Douance et honte

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O'Rêve
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Douance et honte

Message par O'Rêve » mar. 20 janv. 2015 17:29

Je lance un sujet pour échanger sur notre rapport à la honte.

Je transmets un lien qui me semble intéressant pour le sujet : les dossiers de la honte http://www.lahonte.org/9.html

En ce qui me concerne j'ai l'impression que cette émotion m'accompagne depuis toujours. L'importance accordé au regard de l'autre, l'envie de me cacher parfois quand je ressens cette émotion, le lien entre peur et colère que j'ai pu ressentir lorsque je suis traversée par cette émotion (avec des difficultés à exprimer justement ma colère, et le sentiment de me sentir bloquée dans certaines situations quand je me sens jugée).
Dans le dossier, il est écrit
Le honteux est pris dans un regard dont il a besoin mais qui est trop fort pour lui.
. C'est parfois ce que je peux ressentir dans ma relation à l'autre.
Je connais aussi cette impression que
le sentiment de honte est le plus souvent lié au plaisir ; il surgit au moment où le sujet est pris en flagrant délit de plaisir

J'aimerais également avoir votre point de vue par rapport à cette phrase d'Isabelle Filliozat (dossier n°1):
Tout ce qui inclue l'enfant parmi les humains baisse la honte, tout ce qui donne le sentiment à l'enfant d'être différent augmente la honte.
Est-ce que certains individus (les surdoués?) pourraient être plus particulièrement réceptifs à cette émotion sociale?

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Re: Douance et honte

Message par Mlle Rose » mar. 20 janv. 2015 21:42

http://adulte-surdoue.fr/tout-rien/bles ... t2728.html
Y'a eu quelques témoignages ici, plutôt de choses arrivées durant l'enfance, si ça peut nourrir ta réflexion..
Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. E. de la Boétie
NB : Je ne réponds pas aux questions perso en mp, je manque cruellement de temps pour ça et déteste répondre aux gens à l'arrache. Donc... merci d'éviter :f:

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O'Rêve
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Re: Douance et honte

Message par O'Rêve » mer. 21 janv. 2015 16:30

Merci pour le lien vers les témoignages.
Dans ces différents témoignages, on peut retrouver certains des facteurs explicatifs (mentionnés dans les dossiers cités dans le premier post), pour comprendre l’émergence de ce sentiment chez le sujet honteux :
la soumission (rabaisser, humilier)
• l'inversion (la faire à l'envers, retournement de situation, faire marcher l'autre sur la tête)
• la dissimulation (ne rien dire, forme de mensonge par omission)
• la culpabilisation (faire porter la faute sur l'autre, utiliser le point faible "Bob l'éponge" de quelqu'un )
• l'instrumentalisation (faire de quelqu'un sa chose ou son objet, sa personne de service, son esclave...)
• la disqualification (annuler, zapper, ignorer)
• l'omission (faire du mal par privation, par l'inaction)
• la déresponsabilisation (se dédouaner, ne pas prendre son rôle, sa place,...)
• la confusion (semer le doute, l'hésitation, la désinformation....)
• le déplacement (évitement, mélange des problèmes, rapprochement d'événements,....)
• l'illusion (faire rêver avec du faux amour, de la fausse liberté, de fausses promesses....
• la victimisation (faire le pauvre malade, le malheureux, amener l'autre à supporter ou à faire des efforts)
• la diabolisation (attaquer l'image de l'autre, donner une mauvaise image, donner le mauvais rôle,...)
• la dramatisation (faire des histoires pour oublier réalité et responsabilité douloureuse avec les 3 rôles ou masques de sur-adaptation du stress : le méchant, le gentil, le malheureux (valables pour les 2 sexes)).
• le mensonge
• le passage à l'acte (action physique qui met l'autre dans l'impuissance, prise de pouvoir par l'action ou l'omission, ....)
Toute personne vivant une de ces situations peut potentiellement ressentir de la honte, selon son âge, son vécu, ses expériences de vie, sa perception du regard de l’autre.

