça, je ne sais pas. C'est pas si théorique que ca .
Merci encore de ton écoute en tout cas Sandrine...

J'ai le sentiment que j'ai des choses à découvrir par rapport à ca, sur moi.
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Re: le suicide

Messagepar gelsomina » Dim 12 Oct 2014 20:19

Emmanuelle,

nous voilà d'accord sur le fait qu'il ne s'agit ni d'un quelconque acte ( lâche ou courageux ).
Pour autant , il y a quelques-années , ( me rappellant très bien du lieu et de l' heure...) j'ai eu une " virulente " conversation ac une amie ( qui étudie la philosophie ) et qui avait donc un discours assez obtus à ce sujet percevant cet acte de lâche et d'égoiste vis à vis sdes proches du défunt.

Ms justement, je pense qu'il faut se décentrer de son propre malheur face à cette mort pour accepter le désespoir de la peronne, tellement insoutenable à ces yeux...

Il s'agit effectivement d'une résultante fatale qu'est la dépression (enfin reconnue comme une maladie.)
Et ta réponse n'est pas absolument pas abrupte :)
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Re: le suicide

Messagepar Kayeza » Dim 12 Oct 2014 22:05

Gelsomina, merci d'avoir partagé cette expérience, douloureuse s'il en est.
Oui, ton texte est saccadé mais il est à l'image de ce que tu ressens sans doute, en vrac. En te lisant, j'ai l'impression de me rapprocher un peu de ce que tu peux ressentir.

Je vais aussi te répondre en vrac.

Tu as choisi de poster ce sujet dans la section "Questions de société et débats philosophiques". Albert Camus aurait dit que le suicide est la seule vraie question philosophique. Je suis assez d'accord. Mais je pense que la réponse ne doit pas rester au niveau philosophique. La réponse s'élabore pour chacun, avec son expérience, son ressenti, etc. Personnellement, je me pose régulièrement la question du suicide et je m'y réponds toujours de la même façon : je ne le ferai pas, par amour pour mes proches. Petit à petit, j'essaie de trouver d'autres bonnes raisons de ne pas le faire, de ne plus y penser. Plus j'avance sur mon chemin personnel, plus les réponses se font profondes, fondamentales, et non plus superficielles. Et, j'espère, plus solides.

Si on aborde la question sous l'angle "Questions de société", je pense qu'il y a dans nos sociétés un vrai travail à faire dans la gestion de la dépression et des troubles associés, comme le burn-out. Mieux les repérer, mieux les prendre en charge, me parait urgent. Et ce d'autant plus qu'on dispose aujourd'hui de tellement d'outils thérapeutiques.

Pour finir, je voudrais rebondir sur les propos de sandrinef à propos de la psychologue. J'ai une amie qui a perdu son fils d'un accident, il y a plusieurs années déjà. Elle pensait que, depuis tout ce temps, elle avait fait son deuil. Mais finalement elle est retournée voir une psychologue il y a peu de temps, grâce à laquelle elle a pu poursuivre ce travail de deuil (et peut-être achever, je ne sais pas). N'hésite pas à te faire aider si tu en ressens le besoin. Se décentrer de son propre malheur, certes, mais sans pour autant nier sa propre souffrance.

Courage !
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Re: le suicide

Messagepar Zéphyr » Lun 13 Oct 2014 08:25

Bonjour gelsomina,

En lisant ton post j'ai voulu répondre tout de suite. Mais j'ai pas réussi, c'est un sujet délicat et j'ai du mal à choisir mes mots. Alors je m'y remet, avec un peu de persévérance je devrai y arriver.

Je n'ai pas vécu ce genre de situations. Mais quand j'ai découvert le sujet de la douance j'ai revisité toute mon enfance, et j'ai fait resurgir ce souvenir que j'avais consciencieusement enfouis : à une époque j'ai sérieusement pensé passer à l'acte. J'étais jeune, et même si je garde souvenir de l'envie je crois que j'ai bien enfoui profondément ces pensés là. Je sais juste que si je ne suis jamais passé à l'acte c'est parce que je savais ce que ça ferait à mes parents. Que je savait qu'ils auraient cette culpabilité de ne pas avoir vu, de ne pas avoir agit avant. Mais je ne pouvais pas leur en vouloir, si je me reconnait bien d'être doué dans quelque chose c'est dans le fait d'être un caméléon. Si ils ne l'ont pas vu c'est parce que je le leur ai trop bien caché. Pas de leur faute. Uniquement la mienne.
Bref, je pense (et c'est juste une hypothèse hein, je ne vous connais ni l'un ni l'autre) qu'il a voulu te protéger de ce dont je voulais protéger mes parents. Seulement moi je ne pouvais pas écarter mes parents comme lui il pouvait t'écarter toi. Essayer de te protéger.

Tu à l'air d'être entourée, tant mieux, ne reste pas seule avec ces pensées :* (y'avait pas un smiley qui prenait dans ses bras, je le trouve pas ?)

(Ton post me permet de mettre des mots sur tout ça, désolé de squatter ton post pour ma petite thérapie perso ;) )

Concernant le courage et la lâcheté, je pense, que quand tu en arrives à passer à l'acte, c'est que tu n'as plus le choix. Il ne faut donc ni courage ni lâcheté.
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Re: le suicide

Messagepar Grabote » Lun 13 Oct 2014 10:06

Bonjour Gelsomina,
j'ai mis du temps à venir lire ton post, le sujet m'intéresse mais ... .

1 mois ? autant dire la semaine dernière ...

Bien sur tu peux lui écrire, lui parler.
Moi je l'ai fait et même, je suis restée en relation avec cette personne cher à mon coeur, depuis plus de 20 ans.