En faite, la question que je me pose est l’influence que pourrait avoir le sentiment de différence (dans notre cas, du fait de la douance) dans le processus d’intériorisation de la honte. (j'entends par là une honte présente mais cachée, prête à rejaillir selon un contexte propre à chacun). Est-ce que ce sentiment de différence, surtout lorsqu’il n’est pas compris ou connu, (et associé à une hypersensibilité) ne pourrait pas constituer un des éléments « intériorisés », pouvant enfermer le sujet dans cette émotion qui prendrait alors une plus grande place ?

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Re: Douance et honte

Message par altima » mer. 21 janv. 2015 16:47

Chez moi, basiquement et simplement, je crois que le sentiment de différence a amplifié celui de honte à double titre: je n'avais pas connaissance de ma différence, elle n'était pas légitimée et en plus, ben j'avais rien pour me raccrocher à des similitudes avec mes pairs. Je suis quelque part soulagée même si désolée que quelqu'un d'autre que moi partage ce sentiment. J'ai détecté seulement récemment que j'étais pétrie de honte pour des tas de trucs, et que je vis de très rares moments sans avoir honte à un moment ou à un autre.

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Re: Douance et honte

Message par rawlings » ven. 30 janv. 2015 12:36

Pour répondre à tes questions O'Rêve, je partage ce sentiment très (trop) fréquent de honte.

Je crois que la part de jugement que tu évoques est en grande partie intériorisée. En ce qui me concerne, je me rends moi même dépendant du regard des autres et projette sur eux le jugement qu'ils auraient de moi (j'espère que mon propos est intelligible).

Je vous rejoins sur le sentiment de différence, mais (peut-être est-ce implicite dans votre raisonnement) pour moi il s'agit plutôt de sa conséquence. Je me vois ou me sens différent (ou décalé), et cela me renvoit à une supposée "infériorité". Pourquoi suis-je le seul à ne pas voir les choses ainsi, je dois donc être a-normal. Et c'est là qu'on retrouve le manque de confiance en soi qui fait que dans le doute, je pensais quasi systématiquement que je devais être dans l'"erreur".

C'est peut-être là la fragilité ou la "spécificité" des surdoués qui les rend plus sujet à la honte (je ne veux pas trop généraliser). Exigence forte, peu d'estime de soi et sentiment d'infériorité. Confronté à une différence objective (ou subjective d'ailleurs), ces mécanismes jouent à plein pour produire des stratégies d'évitement qui elles-mêmes générent ce sentiment de honte.

Aujourd'hui je parviens mieux à identifier la différence de perception qui provoque la honte chez moi. Parfois je parviens même à l'utiliser pour me motiver, il faut revendiquer cette différence et l'assumer (oui c'est évidemment plus facile à dire qu'à faire).

@Mlle Rose, merci pour le lien vers cet autre topic, j'ai été traumatisé par vos témoignages et j'ai du arrêter après celui de Cyrano, ça dépasse l'entendement ...

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Re: Douance et honte

Message par Mei Run » sam. 31 janv. 2015 17:42

Boris Cyrulnik a écrit un livre très bien (à mon sens) à ce sujet : "mourir de dire, la honte"
« J’ai longtemps cru que la honte était provoquée par un acte inacceptable dont on aurait pu faire un barème, allant de la petite honte à la mort de honte. Je découvre que ce sentiment naît dans la signification que notre contexte culturel et notre histoire intime attribuent à ce fait. Je remarque que la honte n’est pas une émotion pure comme la colère ou la joie, c’est un sentiment mêlé où l’on “s’écrase” parce qu’on se représente soi-même comme un ver de terre méprisable. Et pourtant, dans le même mouvement, on pense qu’il est moral de se laisser écraser pour ne pas écraser les autres et que l’on peut même être fier de cette douloureuse moralité.
Je connais des substances qui provoquent des rages sans objet. Je connais des liqueurs qui apportent l’euphorie des bonheurs sans raisons. Mais je ne connais pas de produit qui induisent la honte parce que ce sentiment naît toujours dans une représentation, dans le secret de mon théâtre intime où je mets en scène ce que je ne peux dire, tant je crains ce que vous allez en dire.
J'ai trouvé une vidéo de lui en parlant lors de la sortie du livre :
https://www.youtube.com/watch?v=WN3h6to4B3U


Si jamais vous voulez plus de littérature sur le sujet...
"Twenty years from now you will be more disappointed by the things that you didn't do than by the ones you did do. So throw off the bowlines. Sail away from the safe harbor. Catch the trade winds in your sails. Explore. Dream. Discover."