Attention à la culpabilité des survivant.e.s, elle est injuste et toxique, alors si tu sens qu'elle est là, occupe t'en.
Il n'aurait pas voulu ça , que ça t'englue, que ça te nuise puisqu'il a essayé de t'en protéger.
Et quand je lis ça :
gelsomina a écrit:Étonnamment, je suis bien entourée. Je dis " étonnamment " car je me dis qu'ils ont mieux à faire ( mais ça, c'est un autre débat) mais heureusement qu'ils sont là.

je me dis : ouh lala ça va pas du tout

Qui y a t'il de mieux à faire que d'entourer les gens qu'on aime quand il.le.s traversent des épreuves ?

Bon voilà , en fait Gelsomina, je sais pas trop quoi dire pour t'aider ...
soit patiente et prends bien soin de toi
la vie est aussi belle et lumineuse que sombre et douloureuse

ne te punis pas, tu n'es pas coupable

est ce que tu connais le livre de Stieg Dagerman : "notre besoin de consolation est impossible à rassasier" ?
si tu veux, je te l'envoie en mp
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Re: le suicide

Messagepar sandrinef » Lun 13 Oct 2014 11:44

Offtopic :
gelsomina a écrit:C'est en traînant dans le forum et notamment sur le sujet de la mort où ma volonté de parler d'un sujet aussi sensible a éclos: celui du suicide. Malgré tout, je ne sais pas trop si ce sujet a été abordé auparavant ici mais je souhaiterais en parler. Un fléau encore tellement tabou dans notre société mais si omniprésent...


Je pense qu'au-delà de la situation difficile que tu vis actuellement, tu as probablement envie de réfléchir sur le suicide en tant que "question de société." Cela permettrait de donner un angle de discussion, d'échange, et de passer de ton vêcu à une vision plus large de la problématique.
Qu'en penses-tu?
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Re: le suicide

Messagepar Yniel » Lun 13 Oct 2014 12:18

(possible de supprimer ce message?)
« La vérité est recherchée pour elle-même. Et ceux qui sont engagés dans une quête du savoir par goût de la vérité ne sont pas intéressés par autre chose. La recherche de la vérité est difficile et la route qui y conduit est ardue... »

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Re: le suicide

Messagepar gelsomina » Lun 13 Oct 2014 20:13

Zéphyr a écrit:
(Ton post me permet de mettre des mots sur tout ça, désolé de squatter ton post pour ma petite thérapie perso ;) ).


Hey bonsoir Zéphyr ! :hai:

Ton post n'est aucunement squatteur sur le mien. Bien au contraire. Autant que le mien soit utile et permette l'émergence de pensées, un p'tit peu...

En lisant ton message, j'ai tout de suite pensé au livre de Cyrulnik " Quand un enfant se donne la mort : attachement et sociétés " . L'as tu lu ?
Il développe ce sujet en s'appuyant sur une approche pluridisciplinaire en regroupant la neurobiologie, biochimie, psychologie, sociologie et autres disciplines. Pour ce qui est du biologique, aucun gène héréditaire ne rentre la-dedans comme certaines personnes peuvent penser. Lorsque que l'on parle du génétique du suicide, il s'agit d'un dysfonctionnement biologique. La neuro-imagerie au niveau du cortex préfrontal a permis de remarquer que les personnes suicidées sécréteraient moins de sérotonine ( un neuromédiateur jouant un rôle important dans la régulation de l'humeur ).
Enfin pour ne citer qu'un facteur.. ( si tu es intéressé, je peux en développer d'autres )

Enfant, j'y ai également songé à maintes reprises car me sentant de trop dans beaucoup de situations, à de nombreux moments. Ps à ma place et pas tellement comprise. Hypersensibilité comme écho. Le faux-self ( ou caméléon comme tu le nommes ) était ma seconde peau en société. Finalement, en grandissant, je me suis dessinée ma propre place, enfin cultivée plutôt ( car nous sommes jamais mieux servie que par soi-même, non ? ).
Autant être authentique envers soi-même et les autres nous le rendront bien je pense.
D'ailleurs, on n'a plus de chance de se connaitre et de se rencontrer soi-même de cette façon.



Merci Zéphyr pour ton smiley. Je t'en envoie également un qui t'en remercie chaudement ;)
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Re: le suicide

Messagepar gelsomina » Lun 13 Oct 2014 20:28

Grabote a écrit: est ce que tu connais le livre de Stieg Dagerman : "notre besoin de consolation est impossible à rassasier" ?
si tu veux, je te l'envoie en mp


Je ne connais pas ce livre et ca m'intéresse oui :)

Je reviens sur le terme " étonnamment ". J'ai sciemment choisi ce mot car je me sens pas souvent légitime de ce qu'on peut me donner comme signe d'affection, d'amour ou d'attachement ( 3615 la-névrosée !! ).

C'est comme les compliments, il y a toujours un aspect gênant dans cette chose là. Et pourtant, je trouve qu'on dit plus souvent des choses " mauvaises " ou déplaisantes que l'inverse. Soit de peur que cela pue la démagogie, faux-cul(erie) ou alors pensant comme inutile de l'exprimer. Comme si les belles choses étaient évidentes. Et pourtant...

Merci Grabote pour ton message bienveillant . Et l'écoute est déja une aide :)
( Ton pseudo rime avec carotte. Le savais tu? ... signe d'amabilité ) :lol:
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Re: le suicide

Messagepar Grabote » Mar 14 Oct 2014 13:51

euh , en fait, j'en ai parlé hier avec un ami à qui j'avais prêté ce livre
et son retour me fait douter de la pertinence de ma proposition.
En effet, s'il a apprécié la force du texte, il m'a dit ne pas comprendre comment ça pouvait faire du bien de le lire !
Et comme mon intention, c'est de te faire du bien ...
Moi, j'adore ce texte et ça me fait toujours du bien de le lire mais ...bon voilà, je sais plus quoi faire :(

gelsomina a écrit:je me sens pas souvent légitime de ce qu'on peut me donner comme signe d'affection, d'amour ou d'attachement

Tu verras en te baladant par ici, qu'il y a du monde dans le même cas et que ça peut se transformer (si on le choisit).