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Re: Douance et honte

Message par rawlings » dim. 1 févr. 2015 11:23

Merci Mei Run :D

Un livre de plus dans ma liste de lecture (qui s'allonge sensiblement de jour en jour en parcourant ce forum...)

J'ai regardé la petite vidéo, ça donne effectivement envie d'aller plus loin.

Tu mentionnes d'autres ressources documentaires, je suis preneur avec plaisir si tu as un peu de temps.

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Re: Douance et honte

Message par madeleine » dim. 1 févr. 2015 13:26

Moi aussi, Mei Run, en particulier si tu as des pistes de remediation. J'ai un fils particulièrement sensible à ce sentiment, et ça ne me ferait pas de mal non plus … et ça enrichirait clairement ce fil !!
le chemin est long et la pente est rude, oui, mais le mieux, c'est le chemin, parce que l'arrivée, c'est la même pour tout le monde... Aooouuuh yeaah...
avec l'aimable autorisation de P.Kirool

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Re: Douance et honte

Message par O'Rêve » dim. 1 févr. 2015 14:11

Je ne l'ai pas encore lu son livre, mais la lecture de cette interview de Boris Cyrulnik http://www.pelerin.com/L-actualite-autr ... n-de-l-ame m'a touchée. Et c'est en lisant cette interview que je suis arrivée au lien mentionné au premier post et que des questions ont commencé à tourner dans ma tête.

Ce qui m'a conduit à réfléchir à la honte, c'est la lecture d'un bouquin, pas spécifiquement consacré à la honte, mais un paragraphe y est entièrement consacré (dans le dernier chapitre consacré à la régulation des émotions sociales). Il s'agit du livre La vie des émotions et l'attachement dans la famille de Michel Delage: http://www.odilejacob.fr/catalogue/psyc ... 129451.php
Le paragraphe sur la honte a été un déclencheur et j'ai commencé à faire des recherches sur le net qui m'ont conduite à poster le sujet. (En dehors de la question de la honte, je recommande également ce livre que j'ai trouvé vraiment très intéressant).
Sinon, moi aussi je suis intéressée si vous avez d'autre ressources bibliographiques sur le sujet.

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Re: Douance et honte

Message par Mei Run » dim. 1 févr. 2015 15:12

Je ne suis pas une experte, j'ai juste une petite bibliographie, mais je n'ai pas tout lu... Je m'étais un peu renseignée sur le sujet pour tenter d'aider mon ex à surmonter ses soucis psys.

En psychanalyse, revient souvent le nom de serge Tisseron, dont son ouvrage, "la honte, psychanalyse d'un lien social"

Sinon, j'étais tombée sur des documents traitant de la Gestalt-thérapie, et comment gérer la honte avec cette approche, et dans leur approche, ils citaient souvent le nom de Vincent de Gauléjac, dont son livres "les sources de la Honte".

Mais comme dit, je ne les ai pas lu, donc je ne sais pas le degré de complexité ou de "pertinence" du propos.


Pour les enfants, yen a pas mal qui abordent le thème de manière plus ou moins simple suivant les âges, et dans des thèmes variés de la vie quotidiennes, et beaucoup sont recensés ici : http://www.ricochet-jeunes.org/themes/t ... honte-gene

ça peut peut-être être intéressant pour "travailler" cet aspect avec ton fils Madeleine.



M'brayf
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Re: Douance et honte

Message par rawlings » dim. 1 févr. 2015 17:02

Merci Mei Run pour le complément de bibliographie :D

Je commence par le livre de Cyrulnik et je regarderais pour les autres ensuite (ma liste de lecture étant en ce moment dangereusement longue, va falloir s'y remettre sérieusement...).

Si l'un d'entre vous a eu l'occasion de les lire ou de les parcourir, je prends votre avis avec intérêt et plaisir !

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Re: Douance et honte

Message par O'Rêve » dim. 1 févr. 2015 17:17

Merci Mei Run!

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Re: Douance et honte

Message par altima » dim. 1 févr. 2015 18:27

Mei Run a écrit :
En psychanalyse, revient souvent le nom de serge Tisseron, dont son ouvrage, "la honte, psychanalyse d'un lien social
Je l'ai lu cet été, il m'a surtout permis de mesurer l'ampleur de ce sentiment chez moi (donc l'étendue des dégâts! :think: ). Il est à la fois accessible et bien documenté, pas mal d'exemples à la clé. Après, c'est de la psychanalyse en bonne et due forme donc peut-être un peu limitant ou allergisant selon nos penchants en la matière. Je le recommande en tout cas, rien que parce qu'il n'y a pas tant que ça d'ouvrages sur le sujet.

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Re: Douance et honte

Message par Léo » lun. 2 févr. 2015 14:55

Mei Run a écrit :Boris Cyrulnik a écrit un livre très bien (à mon sens) à ce sujet : "mourir de dire, la honte"
Je remarque que la honte n’est pas une émotion pure comme la colère ou la joie, c’est un sentiment mêlé où l’on “s’écrase” parce qu’on se représente soi-même comme un ver de terre méprisable. Et pourtant, dans le même mouvement, on pense qu’il est moral de se laisser écraser pour ne pas écraser les autres et que l’on peut même être fier de cette douloureuse moralité.
En lisant cette phrase de Cyrulnik, j'ai pensé à Franz Kafka... Peut-être un peu hors sujet...
"Durant presque toute sa vie, Franz Kafka imagina sa disparition au moyen de dizaine de méthodes soigneusement élaborées. " David Zane Mairowitz
Il me semble que lorsqu'on a honte, on a envie de disparaître... et pour moi, Kafka parle très bien de l'ambiguïté de cet état: un mélange complexe de peur, de terreur, de soumission aussi, de violence/tortures qu'il imagine et dirige contre lui-même parce qu'il ne parvient jamais à se "rebeller" contre ce qu'il abhorre pourtant... Tout cela transformé en des récits absurdes et drôles aussi, cruels, très cruels.

Entre une identité difficile à vivre, un père autoritaire qui le rabaisse sans cesse, un corps qu'il trouve ridicule, beaucoup de somatisations à la clef...

Et puisque j'ai le bouquin sous le nez, cette phrase qui clôt le procès :
"C'était comme si la honte dût lui survivre"
"Soudain, la jeune fille, le plus tranquillement du monde, entreprit de se curer le nez avec les doigts." Witold Gombrowicz

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Re: Douance et honte

Message par altima » lun. 2 févr. 2015 17:54

Alors euh, cette question du dolorisme...est-elle intimement liée à la honte? :nesaitpas:

Merci Léo pour la référence à Kafka, va falloir que je rouvre les livres. Marrant comme on met du temps à comprendre certaines affinités littéraires.

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Re: Douance et honte

Message par O'Rêve » sam. 7 févr. 2015 21:05

J'ai fini de lire le livre de Boris Cyrulnik : Mourir de dire, la honte. Je l'ai trouvé passionnant et bouleversant.
Je me suis livrée au petit exercice de la sélection de petites phrases qui ne m'ont pas laissée indifférente.

Je commence par ses réflexions sur l'émergence du sentiment de honte : j'ai choisi celles qui pouvaient faire écho en nous : hypersensibilité, l'a-normalité.
L’éprouvé qui prépare à la honte résulte d’une convergence de causes différentes : un facteur génétique qui rend hypersensible peut être corrigé par la niche sensorielle des premiers mois ou aggravé par l’appauvrissement affectif précoce.