Pour ma part, j'ai clairement identifié qu'avoir du mal à accueillir ces signes d'affections était clairement lié à mon estime de moi très, trop basse et à un mécanisme d'auto punition que j'ai mis en place suite à divers évènements (désagréables) de ma vie.
Et aussi, je l'ai découvert ici, à la non reconnaissance de mes qualités et"potentiels" spécifiques.
C'est pour ça que j'ai attiré ton attention sur ce point.

gelsomina a écrit:En fait, ces temps-ci je crois que je ressens encore plus le besoin de m’asseoir sur ma p'tite colline ( imaginaire ) afin d’y prendre du recul, d'ausculter mes émotions, ma rage.


:ensoleillé: Si tu peux aller sur une vraie colline, c'est encore mieux (en tous cas pour moi ;-). :ensoleillé:

Quand toutes mes émotions se sont exprimées, à ma grande surprise, je sens à nouveaux la chaleur du soleil sur ma peau, j'apprécie le son du vent dans les arbres et des oiseaux qui chantent, j'observe avec émerveillement ce petit insecte qui s'active ... le sourire enfin revient sur mon visage. :-)

:ensoleillé: Prends bien soin de toi Gelsomina :ensoleillé:
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Re: le suicide

Messagepar gelsomina » Mar 14 Oct 2014 19:42

Kayeza a écrit:Si on aborde la question sous l'angle "Questions de société", je pense qu'il y a dans nos sociétés un vrai travail à faire dans la gestion de la dépression et des troubles associés, comme le burn-out. Mieux les repérer, mieux les prendre en charge, me parait urgent. Et ce d'autant plus qu'on dispose aujourd'hui de tellement d'outils thérapeutiques.



Effectivement, mon objet premier était d'aborder ce sujet sous cet angle-là. Mais je crois qu'il me semblait nécessaire ( pour moi ) d'amorcer le suicide à travers le récit de ma propre histoire au préalable.
Ainsi, Sandrinef corrobore avec nous pour parler de ce thème dans le domaine " questions de société ".

Et comme tu le dis dans ton message, il y a tellement d''outils thérapeutiques pour prévenir ce fléau. Il existe beaucoup de choses à faire en amont et surtout en parler est une chose importante je crois ( quelque-soit la tranche d'âge ).

Je me rappelle que lorsque je travaillais dans une association ( dont l'action était centrée auprès de personnes âgées ), une psychologue m'avait dit qu'il était important de parler du suicide avec ces personnes -là quand celles-ci énoncaient le souhait de se tuer, et de même quand elles parlaient de leur propre mort. Les mots ne résolvent pas le problème mais elle ouvre d'autres portes, d'autres perspectives d'avenir je pense.. et écouter leur mots donnent ainsi une légitimité à leurs propres maux justement.

De même qu'ils existent de nombreuses associations qui oeuvrent en prévention. Et pour en revenir aux " questions de société", je souhaitais aborder ce sujet pour permettre une ouverture dans la réflexion et avoir des pistes de prévention.
Savoir, avoir quelques échos de vos expériences dans ce sens, des idées et autres cheminements.
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Re: le suicide

Messagepar Kayeza » Mer 15 Oct 2014 11:04

Il y aurait tellement de choses à dire...

Celle qui me chatouille là, présentement, c'est le fait me semble-t-il que le suicide ou le désir de suicide prend souvent naissance dans le manque de perspectives d'avenir offertes par la société. Là, il y a vraiment du boulot, en profondeur...

Mais on pourrait parler aussi du suicide des étudiants chinois et japonais, soumis à de trop grosses pressions, de celui des paysans indiens, poussés dans la misère par Monsanto & Co, du burn-out, etc.
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Re: le suicide

Messagepar sandrinef » Mer 15 Oct 2014 11:10

Tu peux même rester en France concernant les hommes de la terre. Mais ça, bizarrement, personne n'en parle à la télé...
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Re: le suicide

Messagepar gelsomina » Mer 15 Oct 2014 13:10

Grabote a écrit: :ensoleillé: Si tu peux aller sur une vraie colline, c'est encore mieux (en tous cas pour moi ;-). :ensoleillé:

Quand toutes mes émotions se sont exprimées, à ma grande surprise, je sens à nouveaux la chaleur du soleil sur ma peau, j'apprécie le son du vent dans les arbres et des oiseaux qui chantent, j'observe avec émerveillement ce petit insecte qui s'active ... le sourire enfin revient sur mon visage. :-)

:ensoleillé: Prends bien soin de toi Gelsomina :ensoleillé:



A défaut d'une vraie colline et par chance d'habiter près de la mer, je me pose sur mon p'tit rocher en face de l'immensité atlantique parmi les ( grosses ) mouettes . Ca un côté galvanisant ce truc n'empêche ! ( enfin non ps les mouettes hein ! )

Pour ce qui est du petit insecte qui s'active... Depuis que j'ai vu " chéri, j'ai rétrécit les gosses " où j'ai eu la peur de ma vie en voyant la coccinelle arrivée sur le grand écran du cinéma ( selon les dires de ma mère ), j'ai toujours eu une fascination pour les p'tits êtres ( à quatre, voire plus, pattes). Comment voient-ils les choses ? La vie ? Chaque recoin, rayon de soleil ou pénombre amènent à d'autres perspectives , d'autres adaptations... Chaque chose à un sens pour chaque être et ma curiosité me pousse à y réfléchir. Enfin à l'imaginer surtout ! ( et de cette manière, ca me fait du bien de me décentrer de ma propre condition personnelle,individualiste )
Bref, tout ça pour dire que j'imagine plein de choses en les observant.
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Re: le suicide

Messagepar le31 » Dim 23 Nov 2014 21:31

Sujet récurent dans ma famille... Pas facile de s'imaginer ce que pense la personne au dernier instant.