Si un être vivant, animal ou humain, est génétiquement un petit transporteur de sérotonine, si cette tendance à l’hypersensibilité est aggravée par le malheur des donneurs de soins, si les circonstances adverses le mettent en situation de défaite sociale répétée, le moindre évènement deviendra douloureux.

Quand la honte s’est développée en nous à cause d’une sensibilité génétique excessive, à cause d’une carence affective précoce, à cause de défaites relationnelles répétées, le lien intersubjectif ne tient plus.

Il suffit qu’un homme ne soit pas dans la norme pour que les normaux l’écrasent de leur arrogance, comme si le fait d’être comme tout le monde légitimait le plaisir de rabaisser celui qui n’est pas comme tout le monde.

Le sentiment de soi, de honte ou de fierté dépend de la place que nous donnent les représentations collectives

J'ai également envie de partager quelques notes d’optimisme, quelques-unes de ses phrases qui m'ont fait et continuent à me faire du bien :
Le honteux est un anti Narcisse, l’altruisme est son arme. Pour protéger les autres, j’ose attaquer Narcisse qui ne pense qu’à lui et, avouons-le, je le méprise un peu. Il devrait avoir honte de ne penser qu’à lui. En aidant les blessés, en agressant Narcisse, le honteux stoppe sa propre hémorragie narcissique. L’altruisme et la morale se sont alliées pour assassiner Narcisse le pervers.

Quand on raconte l’histoire d’un représentant de soi, un porte parole à qui l’on fait expliquer pourquoi on n’est pas un sous homme, on sauve un « autre-comme-soi » et face au miroir on se sent moins honteux.

Il m’arrive quand même de la trouver plutôt sympathique ce sentiment de honte que je ressens souvent. Une petite honte prouve que je ne suis pas dominateur, c’est à vous dire à quel point je suis fier de ma modestie.

Le mort de honte, tout à coup, comprend qu’il pourra s’en sortir en faisant exactement le contraire de ce qui a provoqué son empoisonnement sentimental.

Les mécanismes de dégagement (de la honte) exigent un travail en profondeur…pour sortir de l’inhibition et redynamiser ses potentialités créatives…transformer son rapport aux normes sociales.

Un même fait provoque la honte autant que la fierté, selon le regard de l’entourage. La proximité est grande entre ces deux sentiments opposés.

Quand l’image de soi est insupportable, il n’est pas rare que le honteux se réfugie dans la rêverie. Là au moins la représentation de soi, enfin mise en valeur crée un sentiment agréable.

Les contes sont souvent des récits de honte métamorphosés en fierté.

Les non-rêveurs, englués dans le réel, prisonniers de l’instant, sont incapables d’anticiper un projet d’existence. Mais, à l’inverse, ceux qui ne font que rêver fuient le réel.
Ceux qui rêvent juste assez pour se donner un échantillon de bonheur découvrent ce qui leur reste à faire pour métamorphoser le réel et l’imprégner de leur désir.

Puisque le contexte psychosocial joue un rôle majeur dans l’attribution d’un sentiment de honte ou de fierté à un même fait, il est pensable d’agir sur la culture afin de sortir de la honte. Tiens, c’est curieux ! Peut-être dit-on « sortir de la honte » comme on sort d’un terrier, comme on se décache après s’être caché ?
En espérant que toutes ces petites phrases vous feront également du bien!

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Re: Douance et honte

Message par altima » dim. 8 févr. 2015 09:44

Oui. Merci à toi d'avoir pris le temps de les noter et de les partager ici. ;)
Très certainement, je lirai ce livre bien vite car y'a vraiment des phrases qui font mouche, d'ailleurs je vais me post-iter sur l'écran de l'ordi les plus percutantes notamment concernant les normes sociales et les représentations collectives... :wasntme:

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Re: Douance et honte

Message par sanders » dim. 8 févr. 2015 11:59

Je vous encourage à aller faire un tour sur le topic sur le perfectionnisme. Il y est question aussi de la vulnérabilité et de la honte et la vidéo de Brené Brown (citée moultes fois sur le forum) est juste très parlante.

En voici une autre : écouter la honte

Extraits : Les jungiens appellent la honte les marécages de l'âme. Et nous allons nous y aventurer. Le but n'est pas d'y entrer et d'y construire une maison pour y vivre. Non, le but c'est de chausser ses bottes en caoutchouc et de les traverser ces marécages de l'âme, le but, c'est d’y tracer notre chemin, de les traverser et d'en sortir.

La honte est cette petite voix qui dit, "Uh, uh. Tu n'es pas assez bonne. Tu n'as jamais fini tes études. Ta femme t'a quitté..."
La honte à deux grandes méthodes : « tu n'es pas assez bon » et, si par hasard vous vous parveniez à éviter celle-là, il y a aussi « mais pour qui te prends-tu ? »
Ce qu'il faut comprendre c’est que la honte n'est pas de la culpabilité. La honte se concentre sur le soi, la culpabilité sur le comportement. La honte c'est « Je suis mauvais. » La culpabilité c'est « J'ai fait quelque chose de mal » Combien d'entre vous, si vous faisiez quelque chose qui me blesse, serait prêts à dire, « Je suis désolé. J'ai fait une erreur ? » Combien d'entre vous seraient prêts à dire ça ? Culpabilité : Je suis désolé. J'ai fait une erreur. Honte : Je suis désolé. Je suis une erreur.

Si vous mettez en culture la honte, elle a besoin de trois choses pour grandir exponentiellement: secret, silence et jugement.

Le premier jour du reste de ma vie : Un jour, J'ai pu observer que la poutre que je voyais dans l'oeil de mon voisin, je l'avais fait devenir paille dans le mien. Alors même que nous buttions sur les mêmes (em)bûches. Depuis, plus rien n'est pareil..

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Re: Douance et honte

Message par altima » mer. 11 mars 2015 10:35

Merci au fait sanders pour le lien avec Brené Brown.

Est-ce que vous arrivez à différencier honte et culpabilité dans votre ressenti?
Est-ce que vous êtes plutôt dans l'un ou plutôt dans l'autre?

Je n'arrive pas à distinguer, j'ai le sentiment prégnant d'avoir honte de moi, de ce que je suis.
Je culpabilise aussi beaucoup.
Mais pour autant, je ne parviens pas à me retrouver totalement dans le distingo "je suis blabla" se référent à la honte et "j'ai fait blablabla" se référent à la culpabilité. Chez moi, les deux sont mêlés ou bien c'est soit l'un soit l'autre à parts égales je crois, ça n'est vraiment pas aussi net que semble le dire le propos de Brené Brown.

Du coup je me demande aussi, si on veut faire évoluer (donc diminuer) l'un ou l'autre de ces ressentis, on ne procèdera pas pareil?

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Re: Douance et honte

Message par Zyghna » mer. 11 mars 2015 10:50

La honte c'est avoir peur d'être jugé par l'autre, c'est le regard que l'autre peut porter sur nous qui nous dérange.
Au contraire, la culpabilité n'implique qu'un rapport de soi à soi: on sait que l'on n'a pas agit conformément à nos valeurs et on s'en veut de cette faiblesse.

Bien sur les deux peuvent aussi se cumuler.
Dabrowski en parle aussi: http://adulte-surdoue.fr/psychologie-sa ... t3973.html

Perso, je n'ai que rarement connu le sentiment de honte, par contre la culpabilité est assez fréquente, même si depuis quelques années je ne culpabilise plus vraiment: je prends acte de mes "manquements" et je fais en sorte d'y remédier, en sachant que cela peut prendre du temps pour briser certains modèles de fonctionnement.
"Il est inutile d'être parfait, il faut seulement s'engager et mettre ses actions en cohérence avec ses valeurs" Brené Brown

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altima
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Re: Douance et honte

Message par altima » mer. 11 mars 2015 11:03

Zyghna a écrit :La honte c'est avoir peur d'être jugé par l'autre, c'est le regard que l'autre peut porter sur nous qui nous dérange.
Au contraire, la culpabilité n'implique qu'un rapport de soi à soi: on sait que l'on n'a pas agit conformément à nos valeurs et on s'en veut de cette faiblesse.
Ah ben dit comme ça, ça me semble beaucoup plus clair et cohérent. ;)
Je vais me replonger dans Dabrowski alors.
De la nécessité de l'indulgence...