Dans ma jeune adolescence j'ai moi-même été hospitalisée à plusieurs reprises après ingestion de médocs mais je ne pense pas que je voulais vraiment mourir.J'aurais pu réussir c'est vrai. Mais je ne le souhaitais pas vraiment. J'ai une histoire pas facile et je ne me voyais effectivement aucune perspective d'avenir.

Je pense toujours à me faire mourir mais c'est plutôt un fantasme conscient pour pallier un état dépressif, et cela ne dure pas longtemps. Paradoxalement ça m'aide à me sentir vivante. Bizarre non?

Quant au courage ou à la lâcheté je pense également que c'est ni l'un ni l'autre, je pense que c'est une folie fulgurante qui fait passer à l'acte, une perte de contact total avec le réel.Je ne sais pas...
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Re: le suicide

Messagepar Daysofwonder » Ven 26 Déc 2014 18:20

Le suicide est un sujet qui me passionne, je me souviens du temps de mon travail de Bachelor où j'avais proposé à mon futur directeur 2 sujets: La mesure du bonheur, ou Le suicide chez les jeunes homosexuels. Il m'a conseillé le premier thème, qui était moins "glauque", selon lui. Bref, je vais tenter d'en parler selon 3 angles, et je suis désolée si les 2 premiers ne concernent pas "sujet de société et débat philosophique" mais expérience personnelle, cela dit ça me semblerait peu intéressant de ne parler de ce sujet sans parler de sa propre histoire, tout comme gelsomina l'a fait.

Ainsi mes 3 thèmes seront: le suicide des autres, mon propre suicide, le suicide dans la société.

1. Le suicide des autres

Par une chance incroyable, il n'y a personne dans mon entourage proche qui ne soit passé à l'acte. Cela dit j'ai dû une fois courir au chevet d'un ami quand il avait 17 ans car il menaçait de le faire, mais aujourd'hui je ne sais pas s'il l'aurait fait sans ma présence, j'en doute. Et l'an passé, mon ex amie a menacé de se suicider également. Elle avait apparemment préparer son sac, afin de pouvoir se suicider dans le lac (médicaments, objets lourds..). J'ai appelé la police, qui l'a amenée dans une clinique psychiatrique. Parfois elle me remercie d'avoir été là, parfois elle m'engueule de ne pas l'avoir laissée mourir (dans les moments où elle va mal). Cela dit, je ne sais absolument pas si elle l'aurait vraiment fait son mon appel. Et gelsomina, ce que d'autres t'ont dit me paraît très juste: tu n'aurais pas pu l'en empêcher. Ton ami semblait déterminé, et ce n'est donc pas de ta faute. Je suis désolée d'apporter une expérience qui montre qqch de différent, mais voilà, c'est en effet totalement différent: mon ex amie n'avait jamais fait de tentative de suicide et peut-être qu'elle ne l'aurait pas fait. Cela dit une chose est à retenir pour d'autres: n'hésitez pas à faire hospitaliser une personne dépressive. Évidemment il y a des hôpitaux pourris, où les personnes en ressortent encore plus mal qu'avant. Mais certains hôpitaux sont très bien, et peuvent changer une personne.

Je connais, de loin, une autre fille, qui s'est suicidée. Je l'avais interviewée lors de mes études dans le cadre d'un travail sur les antidépresseurs. Elle m'avait confié tout son mal-être, et quelques années plus tard j'ai appris qu'elle s'était suicidée. Je me suis sentie coupable, quand même, elle m'avait confié tant de choses; mais je me sentais inutile, elle avait un copain, elle voyait des psys, je pensais qu'elle s'en sortirait... Bref, ça m'avait bouleversée.

2. Mon propre suicide

J'ai eu quelques idées suicidaires à l'adolescence, rien de bien alarmant. Mais il y a un an, j'étais assez déterminée, en plein cœur de ma dépression. Et c'est fou, la seule chose qui m'a retenue le jour où je le voulais vraiment, c'est que j'étais tellement mal que je n'avais même pas la force d'essayer quelque chose pour le faire! Et les autres jours, j'ai eu le soutien d'une amie qui m'a forcée à aller voir une psy. Puis les antidépresseurs m'ont sauvée. Aujourd'hui je suis tellement heureuse... Si je m'étais suicidée, je n'aurais pas connu la femme de ma vie. Et quand des amis me parlent de leur mal-être, j'essaie de leur dire ça: moi aussi j'allais mal, mais on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. Tout le monde meurt un jour de toute façon, pourquoi précipiter les choses?... (oui c'est con je sais)... Je pensais n'avoir plus aucune force et ne plus pouvoir vivre aucun bonheur, et pourtant aujourd'hui je me dis HEUREUSEMENT que je ne me suis pas tuée, je n'aurais pas vécu les magnifiques choses qui sont arrivées ensuite... Bon et évidemment, j'ai aussi évité de me suicider pour mes proches, mais ça c'est dur d'y penser car sur le moment on croit qu'on va les "soulager" en mourant...

3. Le suicide dans la société

Quelques chiffres, trouvés sur www.santeromande.ch:
Le suicide est la cause de 1 à 2 % des décès enregistrés en Suisse. 10 % des Suisses commettent une ou plusieurs tentatives de suicide au cours de leur existence, et une personne sur deux fait état, dans le cadre d'enquêtes épidémiologiques rétrospectives, de pensées suicidaires.
Entre 1300 et 1400 personnes décèdent chaque année dans notre pays suite à un suicide (env. 1000 hommes et 400 femmes), ce qui représente quatre décès dus au suicide chaque jour, soit un taux de suicide de 19,1 pour 100 000 habitants. Ces chiffres placent la Suisse parmi les pays présentant un taux de suicide supérieur à la moyenne, derrière la Russie, la Hongrie, la Slovénie, la Finlande et la Croatie, et correspondent à ceux relevés en Autriche, en Belgique et en France.