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O'Rêve
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Re: Douance et honte

Message par O'Rêve » dim. 12 avr. 2015 21:47

Je reviens par ici, suite à la lecture du livre "Le pouvoir de la vulnérabilité" de Brené Brown, cité par Sanders.
Merci beaucoup pour cette ressource. J'ai d'abord regardé la vidéo : une première fois, en larmes pendant toute la séquence, donc j'ai pas retenu grand chose. Puis un deuxième visionnage qui m'a conduit tout droit vers le livre.
Je l'ai lu une première fois, en surlignant les passages qui me parlaient. Une deuxième lecture, plus ciblée sur les passages surlignés, puis j'ai recopié des passages, les reclassant par moment, en suivant des mots qui me guidaient.
Finalement, je me suis dis que je pourrais poster "mon assemblage".
Sur la honte

«Tout d’abord, la honte est la peur de perdre le contact avec autrui…La honte est la peur qu’une chose que nous avons faite ou échoué à faire, un idéal que nous n’avons pas atteint, nous rende indigne de contact. Je suis indigne d’amour, d’intimité de contact. On ne peut pas m’aimer. Je ne mérite pas d’appartenir à ce groupe»
La honte est l’expérience profondément douloureuse de croire qu’on est défaillant et par conséquent indigne d’amour, d’intimité et de contact. » (p.82)

« …des chercheurs ont découvert que la douleur physique et les expériences de rupture sociale ont le même effet sur le cerveau. Aussi quand je définis la honte comme une expérience profondément douloureuse, je ne plaisante pas. (p.85)

La honte est très douloureuse pour les enfants, parce qu’elle est inextricablement liée à la peur de ne pas être aimé. Pour les jeunes enfants qui dépendent de leurs parents pour leur survie (nourriture, abri, sécurité), se sentir indigne d’amour menace la survie. C’est un traumatisme. » (p.263)

Les stratégies de détachement utilisées par les humains pour supporter la honte :
« Selon Linda Hartling, certains fuient en se retirant, en se cachant et en gardant le secret. D’autres vont vers les autres en cherchant à apaiser et à plaire. Et d’autres encore vont contre les autres en essayant de prendre le pouvoir, et en se servant d’agressivité ou de honte pour combattre la honte. » (p.93)
Perfectionnisme et honte

« Le perfectionnisme n’a rien à voir avec la croissance et l’épanouissement harmonieux. Le perfectionnisme est un mouvement défensif. Il fait croire qu’en agissant parfaitement et en ayant l’air parfait, on peut minimiser ou éviter la souffrance du reproche, du jugement et de la honte. Le perfectionnsime est un bouclier de vingt tonnes qu’on trimballe avec soi, convaincu qu’il protège, alors qu’en réalité il empêche de se faire voir. »
« L’essence du perfectionnisme est de tenter d’obtenir l’approbation d’autrui. (p.152)

« Les efforts sains sont centrés sur soi : Comment puis-je m’améliorer ? Le perfectionnisme est centré sur autrui : que vont-ils penser ? »
« le perfectionnisme ne peut éloigner de la honte, car c’est une forme de honte. Là où on est aux prises avec le perfectionnisme, on est aux prises avec la honte. »
Le perfectionnisme est un sytème de croyances addictif et autodestructeur qui alimente principalement cette pensée : Si j’ai l’air parfait et que je fais tout parfaitement, je peux éviter ou atténuer les sentiments douloureux de honte, de jugement et de reproche. »(p.153)
Comment surmonter l’expérience de la honte. Empathie et honte