Je me suis toujours demandée pourquoi en Suisse il y a autant de suicides. On vit dans un pays riche, avec un taux de chômage relativement bas, une nature magnifique, des rues propres, un climat que je trouve assez agréable. Bref, pourquoi plus de suicides ici? Peut-être parce que justement, la culpabilité devient très forte lorsqu'on va mal, de se dire qu'on avait tout pour aller bien et qu'on n'a pas réussi? De voir les autres stables et heureux, et pas nous? Je n'en sais rien. De plus, je ne sais pas comment c'est dans les autres pays et j'aurais besoin de votre aide: en Suisse, on ne parle JAMAIS de suicides dans les journaux. C'est totalement tabou. J'avais entendu dire que c'était pour éviter de "donner des idées". Je trouve ça complètement stupide; au contraire, mentionner le suicide dans les journaux permettraient d'en parler et ça pourrait peut-être sauver des vies!!!

Remarquez également le haut taux de suicide chez les hommes comparativement aux femmes. J'avais entendu durant mes cours que les femmes font plus de tentatives de suicide, alors que les hommes se suicident plus! C'est étrange. Comme si pour les femmes, ce n'était qu'un "appel au secours" alors que pour les hommes c'était une réelle volonté de mourir (cette analyse n'est pas de moi, mais d'un prof de psycho).

Finalement, je vais encore donner un chiffre par rapport aux jeunes homosexuels: selon une étude zurichoise, le risque de suicide chez les jeunes homosexuels est de 2 à 5 fois plus élevé que chez les jeunes hétéros...
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Re: le suicide

Messagepar Xav' » Dim 28 Déc 2014 22:11

Une façon d'en parler que j'avais trouvé sur un site internet était un manque de ressources. Je pense que c'est le bon mot. Quand on n'a plus assez de ressources pour avoir juste envie de vivre parce que trop douloureux. Pas assez de ressources pour espérer quelque chose de mieux, pour ne pas voir uniquement le côté sombre de la réalité.

C'est la colère qui m'a sauvé. Une personne m'a sauvé en m'envoyant chier méchamment et injustement. Et j'ai dit merde à tout, à tous, je me suis rendu compte que je n'étais pas la grosse merde que beaucoup avaient essayé de me faire me sentir, que toutes ces douleurs subies étaient injustes, que je ne les méritais pas. Et c'est à partir du moment où j'ai dit merde à tous que j'ai commencé à rencontrer vraiment, que je vous ai rencontré vous.
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Re: le suicide

Messagepar Cyrielle » Lun 29 Déc 2014 04:03

Kayeza a écrit:Celle qui me chatouille là, présentement, c'est le fait me semble-t-il que le suicide ou le désir de suicide prend souvent naissance dans le manque de perspectives d'avenir offertes par la société. Là, il y a vraiment du boulot, en profondeur... Mais on pourrait parler aussi du suicide des étudiants chinois et japonais, soumis à de trop grosses pressions, de celui des paysans indiens, poussés dans la misère par Monsanto & Co, du burn-out, etc.

Un psy qui travaille auprès des adolescents disait que l'important est d'amener les suicidants à se demander s'ils veulent vraiment arrêter de vivre, ou "seulement" arrêter cette vie, c'est à dire changer de vie.
Je cite : "Les vingt-quatre premières heures sont par conséquent déterminantes pour permettre au suicidant d'entrevoir le caractère structurel de son geste et de lui donner envie de connaître cette structure par un travail psychothérapeutique. Transformer le caractère de " fin " du geste en un " départ "." (cf. Xavier Pommereau, L'adolescent suicidaire)
En prenant la question sous cet angle, l'envie de suicide devient en fait, le plus souvent, une envie de vivre autre chose, un élan de vie, et il s'agit d'amener les personnes concernées à en prendre conscience et à dépenser leur énergie dans ce sens-là, plutôt que pour s'auto-détruire.
Cette façon de voir les choses m'a beaucoup aidée...

Quant au suicide chez les personnes âgées... en fait, je comprends tout à fait que la vie paraisse parfois trop longue, lorsqu'on a perdu son conjoint, ses amis, son autonomie...
A trop essayer de rentrer dans le moule, on finit par ressembler à une tarte.
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Re: le suicide

Messagepar Lucifer » Sam 21 Mar 2015 00:54

J'ai connu deux personnes qui se sont pendus... Et pour le premier, j'ai eu une sorte de culpabilité car plusieurs semaines avant le drame je souhaitais lui envoyer un message, j'ai appris après sa mort qu'il avait souhaité m'écrire mais qu'une personne lui avait dit de ne pas le faire (bref il ne l'a pas fait). Et même si j'étais assez éloignée de lui, je me dis que j'aurai pu trouver les mots, mettre un dialogue en place, lui faire comprendre que sa vie ne se finissait pas et qu'on avait besoin de lui. Pourtant, ce n'est pas très sain de penser ainsi. On ne sauve pas les gens contre leur gré.

Pour ma part, j'ai souvent pensé au suicide. Seulement, une chose en moi (que je considère comme étant autre chose que le "je") m'a toujours donné l'envie, la force de vivre et de ne pas aller jusqu'au bout de l'acte. De ce fait (et d'autres raisons), je crois également en une sorte de destin). Autre élément, récemment j'ai traversé des semaines avec un regard noir sur les choses m'entourant. Ce n'était plus des idées, des souffrances, c'était juste ma vision. Par exemple, avec mon premier copain (expérience forte sentimentalement), je voyais tout en plus coloré et bien là... je voyais tout en plus gris. Du coups, peut-être qu'il y a une donnée qui m'échappe par rapport à ces personnes qui se suicident. On ne peut pas comprendre un individu, on ne peut s'en faire une image qu'en utilisant des mots. Or, tout au long de la vie, nous allons découvrir de nouveaux points de vue, des nouveaux sens aux mots.

Le suicide, il y a mille raisons à celui-ci, comme il y a mille raison d'être enceinte et de donner la vie. Chaque cas est unique. Ces situations ont-elles un point commun ? Peut-être au niveau de l'espoir, l'absence d'un lendemain meilleur qui tue l'homme de l'intérieur. Devant la fatalité de la souffrance, ou des emmerdes : la mort.

Ne soyons pas trop dur avec les suicidés, ne soyons pas trop dur avec nous-même. :angel10:
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Re: le suicide

Messagepar A.O.Barnabooth » Dim 22 Mar 2015 20:59

J'aimerais évoquer mon rapport au suicide. Non pas parce que j'aurais éprouvé sérieusement l'idée de me tuer. Mais parce qu'assez tôt je me suis construit une sorte de mythologie du suicide et que c'est peut-être elle qui m'a en partie empêché d'avoir recours à la mort volontaire.
Cette mythologie est essentiellement littéraire. Elle a commencé à se construire alors que j'avais 17 ans : me passionnant pour le surréalisme, je m'étais mis à lire leur revue La Révolution surréaliste (1925), et dans le n°2 je découvris le résultat d'une enquête sur cet embarrassant sujet que le groupe avait menée auprès de la gent littéraire. A relire l'intitulé, j'en ai encore des frissons pleins d'ambivalence : « On vit, on meurt. Quelle est la part de la volonté en tout cela ? Il semble qu’on se tue comme on rêve. Ce n’est pas une question morale que nous posons :
LE SUICIDE EST-IL UNE SOLUTION ? »
L'introduction aux réponses des littérateurs, qui se moque d'eux, est amusante, particulièrement si je la rapporte dans le contexte du forum : « Ce n’est point par l’intelligence que brillent nos contemporains, mais il faut pour leur malheur qu’ils en réfèrent toujours à cette faculté. Rien de plus brouillon que l’homme : posez-lui une question, il répond à une autre, ou fait d’abord le procès de cette question. Avions-nous le droit de demander si le suicide est une solution ? Messieurs, vous aurez zéro. »
La réponse la plus intéressante était à mon sens celle d'Antonin Artaud :

Non, le suicide est encore une hypothèse. Je prétends avoir le droit de douter du suicide comme de tout le reste de la réalité. Il faut pour l’instant et jusqu’à nouvel ordre douter affreusement non pas à proprement parler de l’existence, ce qui est à la portée de n’importe qui, mais de l’ébranlement intérieur et de la sensibilité profonde des choses, des actes, de la réalité. Je ne crois à rien à quoi je ne sois rejoint par la sensibilité d’un cordon pensant et comme météorique, et je manque tout de même un peu trop de météores en action. L’existence construite et sentante de tout homme me gêne, et résolument j’abomine toute réalité. Le suicide n’est que la conquête fabuleuse et lointaine des hommes qui pensent bien, mais l’état proprement dit du suicide est pour moi incompréhensible. Le suicide d’un neurasthénique est sans aucune valeur de représentation quelconque, mais l’état d’âme d’un homme qui aurait bien déterminé son suicide, les circonstances matérielles, et la minute du déclenchement merveilleux. J’ignore ce que c’est que les choses, j’ignore tout état humain, rien du monde ne tourne pour moi, ne tourne en moi. Je souffre affreusement de la vie. Il n’y a pas d’état que je puisse atteindre. Et très certainement je suis mort depuis longtemps, je suis déjà suicidé. On m’a suicidé, c’est-à-dire. Mais que penseriez-vous d’un suicide antérieur, d’un suicide qui nous ferait rebrousser chemin, mais de l’autre côté de l’existence, et non pas du côté de la mort. Celui-là seul aurait pour moi une valeur. Je ne sens pas l’appétit de la mort, je sens l’appétit du ne pas être, de n’être jamais tombé dans ce déduit d’imbécillités, d’abdications, de renonciations et d’obtuses rencontres qui est le moi d’Antonin Artaud, bien plus faible que lui. Le moi de cet infirme errant et qui de temps en temps vient proposer son ombre sur laquelle lui-même a craché, et depuis longtemps, ce moi béquillard, et traînant, ce moi virtuel, impossible, et qui se retrouve tout de même dans la réalité. Personne comme lui n’a senti sa faiblesse qui est la faiblesse principale, essentielle de l’humanité. À détruire, à ne pas exister.


Profonde réponse qui m'a alors secoué, alors même que je n'avais pas eu l'occasion de penser le suicide - même si j'allais plutôt mal. Peut-être déjà, par ce seul texte, me suis-je prémuni du suicide, le considérant aussi vain que le reste. Artaud introduit cette notion de « suicidé de la société » sur laquelle il reviendra souvent, notamment avec son Van Gogh, suicidé de la société, mais également dans d'autres textes épars, sur Nerval ou Lautréamont. Elle fut largement reprise aussi par d'autres. Je pense surtout à ce volume consacré aux œuvres de trois dadaïstes suicidés :

Image

Arthur Cravan, Jacques Rigaut, Jacques Vaché : Trois suicidés de la société


Jacques Rigaut est un auteur et personnage qui m'a profondément marqué. Presque tous ses textes parlent de suicide. Il a pu à ce titre passer pour un fanfaron incapable de mettre en acte sa fascination de la mort. Mais au moment où on ne s'y attendait plus, bang ! Dix ans avant sa fin, il écrivait déjà ce beau texte. Il était d'un grand cynisme sur toutes choses, jusque sur le suicide :

Image

Jacques Rigaut : Agence Générale du Suicide


Deux de ses formules, que j'ai retenues : « Essayez, si vous le pouvez, d'arrêter un homme qui voyage avec son suicide à la boutonnière. » et, qui peut aider : « La vie ne vaut vraiment pas qu'on se donne la peine de la quitter. »