« la honte tire son pouvoir du fait d’être indicible. C’est pourquoi elle adore les perfectionnistes. Il est facile de les faire taire. En prenant suffisamment conscience de la honte pour la nommer et l’exprimer, on lui coupe littéralement l’herbe sous le pied. La honte déteste les mots. Une fois exprimée, elle commence à se faner…le langage et le récit éclairent et détruisent la honte. » (p.70)

Ce que l’auteur entend par résilience : « Il s’agit de la capacité à pratiquer l’authenticité, afin de surmonter l’expérience de la honte sans avoir à sacrifier ses valeurs, et d’en ressortir avec davantage de courage, de compassion et de solidarité qu’avant. La résilience, c’est le passage de la honte à l’empathie, son véritable antidote.
Quand on peut partager son histoire avec quelqu’un qui répond par de l’empathie et de la compréhension, la honte n’y survit pas. La honte est une notion sociale : elle se produit entre individus et guérit donc mieux entre individus. Une blessure sociale nécessite un baume social et l’empathie est ce baume. (p.89)

Contrairement au jugement (qui exacerbe la honte), l’empathie fait passer un message simple : Tu n’es pas seul(e). (p.96)

L’empathie, c’est le lien, l’échelle qui permet de sortir du trou de la honte…
L’empathie consiste à entrer en contact avec l’émotion de quelqu’un, pas avec évènement ou la circonstance particulière. Ma honte s’est dissipée à la minute même où j’ai compris que je n’étais pas seule et que mon expérience était humaine.
L’empathie consiste tout simplement à écouter, à s’ouvrir, à retenir son jugement, à entrer en contact et à communiquer ce message incroyablement bienfaisant ; « Tu n’es pas seul(e). » (p.97)
Honte et Vulnérabilité

« Oui. Devenir résilient par rapport à la honte, c’est la clé de la vulnérabilité. On ne peut pas se découvrir quand on est terrifié par ce que les autres pensent. Ne pas être doué pour la vulnérabilité veut souvent dire qu’on est fichtrement doué pour la honte. » (p.73)

Définition du mot vulnérable : « qui peut être blessé et susceptible d’être touché, blessé, d’un point de vue moral ou physique. » (p.49)

Prétendre pouvoir éviter la vulnérabilité revient à adopter des comportements incohérents avec ce qu’on est. Éprouver la vulnérabilité n’est pas un choix. La seule option dont on dispose, c’est la manière dont on réagit à l’incertitude, au risque et à l’émotion. » (p.56)

« Pourtant, même si j’aime l’idée de cheminer sur une voie ornirique et solitaire, le parcours de la vulnérabilité n’est pas un voyage qu’on entreprend seul. Il y faut du soutien, des gens qui acceptent sans juger qu’on prenne une autre direction, qui tendent la main quand on chute dans l’arène. » (p.66)

« Si vous décidez de descendre dans l’arène et de beaucoup oser, vous allez prendre des coups… Il pourrait même y avoir un peu de bonne vieille méchanceté. Pourquoi ? Parce que le cynisme, la critique, le cool et la cruauté sont encore plus efficaces qu’une armure…
Quand la cruauté est à l’œuvre, il y a fort à parier qu’elle a été réveillée par le spectacle de la vulnérabilité.
En parlant de critique, je ne fais pas allusion à un feedback constructif ou à un débat sur la valeur d’un apport. Je parle de rabaissement, d’attaque personnelle et d’affirmations inexactes sur les motivations et les intentions d’autrui. (p.196)

« C’est simple, on ne peut pas apprendre tout seul à être courageux et vulnérable. La première et la plus grande des audaces est parfois de solliciter un soutien. » (p.69)

« En ce qui concerne la vulnérabilité, la connectivité signifie raconter son histoire à des gens qui ont gagné le droit de l’entendre, des gens avec qui on a cultivé une relation qui peut en supporter le poids. Existe-t-il de la confiance ? Existe-t-il une empathie mutuelle ? Existe-t-il une communication réciproque ? Peut-on demander ce dont on a besoin. Voici les questions cruciales de la relation. (p.187)

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