Quelques mois après ces découvertes, je créai, au lycée, une revue littéraire. Le deuxième numéro était consacré au suicide... J'ai déjà un peu raconté dans ma présentation ce qui s'ensuivit, je le répète ici. Le numéro fut censuré par la direction du lycée. Mais le professeur qui était le tuteur de la revue ne se démonta pas et me proposa de maintenir notre numéro en caviardant toutes les apparitions du mot "suicide". Et le numéro sortit... Quelques semaines plus tard, au lycée toujours, lors d'un entretien psychologique déguisé en visite médicale (une mise en scène de dingues, de quoi rendre à tout jamais parano), une psychologue me demanda ce que je pensais du suicide... Évidemment, je ne mis pas longtemps à comprendre que la question s'expliquait par le numéro de ma revue... Dégoûté par les méthodes employées pour me cerner, je jouai le jeu de la provocation et répondis : « Je pense que c'est la plus belle mort. » Peut-être le pensais-je au moins à moitié. Quoi qu'il en soit, peu de temps après, mon médecin reçut un message de cette psychologue lui expliquant que j'étais suicidaire et que j'entraînais les autres dans mes idées, à tel point que j'étais un "gourou"... (et voilà de quoi rendre durablement méfiant des psychologues et des institutions ; et, pire, voilà de quoi induire un dégoût de la société qui pourrait mener au suicide, ce qui aurait été singulièrement pervers : on veut prévenir, ou se prémunir, et on tue... ; si cela n'a pas eu ce triste effet, je précise que cette histoire fut quand même traumatisante ; ceci dit, un traumatisme dont je me relevai vite et qui fut quand même bienvenu).

Je disais donc que je m'étais fabriqué assez tôt une mythologie, littéraire, du suicide. Il faut dire qu'autour du surréalisme, auquel je m'intéressais exclusivement à cette époque, il y a une véritable constellation de suicidés... Cette curiosité pour le sujet est devenue telle que j'ai un surcroît d'attention pour certains auteurs si j'apprends qu'ils se sont suicidés, et que cette seule information peut me décider à les lire. Ainsi, comme on peut dire qu'on a tels écrivains anglo-saxons préférés, je peux parler de mes écrivains suicidés préférés (c'est valable en art et en musique).
Je me suis aussi constitué une petite bibliothèque autour du thème. Parmi ces livres, je conseillerais particulièrement ces deux-là pour la somme d'informations variées qu'ils recèlent (et pour les illustrations) :

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Romi : Suicides passionnés, historiques, bizarres, littéraires


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Martin Monestier : Suicides - Histoire, techniques et bizarreries de la mort volontaire


Et celui-là :

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François de Negroni & Corinne Moncel : Le Suicidologe - Dictionnaire des suicidés célèbres


Autant que les deux autres, mais d'une manière différente, ce livre montre la variété des causes de suicide. Car il n'y a pas que la dépression... Il reprend l'ancienne classification latine : taedium vitae (la lassitude de vivre, suicide dit philosophique), valetudinis adversae impatienta (la maladie devenue intolérable, suicide euthanasique), impatienta doloris (la souffrance morale insupportable, suicide mélancolique), furor (la folie furieuse, suicide impulsif), jactatio (l'affirmation d'une conviction, suicide protestataire), pudor (l'auto-punition, suicide d'honneur), nulla justa causa (sans motif valable, suicide énigmatique), liberum mortis arbitrium (le droit laissé à un condamné à mort de se tuer lui-même, suicide ordonné) + substractio (la fuite, le suicide défensif), aequivocus (l'ombre d'un doute, vrai-faux suicide).
Ce Suicidologe a en outre l'intérêt d'être drôle, donnant pour chaque suicidé une petite biographie souvent irrévérencieuse. Les auteurs définissent ainsi le ton de leur ouvrage : « L'acte suicidaire ne délivrant à nos yeux aucune transcendance ni aucune leçon philosophique, nous en parlons comme d'un comportement humain parmi d'autres : sans occulter, le cas échéant, ses ridicules, ses prétentions, ses pusillanimités - quitte à ce que certaines légendes, ou certains cultes, en sortent chahutées. »

Enfin, ce n'est pas tout, je ne pourrais laisser entendre que ce qui me rattache au suicide n'est que d'ordre intellectuel, puisque la plupart de mes rares amis se sont suicidés.
K. était la personne avec laquelle j'ai le plus partagé. Sa mort m'a bouleversé. Il a passé les dernières semaines de sa vie à tresser la corde qui lui a servi à se pendre. Il était étrangement serein à la fin, comme déjà délivré pourrait-on dire rétrospectivement. Il s'est arrangé pour laisser à chacun de ses amis un objet, qui a pris un sens très fort après sa mort. Pour moi, c'était deux vinyles. Lui aussi portait « son suicide à la boutonnière », avec une grande élégance.
G., pour qui j'avais beaucoup d'affection, s'est aussi pendu, dans une mise en scène macabre dont je n'ai pas voulu connaître les détails.
P., c'était le tuteur de ma revue lycéenne. Je ne l'ai pas eu comme prof, il enseignait la philo et je n'étais qu'en 1ère (que j'ai triplée ; je n'ai pas connu les cours de philo). Je l'avais choisi comme superviseur de ma revue parce que je le trouvais à part, très curieux. Ce qui s'est confirmé par l'amitié qui s'est établie entre nous. Il intriguait aussi par ses marques de tentatives de suicides : plusieurs cicatrices à ses deux poignets, une très grosse au cou. Nous échangions beaucoup sur l'écriture. Quand, après plusieurs années d'absence, je suis revenu dans ma ville natale où il habitait, je me faisais une joie de le revoir et à l'idée de l'embarquer dans un grand projet d'édition. Je l'ai donc appelé : il était en plein délirium. Quelques semaines plus tard, il se jetait sous un train. J'ai beaucoup regretté de ne pas avoir pris la mesure de son alcoolisme et de ne pas avoir mieux manifesté mon amitié, surtout que dans son dernier message il disait n'avoir pas d'amis.
Un autre P., lui aussi philosophe, était un grand mélancolique, hanté par le Romantisme, capable de pleurer à l'évocation de Goethe ou de Novalis. Un personnage très singulier et attachant, avec son look à la Lemmy Kilmister... Il a vécu ses dix dernières années dans une auto-destruction effrénée, un véritable suicide à plus ou moins petits feux consécutif à la mort, dans un bête accident, de sa petite amie...
Voilà. On fait avec ses morts et avec la pensée de la mort, qui me fait terriblement peur - je ne sais à quel point ni comment ceci explique cela.
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Re: le suicide

Messagepar le31 » Mer 25 Mar 2015 13:43

J'ai souvent eu envie de me suicider mais il semble que c'était pour arrêter le quotdien, pas la vie.
C'est tout à fait interssant ce que tu écris. Plusieurs personnes se sont suicidées dans ma famille et j'ai bien peur que cela continue. Je m'intéresse aussi à ce thème (je pense pour le mettre à distance, le décortiquer, essayer de le comprendre). Toutes tes références m'intéressent. Le surréalisme m'a également accompagnée au lycée mais je suis loin de maîtriser le sujet. Il y a tellement de choses à apprendre!

Pour alimenter la question je vous conseille le "documentaire" The Bridge d'Eric Steel.Mais attention aux âmes sensibles car le réalisateur n'intervient pas pour sauver les personnes qui sautent du pont de San Fransico. L'important pour moi a été les témoignages de l'entourage et de connaître leur manière d'interpréter le suicide de leur proche.Certains acceptent, d'autres non.Et il est intéressant de comprendre leur démarche.

Je vous conseille aussi le livre La tentation du néant sur la prévention du suicide de Kay Redfield Jamison. Il n'est pas récent mais il explique les raisons du suicide et comment le prévenir.
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Re: le suicide

Messagepar Ianthe » Mer 23 Déc 2015 01:35

Ca fait un moment que j'ai envie de participer à ce topic - et j'aurai tant à dire!- mais je n'ai toujours pas les idées claires là-dessus. Pour l'instant en tout cas, il y a trois vidéos Ted, après en avoir épluché pas mal de cette plateforme sur le suicide et la dépression, qui concordent parfaitement avec mon expérience de la chose et j'aimerais les partager ici.

www.youtube.com Video from : www.youtube.com


A part deux détails factuels, j'ai vécu, pensé et éprouvé tout ce qu'il est dit ici.


www.youtube.com Video from : www.youtube.com


Cette vidéo fut un déclic, un déferlement émotionnel qui m'a permis de réaliser nettement plus et de m'extasier sur les points lumineux de mes expériences macabres...J'ai pu découvrir et être touchée par le point de vue sur des choses que j'ai précisément vécu d'une personne "de l'autre côté" : pas suicidaire et soucieuse de sauver des vies... J'aurai tant à dire dessus mais je me contenterai d'un : "quelle joie de savoir que cet homme a existé"...


Et ma préférée (parce qu'elle parle de la vie), dénichée aujourd'hui :

www.youtube.com Video from : www.youtube.com


Celle-là, en plus de concorder, m'a confirmé et appris des choses.
Vers la quatorzième minute, il parle de l'importance des sens. Comme le disait l'intervenant de la première vidéo, j'ai pu haïr la sensation des rayons du soleil sur mon visage quand je me réveillais. Haïr toutes mes sensations. Mais j'ai aussi pu, quand il était question de sauter en particulier, voir par delà leur caractère insupportable leur sublime et irrésistible, présents même à ce moment...Les sens sont ce qui fait que j'aime vivre. Je me sens comme une multimilliardaire qui ne saurait pas quoi faire de tout son argent à l'idée d'en avoir cinq : il me faudrait une éternité pour pouvoir goûter toutes les combinaisons qui m'attirent...


J'aimerais enfin rappeler que la personne suicidaire peut facilement être très stigmatisée ("il n'était pas sérieux", "il est égoïste", "c'est une mauviette", "il recherche de l'attention"...), ce qui selon moi ne peut qu'empirer son état : http://www.metanoia.org/suicide/serious.htm

"If you only took 15 pills, you weren't really serious." C'est entre autres par peur de cette remarque si je me loupais, qui sonne comme un reproche de lâcheté et goût du spectacle qui me paraissait peut-être justifié, que j'ai pris deux boîtes de médicaments forts avec de l'alcool, par exemple, une fois. Ben je l'ai quand même entendu plusieurs fois sous des prétextes sordides, le plus courant ayant été "si tu parles de ce projet, c'est que tu n'es pas sérieux" (ce que les statistiques démentent formellement, en passant)...Ou la variante qu'une psychiatre pas encore diplômée dans un hôpital plein de dépressifs et de suicidaires où les moyens de se tuer étaient particulièrement omniprésents quand je lui ai dis que si telle ou telle chose arrivait, je risquais d'en finir : "tu menaces en fait?" sur le ton de la taquinerie et de la victorieuse prise en flagrant délit de comportement putassier. Et celui qui m'a le plus sidéré fut : "tu en parles de façon trop anodine pour avoir été sérieuse".
Ce n'est pas mes TS qui étaient des appels au secours. Les appels au secours, c'était quand j'en parlais. Ca me semble on ne peut plus naturel...Un appel qu'on m'a soit refusé, soit pour lequel on m'a explicitement incité à en finir, soit face auquel on a été impuissant, dernier point le plus courant et on ne peut plus naturel lui aussi. Et quelques mots parfois ont percutés et m'ont permis de tenir le coup. La plupart se trouvent aussi dans ces vidéos. Parmi ceux qui ne s'y trouvent pas, il y en a un qu'on m'a spontanément lâchés deux fois, avec innocence et béatitude venant de personnes que je connaissais à peine : "Tu es trop belle pour mourir". Un des arguments au suicide semble être pour la plupart des suicidaires et suicidés que le monde se portera mieux sans eux : notamment pour être très sensible à la beauté, cette phrase fut pour moi un argument du contraire, et l'innocence du propos m'empêchait toute interprétation pessimiste...

Bon je vais essayer de me forcer à m'arrêter là...
Ianthe
 

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